Accueil Site Page 1336

Transition énergétique: le trublion Moore s’attaque à l’escroquerie du siècle

0

Le documentariste star de la gauche radicale rejoindrait-il le camp des adversaires de l’éolien ?


La plus formidable escroquerie scientifique et intellectuelle du 21e siècle. Et le plus grand gâchis d’argent public de tous les temps !

C’est ainsi, sans exagération aucune, que l’on peut qualifier les « énergies renouvelables », les fameuses EnR (éolien, solaire, biomasse) que les écologistes nous vendent comme la solution miracle depuis le début des années 2000. Les scientifiques sérieux et les spécialistes de l’énergie le savent depuis longtemps, et crient dans le vide, études et statistiques à l’appui : ces technologies ne sont pas vertes mais polluantes, et ne sont pas en mesure de produire autre chose que de l’énergie de complément, à petite échelle et dans des zones favorablement exposées. 

De l’argent jeté par les fenêtres

N’en déplaise aux lobbyistes et aux as de la com des EnR, le nucléaire et l’hydroélectrique demeurent à ce jour les seules solutions de masse dont nous disposons pour répondre à nos besoins en énergie, sans risques, et sans émission de CO2. Et aucune technologie dite « de rupture » ne  remplacera les ressources naturelles, gaz et pétrole, avant des décennies. Affirmer le contraire relève du négationnisme scientifique pur et simple. Mais les écologistes – dont les plus illuminés rejettent vaccins, avions, économie mondialisée, voir les libertés individuelles – n’ont jamais été avares de doctrines délirantes. Et les hommes d’affaires n’ont jamais tourné le dos à l’argent facile, même aux dépens de l’environnement. 

A lire aussi, Philippe Murer: Fermeture de 14 réacteurs: un gâchis financier, humain et climatique

En dépit de l’échec total de l’éolien (qui ne produit presque rien, de manière intermittente, et massacre les paysages), du solaire (idem) et des usines de « biomasse » (un mot chic pour dire « usine ultra-polluante qui produit peu d’énergie en brûlant des arbres et de l’énergie fossile »), la doctrine de la « transition énergétique » chère à Greta Thunberg est plus à la mode que jamais. Jugez plutôt : sous la pression électorale des verts, l’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires, et a dépensé à elle seule 500 milliards € en éoliennes et panneaux solaires… 

Résultat ? Un bide monstrueux qui l’a poussé à rouvrir ses centrales a charbon, et comble du ridicule à acheter de l’énergie nucléaire à la France. L’Allemagne, modèle d’EELV, produit ainsi 10 fois plus de CO2 par kilowattheure que l’hexagone ! Dans le monde, on estime que 3000 milliards d’euros ont été investis dans les « énergies vertes » depuis le fameux film effondriste d’Al Gore sur le réchauffement climatique. 3000 milliards littéralement jetés par la fenêtre, qui auraient pu servir par exemple à augmenter les salaires, à construire des écoles, à financer la recherche, le système de santé, etc… 

Le seul lobbying qui est bien vu

Les écologistes, et les industriels de l’énergie attirés par la formidable manne financière des EnR, ont conjugué leurs efforts pour convaincre l’opinion publique et les politiques du potentiel des « énergies vertes ». Ce lobbying a fonctionné au-delà de toutes leurs espérances. On connaît le discours concerné en vogue, repeint en vert, qui fait partie des éléments de langage de chaque politique en campagne. Pas un auteur de discours politique dans ce pays — ce fut mon métier — ne peut écrire autre chose que du bien de la « transition énergétique », de Greta, et se garde bien d’évoquer le nucléaire, si ce n’est pour promettre de démanteler cette vilaine filière industrielle aux 220 000 emplois hautement qualifiés, pourtant garante de notre indépendance énergétique, et dont l’excellence est reconnue à l’échelle planétaire. 

Convaincu par la question écologique, père de famille, amoureux de la nature, soucieux de préserver la planète et sa faune (oui, c’est possible sans militer chez EELV), je n’ai jamais compris, comme tant d’autres observateurs de la vie publique autour de moi, notre incapacité collective à mettre un terme à la formidable escroquerie des EnR. Sans oublier la scandaleuse gabegie financière qui l’accompagne, qui a engraissé les multinationales de l’énergie, et les hommes d’affaires comme Al Gore. La raison semble aux abonnés absents : il y a une semaine, dans l’indifférence générale, notre catastrophique Ministre Elisabeth Borne annonçait dans l’indifférence générale la fermeture de 14 de nos réacteurs nucléaires. L’objectif : suivre l’Allemagne sur la voie de l’échec, et réduire notre dépendance à la technologie la plus propre qui soit. Il y a donc urgence à détruire ce qui marche au profit de ce qui ne marche pas. Une bonne politique consiste à bien gérer le présent et surtout à anticiper l’avenir. La politique de l’émotion, du “green washing” électoraliste et de l’antiscience qu’incarne Madame Borne nous conduit tout droit dans le mur. 

Michael Moore, avec moi!

Si les articles scientifiques et les études n’ont aucun effet sur le scandale des EnR, on sait le pouvoir des images sur « l’opinion publique », ce nouveau pouvoir absolu, invisible et consensuel, dont les décideurs sondent les fluctuations en temps réel sur les réseaux sociaux et les médias. En regardant « Planet of the Humains », le nouveau documentaire produit par Michael Moore, et réalisé par son vieux compagnon de route Jeff Gibbs (militant écolo de longue date), j’ai repris espoir. 

A lire aussi: Éoliennes: Appel à Emmanuel Macron

Le film de Michael Moore, idole des bobos depuis trente ans, va peut-être réussir là où les spécialistes ont échoué. Spectaculaire, didactique et incisif, ce documentaire visible gratuitement sur YouTube fait vivre depuis quelques semaines un cauchemar aux écologistes, donne des sueurs froides aux industriels et promet des lendemains qui déchantent aux politiques qui ont soutenu les EnR à coups de centaines de milliards d’argent public. En 100 minutes chrono, le film démonte avec efficacité et pédagogie le mensonge des « énergies vertes ». Tout y passe : collusion entre capitalisme sauvage et écologie, mensonges des gourous de la transition énergétique, impact calamiteux des usines « biomasse » sur l’environnement, hystérie et aveuglement des militants, etc…  Si le film n’est pas parfait – rien sur le nucléaire, rien ou presque sur le stockage lithium-ion, rien sur les technologies de rupture en développement – il réussit néanmoins l’essentiel : convaincre le citoyen de base qu’on lui a menti depuis des années. Que des sommes astronomiques ont été dilapidées pour rien. Et c’est déjà beaucoup. 

La mascarade des EnR doit cesser. La mère de toutes les batailles est la lutte contre les rejets de CO2. Si la France est un pays exemplaire à cet égard, ce n’est pas grâce aux éoliennes qui défigurent ses crêtes et son littoral. Seul le progrès technique, nous permettra à terme de sortir des énergies fossiles. Pas la pensée magique des idéologues en sarouel, et des politiques sans convictions, inféodés à l’opinion et aux sondages.

Hydroxychloroquine contre le Covid-19: faut-il attendre une preuve?


La méthode de Didier Raoult n’est pas fantaisiste


La question de l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 a donné lieu à de bien âpres débats. Plusieurs semaines après les premières déclarations du Professeur Didier Raoult, le public n’a pas encore une réponse dans le sens d’une irruption claire et évidente d’une vérité qui met fin à la polémique et obligerait tout le monde à la reconnaître ! Autrement dit quelque chose comme une apparition de la vierge devant une foule. Or, cette « preuve scientifique » imaginée et fantasmée est une rare exception. Dans la réalité pour la plupart des médicaments mis sur le marché, elle n’est jamais été apportée et on se contente d’une simple corroboration de l’expérience clinique. 

Deux écoles

L’un des éléments qui a rendu ce débat difficilement compréhensible pour les non spécialistes est que du côté de la science médicale il y avait deux groupes : les tenants d’une recherche clinique lente basée sur des essais cliniques comparatifs d’un côté, ceux qui privilégient une observation pragmatique pour proposer une solution thérapeutique rapide aux patients de l’autre.

Si l’objectif des seconds est de soigner les patients, le but des premiers est de collecter des preuves scientifiques, ce qui n’est pas exactement la même chose. C’est que la preuve scientifique est une notion épistémologique difficile à cerner car la question posée n’est pas de savoir ce qui existe mais comment on peut le savoir et en être raisonnablement sûr. Or, pour le commun des mortels, la question de comment on sait et comment on peut savoir est escamotée au profit de la recherche d’une vérité absolue.

A lire ensuite: Chloroquine: Sacré Raoult!

Le philosophe de la science Karl Popper a abordé la démonstration de la validité d’une théorie en postulant que l’observation d’un seul fait expérimental qui la confirme ne peut pas la corroborer mais qu’en revanche, un seul fait contradictoire suffit pour la réfuter. Dans le cas des essais cliniques comparatifs d’un médicament ceux-ci ne pourront qu’établir si une différence d’efficacité observée entre un groupe traité et un groupe non traité est statistiquement significative avec un risque d’erreur de 5%. Une telle différence statistique peut-elle être considérée comme une preuve ? En tout cas, pas au sens de Popper puisqu’il reste 5% de chances de se tromper. Accepterait-on de considérer comme preuve de la résistance d’un nouveau pont autoroutier un risque d’effondrement de 5% ? Ce niveau d’erreur pour traiter une maladie, léthale ou non, est pourtant accepté couramment par les agences du médicament dans le monde entier! Il suffit alors aux laboratoires pharmaceutiques d’augmenter simplement le nombre de sujets dans l’étude pour que les différences statistiques observées deviennent significatives et ainsi plaire aux administrations de la santé. Mais la santé n’est pas le seul domaine où la preuve est reine. C’est probablement le droit qui utilise le plus la notion de preuve. En matière juridique, la preuve est la démonstration de la réalité d’un fait. Un risque d’erreur de 5% ne démontre aucunement un fait (exemple concret), mais n’est qu’une convention arbitraire de la présomption d’une réalité possible et l’évaluation de l’innovation en médecine semble s’en accommoder dans la plupart des cas.

La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001
La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus.
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001

Querelle sur les groupes témoin

Ce n’est pas tout. Les études sur des patients traités ne comportant pas de groupe témoin sont principalement critiquées pour ne pas être représentatives, soit parce qu’elles ont été réalisées sur un trop petit nombre de sujets, soit parce qu’elles ne sont pas comparatives et « randomisées » (deux groupes, l’un traité et l’autre non traité, les sujets composant les groupes tirés au hasard).

Or, un essai thérapeutique comparatif réalisé dans les règles de l’art de la recherche clinique ne génère que des résultats qui concernent les sujets de l’étude. Ces résultats sont-ils représentatifs, c’est-à-dire peuvent-ils être extrapolés au reste des patients de la population ? Pas vraiment, car pour ce faire il faudrait que les patients recrutés dans l’essai clinique soient un échantillon représentatif de la population de référence, c’est-à-dire qu’ils soient tirés au sort sur une liste de tous les patients, ce qui est impossible puisque de telles listes n’existent pas sauf parfois dans certaines maladies dites rares. Dans ce dernier cas, les essais cliniques randomisées sont de toute façon impossible à réaliser car détecter des différences d’efficacité imposerait presque toujours d’avoir à recruter un nombre de sujets d’étude plus élevé que le nombre de patients souffrant de la maladie rare… 

Un autre problème mis en lumière ces dernières années est que beaucoup d’essais cliniques sont conduits sur des hommes, ce qui fait que l’efficacité et la tolérance des produits testés peut être différente chez les femmes… Or il ne suffit pas dans ce cas d’adapter simplement les doses à la corpulence car la différence des systèmes physiologiques masculin et féminin explique des différences d’efficacité et de tolérance bien plus importantes. 

La méthode Raoult

Heureusement, il existe d’autres approches d’évaluation de l’efficacité des médicaments : citons notamment l’approche par probabilités en incertitude (modèle dit Bayésien) et l’approche pragmatique en situation réelle qui semble être la voie privilégiée par le Pr Didier Raoult pour établir l’efficacité du protocole thérapeutique hydroxychloroquine + azythromocyne. Dans ce dernier cas, une cohorte de patients diagnostiqués Covid-19 bénéficie du traitement et leur statut virologique et clinique est observé. Rappelons en premier lieu qu’une telle cohorte observationnelle n’est pas moins représentative que la population d’un essai clinique comparatif randomisé. 

A lire aussi: A l’hôpital, la crainte du retour à la normale

Enfin, cette approche pragmatique est méthodologiquement robuste quand il s’agit d’actions médicales dont les conséquences objectives sont dichotomiques (succès ou son absence), aisément observables et qu’il y a un degré d’urgence : arrêt d’un saignement, réduction d’une fracture ou la disparition d’un agent pathogène comme le coronavirus. L’expérience médicale acquise par cette cohorte de patients traités n’a donc pas moins de valeur que l’expérience acquise par un essai clinique comparatif. Il reste bien entendu la question de la tolérance. C’est bien évidement une question cruciale pour une nouvelle molécule dont le périmètre des effets secondaires est encore mal connu. En revanche dans le cas de molécules parfaitement connues et largement utilisées depuis des décennies (comme l’hydroxychloroquine et l’azythromycine) cette question ne se pose pas. Par ailleurs, le problème des effets secondaires ne semble d’ailleurs pas concerner le paracétamol qui est une molécule mise sur le marché en 1955, soit 6 années après la chloroquine, et recommandée actuellement par les autorités en automédication pendant la période de confinement, alors qu’une mauvaise utilisation pourrait détruire le foie.

Ainsi, quel que soit le niveau d’efficacité réel de l’association hydroxychloroquine + azythromycine, le rapport bénéfice/risque ne peut ainsi être que très bon puisque le dénominateur est très faible. C’est tout ce qu’est censé considérer un médecin et ce qu’attend un patient.

La médecine est une démarche au service des patients. Les théories dogmatiques ne sont que des catéchismes d’une science présentée comme une religion mais dont la réalité est loin des fantasmes des certitudes et vérités éclatantes. Le mélange insupportable des discours divergents entre médecins traitants, médecins chercheurs, épidémiologistes et administrateurs de la santé a créé une cacophonie, généré des tensions inutiles et peut être des espoirs déplacés.

Économie de la santé

Price: ---

0 used & new available from

Comprendre la pharmacoéconomie

Price: ---

0 used & new available from

La litanie des théories fumeuses de l’après-covid


L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes les théories de l’après-Covid. Une tribune de Jean Messiha (RN)


Le Covid–19, maladie respiratoire aiguë, ne se contente pas d’asphyxier ses victimes les plus graves. Il a également coupé le souffle de tout un ordre philosophico-économique qui sous-tend le mode d’organisation de nos sociétés. Celui-ci est, depuis des décennies, basé sur le productivisme, le consumérisme, le libre-échange, la course au profit, la dégradation environnementale et la globalisation. Ni la crise de 1929, ni celle de 2008, ne parviennent à la cheville des dégâts économiques, sociaux et psychologiques provoqués par le confinement de plus de la moitié de la planète depuis des semaines.

Macron veut se “réinventer”, mais bien sûr !

Tribune après tribune, discours après discours, apparait dans le discours politico-médiatique français la nécessité de « changer le monde ». En France, les néolibéraux, Emmanuel Macron en tête, promettent de se « réinventer ». Un peu comme les communistes occidentaux après la « découverte » des ravages du stalinisme et du maoïsme. La gauche affirme que le lourd bilan humain qui nous accable résulte des économies réalisées sur l’hôpital par les politiques « austéritaires », alors que notre niveau de dépenses publiques est himalayen. Les écologistes nous expliquent que ce coronavirus est le résultat de l’activité humaine et des agressions que nous infligeons à notre environnement. Formidable occasion de relancer la thématique de la transition écologique mise à mal par la « révolte jaune » de ceux qui doivent vivre tous les jours et n’ont pas les moyens de se sacrifier pour le bien de la planète dans 50 ans. De plus, dans la longue chaîne des choses qui nous ont attaqués, le coronavirus n’arrive pas forcément en premier!

A lire aussi: L’erreur de Bolsonaro

L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes ces théories. Il n’y avait aucune fatalité dans le développement de cette pandémie. Venue du laboratoire P4 de Wuhan ou de son marché d’animaux sauvages, la Chine a prévenu, certes tardivement, mais, en tout état de cause, avant que les cas ne se disséminent largement au-delà de ses frontières. Ce sont les chercheurs chinois qui ont déchiffré le génome du virus et communiqué très rapidement les données dont ils disposaient. Sévèrement mise en cause, l’OMS a globalement fait son boulot et alerté sur la contagiosité et la sévérité de cette maladie. En Asie, sans parler de l’Australie/Nouvelle Zélande quasi vierges de toute contagion, toute une série de pays a réussi à contenir la progression du virus : Chine, Japon, Corée, Singapour, Hong-Kong, Taïwan, Indonésie, etc. Outre-Atlantique, le Canada et le Mexique s’en sortent bien comme la plupart des pays de l’Amérique Latine, exception faite du Brésil, dirigée par une équipe ultra-libérale et corona-sceptique. En Europe, zone la plus touchée, la situation est extraordinairement contrastée : tout un espace à l’est du Rhin (Allemagne, Autriche et Europe centrale) ainsi qu’en Scandinavie (Finlande, Norvège, Danemark) est peu touché, alors que sa partie occidentale (France, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Irlande) comme méridionale (Italie et Espagne) est ravagée.

La crise de l’hopital français, vous êtes sûr?

D’une manière générale, on ne peut constater aucun lien entre l’effort national en matière de santé publique et la mortalité observée. Qui peut nier la qualité des systèmes de soins suisse, néerlandais ou belge ? Qui peut contester le fait que les hôpitaux du nord de l’Italie sont bien meilleurs que ceux que Sud ? Comment discuter la différence de qualité entre les grands hôpitaux publics de Madrid et ceux de Lisbonne ou d’Athènes ? À choisir, qui préfèrerait être soigné dans un CHU polonais plutôt qu’à Londres ou à Dublin ? Pourtant la carte de la mortalité européenne (nombre de morts par habitant) ne reflète absolument pas ces réalités. L’excuse du taux de vieillissement de la population, initialement utilisée pour expliquer le carnage italien, a été balayée par la flambée de l’épidémie dans des pays plus jeunes (Royaume-Uni, France, Etat de New York, etc.).

Allons sur le terrain des écologistes pour examiner cette théorie de Dame Nature se vengeant des humains qui l’agressent en lui refilant ses virus les plus létaux. Encore faut-il déjà être sûr que ce Covid–19 ne résulte pas d’une fuite accidentelle du laboratoire de Wuhan. Mais fut-il né dans les miasmes du « wetmarket » de ladite ville que cela ne prouverait rien pour autant. La Chine est déforestée depuis des siècles et ce virus proviendrait de chauves-souris tapies dans une grotte située à des centaines de kilomètres du foyer initial. Les zones où la forêt est la plus attaquée (Amazonie, Bornéo, Sumatra) n’ont pas à ce jour généré de virus aussi effroyable. Certes, Ebola provient de la forêt équatoriale africaine, aujourd’hui fortement exploitée, mais il est apparu en 1976 dans un trou perdu de l’ex-Zaïre, pays qui, à l’époque, comptait 23 millions d’habitants pour un territoire quatre fois grand comme la France.

A lire ensuite: Tout change pour que rien ne change

Les écolos peuvent revoir leur copie eux aussi

Il ne s’agit pas ici de justifier un seul instant la déforestation qui est, effectivement, un fléau inacceptable. Mais la vérité est que l’homme est depuis la nuit des temps victime de zoonoses. Elles ont toujours existé et existeront sans doute tant que hommes et animaux partagerons cette planète. Peste, choléra, variole, fièvre jaune, grippe, etc. autant de virus d’origine animale ont infligé à l’humanité au cours de son histoire des pertes gigantesques lors d’épidémies souvent sporadiques mais toujours dévastatrices. La dernière d’entre elle, la grippe « espagnole » de 1918-1919, a fait entre 50 et 100 millions de morts dans un monde bien moins peuplé (1.8 milliard), bien moins déforesté et bien moins carboné que le nôtre. Ce que le développement économique et son corollaire, le progrès scientifique et technique, nous ont apporté c’est la capacité de nous défendre contre ces fléaux, alors qu’à l’état de « bon sauvage » que vénèrent les écolos, l’homme devait compter sur son système immunitaire, des plantes improbables et des prières pour s’en sortir.

Ici encore il n’y a aucune volonté de nier les immenses défis écologiques auxquels nous devons faire face et que nous devons résoudre, mais de rétablir les faits. Écologie et zoonose ne sont pas interconnectées. L’urbanisation serait-elle un facteur de propagation ? On peut l’avancer quand on constate la forte diffusion du virus dans les métropoles de Londres, Paris, New-York, Sao-Paulo, etc. Mais les contre-exemples abondent. L’immense conurbation de Tokyo-Yokohama est peu atteinte. Idem pour la géante Los Angeles, la très dense Hong Kong, ou bien, plus près de nous, le très étendu Berlin. En Lombardie, c’est autant la campagne et le réseau de petites villes qui est dévasté que la capitale Milan.

Les modèles politiques tous faillibles

Ce serait une erreur de croire que le Covid–19 est le fruit de la mondialisation. Mais sa propagation mondiale ultra-rapide lui est clairement liée. L’explication se situerait-elle alors dans l’orientation politique des équipes gouvernantes ou la structure administrative du pays ? Il n’en est rien. Le Royaume-Uni, très à droite, et l’Espagne socialiste sont tous les deux assommés. La ville et l’État de New York, gérés par les Démocrates, est un cimetière. Mais pas la « progressiste » Californie. L’Allemagne fédérale, où les Landers ont de larges responsabilités en matière de santé, nous écrase de sa supériorité sanitaire. Mais l’Italie ou la Belgique, pays très déconcentrés, sont très durement frappés. La Pologne, pays aussi centralisé que le nôtre, regarde cette crise de loin avec ses 17 morts par million d’habitants (20 fois moins qu’en France).

A lire aussi, du même auteur: Covid–19: l’Europe atterrée

La véritable explication sur la concentration des décès dans quelques pays d’Europe tient à la qualité et à la célérité de la réponse étatique, à la primauté de l’intérêt national ainsi qu’à la capacité de l’industrie locale de faire face rapidement au besoin urgent de masques, de tests et de gel hydro-alcoolique. Et il y a, dans ce macabre classement, les « bons », les « moyens » les « mauvais » voire les « très mauvais ». En France, nous appartenons, avec le Royaume-Uni, à la deuxième catégorie, laissant au trio Belgique, Italie et Espagne le sinistre podium de la mort. 

Nous allons gagner cette guerre, non pas grâce à un état-major qui a montré sa lamentable déficience faite d’amateurisme et de mensonges, mais aux officiers et aux soldats de la santé qui ont tenu le front, ainsi qu’à la discipline de l’immense majorité des Français. Mais quid de l’après ? Ne nous illusionnons pas, tout ne va pas changer. Mais quelles orientations nouvelles voulons-nous donner à notre société ?

La « macronie » ne réinventera rien. Edouard Philippe sera sans doute remercié afin de lui faire implicitement porter le chapeau des atermoiements et des défaillances présidentielles. On va bricoler le « modèle » avec quelques leitmotivs creux comme la « souveraineté européenne » qui, dans un « en même temps » invraisemblable, est censée préserver la nôtre. C’est une forme de bigamie mais politique. On va essayer de « réindustrialiser », mais sans s’attaquer aux causes de la désindustrialisation. Donc l’effort sera vain. On va surtout devoir gérer l’effroyable trou qui se creuse dans nos finances publiques. 

Economie: faire le bonheur des Français d’abord

Macron II promet ainsi d’être la réécriture d’une mauvaise pièce dont l’acteur principal compte sur son talent oratoire pour nous faire applaudir un Feydeau vieilli, dont les coups de théâtres éculés ne nous font plus rire. La gauche proposera plus de « solidarité », le « partage du travail », plus d’immigrés et plus de communautarisme, le tout financé par une pression fiscale accrue sur les classes moyennes. Cette gauche se met, elle aussi, opportunément à prôner la réindustrialisation, alors qu’elle a trahi la classe ouvrière depuis 40 ans. Les écologistes attaquent de plus belle sur le thème de la transition écologique, en prétendant que c’est elle qui nous permettra de remettre le pays à flot. Nous vivons un épisode sanitaire qui a mis le monde à genoux et menace l’emploi, donc la survie au quotidien de millions des nôtres. Qu’à cela ne tienne : ce sont les émissions de carbone aux effets lointains qui les préoccupent au plus haut point ! Rappelons que sur la question migratoire et identitaire, ils sont alignés sur les positions de la gauche.

Après cette crise historique et phénoménale il est temps de se poser la question de la mission de ceux qui nous gouvernent. Assumons un choix simple : faire le bonheur des Français ou du moins créer les conditions de ce bonheur. Quelles sont-elles ? 

Tout d’abord, du boulot pour tous et payé au juste prix. Pour cela il faut de la croissance économique et une certaine tension sur le marché du travail favorable aux travailleurs grâce à l’arrêt de l’immigration et au renvoi des étrangers non-intégrés indésirables. Stratégie qui doit être assortie de la mise au ban du non-travail « choisi » financé par un RSA complaisant et un « black » non-sanctionné.  

A lire aussi: Agression de Zemmour: où est passé l’esprit #JesuisCharlie?

Il faut redresser la compétitivité de notre appareil productif industriel, agricole et tertiaire. Pour y arriver, il n’y a qu’une solution : la dévaluation. Cette dernière se décline en deux options : celle de la monnaie donc la sortie de l’euro ou celle des coûts par la baisse des prélèvements excessifs qui pèsent sur nos entreprises, mais assortie de conditionnalités qui faisaient fâcheusement défaut au CICE. Un protectionnisme ciblé sur les quelques prédateurs commerciaux comme la Chine doit compléter cette option.

La dévaluation monétaire est écartée. Longue et complexe par principe, elle nous précipiterait dans une longue et coûteuse période d’incertitude. La seconde nous obligera à faire des choix sociétaux, fiscaux et budgétaires clairs et assumés. Car non, décidément non, l’État ne peut pas tout et dans tous les domaines. Surtout s’il est accablé d’une dette monumentale, comme c’est notre cas. Il doit par contre pleinement assumer son rôle dans les autres conditions du bonheur collectif à savoir la sécurité, l’éducation, la santé, la solidarité pour les plus fragiles et l’égalité des territoires.

Nucléaire, je dis qu’on continue!

Ce dernier point, essentiel après la révolte des Gilets Jaunes, appelle à une vraie politique de « démétropolisation ». Car la concentration excessive de la richesse, de l’emploi et, par conséquence, de la population dans quelques métropoles, est une aberration socio-économique, démographique et écologique.  Il n’est évidemment pas question de coercition, mais de créer les conditions d’une bien meilleure attractivité pour la province.

La transition écologique est assurément capitale. Mais la réduction de l’empreinte carbone de la France, une des plus faibles d’Europe par tête d’habitant, ne peut pas absorber les ressources nécessaires au redressement productif qui conditionne la survie de notre modèle social. Priorité doit être donnée à la lutte contre la pollution automobile en milieu urbain facteur de pathologies graves, à l’éradication progressive de la chimie dans l’agriculture et la protection du bien-être animal. Mais c’est bien le renouvellement intégral et réindustrialisant de notre industrie nucléaire vieillissante mais productrice d’électricité décarbonée, ultra-sûre et indépendante, qui devra constituer le grand défi de notre génération.

Le gouvernement au service des charlatans


L’exécutif abuse de la vérité. Quand il se décide enfin à agir, il prend ses décisions chez des “experts” qui se contredisent, et leur fait porter la responsabilité de mauvais choix non assumés. La situation politique est beaucoup plus dégradée que ce que veut bien le concéder la plupart des journaux, journaux que la porte-parole du gouvernement cherche à dompter. Quand les Français seront autorisés à sortir de chez eux, ils demanderont des comptes. 


Le brouillard de la guerre étant ce qu’il est, il serait malvenu d’abuser des reproches à postériori envers celui qui décide dans l’urgence et dans l’incertitude. Encore faut-il que l’incertitude ne serve pas de paravent au déni manifeste du réel, à l’indécision, à l’inaction, à la lâcheté et à l’hypocrisie. 

Encore faut-il que le décideur assume.

En faisant du pouvoir non pas une responsabilité, mais une jubilation arrogante en même temps qu’un moyen de fuir ses responsabilités, notre gouvernement verse dans le mensonge systématique, bafoue l’idée même de politique, et décrédibilise la science. La crise du Covid-19 le met en lumière, par pure lâcheté il désarme notre pays face aux charlatans, aux gourous et aux fanatiques. 

Le ministère de la Vérité voulu par Sibeth Ndiaye

Crime contre la vérité, que ces tentatives répétées d’instaurer un « ministère de la vérité » orwellien, de la loi Avia aux déclarations surréalistes de Sibeth Ndiaye annonçant un site officiel « désinfox. » Ainsi les médias nous rapportent que le gouvernement affirme que les médias qui reprennent les éléments de langage du gouvernement sont considérés comme fiables par le gouvernement.

Belle désinfox que celle qui nous confirmera lundi que les masques sont utiles, mardi qu’ils ne servent à rien si on n’est pas malade (mais comment savoir si l’on est malade en l’absence de tests ? J’oubliais, Olivier Véran nous garantit que si nous en avions disposé dès le départ cela n’aurait rien changé), mercredi qu’ils sont réquisitionnés, jeudi que la grande distribution dispose de masques en stock mais bien sûr n’a pas fait de stocks pendant que les soignants, les pompiers, les forces de l’ordre et tant d’autres en manquaient, vendredi qu’ils sont obligatoires, samedi que la version du soir qui contredit celle du matin était en fait celle du matin et que ceux qui disent le contraire sont des menteurs, et dimanche que les questions gênantes sont le ferment de la division et que ce n’est pas le moment de les poser, mieux vaut attendre que tout le monde soit passé à autre chose.

A lire aussi: Le doux règne de Corona Ier

Incarnation grotesque de cette gouvernance à la fois risible et dangereuse, pitoyable et puérile, Sibeth Ndiaye. Caution clientéliste « progressiste » puisqu’elle est femme, « racisée », dotée d’un indéniable embonpoint et binationale ? Diversion, dont chaque intervention conduit, plutôt qu’à analyser la politique gouvernementale, à se demander sans fin : « mais ne le fait-elle pas exprès, Sibeth ? » La maintenir à son poste est pur mépris. Ce n’est pas elle – la pauvre ! -, le vrai visage du gouvernement. Non, le vrai visage de l’équipe d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe, c’est le ricanement méprisant qui consiste à l’avoir choisie et à dire chaque jour à la France : « Elle est ridicule, elle ment, et vous ne pouvez rien y faire : vous ne pouvez même pas nous obliger à admettre que nous vous prenons ouvertement pour des buses… »

Un chef ça décide

Crime contre la politique, que cette lâcheté, ce refus permanent d’assumer. « C’est pas moi, c’est les scientifiques ! » Non, mesdames et messieurs. Fut-il le plus grand des experts, un conseiller conseille, c’est le décideur qui décide. Un décideur qui ne fait qu’entériner les décisions de ses conseillers n’est pas un décideur, mais un prête-nom. Ce n’est pas un chef, c’est un pantin, un fantoche, un acteur de théâtre. Brigitte devrait décidément enseigner à son mari un nouveau rôle, celui du courage et de la décence. Qu’elle l’oblige à travailler Cyrano, « on n’abdique pas l’honneur d’être une cible », et qu’enfin notre chef de l’État fasse au moins semblant de se comporter en chef, et pas seulement pour nous faire des crises d’autoritarisme – je n’ai pas oublié le limogeage de De Villiers.

Crime contre la politique, rien de moins, car c’est toute l’espérance que porte le système démocratique qui est bafouée lorsque conjointement, le chef de l’État et le chef du gouvernement de l’une des dix premières puissances mondiales ne trouvent rien de mieux à dire que « c’est pas nous, c’est les experts, c’est eux qui décident. » Comment ne pas comprendre qu’une telle attitude ne peut que pousser le peuple dans la rue, et pas seulement pour se déconfiner ?

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

Crime contre la science, que de vouloir la rendre responsable des mensonges, des tergiversations et des décisions absurdes. On peut se lamenter des fake-news autant que l’on voudra, lorsque le gouvernement s’ingénie à décrédibiliser la démarche scientifique elle-même, il ne faut pas s’étonner si le complotisme, l’irrationalité et l’obscurantisme progressent. Après tout, si la science est ce machin qui dit en quelques jours une chose et son contraire comme s’il s’agissait de certitudes, autant boire de l’urine de chameau ou se faire exorciser du Covid-19 par un télévangéliste américain !

La science mise en défaut laisse la place aux escrocs

Bien sûr, les scientifiques peuvent se tromper, c’est même souvent comme ça qu’ils apprennent et qu’ils progressent. Mais la science n’est pas un corpus de certitudes, c’est une détermination inflexible à être ancré dans le réel et la logique. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir le déficit de culture scientifique de notre pays : pas le déficit de connaissances, mais de méthode. Certes, tout le monde ne peut pas être un spécialiste de Karl Popper et Thomas Kuhn, mais un minimum d’éducation à la méthode expérimentale et à l’art de la démonstration est indispensable. Il n’y a aujourd’hui que trop de pseudo-sciences, de ces grandes théories infalsifiables et donc invérifiables qui prétendent tout expliquer, trop d’arguments d’autorité, trop d’arrogance et en même temps trop de relativisme, drapé dans des diplômes obtenus par complaisance idéologique.

Bien sûr, la pandémie a mis en évidence des nids de vipères dans le monde des laboratoires et des publications scientifiques, des conflits d’intérêts, des querelles d’égo, des histoires de gros sous. Mais que le premier à prétendre qu’il est surpris revienne rapidement sur Terre ! Les scientifiques sont des hommes et des femmes dotés de tous les travers de notre espèce. Et alors ? Il n’en demeure pas moins que la démarche scientifique, la vraie, celle d’Euclide et de Galilée, est et reste le meilleur outil jamais conçu par l’humanité pour observer, analyser et comprendre le réel (avec l’art, qui suggère et donne à ressentir ce qui ne peut être décrit, mais c’est un autre sujet).

A lire aussi: A l’hôpital, la crainte du retour à la normale

Pour fuir ses responsabilités, le gouvernement tente donc de rejeter sur la science la responsabilité de ses manquements. Les escrocs et les gourous l’en remercient.

Fini de jouer

Finalement, ces trois écueils ne constituent qu’une monstrueuse et colossale faute contre la Nation. Tout faire pour dresser le peuple à s’habituer au mépris, à perdre foi en la politique, à se détourner de la méthode logique qui lui permettrait de penser par lui-même à partir de ce qu’il observe, c’est le désarmer un peu plus face à ses ennemis, qu’ils soient spécialistes du marketing commercial et électoral, ou prédicateurs religieux fanatiques.

La Macronie n’est qu’un théâtre. Une pantomime moqueuse, grandiloquente et incohérente, qui voudrait nous obliger à prendre son verbe pour la réalité, et le réel pour un simple décor de carton-pâte. Réel : le démantèlement des services publics, l’effondrement de l’école depuis des décennies, l’incurie face à la pandémie, la remise en liberté anticipée de milliers de délinquants par un caprice de Nicole Belloubet et les récidives que bien évidemment la garde des Sceaux refusera d’assumer, la passivité face aux attentats et à l’islam théocratique, l’impuissance choisie face à la crise des banlieues, les migrants qui ont tenté d’envahir la Grèce, la crise économique qui vient. Il est grand temps de voir que le roi est nu, que le maquillage des acteurs craquèle, que même s’ils répètent « nous sommes en guerre » leurs fusils en plastique n’en font pas des guerriers, et de laisser retomber le rideau sur cette triste mascarade.

Prisons: les quatre impostures de Madame Belloubet


Miracle du coronavirus: les prisons françaises ne sont plus saturées. La Chancellerie voudrait nous faire avaler que cette situation sans précédent est une bonne nouvelle! 


Difficile d’y échapper : depuis quelques jours une communication appuyée de la garde des Sceaux s’enorgueillit d’une « régulation » de la population carcérale en ce temps de crise sanitaire. Avec 61 100 détenus pour 61 109 places, le taux d’occupation moyen des prisons s’établit tout juste à un taux de 100%. Brandi comme un trophée, encore récemment dans un entretien au Monde le 30 avril, ce triomphalisme de la chancellerie ne peut manquer d’étonner les différents acteurs de la sécurité intérieure, et au-delà tous ceux qui sont attachés de manière légitime aux droits et libertés, dont personne n’a le monopole. Car la réalité est bien différente des communications de Madame Belloubet : la libération de plus de 10 000 détenus depuis l’entrée en état d’urgence sanitaire, est le résultat d’une quadruple imposture. 

Imposture du mot, qui est d’abord celle de la chose

Comme toujours la sémantique est une manière de manipuler la réalité. Parler de « régulation » pour évoquer la situation de la population carcérale (qui se trouve en prison, rappelons-le, par décision judiciaire), en exécution de peines définitives ou à titre préjudiciel dans le cadre d’informations judiciaires (détention provisoire avant jugement) revient à renoncer définitivement aux concepts du droit et de la procédure pénale fondée sur l’exécution et l’application de la peine. Une peine d’emprisonnement est en première intention exécutée par le parquet, avant le cas échéant d’être individualisée, « appliquée » par un juge de l’application des peines.

La régulation est un concept issu de ce qu’il est convenu d’appeler le « droit mou » (« soft law », un ensemble de règles non obligatoires et dont la « juridicité » est discutée) et de l’univers managérial, pourtant assez éloigné de la gauche étatiste dont Madame Belloubet est issue. Il s’agit d’un mode d’intervention consistant à privilégier un traitement souple de certains contentieux dans certains secteurs, économiques notamment.

A lire aussi, Loïk Le Floch-Prigent: Agression de Zemmour: où est passé l’esprit #JesuisCharlie?

On doit admettre que le marché ait besoin d’un droit et de procédures aussi souples que lui. Mais pour autant, peut-on admettre que l’exécution des peines de prison soit un marché, « régulé » par l’offre et la demande, et les capacités pénitentiaires ? Que les procureurs/prescripteurs, pire encore les présidents des cours d’assises et tribunaux correctionnels, les juges des libertés et de la détention aient l’œil rivé sur un tableau Excel dont les données l’emporteraient dans la décision sur les critères de gravité et d’atteinte à l’ordre public ou de lutte contre la récidive et de protection des victimes ? Renoncera-t-on demain à incarcérer un violeur ou un voleur de banque sous prétexte qu’un numérus clausus des places de prison risque d’être dépassé ? Que les magistrats deviennent des tenanciers d’hôtels en renonçant à leurs missions constitutionnelles ?

Qui a peur de parler d’exécution des peines ? La garde des Sceaux ? On attend avec impatience les instructions qu’elle voudra bien donner aux magistrats pour assurer leurs missions régulatrices à l’avenir… Avec à la clé, les éléments de langage à destination des services de police et des victimes. 

Imposture des missions

La communication du garde des Sceaux en période de confinement, comme précédemment d’ailleurs, a été réduite à cette seule question, celle de la population carcérale. Au prix d’un double déni : celui de sa mission principale qui est la lutte contre la criminalité et la délinquance, et celui de la protection des victimes. Sur ce point précis, Madame Belloubet n’aura pas dit un mot, ni diffusé la moindre circulaire de politique pénale qui aurait pu notamment appeler les procureurs à lutter particulièrement contre les violences aggravées sur les personnes dépositaires de l’autorité publique (policiers et gendarmes), les personnes vulnérables, les escroqueries aux services de première nécessité sur internet. Sans oublier les trafics de tous ordres qui se sont réadaptés en temps réel à la nouvelle donne dans le cadre de la criminalité en bande organisée (ubérisation des trafics, redéfinition des territoires, digitalisation du marché).

A lire aussi, Erwan Seznec: Le Covid accélère la vente en ligne de stupéfiants

Non, Madame la Garde des Sceaux, contrairement à ce que vos services laissent croire, la baisse de l’activité pénale n’est pas liée à la baisse de la délinquance. Quel déni ! La délinquance n’a pas disparu par l’effet du confinement. Malheureusement, seules les investigations ont été ralenties et les poursuites et condamnations au mieux différées par l’effet de la mise en œuvre des plans de continuation… Les services de police et de justice, parquet notamment, ne peuvent plus agir avec l’efficacité et la célérité qu’on leur connaît. On a confiné un thermomètre, mais on n’a pas fait disparaître la fièvre… La criminalité est toujours présente et active et ses acteurs vous ont bien entendue, Madame la Garde de Sceaux, claironner cette « régulation de la population carcérale ».  Et ils ont compris qu’ils avaient carte blanche. Vous avez été aidée et précédée par le ministre de l’Intérieur qui, évoquant des attaques contre des policiers dans les quartiers, avait parlé des « activités ludiques », des « petits groupes » – surtout pas des bandes ! – dont la dureté du confinement et la pauvreté seraient les principales responsables. Car au-delà des libérations sanitaires ou prétendues telles (qui a posé un diagnostic épidémiologique en détention ?), à qui fera-t-on croire que la détention, modèle de confinement chimiquement pur, serait un danger quand il est un bienfait pour les gens honnêtes ?). Qui n’a pas encore compris que les prisonniers qui se sont mutinés exerçaient un chantage (réussi) à leur libération et redoutaient que la fin des parloirs assèche l’approvisionnement des prisons en drogues et autres téléphones de contrebande ?

Imposture de l’ambition

Une Nation de 67 millions dont la structure démographique révèle tant de diversité et de fragilités doit pouvoir assumer la détention de 80 000 personnes, pour l’application de la loi par ses magistrats et la sécurité de ses citoyens et au regard de l’état de sa délinquance structurelle et permanente, aggravée par un contexte économique et social plus qu’instable. Renoncer à l’exécution des peines d’emprisonnement fermes est, comme en matière de masques de protection, une adaptation de la doctrine aux moyens. La prison serait donc aussi inadaptée à la lutte contre la délinquance que le port des masques était inutile contre le Covid-19 au temps où on en manquait ?

Mais qui n’a pas su se donner ces moyens si ce n’est une garde des Sceaux qui n’a pas défendu sa position – inscrite dans la loi de programmation ! – et a perdu, sans vraiment combattre, les arbitrages qui devaient conduire à la construction de 10 000 places nouvelles ? 

A lire aussi: Arrêtés contre les pesticides: les 150 m de la discorde

« Ces événements nous dépassent feignons d’en être les organisateurs ». Jamais cette phrase de Jean Cocteau n’a résonné aussi juste depuis qu’on a fait de la fatalité des effets réels et supposés du Covid en détention, une nécessité vertueuse. Et on le théorise en nous expliquant que le niveau actuel de la détention correspondrait à une politique pénale douce, issue des effets de la loi du 23 Mars 2019 et de son « bloc peines. » En réalité : une loi qui vient blanchir une amnistie déguisée…

Imposture du droit enfin

Depuis trop longtemps, la qualité de la loi laisse à désirer mais avec l’état d’urgence, nous avons atteint un seuil d’illisibilité, d’incohérence et d’insécurité juridique sans précédent. En effet, quand la garde des Sceaux, ministre du droit et des libertés publiques, qui plus est juriste de profession, n’est plus capable de produire un texte ou une ordonnance qui permette de savoir clairement à quelles conditions il est ou non possible de prolonger la détention provisoire de prévenus, toute l’institution judiciaire est en insécurité. Et avec elle les droits fondamentaux des personnes à commencer par ceux des justiciables méconnus. 

La cour de cassation pourrait très prochainement dire ce qu’elle pense d’une ordonnance bâclée, rédigée par un obscur chef de bureau livré à lui-même. Une ordonnance qui élude tout contrôle par un juge d’une atteinte – même légitime – à la liberté individuelle, à l’heure où des nouvelles technologies, de la visioconférence ouvrent des possibilités intéressantes.

Certes, nous n’ignorons pas que derrière le doux vocable de « dialogue des juges » se cache une compétition des cours suprêmes qui conduit chaque haute cour à se montrer mieux-disante en matière de libertés publiques ou à la recherche de son arrêt Canal. Nous savons également que face aux critiques adressées par certains avocats même et surtout minoritaires, grande est la tentation de poser un arrêt de remontrances comme jadis le Parlement de Paris au roi de France. Mais, il appartenait à la garde des Sceaux de veiller à ne pas donner d’occasions trop faciles de se voir donner une leçon de droit.

A lire aussi: L’inextricable lutte contre la délinquance itinérante en France

Face à tant d’impostures, tant de démissions, de lâchetés, de carences, un sursaut est nécessaire. L’autorité judiciaire est dans le respect des grands principes, le garant ultime des politiques publiques de sécurité. Le dernier maillon d’une chaîne, celui qui fait que cette chaîne rompt ou non. Force est de constater que la volonté politique qui inspire la politique pénale et qui fonde l’autorité sur les parquets fait cruellement défaut.

Cela doit être l’un des enjeux du plan de déconfinement et de l’après 11 Mai.

Le doux règne de Corona Ier

Jusqu’à la mort de Fidel, les Cubains se touchaient le menton en mimant une barbe et disaient « quien tu sabes » pour ne pas prononcer son nom. Dans son discours de « déconfinement », Edouard Philippe parle vingt-quatre fois du « virus » sans prononcer une seule fois le mot  « coronavirus ». Il est vrai que Corona est déjà une savoureuse bière. 

L’empire de la novlangue

En revanche, il a prononcé quatre fois « Covid-19 » et deux fois « StopCovid ». Le terme « Covid » a été choisi pour être « facile à prononcer », a confié un scientifique au nom imprononçable, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS. C’est une siglaison qui est née d’une longue réflexion. Surtout, le même scientifique a révélé que le mot a été pensé pour ne « stigmatiser personne ». Avec 25 000 morts dans le pays, voilà qui nous fait une belle jambe. Covid ou la sournoiserie de la novlangue dans toute sa splendeur. 

A lire aussi, Florian Philippot: La Révolution qui vient

Du pays du Soleil levant aux Amériques, l’empire de Corona Ier est désormais immense. Quelques bastions de résistance: les contrées d’Afrique et les Sarrasins. En France en revanche, jadis terre du vaillant Roland, il faut se résigner à des mois d’occupation, aime nous répéter notre Premier ministre. Son dernier discours à l’Assemblée Nationale a d’ailleurs globalement convaincu le peuple, bien que de têtus détracteurs rêvent de prendre le pouvoir: trémolos dans la voix, le tribun Jean-Luc Mélenchon a fustigé les « injonctions odieuses » de Macron Ier. Dans la truculente gazette Causeur, Florian Philippot, plaide lui une « révolution qui vient ». Rappelons quand même que le fils de hussards de la République qui se rêve en guide des Jacobins a enregistré le score historique de 0,65 % aux dernières élections européennes. Il y en a qui ne manquent pas d’air. 

Une intégration exemplaire

Une révolution? Mais Corona s’en est déjà chargé, camarade! Le pays est ruiné, les bistros et musées sont fermés, les amours volages sont maudits, les Français sont masqués, gantés et cloîtrés. Tel Winston dans 1984, nos cadres font des exercices de « culture physique » dans leur chambre avant de télé-travailler devant leur écran. Et ils semblent en plus aimer cela, se réjouit le « think thank progressiste » Terra Nova. Qui dit mieux? Dans Napoléon le Petit, Victor Hugo ne cesse de vilipender son ennemi juré par son nom. Il y raille notamment le saccage supposé de l’éducation. Pourtant, Napoléon III n’avait jamais fait fermer les écoles, lui. Voilà chose faite avec l’empereur Corona. Cela susciterait-il une levée de boucliers de la part des enseignants? Loin s’en faut. À part quelques insoumis, tel l’érudit Jean-Paul Brighelli, qui assure sur son blog que sa vie n’a pas la même saveur sans ses élèves, nous en voulons encore, nous préférons goûter aux délices de Blackboard Collaborate ou autres logiciels de cours à distance déshumanisants que nous confronter aux postillons des élèves. 

A lire ensuite, Cyril Bennasar: Vive la distance sociale

Comme tout peuple qui connaît une révolution, nous allons nous adapter. Bien que certains s’obstinent à se persuader du contraire, les populations s’éduquent, l’instinct de soumission est en chacun de nous. Objectivement, si on écarte les chambrées d’Africains entassés dans leur HLM, les étudiants en studettes, les esprits lubriques et les amoureux des bains de foule, la torpeur du monde confiné de l’empereur Corona n’est pas si désagréable. Espérons cependant, je pense que tout le monde en conviendra, que son règne durera moins longtemps que celui de Fidel. Pour cela, encore faudrait-il commencer par le nommer vraiment. Dire « le virus » n’a aucun sens, « virus chinois » en a bien plus. Vous avez dit stigmatisant? L’appellation « grippe espagnole » ne choque personne. Nous l’usons à l’envi depuis un siècle et n’avons pas vraiment été en guerre avec l’Espagne depuis la Guerre de trente ans! Mais admettons qu’il ne faille prendre le risque de froisser nos amis chinois. Pourquoi pas « virus couronne » dans ce cas? Franciser le nom de notre nouvel arrivant, voilà qui illustrerait sa formidable intégration parmi nous.

Napoléon le Petit - Texte intégral

Price: ---

0 used & new available from

Ce dimanche, j’attaque les vieilleries!


Ma passion secrète pour les romans estampillés « Vu à la télé » de mon enfance


Après un mois de confinement, le vernis craque. Faute de nouveautés, le critique littéraire a épuisé tous les grands auteurs qui rassurent l’égo et le lecteur. On peut maintenant passer aux choses sérieuses, naviguer à vue, explorer des terres marécageuses, s’intéresser enfin aux objets étranges et bizarres, chasser l’incongru. Des livres d’amateurs ou de mateurs, des couvertures qui dégueulent de couleurs, le témoignage d’une édition commerciale qui flirtait jadis avec la télé ou le cinéma sans honte, ni reproche. Le macaron « Vu à la télé » apposé sur un livre exerce sur moi la même attraction que la cocarde sur l’élu républicain. Il peut emprunter les voies de bus avec l’assurance de son intouchabilité et moi, assouvir cette passion « malsaine » pour des ouvrages d’apparence mineure sans craindre la moquerie générale.

Le choc des photos

La ringardise m’a toujours comblé l’esprit. Je préférerai toujours le baroque télévisuel aux certitudes universitaires. J’ai appris l’histoire de la littérature chez Kléber Haedens, c’est dire ma résistance aux forces bien-pensantes. Certains de mes confrères s’endorment dans des chambres tapissées de Pléiade en rêvant à l’Académie ou à un hypothétique Prix d’automne. Moi, je rêve de Véronique Jannot et de Nicole Berger. J’ai eu mon premier choc littéraire en achetant Pause-café de Georges Coulonges paru aux éditions Fayard en 1981. Ce n’est pas le texte qui, dans un premier temps, a suscité mon adhésion totale mais bien la photo de Joëlle Mazart. Je défie quiconque de ne pas succomber au charme révoltant de cette assistante sociale d’un lycée périphérique. Tout chez elle, n’est qu’harmonie banlieusarde, volupté ouvrière et mystère sensuel. Il y a bien sûr cette lèvre ourlée qui appelle les baisers, la profondeur du regard qui ne laisse aucun doute sur nos chances, cette fille-là, nous laissera sur le carreau, inerte et ravi, puis le carré déstructuré très classe moyenne mitterrandienne, méritocratie laborieuse, vous vous souvenez ce faux classicisme, cet entre-deux érotique hésitant entre la franche émancipation et la chaleur d’un foyer.

A lire aussi: Ces égéries féminines des salles obscures qui ont peuplé nos vies

Enfin, pour être honnête avec vous, ce qui a emporté mon acte d’achat, c’est le pull en mohair bleu électrique. Ah si toutes les employées de l’EDF pouvaient le porter à la façon de Véronique, j’aurais tenté une carrière d’électricien. Je serais monté sur les plus hauts pylônes de France bravant mon vertige. Combien de livres peuvent-ils vous mettre dans un état proche de l’Ohio avant même de les avoir ouverts ? On pousse alors la curiosité un peu plus loin, on lit sans trop s’y attacher la quatrième de couverture, on apprend que ce Georges Coulonges « a exercé bien des métiers avant de devenir homme de théâtre, de chanson, de télévision, auteur tout à la fois du Potemkine chanté par Jean Ferrat et du triomphal Zadig monté par Jean-Louis Barrault ». Mais, à ce stade-là, on n’est pas encore convaincu d’ouvrir le roman. Et l’on tombe sur cette phrase qui nous ferre : « Sous sa salopette, Joëlle porte un corsage en toile écrue. Brodé. Serré au cou. Aux poignets […] Sous le corsage ancien, on devine une poitrine neuve. Nue. Libre ». 

Le logo mythique d’Antenne 2 sur la couverture

Quel plus beau sésame en littérature que le mot « corsage » ! J’ai eu la même émotion en dénichant le roman Cécilia, médecin de compagne de Gérard Sire sorti aux éditions Gautier Languereau en 1966, la même année que la diffusion des treize épisodes de ce feuilleton télévisé sur la première chaîne de l’ORTF. Qui n’a pas vu l’actrice Nicole Berger (morte en 1967, un an après, d’un accident de voiture) débarquer dans le bourg de Tourlezane au volant de sa 4L découvrable, ne sait rien des blondeurs assassines, des jeunes femmes rieuses et décidées des années 1960. Parfois, c’est un logo qui m’attire, celui d’Antenne 2 (le A et le 2 entremêlés), l’originel aussi mémorable que la pièce de 10 francs, tous deux l’œuvre du peintre Georges Mathieu. Ce logo trônait sur la couverture de Papa poule de Daniel Goldenberg chez JC Lattès en 1980. Gamin, j’aimais suivre les aventures de cette famille un peu particulière, cette tribu se déplaçait dans une Estafette bariolée. « Bernard Chalette avait quarante ans légers, du charme et pas mal de cheveux blancs dans sa tignasse à la Harpo Marx », voilà comme était décrit dès la première page, ce père de famille. 

C’est toujours avec émotion que j’associe la couverture de ce livre et l’acteur Sady Rebbot (1935-1994) qui enchantait mes samedis après-midi d’enfant unique. Un autre jour, je vous parlerai de la première enquête de la Commissaire Tanquerel parue sous le titre Le Frelon signée par le duo Jean-Paul Rouland & Claude Olivier chez Denoël en 1977 et qui prit le nom de « Tendre Poulet » au cinéma sous la caméra de Philippe de Broca.

Pause-café, pause-tendresse

Price: ---

0 used & new available from

Cecilia - médecin de campagne

Price: ---

0 used & new available from

PAPA POULE

Price: ---

0 used & new available from

Le Frelon (Sueurs froides)

Price: ---

0 used & new available from

Heureux les misanthropes!

 


Pour une minorité d’introvertis, la claustration imposée par le confinement n’a rien d’oppressant. Quasi-autistes, misanthropes et hypocondriaques se réjouissent du présent pandémique qui consacre leurs instincts prophylactiques.


À peu de choses près – par exemple, si je n’étais pas empêchée d’aller promener mon humain et mes chiens dans ma forêt préférée située à plus d’un kilomètre de mon domicile –, le présent pandémique n’est pas loin de m’être paradisiaque. Autiste fonctionnelle biberonnée à la littérature concentrationnaire, me voici enfin adaptée au monde contemporain. Ou plutôt c’est lui qui s’est adapté à moi, tout un chacun étant sommé d’appliquer un mode d’existence qui est par défaut le mien : la distanciation sociale. En ces temps tragiques, l’occasion de se réjouir se fait rare, alors que les introvertis et autres névrosés du contact ne boudent pas leur plaisir.

Gare au stress post-traumatique

Évidemment, notre espèce ayant réussi à coloniser la planète comme personne parce qu’elle est un ramassis de primates adorant se tenir chaud et se taper dessus (les deux entretenant une relation symbiotique), la chose est loin d’être facile pour tout le monde. Dans une synthèse sur les effets psychologiques des quarantaines publiée dans The Lancet fin février, l’équipe de Samantha K. Brooks, du King’s College de Londres, fait du confinement le premier facteur des troubles de stress aigu observés chez des soignants taïwanais après l’épidémie de SRAS de 2003. Et cela alors que leur isolement n’avait duré que neuf jours. Selon ces mêmes données, le personnel hospitalier mis en quarantaine était nettement plus susceptible de souffrir d’épuisement, d’angoisse face à des patients fébriles, d’irritabilité, d’insomnies et de problèmes de concentration. Durant cette même épidémie, mais en Chine, le fait d’avoir été mis en quarantaine annonçait la survenue d’un syndrome de stress post-traumatique trois ans plus tard. En 2007, lors d’une flambée de grippe équine en Australie, 34 % des propriétaires de chevaux contraints au confinement évoquaient leur détresse psychologique, contre seulement 12 % dans la population générale. Aux États-Unis et au Canada, lors des pandémies de SRAS et de H1N1 de 2003 et 2009, le risque de développer un stress post-traumatique était plus de quatre fois supérieur pour les familles confinées. De même, dans un échantillon de 549 soignants chinois, dont 104 avaient été mis en quarantaine durant l’épidémie de SRAS pour avoir été en contact avec des malades, 9 % se plaignaient d’une dépression sévère. Parmi les plus gravement dépressifs, 60 % avaient été confinés – contre 15 % dans le groupe rapportant les symptômes les plus légers.

A lire aussi, du même auteur: Confinement, discipline et bonnes manières

L’un dans l’autre, la détresse psychologique générée par l’isolement sanitaire est aussi courante que patente, avec des séquelles comportementales à moyen et long terme. Chez des Canadiens isolés lors de l’épidémie de SRAS, 54 % allaient par la suite éviter les tousseurs et les éternueurs, 26 % les rassemblements et les lieux fermés bondés et 21 % tous les espaces publics – et ce plusieurs semaines après la fin de leur confinement. Pour certains, les modifications comportementales (lavage fréquent des mains et évitement des foules) perdureront sur plusieurs mois. Le portrait-robot des plus à risque ? Les femmes de 16 à 24 ans n’ayant pas fait beaucoup d’études et mères d’un enfant – ne pas être parent ou l’avoir été trois fois ou plus sont à l’inverse des facteurs protecteurs.

Ludovic Marin / AFP
Ludovic Marin / AFP

Les troubles hypocondriaques s’atténuent pendant les crises

Reste qu’une minorité de gens se sentent au contraire mieux pendant une crise sanitaire. Et la proportion est loin d’être infime. Selon Brooks et ses collègues, l’expérience se traduit par de la joie et du soulagement pour environ 5 % des confinés. Les hypocondriaques semblent ainsi gagner en sérénité avec la pandémie de Covid-19. L’un d’eux témoigne dans une enquête de Valentine Arama, publiée dans Le Point le 28 mars : « Le coronavirus, c’est quelque chose que je peux cibler. […] Je n’ai pas l’impression d’être seul dans la psychose, toute la société est sensibilisée, c’est presque rassurant. » Une autre est dans le même état : « Je suis habituée à l’idée de tomber malade et d’en mourir. Ce qui est nouveau avec cette épidémie, c’est que tous les gens ressentent ce que je vis au quotidien, le monde entier devient hypocondriaque ! » Michèle Declerck, psychologue clinicienne spécialiste de cette pathologie mentale, confirme la tendance : « L’hypocondriaque, c’est quelqu’un qui a peur des maladies rares, mal diagnostiquées et qui le poursuivent, lui, de manière systématique. » Parmi ses patients, elle observe des individus qui ne sont « pas tellement perturbés, parce que cette maladie fait partie d’un ensemble beaucoup plus vaste, qui n’appartient pas qu’à eux. » Pourquoi ? Notamment parce que les hypocondriaques sont avant tout… des égocentriques. « À partir du moment où le mal est banalisé, ils sont moins anxieux. Ces personnes sont généralement inquiètes d’attraper des maladies que personne ne peut avoir et d’avoir des symptômes qui sont complètement étranges… S’ils sont atteints de symptômes qui concernent une maladie beaucoup plus globale, c’est beaucoup moins intéressant pour eux. »

A lire aussi, Stéphane Germain: Le séisme de 2020 tourne la page de la mondialisation heureuse

On retrouve ici l’un des principes de base de la psychiatrie darwinienne : les maladies mentales ne sont pas des pathologies absolues, elles le sont de manière contextuelle. Si la sélection naturelle ne les a pas éliminées, et les a même fait perdurer dans des proportions conséquentes au sein des populations, c’est parce que leurs symptômes peuvent être utiles dans certaines situations. L’hypocondrie est certes un extrême du spectre, mais il n’est pas difficile de saisir que l’hypervigilance caractérisant la plupart des troubles anxio-dépressifs a eu son utilité dans les environnements précaires qui ont constitué près de 99 % de l’histoire évolutive de notre espèce. Revisitant le pari de Pascal, Randolph Nesse, professeur de psychologie et de psychiatrie désormais directeur du centre de médecine évolutionnaire de l’université d’État de l’Arizona, explique le phénomène par son « principe du détecteur de fumée », fondé sur la théorie de la détection du signal utile aux ingénieurs électriciens pour trier entre le bon grain des informations véritables et l’ivraie du bruit sur les lignes téléphoniques. Une bonne décision, détaille Nesse dans Good Reasons for Bad Feelings, dépend du « rapport signal/bruit, du coût d’une fausse alarme et des coûts et avantages d’une alarme lorsque le danger est réel. Dans une ville où le vol de voiture est fréquent, installer un système d’alarme sensible sur la sienne en vaut la peine malgré les déclenchements intempestifs, mais dans une zone plus sûre, c’est une nuisance. » Cette théorie s’applique à notre appareillage cognitif et comportemental : « Le trouble panique est causé par de fausses alarmes dans le système d’intervention d’urgence, mis au point pour permettre une évacuation rapide en cas de danger de mort. Vous avez soif dans la savane africaine ancestrale et un point d’eau se trouve à quelques mètres. Vous entendez un bruit dans les hautes herbes. C’est peut-être un lion ou un singe. Vous faut-il fuir ? Prendre la bonne décision dépend des coûts. Supposons que fuir en panique vous coûte 100 calories. Ne pas bouger ne coûte rien, si ce n’est qu’un singe, mais si le bruit vient d’un lion, le coût est de 100 000 calories – à peu près l’énergie que le lion obtiendra en vous mettant dans son assiette ! » D’un point de vue clinique, ce principe permet aussi d’expliquer pourquoi certains troubles de l’hypervigilance s’atténuent pendant les crises : parce que cette aptitude, façonnée au long des nombreux millénaires où un humain lambda avait effectivement un sacré risque de se faire bouffer par un lion, ne tourne plus à vide. Les dépressions sont ainsi bien plus courantes dans les pays riches que dans les pays pauvres. La fréquence des suicides chute pendant les guerres. Et les angoissés le sont largement moins durant les épidémies.

Photo: Stéphane Edelson
Photo: Stéphane Edelson

Jusqu’ici tout va bien

Suivant une même logique, certains tempéraments avantageux quand les temps sont à la prospérité et à la bonne santé peuvent devenir désastreux en période d’émergence d’une maladie aussi contagieuse que le Covid-19. À l’heure actuelle, la balance coûts/bénéfices de l’extraversion et du grégarisme est ainsi radicalement réévaluée, comme elle l’a périodiquement été au cours de l’histoire de notre espèce et de celles qui l’ont précédée. Expérimentalement, la chose est attestée par le fait que les individus facilement dégoûtés – le dégoût est un instrument de notre système immunitaire comportemental qui nous protège des pathogènes avant qu’ils ne pénètrent notre organisme en nous incitant à les éviter – ont aussi des niveaux d’extraversion chroniquement très bas. Idem quand la vigilance des individus aux risques infectieux est artificiellement stimulée – que ce soit par le truchement des médias pendant une pandémie ou dans les laboratoires de chercheurs en psychologie expérimentale. Dans ce genre de situation, leurs envies d’interactions sociales diminuent et leurs réflexes d’évitement augmentent. Plus généralement, on peut voir que l’évolution nous a tous dotés, à des degrés divers, d’un arsenal prophylactique instinctif qui fait que le dégoût et la peur, moteurs d’évitement parmi les plus puissants, se déclenchent le plus facilement lorsque nous sommes confrontés à trois grandes catégories de menaces : sexuelles (maladies sexuellement transmissibles), alimentaires (infection et toxicité par ingestion) et allogènes (la xénophobie traduit, à la base, un réflexe de protection contre des pathogènes auxquels son groupe risque de ne pas être immunisé).

Après quelques jours passés, comme tout le monde, collée aux informations relatives à la pandémie, mon rythme cardiaque n’a jamais été aussi bas, mon sommeil autant réparateur et mon optimisme aussi vigoureux. J’en viens même à rêver, tiens, qu’une fois les boues du Covid-19 éclaircies, il soit possible d’envisager un monde qui aurait moins l’air d’une monoculture pour grégaires et extravertis.

La haine par le crachat


Claude Askolovitch de France inter ne parvient ni à avoir de l’empathie pour Eric Zemmour, ni à vraiment condamner son agresseur. Il les renvoie dos à dos. Et s’il est contre toutes les violences, quand celles-ci visent son confrère de droite, il s’empresse d’ajouter un « mais »… Pourtant, se faire cracher dessus n’est pas anodin, en particulier par temps de pandémie virale.


« Fils de pute », « nique ta mère » et crachats, encore une fois, la haine antizemmourienne a frappé. Vendredi matin, dans les rues désertes du Paris fantomatique du confinement, l’éditorialiste du Figaro et de Cnews a été violemment insulté. Puis, on lui aurait craché dessus. Dans la vidéo filmée par son agresseur, on voit Eric Zemmour, sous la pluie, trempé, portant à bout de bras ses sacs de courses, et filant le plus vite possible sur les pavés mouillés, pour échapper à ce torrent d’injures. Son agresseur, qui se fait appeler sur les réseaux « Haram la gratuité », s’est empressé de diffuser la vidéo sur Snapchat où on le voit se féliciter d’avoir expectoré un gros « mollard » sur le journaliste.

D’aucuns trouvent des circonstances atténuantes au cracheur

Ce lynchage par injures et crachat sur l’homme que tant de gens adorent haïr a déclenché moult réactions chez les pro et les anti Zemmour. 

« Zemmour est détestable tout autant que celui qui le brime. Ils ne se justifient pas, ils se complètent, se ressemblent, ils sont la même inhumanité et deux incultures » Claude Askolovitch

Parmi ces derniers, celle du journaliste de France inter Claude Askolovitch est assez sidérante. Dans un inédit art de la pirouette, où Zemmour comme le délinquant sont assimilés à un même « fascisme », le drôle nous explique que « l’homme qui crache sur Zemmour n’est qu’un autre Zemmour ». Autrement dit, retour à l’envoyeur. L’éditorialiste qui crache son venin de facho-homophobe-islamophobe-raciste-et-sexiste sur les plateaux de télé se serait tout simplement vu rendre la monnaie de sa pièce. La fable du crapeau et de la blanche colombe, à France inter, on y croit. 

Askolovitch justifie ainsi sournoisement l’agression, en mettant sur un plan d’égalité ce qu’il pense être le crachat verbal de Zemmour avec le crachat physique de son agresseur. « Ils ont une même barbarie » clame-t-il dès le début de son article. “Je ne peux feindre la moindre sympathie pour Éric Zemmour. On ne plaint pas le fascisme” s’enthousiasme-t-il un peu plus loin. Extraordinaire !

A lire aussi: Agression de Zemmour: où est passé l’esprit #JesuisCharlie?

Rappelons que le mot barbare signifie étranger : ceux qui ne parlent pas la même langue. Zemmour et son agresseur ne parlent en effet pas la même langue. Dans sa vidéo justificative, son agresseur expliquait devant sa communauté « d’islamo racailles » (c’est le terme qu’il emploie) que l’agression verbale est la seule chose à faire face à Eric Zemmour. « C’est impossible de parler avec lui, il est super fort (…) à part insulter sa mère vous voulez faire quoi ? » plaidait l’imbécile devant son tribunal virtuel. Quel aveu d’impuissance intellectuelle !

Et en effet, selon l’éditorialiste france-intérien, Zemmour “écrase[rait] de ses mots, de son œil noir et de sa diction sèche” les autres. Ainsi, pour le camp des bienpensants, la violence verbale et le crachat trouveraient tous deux leur explication non pas uniquement dans le fait que le journaliste est un salaud (ça, cela nous est seriné à longueur d’antenne), mais aussi parce qu’il manierait trop bien l’art oratoire. Face à celui qui excelle à manier les mots, la seule réplique serait donc l’avalanche de gros mots ? Le flot d’injures odieuses et humiliantes serait l’ultime recours pour combattre Eric Zemmour ?

Le crachat, nouvelle arme de haine 

Que ce soit dans le billet d’humeur curieux de Claude Askolovitch ou dans le crachat de l’agresseur, c’est en tout cas l’expression d’un profond mépris envers l’intellectuel préféré de la droite. 

On se souvient de l’expulsion d’Alain Finkielkraut par les gauchistes sectaires de la pseudo agora démocratique de Nuit debout, Place de la République. Injures et crachats étaient également au rendez-vous. Mais aujourd’hui, le crachat n’a plus la même portée. Car cette expulsion de salive n’exprime plus seulement le rejet violent ou le simple mépris… Le crachat est devenu, avec le contexte actuel de l’épidémie de coronavirus, une nouvelle arme létale. On ne crache pas seulement pour mépriser ou faire taire autrui, on crache pour diffuser la panique du risque infectieux et donc potentiellement pour faire mourir. L’auteur du crachat peut être porteur du Covid-19, asymptomatique ou pas.  

A lire aussi: Quand le drame du Covid se précise: le Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu (SDRA)

En témoigne ce qui se passe lors des interpellations des forces de l’ordre. Le crachat est devenu une nouvelle arme anti-flic. En plus d’être pris pour cibles de jets de verre, de pierres et autres projectiles sympathiques, la police se fait régulièrement cracher dessus lors des contrôles d’attestations qui dégénèrent. Certains trouvent évidemment des circonstances atténuantes à de telles exactions : comportement inapproprié « bien connu » des forces de l’ordre, jeunes pour lesquels le confinement serait dur à vivre et autres habituelles billevesées répétées inlassablement à gauche.

Dès le premier jour du confinement, le 17 mars dernier, une femme avait toussé violemment au visage des policiers qui l’avait interpellée, et elle leur avait lancé « laissez-moi j’ai le coronavirus, vous l’aurez aussi ! » Quelques jours après, le 21 mars, c’est un homme, pris en flagrant délit de vol de masques chirurgicaux à la faculté de pharmacie de Montpellier, qui était condamné à 8 mois prison ferme après avoir craché sur des policiers. 

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Deux policiers suspendus pour propos racistes, deux autres attaqués

Dans l’Evangile de Jean, Jésus utilise sa salive, en plus de la boue, pour rendre la vue à un aveugle. Aujourd’hui la salive n’est plus miraculeuse mais haineuse. Et de la même façon que la salive éclaire sur la vérité du Christ guérisseur, le crachat au temps du corona révèle aussi sa vérité… une vérité sociale que certains éditorialistes s’obstinent à refuser de regarder en face.  Le crachat de 2020 nous tend le miroir où se reflète l’état de notre société archipelisée. Il dévoile les fractures d’un pseudo vivre-ensemble, peut-être loué sur les ondes de France inter, mais en vérité infecté par une haine grandissante ! Cracher, tousser, postillonner pour contaminer et tuer manifeste au grand jour la volonté d’une sécession bien réelle de ces « islamo-racailles » et de toute une société éclatée, peu sourcilleuse sur le respect de l’ordre républicain, trouvant des excuses chez ses alliés réfractaires à la pluralité d’idées.

« L’haleine des hommes est mortelle pour ses semblables ». Cette phrase écrite par Rousseau dans l’Origine des inégalités entre les hommes résonne, aujourd’hui, comme une sentence tristement d’actualité.

Destin français

Price: ---

0 used & new available from

Le quotidien d’un insecte

0

Des nouvelles de Driss Ghali, confiné au Maroc. L’isolement imposé permet un retour salutaire à soi


Chercher de la nourriture et acheter des masques, voilà ma routine quotidienne au Maroc depuis la mise en place du confinement. Telle une abeille, je ne quitte plus le parterre de fleurs qui m’a été assigné et qui se résume à mon quartier. Mon monde s’est rétréci alors que mon corps s’est arrondi : l’être humain s’efface peu à peu devant l’insecte. Miracle du confinement. À la longue, je crains de voir pousser des ailerons sur mon dos.

Comme tout le monde, je suis amoindri et apeuré. Personne ne me demande mon avis sur quoi que ce soit. Les regards sont tournés vers l’État tout-puissant, il est tout tandis que moi je ne suis rien. 

Tous confinés

Les premiers jours, j’ai essayé de fuir la nouvelle réalité en regardant la télévision française, disponible ici via satellite. J’ai vite déchanté tant la mine satisfaite de certains « grands experts » m’a dégouté de la science et du savoir. J’ai eu l’impression d’entendre des apiculteurs ravis de confiner leurs abeilles aux strictes limites d’une exploitation imaginaire. À les entendre, le confinement devrait être prolongé jusqu’au cœur de l’été c’est-à-dire à l’infini. Au diable l’économie et la société ! Selon ces esprits brillants, une abeille n’a guère besoin de se préoccuper des équilibres du monde, des droits de l’homme ou de l’avenir économique. Qu’elle exerce sa vocation d’abeille en s’occupant de la ruche et en visitant les quelques fleurs du voisinage, un point c’est tout ! Et si le pollen se fait rare, eh bien elle n’a qu’à disparaître dans le silence et l’anonymat… pourvu qu’elle n’attrape pas le coronavirus. J’enrage.

Pour me consoler, je me dis que je ne suis pas le seul dans ce cas. La moitié de l’Humanité est confinée paraît-il. Et alors ? À quoi ça m’avance ? Nous sommes donc trois milliards et demi d’assignés à résidence qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés à égalité les uns avec les autres. Il n’y a plus de riches ni de pauvres, d’universitaires ou d’illettrés, de forts ou de faibles.  Il n’y a plus de que des ignorants abrutis par les experts.  Les yeux bandés, ils ne voient pas au-delà des prochaines 24 ou 48 heures.

Comme le souvenir de l’ancien monde est encore vif, nombreux sont ceux qui veulent remonter le temps. Ils paieraient cher pour ressentir, ne serait-ce qu’un court instant, l’émotion grisante de participer de l’Humanité. Plusieurs entament ainsi la lecture des grands classiques de la littérature française, d’autres visitent « virtuellement » les plus beaux musées d’Europe et une minorité non-négligeable tente d’échapper au statut d’insecte en goutant la joie enivrante de l’inégalité. Aplatie par la politique de confinement, cette minorité de nouveaux insectes aspire à recréer un monde hiérarchisé où chacun est à sa place. Ses membres cultivent la nostalgie de l’ancienne société (celle d’avant le coronavirus) où les hommes étaient répartis selon des critères plus ou moins absurdes. Une société heureuse où le sport national était de se distinguer de son voisin, à n’importe quel prix. Un exercice devenu impossible car le confinement a remis tous les compteurs à zéro.

Les esprits s’échauffent

Hier, j’ai fait la triste expérience de cette soif de distinction qui anime certains de mes contemporains confinés. Ça s’est passé dans un supermarché, j’étais venu acheter du lait et du fromage; arrivé en caisse, un client, embusqué derrière un monticule de détergents en promotion, sortit de sa cachette pour m’exhorter à respecter la file d’attente imaginaire dont il venait de décréter l’existence, le tracé et le règlement intérieur.  À l’invective, j’ai répondu par le défi et les deux insectes ont failli se dévorer.

On nous a séparé à temps. Autrement, lui et moi aurions atterri au commissariat pour faire une autre expérience du confinement.

Aujourd’hui, avec le recul, je comprends l’acte de cet homme. Au fond, il est comme moi, il étouffe sous le poids de l’égalité. D’accord pour perdre les libertés mais pas pour se diluer dans la masse informe. En m’agressant, il voulait me remettre momentanément à ma place pour qu’il retrouve la sienne. 

Cela dit, ma nouvelle condition a quand même quelques avantages. Je peux désormais prendre le temps de butiner de fleur en fleur dans la plus grande des quiétudes et sous le doux soleil du Maroc. Grâce au confinement, je recommence à me déplacer à pied, toujours à la bonne hauteur pour admirer la beauté à ma portée. Je retrouve ainsi les sensations de mon enfance : l’odeur poussiéreuse mais tellement rassurante qui flotte au-dessus des champs d’orangers, légitimes maîtres des lieux avant l’arrivée de la ville ; la quiétude délicate et spontanée des lauriers roses et les pins parasols, paysage romain qui résiste au passage du temps. Que d’impressions agréables et familières. Elles ont toujours été là, proches et amicales, mais je n’étais pas disponible car je devais m’occuper de « choses sérieuses ». 

À chaque sortie désormais, je dévisage longuement les chers arbres de mon enfance dans l’attente d’un signe. J’aurais tellement aimé qu’ils me parlent pour me raconter la seule chose qui m’intéresse vraiment : se souviennent-ils d’un petit garçon, tout beau tout gentil, qui avait l’habitude de passer par ici il y a trente ans ? Se souviennent-ils de son sourire heureux lorsqu’il revenait de l’école ou quand son père l’envoyait « en mission commandée » à l’épicerie chercher du Schweppes et des cacahuètes pour l’apéro ?

Les odeurs de l’enfance

L’épicerie est toujours debout et prospère. Elle n’a rien de spécial, elle est même franchement miteuse mais elle fait partie d’un univers mental que j’embrasse comme un tout indivisible. Je le transporte avec moi où que je sois, en France, au Brésil ou en Colombie. Je ne renoncerai jamais à cet enfant qui s’émerveillait de tout et auquel on avait appris à observer la nature avec soin. À l’école, j’apprenais les mathématiques, la langue arabe et le Français. À la maison, on m’enseignait la sensibilité en m’invitant à lever la tête vers le ciel pour admirer le feuillage des platanes.

Ah les platanes ! Eux aussi s’ils pouvaient parler auraient tellement de choses à me dire. Pour commencer, où sont passés mes amis d’enfance? 

Est-ce que les enfants d’aujourd’hui partent en mission exploratoire munis de jumelles et de talkies walkies ? Les nôtres étaient des petits postes CB en plastique gris et orange, que nos parents amenaient en contrebande depuis Tétouan. Nous les utilisions pour organiser l’exploration des parcelles aux alentours, un exercice périlleux car des sangliers s’aventuraient encore dans les parages à cette époque.

Qu’est devenue la maison beige dont l’approche m’était rigoureusement prohibée ? Gamin, on m’avait convaincu que le gouvernement y enfermait les femmes souffrant de troubles mentaux.  Le lieu était effectivement sinistre avec son immense parc planté de figuiers au feuillage sombre, soldats végétaux à la mine inquiétante. La nuit, j’imaginais avec horreur des hystériques se faire électrocuter et des jeunes filles répudiées par leur famille s’arracher les cheveux en criant des insanités.

Un temps pour soi

Alors, à défaut de parler aux platanes, je partage mes états d’âmes avec un gardien. Un vieux noir de Zagora qui a quitté son désert chéri il y a dix ans pour voir la mer. Au début, il m’a pris pour un rodeur ou un inspecteur des services municipaux, il faut croire que personne ne lève plus les yeux vers le ciel en admiration. Désormais, il me fait confiance et accepte de me parler de son oasis et de ses palmiers-dattiers. Et moi, je lui livre la chronique végétale du quartier. Nous parlons la même langue, celle de la sensibilité. Nous n’avons peut-être pas les mêmes mots pour décrire fleurs, arbres et arbustes mais les voyons tous les deux comme des personnes, en chair et en os. Des membres de la famille. 

La compagnie de ce vieux gardien m’est plus agréable que celle du client du supermarché qui voulait me casser la gueule. L’un cultive la sensibilité, l’autre l’inégalité. Je suis l’un et l’autre. Un être sensible et un petit bourgeois attaché à son identité sociale. Un garçon doux et un adulte amer. 

Bon, une chose est sûre, ce confinement m’aura au moins permis d’ouvrir les yeux sur moi-même afin d’entendre des voix trop longtemps étouffées. La lucidité consiste à écouter sa symphonie intime malgré ses dissonances et ses fausses notes embarrassantes.

Je commence à prendre goût à cette nouvelle vie d’abeille.

Transition énergétique: le trublion Moore s’attaque à l’escroquerie du siècle

0
Michael Moore en 2008 en France © LORENVU/NIKO/NIVIERE/SIPA Numéro de reportage: 00560416_000012

Le documentariste star de la gauche radicale rejoindrait-il le camp des adversaires de l’éolien ?


La plus formidable escroquerie scientifique et intellectuelle du 21e siècle. Et le plus grand gâchis d’argent public de tous les temps !

C’est ainsi, sans exagération aucune, que l’on peut qualifier les « énergies renouvelables », les fameuses EnR (éolien, solaire, biomasse) que les écologistes nous vendent comme la solution miracle depuis le début des années 2000. Les scientifiques sérieux et les spécialistes de l’énergie le savent depuis longtemps, et crient dans le vide, études et statistiques à l’appui : ces technologies ne sont pas vertes mais polluantes, et ne sont pas en mesure de produire autre chose que de l’énergie de complément, à petite échelle et dans des zones favorablement exposées. 

De l’argent jeté par les fenêtres

N’en déplaise aux lobbyistes et aux as de la com des EnR, le nucléaire et l’hydroélectrique demeurent à ce jour les seules solutions de masse dont nous disposons pour répondre à nos besoins en énergie, sans risques, et sans émission de CO2. Et aucune technologie dite « de rupture » ne  remplacera les ressources naturelles, gaz et pétrole, avant des décennies. Affirmer le contraire relève du négationnisme scientifique pur et simple. Mais les écologistes – dont les plus illuminés rejettent vaccins, avions, économie mondialisée, voir les libertés individuelles – n’ont jamais été avares de doctrines délirantes. Et les hommes d’affaires n’ont jamais tourné le dos à l’argent facile, même aux dépens de l’environnement. 

A lire aussi, Philippe Murer: Fermeture de 14 réacteurs: un gâchis financier, humain et climatique

En dépit de l’échec total de l’éolien (qui ne produit presque rien, de manière intermittente, et massacre les paysages), du solaire (idem) et des usines de « biomasse » (un mot chic pour dire « usine ultra-polluante qui produit peu d’énergie en brûlant des arbres et de l’énergie fossile »), la doctrine de la « transition énergétique » chère à Greta Thunberg est plus à la mode que jamais. Jugez plutôt : sous la pression électorale des verts, l’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires, et a dépensé à elle seule 500 milliards € en éoliennes et panneaux solaires… 

Résultat ? Un bide monstrueux qui l’a poussé à rouvrir ses centrales a charbon, et comble du ridicule à acheter de l’énergie nucléaire à la France. L’Allemagne, modèle d’EELV, produit ainsi 10 fois plus de CO2 par kilowattheure que l’hexagone ! Dans le monde, on estime que 3000 milliards d’euros ont été investis dans les « énergies vertes » depuis le fameux film effondriste d’Al Gore sur le réchauffement climatique. 3000 milliards littéralement jetés par la fenêtre, qui auraient pu servir par exemple à augmenter les salaires, à construire des écoles, à financer la recherche, le système de santé, etc… 

Le seul lobbying qui est bien vu

Les écologistes, et les industriels de l’énergie attirés par la formidable manne financière des EnR, ont conjugué leurs efforts pour convaincre l’opinion publique et les politiques du potentiel des « énergies vertes ». Ce lobbying a fonctionné au-delà de toutes leurs espérances. On connaît le discours concerné en vogue, repeint en vert, qui fait partie des éléments de langage de chaque politique en campagne. Pas un auteur de discours politique dans ce pays — ce fut mon métier — ne peut écrire autre chose que du bien de la « transition énergétique », de Greta, et se garde bien d’évoquer le nucléaire, si ce n’est pour promettre de démanteler cette vilaine filière industrielle aux 220 000 emplois hautement qualifiés, pourtant garante de notre indépendance énergétique, et dont l’excellence est reconnue à l’échelle planétaire. 

Convaincu par la question écologique, père de famille, amoureux de la nature, soucieux de préserver la planète et sa faune (oui, c’est possible sans militer chez EELV), je n’ai jamais compris, comme tant d’autres observateurs de la vie publique autour de moi, notre incapacité collective à mettre un terme à la formidable escroquerie des EnR. Sans oublier la scandaleuse gabegie financière qui l’accompagne, qui a engraissé les multinationales de l’énergie, et les hommes d’affaires comme Al Gore. La raison semble aux abonnés absents : il y a une semaine, dans l’indifférence générale, notre catastrophique Ministre Elisabeth Borne annonçait dans l’indifférence générale la fermeture de 14 de nos réacteurs nucléaires. L’objectif : suivre l’Allemagne sur la voie de l’échec, et réduire notre dépendance à la technologie la plus propre qui soit. Il y a donc urgence à détruire ce qui marche au profit de ce qui ne marche pas. Une bonne politique consiste à bien gérer le présent et surtout à anticiper l’avenir. La politique de l’émotion, du “green washing” électoraliste et de l’antiscience qu’incarne Madame Borne nous conduit tout droit dans le mur. 

Michael Moore, avec moi!

Si les articles scientifiques et les études n’ont aucun effet sur le scandale des EnR, on sait le pouvoir des images sur « l’opinion publique », ce nouveau pouvoir absolu, invisible et consensuel, dont les décideurs sondent les fluctuations en temps réel sur les réseaux sociaux et les médias. En regardant « Planet of the Humains », le nouveau documentaire produit par Michael Moore, et réalisé par son vieux compagnon de route Jeff Gibbs (militant écolo de longue date), j’ai repris espoir. 

A lire aussi: Éoliennes: Appel à Emmanuel Macron

Le film de Michael Moore, idole des bobos depuis trente ans, va peut-être réussir là où les spécialistes ont échoué. Spectaculaire, didactique et incisif, ce documentaire visible gratuitement sur YouTube fait vivre depuis quelques semaines un cauchemar aux écologistes, donne des sueurs froides aux industriels et promet des lendemains qui déchantent aux politiques qui ont soutenu les EnR à coups de centaines de milliards d’argent public. En 100 minutes chrono, le film démonte avec efficacité et pédagogie le mensonge des « énergies vertes ». Tout y passe : collusion entre capitalisme sauvage et écologie, mensonges des gourous de la transition énergétique, impact calamiteux des usines « biomasse » sur l’environnement, hystérie et aveuglement des militants, etc…  Si le film n’est pas parfait – rien sur le nucléaire, rien ou presque sur le stockage lithium-ion, rien sur les technologies de rupture en développement – il réussit néanmoins l’essentiel : convaincre le citoyen de base qu’on lui a menti depuis des années. Que des sommes astronomiques ont été dilapidées pour rien. Et c’est déjà beaucoup. 

La mascarade des EnR doit cesser. La mère de toutes les batailles est la lutte contre les rejets de CO2. Si la France est un pays exemplaire à cet égard, ce n’est pas grâce aux éoliennes qui défigurent ses crêtes et son littoral. Seul le progrès technique, nous permettra à terme de sortir des énergies fossiles. Pas la pensée magique des idéologues en sarouel, et des politiques sans convictions, inféodés à l’opinion et aux sondages.

Hydroxychloroquine contre le Covid-19: faut-il attendre une preuve?

0
Didier Raoult © Daniel Cole/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22446015_000040

La méthode de Didier Raoult n’est pas fantaisiste


La question de l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 a donné lieu à de bien âpres débats. Plusieurs semaines après les premières déclarations du Professeur Didier Raoult, le public n’a pas encore une réponse dans le sens d’une irruption claire et évidente d’une vérité qui met fin à la polémique et obligerait tout le monde à la reconnaître ! Autrement dit quelque chose comme une apparition de la vierge devant une foule. Or, cette « preuve scientifique » imaginée et fantasmée est une rare exception. Dans la réalité pour la plupart des médicaments mis sur le marché, elle n’est jamais été apportée et on se contente d’une simple corroboration de l’expérience clinique. 

Deux écoles

L’un des éléments qui a rendu ce débat difficilement compréhensible pour les non spécialistes est que du côté de la science médicale il y avait deux groupes : les tenants d’une recherche clinique lente basée sur des essais cliniques comparatifs d’un côté, ceux qui privilégient une observation pragmatique pour proposer une solution thérapeutique rapide aux patients de l’autre.

Si l’objectif des seconds est de soigner les patients, le but des premiers est de collecter des preuves scientifiques, ce qui n’est pas exactement la même chose. C’est que la preuve scientifique est une notion épistémologique difficile à cerner car la question posée n’est pas de savoir ce qui existe mais comment on peut le savoir et en être raisonnablement sûr. Or, pour le commun des mortels, la question de comment on sait et comment on peut savoir est escamotée au profit de la recherche d’une vérité absolue.

A lire ensuite: Chloroquine: Sacré Raoult!

Le philosophe de la science Karl Popper a abordé la démonstration de la validité d’une théorie en postulant que l’observation d’un seul fait expérimental qui la confirme ne peut pas la corroborer mais qu’en revanche, un seul fait contradictoire suffit pour la réfuter. Dans le cas des essais cliniques comparatifs d’un médicament ceux-ci ne pourront qu’établir si une différence d’efficacité observée entre un groupe traité et un groupe non traité est statistiquement significative avec un risque d’erreur de 5%. Une telle différence statistique peut-elle être considérée comme une preuve ? En tout cas, pas au sens de Popper puisqu’il reste 5% de chances de se tromper. Accepterait-on de considérer comme preuve de la résistance d’un nouveau pont autoroutier un risque d’effondrement de 5% ? Ce niveau d’erreur pour traiter une maladie, léthale ou non, est pourtant accepté couramment par les agences du médicament dans le monde entier! Il suffit alors aux laboratoires pharmaceutiques d’augmenter simplement le nombre de sujets dans l’étude pour que les différences statistiques observées deviennent significatives et ainsi plaire aux administrations de la santé. Mais la santé n’est pas le seul domaine où la preuve est reine. C’est probablement le droit qui utilise le plus la notion de preuve. En matière juridique, la preuve est la démonstration de la réalité d’un fait. Un risque d’erreur de 5% ne démontre aucunement un fait (exemple concret), mais n’est qu’une convention arbitraire de la présomption d’une réalité possible et l’évaluation de l’innovation en médecine semble s’en accommoder dans la plupart des cas.

La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus. © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001
La chloroquine, ou hydroxychloroquine, contenue dans les medicaments comme la Nivaquine ou Plaquenil (notre photo) divise les medecins et les politiques apres des tests prometteurs dans le traitement du coronavirus.
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00951798_000001

Querelle sur les groupes témoin

Ce n’est pas tout. Les études sur des patients traités ne comportant pas de groupe témoin sont principalement critiquées pour ne pas être représentatives, soit parce qu’elles ont été réalisées sur un trop petit nombre de sujets, soit parce qu’elles ne sont pas comparatives et « randomisées » (deux groupes, l’un traité et l’autre non traité, les sujets composant les groupes tirés au hasard).

Or, un essai thérapeutique comparatif réalisé dans les règles de l’art de la recherche clinique ne génère que des résultats qui concernent les sujets de l’étude. Ces résultats sont-ils représentatifs, c’est-à-dire peuvent-ils être extrapolés au reste des patients de la population ? Pas vraiment, car pour ce faire il faudrait que les patients recrutés dans l’essai clinique soient un échantillon représentatif de la population de référence, c’est-à-dire qu’ils soient tirés au sort sur une liste de tous les patients, ce qui est impossible puisque de telles listes n’existent pas sauf parfois dans certaines maladies dites rares. Dans ce dernier cas, les essais cliniques randomisées sont de toute façon impossible à réaliser car détecter des différences d’efficacité imposerait presque toujours d’avoir à recruter un nombre de sujets d’étude plus élevé que le nombre de patients souffrant de la maladie rare… 

Un autre problème mis en lumière ces dernières années est que beaucoup d’essais cliniques sont conduits sur des hommes, ce qui fait que l’efficacité et la tolérance des produits testés peut être différente chez les femmes… Or il ne suffit pas dans ce cas d’adapter simplement les doses à la corpulence car la différence des systèmes physiologiques masculin et féminin explique des différences d’efficacité et de tolérance bien plus importantes. 

La méthode Raoult

Heureusement, il existe d’autres approches d’évaluation de l’efficacité des médicaments : citons notamment l’approche par probabilités en incertitude (modèle dit Bayésien) et l’approche pragmatique en situation réelle qui semble être la voie privilégiée par le Pr Didier Raoult pour établir l’efficacité du protocole thérapeutique hydroxychloroquine + azythromocyne. Dans ce dernier cas, une cohorte de patients diagnostiqués Covid-19 bénéficie du traitement et leur statut virologique et clinique est observé. Rappelons en premier lieu qu’une telle cohorte observationnelle n’est pas moins représentative que la population d’un essai clinique comparatif randomisé. 

A lire aussi: A l’hôpital, la crainte du retour à la normale

Enfin, cette approche pragmatique est méthodologiquement robuste quand il s’agit d’actions médicales dont les conséquences objectives sont dichotomiques (succès ou son absence), aisément observables et qu’il y a un degré d’urgence : arrêt d’un saignement, réduction d’une fracture ou la disparition d’un agent pathogène comme le coronavirus. L’expérience médicale acquise par cette cohorte de patients traités n’a donc pas moins de valeur que l’expérience acquise par un essai clinique comparatif. Il reste bien entendu la question de la tolérance. C’est bien évidement une question cruciale pour une nouvelle molécule dont le périmètre des effets secondaires est encore mal connu. En revanche dans le cas de molécules parfaitement connues et largement utilisées depuis des décennies (comme l’hydroxychloroquine et l’azythromycine) cette question ne se pose pas. Par ailleurs, le problème des effets secondaires ne semble d’ailleurs pas concerner le paracétamol qui est une molécule mise sur le marché en 1955, soit 6 années après la chloroquine, et recommandée actuellement par les autorités en automédication pendant la période de confinement, alors qu’une mauvaise utilisation pourrait détruire le foie.

Ainsi, quel que soit le niveau d’efficacité réel de l’association hydroxychloroquine + azythromycine, le rapport bénéfice/risque ne peut ainsi être que très bon puisque le dénominateur est très faible. C’est tout ce qu’est censé considérer un médecin et ce qu’attend un patient.

La médecine est une démarche au service des patients. Les théories dogmatiques ne sont que des catéchismes d’une science présentée comme une religion mais dont la réalité est loin des fantasmes des certitudes et vérités éclatantes. Le mélange insupportable des discours divergents entre médecins traitants, médecins chercheurs, épidémiologistes et administrateurs de la santé a créé une cacophonie, généré des tensions inutiles et peut être des espoirs déplacés.

Économie de la santé

Price: ---

0 used & new available from

Comprendre la pharmacoéconomie

Price: ---

0 used & new available from

La litanie des théories fumeuses de l’après-covid

0
Un immeuble à Saint Mandé, le 2 mai 2020 © Aurelien Morissard CHINE NOUVELLE/SIPA

L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes les théories de l’après-Covid. Une tribune de Jean Messiha (RN)


Le Covid–19, maladie respiratoire aiguë, ne se contente pas d’asphyxier ses victimes les plus graves. Il a également coupé le souffle de tout un ordre philosophico-économique qui sous-tend le mode d’organisation de nos sociétés. Celui-ci est, depuis des décennies, basé sur le productivisme, le consumérisme, le libre-échange, la course au profit, la dégradation environnementale et la globalisation. Ni la crise de 1929, ni celle de 2008, ne parviennent à la cheville des dégâts économiques, sociaux et psychologiques provoqués par le confinement de plus de la moitié de la planète depuis des semaines.

Macron veut se “réinventer”, mais bien sûr !

Tribune après tribune, discours après discours, apparait dans le discours politico-médiatique français la nécessité de « changer le monde ». En France, les néolibéraux, Emmanuel Macron en tête, promettent de se « réinventer ». Un peu comme les communistes occidentaux après la « découverte » des ravages du stalinisme et du maoïsme. La gauche affirme que le lourd bilan humain qui nous accable résulte des économies réalisées sur l’hôpital par les politiques « austéritaires », alors que notre niveau de dépenses publiques est himalayen. Les écologistes nous expliquent que ce coronavirus est le résultat de l’activité humaine et des agressions que nous infligeons à notre environnement. Formidable occasion de relancer la thématique de la transition écologique mise à mal par la « révolte jaune » de ceux qui doivent vivre tous les jours et n’ont pas les moyens de se sacrifier pour le bien de la planète dans 50 ans. De plus, dans la longue chaîne des choses qui nous ont attaqués, le coronavirus n’arrive pas forcément en premier!

A lire aussi: L’erreur de Bolsonaro

L’observation des faits et des données donne partiellement tort à toutes ces théories. Il n’y avait aucune fatalité dans le développement de cette pandémie. Venue du laboratoire P4 de Wuhan ou de son marché d’animaux sauvages, la Chine a prévenu, certes tardivement, mais, en tout état de cause, avant que les cas ne se disséminent largement au-delà de ses frontières. Ce sont les chercheurs chinois qui ont déchiffré le génome du virus et communiqué très rapidement les données dont ils disposaient. Sévèrement mise en cause, l’OMS a globalement fait son boulot et alerté sur la contagiosité et la sévérité de cette maladie. En Asie, sans parler de l’Australie/Nouvelle Zélande quasi vierges de toute contagion, toute une série de pays a réussi à contenir la progression du virus : Chine, Japon, Corée, Singapour, Hong-Kong, Taïwan, Indonésie, etc. Outre-Atlantique, le Canada et le Mexique s’en sortent bien comme la plupart des pays de l’Amérique Latine, exception faite du Brésil, dirigée par une équipe ultra-libérale et corona-sceptique. En Europe, zone la plus touchée, la situation est extraordinairement contrastée : tout un espace à l’est du Rhin (Allemagne, Autriche et Europe centrale) ainsi qu’en Scandinavie (Finlande, Norvège, Danemark) est peu touché, alors que sa partie occidentale (France, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Irlande) comme méridionale (Italie et Espagne) est ravagée.

La crise de l’hopital français, vous êtes sûr?

D’une manière générale, on ne peut constater aucun lien entre l’effort national en matière de santé publique et la mortalité observée. Qui peut nier la qualité des systèmes de soins suisse, néerlandais ou belge ? Qui peut contester le fait que les hôpitaux du nord de l’Italie sont bien meilleurs que ceux que Sud ? Comment discuter la différence de qualité entre les grands hôpitaux publics de Madrid et ceux de Lisbonne ou d’Athènes ? À choisir, qui préfèrerait être soigné dans un CHU polonais plutôt qu’à Londres ou à Dublin ? Pourtant la carte de la mortalité européenne (nombre de morts par habitant) ne reflète absolument pas ces réalités. L’excuse du taux de vieillissement de la population, initialement utilisée pour expliquer le carnage italien, a été balayée par la flambée de l’épidémie dans des pays plus jeunes (Royaume-Uni, France, Etat de New York, etc.).

Allons sur le terrain des écologistes pour examiner cette théorie de Dame Nature se vengeant des humains qui l’agressent en lui refilant ses virus les plus létaux. Encore faut-il déjà être sûr que ce Covid–19 ne résulte pas d’une fuite accidentelle du laboratoire de Wuhan. Mais fut-il né dans les miasmes du « wetmarket » de ladite ville que cela ne prouverait rien pour autant. La Chine est déforestée depuis des siècles et ce virus proviendrait de chauves-souris tapies dans une grotte située à des centaines de kilomètres du foyer initial. Les zones où la forêt est la plus attaquée (Amazonie, Bornéo, Sumatra) n’ont pas à ce jour généré de virus aussi effroyable. Certes, Ebola provient de la forêt équatoriale africaine, aujourd’hui fortement exploitée, mais il est apparu en 1976 dans un trou perdu de l’ex-Zaïre, pays qui, à l’époque, comptait 23 millions d’habitants pour un territoire quatre fois grand comme la France.

A lire ensuite: Tout change pour que rien ne change

Les écolos peuvent revoir leur copie eux aussi

Il ne s’agit pas ici de justifier un seul instant la déforestation qui est, effectivement, un fléau inacceptable. Mais la vérité est que l’homme est depuis la nuit des temps victime de zoonoses. Elles ont toujours existé et existeront sans doute tant que hommes et animaux partagerons cette planète. Peste, choléra, variole, fièvre jaune, grippe, etc. autant de virus d’origine animale ont infligé à l’humanité au cours de son histoire des pertes gigantesques lors d’épidémies souvent sporadiques mais toujours dévastatrices. La dernière d’entre elle, la grippe « espagnole » de 1918-1919, a fait entre 50 et 100 millions de morts dans un monde bien moins peuplé (1.8 milliard), bien moins déforesté et bien moins carboné que le nôtre. Ce que le développement économique et son corollaire, le progrès scientifique et technique, nous ont apporté c’est la capacité de nous défendre contre ces fléaux, alors qu’à l’état de « bon sauvage » que vénèrent les écolos, l’homme devait compter sur son système immunitaire, des plantes improbables et des prières pour s’en sortir.

Ici encore il n’y a aucune volonté de nier les immenses défis écologiques auxquels nous devons faire face et que nous devons résoudre, mais de rétablir les faits. Écologie et zoonose ne sont pas interconnectées. L’urbanisation serait-elle un facteur de propagation ? On peut l’avancer quand on constate la forte diffusion du virus dans les métropoles de Londres, Paris, New-York, Sao-Paulo, etc. Mais les contre-exemples abondent. L’immense conurbation de Tokyo-Yokohama est peu atteinte. Idem pour la géante Los Angeles, la très dense Hong Kong, ou bien, plus près de nous, le très étendu Berlin. En Lombardie, c’est autant la campagne et le réseau de petites villes qui est dévasté que la capitale Milan.

Les modèles politiques tous faillibles

Ce serait une erreur de croire que le Covid–19 est le fruit de la mondialisation. Mais sa propagation mondiale ultra-rapide lui est clairement liée. L’explication se situerait-elle alors dans l’orientation politique des équipes gouvernantes ou la structure administrative du pays ? Il n’en est rien. Le Royaume-Uni, très à droite, et l’Espagne socialiste sont tous les deux assommés. La ville et l’État de New York, gérés par les Démocrates, est un cimetière. Mais pas la « progressiste » Californie. L’Allemagne fédérale, où les Landers ont de larges responsabilités en matière de santé, nous écrase de sa supériorité sanitaire. Mais l’Italie ou la Belgique, pays très déconcentrés, sont très durement frappés. La Pologne, pays aussi centralisé que le nôtre, regarde cette crise de loin avec ses 17 morts par million d’habitants (20 fois moins qu’en France).

A lire aussi, du même auteur: Covid–19: l’Europe atterrée

La véritable explication sur la concentration des décès dans quelques pays d’Europe tient à la qualité et à la célérité de la réponse étatique, à la primauté de l’intérêt national ainsi qu’à la capacité de l’industrie locale de faire face rapidement au besoin urgent de masques, de tests et de gel hydro-alcoolique. Et il y a, dans ce macabre classement, les « bons », les « moyens » les « mauvais » voire les « très mauvais ». En France, nous appartenons, avec le Royaume-Uni, à la deuxième catégorie, laissant au trio Belgique, Italie et Espagne le sinistre podium de la mort. 

Nous allons gagner cette guerre, non pas grâce à un état-major qui a montré sa lamentable déficience faite d’amateurisme et de mensonges, mais aux officiers et aux soldats de la santé qui ont tenu le front, ainsi qu’à la discipline de l’immense majorité des Français. Mais quid de l’après ? Ne nous illusionnons pas, tout ne va pas changer. Mais quelles orientations nouvelles voulons-nous donner à notre société ?

La « macronie » ne réinventera rien. Edouard Philippe sera sans doute remercié afin de lui faire implicitement porter le chapeau des atermoiements et des défaillances présidentielles. On va bricoler le « modèle » avec quelques leitmotivs creux comme la « souveraineté européenne » qui, dans un « en même temps » invraisemblable, est censée préserver la nôtre. C’est une forme de bigamie mais politique. On va essayer de « réindustrialiser », mais sans s’attaquer aux causes de la désindustrialisation. Donc l’effort sera vain. On va surtout devoir gérer l’effroyable trou qui se creuse dans nos finances publiques. 

Economie: faire le bonheur des Français d’abord

Macron II promet ainsi d’être la réécriture d’une mauvaise pièce dont l’acteur principal compte sur son talent oratoire pour nous faire applaudir un Feydeau vieilli, dont les coups de théâtres éculés ne nous font plus rire. La gauche proposera plus de « solidarité », le « partage du travail », plus d’immigrés et plus de communautarisme, le tout financé par une pression fiscale accrue sur les classes moyennes. Cette gauche se met, elle aussi, opportunément à prôner la réindustrialisation, alors qu’elle a trahi la classe ouvrière depuis 40 ans. Les écologistes attaquent de plus belle sur le thème de la transition écologique, en prétendant que c’est elle qui nous permettra de remettre le pays à flot. Nous vivons un épisode sanitaire qui a mis le monde à genoux et menace l’emploi, donc la survie au quotidien de millions des nôtres. Qu’à cela ne tienne : ce sont les émissions de carbone aux effets lointains qui les préoccupent au plus haut point ! Rappelons que sur la question migratoire et identitaire, ils sont alignés sur les positions de la gauche.

Après cette crise historique et phénoménale il est temps de se poser la question de la mission de ceux qui nous gouvernent. Assumons un choix simple : faire le bonheur des Français ou du moins créer les conditions de ce bonheur. Quelles sont-elles ? 

Tout d’abord, du boulot pour tous et payé au juste prix. Pour cela il faut de la croissance économique et une certaine tension sur le marché du travail favorable aux travailleurs grâce à l’arrêt de l’immigration et au renvoi des étrangers non-intégrés indésirables. Stratégie qui doit être assortie de la mise au ban du non-travail « choisi » financé par un RSA complaisant et un « black » non-sanctionné.  

A lire aussi: Agression de Zemmour: où est passé l’esprit #JesuisCharlie?

Il faut redresser la compétitivité de notre appareil productif industriel, agricole et tertiaire. Pour y arriver, il n’y a qu’une solution : la dévaluation. Cette dernière se décline en deux options : celle de la monnaie donc la sortie de l’euro ou celle des coûts par la baisse des prélèvements excessifs qui pèsent sur nos entreprises, mais assortie de conditionnalités qui faisaient fâcheusement défaut au CICE. Un protectionnisme ciblé sur les quelques prédateurs commerciaux comme la Chine doit compléter cette option.

La dévaluation monétaire est écartée. Longue et complexe par principe, elle nous précipiterait dans une longue et coûteuse période d’incertitude. La seconde nous obligera à faire des choix sociétaux, fiscaux et budgétaires clairs et assumés. Car non, décidément non, l’État ne peut pas tout et dans tous les domaines. Surtout s’il est accablé d’une dette monumentale, comme c’est notre cas. Il doit par contre pleinement assumer son rôle dans les autres conditions du bonheur collectif à savoir la sécurité, l’éducation, la santé, la solidarité pour les plus fragiles et l’égalité des territoires.

Nucléaire, je dis qu’on continue!

Ce dernier point, essentiel après la révolte des Gilets Jaunes, appelle à une vraie politique de « démétropolisation ». Car la concentration excessive de la richesse, de l’emploi et, par conséquence, de la population dans quelques métropoles, est une aberration socio-économique, démographique et écologique.  Il n’est évidemment pas question de coercition, mais de créer les conditions d’une bien meilleure attractivité pour la province.

La transition écologique est assurément capitale. Mais la réduction de l’empreinte carbone de la France, une des plus faibles d’Europe par tête d’habitant, ne peut pas absorber les ressources nécessaires au redressement productif qui conditionne la survie de notre modèle social. Priorité doit être donnée à la lutte contre la pollution automobile en milieu urbain facteur de pathologies graves, à l’éradication progressive de la chimie dans l’agriculture et la protection du bien-être animal. Mais c’est bien le renouvellement intégral et réindustrialisant de notre industrie nucléaire vieillissante mais productrice d’électricité décarbonée, ultra-sûre et indépendante, qui devra constituer le grand défi de notre génération.

Le gouvernement au service des charlatans

0
Sibeth Ndiaye, Porte-parole du gouvernement, est plus critiquée que jamais pendant cette crise sanitaire © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00959563_000008

L’exécutif abuse de la vérité. Quand il se décide enfin à agir, il prend ses décisions chez des “experts” qui se contredisent, et leur fait porter la responsabilité de mauvais choix non assumés. La situation politique est beaucoup plus dégradée que ce que veut bien le concéder la plupart des journaux, journaux que la porte-parole du gouvernement cherche à dompter. Quand les Français seront autorisés à sortir de chez eux, ils demanderont des comptes. 


Le brouillard de la guerre étant ce qu’il est, il serait malvenu d’abuser des reproches à postériori envers celui qui décide dans l’urgence et dans l’incertitude. Encore faut-il que l’incertitude ne serve pas de paravent au déni manifeste du réel, à l’indécision, à l’inaction, à la lâcheté et à l’hypocrisie. 

Encore faut-il que le décideur assume.

En faisant du pouvoir non pas une responsabilité, mais une jubilation arrogante en même temps qu’un moyen de fuir ses responsabilités, notre gouvernement verse dans le mensonge systématique, bafoue l’idée même de politique, et décrédibilise la science. La crise du Covid-19 le met en lumière, par pure lâcheté il désarme notre pays face aux charlatans, aux gourous et aux fanatiques. 

Le ministère de la Vérité voulu par Sibeth Ndiaye

Crime contre la vérité, que ces tentatives répétées d’instaurer un « ministère de la vérité » orwellien, de la loi Avia aux déclarations surréalistes de Sibeth Ndiaye annonçant un site officiel « désinfox. » Ainsi les médias nous rapportent que le gouvernement affirme que les médias qui reprennent les éléments de langage du gouvernement sont considérés comme fiables par le gouvernement.

Belle désinfox que celle qui nous confirmera lundi que les masques sont utiles, mardi qu’ils ne servent à rien si on n’est pas malade (mais comment savoir si l’on est malade en l’absence de tests ? J’oubliais, Olivier Véran nous garantit que si nous en avions disposé dès le départ cela n’aurait rien changé), mercredi qu’ils sont réquisitionnés, jeudi que la grande distribution dispose de masques en stock mais bien sûr n’a pas fait de stocks pendant que les soignants, les pompiers, les forces de l’ordre et tant d’autres en manquaient, vendredi qu’ils sont obligatoires, samedi que la version du soir qui contredit celle du matin était en fait celle du matin et que ceux qui disent le contraire sont des menteurs, et dimanche que les questions gênantes sont le ferment de la division et que ce n’est pas le moment de les poser, mieux vaut attendre que tout le monde soit passé à autre chose.

A lire aussi: Le doux règne de Corona Ier

Incarnation grotesque de cette gouvernance à la fois risible et dangereuse, pitoyable et puérile, Sibeth Ndiaye. Caution clientéliste « progressiste » puisqu’elle est femme, « racisée », dotée d’un indéniable embonpoint et binationale ? Diversion, dont chaque intervention conduit, plutôt qu’à analyser la politique gouvernementale, à se demander sans fin : « mais ne le fait-elle pas exprès, Sibeth ? » La maintenir à son poste est pur mépris. Ce n’est pas elle – la pauvre ! -, le vrai visage du gouvernement. Non, le vrai visage de l’équipe d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe, c’est le ricanement méprisant qui consiste à l’avoir choisie et à dire chaque jour à la France : « Elle est ridicule, elle ment, et vous ne pouvez rien y faire : vous ne pouvez même pas nous obliger à admettre que nous vous prenons ouvertement pour des buses… »

Un chef ça décide

Crime contre la politique, que cette lâcheté, ce refus permanent d’assumer. « C’est pas moi, c’est les scientifiques ! » Non, mesdames et messieurs. Fut-il le plus grand des experts, un conseiller conseille, c’est le décideur qui décide. Un décideur qui ne fait qu’entériner les décisions de ses conseillers n’est pas un décideur, mais un prête-nom. Ce n’est pas un chef, c’est un pantin, un fantoche, un acteur de théâtre. Brigitte devrait décidément enseigner à son mari un nouveau rôle, celui du courage et de la décence. Qu’elle l’oblige à travailler Cyrano, « on n’abdique pas l’honneur d’être une cible », et qu’enfin notre chef de l’État fasse au moins semblant de se comporter en chef, et pas seulement pour nous faire des crises d’autoritarisme – je n’ai pas oublié le limogeage de De Villiers.

Crime contre la politique, rien de moins, car c’est toute l’espérance que porte le système démocratique qui est bafouée lorsque conjointement, le chef de l’État et le chef du gouvernement de l’une des dix premières puissances mondiales ne trouvent rien de mieux à dire que « c’est pas nous, c’est les experts, c’est eux qui décident. » Comment ne pas comprendre qu’une telle attitude ne peut que pousser le peuple dans la rue, et pas seulement pour se déconfiner ?

A lire aussi: Chloroquine: Sacré Raoult!

Crime contre la science, que de vouloir la rendre responsable des mensonges, des tergiversations et des décisions absurdes. On peut se lamenter des fake-news autant que l’on voudra, lorsque le gouvernement s’ingénie à décrédibiliser la démarche scientifique elle-même, il ne faut pas s’étonner si le complotisme, l’irrationalité et l’obscurantisme progressent. Après tout, si la science est ce machin qui dit en quelques jours une chose et son contraire comme s’il s’agissait de certitudes, autant boire de l’urine de chameau ou se faire exorciser du Covid-19 par un télévangéliste américain !

La science mise en défaut laisse la place aux escrocs

Bien sûr, les scientifiques peuvent se tromper, c’est même souvent comme ça qu’ils apprennent et qu’ils progressent. Mais la science n’est pas un corpus de certitudes, c’est une détermination inflexible à être ancré dans le réel et la logique. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir le déficit de culture scientifique de notre pays : pas le déficit de connaissances, mais de méthode. Certes, tout le monde ne peut pas être un spécialiste de Karl Popper et Thomas Kuhn, mais un minimum d’éducation à la méthode expérimentale et à l’art de la démonstration est indispensable. Il n’y a aujourd’hui que trop de pseudo-sciences, de ces grandes théories infalsifiables et donc invérifiables qui prétendent tout expliquer, trop d’arguments d’autorité, trop d’arrogance et en même temps trop de relativisme, drapé dans des diplômes obtenus par complaisance idéologique.

Bien sûr, la pandémie a mis en évidence des nids de vipères dans le monde des laboratoires et des publications scientifiques, des conflits d’intérêts, des querelles d’égo, des histoires de gros sous. Mais que le premier à prétendre qu’il est surpris revienne rapidement sur Terre ! Les scientifiques sont des hommes et des femmes dotés de tous les travers de notre espèce. Et alors ? Il n’en demeure pas moins que la démarche scientifique, la vraie, celle d’Euclide et de Galilée, est et reste le meilleur outil jamais conçu par l’humanité pour observer, analyser et comprendre le réel (avec l’art, qui suggère et donne à ressentir ce qui ne peut être décrit, mais c’est un autre sujet).

A lire aussi: A l’hôpital, la crainte du retour à la normale

Pour fuir ses responsabilités, le gouvernement tente donc de rejeter sur la science la responsabilité de ses manquements. Les escrocs et les gourous l’en remercient.

Fini de jouer

Finalement, ces trois écueils ne constituent qu’une monstrueuse et colossale faute contre la Nation. Tout faire pour dresser le peuple à s’habituer au mépris, à perdre foi en la politique, à se détourner de la méthode logique qui lui permettrait de penser par lui-même à partir de ce qu’il observe, c’est le désarmer un peu plus face à ses ennemis, qu’ils soient spécialistes du marketing commercial et électoral, ou prédicateurs religieux fanatiques.

La Macronie n’est qu’un théâtre. Une pantomime moqueuse, grandiloquente et incohérente, qui voudrait nous obliger à prendre son verbe pour la réalité, et le réel pour un simple décor de carton-pâte. Réel : le démantèlement des services publics, l’effondrement de l’école depuis des décennies, l’incurie face à la pandémie, la remise en liberté anticipée de milliers de délinquants par un caprice de Nicole Belloubet et les récidives que bien évidemment la garde des Sceaux refusera d’assumer, la passivité face aux attentats et à l’islam théocratique, l’impuissance choisie face à la crise des banlieues, les migrants qui ont tenté d’envahir la Grèce, la crise économique qui vient. Il est grand temps de voir que le roi est nu, que le maquillage des acteurs craquèle, que même s’ils répètent « nous sommes en guerre » leurs fusils en plastique n’en font pas des guerriers, et de laisser retomber le rideau sur cette triste mascarade.

Prisons: les quatre impostures de Madame Belloubet

0
La garde Sceaux le 29 avril à l'Assemblée © LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA Numéro de reportage: 00959075_000030

Miracle du coronavirus: les prisons françaises ne sont plus saturées. La Chancellerie voudrait nous faire avaler que cette situation sans précédent est une bonne nouvelle! 


Difficile d’y échapper : depuis quelques jours une communication appuyée de la garde des Sceaux s’enorgueillit d’une « régulation » de la population carcérale en ce temps de crise sanitaire. Avec 61 100 détenus pour 61 109 places, le taux d’occupation moyen des prisons s’établit tout juste à un taux de 100%. Brandi comme un trophée, encore récemment dans un entretien au Monde le 30 avril, ce triomphalisme de la chancellerie ne peut manquer d’étonner les différents acteurs de la sécurité intérieure, et au-delà tous ceux qui sont attachés de manière légitime aux droits et libertés, dont personne n’a le monopole. Car la réalité est bien différente des communications de Madame Belloubet : la libération de plus de 10 000 détenus depuis l’entrée en état d’urgence sanitaire, est le résultat d’une quadruple imposture. 

Imposture du mot, qui est d’abord celle de la chose

Comme toujours la sémantique est une manière de manipuler la réalité. Parler de « régulation » pour évoquer la situation de la population carcérale (qui se trouve en prison, rappelons-le, par décision judiciaire), en exécution de peines définitives ou à titre préjudiciel dans le cadre d’informations judiciaires (détention provisoire avant jugement) revient à renoncer définitivement aux concepts du droit et de la procédure pénale fondée sur l’exécution et l’application de la peine. Une peine d’emprisonnement est en première intention exécutée par le parquet, avant le cas échéant d’être individualisée, « appliquée » par un juge de l’application des peines.

La régulation est un concept issu de ce qu’il est convenu d’appeler le « droit mou » (« soft law », un ensemble de règles non obligatoires et dont la « juridicité » est discutée) et de l’univers managérial, pourtant assez éloigné de la gauche étatiste dont Madame Belloubet est issue. Il s’agit d’un mode d’intervention consistant à privilégier un traitement souple de certains contentieux dans certains secteurs, économiques notamment.

A lire aussi, Loïk Le Floch-Prigent: Agression de Zemmour: où est passé l’esprit #JesuisCharlie?

On doit admettre que le marché ait besoin d’un droit et de procédures aussi souples que lui. Mais pour autant, peut-on admettre que l’exécution des peines de prison soit un marché, « régulé » par l’offre et la demande, et les capacités pénitentiaires ? Que les procureurs/prescripteurs, pire encore les présidents des cours d’assises et tribunaux correctionnels, les juges des libertés et de la détention aient l’œil rivé sur un tableau Excel dont les données l’emporteraient dans la décision sur les critères de gravité et d’atteinte à l’ordre public ou de lutte contre la récidive et de protection des victimes ? Renoncera-t-on demain à incarcérer un violeur ou un voleur de banque sous prétexte qu’un numérus clausus des places de prison risque d’être dépassé ? Que les magistrats deviennent des tenanciers d’hôtels en renonçant à leurs missions constitutionnelles ?

Qui a peur de parler d’exécution des peines ? La garde des Sceaux ? On attend avec impatience les instructions qu’elle voudra bien donner aux magistrats pour assurer leurs missions régulatrices à l’avenir… Avec à la clé, les éléments de langage à destination des services de police et des victimes. 

Imposture des missions

La communication du garde des Sceaux en période de confinement, comme précédemment d’ailleurs, a été réduite à cette seule question, celle de la population carcérale. Au prix d’un double déni : celui de sa mission principale qui est la lutte contre la criminalité et la délinquance, et celui de la protection des victimes. Sur ce point précis, Madame Belloubet n’aura pas dit un mot, ni diffusé la moindre circulaire de politique pénale qui aurait pu notamment appeler les procureurs à lutter particulièrement contre les violences aggravées sur les personnes dépositaires de l’autorité publique (policiers et gendarmes), les personnes vulnérables, les escroqueries aux services de première nécessité sur internet. Sans oublier les trafics de tous ordres qui se sont réadaptés en temps réel à la nouvelle donne dans le cadre de la criminalité en bande organisée (ubérisation des trafics, redéfinition des territoires, digitalisation du marché).

A lire aussi, Erwan Seznec: Le Covid accélère la vente en ligne de stupéfiants

Non, Madame la Garde des Sceaux, contrairement à ce que vos services laissent croire, la baisse de l’activité pénale n’est pas liée à la baisse de la délinquance. Quel déni ! La délinquance n’a pas disparu par l’effet du confinement. Malheureusement, seules les investigations ont été ralenties et les poursuites et condamnations au mieux différées par l’effet de la mise en œuvre des plans de continuation… Les services de police et de justice, parquet notamment, ne peuvent plus agir avec l’efficacité et la célérité qu’on leur connaît. On a confiné un thermomètre, mais on n’a pas fait disparaître la fièvre… La criminalité est toujours présente et active et ses acteurs vous ont bien entendue, Madame la Garde de Sceaux, claironner cette « régulation de la population carcérale ».  Et ils ont compris qu’ils avaient carte blanche. Vous avez été aidée et précédée par le ministre de l’Intérieur qui, évoquant des attaques contre des policiers dans les quartiers, avait parlé des « activités ludiques », des « petits groupes » – surtout pas des bandes ! – dont la dureté du confinement et la pauvreté seraient les principales responsables. Car au-delà des libérations sanitaires ou prétendues telles (qui a posé un diagnostic épidémiologique en détention ?), à qui fera-t-on croire que la détention, modèle de confinement chimiquement pur, serait un danger quand il est un bienfait pour les gens honnêtes ?). Qui n’a pas encore compris que les prisonniers qui se sont mutinés exerçaient un chantage (réussi) à leur libération et redoutaient que la fin des parloirs assèche l’approvisionnement des prisons en drogues et autres téléphones de contrebande ?

Imposture de l’ambition

Une Nation de 67 millions dont la structure démographique révèle tant de diversité et de fragilités doit pouvoir assumer la détention de 80 000 personnes, pour l’application de la loi par ses magistrats et la sécurité de ses citoyens et au regard de l’état de sa délinquance structurelle et permanente, aggravée par un contexte économique et social plus qu’instable. Renoncer à l’exécution des peines d’emprisonnement fermes est, comme en matière de masques de protection, une adaptation de la doctrine aux moyens. La prison serait donc aussi inadaptée à la lutte contre la délinquance que le port des masques était inutile contre le Covid-19 au temps où on en manquait ?

Mais qui n’a pas su se donner ces moyens si ce n’est une garde des Sceaux qui n’a pas défendu sa position – inscrite dans la loi de programmation ! – et a perdu, sans vraiment combattre, les arbitrages qui devaient conduire à la construction de 10 000 places nouvelles ? 

A lire aussi: Arrêtés contre les pesticides: les 150 m de la discorde

« Ces événements nous dépassent feignons d’en être les organisateurs ». Jamais cette phrase de Jean Cocteau n’a résonné aussi juste depuis qu’on a fait de la fatalité des effets réels et supposés du Covid en détention, une nécessité vertueuse. Et on le théorise en nous expliquant que le niveau actuel de la détention correspondrait à une politique pénale douce, issue des effets de la loi du 23 Mars 2019 et de son « bloc peines. » En réalité : une loi qui vient blanchir une amnistie déguisée…

Imposture du droit enfin

Depuis trop longtemps, la qualité de la loi laisse à désirer mais avec l’état d’urgence, nous avons atteint un seuil d’illisibilité, d’incohérence et d’insécurité juridique sans précédent. En effet, quand la garde des Sceaux, ministre du droit et des libertés publiques, qui plus est juriste de profession, n’est plus capable de produire un texte ou une ordonnance qui permette de savoir clairement à quelles conditions il est ou non possible de prolonger la détention provisoire de prévenus, toute l’institution judiciaire est en insécurité. Et avec elle les droits fondamentaux des personnes à commencer par ceux des justiciables méconnus. 

La cour de cassation pourrait très prochainement dire ce qu’elle pense d’une ordonnance bâclée, rédigée par un obscur chef de bureau livré à lui-même. Une ordonnance qui élude tout contrôle par un juge d’une atteinte – même légitime – à la liberté individuelle, à l’heure où des nouvelles technologies, de la visioconférence ouvrent des possibilités intéressantes.

Certes, nous n’ignorons pas que derrière le doux vocable de « dialogue des juges » se cache une compétition des cours suprêmes qui conduit chaque haute cour à se montrer mieux-disante en matière de libertés publiques ou à la recherche de son arrêt Canal. Nous savons également que face aux critiques adressées par certains avocats même et surtout minoritaires, grande est la tentation de poser un arrêt de remontrances comme jadis le Parlement de Paris au roi de France. Mais, il appartenait à la garde des Sceaux de veiller à ne pas donner d’occasions trop faciles de se voir donner une leçon de droit.

A lire aussi: L’inextricable lutte contre la délinquance itinérante en France

Face à tant d’impostures, tant de démissions, de lâchetés, de carences, un sursaut est nécessaire. L’autorité judiciaire est dans le respect des grands principes, le garant ultime des politiques publiques de sécurité. Le dernier maillon d’une chaîne, celui qui fait que cette chaîne rompt ou non. Force est de constater que la volonté politique qui inspire la politique pénale et qui fonde l’autorité sur les parquets fait cruellement défaut.

Cela doit être l’un des enjeux du plan de déconfinement et de l’après 11 Mai.

Le doux règne de Corona Ier

0
L'Empereur des Français, ici accompagné de l'Impératrice Brigitte, est confronté à l'envahisseur Corona Ier © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00959343_000003

Jusqu’à la mort de Fidel, les Cubains se touchaient le menton en mimant une barbe et disaient « quien tu sabes » pour ne pas prononcer son nom. Dans son discours de « déconfinement », Edouard Philippe parle vingt-quatre fois du « virus » sans prononcer une seule fois le mot  « coronavirus ». Il est vrai que Corona est déjà une savoureuse bière. 

L’empire de la novlangue

En revanche, il a prononcé quatre fois « Covid-19 » et deux fois « StopCovid ». Le terme « Covid » a été choisi pour être « facile à prononcer », a confié un scientifique au nom imprononçable, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’OMS. C’est une siglaison qui est née d’une longue réflexion. Surtout, le même scientifique a révélé que le mot a été pensé pour ne « stigmatiser personne ». Avec 25 000 morts dans le pays, voilà qui nous fait une belle jambe. Covid ou la sournoiserie de la novlangue dans toute sa splendeur. 

A lire aussi, Florian Philippot: La Révolution qui vient

Du pays du Soleil levant aux Amériques, l’empire de Corona Ier est désormais immense. Quelques bastions de résistance: les contrées d’Afrique et les Sarrasins. En France en revanche, jadis terre du vaillant Roland, il faut se résigner à des mois d’occupation, aime nous répéter notre Premier ministre. Son dernier discours à l’Assemblée Nationale a d’ailleurs globalement convaincu le peuple, bien que de têtus détracteurs rêvent de prendre le pouvoir: trémolos dans la voix, le tribun Jean-Luc Mélenchon a fustigé les « injonctions odieuses » de Macron Ier. Dans la truculente gazette Causeur, Florian Philippot, plaide lui une « révolution qui vient ». Rappelons quand même que le fils de hussards de la République qui se rêve en guide des Jacobins a enregistré le score historique de 0,65 % aux dernières élections européennes. Il y en a qui ne manquent pas d’air. 

Une intégration exemplaire

Une révolution? Mais Corona s’en est déjà chargé, camarade! Le pays est ruiné, les bistros et musées sont fermés, les amours volages sont maudits, les Français sont masqués, gantés et cloîtrés. Tel Winston dans 1984, nos cadres font des exercices de « culture physique » dans leur chambre avant de télé-travailler devant leur écran. Et ils semblent en plus aimer cela, se réjouit le « think thank progressiste » Terra Nova. Qui dit mieux? Dans Napoléon le Petit, Victor Hugo ne cesse de vilipender son ennemi juré par son nom. Il y raille notamment le saccage supposé de l’éducation. Pourtant, Napoléon III n’avait jamais fait fermer les écoles, lui. Voilà chose faite avec l’empereur Corona. Cela susciterait-il une levée de boucliers de la part des enseignants? Loin s’en faut. À part quelques insoumis, tel l’érudit Jean-Paul Brighelli, qui assure sur son blog que sa vie n’a pas la même saveur sans ses élèves, nous en voulons encore, nous préférons goûter aux délices de Blackboard Collaborate ou autres logiciels de cours à distance déshumanisants que nous confronter aux postillons des élèves. 

A lire ensuite, Cyril Bennasar: Vive la distance sociale

Comme tout peuple qui connaît une révolution, nous allons nous adapter. Bien que certains s’obstinent à se persuader du contraire, les populations s’éduquent, l’instinct de soumission est en chacun de nous. Objectivement, si on écarte les chambrées d’Africains entassés dans leur HLM, les étudiants en studettes, les esprits lubriques et les amoureux des bains de foule, la torpeur du monde confiné de l’empereur Corona n’est pas si désagréable. Espérons cependant, je pense que tout le monde en conviendra, que son règne durera moins longtemps que celui de Fidel. Pour cela, encore faudrait-il commencer par le nommer vraiment. Dire « le virus » n’a aucun sens, « virus chinois » en a bien plus. Vous avez dit stigmatisant? L’appellation « grippe espagnole » ne choque personne. Nous l’usons à l’envi depuis un siècle et n’avons pas vraiment été en guerre avec l’Espagne depuis la Guerre de trente ans! Mais admettons qu’il ne faille prendre le risque de froisser nos amis chinois. Pourquoi pas « virus couronne » dans ce cas? Franciser le nom de notre nouvel arrivant, voilà qui illustrerait sa formidable intégration parmi nous.

Napoléon le Petit - Texte intégral

Price: ---

0 used & new available from

Ce dimanche, j’attaque les vieilleries!

0
Véronique Jannot et Alain Courivaud dans "Pause Café" © MEUROU/SIPA

Ma passion secrète pour les romans estampillés « Vu à la télé » de mon enfance


Après un mois de confinement, le vernis craque. Faute de nouveautés, le critique littéraire a épuisé tous les grands auteurs qui rassurent l’égo et le lecteur. On peut maintenant passer aux choses sérieuses, naviguer à vue, explorer des terres marécageuses, s’intéresser enfin aux objets étranges et bizarres, chasser l’incongru. Des livres d’amateurs ou de mateurs, des couvertures qui dégueulent de couleurs, le témoignage d’une édition commerciale qui flirtait jadis avec la télé ou le cinéma sans honte, ni reproche. Le macaron « Vu à la télé » apposé sur un livre exerce sur moi la même attraction que la cocarde sur l’élu républicain. Il peut emprunter les voies de bus avec l’assurance de son intouchabilité et moi, assouvir cette passion « malsaine » pour des ouvrages d’apparence mineure sans craindre la moquerie générale.

Le choc des photos

La ringardise m’a toujours comblé l’esprit. Je préférerai toujours le baroque télévisuel aux certitudes universitaires. J’ai appris l’histoire de la littérature chez Kléber Haedens, c’est dire ma résistance aux forces bien-pensantes. Certains de mes confrères s’endorment dans des chambres tapissées de Pléiade en rêvant à l’Académie ou à un hypothétique Prix d’automne. Moi, je rêve de Véronique Jannot et de Nicole Berger. J’ai eu mon premier choc littéraire en achetant Pause-café de Georges Coulonges paru aux éditions Fayard en 1981. Ce n’est pas le texte qui, dans un premier temps, a suscité mon adhésion totale mais bien la photo de Joëlle Mazart. Je défie quiconque de ne pas succomber au charme révoltant de cette assistante sociale d’un lycée périphérique. Tout chez elle, n’est qu’harmonie banlieusarde, volupté ouvrière et mystère sensuel. Il y a bien sûr cette lèvre ourlée qui appelle les baisers, la profondeur du regard qui ne laisse aucun doute sur nos chances, cette fille-là, nous laissera sur le carreau, inerte et ravi, puis le carré déstructuré très classe moyenne mitterrandienne, méritocratie laborieuse, vous vous souvenez ce faux classicisme, cet entre-deux érotique hésitant entre la franche émancipation et la chaleur d’un foyer.

A lire aussi: Ces égéries féminines des salles obscures qui ont peuplé nos vies

Enfin, pour être honnête avec vous, ce qui a emporté mon acte d’achat, c’est le pull en mohair bleu électrique. Ah si toutes les employées de l’EDF pouvaient le porter à la façon de Véronique, j’aurais tenté une carrière d’électricien. Je serais monté sur les plus hauts pylônes de France bravant mon vertige. Combien de livres peuvent-ils vous mettre dans un état proche de l’Ohio avant même de les avoir ouverts ? On pousse alors la curiosité un peu plus loin, on lit sans trop s’y attacher la quatrième de couverture, on apprend que ce Georges Coulonges « a exercé bien des métiers avant de devenir homme de théâtre, de chanson, de télévision, auteur tout à la fois du Potemkine chanté par Jean Ferrat et du triomphal Zadig monté par Jean-Louis Barrault ». Mais, à ce stade-là, on n’est pas encore convaincu d’ouvrir le roman. Et l’on tombe sur cette phrase qui nous ferre : « Sous sa salopette, Joëlle porte un corsage en toile écrue. Brodé. Serré au cou. Aux poignets […] Sous le corsage ancien, on devine une poitrine neuve. Nue. Libre ». 

Le logo mythique d’Antenne 2 sur la couverture

Quel plus beau sésame en littérature que le mot « corsage » ! J’ai eu la même émotion en dénichant le roman Cécilia, médecin de compagne de Gérard Sire sorti aux éditions Gautier Languereau en 1966, la même année que la diffusion des treize épisodes de ce feuilleton télévisé sur la première chaîne de l’ORTF. Qui n’a pas vu l’actrice Nicole Berger (morte en 1967, un an après, d’un accident de voiture) débarquer dans le bourg de Tourlezane au volant de sa 4L découvrable, ne sait rien des blondeurs assassines, des jeunes femmes rieuses et décidées des années 1960. Parfois, c’est un logo qui m’attire, celui d’Antenne 2 (le A et le 2 entremêlés), l’originel aussi mémorable que la pièce de 10 francs, tous deux l’œuvre du peintre Georges Mathieu. Ce logo trônait sur la couverture de Papa poule de Daniel Goldenberg chez JC Lattès en 1980. Gamin, j’aimais suivre les aventures de cette famille un peu particulière, cette tribu se déplaçait dans une Estafette bariolée. « Bernard Chalette avait quarante ans légers, du charme et pas mal de cheveux blancs dans sa tignasse à la Harpo Marx », voilà comme était décrit dès la première page, ce père de famille. 

C’est toujours avec émotion que j’associe la couverture de ce livre et l’acteur Sady Rebbot (1935-1994) qui enchantait mes samedis après-midi d’enfant unique. Un autre jour, je vous parlerai de la première enquête de la Commissaire Tanquerel parue sous le titre Le Frelon signée par le duo Jean-Paul Rouland & Claude Olivier chez Denoël en 1977 et qui prit le nom de « Tendre Poulet » au cinéma sous la caméra de Philippe de Broca.

Pause-café, pause-tendresse

Price: ---

0 used & new available from

Cecilia - médecin de campagne

Price: ---

0 used & new available from

PAPA POULE

Price: ---

0 used & new available from

Le Frelon (Sueurs froides)

Price: ---

0 used & new available from

Heureux les misanthropes!

0
Image d'illustration Pixabay

 


Pour une minorité d’introvertis, la claustration imposée par le confinement n’a rien d’oppressant. Quasi-autistes, misanthropes et hypocondriaques se réjouissent du présent pandémique qui consacre leurs instincts prophylactiques.


À peu de choses près – par exemple, si je n’étais pas empêchée d’aller promener mon humain et mes chiens dans ma forêt préférée située à plus d’un kilomètre de mon domicile –, le présent pandémique n’est pas loin de m’être paradisiaque. Autiste fonctionnelle biberonnée à la littérature concentrationnaire, me voici enfin adaptée au monde contemporain. Ou plutôt c’est lui qui s’est adapté à moi, tout un chacun étant sommé d’appliquer un mode d’existence qui est par défaut le mien : la distanciation sociale. En ces temps tragiques, l’occasion de se réjouir se fait rare, alors que les introvertis et autres névrosés du contact ne boudent pas leur plaisir.

Gare au stress post-traumatique

Évidemment, notre espèce ayant réussi à coloniser la planète comme personne parce qu’elle est un ramassis de primates adorant se tenir chaud et se taper dessus (les deux entretenant une relation symbiotique), la chose est loin d’être facile pour tout le monde. Dans une synthèse sur les effets psychologiques des quarantaines publiée dans The Lancet fin février, l’équipe de Samantha K. Brooks, du King’s College de Londres, fait du confinement le premier facteur des troubles de stress aigu observés chez des soignants taïwanais après l’épidémie de SRAS de 2003. Et cela alors que leur isolement n’avait duré que neuf jours. Selon ces mêmes données, le personnel hospitalier mis en quarantaine était nettement plus susceptible de souffrir d’épuisement, d’angoisse face à des patients fébriles, d’irritabilité, d’insomnies et de problèmes de concentration. Durant cette même épidémie, mais en Chine, le fait d’avoir été mis en quarantaine annonçait la survenue d’un syndrome de stress post-traumatique trois ans plus tard. En 2007, lors d’une flambée de grippe équine en Australie, 34 % des propriétaires de chevaux contraints au confinement évoquaient leur détresse psychologique, contre seulement 12 % dans la population générale. Aux États-Unis et au Canada, lors des pandémies de SRAS et de H1N1 de 2003 et 2009, le risque de développer un stress post-traumatique était plus de quatre fois supérieur pour les familles confinées. De même, dans un échantillon de 549 soignants chinois, dont 104 avaient été mis en quarantaine durant l’épidémie de SRAS pour avoir été en contact avec des malades, 9 % se plaignaient d’une dépression sévère. Parmi les plus gravement dépressifs, 60 % avaient été confinés – contre 15 % dans le groupe rapportant les symptômes les plus légers.

A lire aussi, du même auteur: Confinement, discipline et bonnes manières

L’un dans l’autre, la détresse psychologique générée par l’isolement sanitaire est aussi courante que patente, avec des séquelles comportementales à moyen et long terme. Chez des Canadiens isolés lors de l’épidémie de SRAS, 54 % allaient par la suite éviter les tousseurs et les éternueurs, 26 % les rassemblements et les lieux fermés bondés et 21 % tous les espaces publics – et ce plusieurs semaines après la fin de leur confinement. Pour certains, les modifications comportementales (lavage fréquent des mains et évitement des foules) perdureront sur plusieurs mois. Le portrait-robot des plus à risque ? Les femmes de 16 à 24 ans n’ayant pas fait beaucoup d’études et mères d’un enfant – ne pas être parent ou l’avoir été trois fois ou plus sont à l’inverse des facteurs protecteurs.

Ludovic Marin / AFP
Ludovic Marin / AFP

Les troubles hypocondriaques s’atténuent pendant les crises

Reste qu’une minorité de gens se sentent au contraire mieux pendant une crise sanitaire. Et la proportion est loin d’être infime. Selon Brooks et ses collègues, l’expérience se traduit par de la joie et du soulagement pour environ 5 % des confinés. Les hypocondriaques semblent ainsi gagner en sérénité avec la pandémie de Covid-19. L’un d’eux témoigne dans une enquête de Valentine Arama, publiée dans Le Point le 28 mars : « Le coronavirus, c’est quelque chose que je peux cibler. […] Je n’ai pas l’impression d’être seul dans la psychose, toute la société est sensibilisée, c’est presque rassurant. » Une autre est dans le même état : « Je suis habituée à l’idée de tomber malade et d’en mourir. Ce qui est nouveau avec cette épidémie, c’est que tous les gens ressentent ce que je vis au quotidien, le monde entier devient hypocondriaque ! » Michèle Declerck, psychologue clinicienne spécialiste de cette pathologie mentale, confirme la tendance : « L’hypocondriaque, c’est quelqu’un qui a peur des maladies rares, mal diagnostiquées et qui le poursuivent, lui, de manière systématique. » Parmi ses patients, elle observe des individus qui ne sont « pas tellement perturbés, parce que cette maladie fait partie d’un ensemble beaucoup plus vaste, qui n’appartient pas qu’à eux. » Pourquoi ? Notamment parce que les hypocondriaques sont avant tout… des égocentriques. « À partir du moment où le mal est banalisé, ils sont moins anxieux. Ces personnes sont généralement inquiètes d’attraper des maladies que personne ne peut avoir et d’avoir des symptômes qui sont complètement étranges… S’ils sont atteints de symptômes qui concernent une maladie beaucoup plus globale, c’est beaucoup moins intéressant pour eux. »

A lire aussi, Stéphane Germain: Le séisme de 2020 tourne la page de la mondialisation heureuse

On retrouve ici l’un des principes de base de la psychiatrie darwinienne : les maladies mentales ne sont pas des pathologies absolues, elles le sont de manière contextuelle. Si la sélection naturelle ne les a pas éliminées, et les a même fait perdurer dans des proportions conséquentes au sein des populations, c’est parce que leurs symptômes peuvent être utiles dans certaines situations. L’hypocondrie est certes un extrême du spectre, mais il n’est pas difficile de saisir que l’hypervigilance caractérisant la plupart des troubles anxio-dépressifs a eu son utilité dans les environnements précaires qui ont constitué près de 99 % de l’histoire évolutive de notre espèce. Revisitant le pari de Pascal, Randolph Nesse, professeur de psychologie et de psychiatrie désormais directeur du centre de médecine évolutionnaire de l’université d’État de l’Arizona, explique le phénomène par son « principe du détecteur de fumée », fondé sur la théorie de la détection du signal utile aux ingénieurs électriciens pour trier entre le bon grain des informations véritables et l’ivraie du bruit sur les lignes téléphoniques. Une bonne décision, détaille Nesse dans Good Reasons for Bad Feelings, dépend du « rapport signal/bruit, du coût d’une fausse alarme et des coûts et avantages d’une alarme lorsque le danger est réel. Dans une ville où le vol de voiture est fréquent, installer un système d’alarme sensible sur la sienne en vaut la peine malgré les déclenchements intempestifs, mais dans une zone plus sûre, c’est une nuisance. » Cette théorie s’applique à notre appareillage cognitif et comportemental : « Le trouble panique est causé par de fausses alarmes dans le système d’intervention d’urgence, mis au point pour permettre une évacuation rapide en cas de danger de mort. Vous avez soif dans la savane africaine ancestrale et un point d’eau se trouve à quelques mètres. Vous entendez un bruit dans les hautes herbes. C’est peut-être un lion ou un singe. Vous faut-il fuir ? Prendre la bonne décision dépend des coûts. Supposons que fuir en panique vous coûte 100 calories. Ne pas bouger ne coûte rien, si ce n’est qu’un singe, mais si le bruit vient d’un lion, le coût est de 100 000 calories – à peu près l’énergie que le lion obtiendra en vous mettant dans son assiette ! » D’un point de vue clinique, ce principe permet aussi d’expliquer pourquoi certains troubles de l’hypervigilance s’atténuent pendant les crises : parce que cette aptitude, façonnée au long des nombreux millénaires où un humain lambda avait effectivement un sacré risque de se faire bouffer par un lion, ne tourne plus à vide. Les dépressions sont ainsi bien plus courantes dans les pays riches que dans les pays pauvres. La fréquence des suicides chute pendant les guerres. Et les angoissés le sont largement moins durant les épidémies.

Photo: Stéphane Edelson
Photo: Stéphane Edelson

Jusqu’ici tout va bien

Suivant une même logique, certains tempéraments avantageux quand les temps sont à la prospérité et à la bonne santé peuvent devenir désastreux en période d’émergence d’une maladie aussi contagieuse que le Covid-19. À l’heure actuelle, la balance coûts/bénéfices de l’extraversion et du grégarisme est ainsi radicalement réévaluée, comme elle l’a périodiquement été au cours de l’histoire de notre espèce et de celles qui l’ont précédée. Expérimentalement, la chose est attestée par le fait que les individus facilement dégoûtés – le dégoût est un instrument de notre système immunitaire comportemental qui nous protège des pathogènes avant qu’ils ne pénètrent notre organisme en nous incitant à les éviter – ont aussi des niveaux d’extraversion chroniquement très bas. Idem quand la vigilance des individus aux risques infectieux est artificiellement stimulée – que ce soit par le truchement des médias pendant une pandémie ou dans les laboratoires de chercheurs en psychologie expérimentale. Dans ce genre de situation, leurs envies d’interactions sociales diminuent et leurs réflexes d’évitement augmentent. Plus généralement, on peut voir que l’évolution nous a tous dotés, à des degrés divers, d’un arsenal prophylactique instinctif qui fait que le dégoût et la peur, moteurs d’évitement parmi les plus puissants, se déclenchent le plus facilement lorsque nous sommes confrontés à trois grandes catégories de menaces : sexuelles (maladies sexuellement transmissibles), alimentaires (infection et toxicité par ingestion) et allogènes (la xénophobie traduit, à la base, un réflexe de protection contre des pathogènes auxquels son groupe risque de ne pas être immunisé).

Après quelques jours passés, comme tout le monde, collée aux informations relatives à la pandémie, mon rythme cardiaque n’a jamais été aussi bas, mon sommeil autant réparateur et mon optimisme aussi vigoureux. J’en viens même à rêver, tiens, qu’une fois les boues du Covid-19 éclaircies, il soit possible d’envisager un monde qui aurait moins l’air d’une monoculture pour grégaires et extravertis.

La haine par le crachat

0
Claude Askolovitch

Claude Askolovitch de France inter ne parvient ni à avoir de l’empathie pour Eric Zemmour, ni à vraiment condamner son agresseur. Il les renvoie dos à dos. Et s’il est contre toutes les violences, quand celles-ci visent son confrère de droite, il s’empresse d’ajouter un « mais »… Pourtant, se faire cracher dessus n’est pas anodin, en particulier par temps de pandémie virale.


« Fils de pute », « nique ta mère » et crachats, encore une fois, la haine antizemmourienne a frappé. Vendredi matin, dans les rues désertes du Paris fantomatique du confinement, l’éditorialiste du Figaro et de Cnews a été violemment insulté. Puis, on lui aurait craché dessus. Dans la vidéo filmée par son agresseur, on voit Eric Zemmour, sous la pluie, trempé, portant à bout de bras ses sacs de courses, et filant le plus vite possible sur les pavés mouillés, pour échapper à ce torrent d’injures. Son agresseur, qui se fait appeler sur les réseaux « Haram la gratuité », s’est empressé de diffuser la vidéo sur Snapchat où on le voit se féliciter d’avoir expectoré un gros « mollard » sur le journaliste.

D’aucuns trouvent des circonstances atténuantes au cracheur

Ce lynchage par injures et crachat sur l’homme que tant de gens adorent haïr a déclenché moult réactions chez les pro et les anti Zemmour. 

« Zemmour est détestable tout autant que celui qui le brime. Ils ne se justifient pas, ils se complètent, se ressemblent, ils sont la même inhumanité et deux incultures » Claude Askolovitch

Parmi ces derniers, celle du journaliste de France inter Claude Askolovitch est assez sidérante. Dans un inédit art de la pirouette, où Zemmour comme le délinquant sont assimilés à un même « fascisme », le drôle nous explique que « l’homme qui crache sur Zemmour n’est qu’un autre Zemmour ». Autrement dit, retour à l’envoyeur. L’éditorialiste qui crache son venin de facho-homophobe-islamophobe-raciste-et-sexiste sur les plateaux de télé se serait tout simplement vu rendre la monnaie de sa pièce. La fable du crapeau et de la blanche colombe, à France inter, on y croit. 

Askolovitch justifie ainsi sournoisement l’agression, en mettant sur un plan d’égalité ce qu’il pense être le crachat verbal de Zemmour avec le crachat physique de son agresseur. « Ils ont une même barbarie » clame-t-il dès le début de son article. “Je ne peux feindre la moindre sympathie pour Éric Zemmour. On ne plaint pas le fascisme” s’enthousiasme-t-il un peu plus loin. Extraordinaire !

A lire aussi: Agression de Zemmour: où est passé l’esprit #JesuisCharlie?

Rappelons que le mot barbare signifie étranger : ceux qui ne parlent pas la même langue. Zemmour et son agresseur ne parlent en effet pas la même langue. Dans sa vidéo justificative, son agresseur expliquait devant sa communauté « d’islamo racailles » (c’est le terme qu’il emploie) que l’agression verbale est la seule chose à faire face à Eric Zemmour. « C’est impossible de parler avec lui, il est super fort (…) à part insulter sa mère vous voulez faire quoi ? » plaidait l’imbécile devant son tribunal virtuel. Quel aveu d’impuissance intellectuelle !

Et en effet, selon l’éditorialiste france-intérien, Zemmour “écrase[rait] de ses mots, de son œil noir et de sa diction sèche” les autres. Ainsi, pour le camp des bienpensants, la violence verbale et le crachat trouveraient tous deux leur explication non pas uniquement dans le fait que le journaliste est un salaud (ça, cela nous est seriné à longueur d’antenne), mais aussi parce qu’il manierait trop bien l’art oratoire. Face à celui qui excelle à manier les mots, la seule réplique serait donc l’avalanche de gros mots ? Le flot d’injures odieuses et humiliantes serait l’ultime recours pour combattre Eric Zemmour ?

Le crachat, nouvelle arme de haine 

Que ce soit dans le billet d’humeur curieux de Claude Askolovitch ou dans le crachat de l’agresseur, c’est en tout cas l’expression d’un profond mépris envers l’intellectuel préféré de la droite. 

On se souvient de l’expulsion d’Alain Finkielkraut par les gauchistes sectaires de la pseudo agora démocratique de Nuit debout, Place de la République. Injures et crachats étaient également au rendez-vous. Mais aujourd’hui, le crachat n’a plus la même portée. Car cette expulsion de salive n’exprime plus seulement le rejet violent ou le simple mépris… Le crachat est devenu, avec le contexte actuel de l’épidémie de coronavirus, une nouvelle arme létale. On ne crache pas seulement pour mépriser ou faire taire autrui, on crache pour diffuser la panique du risque infectieux et donc potentiellement pour faire mourir. L’auteur du crachat peut être porteur du Covid-19, asymptomatique ou pas.  

A lire aussi: Quand le drame du Covid se précise: le Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu (SDRA)

En témoigne ce qui se passe lors des interpellations des forces de l’ordre. Le crachat est devenu une nouvelle arme anti-flic. En plus d’être pris pour cibles de jets de verre, de pierres et autres projectiles sympathiques, la police se fait régulièrement cracher dessus lors des contrôles d’attestations qui dégénèrent. Certains trouvent évidemment des circonstances atténuantes à de telles exactions : comportement inapproprié « bien connu » des forces de l’ordre, jeunes pour lesquels le confinement serait dur à vivre et autres habituelles billevesées répétées inlassablement à gauche.

Dès le premier jour du confinement, le 17 mars dernier, une femme avait toussé violemment au visage des policiers qui l’avait interpellée, et elle leur avait lancé « laissez-moi j’ai le coronavirus, vous l’aurez aussi ! » Quelques jours après, le 21 mars, c’est un homme, pris en flagrant délit de vol de masques chirurgicaux à la faculté de pharmacie de Montpellier, qui était condamné à 8 mois prison ferme après avoir craché sur des policiers. 

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Deux policiers suspendus pour propos racistes, deux autres attaqués

Dans l’Evangile de Jean, Jésus utilise sa salive, en plus de la boue, pour rendre la vue à un aveugle. Aujourd’hui la salive n’est plus miraculeuse mais haineuse. Et de la même façon que la salive éclaire sur la vérité du Christ guérisseur, le crachat au temps du corona révèle aussi sa vérité… une vérité sociale que certains éditorialistes s’obstinent à refuser de regarder en face.  Le crachat de 2020 nous tend le miroir où se reflète l’état de notre société archipelisée. Il dévoile les fractures d’un pseudo vivre-ensemble, peut-être loué sur les ondes de France inter, mais en vérité infecté par une haine grandissante ! Cracher, tousser, postillonner pour contaminer et tuer manifeste au grand jour la volonté d’une sécession bien réelle de ces « islamo-racailles » et de toute une société éclatée, peu sourcilleuse sur le respect de l’ordre républicain, trouvant des excuses chez ses alliés réfractaires à la pluralité d’idées.

« L’haleine des hommes est mortelle pour ses semblables ». Cette phrase écrite par Rousseau dans l’Origine des inégalités entre les hommes résonne, aujourd’hui, comme une sentence tristement d’actualité.

Destin français

Price: ---

0 used & new available from

Le quotidien d’un insecte

0
Ciel marocain Photo: Youssef Bouhsini / Unsplash

Des nouvelles de Driss Ghali, confiné au Maroc. L’isolement imposé permet un retour salutaire à soi


Chercher de la nourriture et acheter des masques, voilà ma routine quotidienne au Maroc depuis la mise en place du confinement. Telle une abeille, je ne quitte plus le parterre de fleurs qui m’a été assigné et qui se résume à mon quartier. Mon monde s’est rétréci alors que mon corps s’est arrondi : l’être humain s’efface peu à peu devant l’insecte. Miracle du confinement. À la longue, je crains de voir pousser des ailerons sur mon dos.

Comme tout le monde, je suis amoindri et apeuré. Personne ne me demande mon avis sur quoi que ce soit. Les regards sont tournés vers l’État tout-puissant, il est tout tandis que moi je ne suis rien. 

Tous confinés

Les premiers jours, j’ai essayé de fuir la nouvelle réalité en regardant la télévision française, disponible ici via satellite. J’ai vite déchanté tant la mine satisfaite de certains « grands experts » m’a dégouté de la science et du savoir. J’ai eu l’impression d’entendre des apiculteurs ravis de confiner leurs abeilles aux strictes limites d’une exploitation imaginaire. À les entendre, le confinement devrait être prolongé jusqu’au cœur de l’été c’est-à-dire à l’infini. Au diable l’économie et la société ! Selon ces esprits brillants, une abeille n’a guère besoin de se préoccuper des équilibres du monde, des droits de l’homme ou de l’avenir économique. Qu’elle exerce sa vocation d’abeille en s’occupant de la ruche et en visitant les quelques fleurs du voisinage, un point c’est tout ! Et si le pollen se fait rare, eh bien elle n’a qu’à disparaître dans le silence et l’anonymat… pourvu qu’elle n’attrape pas le coronavirus. J’enrage.

Pour me consoler, je me dis que je ne suis pas le seul dans ce cas. La moitié de l’Humanité est confinée paraît-il. Et alors ? À quoi ça m’avance ? Nous sommes donc trois milliards et demi d’assignés à résidence qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés à égalité les uns avec les autres. Il n’y a plus de riches ni de pauvres, d’universitaires ou d’illettrés, de forts ou de faibles.  Il n’y a plus de que des ignorants abrutis par les experts.  Les yeux bandés, ils ne voient pas au-delà des prochaines 24 ou 48 heures.

Comme le souvenir de l’ancien monde est encore vif, nombreux sont ceux qui veulent remonter le temps. Ils paieraient cher pour ressentir, ne serait-ce qu’un court instant, l’émotion grisante de participer de l’Humanité. Plusieurs entament ainsi la lecture des grands classiques de la littérature française, d’autres visitent « virtuellement » les plus beaux musées d’Europe et une minorité non-négligeable tente d’échapper au statut d’insecte en goutant la joie enivrante de l’inégalité. Aplatie par la politique de confinement, cette minorité de nouveaux insectes aspire à recréer un monde hiérarchisé où chacun est à sa place. Ses membres cultivent la nostalgie de l’ancienne société (celle d’avant le coronavirus) où les hommes étaient répartis selon des critères plus ou moins absurdes. Une société heureuse où le sport national était de se distinguer de son voisin, à n’importe quel prix. Un exercice devenu impossible car le confinement a remis tous les compteurs à zéro.

Les esprits s’échauffent

Hier, j’ai fait la triste expérience de cette soif de distinction qui anime certains de mes contemporains confinés. Ça s’est passé dans un supermarché, j’étais venu acheter du lait et du fromage; arrivé en caisse, un client, embusqué derrière un monticule de détergents en promotion, sortit de sa cachette pour m’exhorter à respecter la file d’attente imaginaire dont il venait de décréter l’existence, le tracé et le règlement intérieur.  À l’invective, j’ai répondu par le défi et les deux insectes ont failli se dévorer.

On nous a séparé à temps. Autrement, lui et moi aurions atterri au commissariat pour faire une autre expérience du confinement.

Aujourd’hui, avec le recul, je comprends l’acte de cet homme. Au fond, il est comme moi, il étouffe sous le poids de l’égalité. D’accord pour perdre les libertés mais pas pour se diluer dans la masse informe. En m’agressant, il voulait me remettre momentanément à ma place pour qu’il retrouve la sienne. 

Cela dit, ma nouvelle condition a quand même quelques avantages. Je peux désormais prendre le temps de butiner de fleur en fleur dans la plus grande des quiétudes et sous le doux soleil du Maroc. Grâce au confinement, je recommence à me déplacer à pied, toujours à la bonne hauteur pour admirer la beauté à ma portée. Je retrouve ainsi les sensations de mon enfance : l’odeur poussiéreuse mais tellement rassurante qui flotte au-dessus des champs d’orangers, légitimes maîtres des lieux avant l’arrivée de la ville ; la quiétude délicate et spontanée des lauriers roses et les pins parasols, paysage romain qui résiste au passage du temps. Que d’impressions agréables et familières. Elles ont toujours été là, proches et amicales, mais je n’étais pas disponible car je devais m’occuper de « choses sérieuses ». 

À chaque sortie désormais, je dévisage longuement les chers arbres de mon enfance dans l’attente d’un signe. J’aurais tellement aimé qu’ils me parlent pour me raconter la seule chose qui m’intéresse vraiment : se souviennent-ils d’un petit garçon, tout beau tout gentil, qui avait l’habitude de passer par ici il y a trente ans ? Se souviennent-ils de son sourire heureux lorsqu’il revenait de l’école ou quand son père l’envoyait « en mission commandée » à l’épicerie chercher du Schweppes et des cacahuètes pour l’apéro ?

Les odeurs de l’enfance

L’épicerie est toujours debout et prospère. Elle n’a rien de spécial, elle est même franchement miteuse mais elle fait partie d’un univers mental que j’embrasse comme un tout indivisible. Je le transporte avec moi où que je sois, en France, au Brésil ou en Colombie. Je ne renoncerai jamais à cet enfant qui s’émerveillait de tout et auquel on avait appris à observer la nature avec soin. À l’école, j’apprenais les mathématiques, la langue arabe et le Français. À la maison, on m’enseignait la sensibilité en m’invitant à lever la tête vers le ciel pour admirer le feuillage des platanes.

Ah les platanes ! Eux aussi s’ils pouvaient parler auraient tellement de choses à me dire. Pour commencer, où sont passés mes amis d’enfance? 

Est-ce que les enfants d’aujourd’hui partent en mission exploratoire munis de jumelles et de talkies walkies ? Les nôtres étaient des petits postes CB en plastique gris et orange, que nos parents amenaient en contrebande depuis Tétouan. Nous les utilisions pour organiser l’exploration des parcelles aux alentours, un exercice périlleux car des sangliers s’aventuraient encore dans les parages à cette époque.

Qu’est devenue la maison beige dont l’approche m’était rigoureusement prohibée ? Gamin, on m’avait convaincu que le gouvernement y enfermait les femmes souffrant de troubles mentaux.  Le lieu était effectivement sinistre avec son immense parc planté de figuiers au feuillage sombre, soldats végétaux à la mine inquiétante. La nuit, j’imaginais avec horreur des hystériques se faire électrocuter et des jeunes filles répudiées par leur famille s’arracher les cheveux en criant des insanités.

Un temps pour soi

Alors, à défaut de parler aux platanes, je partage mes états d’âmes avec un gardien. Un vieux noir de Zagora qui a quitté son désert chéri il y a dix ans pour voir la mer. Au début, il m’a pris pour un rodeur ou un inspecteur des services municipaux, il faut croire que personne ne lève plus les yeux vers le ciel en admiration. Désormais, il me fait confiance et accepte de me parler de son oasis et de ses palmiers-dattiers. Et moi, je lui livre la chronique végétale du quartier. Nous parlons la même langue, celle de la sensibilité. Nous n’avons peut-être pas les mêmes mots pour décrire fleurs, arbres et arbustes mais les voyons tous les deux comme des personnes, en chair et en os. Des membres de la famille. 

La compagnie de ce vieux gardien m’est plus agréable que celle du client du supermarché qui voulait me casser la gueule. L’un cultive la sensibilité, l’autre l’inégalité. Je suis l’un et l’autre. Un être sensible et un petit bourgeois attaché à son identité sociale. Un garçon doux et un adulte amer. 

Bon, une chose est sûre, ce confinement m’aura au moins permis d’ouvrir les yeux sur moi-même afin d’entendre des voix trop longtemps étouffées. La lucidité consiste à écouter sa symphonie intime malgré ses dissonances et ses fausses notes embarrassantes.

Je commence à prendre goût à cette nouvelle vie d’abeille.

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

Price: ---

0 used & new available from