L’école a abandonné l’exigence et la transmission des savoirs au profit de la bienveillance et de la quête du plaisir. Transformés en animateurs de centres aérés ou en travailleurs sociaux, les enseignants accompagnent les élèves plus qu’ils ne les instruisent


Il faut le voir pour le croire : le mot « plaisir » apparaît désormais dans les programmes de maternelle1 ! Chez les enseignants, l’injonction à ne jamais élever la voix est partout. À la maison, les parents sont pris entre une définition dévoyée de la bienveillance et les rappels des psychologues à la nécessité d’apprendre à leurs enfants à gérer la frustration. Noyé sous des piles de jouets, en stimulation permanente, l’enfant voit l’assouvissement arriver avant même d’exprimer un besoin. Résultat : sa capacité à apprivoiser l’attente, à s’occuper d’un rien, à différer la satisfaction d’une envie s’amenuise. À cela vient s’ajouter la nocivité de la fréquentation trop précoce et excessive des écrans, qui affecte ses capacités attentionnelles, créatives et intellectuelles. L’ensemble de ces paramètres conduit à des classes agitées, où le cadre et l’enseignement sont annoncés par l’institution comme devant s’adapter à chaque individualité, là où, autrefois, il appartenait à l’individu de faire l’effort de s’adapter au cadre. La concentration sur la longue durée, la capacité à répéter un exercice ou l’attente paisible en s’occupant calmement par soi-même deviennent impossibles pour beaucoup.

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Dans cette société du « toujours plus vite », « toujours plus divertissant  », les méthodes du type «  méthode globale  », qui donnent rapidement l’illusion d’une lecture de texte, ne pouvaient que séduire. De même, plaisent aujourd’hui ces fichiers colorés où il suffit d’écrire quelques mots dans les espaces libres d’une page chatoyante, en s’épargnant l’acte complexe et formateur, mais long et parfois fastidieux, d’écrire toute une phrase en s’appliquant sur un cahier. Parallèlement, les classes vertes, les sorties et les événements festifs deviennent un dû. Ce qui relevait du domaine de l’associatif et du centre aéré devient partie intégrante de la vie scolaire, brouillant les priorités. Il n’est pas rare de voir un enseignant justifier ex post une activité ludique imposée par une mairie ou une association de parents d’élèves, alors que la logique voudrait que l’objectif d’apprentissage prime et déclenche, si cela est une vraie nécessité pour l’acquisition d’un savoir, une sortie ou une intervention extérieure.

L’héritage de Najat Vallaud-Belkacem

Le travail fastidieux dont le sens n’est donné que par la recherche de l’exigence n’existe désormais qu’en des lieux réservés : conservatoires de danse ou de musique, centres de sport de haut niveau et établissements cotés, réservés à une élite privilégiée. L’aristocratie du système a ses cursus réservés, qui mèneront ses héritiers de l’École alsacienne aux postes prestigieux. À l’école du peuple, nul besoin de tout cela, ce qui importe, c’est d’en diminuer le coût tout en maintenant son rôle de support de communication politique.

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Ainsi, les textes des derniers programmes en date, rédigés sous Najat Vallaud-Belkacem, sont au savoir ce que la barbe à papa est au sucre en morceaux : beaucoup de volume, pour peu de matière. Redondance et verbiage abscons, indigence de contenu font que de nombreux enseignants avouent ne les avoir jamais lus. Le lecteur pourra évaluer l’étendue des dégâts en feuilletant des manuels d’histoire et géographie de cours moyen. Il y découvrira un zapping à la chronologie décousue et des thématiques aussi essentielles que « se déplacer en France », « consommer » ou « habiter un écoquartier ». Aucun de ces ouvrages, conçus dans la précipitation et pour lesquels il n’existe aucune procédure de validation par l’institution, ne rivalise avec la densité d’un ouvrage d’il y a trente ans.

Lacunes des enseignants

À cet appauvrissement de contenu s’ajoutent les effets de la « masterisation » du recrutement, réforme sarkozyste visant à diminuer le coût de la formation i

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Septembre 2019 - Causeur #71

Article extrait du Magazine Causeur

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