Par ses valeurs aristocratiques et son refus des conventions bourgeoises, Gabriel Matzneff a fasciné des générations d’adolescents. En nous plaçant du côté de ses proies, le livre de Vanessa Springora nous ouvre enfin les yeux.


J’ai cessé d’aimer Gabriel Matzneff en 1988. J’avais 24 ans et en guise de premier poste dans une ZEP du Nord, une classe de collège composée de gamins et de gamines de 12 ans originaires de pays où les droits de l’enfant ne sont pas vraiment la priorité. Et je venais de lire Harrison Plaza, un roman de Matzneff qui comme tous les romans de Matzneff est son journal à peine déguisé. Nil Kolytcheff se tapait de petits prostitués philippins dans un hôtel de luxe, en pleine dictature. Je ne sais pas si on employait déjà l’expression de tourisme sexuel, mais découvrir que celui qu’on avait cru un esprit généreux, c’est-à-dire noble au sens étymologique du terme, se livrait à cette activité m’a vacciné d’un seul coup. C’est que je ne pouvais m’empêcher de superposer le visage de mes élèves aux gamins sodomisés par Nil Kolytcheff et ses amis.

J’ai décidé de ne plus lire Matzne

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Février 2020 - Causeur #76

Article extrait du Magazine Causeur

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