Souverainistes et écolos répètent à l’envi que la crise sanitaire siffle la fin du mondialisme sans limites. S’il n’est pas impossible, le rapatriement en Europe des unités de production délocalisées en Asie exige protectionnisme et ambition industrielle.


« Plus rien ne sera comme avant. » Tel est le nouveau credo dans tous les débats. Président de la République, gauche mélenchoniste, écolos, droite de la droite, analystes de toute obédience le répètent à l’unisson: cette crise sanitaire siffle la fin du mondialisme sans limites et le retour d’un « localisme » de bon sens. Je ne sais pas pour vous, mais moi je me suis toujours méfié de l’unanimisme. Surtout quand il annonce des lendemains qui chantent.

Les donneurs de leçon en action

« Plus rien ne sera comme avant. » On aimerait y croire les yeux fermés. C’est beau comme un « je suis Charlie » post-attentat du 7 janvier 2015. Là aussi, on jurait qu’on ne se laisserait plus faire, là aussi, on allait voir ce qu’on allait voir. On a vu.

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Il est toujours plaisant de contempler les donneurs de leçon retourner leur pantalon en public sans vergogne. Dans le chœur des « plus-rien-comme-avantistes » d’aujourd’hui se trouvent les mêmes qui, il y a quelques mois, nous vantaient la circulation intégrale de tout pour tous, incarnée dans de méga-accords de libre-échange avec l’Amérique du Sud ou le Canada. Écolos, marinistes, souverainistes de gauche peuvent bien s’étouffer aujourd’hui en entendant ces mêmes experts et hommes politiques vanter désormais les « circuits courts » sans payer de droit d’auteur. Avoir raison avant l’heure ne sert hélas pas à grand chose. Reste une question. Les opposants historiques du mondialisme et les localistes de la dernière heure ont-ils vraiment raison ? Allons-nous assister au retour d’économies privilégiant des circuits courts générateurs d’emplois dans nos pays et offrant un bilan carbone raisonnable ? Le rapatriement des unités de production délocalisées ces vingt dernières années aura-t-il vraiment lieu une fois que le virus battra en retraite, son tour du monde terminé ? On peut en douter.

Vraiment plus comme avant?

Revenons à des réalités très prosaïques. Choisir un fournisseur est un choix économique strict. Exemple concret. Nous sommes en juillet 2020. Après six mois d’arrêt de la production et des ventes, une entreprise, dont la trésorerie aura inévitablement pris une sacrée claque, peut enfin relancer son activité. Sa gamme de produits contenait, avant la crise, 50 % d’intrants en provenance de Chine. Ses fournisseurs d’hier sont heureusement de nouveau opérationnels depuis trois mois (les Chinois sont sortis de la crise sanitaire avant nous et en meilleur état que nous). Bons commerçants, ils proposent un bon prix, voire une facilité de paiement et une livraison rapide. En face, les fournisseurs européens se remettent à peine de la crise et, malgré toute leur bonne volonté, demeurent 30 % plus chers que leurs concurrents chinois. Entre ces deux options, qu

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Avril 2020 - Causeur #78

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