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Ces Français qui boycottent… la France

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Annus horribilis avait dit Elisabeth II à propos de l’année 1992. Que dire alors de 2020? À la sourde menace de la pandémie de coronavirus s’ajoutent une situation économique désastreuse, des problèmes sécuritaires majeurs et le spectre du danger islamiste. Comme si tout cela ne suffisait pas, la France se trouve aujourd’hui en guerre ouverte avec une partie de l’opinion publique islamique et arabophone mondiale qu’elle savait autrefois amadouer. Comment en sommes-nous arrivés là?


La France est-elle devenue une puissance musulmane ? De fait, nous hébergeons une importante communauté musulmane, parmi les plus puissantes en Occident. Une communauté qui n’a pas de voix consensuelles pour la guider, trop souvent attirée par l’étranger chez qui elle va chercher appui, soutien et moyens financiers. Depuis quelques jours, les tensions entre la France et certaines puissances musulmanes s’intensifient. Nous ne sommes pourtant pas seuls. Des nations de premier plan comme l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis ou le Bahreïn soutenant directement la France ou ne participant pas à la curée contre notre pays, visé en sa double qualité d’héritière des croisés et de fille de la Révolution de 1789.

Boycott contre la France: une « cinquième colonne » à l’œuvre

La campagne de boycott visant la France et ses exportations lancée par des activistes musulmans au Pakistan, au Koweït ou en Turquie n’est pas étrangère aux dernières inclinaisons prises par le gouvernement Castex qui a fait de la lutte contre le « séparatisme » l’un de ses objectifs politiques pour la fin du quinquennat, ni aux mesures légitimes de contre-attaque culturelle décidées après l’assassinat de Samuel Paty par un jeune réfugié tchétchène influencé par une cabale lancée par des parents d’élèves et complaisamment relayée par des associations menacées de dissolution ou des pages Facebook telle celle de la mosquée de Pantin en Seine-Saint-Denis.

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Les acteurs du monde associatif musulman liés à une partie de la gauche, souvent qualifiée d’ « islamo-gauchiste », ont choisi de dénoncer ce qu’ils qualifient d’ « islamophobie systémique », concept inspiré du « racisme systémique » forgé par les progressistes américains ou le Parti des Indigènes de la République d’Houria Bouteldja en France. L’appel au boycott des produits français a d’ailleurs été largement soutenu par des… Français. Le très suivi site « Dômes et Minarets » s’est ainsi fait le porte-voix des « musulmans opprimés » par la France, activant ses réseaux internationaux pour mettre la pression sur l’exécutif.

D’autres organes proches ont aussi témoigné de leur émoi. Marwann Muhammad du CCIF a par exemple déclaré : « C’est triste d’en arriver là, mais à force de cibler les musulmans sans cesse, la France se ridiculise une fois de plus à l’international. Cela cause du tort à son image, à son économie, sa diplomatie, et plus grave encore, sa crédibilité en matière de respect des droits humains ». Faisait-il référence, par opposition à la France, au Pakistan de l’ancien international de cricket Imran Khan semble-t-il très apprécié par Dômes et Minarets ? L’actuel premier ministre pakistanais a demandé que toute critique de l’islam soit interdite sur Facebook en plus de son soutien à l’appel au boycott des produits d’exportation français. 

pakistanRappelons que la législation pakistanaise relative au blasphème – héritée de l’Empire britannique qui entendait apaiser les relations entre les différentes communautés de la région en proscrivant tous les « blasphèmes » – est l’une des plus restrictives au monde depuis la réforme portée par le général Zia-Ul-Haq en 1977, conduisant chaque année à des exécutions d’innocents et d’immondes condamnations comme le montre le célèbre cas d’Asia Bibi. L’affaire Asia Bibi, du nom de cette chrétienne condamnée à mort pour un blasphème imaginaire, n’est d’ailleurs pas isolée. La Commission nationale pour la justice et la paix a estimé qu’entre 1987 et 2014, 633 musulmans, 494 ahmadis, 187 chrétiens et 21 hindous avaient été poursuivis pour blasphème.

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Au Pakistan, la réaction du gouvernement aux propos d’Emmanuel Macron voulant qu’en France le droit de caricaturer soit pleinement affirmé est logique, ce pays étant soumis aux réactions d’une population empreinte d’une religiosité confinant au fanatisme ainsi qu’à l’emprise des officiers de l’armée proches des mouvements islamistes. Idem au Koweït, seul pays au monde où les islamistes jouissent d’un pouvoir concret, salafistes et frères musulmans présents au Parlement bénéficiant d’une grande liberté de manœuvre. En Turquie, le président Erdogan exerce le pouvoir en bonne harmonie avec les Frères musulmans, infusant le nationalisme turc dans l’islam. Lui vise l’hégémonie régionale. Il est à prévoir que des manifestations et des débordements se produiront vendredi après la prière.

Le concept controversé d’islamophobie de nouveau instrumentalisé contre la France

Chez nous, la situation est très différente. Issu des courants fréristes via une personne comme Samy Debah son fondateur et président entre 2003 et 2017, proche des Indigènes de la République qui fut à deux doigts d’être élu maire de Garges-lès-Gonesse et qui durant son adolescence était prédicateur du Tabligh, le CCIF fait figure d’exception dans un paysage militant qui juge les Frères musulmans… trop peu radicaux. Dômes et Minarets ou l’association Barakacity qui a opéré en Syrie avec le soutien de la Turquie, avant que son fondateur Idriss Sihamedi n’en soit expulsé en 2019, sont en revanche plus proches du salafisme.

Si ces associations n’ont ni les mêmes objectifs ni exactement les mêmes racines idéologiques, elles ont toutes relayé la campagne de diffamation visant la France et ses intérêts avec le plus grand zèle. Financé par le projet HATEMER de l’Union européenne pour son action menée contre « l’islamophobie », le CCIF a utilisé un registre de langage comparable à celui employé par Erdogan, lequel établit un parallèle entre le sort des juifs d’Europe dans l’entre deux-guerres et celui que subirait aujourd’hui les musulmans vivant en Europe. Alors qu’on comprendra aisément les motivations du dirigeant turc quand il cible la France, moyen habile de mobiliser ses partisans et de se faire le champion de l’islam tout en faisant oublier que la livre turque s’enfonce dès qu’il prend la parole dans les grands débats internationaux, on s’interrogera sur l’opportunité pour ces mouvements fondés par des personnes de nationalité françaises de s’exposer de la sorte.

Ont-ils si peur de vivre dans un pays où ils ont tous les droits, hors celui de porter des burkas empêchant l’identification par les forces de l’ordre ? Il leur est simplement demandé de remplir leur devoir de citoyen en respectant le droit en vigueur.

La campagne de victimisation de ces officines est extrêmement dangereuse et pernicieuse car elle pousse des milliers, sinon des millions de personnes possédant la nationalité française à cracher sur le pays qui les nourrit et à se réjouir de dénaturer les relations commerciales, militaires et diplomatiques que la France entretient avec le monde musulman. Heureusement, quelques voix raisonnables se sont fait entendre en France, à l’image du recteur de la mosquée de Paris monsieur Chems-eddine. À l’étranger, la Ligue islamique mondiale a par la voix de son porte-parole fait savoir que « le prophète (était) trop grand et trop majestueux » pour être affecté par des caricatures. Le CFCM avait par la voix de monsieur Moussaoui tenté une approche consensuelle, avant de tenter une impossible synthèse : « Je pense que nous pouvons renoncer à certains droits [liberté de caricaturer] surtout par le devoir de responsabilité et de fraternité ». Détournez le regard si ça ne vous plaît pas. Se rend-il compte qu’il demande un privilège exorbitant et particulier qui n’est demandé par aucun autre culte ? Une telle position est intenable. Ce n’est pas possible.

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Les voix de la raison et de l’apaisement sont trop peu nombreuses. Tant de militants continuent de faire leur beurre sur une islamophobie totalement fantasmée et ont participé au dénigrement de la France dans le monde, ont utilisé toutes les ressources à leur disposition pour nous nuire. Et pourquoi ? Parce qu’un professeur a été assassiné ? Parce qu’un dessin vulgaire de Mahomet a été diffusé entre dix dessins sur Jésus et cinquante sur la classe politique française ?

Erdogan a indiqué vouloir accueillir tous les binationaux opprimés, voire tous les musulmans d’Europe subissant des « injustices ». Désormais, réfugiés radicalisés et mineurs non accompagnés auront un pays sûr pour être expulsés. Prenons-le au mot. Mettons-le face à ses mensonges. Ne cédons pas à ses provocations. Ici comme à l’extérieur, la France ne doit plus avoir peur d’affirmer ce qu’elle est. Elle en sortira grandie et ses relations diplomatiques renforcées. Ne nous leurrons pas, les caricatures ne sont qu’un prétexte pour des jeux diplomatiques troubles et rassurer les opinions publiques, occupant le rôle autrefois dévolu au conflit israélo-palestinien. De la même manière que la Turquie et le Pakistan sont des puissances souveraines, nous le sommes aussi. Ils sont, de fait, bien moins inquiétants pour notre pays que la cinquième colonne et ses supplétifs qui vivent sur notre territoire et constituent leur armée de réserve.

Exposition pour le bicentenaire de la disparition de Napoléon: aura-t-elle lieu?


Genre : masculin. Couleur : blanc. Tendance : hétérosexuel. Taille : 1m68. Profession : maître de l’Europe. Individu très dangereux. Neutralisé. Date de décès : 5 mai 1821. Affaire non classée. 


Napoléon Ier est mort il y a 199 ans, mais il fait encore peur à la République. Ce qui inquiète aujourd’hui en haut lieu n’est ni un possible remake des Cent Jours par un sosie en costume ni la candidature d’un descendant du roi de Rome à la présidentielle, mais l’exposition qui retracera la vie et l’œuvre de l’empereur à l’occasion du bicentenaire de sa disparition. Organisée par la Réunion des musées nationaux et le Grand Palais, prévue du 14 avril au 19 septembre 2021, à la Grande Halle de La Villette, elle doit pourtant faire événement.

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Si on ignore ce qu’on y verra, on sait que durant un an des régiments de conservateurs ont travaillé avec des divisions de commissaires, des bataillons d’experts et des brigades de collectionneurs pour présenter le Premier Empire sous son meilleur jour et dans sa « diversité ». Outre son art attestant de gloires incontestables, comment montrer aux visiteurs des événements vieux de deux siècles et leur permettre de comprendre un régime militaire qui, conduit par un empereur révolutionnaire, traça le cadre de notre société, ses routes et ses lois, légalisa le divorce, instaura la liberté de culte, favorisa les arts et abolit l’esclavage. Après l’avoir rétabli…

Napoléon persona non grata à cause de l’esclavage ?

Voilà ce qui fâche : la paix d’Amiens, signée par le Consulat en 1802, par laquelle l’abolition de l’esclavage, votée en 1794, est abrogée. Napoléon l’abolira de nouveau en 1815, mais ce n’est pas assez pour les associations et militants de la cause noire. C’est même ce qui devrait occulter toute son existence. Et comme la tendance est de ne pas fâcher, pas ceux-là du moins, ils ont été entendus cinq sur cinq par le ministère de la Culture. Roselyne Bachelot serait, semble-t-il, hostile à l’idée même de cette méga-exposition qui entre pourtant dans les clous de la définition du Petit Robert : « Action d’exposer, de mettre en vue […] explication et narration ». La trouille de la Rue de Valois de voir se télescoper l’agenda culturel et celui dicté par des vociférations enragées n’a pas encore contaminé les autres cabinets. Toutefois, un nouveau cycle de réunions et de négociations devrait permettre à la RMN et au Grand Palais de prouver leur engagement contre l’esclavage. Il se dit même que le dernier mot pourrait revenir à l’Élysée. Diantre !

Après le déboulonnage de la statue de Napoléon par la municipalité de Rouen façon The Square (film de Ruben Östlund, Palme d’or 2017), les bibelots de Joséphine et le trône de l’Empereur pourraient se retrouver sur le trottoir. Pour joindre le service des encombrants : paris.fr

Le CCIF étend ses activités à l’international

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Si des manifestants appellent au boycott de produits français dans les pays musulmans, et s’étranglent contre les propos d’Emmanuel Macron sur les caricatures, il ne faut pas sous-estimer les intenses campagnes dénigrant la France en Occident. Ces campagnes victimisent les musulmans et font la promotion d’un amalgame entre notre laïcité et « hate speech ».


Il serait dangereux de fermer les yeux sur les liens entre islamistes qui font fi des frontières. Le CCIF vient d’annoncer sa décision d’étendre ses activités à l’international pour s’assurer de la continuité de ses opérations et “protéger ses équipes”. Pendant que la colère populaire gronde contre Macron dans le monde arabo-musulman, on aurait tort de ne pas se pencher sur la fureur des islamistes occidentaux, certains très influents, qui vilipendent Macron de Londres à la Californie en passant par New York.  

Quoi que l’on pense du CCIF, complice aveugle de l’islamisme qu’il refuse de nommer ou “officine islamiste” selon Gerald Darmanin, une chose est sûre: il ne s’agit pas de modérés et leurs partisans ne le sont pas non plus.

Le CCIF trouve refuge à l’étranger

C’est sur le site islamiste britannique, 5Pillars, que le CCIF a annoncé son intention de poursuivre ses activités de l’étranger et d’y développer d’autres projets, notamment une unité de réponse juridique renforcée, un centre de recherche comprenant un centre de collecte de données, ainsi qu’un centre de production médiatique et culturel. Le CCIF y exprime également son espoir que ce projet servira à protéger les libertés fondamentales des communautés musulmanes en France.

Ces projets auront certainement un coût assez élevé, le CCIF bénéficie donc de généreux mécènes. Les islamistes anglo-saxons ne cessent d’exprimer leur soutien indéfectible à leur coterie française. Rien d’étonnant à ce que le CCIF, menacé de dissolution en France, décide de se réfugier à l’étranger où les islamistes condamnent furieusement Macron et la France elle-même et où le CCIF n’aura donc aucune peine à dénicher des alliés. 

Au Royaume-Uni, toujours dans le très peu respectable 5Pillars, c’était au tour de l’islamiste britannique Abdul Wahid, dirigeant de l’organisation islamiste Hizbut Tahrir, d’exprimer son point de vue dans un article plaisamment intitulé “Mais non, Monsieur Macron! Le problème est la laïcité et l’islam peut être la réponse.” Wahid y accuse Macron de colporter des sottises et en profite pour annoncer sa conférence qui se tiendra le 31 octobre.

En route vers le califat!

Le but de Hizbut Tahrir est de rétablir le califat; lors de cette conférence, Wahid compte démontrer que les idées et valeurs islamiques ne pourront être réalisées sans califat. Il a aussi la ferme intention de rappeler à ses coreligionnaires qu’établir l’islam en tant qu’autorité politique à un niveau national n’offre pas seulement une solution aux problèmes du monde musulman mais serait également un exemple pour l’humanité entière en démontrant que ce devrait être le cas au niveau international. 

Un peu plus à l’ouest, aux États- Unis, le Council on American-Islamic Relations (CAIR), fondé à l’origine pour poursuivre les objectifs des Frères Musulmans, se réclame, comme beaucoup d’organisations islamistes américaines, de la gauche. Contrairement à la confrérie aux branches étendues à travers le monde, CAIR a en grande partie abandonné ses ambitions religieuses pour se concentrer sur la politique: combat contre le racisme, contestation des politiques de Donald Trump concernant l’immigration, et lutte contre les incarcérations abusives. Ce qui, par ailleurs, ne l’empêche pas d’être dirigé par des antisémites dont la sympathie est réservée au Hamas. 

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Depuis le discours de Macron aux Mureaux, CAIR mène l’offensive contre la France. Le 22 octobre, CAIR appelait la U.S. Commission on International Religious Freedom (USCIRF) à enquêter sur le “châtiment collectif” que la France infligerait à sa communauté musulmane.

CAIR réprouve, bien sûr, la dissolution d’organisations considérées comme islamistes en France et se comporte à l’avenant. En effet, CAIR appelle aussi la USCIRF a s’opposer aux restrictions françaises en matière de liberté religieuse qu’il décrit comme des “politiques irrationnelles” et qui, selon lui, comprendrait le fait d’exclure de l’école les élèves portant croix, kippa ou hijab; d’interdire aux fonctionnaires de porter ces mêmes signes religieux ; et de criminaliser les niqabs et burqas tout en rendant le masque obligatoire. 

CAIR appelle même la USCIRF à ajouter la France a sa liste des pays particulièrement préoccupants en ce qui concerne la liberté religieuse. Pour avoir l’honneur douteux de se retrouver sur cette liste publiée chaque année, le pays en question doit avoir commis de sévères violations de la liberté de culte, parmi lesquelles : torture, traitement ou châtiment dégradant, détention prolongée sans chefs d’inculpation, enlèvement ou détention clandestine. CAIR voudrait donc voir la France sur le banc des accusés aux côtés de la Chine, du Burma, de la Corée du Nord, de l’Iran, du Pakistan, ou encore de l’Arabie Saoudite. Pays où la dissidence est souvent réprimée dans le sang et, dans le cas des trois derniers, ou le blasphème est sévèrement puni, parfois par la mort.

Le sort des musulmans français mis sur le même plan que les Ouïghours

Le sens de la mesure n’est pas davantage présent dans la lettre à l’USCRIF envoyée par le directeur de CAIR, Nihad Awad, où il semble prendre des intonations aiguës de tragédienne pour annoncer que la nation américaine ayant condamné la persécution des minorités musulmanes tel les Ouïghours en Chine et les Rohingya au Burma, elle devrait en faire de même pour la politique « anti-musulmane » de la France. 

Le 27 octobre, CAIR allait plus loin encore en déconseillant carrément aux musulmans américains de se rendre en France, évoquant la campagne islamophobe “hypocrite et dangereuse” qui s’en prendrait aux musulmans, mosquées et organisations islamiques. CAIR, n’ayant jamais peur d’en faire trop, brandit les restrictions françaises sur le port de signes religieux comme exemple du danger et des discriminations que subirait n’importe quel musulman Américain assez téméraire pour se rendre dans ce pays hostile.

Ces gémissements sont repris en chœur par les islamistes américains qui se déchirent régulièrement autour de la question LGBT ainsi que sur la Palestine. Ils se retrouvent, pour une fois, unis par leur haine de la laïcité.

Le célèbre imam Yasir Qadhi, adulé par certains en France, se prend pour une pythie et prédit qu’un temps viendra où la France n’existera plus mais l’héritage du prophète et l’amour que les musulmans portent à ce dernier, eux, perdureront alors que président français et sa nation seront relégués aux livres d’histoire. Qadhi a d’ailleurs rejoint Tariq Ramadan, désormais connu surtout pour l’amour qu’il porte aux liaisons extra-conjugales, pour discuter de la liberté d’expression. 

La France abriterait un satanisme pervers

Le salafiste Daniel Haqiqatjou, dont les articles sont régulièrement traduits vers le français par ses partisans francophones, ne décolère pas contre la France, ce qui l’a mené à des prises de positions quelque peu inattendues. En effet, lui qui considère que les chrétiens sont des mécréants et s’en prend violemment aux islamistes qui osent s’afficher à des événements avec eux, défend passionnément les prêtres assassinés lors de la révolution française “au nom de la Raison.”  Selon lui, la soif sanguinaire de la France continue à être inassouvie et le pays accueillerait en son sein un “satanisme pervers” qui se ferait passer pour la raison. 

Le Council for Social Justice de la ICNA, organisation proche du mouvement islamiste sud-asiatique Jamaat-e-Islami, proclame que les mesures de Macron ne se distingueraient aucunement des “délires fascistes de Marine Le Pen.”

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Hussam Ayloush, directeur de la branche californienne de CAIR, et éternel amoureux de Erdogan, semble passer ses journées à partager des articles maudissant Macron. Il annonce être même prêt à un sacrifice impressionnant: il ne mangera plus de fromages français jusqu’à ce que les dirigeants de l’Hexagone cessent de manquer de respect à l’islam. On regretterait presque qu’il se prive de ce plaisir qui aurait pu calmer l’agitation dont il fait preuve sur les réseaux sociaux où il assène un “ta gueule” se voulant magistral, au président Macron dont “l’hypocrisie” le rend malade.

Boycott des produits français

Tout ce petit monde disparate se rejoint sur l’essentiel: le boycott des produits français. Partageant à qui mieux mieux une liste de marques françaises accompagnées de leurs logos respectifs. Les islamistes américains rivalisent d’esprit guerrier en déclarant leur soutien corps et âme à cette révolte contre les produits tricolores, suppôts de la laïcité. On les imagine arpenter les allées du supermarché d’un pas martial, résistant au prix d’un effort surhumain à la tentation d’un paquet de biscuits LU ou d’un Babybel, se bouchant les oreilles pour se protéger des séduisantes sirènes du maquillage l’Oréal ou d’un shampoing Garnier; renonçant, la mort dans l’âme, à la volupté d’ouvrir un compte chez BNP Paribas.

Même si le CCIF est dissous en France comme le souhaitent certains, les problèmes ne s’arrêteront pas là. Partout en Occident, les islamistes crient leur haine à l’égard de la France, coupable à leurs yeux de refuser tout compromis et de hisser fermement l’étendard de la laïcité. Macron a l’intention de durcir les règles régissant les associations cultuelles et leurs entrées d’argent. Ce déferlement d’animosité provenant de toute part, y compris d’islamistes fortunés, confirme qu’il est impératif de se montrer intransigeant sur les financements provenant de l’étranger et atterrissant dans les caisses d’islamistes Français.

Faux jihadiste, choix éditoriaux douteux: les casseroles à répétition du « New York Times »

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Ces derniers temps, le célèbre quotidien américain accumule les bévues éditoriales. Mais la presse française continue de le prendre en exemple.


Nous avons appris cette semaine que le célèbre quotidien « de référence » new-yorkais avait relayé un faux témoignage d’un Canadien prétendant avoir combattu en Syrie. C’est fâcheux, d’autant que le média américain qui inspire tant la bonne presse du monde entier (y compris en France) n’en est pas à sa première sortie de route ces derniers temps.

Mauvaise passe pour les rois du “décryptage”

Le journal est critiqué après que le personnage principal de son podcast « Caliphate », Shehroze Chaudhry, ait été arrêté par la police fédérale canadienne non loin de Toronto, pour avoir inventé son appartenance à l’État islamique, et mis en examen pour « incitation à craindre des activités terroristes » sur la base d’informations fabriquées. Coup dur pour les spécialistes du « fact checking ». Le New York Times, à la pointe du dépistage des fameuses fake news, modèle de nos tricolores « Décodeurs » du Monde ou Checknews de Libé se retrouve dans une situation embêtante. Shehroze Chaudhry était un mythomane qui aurait complaisamment inventé les horreurs que le journal voulait entendre.

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Le quotidien a fait son mea culpa. Depuis 2014, la journaliste Rukmini Callimachi – en charge du podcast en question – était la spécialiste des enquêtes du New York Times sur la mouvance jihadiste. Les méthodes de travail de cette reporter star sont pointées du doigt et des critiques se font jour à l’intérieur même de la rédaction : on accuse Callimachi de verser dans le sensationnalisme sur son compte Twitter aux 400 000 abonnés et d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable.

Une énième polémique

Mais cette affaire n’est pas la première du genre à troubler le New York Times. Le « 1619 Project », grand projet éditorial du journal durant l’été 2019, avait déjà créé la polémique. Le projet visait à remettre au centre de l’histoire américaine l’esclavage et la population noire, en substituant à la déclaration de l’indépendance de 1776 la date de 1619 (arrivée du premier esclave noir en Amérique). Pour ce travail, la créatrice Nikole Hannah-Jones avait reçu un Pulitzer. Mais depuis, des historiens vilipendent le journal pour ses raccourcis historiques, notamment Phillip W.Magness, auteur d’un livre visant à démonter tout ce récit[tooltips content= »The 1619 Project: A Critique, 2020, American Institute for Economic Research« ](1)[/tooltips]. Le New York Times a depuis a été contraint de procéder à une correction, en forme d’aveu, revenant sur l’affirmation que 1619 serait « la vraie date de naissance de l’Amérique ». Que les progressistes se rassurent toutefois, au nom du combat antiraciste, le journal n’en continue pas moins d’écrire black avec une majuscule, tout en laissait le mot white avec une minuscule

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Et depuis le mouvement Black Lives matter qu’il a soutenu, le New York Times voit des violences policières partout. Après la mort de Samuel Paty, le titre d’un article du New York Times supposait que celui qui a décapité notre enseignant était une victime de plus de la police française![tooltips content= »« La police française tire et tue un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. » L’art d’éviter de parler du terrorisme islamiste réel pour en revenir à ses plates-bandes, quand un podcast était donc alimenté par des témoignages d’un terroriste bidon »](2)[/tooltips] Comme pour le « 1619 Project », le journal a fait machine arrière et a changé son titre suite au scandale provoqué par le premier choix éditorial.

Bari Weiss, une journaliste dans la tourmente © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025
Bari Weiss n’est pas parvenue à « faire entendre des voix inhabituelles », tache qu’on lui avait confiée. Elle est partie. © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025

Le New York Times, temple de la « cancel culture » ?

Si ces épisodes peuvent sembler anecdotiques, ces embardées éditoriales d’un New York Times de plus en plus idéologisé mènent tout droit à la désormais célèbre « cancel culture ». Cet été, le directeur des pages débats, James Bennet a été contraint à la démission, tout comme son adjoint… Ce fou avait accordé une tribune à un sénateur républicain proche de Donald Trump. Un petit scandale ! De son côté, en claquant la porte du journal, Bari Weiss, à qui on avait pourtant confié la lourde de tache de « faire entendre des voix inhabituelles » au New York Times, a décrit dans un récit glaçant la violence des progressistes au sein de la rédaction. Ces derniers harcèleraient et dénonceraient en permanence tous ceux qui ne s’engagent pas assez pour les causes progressistes, n’hésitant pas à les traiter de « racistes, nazis, sionistes… ».

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Pour éviter ce que les plus zélés des progressistes estiment sans doute être les vrais faux-pas, le New York Times a par ailleurs mis en place depuis 2017 un poste de « gendor editor », chargé de surveiller le traitement éditorial des questions féministes et de genre. C’est Jessica Bennett qui l’occupe. Elle est la conceptrice du « manterrupting », un néologisme qui désigne la soi-disant pratique sexiste des hommes qui coupent la parole aux femmes dans les discussions. La théorie du genre traverse l’Atlantique. Jusqu’ici épargnée par cette nouvelle folie des ayatollahs du progrès, la presse française compterait maintenant une rédaction avec un poste similaire. Quel journal ? Mediapart, le site d’Edwy Plenel. Comme par hasard !

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Joseph Roth retrouvé


Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inédit de Joseph Roth survole toute la rentrée littéraire. Même inachevé, ce texte frappe fort et vise juste, au cœur des passions tristes de notre temps. Retour inespéré vers l’un des plus grands écrivains du xxe siècle.


Laissés quelques instants sans surveillance, les élèves de la rentrée littéraire sont dissipés. Un brun au regard triste, qui plaît beaucoup aux filles, parle de yoga. Il prétend dire toute la vérité et ajoute… « ou pas ? ». La question semble passionner le cercle qui l’entoure. Quelques rangs plus loin, un autre groupe d’admiratrices s’est formé autour d’un beau garçon à la parole facile. Il tire à boulets rouges sur son père, son beau-père, son ex, il cite Spinoza et ponctue ses phrases d’un « je sais, je ne suis pas à plaindre » que son auditoire juge « trop chou ». Au premier rang, une élève évoque des abus sexuels dans les vestiaires et, près du radiateur, plusieurs inconnus pestent contre le manque de reconnaissance. Hypnotisée par son propre vacarme, la classe n’a pas vu arriver le proviseur, un petit homme à la démarche et au regard flous, silhouette fragile vêtue d’un costume constellé de taches. Il entre. Le silence se fait. C’est Joseph Roth. Une hiérarchie venue de loin s’impose soudain dans cette scène tirée du Petit Nicolas ou, plus vraisemblablement, des Sous-doués. Le calme revenu, parlons livres.

Écrit entre deux chefs-d’œuvre

Les éditions Robert Laffont publient Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inachevé datant de 1929 et accompagné de huit nouvelles également inédites. À la charnière entre la fin des années 1920 et le début de la décennie suivante, le talent de Joseph Roth est à son apogée. Perlefter a mûri à l’ombre de deux très grands livres, Le Prophète muet, variation libre sur la vie de Trotsky, superbe tableau ironique des révolutionnaires bolcheviks et, surtout, Job, roman d’un homme simple, un tour de force rivalisant avec La Marche de Radetzky (1932), le chef-d’œuvre de l’écrivain. Ce Perlefter retrouvé ne tutoie pas ces sommets, il pêche forcément par le relâchement des œuvres inachevées, mais il suffit de quelques lignes pour comprendre que ce texte abandonné reste un événement. On y retrouve la simplicité unique du style, proche du conte, cette façon inégalable de conjuguer les observations physiques et morales dans un même paragraphe, et une prodigieuse maîtrise de l’art du portrait : « Elle ne mourait pas la tante Sammet. La Mort la dédaignait. Elle la considérait comme une ombre que l’on ne peut saisir. Ou elle la tenait pour une égale […] La tante eut de nombreux accidents. Elle passa sous les roues d’une voiture, elle trébucha, elle s’écorcha tout le corps, un des enfants lui jeta un pique-feu à la tête. Mais elle ne mourait pas. » Ou encore : « Le vieux vivra jusqu’au jugement dernier. Il est coriace, taiseux et son visage est brun comme la terre. Il n’est jamais en colère, jamais aimable, toujours sur le qui-vive, ses petits yeux sont toujours écarquillés comme s’il n’avait pas de paupières et comme s’il n’avait jamais besoin de dormir. » Qui dit mieux à l’automne 2020 ?

« Je veux de la tranquillité à tout prix »

Avec ce livre, Joseph Roth s’attaque au bourgeois avec la verve destructrice d’un Flaubert. Alexandre Perlefter, le héros, recherche un perpétuel juste milieu. Pour une seule raison : la stabilité a fait sa fortune, le désordre causerait à coup sûr sa ruine. Dans le même temps, il sait bien qu’une société aristocratique lui aurait claqué toutes les portes au nez. Il ne peut donc pas se permettre d’être exagérément conservateur. « Il avait peur de la révolution. Allait-on socialiser ? Tout prendre aux riches, comme en Russie ? La monarchie se révélait quand même être le régime le plus sûr. […] Quand il vit que l’on ne socialisait pas, la république lui plut aussi », résume Roth. Pour cet homme uniquement guidé par ses intérêts et ses peurs, une vertu l’emporte sur toutes les autres : la concertation. « On peut discuter de tout. Tout conflit est superflu. Je veux de la tranquillité à tout prix. »

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Quelques années plus tard, en 1933, après l’autodafé des livres d’écrivains juifs par les nazis, Roth signera un article intitulé « L’autodafé de l’esprit ». Il y décrit une société qui « capitule par faiblesse, par paresse, par indifférence, par inconscience », rédigeant ainsi l’épitaphe de Perlefter et de son monde. En effet, le roman ne cesse d’élargir sa focale. Il part d’Alexandre pour observer ensuite ses amis puis sa famille. Comme tous les grands écrivains, Joseph Roth écrit en « fils », afin de démêler les liens enchevêtrés qui unissent les enfants et les pères, pour mettre en évidence le mélange d’incompréhension et de respect, d’admiration et parfois de haine qui forme les plaques tectoniques toujours en mouvement sous la continuité des générations. Fredy, le fils Perlefter, s’impose comme un parfait spécimen d’enfant-roi, héritier repu fonçant vers le mur avec un bandeau de soie sur les yeux. Un grand con, en somme, comme on en voit trop rarement en littérature.

Perlefter, c’est nous

La plus bête des erreurs serait de transformer ce roman en plaidoyer ou en pamphlet. Chacun sera prompt à voir en Perlefter un centriste, un macronien, un adepte de la « cancel culture », un de ces électeurs de François Fillon qui surveille les valeurs morales et boursières avec la même vigilance. Fausse route. Nous sommes tous dans le viseur de Joseph Roth. Perlefter, c’est nous. Nous, élevés dans le confort matériel, loin des conflits meurtriers, englués dans les considérations individuelles, sortis de l’Histoire pour entrer dans les journées de commémoration ou de déboulonnage. Au moins, le bourgeois du roman avait-il ses raisons, la boucherie de la Première Guerre mondiale glaçait encore le sang et les consciences de 1929. Il marchait en somnambule vers un autre précipice et nous le jugeons pour cette raison, sûrs de notre clairvoyance de borgne. Mais, nous, vers quel gouffre marchons-nous, avec notre air supérieur ? Impossible à dire : le roman est inachevé. C’est la dernière ruse de Joseph Roth.

Joseph Roth, Perlefter, histoire d’un bourgeois, Robert Laffont, 2020.

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La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

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Dans une École devenue un désert des cœurs et des esprits, l’islamisme radical peut prospérer. Contre le séparatisme, il faut faire de nouveau aimer la France.


Seuls s’étonnent ceux qui veulent bien s’étonner. L’assassinat de Samuel Paty est ignoble et choquant, notamment par son mode opératoire d’une spectaculaire abjection, mais il est la suite logique des nombreux autres meurtres, tout aussi scandaleux, qui nous frappent depuis une décennie. Des Juifs ont été tués – et parmi eux des enfants –, des policiers ont été tués, des journalistes ont été tués, un prêtre a été tué, des Français ont été tués, lors d’attentats de plus ou moins grande envergure qui ponctuent désormais couramment la triste actualité des dix dernières années. C’est aujourd’hui un enseignant qui est tombé. Et demain ? Un maire, un responsable politique ? Un boucher qui vend du porc, quelqu’un qui lit Voltaire sur un banc public, une fille qui s’habille trop court, quelqu’un qui allume une cigarette sur un trottoir pendant le ramadan ? L’islamisme, lorsqu’il ne rencontre pas d’obstacles, n’a aucune limite dans son projet de conquête sociale et politique. Et ses thuriféraires ont bien compris que la stratégie du chantage et de l’intimidation, comme dans tous les totalitarismes, paralyse la riposte. Que dire de cette France de 2020 où on peut massacrer au nom de l’islam sans rencontrer de réponse à la hauteur des faits ? Qu’ont pu penser, lors du massacre de la rédaction de Charlie en 2015, les journalistes algériens réfugiés ici dans les années 90, dont les confrères avaient été tués par les islamistes et qui subissaient eux-mêmes les menaces de mort du GIA ? Je connais bien l’un de ces journalistes d’Alger, qui a fui la terreur de son pays pour retrouver aujourd’hui, avec un immense chagrin, ses promoteurs sur le sol français.

Des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable

La naïveté, le déni, la complaisance et la lâcheté ont permis d’en arriver là. Beaucoup d’hommes politiques, de journalistes et de citoyens sont comptables du désastre, plus zélés à pourchasser et diaboliser ceux qui, depuis longtemps déjà, pointent avec une courageuse ténacité les dangers de l’islamisme, qu’à œuvrer à la dénonciation et à la défaite d’un ennemi mortel. Plutôt que de faire le jeu de qui-vous-savez, il valait mieux détourner les yeux et laisser l’islam radical gagner tous les terrains, quitte à supporter de temps en temps quelques morts, comme un tribut dont se nourrit la bête immonde et qu’on semble bien vite oublier après les célébrations d’usage. Chamfort l’écrivait en son temps : en France, « on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Aujourd’hui, trois jours après l’assassinat de Samuel Paty, certains osent crier à la récupération politique. Au mépris d’une réalité pourtant obstinée, leur priorité est de condamner, non pas les attentats et l’idéologie qui les sous-tend, mais ce qu’ils nomment la fachosphère, accusée de dénoncer un ennemi fantasmé et d’hystériser le débat. On croit rêver.

⅓ des professeurs dans l’autocensure

Le déni et la lâcheté, on les trouve aussi au sein de l’institution scolaire aujourd’hui directement touchée. Tout le monde semble redécouvrir le rapport Obin de 2004, dans lequel un inspecteur général de l’Éducation nationale recensait les nombreux manquements à la laïcité liés à la foi, rapport qu’on s’est empressé d’enterrer : Jean-Pierre Obin y relevait pourtant le refus de certains élèves, lors de sorties scolaires, de pénétrer dans les églises, même transformées en musées, le refus de tracer le signe « plus » en mathématique, trop proche de la croix chrétienne, le rejet de l’enseignement de la Shoah, le rejet de l’étude des auteurs des Lumières, le rejet de la théorie de l’évolution, et j’en passe. Les Territoires perdus de la République ne disaient pas autre chose en 2002, pointant notamment dans les écoles de banlieue l’antisémitisme grandissant et la haine de la France, mais on a préféré dire des auteurs de l’ouvrage qu’ils étaient dans l’exagération et donnaient dans l’islamophobie. Récemment, on apprenait que des parents refusent la lecture en classe de maternelle de l’histoire des Trois petits cochons, ou encore que des enfants de trois ans, chaque année à la rentrée de septembre, par un réflexe acquis dans la sphère familiale, se bouchent les oreilles lorsqu’on diffuse de la musique… Jean-Pierre Obin a récemment souligné que Daesh appelait dans une publication de 2015 à prendre pour cibles les fonctionnaires de l’Éducation nationale, accusés de dispenser des enseignements condamnables. Il est clair que les choses se sont aggravées en quinze ans et que, l’institution ayant fermé les yeux sur ces enquêtes de terrain pourtant très documentées, environ un tiers des professeurs, d’après un récent sondage, et davantage encore dans les zones classées REP, s’autocensurerait pour éviter les problèmes. Le nombre des manquements à la laïcité et des entraves à la liberté d’enseigner, dont Jean-Michel Blanquer se félicite de le voir stagner ces dernières années, ne permettrait pas un si bel optimisme si les enseignants s’autorisaient à traiter tous les sujets du programme sans précautions particulières… Dans certains endroits, il ne s’agit pas seulement de contenus d’enseignement, mais aussi de tenues vestimentaires : je me souviens d’une amie exerçant il y a vingt ans à Villejuif, qui me racontait avoir reçu des crachats dans le dos dans les couloirs de son établissement. Il faut dire que cette effrontée avait l’audace de s’habiller souvent en jupe. Pour résoudre le problème, son supérieur hiérarchique l’avait convoquée pour lui demander d’adapter son vêtement à la sensibilité des populations locales. Petit exemple de soumission ordinaire. 

L’assassinat d’un professeur au nom de l’islam sera-t-il suffisant pour ouvrir les yeux dans le corps enseignant ? Je n’en suis même pas sûre, au vu de l’idéologie dominante dans la corporation. Je suis depuis plusieurs années effarée par le déni et le relativisme de nombreux collègues lorsqu’il est question d’islamisme. À vrai dire, on en parle très peu en salle des profs, ou entre deux portes avec quelques collègues triés sur le volet : évoquer la question peut au mieux paraître incongru – quelle étrange préoccupation ! –, au pire rendre suspect de fascisme le plus humaniste des individus. Un échange avec un collègue de classes préparatoires, il y a plusieurs années, me semble un cas d’école, si je puis dire : pour faire bref et donner un aperçu de la vision de quelqu’un qui se dit avant tout « citoyen du monde », l’islam ne pose pas de problème en France, la plupart des musulmans sont modérés, le voile est un choix individuel qui ne dérange personne, et s’il y a quelques attentats de ci de là, c’est l’expression d’une révolte sociale somme toute bien légitime ou le fait de déséquilibrés. Renvoyons aussi dos à dos les violences de l’islam et du catholicisme, et le tour sera complet. C’est en fait la doxa de toute une frange de la population, surreprésentée chez les profs, pour qui le patriotisme équivaut peu ou prou au fascisme, pour qui la France ne signifie pas grand-chose en dehors des droits de l’homme et du confort matériel – et chacun peut bien penser et agir comme il l’entend du moment que son petit bonheur n’est pas menacé –, et qui se cache à elle-même sa logique purement individualiste sous les apparences généreuses de l’ouverture à toutes les différences. Évidemment, cette négation de l’identité de la France (et de l’Europe en tant que civilisation) est exactement celle des libéraux, Macron en tête, qui pensent les hommes comme des entités interchangeables dans un vaste monde dédié à la consommation. Là-dessus, on rachète son confort petit-bourgeois et sa mauvaise conscience de classe en réduisant les musulmans à des opprimés, victimes de l’exploitation et des discriminations systémiques, et par là dédouanés de la violence convulsive de certains d’entre eux. J’ai souvent entendu des professeurs après un attentat islamiste incriminer non pas la religion au nom de laquelle il était commis, mais la ghettoïsation des quartiers difficiles – alors même que tous les terroristes n’appartiennent pas aux classes les plus défavorisées –, par un tropisme de gauche qui appelle bien souvent l’excuse sociale. Edwy Plenel, référence d’une part non négligeable du corps enseignant, ne faisait-il pas pleurer en 2015 sur « l’enfance malheureuse des frères Kouachi » ? Et que dire du scandaleux amalgame, établi par le même Plenel et La France insoumise, entre le sort fait aux musulmans aujourd’hui en France et le traitement réservé aux Juifs dans les années trente ? Cette gauche qui infuse dans la corporation, alors même qu’elle s’est construite sur le rejet du catholicisme et continue sans risque de frapper son cadavre, se garde bien de fustiger l’islam, parce que c’est la religion de ceux qu’elle considère comme les nouveaux damnés de la terre, et parce que des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable. Les profs en 2020 sont des gens de leur époque, biberonnés depuis leur naissance à cette bouillie d’individualisme hédoniste et consumériste mêlé d’un antiracisme d’opérette (née dans les années soixante, j’ai moi-même baigné dans ce climat libertaro-gauchiste, et j’ai naïvement arboré à vingt ans la petite main « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme… mais les « potes » étaient moins nombreux qu’aujourd’hui et ne défendaient pas furieusement l’idéologie de haine dont on voit maintenant les manifestations brutales). Voilà pourquoi notre École est muette : le confort individuel et la culpabilisation morale expliquent en partie pourquoi les profs face à l’islamisme sont dans le silence, l’aveuglement ou la soumission, aveuglement et soumission soigneusement entretenus par les journaux dits de référence qu’ils lisent unanimement. Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans le CDI des établissements scolaires ne figurent à disposition des élèves que ces titres de presse largement consensuels dans leur propagande multiculturelle et dans leur chasse aux « fachos », l’audace politique des documentalistes leur permettant d’aller jusqu’au Figaro pour penser faire contrepoids.

Orientation univoque des manuels et des programmes

Et que dire des manuels scolaires et des programmes, qui n’apprennent pas grand-chose, et surtout pas à aimer la France ? Susciter cet amour, en tout cas en rendre possible l’émergence, me paraîtrait pourtant urgent dans le contexte actuel d’une détestation qui, pour n’être pas unanime, n’en est pas moins toxique et dangereuse. J’ai rarement entendu les collègues d’histoire critiquer les orientations univoques et contestables des programmes qu’ils enseignent. La simple consultation des manuels scolaires révèle pourtant dans l’approche historique la minimisation de tout passé glorieux de la France, quasiment réduite à la pratique de l’esclavage, de la colonisation et de la collaboration. Les cours d’EMC (Éducation Morale et Civique), généralement dispensés par ces mêmes professeurs d’histoire, amènent les élèves à travailler, au mépris de toute réalité de principe et de fait, sur les inégalités inhérentes à la société française, actant par là l’idée que celle-ci repose par essence sur la discrimination de race et de sexe. Tout le monde pourra constater que sont nombreuses à intervenir dans le milieu scolaire les associations militantes LGBT et antiracistes, au rang desquelles l’association d’Assa Traoré, un temps autorisée par l’institution à répandre en banlieue la haine du flic et de l’homme blanc, accusés de violence et de racisme consubstantiels. Beaucoup de professeurs ont intégré ce discours de repentance, porté à l’incandescence par des indigénistes soucieux de faire prospérer leur fonds de commerce victimaire dans l’un des pays pourtant les plus généreux au monde : ils trouvent à leurs revendications une résonance médiatique qui leur octroie un pouvoir de nuisance réel dans une université de plus en plus acquise à leurs causes. Comment, dans ces conditions, alors que l’école et les médias relaient complaisamment cette vision, transmettre aux jeunes élèves l’amour du pays qui les a vus naître ou les a accueillis ? Comment ne pas rendre la France haïssable, en occultant de la sorte les grands hommes et les hauts faits qui constituent aussi son histoire, en la ramenant sans cesse et seulement aux versants les plus sombres de son passé ?

Finalement l’école, par ce type de renoncement, laisse un grand vide dans l’esprit et le cœur des élèves, quels qu’ils soient. Et ce ne sont pas les invocations à la laïcité, réitérées ces derniers jours, qui pourront occuper cette vacance. La laïcité, pur produit de l’histoire française, ne peut être aimée si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée. Invoquer la République ne me paraît pas non plus suffisant pour concurrencer les visées de l’islam politique et la place prépondérante de la religion dans les plus jeunes esprits. On sait par un récent sondage qu’environ soixante-quinze pour cent des musulmans de moins de vingt-cinq ans placent leurs convictions religieuses au-dessus des lois de la République. J’ai déjà croisé, dans un lycée qui ne se trouve pas en zone sensible, des élèves dont la seule lecture était celle du Coran ; j’ai aussi le souvenir d’un élève, rétif à toutes les règles imposées en classe, qui m’avait fait comprendre un jour, par un geste sans équivoque vers le ciel, que la seule autorité à laquelle il se soumettait, celle d’Allah, était bien supérieure à la mienne. Le recours aux « valeurs de la République » est inopérant dans un tel contexte. Si un certain nombre d’élèves n’étaient pas Charlie en 2015 et ne le sont toujours pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas Français – et la République n’a pas grand-chose à voir dans cette désaffection : ce n’est pas la République qu’ils n’aiment pas, c’est la France qu’ils haïssent. La République est un mot creux qui recouvre des réalités bien différentes, puisqu’il existe des républiques (islamiques, communistes) qui sont des dictatures, et des monarchies qui sont des démocraties… et sa seule invocation ne peut soulever les cœurs. Qu’y a-t-il de commun entre la Troisième République et la nôtre ? Les hussards noirs de la fin du XIXème siècle auraient bien du mal à reconnaître dans l’école de la Cinquième République la rigueur de leurs exigences et le patriotisme qu’ils étaient censés transmettre. Que peuvent signifier la République et ses valeurs, que peut signifier la laïcité, si leur incantation devient un mantra vidé de substance et déconnecté de l’âme, de l’esprit et de la chair de ce pays ? Il est significatif qu’Emmanuel Macron, lors de l’hommage à Samuel Paty à la Sorbonne, ait insisté sur la création de citoyens par l’École, comme si l’identité française se limitait à une simple appartenance républicaine. Le gavage citoyen sans l’amour de la France, l’adhésion mécanique à des valeurs abstraites sans la transmission d’un génie français incarné, restent des coquilles vides. Mais en tant que professeur, comment transmettre l’amour d’un pays qu’on a soi-même renoncé à aimer ? L’islamisme qui tient lieu de tout peut prospérer dans ce désert des cœurs et des esprits. 

Réarmer moralement le pays, désigner l’ennemi

Je n’ai pas rejoint les rassemblements qui ont suivi l’ignoble assassinat du professeur de Conflans. Ma tristesse ne peut faire taire ma colère, vis-à-vis des terroristes bien sûr, mais pas seulement. J’en veux terriblement à tous ceux qui ont pratiqué le déni depuis trente ans, parmi lesquels beaucoup d’enseignants : la gauche qu’ils soutiennent s’est rendue complice en niant les problèmes, dans un mélange d’électoralisme cynique et d’idéologie, tout en réduisant au silence les lanceurs d’alerte par l’accusation de racisme et d’islamophobie. Le sempiternel « padamalgam » entendu après chaque attentat a fait le lit de l’islam radical et couvert sa progression depuis des années. Bizarrement, ceux qui font preuve de la plus grande virulence contre des catholiques inoffensifs ont fait profil bas devant les dérives d’un islam conquérant de plus en plus visible. Que penser de cette gauche qui livre sans scrupule une partie de la population à l’obscurantisme et qui taxe de racisme ceux qui voudraient l’en extraire ? 

Il était pour moi hors de question de manifester aux côtés de syndicats enseignants qui, dans les textes de mobilisation envoyés sur nos messageries professionnelles, n’osent toujours pas, encore aujourd’hui, employer le mot « islamisme ». Même Emmanuel Macron martèle désormais ce terme, sans doute pour racheter des années d’élégante pudeur autour d’attentats terroristes dont le pouvoir taisait l’origine, au grand dam d’une importante frange de la population exaspérée d’être la seule à voir et à nommer le mal (espérons que la récente profération présidentielle n’amène pas à différer, voire à remplacer, l’indispensable action politique). Quasiment tous les syndicats évoquent des notions prudemment générales telles que le terrorisme et la barbarie, ou encore le fanatisme religieux, sans nommer la religion qui le promeut ; il faut ainsi combattre les obscurantismes, « quels qu’ils soient », faisant accroire qu’il en est aujourd’hui venant d’horizons divers et variés. Ou comment appeler à lutter contre un ennemi qui n’est toujours pas désigné ! Certains mettent d’ailleurs en garde contre les « amalgames nauséabonds », les discriminations et toute instrumentalisation des « forces réactionnaires », n’ayant toujours pas compris que c’est de ce discours culpabilisant que nous crevons aujourd’hui, puisque l’islam politique utilise le discours victimaire pour museler les oppositions. On n’est pas loin de la formule délétère « Vous n’aurez pas ma haine », qu’on a pu lire après le massacre du Bataclan sur les pancartes ou sur la couverture d’un livre, singulière façon de s’interdire toute réaction face à la haine de l’autre. Ces syndicats enseignants, au nom d’un vivre-ensemble dont on voit tous les jours les effets, cautionnent peut-être l’éloquente et malheureuse expression « Victime de son héroïsme », par laquelle la mairie de Paris a cru rendre hommage à Arnaud Beltrame. On ne s’y prendrait pas autrement si on souhaitait désarmer, intellectuellement et moralement, un pays tout entier. Et je trouve assez indécent qu’on aille ensuite pleurer la mort d’un professeur que trente années d’incurie politique et de castration idéologique ont rendue possible. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », fait-on dire à Bossuet.

L’école n’est plus un sanctuaire

Enfin, l’institution scolaire elle-même ferait bien de se regarder en face. Si on a pu porter atteinte à un enseignant, si certains élèves ont pu, moyennant quelques centaines d’euros, le signaler à son futur agresseur à la sortie du collège, c’est que le Professeur a été destitué. Et il l’a d’abord été par l’École elle-même. Dans la mouvance de mai 68 et par un travail de sape qui n’a pas cessé depuis, on a déconstruit la figure du maître : ministres successifs, pédagogistes, syndicats, associations de parents, mus par une même idéologie égalitariste, ont œuvré main dans la main. On a voulu assimiler l’autorité du professeur, pourtant intellectuelle et morale, à un exercice de la contrainte quasi fascisant, et faire de la parole de l’élève, dans un souci d’horizontalité, l’équivalent de celle du maître : puisque tout se vaut, comment s’étonner que beaucoup de jeunes gens aujourd’hui n’établissent pas de différences entre ce qui relève d’un savoir objectif, légitime en tant que tel, et ce qui relève de la croyance ou de l’opinion ? Comment s’étonner, lorsqu’on a donné la parole aux élèves sans leur fournir d’abord les outils linguistiques et culturels pour penser le monde, que règnent l’incompréhension, les malentendus et les préjugés ? Comment s’étonner qu’ils n’aient aucun recul critique sur ce qu’ils sont, sur ce qu’ils croient, ni aucune estime pour celui qui incarne un savoir dévalué ? Si le professeur a perdu son aura, si la verticalité de la transmission a été méticuleusement mise à mal, on a permis au disciple de ne plus le considérer, et par là de déconsidérer et de contester le contenu même de son enseignement. Le respect de principe qu’il suscitait autrefois a disparu, et les enfants comme leurs parents se sentent autorisés à remettre en cause, dénoncer, bousculer, y compris physiquement, organiser des cabales, dans un lieu qui a cessé d’être un sanctuaire. Tout concourait depuis longtemps, dans et par l’École, à un tel effondrement. C’est aussi ce qui a tué Samuel Paty.

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Barbie contre le “privilège blanc”

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« Ce n’est pas facile d’en parler » témoigne Barbie. La poupée Mattel à la plastique parfaite explique soutenir le mouvement Black lives matter


C’est une vidéo devenue virale dans un pays secoué par de régulières manifestations organisées par le mouvement Black Lives Matter. Dans un des récents épisodes de l’émission Web Barbie, la célèbre poupée internationalement connue a rappelé l’importance de la lutte contre le racisme dans le monde et abordé la question du « privilège blanc ». Une prise de position qui a suscité quelques interrogations aux États-Unis.

Son vlog sur le réseau social YouTube compte pas moins de 10 millions d’abonnés. La poupée Barbie est devenue une véritable influenceuse virtuelle qui s’adresse à un public de tout âge, race et sexe. Elle y discute très sérieusement de divers sujets  mais sur un ton qui lui est propre. Intitulée « Barbie et Nikki discutent de tout », l’émission a été un buzz inattendu le 7 octobre dernier. La poupée a expliqué à ses followers que « des millions de personnes s’étaient levées dans le monde entier afin de lutter contre le racisme et l’injustice », précisant que même si « ce n’était pas facile d’en parler, il fallait justement l’évoquer au nom de tous ces gens blessés par d’autres à cause de leur couleur de peau ». Et pour appuyer le tout, la poupée Barbie s’est adjoint les services de son amie, Nikki, une afro-américaine qui n’a pas hésité à partager ses propres expériences en matière de racisme ordinaire. « Barbie et moi avions organisé un concours de vente d’autocollants sur la plage le mois dernier. Nous nous sommes séparées afin de voir laquelle de nous deux en vendraient le plus et je me suis fait arrêter trois fois par la sécurité de la plage » raconte Nikki. L’amie de Barbie regrette de devoir toujours faire face aux préjugés, même lorsqu’elle démontre qu’elle est aussi capable de remporter des concours que n’importe quelle personne blanche, « sans avoir bénéficié de passe-droits ». S’attaquant ici à la question délicate du privilège blanc dénoncé quotidiennement par le Black Lives Matter. 

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Plus d’une fois attaquée pour ne pas montrer assez de diversité au sein de l’univers Barbie, la société Mattel, qui commercialise la poupée, a publié un communiqué expliquant que le « but de cet épisode mis en ligne, avait été pensé pour aider les jeunes filles à comprendre les raisons de la naissance de cet énorme mouvement de lutte contre le racisme. Et de les inciter à en apprendre plus sur l’histoire des afro-descendants ou de susciter des débats avec leur famille ». 

L’histoire ne nous dit cependant pas ce que pense Ken, le compagnon de Barbie, de cette prise de position assumée par la poupée à la plastique parfaite.

Drieu Godefridi: « Selon moi, Trump gagnera »

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Selon Drieu Godefridi, auteur belge, notamment de La Révolution Trump aux éditions Texquis, Trump gagnera les élections présidentielles américaines du 4 novembre prochain. Entretien avec un pro-Trump convaincu, toujours persuadé que son cheval de course préféré va rempiler pour un nouveau mandat, quand plus grand monde n’y croit.


 

Aurore Van Opstal. Nous sommes à J-7 des présidentielles américaines, quel est votre pronostic ?

Drieu Godefridi. Les indicateurs objectifs me paraissent pointer la plupart vers une réélection de Trump ; parmi lesquels : le nombre de nouveaux votants Républicains, la proportion Républicains/Démocrates nouvellement affiliés dans les États-clefs, l’enthousiasme indéniable de ces foules immenses qui se déplacent aux meetings de Trump quand Biden peine à rassembler 50 personnes, les calamités innombrables qui s’abattent sur le malheureux Biden… En dehors des sondages “nationaux” — qui ne veulent rien dire dans une élection qui se joue par États — je ne vois rien de signifiant qui pointe dans le sens de Biden.

Drieu Godefridi, auteur de "La Révolution Trump" aux éditions Texquis.
Drieu Godefridi, auteur de « La Révolution Trump » aux éditions Texquis.

Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient

L’historien Allan Lichtman prévoit une défaite de Trump. Ses prédictions politiques sont exactes depuis 1984. Il se base sur son modèle en 13 clés, qui prend en compte plusieurs facteurs, dont l’économie, le climat social, le mandat, les scandales ou encore le charisme de candidat. Quelle est votre réaction à cette prévision de l’oracle Lichtman ?

La première question à se poser quand un expert sort une étude-maison est : quel est le degré de subjectivité des critères mis en œuvre ? Le “climat social”, les “scandales”, le “charisme” me semblent des critères peu quantifiables, donc arbitraires. De plus, donnerait-on l’avantage, en prime face, à Biden, sur ces trois critères ? Cela me paraît téméraire. Les Madame Soleil qui ne se trompent jamais m’évoquent immanquablement les sondages qui donnaient Mme Clinton gagnante à 95% la veille de l’élection en 2016.

Biden a-t-il fait une bonne campagne ?

Biden n’a pas fait campagne. Il a décidé de rester chez lui, dans son sous-sol. Cela me semble résulter à la fois d’une nécessité physique et mentale — Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient ; hier il appelait Trump “George” deux fois d’affilée sans se rendre compte de son erreur — et d’un calcul qui se défend : laisser Trump monter contre lui tous ceux qui, par aversion pour le Républicain, voteront Biden. Cette stratégie n’est pas stupide, car Biden n’a jamais été le premier choix de personne : les primaires démocrates en témoignent. La campagne de Biden est tout en annonces publicitaires ; classiques et digitales — plus le soutien de la majeure partie de la presse, qui lui est acquise sans bourse délier. Il est vraisemblable que les dépenses finales de la campagne Biden seront les plus démesurées de l’histoire politique américaine. Même sur le terrain — en porte-à-porte — les équipes Biden sont absentes, laissant jusqu’il y a peu aux Républicains — quant à eux fort présents sur le terrain — le monopole de ces entretiens sur le mode convivial. Toute cela fait une campagne bien contrastée et quelque peu surréaliste. Rappelons que, déjà en 2016, les dépenses de la campagne Clinton étaient considérablement supérieures aux dépenses de la campagne Trump, avec les résultats que l’on sait.

Au-delà de ses promesses de campagne, quelles politiques nouvelles de Trump pouvons-nous attendre en cas d’un deuxième mandat ?

La réélection de Trump lui permettrait d’aller au bout de sa logique à la fois en politique intérieure et internationale : dérégulation, baisse des impôts, juges conservateurs respectueux de la Constitution des États-Unis, domination énergétique, domination militaire, renouveau de la classe moyenne, la carte de l’Orient constellée de nouveaux accords de paix, renvoi de l’Europe à ses propres responsabilités. Autant dire qu’on changerait d’époque, cette fois pour de bon et sans espoir de retour en arrière. Serait-ce forcément un mal, y compris pour l’Europe ? Il faut bien mesurer que, sur le terrain international, on assiste à un changement de paradigme qui sera structurant des décennies à venir : isolement de l’Iran — contrepied parfait de la politique Obama, désastreuse dans ses effets d’habilitation d’un régime terroriste — miser sur l’Arabie saoudite et tresser des accords de paix bilatéraux avec Israël, jusqu’au Soudan. Qui entrevoyait la possibilité des Accords d’Abraham il y a un an ? Le legs de l’administration Trump dans les relations internationales est considérable ; un second mandat en garantirait la pérennité. On songe également au désengagement progressif des troupes américaines des nombreux conflits, souvent sans issue, où les avaient immergées les administrations précédentes, Républicains comme Démocrates. Sans compter le possible désengagement américain de l’OTAN : les Républicains ne souffrent plus le désinvestissement militaire endémique des Européens, car cela revient très littéralement à faire payer la défense européenne par le contribuable du Kentucky et de l’Oklahoma. Mundus senescit, disait Grégoire de Tours.

Isabelle Saporta: « Les maires EELV devraient être modestes et travailler »


Éditrice à Fayard, la compagne de Yannick Jadot s’est fait connaître en publiant de vastes enquêtes sur la malbouffe, la viticulture ou les coulisses de l’agriculture. Elle s’attaque dans son dernier ouvrage aux normes administratives. Très critique des maires EELV récemment élus, elle se défend de vouloir verser dans le populisme “vert”.


Causeur. Êtes-vous infiltrée à EELV pour préparer votre prochaine enquête-scandale ?

Isabelle Saporta. Non. (Rires) Je ne suis pas infiltrée à EELV, car je n’y suis pas du tout. Je n’ai jamais été encartée de ma vie. Lors des municipales à Paris, je me suis battue pour faire exister une coalition climat capable de rassembler des personnalités différentes. Je n’ai pas renoncé à faire de la politique. Je pense d’ailleurs en avoir toujours fait, même si je n’en dépends pas financièrement. La politique est aujourd’hui le travail de ceux qui se présentent et ils n’ont pas envie de le perdre. Je le comprends, mais ce n’est pas ma vision.

J’aime pouvoir réfléchir en dehors des cadres. J’aime garder une totale liberté de ton et de parole. Surtout, j’aime pouvoir parler à qui je veux. Je ne sais pas si les partis politiques sont définitivement dépassés, mais quand on écrit des livres, c’est précisément pour essayer de convaincre le plus grand nombre, indépendamment de la manière dont chacun vote. Je ne suis ni de droite ni de gauche, je suis écolo !

Mais vous publiez un bouquin de droite ! Vous y dénoncez les centaines de milliers de normes françaises aussi bien que le ferait Agnès Verdier-Molinié. C’est à chaque page la bureaucratie parisienne contre les solutions et le « bon sens » des provinciaux.

Au-delà des normes, mon livre s’attaque surtout à la technostructure, à son inclination à l’instabilité réglementaire et au manque de pérennité dans les subventions. Il y a trop d’étages en France. Après le Haut-Commissariat au plan confié à François Bayrou, on vient de nous rajouter une épaisseur de plus avec les sous-préfets à la relance, de jeunes diplômés placés sous le contrôle d’Amélie de Montchalin. Ne pouvait-on pas laisser les régions, les maires gérer les choses ? En France, pour chaque problème, on crée une nouvelle autorité administrative. Ces autorités sont toujours composées des mêmes : des gens qui viennent du Conseil d’État, de la Cour des comptes, de l’Inspection des finances, bref des énarques. Ce sont les mêmes gens qui aspirent à entrer dans les cabinets gouvernementaux. Il faut être capable de casser le moule et donc de casser l’ENA. La technostructure n’est pas à la hauteur, je vous rappelle nos déboires pendant le Covid. L’avenir de la France, ce sont les régions et donc les maires. Si je me suis énervée contre les maires écolos, c’est parce qu’on attend beaucoup d’eux.

À lire aussi, Élisabeth Levy : Trois Verts, bonjour les dégâts!

Il y a un petit côté populiste dans cette dénonciation de « la caste qui paralyse notre pays ». Vous verriez-vous incarner l’écologie populiste aux côtés de Yannick Jadot ?

J’appelle de mes vœux une écologie populaire. Selon moi, ce n’est pas populiste. C’est la gauche qui a un problème si elle s’est coupée des milieux populaires.

Yannick Jadot, c’est Yannick Jadot, et je suis moi. Je suis engagée depuis vingt ans, mes livres m’ont coûté cher et m’ont valu des procès. Il faut en finir avec cette image de la femme qui n’aurait plus de neurones dès qu’elle est en couple. J’ai 44 ans et je garde ma propre ambition.

D’où est partie la fronde des Gilets jaunes ? D’une énième taxe sur l’essence. Ce mouvement ne disait pas « on a envie de polluer », mais plutôt « on est dans la France de la diagonale du vide, on est abandonnés ». On ne peut pas retirer aux gens la voiture en les traitant de pollueurs, sans trouver de contrepartie.

 Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens.

Reste que vous faites partie de la famille écolo. Certains propos et décisions des nouveaux élus EELV ont défrayé la chronique. Mais il est interdit de les qualifier de « khmaires » verts ou d’ayatollahs de l’écologie…

Je n’ai pas de liens fréquents avec ce parti. Je ne fréquente pas les élus en question. Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens. Jacques Boutault, élu à Paris, dit que ce sont des chômeurs avachis sur leur canapé qui regardent le Tour de France. Le Tour de France est au contraire une fierté pour tous les villages qu’il traverse. La France coule dans mes veines et j’aime ce qui la constitue. Je ne sais pas comment le maire de Lyon ou M. Boutault pensent, mais je ne vois pas comment ils comptent emmener les Français derrière eux vers la transition écologique après leur avoir craché au visage.

Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE
Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE

Pour rappel, à Grenoble, le maire pense que les Français attendent le déploiement de la 5G pour regarder du porno dans les ascenseurs. À Lyon, le maire envisage de ne plus accueillir le Tour, s’il n’y a pas aussi une course féminine. Le maire de Bordeaux ne veut plus d’un « arbre mort » qui lui fait honte. Quiconque n’est pas de son avis est en outre qualifié de facho. Et ajoutons le maire de Colombes qui compare des opérations de police à la rafle du Vel d’Hiv’. Ces bigoteries un peu bobo sont largement rejetées. On finit par se dire qu’ils n’aiment pas la France.

Je ne sais pas s’ils n’aiment pas la France. En fait, simplement, je ne les comprends pas. Ma colère ne vient pas tant de ces polémiques, qui ne sont pas très intéressantes, que du fait que ce n’est pas là qu’on les attend. Ils ne sont plus chef de section ou chef de parti. Élus de la République, ils ne parlent plus à des militants, mais à des concitoyens, même à ceux qui n’ont pas voté pour eux. Ils ne peuvent pas braquer les gens, les mépriser et espérer les convaincre. Ça n’a pas de sens.

La transition énergique, la rénovation thermique, la fin de l’incinération de nos déchets, la végétalisation des villes, le renouveau des transports, la réinvention du rapport avec les banlieues, le Grand Paris ou le Grand Bordeaux, ce sont des chantiers colossaux. Qui demandent une adhésion de la population. Quand on voit le taux d’abstention, avec 60 % aux municipales, il convient d’être modeste et de travailler.

En revanche, à Causeur, vous prétendez qu’il n’y a pas de vague verte. Mais quand on voit Bordeaux, Marseille, Strasbourg ou Lyon, vous ne pouvez pas nier qu’il y a une très forte envie d’écologie dans les métropoles. Il faut transformer cette envie en véritable phénomène national. Il ne faut pas laisser croire que l’écologisme est fait pour le bobo urbain.

Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP
Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP

En attendant, l’écologie politique n’est-elle pas vouée à l’échec par sa volonté obsessionnelle d’être à gauche ? Dénoncé comme un réac par son camp, Jadot refuse de nous parler, par peur de voir son image droitisée. Si c’est comme ça qu’il rassemble…

Pardonnez-moi de vous répondre un peu sèchement, mais je ne suis ni la porte-parole ni l’attachée de presse de Yannick Jadot. Je vous parle. Et je continuerai à parler à tout le monde, car je pense qu’il faut convaincre ceux qui ne le sont pas encore. Et briser l’entre-soi.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance

Reste à résoudre une équation impossible : comment concilier croissance économique et transition écologique ? Même s’il est agaçant de voir des élus boire les paroles de Greta Thunberg comme celle du Messie, on peut comprendre qu’ils jouent sur la peur de l’apocalypse pour mobiliser.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance. J’ai deux enfants et j’aspire pour eux à un monde meilleur, à un futur. Par ailleurs, la transition écologique pourrait au contraire générer une très belle croissance économique, pourvoyeuse d’emplois indélocalisables. Par exemple, pour la rénovation thermique des seuls bâtiments publics, il faudrait 12 milliards d’euros par an pendant trois ans ! Cela créera 600 000 emplois en France. Et si on fait la même chose pour les bâtiments privés, à hauteur de 30 milliards pendant dix ans, ce seront 1,5 million d’emplois supplémentaires.

On ne peut pas donner pour seul horizon à notre jeunesse et à la population la vision de la fin du monde. Il faudra aussi réimplanter les industries. En France, les énarques ne s’intéressent pas à l’industrie, on ne peut pas continuer comme ça. Cela demande beaucoup d’ambition politique. Nous devons agir aujourd’hui pour construire des champions européens pour les transitions énergétique, médicale ou sanitaire. Au lieu de rejeter les nouvelles technologies comme la 5G, les écologistes devraient se saisir des opportunités qu’elles recèlent : par exemple, la 5G peut aider à combattre les déperditions d’eau (il y en aurait jusqu’à 20 % aujourd’hui). Le rapport de l’Arcep sur la 5G, très attendu, est primordial. Pour autant, et dans le même temps, nous devons œuvrer à la création d’un champion européen de la 5G ! Il faut réfléchir, mais il faut avancer.

Nous ne devons pas pleurer avec Greta Thunberg, mais nous retrousser les manches pour œuvrer à une transition énergétique créatrice d’emplois, pour accompagner les paysans vers une autre agriculture moins consommatrice de pesticides. Pour repenser et relocaliser des emplois pérennes dans nos régions. J’écris pour fournir des armes aux militants engagés.

Isabelle Saporta, Rendez-nous la France !, Fayard, 2020.

Rendez-nous la France !

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Marcel Gauchet : « La République, c’est ce qui reste de l’identité de ce pays »

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« Créolisée » par Jean-Luc Mélenchon, « encostumée » par Jean-Michel Blanquer, panthéonisée par Emmanuel Macron, la République fait, malgré son jeune âge, profondément partie de l’identité française. Marcel Gauchet et Élisabeth Lévy en ont parlé sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Une heure d’émission est à retrouver sur la chaîne.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’entretien d’une heure que Marcel Gauchet a réservé à Élisabeth Lévy sur RNR.TV (disponible sur abonnement, 5€ par mois seulement).

Élisabeth Lévy. La République ! Le mot est partout mais nécessite quelques éclaircissements. En quelques semaines, nous avons le président qui a fêté le 150ème anniversaire de la République, Jean-Luc Mélenchon en a lui célébré le 228ème anniversaire, et Jean-Michel Blanquer a appelé les élèves à avoir à l’école des tenues républicaines. Nous ne cessons d’invoquer la République, de brandir nos grands sentiments républicains à tout bout de champs, mais qu’est-ce que la chose ? On est un peu perdu. Expliquez-nous, Marcel Gauchet, est-ce que c’est un régime politique ? Un esprit ? Une mythologie ?

Marcel Gauchet. C’est là une très vaste question, qui pourrait nous emmener loin.  D‘abord, observons que ce mantra obsessionnel est le fruit du vide de tout le reste. Il ne nous reste que la République. Aucun autre identifiant politique ne fonctionne plus, même si la « gauche » ou la « droite » [sont des concepts] qui marchent encore vaguement. Ceux qui se prétendent de gauche ont peur qu’on dise qu’ils ne sont pas vraiment de gauche, et ceux de droite qu’ils ne sont pas vraiment de droite, donc c’est très difficile de faire fonctionner ces deux derniers identifiants.

À lire aussi, Yvon Ollivier : Sous les rodomontades, le renoncement à la République?

Elisabeth Lévy (le coupant). Quoi que ceux qui sont de droite ont aussi peur qu’on leur dise qu’ils ne sont pas de gauche, notez bien !

Marcel Gauchet. L’un et l’autre ne s’excluent pas ! Bref: il y a la République providentielle au milieu. Il n’y a plus de socialistes, le libéralisme ça ne s’assume pas trop. Dès lors, où sont les identifiants politiques ? Il n’y en a qu’un qui reste, donc on se le dispute âprement. La pauvre République est obligée d’habiller tout le monde. Dans cette dispute, le choix par Nicolas Sarkozy de rebaptiser l’UMP par « Les Républicains » est à ce titre remarquable. (…) Mais à mesure que tout un chacun se définit comme républicain, moins on sait ce que cela veut dire…

Au menu de cette émission :
– La République et la laïcité
– Le déclin du modèle français
– Les maires écologistes
– L’identité politique de la France

Élisabeth Lévy. D’ailleurs, il y a cette expression populaire « Après tout on est en République », qui revient à dire que nous avons notre mot à dire.

Marcel Gauchet. L’explication est assez simple, même si derrière ce cache un abime de complexité historique. La République c’est ce qui reste de l’identité politique de ce pays, c’est au fond la partie solide d’un héritage historique contre lequel personne n’ose se porter. Même des royalistes très sympathiques comme ceux de la Nouvelle Action royaliste, menée par Bertrand Renouvin, sont des monarchistes républicains !

Élisabeth Lévy. C’est vrai qu’ils le disent comme ça.

Marcel Gauchet.  Ce n’est d’ailleurs pas absurde, la République au cours de son Histoire en est venue, grâce à de Gaulle, à absorber l’héritage monarchique…

>> Retrouvez la suite de ce débat sur REACnROLL (5€ par mois) <<

Ces Français qui boycottent… la France

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Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.

Annus horribilis avait dit Elisabeth II à propos de l’année 1992. Que dire alors de 2020? À la sourde menace de la pandémie de coronavirus s’ajoutent une situation économique désastreuse, des problèmes sécuritaires majeurs et le spectre du danger islamiste. Comme si tout cela ne suffisait pas, la France se trouve aujourd’hui en guerre ouverte avec une partie de l’opinion publique islamique et arabophone mondiale qu’elle savait autrefois amadouer. Comment en sommes-nous arrivés là?


La France est-elle devenue une puissance musulmane ? De fait, nous hébergeons une importante communauté musulmane, parmi les plus puissantes en Occident. Une communauté qui n’a pas de voix consensuelles pour la guider, trop souvent attirée par l’étranger chez qui elle va chercher appui, soutien et moyens financiers. Depuis quelques jours, les tensions entre la France et certaines puissances musulmanes s’intensifient. Nous ne sommes pourtant pas seuls. Des nations de premier plan comme l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis ou le Bahreïn soutenant directement la France ou ne participant pas à la curée contre notre pays, visé en sa double qualité d’héritière des croisés et de fille de la Révolution de 1789.

Boycott contre la France: une « cinquième colonne » à l’œuvre

La campagne de boycott visant la France et ses exportations lancée par des activistes musulmans au Pakistan, au Koweït ou en Turquie n’est pas étrangère aux dernières inclinaisons prises par le gouvernement Castex qui a fait de la lutte contre le « séparatisme » l’un de ses objectifs politiques pour la fin du quinquennat, ni aux mesures légitimes de contre-attaque culturelle décidées après l’assassinat de Samuel Paty par un jeune réfugié tchétchène influencé par une cabale lancée par des parents d’élèves et complaisamment relayée par des associations menacées de dissolution ou des pages Facebook telle celle de la mosquée de Pantin en Seine-Saint-Denis.

A lire aussi: La légèreté criminelle du progressisme

Les acteurs du monde associatif musulman liés à une partie de la gauche, souvent qualifiée d’ « islamo-gauchiste », ont choisi de dénoncer ce qu’ils qualifient d’ « islamophobie systémique », concept inspiré du « racisme systémique » forgé par les progressistes américains ou le Parti des Indigènes de la République d’Houria Bouteldja en France. L’appel au boycott des produits français a d’ailleurs été largement soutenu par des… Français. Le très suivi site « Dômes et Minarets » s’est ainsi fait le porte-voix des « musulmans opprimés » par la France, activant ses réseaux internationaux pour mettre la pression sur l’exécutif.

D’autres organes proches ont aussi témoigné de leur émoi. Marwann Muhammad du CCIF a par exemple déclaré : « C’est triste d’en arriver là, mais à force de cibler les musulmans sans cesse, la France se ridiculise une fois de plus à l’international. Cela cause du tort à son image, à son économie, sa diplomatie, et plus grave encore, sa crédibilité en matière de respect des droits humains ». Faisait-il référence, par opposition à la France, au Pakistan de l’ancien international de cricket Imran Khan semble-t-il très apprécié par Dômes et Minarets ? L’actuel premier ministre pakistanais a demandé que toute critique de l’islam soit interdite sur Facebook en plus de son soutien à l’appel au boycott des produits d’exportation français. 

pakistanRappelons que la législation pakistanaise relative au blasphème – héritée de l’Empire britannique qui entendait apaiser les relations entre les différentes communautés de la région en proscrivant tous les « blasphèmes » – est l’une des plus restrictives au monde depuis la réforme portée par le général Zia-Ul-Haq en 1977, conduisant chaque année à des exécutions d’innocents et d’immondes condamnations comme le montre le célèbre cas d’Asia Bibi. L’affaire Asia Bibi, du nom de cette chrétienne condamnée à mort pour un blasphème imaginaire, n’est d’ailleurs pas isolée. La Commission nationale pour la justice et la paix a estimé qu’entre 1987 et 2014, 633 musulmans, 494 ahmadis, 187 chrétiens et 21 hindous avaient été poursuivis pour blasphème.

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Au Pakistan, la réaction du gouvernement aux propos d’Emmanuel Macron voulant qu’en France le droit de caricaturer soit pleinement affirmé est logique, ce pays étant soumis aux réactions d’une population empreinte d’une religiosité confinant au fanatisme ainsi qu’à l’emprise des officiers de l’armée proches des mouvements islamistes. Idem au Koweït, seul pays au monde où les islamistes jouissent d’un pouvoir concret, salafistes et frères musulmans présents au Parlement bénéficiant d’une grande liberté de manœuvre. En Turquie, le président Erdogan exerce le pouvoir en bonne harmonie avec les Frères musulmans, infusant le nationalisme turc dans l’islam. Lui vise l’hégémonie régionale. Il est à prévoir que des manifestations et des débordements se produiront vendredi après la prière.

Le concept controversé d’islamophobie de nouveau instrumentalisé contre la France

Chez nous, la situation est très différente. Issu des courants fréristes via une personne comme Samy Debah son fondateur et président entre 2003 et 2017, proche des Indigènes de la République qui fut à deux doigts d’être élu maire de Garges-lès-Gonesse et qui durant son adolescence était prédicateur du Tabligh, le CCIF fait figure d’exception dans un paysage militant qui juge les Frères musulmans… trop peu radicaux. Dômes et Minarets ou l’association Barakacity qui a opéré en Syrie avec le soutien de la Turquie, avant que son fondateur Idriss Sihamedi n’en soit expulsé en 2019, sont en revanche plus proches du salafisme.

Si ces associations n’ont ni les mêmes objectifs ni exactement les mêmes racines idéologiques, elles ont toutes relayé la campagne de diffamation visant la France et ses intérêts avec le plus grand zèle. Financé par le projet HATEMER de l’Union européenne pour son action menée contre « l’islamophobie », le CCIF a utilisé un registre de langage comparable à celui employé par Erdogan, lequel établit un parallèle entre le sort des juifs d’Europe dans l’entre deux-guerres et celui que subirait aujourd’hui les musulmans vivant en Europe. Alors qu’on comprendra aisément les motivations du dirigeant turc quand il cible la France, moyen habile de mobiliser ses partisans et de se faire le champion de l’islam tout en faisant oublier que la livre turque s’enfonce dès qu’il prend la parole dans les grands débats internationaux, on s’interrogera sur l’opportunité pour ces mouvements fondés par des personnes de nationalité françaises de s’exposer de la sorte.

Ont-ils si peur de vivre dans un pays où ils ont tous les droits, hors celui de porter des burkas empêchant l’identification par les forces de l’ordre ? Il leur est simplement demandé de remplir leur devoir de citoyen en respectant le droit en vigueur.

La campagne de victimisation de ces officines est extrêmement dangereuse et pernicieuse car elle pousse des milliers, sinon des millions de personnes possédant la nationalité française à cracher sur le pays qui les nourrit et à se réjouir de dénaturer les relations commerciales, militaires et diplomatiques que la France entretient avec le monde musulman. Heureusement, quelques voix raisonnables se sont fait entendre en France, à l’image du recteur de la mosquée de Paris monsieur Chems-eddine. À l’étranger, la Ligue islamique mondiale a par la voix de son porte-parole fait savoir que « le prophète (était) trop grand et trop majestueux » pour être affecté par des caricatures. Le CFCM avait par la voix de monsieur Moussaoui tenté une approche consensuelle, avant de tenter une impossible synthèse : « Je pense que nous pouvons renoncer à certains droits [liberté de caricaturer] surtout par le devoir de responsabilité et de fraternité ». Détournez le regard si ça ne vous plaît pas. Se rend-il compte qu’il demande un privilège exorbitant et particulier qui n’est demandé par aucun autre culte ? Une telle position est intenable. Ce n’est pas possible.

A lire aussi: Le CCIF étend ses activités à l’international

Les voix de la raison et de l’apaisement sont trop peu nombreuses. Tant de militants continuent de faire leur beurre sur une islamophobie totalement fantasmée et ont participé au dénigrement de la France dans le monde, ont utilisé toutes les ressources à leur disposition pour nous nuire. Et pourquoi ? Parce qu’un professeur a été assassiné ? Parce qu’un dessin vulgaire de Mahomet a été diffusé entre dix dessins sur Jésus et cinquante sur la classe politique française ?

Erdogan a indiqué vouloir accueillir tous les binationaux opprimés, voire tous les musulmans d’Europe subissant des « injustices ». Désormais, réfugiés radicalisés et mineurs non accompagnés auront un pays sûr pour être expulsés. Prenons-le au mot. Mettons-le face à ses mensonges. Ne cédons pas à ses provocations. Ici comme à l’extérieur, la France ne doit plus avoir peur d’affirmer ce qu’elle est. Elle en sortira grandie et ses relations diplomatiques renforcées. Ne nous leurrons pas, les caricatures ne sont qu’un prétexte pour des jeux diplomatiques troubles et rassurer les opinions publiques, occupant le rôle autrefois dévolu au conflit israélo-palestinien. De la même manière que la Turquie et le Pakistan sont des puissances souveraines, nous le sommes aussi. Ils sont, de fait, bien moins inquiétants pour notre pays que la cinquième colonne et ses supplétifs qui vivent sur notre territoire et constituent leur armée de réserve.

Exposition pour le bicentenaire de la disparition de Napoléon: aura-t-elle lieu?

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Napoléon Bonaparte, vers 1800.© Michel Bury

Genre : masculin. Couleur : blanc. Tendance : hétérosexuel. Taille : 1m68. Profession : maître de l’Europe. Individu très dangereux. Neutralisé. Date de décès : 5 mai 1821. Affaire non classée. 


Napoléon Ier est mort il y a 199 ans, mais il fait encore peur à la République. Ce qui inquiète aujourd’hui en haut lieu n’est ni un possible remake des Cent Jours par un sosie en costume ni la candidature d’un descendant du roi de Rome à la présidentielle, mais l’exposition qui retracera la vie et l’œuvre de l’empereur à l’occasion du bicentenaire de sa disparition. Organisée par la Réunion des musées nationaux et le Grand Palais, prévue du 14 avril au 19 septembre 2021, à la Grande Halle de La Villette, elle doit pourtant faire événement.

À lire aussi, François-Xavier Ajavon : La politique du socle vide

Si on ignore ce qu’on y verra, on sait que durant un an des régiments de conservateurs ont travaillé avec des divisions de commissaires, des bataillons d’experts et des brigades de collectionneurs pour présenter le Premier Empire sous son meilleur jour et dans sa « diversité ». Outre son art attestant de gloires incontestables, comment montrer aux visiteurs des événements vieux de deux siècles et leur permettre de comprendre un régime militaire qui, conduit par un empereur révolutionnaire, traça le cadre de notre société, ses routes et ses lois, légalisa le divorce, instaura la liberté de culte, favorisa les arts et abolit l’esclavage. Après l’avoir rétabli…

Napoléon persona non grata à cause de l’esclavage ?

Voilà ce qui fâche : la paix d’Amiens, signée par le Consulat en 1802, par laquelle l’abolition de l’esclavage, votée en 1794, est abrogée. Napoléon l’abolira de nouveau en 1815, mais ce n’est pas assez pour les associations et militants de la cause noire. C’est même ce qui devrait occulter toute son existence. Et comme la tendance est de ne pas fâcher, pas ceux-là du moins, ils ont été entendus cinq sur cinq par le ministère de la Culture. Roselyne Bachelot serait, semble-t-il, hostile à l’idée même de cette méga-exposition qui entre pourtant dans les clous de la définition du Petit Robert : « Action d’exposer, de mettre en vue […] explication et narration ». La trouille de la Rue de Valois de voir se télescoper l’agenda culturel et celui dicté par des vociférations enragées n’a pas encore contaminé les autres cabinets. Toutefois, un nouveau cycle de réunions et de négociations devrait permettre à la RMN et au Grand Palais de prouver leur engagement contre l’esclavage. Il se dit même que le dernier mot pourrait revenir à l’Élysée. Diantre !

Après le déboulonnage de la statue de Napoléon par la municipalité de Rouen façon The Square (film de Ruben Östlund, Palme d’or 2017), les bibelots de Joséphine et le trône de l’Empereur pourraient se retrouver sur le trottoir. Pour joindre le service des encombrants : paris.fr

Le CCIF étend ses activités à l’international

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L'imam Yasir Qadhi, photographié ici au Texas en mai 2020, prédit que la France et sa laïcité seront relégués aux livres d’histoire © LM Otero/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22478160_000001

Si des manifestants appellent au boycott de produits français dans les pays musulmans, et s’étranglent contre les propos d’Emmanuel Macron sur les caricatures, il ne faut pas sous-estimer les intenses campagnes dénigrant la France en Occident. Ces campagnes victimisent les musulmans et font la promotion d’un amalgame entre notre laïcité et « hate speech ».


Il serait dangereux de fermer les yeux sur les liens entre islamistes qui font fi des frontières. Le CCIF vient d’annoncer sa décision d’étendre ses activités à l’international pour s’assurer de la continuité de ses opérations et “protéger ses équipes”. Pendant que la colère populaire gronde contre Macron dans le monde arabo-musulman, on aurait tort de ne pas se pencher sur la fureur des islamistes occidentaux, certains très influents, qui vilipendent Macron de Londres à la Californie en passant par New York.  

Quoi que l’on pense du CCIF, complice aveugle de l’islamisme qu’il refuse de nommer ou “officine islamiste” selon Gerald Darmanin, une chose est sûre: il ne s’agit pas de modérés et leurs partisans ne le sont pas non plus.

Le CCIF trouve refuge à l’étranger

C’est sur le site islamiste britannique, 5Pillars, que le CCIF a annoncé son intention de poursuivre ses activités de l’étranger et d’y développer d’autres projets, notamment une unité de réponse juridique renforcée, un centre de recherche comprenant un centre de collecte de données, ainsi qu’un centre de production médiatique et culturel. Le CCIF y exprime également son espoir que ce projet servira à protéger les libertés fondamentales des communautés musulmanes en France.

Ces projets auront certainement un coût assez élevé, le CCIF bénéficie donc de généreux mécènes. Les islamistes anglo-saxons ne cessent d’exprimer leur soutien indéfectible à leur coterie française. Rien d’étonnant à ce que le CCIF, menacé de dissolution en France, décide de se réfugier à l’étranger où les islamistes condamnent furieusement Macron et la France elle-même et où le CCIF n’aura donc aucune peine à dénicher des alliés. 

Au Royaume-Uni, toujours dans le très peu respectable 5Pillars, c’était au tour de l’islamiste britannique Abdul Wahid, dirigeant de l’organisation islamiste Hizbut Tahrir, d’exprimer son point de vue dans un article plaisamment intitulé “Mais non, Monsieur Macron! Le problème est la laïcité et l’islam peut être la réponse.” Wahid y accuse Macron de colporter des sottises et en profite pour annoncer sa conférence qui se tiendra le 31 octobre.

En route vers le califat!

Le but de Hizbut Tahrir est de rétablir le califat; lors de cette conférence, Wahid compte démontrer que les idées et valeurs islamiques ne pourront être réalisées sans califat. Il a aussi la ferme intention de rappeler à ses coreligionnaires qu’établir l’islam en tant qu’autorité politique à un niveau national n’offre pas seulement une solution aux problèmes du monde musulman mais serait également un exemple pour l’humanité entière en démontrant que ce devrait être le cas au niveau international. 

Un peu plus à l’ouest, aux États- Unis, le Council on American-Islamic Relations (CAIR), fondé à l’origine pour poursuivre les objectifs des Frères Musulmans, se réclame, comme beaucoup d’organisations islamistes américaines, de la gauche. Contrairement à la confrérie aux branches étendues à travers le monde, CAIR a en grande partie abandonné ses ambitions religieuses pour se concentrer sur la politique: combat contre le racisme, contestation des politiques de Donald Trump concernant l’immigration, et lutte contre les incarcérations abusives. Ce qui, par ailleurs, ne l’empêche pas d’être dirigé par des antisémites dont la sympathie est réservée au Hamas. 

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Depuis le discours de Macron aux Mureaux, CAIR mène l’offensive contre la France. Le 22 octobre, CAIR appelait la U.S. Commission on International Religious Freedom (USCIRF) à enquêter sur le “châtiment collectif” que la France infligerait à sa communauté musulmane.

CAIR réprouve, bien sûr, la dissolution d’organisations considérées comme islamistes en France et se comporte à l’avenant. En effet, CAIR appelle aussi la USCIRF a s’opposer aux restrictions françaises en matière de liberté religieuse qu’il décrit comme des “politiques irrationnelles” et qui, selon lui, comprendrait le fait d’exclure de l’école les élèves portant croix, kippa ou hijab; d’interdire aux fonctionnaires de porter ces mêmes signes religieux ; et de criminaliser les niqabs et burqas tout en rendant le masque obligatoire. 

CAIR appelle même la USCIRF à ajouter la France a sa liste des pays particulièrement préoccupants en ce qui concerne la liberté religieuse. Pour avoir l’honneur douteux de se retrouver sur cette liste publiée chaque année, le pays en question doit avoir commis de sévères violations de la liberté de culte, parmi lesquelles : torture, traitement ou châtiment dégradant, détention prolongée sans chefs d’inculpation, enlèvement ou détention clandestine. CAIR voudrait donc voir la France sur le banc des accusés aux côtés de la Chine, du Burma, de la Corée du Nord, de l’Iran, du Pakistan, ou encore de l’Arabie Saoudite. Pays où la dissidence est souvent réprimée dans le sang et, dans le cas des trois derniers, ou le blasphème est sévèrement puni, parfois par la mort.

Le sort des musulmans français mis sur le même plan que les Ouïghours

Le sens de la mesure n’est pas davantage présent dans la lettre à l’USCRIF envoyée par le directeur de CAIR, Nihad Awad, où il semble prendre des intonations aiguës de tragédienne pour annoncer que la nation américaine ayant condamné la persécution des minorités musulmanes tel les Ouïghours en Chine et les Rohingya au Burma, elle devrait en faire de même pour la politique « anti-musulmane » de la France. 

Le 27 octobre, CAIR allait plus loin encore en déconseillant carrément aux musulmans américains de se rendre en France, évoquant la campagne islamophobe “hypocrite et dangereuse” qui s’en prendrait aux musulmans, mosquées et organisations islamiques. CAIR, n’ayant jamais peur d’en faire trop, brandit les restrictions françaises sur le port de signes religieux comme exemple du danger et des discriminations que subirait n’importe quel musulman Américain assez téméraire pour se rendre dans ce pays hostile.

Ces gémissements sont repris en chœur par les islamistes américains qui se déchirent régulièrement autour de la question LGBT ainsi que sur la Palestine. Ils se retrouvent, pour une fois, unis par leur haine de la laïcité.

Le célèbre imam Yasir Qadhi, adulé par certains en France, se prend pour une pythie et prédit qu’un temps viendra où la France n’existera plus mais l’héritage du prophète et l’amour que les musulmans portent à ce dernier, eux, perdureront alors que président français et sa nation seront relégués aux livres d’histoire. Qadhi a d’ailleurs rejoint Tariq Ramadan, désormais connu surtout pour l’amour qu’il porte aux liaisons extra-conjugales, pour discuter de la liberté d’expression. 

La France abriterait un satanisme pervers

Le salafiste Daniel Haqiqatjou, dont les articles sont régulièrement traduits vers le français par ses partisans francophones, ne décolère pas contre la France, ce qui l’a mené à des prises de positions quelque peu inattendues. En effet, lui qui considère que les chrétiens sont des mécréants et s’en prend violemment aux islamistes qui osent s’afficher à des événements avec eux, défend passionnément les prêtres assassinés lors de la révolution française “au nom de la Raison.”  Selon lui, la soif sanguinaire de la France continue à être inassouvie et le pays accueillerait en son sein un “satanisme pervers” qui se ferait passer pour la raison. 

Le Council for Social Justice de la ICNA, organisation proche du mouvement islamiste sud-asiatique Jamaat-e-Islami, proclame que les mesures de Macron ne se distingueraient aucunement des “délires fascistes de Marine Le Pen.”

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Hussam Ayloush, directeur de la branche californienne de CAIR, et éternel amoureux de Erdogan, semble passer ses journées à partager des articles maudissant Macron. Il annonce être même prêt à un sacrifice impressionnant: il ne mangera plus de fromages français jusqu’à ce que les dirigeants de l’Hexagone cessent de manquer de respect à l’islam. On regretterait presque qu’il se prive de ce plaisir qui aurait pu calmer l’agitation dont il fait preuve sur les réseaux sociaux où il assène un “ta gueule” se voulant magistral, au président Macron dont “l’hypocrisie” le rend malade.

Boycott des produits français

Tout ce petit monde disparate se rejoint sur l’essentiel: le boycott des produits français. Partageant à qui mieux mieux une liste de marques françaises accompagnées de leurs logos respectifs. Les islamistes américains rivalisent d’esprit guerrier en déclarant leur soutien corps et âme à cette révolte contre les produits tricolores, suppôts de la laïcité. On les imagine arpenter les allées du supermarché d’un pas martial, résistant au prix d’un effort surhumain à la tentation d’un paquet de biscuits LU ou d’un Babybel, se bouchant les oreilles pour se protéger des séduisantes sirènes du maquillage l’Oréal ou d’un shampoing Garnier; renonçant, la mort dans l’âme, à la volupté d’ouvrir un compte chez BNP Paribas.

Même si le CCIF est dissous en France comme le souhaitent certains, les problèmes ne s’arrêteront pas là. Partout en Occident, les islamistes crient leur haine à l’égard de la France, coupable à leurs yeux de refuser tout compromis et de hisser fermement l’étendard de la laïcité. Macron a l’intention de durcir les règles régissant les associations cultuelles et leurs entrées d’argent. Ce déferlement d’animosité provenant de toute part, y compris d’islamistes fortunés, confirme qu’il est impératif de se montrer intransigeant sur les financements provenant de l’étranger et atterrissant dans les caisses d’islamistes Français.

Faux jihadiste, choix éditoriaux douteux: les casseroles à répétition du « New York Times »

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Le siège du très progressiste "New York Times"

Ces derniers temps, le célèbre quotidien américain accumule les bévues éditoriales. Mais la presse française continue de le prendre en exemple.


Nous avons appris cette semaine que le célèbre quotidien « de référence » new-yorkais avait relayé un faux témoignage d’un Canadien prétendant avoir combattu en Syrie. C’est fâcheux, d’autant que le média américain qui inspire tant la bonne presse du monde entier (y compris en France) n’en est pas à sa première sortie de route ces derniers temps.

Mauvaise passe pour les rois du “décryptage”

Le journal est critiqué après que le personnage principal de son podcast « Caliphate », Shehroze Chaudhry, ait été arrêté par la police fédérale canadienne non loin de Toronto, pour avoir inventé son appartenance à l’État islamique, et mis en examen pour « incitation à craindre des activités terroristes » sur la base d’informations fabriquées. Coup dur pour les spécialistes du « fact checking ». Le New York Times, à la pointe du dépistage des fameuses fake news, modèle de nos tricolores « Décodeurs » du Monde ou Checknews de Libé se retrouve dans une situation embêtante. Shehroze Chaudhry était un mythomane qui aurait complaisamment inventé les horreurs que le journal voulait entendre.

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Le quotidien a fait son mea culpa. Depuis 2014, la journaliste Rukmini Callimachi – en charge du podcast en question – était la spécialiste des enquêtes du New York Times sur la mouvance jihadiste. Les méthodes de travail de cette reporter star sont pointées du doigt et des critiques se font jour à l’intérieur même de la rédaction : on accuse Callimachi de verser dans le sensationnalisme sur son compte Twitter aux 400 000 abonnés et d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable.

Une énième polémique

Mais cette affaire n’est pas la première du genre à troubler le New York Times. Le « 1619 Project », grand projet éditorial du journal durant l’été 2019, avait déjà créé la polémique. Le projet visait à remettre au centre de l’histoire américaine l’esclavage et la population noire, en substituant à la déclaration de l’indépendance de 1776 la date de 1619 (arrivée du premier esclave noir en Amérique). Pour ce travail, la créatrice Nikole Hannah-Jones avait reçu un Pulitzer. Mais depuis, des historiens vilipendent le journal pour ses raccourcis historiques, notamment Phillip W.Magness, auteur d’un livre visant à démonter tout ce récit[tooltips content= »The 1619 Project: A Critique, 2020, American Institute for Economic Research« ](1)[/tooltips]. Le New York Times a depuis a été contraint de procéder à une correction, en forme d’aveu, revenant sur l’affirmation que 1619 serait « la vraie date de naissance de l’Amérique ». Que les progressistes se rassurent toutefois, au nom du combat antiraciste, le journal n’en continue pas moins d’écrire black avec une majuscule, tout en laissait le mot white avec une minuscule

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Et depuis le mouvement Black Lives matter qu’il a soutenu, le New York Times voit des violences policières partout. Après la mort de Samuel Paty, le titre d’un article du New York Times supposait que celui qui a décapité notre enseignant était une victime de plus de la police française![tooltips content= »« La police française tire et tue un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. » L’art d’éviter de parler du terrorisme islamiste réel pour en revenir à ses plates-bandes, quand un podcast était donc alimenté par des témoignages d’un terroriste bidon »](2)[/tooltips] Comme pour le « 1619 Project », le journal a fait machine arrière et a changé son titre suite au scandale provoqué par le premier choix éditorial.

Bari Weiss, une journaliste dans la tourmente © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025
Bari Weiss n’est pas parvenue à « faire entendre des voix inhabituelles », tache qu’on lui avait confiée. Elle est partie. © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025

Le New York Times, temple de la « cancel culture » ?

Si ces épisodes peuvent sembler anecdotiques, ces embardées éditoriales d’un New York Times de plus en plus idéologisé mènent tout droit à la désormais célèbre « cancel culture ». Cet été, le directeur des pages débats, James Bennet a été contraint à la démission, tout comme son adjoint… Ce fou avait accordé une tribune à un sénateur républicain proche de Donald Trump. Un petit scandale ! De son côté, en claquant la porte du journal, Bari Weiss, à qui on avait pourtant confié la lourde de tache de « faire entendre des voix inhabituelles » au New York Times, a décrit dans un récit glaçant la violence des progressistes au sein de la rédaction. Ces derniers harcèleraient et dénonceraient en permanence tous ceux qui ne s’engagent pas assez pour les causes progressistes, n’hésitant pas à les traiter de « racistes, nazis, sionistes… ».

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Pour éviter ce que les plus zélés des progressistes estiment sans doute être les vrais faux-pas, le New York Times a par ailleurs mis en place depuis 2017 un poste de « gendor editor », chargé de surveiller le traitement éditorial des questions féministes et de genre. C’est Jessica Bennett qui l’occupe. Elle est la conceptrice du « manterrupting », un néologisme qui désigne la soi-disant pratique sexiste des hommes qui coupent la parole aux femmes dans les discussions. La théorie du genre traverse l’Atlantique. Jusqu’ici épargnée par cette nouvelle folie des ayatollahs du progrès, la presse française compterait maintenant une rédaction avec un poste similaire. Quel journal ? Mediapart, le site d’Edwy Plenel. Comme par hasard !

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Joseph Roth retrouvé

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Joseph Roth, vers 1936 © Granger collection / Bridgeman images.

Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inédit de Joseph Roth survole toute la rentrée littéraire. Même inachevé, ce texte frappe fort et vise juste, au cœur des passions tristes de notre temps. Retour inespéré vers l’un des plus grands écrivains du xxe siècle.


Laissés quelques instants sans surveillance, les élèves de la rentrée littéraire sont dissipés. Un brun au regard triste, qui plaît beaucoup aux filles, parle de yoga. Il prétend dire toute la vérité et ajoute… « ou pas ? ». La question semble passionner le cercle qui l’entoure. Quelques rangs plus loin, un autre groupe d’admiratrices s’est formé autour d’un beau garçon à la parole facile. Il tire à boulets rouges sur son père, son beau-père, son ex, il cite Spinoza et ponctue ses phrases d’un « je sais, je ne suis pas à plaindre » que son auditoire juge « trop chou ». Au premier rang, une élève évoque des abus sexuels dans les vestiaires et, près du radiateur, plusieurs inconnus pestent contre le manque de reconnaissance. Hypnotisée par son propre vacarme, la classe n’a pas vu arriver le proviseur, un petit homme à la démarche et au regard flous, silhouette fragile vêtue d’un costume constellé de taches. Il entre. Le silence se fait. C’est Joseph Roth. Une hiérarchie venue de loin s’impose soudain dans cette scène tirée du Petit Nicolas ou, plus vraisemblablement, des Sous-doués. Le calme revenu, parlons livres.

Écrit entre deux chefs-d’œuvre

Les éditions Robert Laffont publient Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inachevé datant de 1929 et accompagné de huit nouvelles également inédites. À la charnière entre la fin des années 1920 et le début de la décennie suivante, le talent de Joseph Roth est à son apogée. Perlefter a mûri à l’ombre de deux très grands livres, Le Prophète muet, variation libre sur la vie de Trotsky, superbe tableau ironique des révolutionnaires bolcheviks et, surtout, Job, roman d’un homme simple, un tour de force rivalisant avec La Marche de Radetzky (1932), le chef-d’œuvre de l’écrivain. Ce Perlefter retrouvé ne tutoie pas ces sommets, il pêche forcément par le relâchement des œuvres inachevées, mais il suffit de quelques lignes pour comprendre que ce texte abandonné reste un événement. On y retrouve la simplicité unique du style, proche du conte, cette façon inégalable de conjuguer les observations physiques et morales dans un même paragraphe, et une prodigieuse maîtrise de l’art du portrait : « Elle ne mourait pas la tante Sammet. La Mort la dédaignait. Elle la considérait comme une ombre que l’on ne peut saisir. Ou elle la tenait pour une égale […] La tante eut de nombreux accidents. Elle passa sous les roues d’une voiture, elle trébucha, elle s’écorcha tout le corps, un des enfants lui jeta un pique-feu à la tête. Mais elle ne mourait pas. » Ou encore : « Le vieux vivra jusqu’au jugement dernier. Il est coriace, taiseux et son visage est brun comme la terre. Il n’est jamais en colère, jamais aimable, toujours sur le qui-vive, ses petits yeux sont toujours écarquillés comme s’il n’avait pas de paupières et comme s’il n’avait jamais besoin de dormir. » Qui dit mieux à l’automne 2020 ?

« Je veux de la tranquillité à tout prix »

Avec ce livre, Joseph Roth s’attaque au bourgeois avec la verve destructrice d’un Flaubert. Alexandre Perlefter, le héros, recherche un perpétuel juste milieu. Pour une seule raison : la stabilité a fait sa fortune, le désordre causerait à coup sûr sa ruine. Dans le même temps, il sait bien qu’une société aristocratique lui aurait claqué toutes les portes au nez. Il ne peut donc pas se permettre d’être exagérément conservateur. « Il avait peur de la révolution. Allait-on socialiser ? Tout prendre aux riches, comme en Russie ? La monarchie se révélait quand même être le régime le plus sûr. […] Quand il vit que l’on ne socialisait pas, la république lui plut aussi », résume Roth. Pour cet homme uniquement guidé par ses intérêts et ses peurs, une vertu l’emporte sur toutes les autres : la concertation. « On peut discuter de tout. Tout conflit est superflu. Je veux de la tranquillité à tout prix. »

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Quelques années plus tard, en 1933, après l’autodafé des livres d’écrivains juifs par les nazis, Roth signera un article intitulé « L’autodafé de l’esprit ». Il y décrit une société qui « capitule par faiblesse, par paresse, par indifférence, par inconscience », rédigeant ainsi l’épitaphe de Perlefter et de son monde. En effet, le roman ne cesse d’élargir sa focale. Il part d’Alexandre pour observer ensuite ses amis puis sa famille. Comme tous les grands écrivains, Joseph Roth écrit en « fils », afin de démêler les liens enchevêtrés qui unissent les enfants et les pères, pour mettre en évidence le mélange d’incompréhension et de respect, d’admiration et parfois de haine qui forme les plaques tectoniques toujours en mouvement sous la continuité des générations. Fredy, le fils Perlefter, s’impose comme un parfait spécimen d’enfant-roi, héritier repu fonçant vers le mur avec un bandeau de soie sur les yeux. Un grand con, en somme, comme on en voit trop rarement en littérature.

Perlefter, c’est nous

La plus bête des erreurs serait de transformer ce roman en plaidoyer ou en pamphlet. Chacun sera prompt à voir en Perlefter un centriste, un macronien, un adepte de la « cancel culture », un de ces électeurs de François Fillon qui surveille les valeurs morales et boursières avec la même vigilance. Fausse route. Nous sommes tous dans le viseur de Joseph Roth. Perlefter, c’est nous. Nous, élevés dans le confort matériel, loin des conflits meurtriers, englués dans les considérations individuelles, sortis de l’Histoire pour entrer dans les journées de commémoration ou de déboulonnage. Au moins, le bourgeois du roman avait-il ses raisons, la boucherie de la Première Guerre mondiale glaçait encore le sang et les consciences de 1929. Il marchait en somnambule vers un autre précipice et nous le jugeons pour cette raison, sûrs de notre clairvoyance de borgne. Mais, nous, vers quel gouffre marchons-nous, avec notre air supérieur ? Impossible à dire : le roman est inachevé. C’est la dernière ruse de Joseph Roth.

Joseph Roth, Perlefter, histoire d’un bourgeois, Robert Laffont, 2020.

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La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

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"Le plus beau métier du monde", film de Gérard Lauzier (1996) © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00437842_000003.

 


Dans une École devenue un désert des cœurs et des esprits, l’islamisme radical peut prospérer. Contre le séparatisme, il faut faire de nouveau aimer la France.


Seuls s’étonnent ceux qui veulent bien s’étonner. L’assassinat de Samuel Paty est ignoble et choquant, notamment par son mode opératoire d’une spectaculaire abjection, mais il est la suite logique des nombreux autres meurtres, tout aussi scandaleux, qui nous frappent depuis une décennie. Des Juifs ont été tués – et parmi eux des enfants –, des policiers ont été tués, des journalistes ont été tués, un prêtre a été tué, des Français ont été tués, lors d’attentats de plus ou moins grande envergure qui ponctuent désormais couramment la triste actualité des dix dernières années. C’est aujourd’hui un enseignant qui est tombé. Et demain ? Un maire, un responsable politique ? Un boucher qui vend du porc, quelqu’un qui lit Voltaire sur un banc public, une fille qui s’habille trop court, quelqu’un qui allume une cigarette sur un trottoir pendant le ramadan ? L’islamisme, lorsqu’il ne rencontre pas d’obstacles, n’a aucune limite dans son projet de conquête sociale et politique. Et ses thuriféraires ont bien compris que la stratégie du chantage et de l’intimidation, comme dans tous les totalitarismes, paralyse la riposte. Que dire de cette France de 2020 où on peut massacrer au nom de l’islam sans rencontrer de réponse à la hauteur des faits ? Qu’ont pu penser, lors du massacre de la rédaction de Charlie en 2015, les journalistes algériens réfugiés ici dans les années 90, dont les confrères avaient été tués par les islamistes et qui subissaient eux-mêmes les menaces de mort du GIA ? Je connais bien l’un de ces journalistes d’Alger, qui a fui la terreur de son pays pour retrouver aujourd’hui, avec un immense chagrin, ses promoteurs sur le sol français.

Des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable

La naïveté, le déni, la complaisance et la lâcheté ont permis d’en arriver là. Beaucoup d’hommes politiques, de journalistes et de citoyens sont comptables du désastre, plus zélés à pourchasser et diaboliser ceux qui, depuis longtemps déjà, pointent avec une courageuse ténacité les dangers de l’islamisme, qu’à œuvrer à la dénonciation et à la défaite d’un ennemi mortel. Plutôt que de faire le jeu de qui-vous-savez, il valait mieux détourner les yeux et laisser l’islam radical gagner tous les terrains, quitte à supporter de temps en temps quelques morts, comme un tribut dont se nourrit la bête immonde et qu’on semble bien vite oublier après les célébrations d’usage. Chamfort l’écrivait en son temps : en France, « on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Aujourd’hui, trois jours après l’assassinat de Samuel Paty, certains osent crier à la récupération politique. Au mépris d’une réalité pourtant obstinée, leur priorité est de condamner, non pas les attentats et l’idéologie qui les sous-tend, mais ce qu’ils nomment la fachosphère, accusée de dénoncer un ennemi fantasmé et d’hystériser le débat. On croit rêver.

⅓ des professeurs dans l’autocensure

Le déni et la lâcheté, on les trouve aussi au sein de l’institution scolaire aujourd’hui directement touchée. Tout le monde semble redécouvrir le rapport Obin de 2004, dans lequel un inspecteur général de l’Éducation nationale recensait les nombreux manquements à la laïcité liés à la foi, rapport qu’on s’est empressé d’enterrer : Jean-Pierre Obin y relevait pourtant le refus de certains élèves, lors de sorties scolaires, de pénétrer dans les églises, même transformées en musées, le refus de tracer le signe « plus » en mathématique, trop proche de la croix chrétienne, le rejet de l’enseignement de la Shoah, le rejet de l’étude des auteurs des Lumières, le rejet de la théorie de l’évolution, et j’en passe. Les Territoires perdus de la République ne disaient pas autre chose en 2002, pointant notamment dans les écoles de banlieue l’antisémitisme grandissant et la haine de la France, mais on a préféré dire des auteurs de l’ouvrage qu’ils étaient dans l’exagération et donnaient dans l’islamophobie. Récemment, on apprenait que des parents refusent la lecture en classe de maternelle de l’histoire des Trois petits cochons, ou encore que des enfants de trois ans, chaque année à la rentrée de septembre, par un réflexe acquis dans la sphère familiale, se bouchent les oreilles lorsqu’on diffuse de la musique… Jean-Pierre Obin a récemment souligné que Daesh appelait dans une publication de 2015 à prendre pour cibles les fonctionnaires de l’Éducation nationale, accusés de dispenser des enseignements condamnables. Il est clair que les choses se sont aggravées en quinze ans et que, l’institution ayant fermé les yeux sur ces enquêtes de terrain pourtant très documentées, environ un tiers des professeurs, d’après un récent sondage, et davantage encore dans les zones classées REP, s’autocensurerait pour éviter les problèmes. Le nombre des manquements à la laïcité et des entraves à la liberté d’enseigner, dont Jean-Michel Blanquer se félicite de le voir stagner ces dernières années, ne permettrait pas un si bel optimisme si les enseignants s’autorisaient à traiter tous les sujets du programme sans précautions particulières… Dans certains endroits, il ne s’agit pas seulement de contenus d’enseignement, mais aussi de tenues vestimentaires : je me souviens d’une amie exerçant il y a vingt ans à Villejuif, qui me racontait avoir reçu des crachats dans le dos dans les couloirs de son établissement. Il faut dire que cette effrontée avait l’audace de s’habiller souvent en jupe. Pour résoudre le problème, son supérieur hiérarchique l’avait convoquée pour lui demander d’adapter son vêtement à la sensibilité des populations locales. Petit exemple de soumission ordinaire. 

L’assassinat d’un professeur au nom de l’islam sera-t-il suffisant pour ouvrir les yeux dans le corps enseignant ? Je n’en suis même pas sûre, au vu de l’idéologie dominante dans la corporation. Je suis depuis plusieurs années effarée par le déni et le relativisme de nombreux collègues lorsqu’il est question d’islamisme. À vrai dire, on en parle très peu en salle des profs, ou entre deux portes avec quelques collègues triés sur le volet : évoquer la question peut au mieux paraître incongru – quelle étrange préoccupation ! –, au pire rendre suspect de fascisme le plus humaniste des individus. Un échange avec un collègue de classes préparatoires, il y a plusieurs années, me semble un cas d’école, si je puis dire : pour faire bref et donner un aperçu de la vision de quelqu’un qui se dit avant tout « citoyen du monde », l’islam ne pose pas de problème en France, la plupart des musulmans sont modérés, le voile est un choix individuel qui ne dérange personne, et s’il y a quelques attentats de ci de là, c’est l’expression d’une révolte sociale somme toute bien légitime ou le fait de déséquilibrés. Renvoyons aussi dos à dos les violences de l’islam et du catholicisme, et le tour sera complet. C’est en fait la doxa de toute une frange de la population, surreprésentée chez les profs, pour qui le patriotisme équivaut peu ou prou au fascisme, pour qui la France ne signifie pas grand-chose en dehors des droits de l’homme et du confort matériel – et chacun peut bien penser et agir comme il l’entend du moment que son petit bonheur n’est pas menacé –, et qui se cache à elle-même sa logique purement individualiste sous les apparences généreuses de l’ouverture à toutes les différences. Évidemment, cette négation de l’identité de la France (et de l’Europe en tant que civilisation) est exactement celle des libéraux, Macron en tête, qui pensent les hommes comme des entités interchangeables dans un vaste monde dédié à la consommation. Là-dessus, on rachète son confort petit-bourgeois et sa mauvaise conscience de classe en réduisant les musulmans à des opprimés, victimes de l’exploitation et des discriminations systémiques, et par là dédouanés de la violence convulsive de certains d’entre eux. J’ai souvent entendu des professeurs après un attentat islamiste incriminer non pas la religion au nom de laquelle il était commis, mais la ghettoïsation des quartiers difficiles – alors même que tous les terroristes n’appartiennent pas aux classes les plus défavorisées –, par un tropisme de gauche qui appelle bien souvent l’excuse sociale. Edwy Plenel, référence d’une part non négligeable du corps enseignant, ne faisait-il pas pleurer en 2015 sur « l’enfance malheureuse des frères Kouachi » ? Et que dire du scandaleux amalgame, établi par le même Plenel et La France insoumise, entre le sort fait aux musulmans aujourd’hui en France et le traitement réservé aux Juifs dans les années trente ? Cette gauche qui infuse dans la corporation, alors même qu’elle s’est construite sur le rejet du catholicisme et continue sans risque de frapper son cadavre, se garde bien de fustiger l’islam, parce que c’est la religion de ceux qu’elle considère comme les nouveaux damnés de la terre, et parce que des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable. Les profs en 2020 sont des gens de leur époque, biberonnés depuis leur naissance à cette bouillie d’individualisme hédoniste et consumériste mêlé d’un antiracisme d’opérette (née dans les années soixante, j’ai moi-même baigné dans ce climat libertaro-gauchiste, et j’ai naïvement arboré à vingt ans la petite main « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme… mais les « potes » étaient moins nombreux qu’aujourd’hui et ne défendaient pas furieusement l’idéologie de haine dont on voit maintenant les manifestations brutales). Voilà pourquoi notre École est muette : le confort individuel et la culpabilisation morale expliquent en partie pourquoi les profs face à l’islamisme sont dans le silence, l’aveuglement ou la soumission, aveuglement et soumission soigneusement entretenus par les journaux dits de référence qu’ils lisent unanimement. Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans le CDI des établissements scolaires ne figurent à disposition des élèves que ces titres de presse largement consensuels dans leur propagande multiculturelle et dans leur chasse aux « fachos », l’audace politique des documentalistes leur permettant d’aller jusqu’au Figaro pour penser faire contrepoids.

Orientation univoque des manuels et des programmes

Et que dire des manuels scolaires et des programmes, qui n’apprennent pas grand-chose, et surtout pas à aimer la France ? Susciter cet amour, en tout cas en rendre possible l’émergence, me paraîtrait pourtant urgent dans le contexte actuel d’une détestation qui, pour n’être pas unanime, n’en est pas moins toxique et dangereuse. J’ai rarement entendu les collègues d’histoire critiquer les orientations univoques et contestables des programmes qu’ils enseignent. La simple consultation des manuels scolaires révèle pourtant dans l’approche historique la minimisation de tout passé glorieux de la France, quasiment réduite à la pratique de l’esclavage, de la colonisation et de la collaboration. Les cours d’EMC (Éducation Morale et Civique), généralement dispensés par ces mêmes professeurs d’histoire, amènent les élèves à travailler, au mépris de toute réalité de principe et de fait, sur les inégalités inhérentes à la société française, actant par là l’idée que celle-ci repose par essence sur la discrimination de race et de sexe. Tout le monde pourra constater que sont nombreuses à intervenir dans le milieu scolaire les associations militantes LGBT et antiracistes, au rang desquelles l’association d’Assa Traoré, un temps autorisée par l’institution à répandre en banlieue la haine du flic et de l’homme blanc, accusés de violence et de racisme consubstantiels. Beaucoup de professeurs ont intégré ce discours de repentance, porté à l’incandescence par des indigénistes soucieux de faire prospérer leur fonds de commerce victimaire dans l’un des pays pourtant les plus généreux au monde : ils trouvent à leurs revendications une résonance médiatique qui leur octroie un pouvoir de nuisance réel dans une université de plus en plus acquise à leurs causes. Comment, dans ces conditions, alors que l’école et les médias relaient complaisamment cette vision, transmettre aux jeunes élèves l’amour du pays qui les a vus naître ou les a accueillis ? Comment ne pas rendre la France haïssable, en occultant de la sorte les grands hommes et les hauts faits qui constituent aussi son histoire, en la ramenant sans cesse et seulement aux versants les plus sombres de son passé ?

Finalement l’école, par ce type de renoncement, laisse un grand vide dans l’esprit et le cœur des élèves, quels qu’ils soient. Et ce ne sont pas les invocations à la laïcité, réitérées ces derniers jours, qui pourront occuper cette vacance. La laïcité, pur produit de l’histoire française, ne peut être aimée si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée. Invoquer la République ne me paraît pas non plus suffisant pour concurrencer les visées de l’islam politique et la place prépondérante de la religion dans les plus jeunes esprits. On sait par un récent sondage qu’environ soixante-quinze pour cent des musulmans de moins de vingt-cinq ans placent leurs convictions religieuses au-dessus des lois de la République. J’ai déjà croisé, dans un lycée qui ne se trouve pas en zone sensible, des élèves dont la seule lecture était celle du Coran ; j’ai aussi le souvenir d’un élève, rétif à toutes les règles imposées en classe, qui m’avait fait comprendre un jour, par un geste sans équivoque vers le ciel, que la seule autorité à laquelle il se soumettait, celle d’Allah, était bien supérieure à la mienne. Le recours aux « valeurs de la République » est inopérant dans un tel contexte. Si un certain nombre d’élèves n’étaient pas Charlie en 2015 et ne le sont toujours pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas Français – et la République n’a pas grand-chose à voir dans cette désaffection : ce n’est pas la République qu’ils n’aiment pas, c’est la France qu’ils haïssent. La République est un mot creux qui recouvre des réalités bien différentes, puisqu’il existe des républiques (islamiques, communistes) qui sont des dictatures, et des monarchies qui sont des démocraties… et sa seule invocation ne peut soulever les cœurs. Qu’y a-t-il de commun entre la Troisième République et la nôtre ? Les hussards noirs de la fin du XIXème siècle auraient bien du mal à reconnaître dans l’école de la Cinquième République la rigueur de leurs exigences et le patriotisme qu’ils étaient censés transmettre. Que peuvent signifier la République et ses valeurs, que peut signifier la laïcité, si leur incantation devient un mantra vidé de substance et déconnecté de l’âme, de l’esprit et de la chair de ce pays ? Il est significatif qu’Emmanuel Macron, lors de l’hommage à Samuel Paty à la Sorbonne, ait insisté sur la création de citoyens par l’École, comme si l’identité française se limitait à une simple appartenance républicaine. Le gavage citoyen sans l’amour de la France, l’adhésion mécanique à des valeurs abstraites sans la transmission d’un génie français incarné, restent des coquilles vides. Mais en tant que professeur, comment transmettre l’amour d’un pays qu’on a soi-même renoncé à aimer ? L’islamisme qui tient lieu de tout peut prospérer dans ce désert des cœurs et des esprits. 

Réarmer moralement le pays, désigner l’ennemi

Je n’ai pas rejoint les rassemblements qui ont suivi l’ignoble assassinat du professeur de Conflans. Ma tristesse ne peut faire taire ma colère, vis-à-vis des terroristes bien sûr, mais pas seulement. J’en veux terriblement à tous ceux qui ont pratiqué le déni depuis trente ans, parmi lesquels beaucoup d’enseignants : la gauche qu’ils soutiennent s’est rendue complice en niant les problèmes, dans un mélange d’électoralisme cynique et d’idéologie, tout en réduisant au silence les lanceurs d’alerte par l’accusation de racisme et d’islamophobie. Le sempiternel « padamalgam » entendu après chaque attentat a fait le lit de l’islam radical et couvert sa progression depuis des années. Bizarrement, ceux qui font preuve de la plus grande virulence contre des catholiques inoffensifs ont fait profil bas devant les dérives d’un islam conquérant de plus en plus visible. Que penser de cette gauche qui livre sans scrupule une partie de la population à l’obscurantisme et qui taxe de racisme ceux qui voudraient l’en extraire ? 

Il était pour moi hors de question de manifester aux côtés de syndicats enseignants qui, dans les textes de mobilisation envoyés sur nos messageries professionnelles, n’osent toujours pas, encore aujourd’hui, employer le mot « islamisme ». Même Emmanuel Macron martèle désormais ce terme, sans doute pour racheter des années d’élégante pudeur autour d’attentats terroristes dont le pouvoir taisait l’origine, au grand dam d’une importante frange de la population exaspérée d’être la seule à voir et à nommer le mal (espérons que la récente profération présidentielle n’amène pas à différer, voire à remplacer, l’indispensable action politique). Quasiment tous les syndicats évoquent des notions prudemment générales telles que le terrorisme et la barbarie, ou encore le fanatisme religieux, sans nommer la religion qui le promeut ; il faut ainsi combattre les obscurantismes, « quels qu’ils soient », faisant accroire qu’il en est aujourd’hui venant d’horizons divers et variés. Ou comment appeler à lutter contre un ennemi qui n’est toujours pas désigné ! Certains mettent d’ailleurs en garde contre les « amalgames nauséabonds », les discriminations et toute instrumentalisation des « forces réactionnaires », n’ayant toujours pas compris que c’est de ce discours culpabilisant que nous crevons aujourd’hui, puisque l’islam politique utilise le discours victimaire pour museler les oppositions. On n’est pas loin de la formule délétère « Vous n’aurez pas ma haine », qu’on a pu lire après le massacre du Bataclan sur les pancartes ou sur la couverture d’un livre, singulière façon de s’interdire toute réaction face à la haine de l’autre. Ces syndicats enseignants, au nom d’un vivre-ensemble dont on voit tous les jours les effets, cautionnent peut-être l’éloquente et malheureuse expression « Victime de son héroïsme », par laquelle la mairie de Paris a cru rendre hommage à Arnaud Beltrame. On ne s’y prendrait pas autrement si on souhaitait désarmer, intellectuellement et moralement, un pays tout entier. Et je trouve assez indécent qu’on aille ensuite pleurer la mort d’un professeur que trente années d’incurie politique et de castration idéologique ont rendue possible. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », fait-on dire à Bossuet.

L’école n’est plus un sanctuaire

Enfin, l’institution scolaire elle-même ferait bien de se regarder en face. Si on a pu porter atteinte à un enseignant, si certains élèves ont pu, moyennant quelques centaines d’euros, le signaler à son futur agresseur à la sortie du collège, c’est que le Professeur a été destitué. Et il l’a d’abord été par l’École elle-même. Dans la mouvance de mai 68 et par un travail de sape qui n’a pas cessé depuis, on a déconstruit la figure du maître : ministres successifs, pédagogistes, syndicats, associations de parents, mus par une même idéologie égalitariste, ont œuvré main dans la main. On a voulu assimiler l’autorité du professeur, pourtant intellectuelle et morale, à un exercice de la contrainte quasi fascisant, et faire de la parole de l’élève, dans un souci d’horizontalité, l’équivalent de celle du maître : puisque tout se vaut, comment s’étonner que beaucoup de jeunes gens aujourd’hui n’établissent pas de différences entre ce qui relève d’un savoir objectif, légitime en tant que tel, et ce qui relève de la croyance ou de l’opinion ? Comment s’étonner, lorsqu’on a donné la parole aux élèves sans leur fournir d’abord les outils linguistiques et culturels pour penser le monde, que règnent l’incompréhension, les malentendus et les préjugés ? Comment s’étonner qu’ils n’aient aucun recul critique sur ce qu’ils sont, sur ce qu’ils croient, ni aucune estime pour celui qui incarne un savoir dévalué ? Si le professeur a perdu son aura, si la verticalité de la transmission a été méticuleusement mise à mal, on a permis au disciple de ne plus le considérer, et par là de déconsidérer et de contester le contenu même de son enseignement. Le respect de principe qu’il suscitait autrefois a disparu, et les enfants comme leurs parents se sentent autorisés à remettre en cause, dénoncer, bousculer, y compris physiquement, organiser des cabales, dans un lieu qui a cessé d’être un sanctuaire. Tout concourait depuis longtemps, dans et par l’École, à un tel effondrement. C’est aussi ce qui a tué Samuel Paty.

Les territoires perdus de la République

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Barbie contre le “privilège blanc”

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Image capture d'écran YouTube.

« Ce n’est pas facile d’en parler » témoigne Barbie. La poupée Mattel à la plastique parfaite explique soutenir le mouvement Black lives matter


C’est une vidéo devenue virale dans un pays secoué par de régulières manifestations organisées par le mouvement Black Lives Matter. Dans un des récents épisodes de l’émission Web Barbie, la célèbre poupée internationalement connue a rappelé l’importance de la lutte contre le racisme dans le monde et abordé la question du « privilège blanc ». Une prise de position qui a suscité quelques interrogations aux États-Unis.

Son vlog sur le réseau social YouTube compte pas moins de 10 millions d’abonnés. La poupée Barbie est devenue une véritable influenceuse virtuelle qui s’adresse à un public de tout âge, race et sexe. Elle y discute très sérieusement de divers sujets  mais sur un ton qui lui est propre. Intitulée « Barbie et Nikki discutent de tout », l’émission a été un buzz inattendu le 7 octobre dernier. La poupée a expliqué à ses followers que « des millions de personnes s’étaient levées dans le monde entier afin de lutter contre le racisme et l’injustice », précisant que même si « ce n’était pas facile d’en parler, il fallait justement l’évoquer au nom de tous ces gens blessés par d’autres à cause de leur couleur de peau ». Et pour appuyer le tout, la poupée Barbie s’est adjoint les services de son amie, Nikki, une afro-américaine qui n’a pas hésité à partager ses propres expériences en matière de racisme ordinaire. « Barbie et moi avions organisé un concours de vente d’autocollants sur la plage le mois dernier. Nous nous sommes séparées afin de voir laquelle de nous deux en vendraient le plus et je me suis fait arrêter trois fois par la sécurité de la plage » raconte Nikki. L’amie de Barbie regrette de devoir toujours faire face aux préjugés, même lorsqu’elle démontre qu’elle est aussi capable de remporter des concours que n’importe quelle personne blanche, « sans avoir bénéficié de passe-droits ». S’attaquant ici à la question délicate du privilège blanc dénoncé quotidiennement par le Black Lives Matter. 

A lire aussi: Megan Rapinoe: la footballeuse « progressiste » qui défie Donald Trump

Plus d’une fois attaquée pour ne pas montrer assez de diversité au sein de l’univers Barbie, la société Mattel, qui commercialise la poupée, a publié un communiqué expliquant que le « but de cet épisode mis en ligne, avait été pensé pour aider les jeunes filles à comprendre les raisons de la naissance de cet énorme mouvement de lutte contre le racisme. Et de les inciter à en apprendre plus sur l’histoire des afro-descendants ou de susciter des débats avec leur famille ». 

L’histoire ne nous dit cependant pas ce que pense Ken, le compagnon de Barbie, de cette prise de position assumée par la poupée à la plastique parfaite.

Drieu Godefridi: « Selon moi, Trump gagnera »

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Le président Donald Trump en campagne pour sa réélection, le 26 octobre 2020 à Martinsburg en Pennsylvanie © SAUL LOEB / AFP

Selon Drieu Godefridi, auteur belge, notamment de La Révolution Trump aux éditions Texquis, Trump gagnera les élections présidentielles américaines du 4 novembre prochain. Entretien avec un pro-Trump convaincu, toujours persuadé que son cheval de course préféré va rempiler pour un nouveau mandat, quand plus grand monde n’y croit.


 

Aurore Van Opstal. Nous sommes à J-7 des présidentielles américaines, quel est votre pronostic ?

Drieu Godefridi. Les indicateurs objectifs me paraissent pointer la plupart vers une réélection de Trump ; parmi lesquels : le nombre de nouveaux votants Républicains, la proportion Républicains/Démocrates nouvellement affiliés dans les États-clefs, l’enthousiasme indéniable de ces foules immenses qui se déplacent aux meetings de Trump quand Biden peine à rassembler 50 personnes, les calamités innombrables qui s’abattent sur le malheureux Biden… En dehors des sondages “nationaux” — qui ne veulent rien dire dans une élection qui se joue par États — je ne vois rien de signifiant qui pointe dans le sens de Biden.

Drieu Godefridi, auteur de "La Révolution Trump" aux éditions Texquis.
Drieu Godefridi, auteur de « La Révolution Trump » aux éditions Texquis.

Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient

L’historien Allan Lichtman prévoit une défaite de Trump. Ses prédictions politiques sont exactes depuis 1984. Il se base sur son modèle en 13 clés, qui prend en compte plusieurs facteurs, dont l’économie, le climat social, le mandat, les scandales ou encore le charisme de candidat. Quelle est votre réaction à cette prévision de l’oracle Lichtman ?

La première question à se poser quand un expert sort une étude-maison est : quel est le degré de subjectivité des critères mis en œuvre ? Le “climat social”, les “scandales”, le “charisme” me semblent des critères peu quantifiables, donc arbitraires. De plus, donnerait-on l’avantage, en prime face, à Biden, sur ces trois critères ? Cela me paraît téméraire. Les Madame Soleil qui ne se trompent jamais m’évoquent immanquablement les sondages qui donnaient Mme Clinton gagnante à 95% la veille de l’élection en 2016.

Biden a-t-il fait une bonne campagne ?

Biden n’a pas fait campagne. Il a décidé de rester chez lui, dans son sous-sol. Cela me semble résulter à la fois d’une nécessité physique et mentale — Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient ; hier il appelait Trump “George” deux fois d’affilée sans se rendre compte de son erreur — et d’un calcul qui se défend : laisser Trump monter contre lui tous ceux qui, par aversion pour le Républicain, voteront Biden. Cette stratégie n’est pas stupide, car Biden n’a jamais été le premier choix de personne : les primaires démocrates en témoignent. La campagne de Biden est tout en annonces publicitaires ; classiques et digitales — plus le soutien de la majeure partie de la presse, qui lui est acquise sans bourse délier. Il est vraisemblable que les dépenses finales de la campagne Biden seront les plus démesurées de l’histoire politique américaine. Même sur le terrain — en porte-à-porte — les équipes Biden sont absentes, laissant jusqu’il y a peu aux Républicains — quant à eux fort présents sur le terrain — le monopole de ces entretiens sur le mode convivial. Toute cela fait une campagne bien contrastée et quelque peu surréaliste. Rappelons que, déjà en 2016, les dépenses de la campagne Clinton étaient considérablement supérieures aux dépenses de la campagne Trump, avec les résultats que l’on sait.

Au-delà de ses promesses de campagne, quelles politiques nouvelles de Trump pouvons-nous attendre en cas d’un deuxième mandat ?

La réélection de Trump lui permettrait d’aller au bout de sa logique à la fois en politique intérieure et internationale : dérégulation, baisse des impôts, juges conservateurs respectueux de la Constitution des États-Unis, domination énergétique, domination militaire, renouveau de la classe moyenne, la carte de l’Orient constellée de nouveaux accords de paix, renvoi de l’Europe à ses propres responsabilités. Autant dire qu’on changerait d’époque, cette fois pour de bon et sans espoir de retour en arrière. Serait-ce forcément un mal, y compris pour l’Europe ? Il faut bien mesurer que, sur le terrain international, on assiste à un changement de paradigme qui sera structurant des décennies à venir : isolement de l’Iran — contrepied parfait de la politique Obama, désastreuse dans ses effets d’habilitation d’un régime terroriste — miser sur l’Arabie saoudite et tresser des accords de paix bilatéraux avec Israël, jusqu’au Soudan. Qui entrevoyait la possibilité des Accords d’Abraham il y a un an ? Le legs de l’administration Trump dans les relations internationales est considérable ; un second mandat en garantirait la pérennité. On songe également au désengagement progressif des troupes américaines des nombreux conflits, souvent sans issue, où les avaient immergées les administrations précédentes, Républicains comme Démocrates. Sans compter le possible désengagement américain de l’OTAN : les Républicains ne souffrent plus le désinvestissement militaire endémique des Européens, car cela revient très littéralement à faire payer la défense européenne par le contribuable du Kentucky et de l’Oklahoma. Mundus senescit, disait Grégoire de Tours.

Isabelle Saporta: « Les maires EELV devraient être modestes et travailler »

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Isabelle Saporta © Hannah ASSOULINE

Éditrice à Fayard, la compagne de Yannick Jadot s’est fait connaître en publiant de vastes enquêtes sur la malbouffe, la viticulture ou les coulisses de l’agriculture. Elle s’attaque dans son dernier ouvrage aux normes administratives. Très critique des maires EELV récemment élus, elle se défend de vouloir verser dans le populisme “vert”.


Causeur. Êtes-vous infiltrée à EELV pour préparer votre prochaine enquête-scandale ?

Isabelle Saporta. Non. (Rires) Je ne suis pas infiltrée à EELV, car je n’y suis pas du tout. Je n’ai jamais été encartée de ma vie. Lors des municipales à Paris, je me suis battue pour faire exister une coalition climat capable de rassembler des personnalités différentes. Je n’ai pas renoncé à faire de la politique. Je pense d’ailleurs en avoir toujours fait, même si je n’en dépends pas financièrement. La politique est aujourd’hui le travail de ceux qui se présentent et ils n’ont pas envie de le perdre. Je le comprends, mais ce n’est pas ma vision.

J’aime pouvoir réfléchir en dehors des cadres. J’aime garder une totale liberté de ton et de parole. Surtout, j’aime pouvoir parler à qui je veux. Je ne sais pas si les partis politiques sont définitivement dépassés, mais quand on écrit des livres, c’est précisément pour essayer de convaincre le plus grand nombre, indépendamment de la manière dont chacun vote. Je ne suis ni de droite ni de gauche, je suis écolo !

Mais vous publiez un bouquin de droite ! Vous y dénoncez les centaines de milliers de normes françaises aussi bien que le ferait Agnès Verdier-Molinié. C’est à chaque page la bureaucratie parisienne contre les solutions et le « bon sens » des provinciaux.

Au-delà des normes, mon livre s’attaque surtout à la technostructure, à son inclination à l’instabilité réglementaire et au manque de pérennité dans les subventions. Il y a trop d’étages en France. Après le Haut-Commissariat au plan confié à François Bayrou, on vient de nous rajouter une épaisseur de plus avec les sous-préfets à la relance, de jeunes diplômés placés sous le contrôle d’Amélie de Montchalin. Ne pouvait-on pas laisser les régions, les maires gérer les choses ? En France, pour chaque problème, on crée une nouvelle autorité administrative. Ces autorités sont toujours composées des mêmes : des gens qui viennent du Conseil d’État, de la Cour des comptes, de l’Inspection des finances, bref des énarques. Ce sont les mêmes gens qui aspirent à entrer dans les cabinets gouvernementaux. Il faut être capable de casser le moule et donc de casser l’ENA. La technostructure n’est pas à la hauteur, je vous rappelle nos déboires pendant le Covid. L’avenir de la France, ce sont les régions et donc les maires. Si je me suis énervée contre les maires écolos, c’est parce qu’on attend beaucoup d’eux.

À lire aussi, Élisabeth Levy : Trois Verts, bonjour les dégâts!

Il y a un petit côté populiste dans cette dénonciation de « la caste qui paralyse notre pays ». Vous verriez-vous incarner l’écologie populiste aux côtés de Yannick Jadot ?

J’appelle de mes vœux une écologie populaire. Selon moi, ce n’est pas populiste. C’est la gauche qui a un problème si elle s’est coupée des milieux populaires.

Yannick Jadot, c’est Yannick Jadot, et je suis moi. Je suis engagée depuis vingt ans, mes livres m’ont coûté cher et m’ont valu des procès. Il faut en finir avec cette image de la femme qui n’aurait plus de neurones dès qu’elle est en couple. J’ai 44 ans et je garde ma propre ambition.

D’où est partie la fronde des Gilets jaunes ? D’une énième taxe sur l’essence. Ce mouvement ne disait pas « on a envie de polluer », mais plutôt « on est dans la France de la diagonale du vide, on est abandonnés ». On ne peut pas retirer aux gens la voiture en les traitant de pollueurs, sans trouver de contrepartie.

 Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens.

Reste que vous faites partie de la famille écolo. Certains propos et décisions des nouveaux élus EELV ont défrayé la chronique. Mais il est interdit de les qualifier de « khmaires » verts ou d’ayatollahs de l’écologie…

Je n’ai pas de liens fréquents avec ce parti. Je ne fréquente pas les élus en question. Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens. Jacques Boutault, élu à Paris, dit que ce sont des chômeurs avachis sur leur canapé qui regardent le Tour de France. Le Tour de France est au contraire une fierté pour tous les villages qu’il traverse. La France coule dans mes veines et j’aime ce qui la constitue. Je ne sais pas comment le maire de Lyon ou M. Boutault pensent, mais je ne vois pas comment ils comptent emmener les Français derrière eux vers la transition écologique après leur avoir craché au visage.

Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE
Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE

Pour rappel, à Grenoble, le maire pense que les Français attendent le déploiement de la 5G pour regarder du porno dans les ascenseurs. À Lyon, le maire envisage de ne plus accueillir le Tour, s’il n’y a pas aussi une course féminine. Le maire de Bordeaux ne veut plus d’un « arbre mort » qui lui fait honte. Quiconque n’est pas de son avis est en outre qualifié de facho. Et ajoutons le maire de Colombes qui compare des opérations de police à la rafle du Vel d’Hiv’. Ces bigoteries un peu bobo sont largement rejetées. On finit par se dire qu’ils n’aiment pas la France.

Je ne sais pas s’ils n’aiment pas la France. En fait, simplement, je ne les comprends pas. Ma colère ne vient pas tant de ces polémiques, qui ne sont pas très intéressantes, que du fait que ce n’est pas là qu’on les attend. Ils ne sont plus chef de section ou chef de parti. Élus de la République, ils ne parlent plus à des militants, mais à des concitoyens, même à ceux qui n’ont pas voté pour eux. Ils ne peuvent pas braquer les gens, les mépriser et espérer les convaincre. Ça n’a pas de sens.

La transition énergique, la rénovation thermique, la fin de l’incinération de nos déchets, la végétalisation des villes, le renouveau des transports, la réinvention du rapport avec les banlieues, le Grand Paris ou le Grand Bordeaux, ce sont des chantiers colossaux. Qui demandent une adhésion de la population. Quand on voit le taux d’abstention, avec 60 % aux municipales, il convient d’être modeste et de travailler.

En revanche, à Causeur, vous prétendez qu’il n’y a pas de vague verte. Mais quand on voit Bordeaux, Marseille, Strasbourg ou Lyon, vous ne pouvez pas nier qu’il y a une très forte envie d’écologie dans les métropoles. Il faut transformer cette envie en véritable phénomène national. Il ne faut pas laisser croire que l’écologisme est fait pour le bobo urbain.

Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP
Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP

En attendant, l’écologie politique n’est-elle pas vouée à l’échec par sa volonté obsessionnelle d’être à gauche ? Dénoncé comme un réac par son camp, Jadot refuse de nous parler, par peur de voir son image droitisée. Si c’est comme ça qu’il rassemble…

Pardonnez-moi de vous répondre un peu sèchement, mais je ne suis ni la porte-parole ni l’attachée de presse de Yannick Jadot. Je vous parle. Et je continuerai à parler à tout le monde, car je pense qu’il faut convaincre ceux qui ne le sont pas encore. Et briser l’entre-soi.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance

Reste à résoudre une équation impossible : comment concilier croissance économique et transition écologique ? Même s’il est agaçant de voir des élus boire les paroles de Greta Thunberg comme celle du Messie, on peut comprendre qu’ils jouent sur la peur de l’apocalypse pour mobiliser.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance. J’ai deux enfants et j’aspire pour eux à un monde meilleur, à un futur. Par ailleurs, la transition écologique pourrait au contraire générer une très belle croissance économique, pourvoyeuse d’emplois indélocalisables. Par exemple, pour la rénovation thermique des seuls bâtiments publics, il faudrait 12 milliards d’euros par an pendant trois ans ! Cela créera 600 000 emplois en France. Et si on fait la même chose pour les bâtiments privés, à hauteur de 30 milliards pendant dix ans, ce seront 1,5 million d’emplois supplémentaires.

On ne peut pas donner pour seul horizon à notre jeunesse et à la population la vision de la fin du monde. Il faudra aussi réimplanter les industries. En France, les énarques ne s’intéressent pas à l’industrie, on ne peut pas continuer comme ça. Cela demande beaucoup d’ambition politique. Nous devons agir aujourd’hui pour construire des champions européens pour les transitions énergétique, médicale ou sanitaire. Au lieu de rejeter les nouvelles technologies comme la 5G, les écologistes devraient se saisir des opportunités qu’elles recèlent : par exemple, la 5G peut aider à combattre les déperditions d’eau (il y en aurait jusqu’à 20 % aujourd’hui). Le rapport de l’Arcep sur la 5G, très attendu, est primordial. Pour autant, et dans le même temps, nous devons œuvrer à la création d’un champion européen de la 5G ! Il faut réfléchir, mais il faut avancer.

Nous ne devons pas pleurer avec Greta Thunberg, mais nous retrousser les manches pour œuvrer à une transition énergétique créatrice d’emplois, pour accompagner les paysans vers une autre agriculture moins consommatrice de pesticides. Pour repenser et relocaliser des emplois pérennes dans nos régions. J’écris pour fournir des armes aux militants engagés.

Isabelle Saporta, Rendez-nous la France !, Fayard, 2020.

Rendez-nous la France !

Prix: 12,99 €

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Marcel Gauchet : « La République, c’est ce qui reste de l’identité de ce pays »

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Marcel Gauchet. © Capture d'écran de l'émission REACnROLL du 1er Octobre 2020

« Créolisée » par Jean-Luc Mélenchon, « encostumée » par Jean-Michel Blanquer, panthéonisée par Emmanuel Macron, la République fait, malgré son jeune âge, profondément partie de l’identité française. Marcel Gauchet et Élisabeth Lévy en ont parlé sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Une heure d’émission est à retrouver sur la chaîne.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’entretien d’une heure que Marcel Gauchet a réservé à Élisabeth Lévy sur RNR.TV (disponible sur abonnement, 5€ par mois seulement).

Élisabeth Lévy. La République ! Le mot est partout mais nécessite quelques éclaircissements. En quelques semaines, nous avons le président qui a fêté le 150ème anniversaire de la République, Jean-Luc Mélenchon en a lui célébré le 228ème anniversaire, et Jean-Michel Blanquer a appelé les élèves à avoir à l’école des tenues républicaines. Nous ne cessons d’invoquer la République, de brandir nos grands sentiments républicains à tout bout de champs, mais qu’est-ce que la chose ? On est un peu perdu. Expliquez-nous, Marcel Gauchet, est-ce que c’est un régime politique ? Un esprit ? Une mythologie ?

Marcel Gauchet. C’est là une très vaste question, qui pourrait nous emmener loin.  D‘abord, observons que ce mantra obsessionnel est le fruit du vide de tout le reste. Il ne nous reste que la République. Aucun autre identifiant politique ne fonctionne plus, même si la « gauche » ou la « droite » [sont des concepts] qui marchent encore vaguement. Ceux qui se prétendent de gauche ont peur qu’on dise qu’ils ne sont pas vraiment de gauche, et ceux de droite qu’ils ne sont pas vraiment de droite, donc c’est très difficile de faire fonctionner ces deux derniers identifiants.

À lire aussi, Yvon Ollivier : Sous les rodomontades, le renoncement à la République?

Elisabeth Lévy (le coupant). Quoi que ceux qui sont de droite ont aussi peur qu’on leur dise qu’ils ne sont pas de gauche, notez bien !

Marcel Gauchet. L’un et l’autre ne s’excluent pas ! Bref: il y a la République providentielle au milieu. Il n’y a plus de socialistes, le libéralisme ça ne s’assume pas trop. Dès lors, où sont les identifiants politiques ? Il n’y en a qu’un qui reste, donc on se le dispute âprement. La pauvre République est obligée d’habiller tout le monde. Dans cette dispute, le choix par Nicolas Sarkozy de rebaptiser l’UMP par « Les Républicains » est à ce titre remarquable. (…) Mais à mesure que tout un chacun se définit comme républicain, moins on sait ce que cela veut dire…

Au menu de cette émission :
– La République et la laïcité
– Le déclin du modèle français
– Les maires écologistes
– L’identité politique de la France

Élisabeth Lévy. D’ailleurs, il y a cette expression populaire « Après tout on est en République », qui revient à dire que nous avons notre mot à dire.

Marcel Gauchet. L’explication est assez simple, même si derrière ce cache un abime de complexité historique. La République c’est ce qui reste de l’identité politique de ce pays, c’est au fond la partie solide d’un héritage historique contre lequel personne n’ose se porter. Même des royalistes très sympathiques comme ceux de la Nouvelle Action royaliste, menée par Bertrand Renouvin, sont des monarchistes républicains !

Élisabeth Lévy. C’est vrai qu’ils le disent comme ça.

Marcel Gauchet.  Ce n’est d’ailleurs pas absurde, la République au cours de son Histoire en est venue, grâce à de Gaulle, à absorber l’héritage monarchique…

>> Retrouvez la suite de ce débat sur REACnROLL (5€ par mois) <<