Le philosophe et historien Marcel Gauchet et la journaliste Elisabeth Lévy pensent l’après confinement à l’échelle des nations et réagissent à la dernière allocution présidentielle sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Verbatim.


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Marcel Gauchet. Je suis assez pessimiste. Je tends à penser qu’au-delà des circonstances exceptionnelles que nous allons connaître dans les mois qui viennent, tout l’effort de nos responsables (et les grands intérêts qui sont avec eux) va consister à essayer de revenir au statu quo ante, à la situation qui prévalait auparavant. 

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C’est imprévisible parce que, comme toujours dans l’Histoire, ce sont les enchaînements qui comptent. Est-ce que le poids nouveau et incroyable que vont acquérir les États dans la conjoncture des deux années qui viennent (au moins) va être tel que de toute manière il sera très difficile de revenir sur cette place acquise par eux ? … Une place qui, d’ailleurs, sera devenue la loi du fondement de notre société pour un temps assez long. C’est cela l’inconnu. 

Elisabeth Lévy. Est-ce que cela ne risque pas surtout de créer de nouvelles tensions sociales ? À la fin, il faudra bien faire payer les classes moyennes tout cet argent que nous mettons sur la table actuellement… 

Marcel Gauchet. La question est de savoir qui paiera. C’est ouvert. Les riches ? les moyens-riches ? les moyens-pauvres et les pauvres aussi ? Par exemple sous la forme d’impôts indirects, de hausse de TVA, etc. Tout cela va peut très bien tourner en un vaste concours d’imagination et de compétition entre les États en Europe. Les règles de l’Union européenne sont celles de la concurrence, c’est une union concurrentielle fiscalement. Une drôle d’union. Cela va donner des résultats variés selon les situations. 

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Elisabeth Lévy. Il y a d’ailleurs une concurrence politique entre les États. On voit bien que dans cette affaire d’épidémie, tout le monde passe son temps à se comparer en disant “regardez les Coréens, regardez les Allemands, comme ils font mieux que nous !”. Ce qui ne facilite pas la tache de nos gouvernants.

Marcel Gauchet. Mais cela c’est très bien ! Nous avons par exemple exactement le même volume de dépenses de santé en proportion du PIB que les Allemands. Et on voit qu’ils font autre chose, et plutôt mieux que nous. Il sera intéressant de comprendre pourquoi. 

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C’est un aspect particulièrement salutaire d’aller chercher ces points de comparaison [avec les autres nations] qui permettent de sortir un peu de la confrontation interne de points de vue qui de toute façon sont inconciliables. On a un élément solide pour juger de performances relatives. (…) Pour les Français c’est un deuil national. Ils avaient l’habitude de compter sur un État pénible mais efficace, il est aujourd’hui toujours pénible mais n’est plus efficace. (…) Une crise, ça sert d’examen de conscience, de diagnostic. Si on arrive à se servir de la crise du coronavirus pour un vrai diagnostic de la situation française, que nous attendons depuis des années et qui n’arrive jamais, elle aura servi à quelque chose.

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