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Onfray, le peuple et nous


L’éditorial de juin d’Elisabeth Lévy


J’en conviens, ce n’est pas très malin. À la parution des premiers articles sur Front populaire, la revue que lance Michel Onfray le 23 juin, j’ai pensé qu’une entreprise qui enrageait autant les rubricards antifascistes du Monde et Laurent Joffrin devait avoir du bon. Rien d’étonnant, vu le nombre d’amis (et auteurs) de Causeur embarqués dans l’aventure[tooltips content= »De plus, nous sommes en quelque sorte voisins de palier à Téléparis, la maison de l’ami Stéphane Simon avec qui nous avons lancé ReacnRoll et Causeur.TV »](1)[/tooltips]. Sans être vraiment un compagnon de route, car il trace la sienne, Onfray est un peu un ami de la maison. Il ne s’est jamais dérobé quand il fallait défendre la liberté de ceux qui ne pensent pas comme lui. « Avec sa nouvelle revue, Michel Onfray devient la coqueluche de l’extrême droite » : le titre du Monde, le 19 mai, m’a ramenée vingt ans en arrière, aux grandes heures de l’affaire Lindenberg et des listes noires de néo-réacs. Les deux limiers habituellement commis au traitement du Rassemblement national ont épluché les noms des abonnés-souscripteurs de Front populaire pour en extraire triomphalement cinq ou six, comme ceux de Robert Ménard et d’Alain de Benoist, on les tient chef. Le premier crime d’Onfray, c’est de plaire à des gens qui déplaisent aux curés du Monde. Qui ne dédaignent pas pour autant de capitaliser sur la popularité de leurs bêtes noires. Onfray, comme Zemmour, c’est du clic assuré.

Aussi, dès le lendemain de la parution du Monde, Laurent Joffrin prophétise que le projet connaîtra le destin de « toutes les entreprises d’hybridation », toujours tombées, selon lui, « là où elles penchaient, à la droite de la droite », la preuve par Marquet et Déat, passés du socialisme à la collaboration. Curieux, cette haine de l’hybridation chez un adorateur du métissage, mais passons. On s’attriste de trouver la même référence infamante sous la plume de Jean-François Kahn qui n’a pas l’habitude de pratiquer la reductio ad petaino-hitlerum. L’insoumis Alexis Corbière accuse le philosophe de participer à « une entreprise de démolition de la Révolution française » et de suivre « une logique vendéenne » – on n’ose comprendre ce que serait une logique non vendéenne. Enfin Jacques Julliard sort son Maurras et voit se profiler dans l’ombre de Front populaire « l’autarcie économique » et « l’isolationnisme politique ». Première nouvelle, alors qu’Onfray se réclame de l’Europe des nations chère à de Gaulle. Un nazi, vous dit-on. Ou au moins un rouge-brun qui salit de belles idées de gauche avec de vilaines fréquentations de droite.

A lire aussi: Onfray et Zemmour, face-à-face ou côte à côte?

Ces réactions paniquardes suggèrent qu’un inquiétant complot est en train de s’ourdir dans l’arrière-cuisine du producteur Stéphane Simon, associé de l’écrivain. En effet : celui-ci se propose de faire dialoguer et travailler ensemble « les souverainistes des deux bords ». L’idée est excellente, la preuve, c’est qu’on l’a eue avant lui, enfin surtout Philippe Cohen : en 1998, lorsqu’il fonde la Fondation Marc-Bloch avec votre servante en petite main, on parle plutôt de réunir « les républicains des deux rives ». Et c’est pas pour me vanter, mais on se fait déjà canarder par Le Monde qui sonne l’alarme contre les « nationaux-républicains ». En 2002, la candidature Chevènement, soutenue par des proches de Pasqua et de Villiers finit en eau de boudin avec le retour au bercail de gauche. Les conditions historiques d’un changement de clivage ne sont pas réunies. Aujourd’hui, nul n’oserait plus soutenir que l’Europe de Maastricht et d’Amsterdam a apporté la concorde civile et la prospérité économique. L’Union européenne est devenue le motif lancinant de la « sécession des élites » et de la jacquerie, dans les urnes ou dans la rue, des couches moyennes et populaires menacées de déclassement. Les peuples demandent avec constance plus de nation et la continuité historique qui va avec. C’est pourtant Macron qui fait exploser le clivage droite-gauche et rafle la mise en réalisant l’unité des mondialisateurs heureux. Beaucoup rêvent aujourd’hui d’un Macron (ou d’une Macronne) souverainiste qui rééditerait ce blitzkrieg victorieux.

Onfray se place sur un autre plan : « Nous souhaitons installer le Front populaire sur le registre des civilisations. Pour être même plus précis : sur celui de la défense de la civilisation judéo-chrétienne », écrit-il dans l’éditorial du premier numéro de Front populaire. De quoi chatouiller bien des narines délicates, peut-être refroidir les représentants de l’« aile gauche » qui font déjà assaut de coquetterie pour bien montrer qu’ils ne mangent pas de ce pain-là.

À la vision binaire de ceux qui divisent le monde entre gentils progressistes et méchants populistes, Onfray oppose un partage d’airain entre bons peuples et mauvaises élites

Malgré ce beau programme, on partage certaines des inquiétudes d’Alain Finkielkraut. Onfray a beau proclamer son aversion pour la violence politique et son souci d’élever le débat, il frappe parfois en dessous de la ceinture, par exemple quand il reproche à Laurent Joffrin l’amitié de son père pour Le Pen. Il regrette que la Révolution française ait abouti au régicide, mais il lui arrive d’avoir des accents de coupeur de tête. Bref, à l’image de ceux qui le traînent dans la boue, il n’a pas d’adversaires, mais des ennemis à qui il voue une forme de haine de classe. « Traiter un contradicteur de nazi ou de rouge-brun, c’est ne pas avoir à lui opposer autre chose que l’insulte », écrit-il encore. Mais chez lui, comme chez nombre de gilets jaunes, la critique des politiques se mue volontiers en détestation des personnes. Aussi n’envisage-t-il jamais que nos gouvernants se soient trompés : ils ont délibérément voulu « évincer les peuples », « soumettre les individus », « éradiquer la conscience critique » et « travailler à la propagation de l’illettrisme ». À la vision binaire de ceux qui divisent le monde entre gentils progressistes et méchants populistes, Onfray oppose un partage d’airain entre bons peuples et mauvaises élites. Les uns ont des convictions, les autres des intérêts. Ce manichéisme n’est pas la meilleure façon d’initier une confrontation idéologique qui, aussi âpre soit-elle, ne devrait pas nous empêcher de nous engueuler entre gens de bonne compagnie. La grandeur du petit peuple, c’est aussi de pouvoir entendre qu’il n’a pas toujours raison.

Les Rien-pensants

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Grandeur du petit peuple: Heurs et malheurs des Gilets jaunes

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Causeur: Un été sans touristes


De Versailles à Venise, on est chez nous ! Découvrez le sommaire du numéro 80 du magazine Causeur.


Un été sans (troupeaux de) touristes ? Le temps du confinement, « pendant deux mois, des temples antiques, des cathédrales, des châteaux, des tableaux ont été rendus à eux-mêmes et à leurs secrets (…) La crise sanitaire aurait pu être l’occasion, pour les pays du sud de l’Europe, France y compris, de réfléchir à l’humiliante dépendance de leurs économies au bon vouloir (et aux revenus) des visiteurs étrangers », se réjouit Elisabeth Lévy. Et si nous redevenions des voyageurs plutôt que des consommateurs frénétiques ? Tel est le programme du nouveau numéro de Causeur, invitation à flâner, contempler, et baguenauder plutôt que d’accumuler les spots touristiques.

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Pour Bérénice Levet, voici enfin l’occasion de réfléchir à l’avenir d’un secteur mettant en péril les sites et monuments qui font la France. En guise de geste protecteur, l’historien et défenseur du patrimoine Alexandre Gady propose d’instaurer un numerus clausus pour préserver nos chefs-d’œuvre en péril tels que le Mont-Saint-Michel et Notre-Dame. De l’autre côté des Alpes, sinistrée par trente millions de visiteurs annuels, Venise n’en retire aucun bénéfice économique. Grâce au confinement, la cité des doges a retrouvé sa beauté et son authenticité. Charge aux Vénitiens d’inventer un modèle alternatif au tourisme de masse. Par son récit du feuilleton politique local, Annabella Moncenigo nous fait nous gondoler. Mais ne nous réjouissons pas trop vite. Avec la pandémie de Covid, l’aviation civile est entrée dans l’ère du sans contact et du self-service qui permettra au voyageur de limiter les risques d’infection. De quoi faire préférer le train à Stéphane Germain.

Passons aux actualités. Le spécialiste de l’économie de la santé Ariel Beresniak revient sur les revirements de The Lancet, laquelle a pris ses distances avec l’étude qu’elle avait publiée sur la dangerosité de la chloroquine. Il faut dire que malgré sa haute réputation, cette revue scientifique a déjà publié des études fausses. Reste à comprendre pourquoi l’OMS et notre ministère de la Santé lui ont si vite emboîté le pas.

Petit scoop, Erwan Seznec a mené l’enquête et révèle l’absence de tout chiffre prouvant la prétendue augmentation des violences conjugales pendant le confinement. Et quoi qu’en dise Marlène Schiappa, le gouvernement le sait depuis le début.

Outre-Atlantique, notre correspondant Alexandre Mendel entrevoit derrière l’abominable meurtre de George Floyd, la volonté des démocrates d’imposer aux Blancs conservateurs un exercice de repentance collective.

Retour en France. Pour son dernier article dans nos colonnes, David Desgouilles, que nous regretterons, dresse un bilan du souverainisme. De quasi-marginal, le discours souverainiste est devenu hégémonique à l’heure où la lutte contre le Covid-19 réhabilite l’indépendance industrielle et le respect des frontières. Plutôt que de critiquer les ralliés, les souverainistes canal historique devraient se réjouir de leur victoire idéologique. Figure de cette mouvance, la militante laïque Céline Pina signe un plaidoyer en faveur du nucléaire, atout principal de l’État stratège pour réindustrialiser la France.

Pour clore la rubrique, Alain Finkielkraut expose ce qui le sépare de Michel Onfray. L’amour de la pensée complexe ?

>>> Découvrir le magazine <<<

Côté culture, Patrick Mandon a interrogé le petit-fils du général Lafontaine, qui commandait la 55e division d’infanterie contre les troupes allemandes du 10 au 14 mai 1940. Une défaite riche d’enseignements.

En série noire, Jérôme Leroy rend hommage à Jean-Patrick Manchette (1942-1995), considéré comme le père du néo-polar post-68.

Enfin, Emmanuel Tresmontant lève son verre au cidre, breuvage béni des dieux dont les meilleurs crus rivalisent avec un bon vin. Santé !

Heureux comme un Noir en France


L’histoire comparée de la France et des États-Unis prouve que les Français n’ont pas à se complaire dans la repentance raciale.


La machine à rêves d’Hollywood nous a tellement habituée à des images de frères d’armes, noirs et blancs, défendant ensemble la bannière étoilée que nous avions fini par oublier la réalité, nettement moins reluisante, d’une nation obnubilée par la question raciale. Une malédiction qui avait été bien repérée par Alexis de Tocqueville[tooltips content= »De la Démocratie en Amérique, 1840. »](1)[/tooltips] en 1840 : « Le plus redoutable de tous les maux qui menacent l’avenir des États-Unis naît de la présence des noirs sur leur sol. »

French Theory: retour à l’envoyeur

Certains tentent aujourd’hui d’importer et de transposer cette obsession épidermique américaine. Mais il ne faut pas se laisser intimider par le révisionnisme vindicatif et caricatural des black-American studies, bouillie socio-philosophique concoctée sur les campus d’outre-Atlantique, à partir de restes mal digérés de French Theory. Encouragé par le réflexe conditionné d’élites françaises « américanouillardes », l’amnésie tricolore sur ce sujet des relations raciales est hélas puissante. Pourtant, les relations entre la France et la négritude, pour reprendre le terme forgé par Aimé Césaire, se situent aux antipodes de la répulsion raciale américaine.

Par une loi du 4 avril 1792, la Première République accorde des droits civiques aux « hommes de couleur libres » (affranchis). La Convention abolit l’esclavage en 1792. La traite ne sera rétablie que par l’Empire et la monarchie, avant d’être à nouveau proscrite en 1848.

A lire aussi: Le monde (en noir et blanc) de Sophie

La Révolution voit dans la première république noire de l’histoire, Haïti, une sœur antillaise. La grande nation qui proclame que les hommes naissent libres et égaux prend le parti des esclaves révoltés contre la Couronne britannique.

Bonaparte rétablira l’esclavage mais, nullement raciste, l’Aigle cherchera à enrôler le général Toussaint L’Ouverture.

Vendu enfant comme esclave, Jean-Baptiste Belley deviendra capitaine avant de siéger à la Convention, sur le banc des Montagnards.

De passage à Philadelphie pendant la guerre d’indépendance, il répondra aux colons américains choqués de voir un officier nègre : « quand on sait sauver les Blancs et les défendre, on peut bien les commander ! »

Au lendemain de la défaite de 1870, alors que deux départements ont été arrachés par l’Allemagne naissante au prétexte qu’ils étaient peuplés de germains, un député noir rappelle que nos trois couleurs ne sont attachées à aucune. En 1914, Blaise Diagne entre la chambre des députés. Ce natif de Gorée sera sous-secrétaire d’État. Au Palais Bourbon, il va côtoyer un frère de couleur, Gratien Candace, élu de la Martinique.

A Paris, l’antillais René Maran décroche le Goncourt en 1921. Dans les années 20, les noirs sont pendus hauts et courts aux arbres du Dixie Land.

Notre pays n’est pas l’Amérique. La France nomme gouverneur de l’Afrique équatoriale française, Félix Eboué, fils d’une femme de ménage guyanaise.

Rallié à la France libre, ce grand Français sera fait compagnon de la Libération par le général de Gaulle.

La France en avance sur les États-Unis

Pendant la débâcle, le préfet Jean Moulin préférera tenter de se trancher la gorge plutôt que de livrer ses tirailleurs africains aux nazis qui voulaient les fusiller. A la veille du débarquement en Provence, l’état-major allié ordonne à la France libre de « blanchir » les troupes, principalement coloniales, qui doivent débarquer en Provence. Fureur de Leclerc qui passe outre. Sur le front européen, les soldats noirs, sous uniforme américain, ne sont pas jugés dignes de porter les armes. Sur ce sujet des relations entre les races, ce n’est pas un gouffre qui sépare Américains et Français, c’est un océan.

A lire aussi: Les «antiracistes» traitent un policier noir de vendu

Nous sommes en 1955 à Montgomery, Alabama. Rosa Park n’a pas le droit de s’assoir dans un autobus à côté des blancs. Sur les quais de Seine, des hommes de couleur siègent au gouvernement. Entre 1945 et 1958, ils sont plus de cinquante à participer aux affaires de la France, dont l’Ivoirien Houphouët-Boigny, le Malgache Tsiranana et le Guinéen Sékou Touré. À partir de 1954, on trouve, dans chaque gouvernement, un Noir d’Afrique, quatre en 1957. Cette même année, les paras américains doivent escorter des étudiants colored qui rentrent à l’université de Little Rock, Arkansas, sous les lazzi des Wasps. Deux décennies plus tôt, Aimé Césaire devenait le premier normalien noir.

Autre grand poète, académicien français, corédacteur de la Constitution du 4 octobre 1958 et père de la nation sénégalaise, Léopold Sedar Senghor. Dans la France de de Gaulle où l’on roule en DS, des militants de la cause noire américaine trouvent souvent refuge. De l’autre-côté de l’Atlantique, des écrivains noirs américains, comme James Baldwin rendent hommage à la patrie d’Alexandre Dumas. « J’ai deux amours, mon pays et Paris » chantait Joséphine Baker, grande résistante, noire américaine de naissance et Française de cœur.

Crise sanitaire: Y’a trop de pilotes dans l’avion!


Sophie de Menthon dresse la liste de nos lourdeurs administratives. Elles ont joué contre nous


La liste non exhaustive ci-dessous, sans autres commentaires, suffit en elle-même à expliquer le dysfonctionnement du système de santé français! Non contents d’avoir subi de plein fouet toutes les lourdeurs administratives possibles pendant la crise, freins permanents à la bonne marche de notre pays et de son économie, nous découvrons l’usine à gaz des entités pléthoriques de l’univers de la santé, au nom probablement de l’efficacité!

On peut sourire ou pleurer, ou encore ne pas y croire, et pourtant jugez un peu :

  • Le ministre de la Santé
  • Le Directeur Général de la Santé
  • La Direction de Santé Publique France
  • Le Directeur de la Haute Autorité de santé (HAS)
  • Les Directeurs des Agences Régionales de la Santé (ARS)
  • Le Directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES)
  • La Direction de l’Alliance Nationale pour les Sciences de la Vie et de la Santé (AVIESAN)
  • L’agence Nationale de sécurité du médicament de la Santé (ANSM)
  • Un nombre d’infectiologues parisiens incroyablement élevé qui couraient les plateaux de télévision… (On peut s’interroger sur la capacité de certains à nous expliquer le virus lorsqu’ils étaient par exemple otorhinos ?)
  • Le fameux Centre national de recherche scientifique (CNRS)
  • Un Haut-Commissariat de lutte contre les épidémies
  • Le Haut Conseil de Veille Sanitaire
  • L’Agence Nationale de Sécurité de Logistique Médical
  • Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) (instance française chargée d’apporter une aide à la décision au ministre de la Santé en réalisant des rapports sur la santé et en formulant des recommandations.)
  • L’Institut national de la santé et de la recherche médicale
  • Les Centres Nationaux de référence, les fameux CNR
  • L’EPRUS : Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires
  • Sans oublier la médecine du travail qui en temps de paix est difficilement joignable, et dont nous ignorons actuellement le rôle.

Par ailleurs, on doit faire face en France à toutes les situations… avec de nouvelles structures !

Aussi pour la mise en place du dé confinement, il fallait forcément nommer un Monsieur déconfinement : ce fut fait, il fallait qu’il fût énarque et ce fut le cas en la personne de Jean Castex puisque d’évidence il n’y avait personne de compétent et de disponible dans l’armée citée précédemment. Parallèlement sortaient de terre avec efficacité des « cellules spéciales » pour les masques, pour les tests, puis pour accélérer le dédouanement de ces derniers… Jeunes inspecteurs des finances qui débarquaient, pleins de bonne volonté et totalement impuissants.

A lire aussi: Covid-19 en France: une débâcle certifiée conforme

Nous avons survécu sur le plan sanitaire grâce au nouveau bras droit gouvernemental (ou gauche selon l’actualité) créé par la loi du 9 août : il s’agit du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Le conseil doit toujours être HAUT pour signifier sa puissance, sa compétence et surtout, qu’il est au-dessus des autres – ce qui garantit des luttes internes. Il est appelé également « comité scientifique » par le Haut Gouvernement : les autres n’ont-ils probablement aucune compétence scientifique…à moins qu’il ne s’agisse d’une entité différente. Ce comité d’experts a pour fonction de conseiller, et non pas d’influer (sic) de façon à ce que les décisions politiques ne soient pas seules incriminées… sachant que les responsables politiques agissent sur les conseils dudit comité, qui selon son Président professeur de médecine Franck Chauvin, n’a aucune influence sur le politique qui doit être seul à décider et manifester sa parfaite et exemplaire indépendance d’esprit.

Trois questions fondamentales :

  1. Qui fait quoi ?
  2. Combien ça coute ?
  3. Qui est le chef ?

Peut-on nommer un comité pour répondre ?

15 idées simples pour ruiner la France

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« Je ne crois pas à un effondrement durable du trafic aérien »


Bruno Le Maire a annoncé ce matin un plan de soutien à l’aéronautique d’un montant de 15 milliards d’euros ! Ingénieur de formation et conseiller régional (gauche républicaine et socialiste) d’Occitanie, Thierry Cotelle travaille au sein d’un grand groupe aéronautique et préside l’Agence régionale de l’énergie et du climat.


Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Durement affectée par la crise qui frappe les compagnies aériennes, ses principales clientes, Airbus a perdu plus de 480 millions d’euros en trois mois et a déjà annoncé 3 000 licenciements à ses 135 000 employés. 

Thierry Cotelle. Des dizaines de milliers d’emplois seront perdus. Airbus qui, à la veille de la crise, affichait un carnet de commandes exceptionnel, a d’ores et déjà annoncé une réduction de 30 à 40% des livraisons mensuelles et cela pourrait s’aggraver au cours des prochains mois. La plupart des compagnies aériennes ne prendront pas livraison des avions qu’Airbus continue de produire.

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Thierry Cotelle

Cette récession condamne-t-elle les sous-traitants toulousains d’Airbus ?

Pour l’ensemble de la chaîne de sous-traitance, bureaux d’études compris, la production est pratiquement à l’arrêt. Les sous-traitants, qui ont suivi le rythme de 63 A320 (l’avion le plus vendu au monde) qu’Airbus livrait chaque mois, se retrouvent avec un ou deux mois de stocks inexploitables. On va descendre à 40 avions par mois. Et Airbus tend à internaliser la production. Or, le tissu de sous-traitance produit 60% de la valeur ajoutée d’un avion. Dans la région toulousaine, cela inclut des PME, PMI et des groupes équipementiers déjà en difficulté, comme Latécoère qui a décidé de stopper sa production plusieurs semaines durant.

A lire aussi, sur Airbus: Ceux qui croient encore au ciel et ceux qui n’y croient plus

L’aéronautique toulousaine est-elle trop dépendante d’Airbus ?

Depuis quelques années, les sous-traitants se sont diversifiés commercialement. Mais la crise touche l’ensemble du secteur. Mon groupe, par exemple, est certifié pour fabriquer des pièces pour les constructeurs Boeing (États-Unis), Bombardier (Canada) et Embraer (Brésil), mais ces sociétés se trouvent dans la même situation qu’Airbus… Nous avons donc réduit notre production de 60% à 70% et prévoyons une baisse encore plus importante. Le niveau de production restera très bas au moins jusqu’en septembre.

À l’échelle du Grand Toulouse, que pèse l’ensemble de l’industrie aéronautique ?

Le secteur aéronautique représente 60 000 emplois dans l’aire urbaine toulousaine. Il y a évidemment Airbus et ses sous-traitants, Safran, ainsi qu’un fabricant d’avions moins connu, mais leader mondial sur son marché : ATR, détenu à 50% par Airbus et à 50% par l’industriel italien Leonardo, qui produit des petits avions turbopropulsés particulièrement efficaces sur les courtes distances.

Le ralentissement du transport aérien va-t-il favoriser les petits avions ?

Absolument : avant la crise, les gros porteurs étaient déjà inadaptés ! Il y a quelques années, Airbus pensait que l’avenir était aux grandes autoroutes de l’air, où de gros appareils remplis à plus de 80% transporteraient un maximum de passagers entre les principaux aéroports. Mais les gros porteurs comme le Boeing 747 et l’A380 exigent de coûteux aménagements aéroportuaires, donc des taxes supplémentaires pour les compagnies. Leur production a été stoppée, même si beaucoup circulent encore. Emirates, plus gros acheteur d’A380, étudie la mise au rancart accélérée de cet appareil. On lui préfère des avions plus petits et plus souples d’utilisation.

L’industrie aéronautique va devoir intensifier ses efforts pour la transition énergétique, notamment autour du projet d’avion électrique

Ces petits porteurs permettent-ils de faire le tour du monde ?

Pas tout à fait, mais leur rayon d’action s’est considérablement étendu. Rappelons qu’il existe deux grandes catégories d’avions : les monocouloirs (A320, Boeing 737) et les « long range » (A330, A350, Boeing 787) qui comptent au moins deux couloirs. Les progrès technologiques permettent désormais aux monocouloirs d’effectuer des vols transatlantiques en économisant du carburant. Les produits phares d’Airbus et de Boeing restent donc les monocouloirs.

À long terme, faudra-t-il repenser notre modèle aérien fondé sur le tourisme de masse ?

Je ne crois pas à un effondrement durable du trafic aérien. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir nous déplacer. Certes, on voyagera peut-être différemment. Avec le recours croissant au télétravail, la fréquence des voyages d’affaires se réduira encore davantage. Dans les pays occidentaux, je m’attends à une forte pression politique pour réorienter les modes de déplacement, notamment en faveur du train. D’autant que le transport ferroviaire est lié aux marchés publics et bénéficie donc d’une demande toujours soutenue par l’État. La filière ferroviaire de mon groupe est par exemple en train d’embaucher une cinquantaine de personnes sur un site de Vendée.

Si je comprends bien, la crise ne fait que renforcer des tendances déjà amorcées…

Elle va les accélérer. L’industrie aéronautique va devoir intensifier ses efforts pour la transition énergétique, notamment autour du projet d’avion électrique. Les aides accordées à certains secteurs industriels devraient être conditionnées à ce type d’objectif politique.

On sait la Chine très en pointe sur les batteries électriques de voitures. En va-t-il de même pour les avions électriques ?

Pas du tout. Grâce à Airbus, l’Europe a encore une longueur d’avance sur les Chinois qui sont en train de développer leur propre mono-couloir mais n’arrivent pas à le faire voler à la vitesse espérée. Ils sont aussi en retard sur le volet électrique et la pile hydrogène, possible solution déjà testée sur les moteurs auxiliaires.

A lire aussi, Jérôme Rivière: Berlin poignarde la défense européenne

Sur la scène industrielle et géopolitique mondiale, qui d’Airbus ou de Boeing est le mieux armé à affronter la crise ?

Juste avant la crise, Boeing avait subi un coup dur, avec l’interdiction de vol de son 737 après deux accidents mortels survenus l’an dernier. En revanche, Boeing conserve une force de frappe beaucoup plus importante qu’Airbus grâce à l’aéronautique militaire. Boeing produit en effet les F-15 et F-18, les hélicoptères Apache et Chinook, et peut compter sur les commandes publiques du Pentagone, ou la force de persuasion de l’OTAN quand l’Allemagne commande ses avions de combat… L’Europe de la Défense n’est pas pour demain !

Les (mauvais) comptes de Toulouse 

Dans la région toulousaine, les ennuis volent en escadrilles. « Les quatre digues que sont Airbus, Safran, Thalès, ATR vont licencier environ 30% de leurs employés. Chaque emploi direct drainant derrière lui quatre emplois indirects, on peut craindre 120 000 pertes d’emplois dans l’aire urbaine toulousaine », prévoit Sarah Campredon, candidate (sans étiquette) à la mairie de Rabastens. Pour l’élue de ce village de 5 600 habitants entre Albi et Toulouse, la saison touristique s’annonce sous les pires auspices. « Le tourisme est très dépendant de l’activité professionnelle. En temps normal, employés, gens de passage et sous-traitants consomment énormément. Avec la crise de l’industrie aérienne, la ville de Toulouse table sur au moins 30% de fermetures de restaurants et d’hôtels ! » Contrairement à sa rivale Montpellier, surfant sur l’héliocentrisme et l’attraction des plages, Toulouse mise sur un tourisme vert qualitatif et gentrifié, qui remplit chambres d’hôtes et châteaux de la région. Rabastens, dont l’église classée monument historique aimante traditionnellement Espagnols, Anglais ou Allemands, pâtira tant du repli général que de l’application des mesures sanitaires. « On est dans une situation absurde : l’Occitanie est la région dont la population est la moins touchée par le Covid, mais connaîtra un sinistre économique absolu », se désole Sarah Campredon.

La police française fait le dos rond


Inquiété par les manifestations singeant le mouvement américain “Black lives matter”, le président Macron a demandé au gouvernement de se saisir du problème des « violences policières ». Hier, le ministre de l’Intérieur a réclamé une « tolérance zéro » contre le racisme dans la police, et a annoncé la suspension des agents « pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes », et la fin immédiate des contrôles d’identité comme « critère d’évaluation d’activité ». Les gilets jaunes n’avaient pas connu telle mansuétude.


Macron demande au gouvernement des propositions sur la déontologie dans la police… Cela me rappelle quelque chose : n’avait-il pas aussi demandé des propositions urgentes sur les banlieues après avoir vu le film « Les Misérables » ? 

Au fond, le job de président n’a pas l’air si compliqué. Lorsqu’un problème devient trop médiatisé, autrefois on créait une commission. Aujourd’hui, on demande des propositions. Que ces propositions aboutissent à quelque chose importe peu. Ce qui compte c’est de faire savoir qu’on fait quelque chose.

Une police violente et raciste?

Peut-être serait-il utile aussi de demander des propositions au gouvernement pour faire baisser les chiffres de la délinquance, ainsi que des agressions dont sont quotidiennement victimes les forces de l’ordre. Mais il est vrai que la simple évocation de ce problème reste impensable, car un président se doit de rester politiquement correct, c’est la terrible règle de notre époque.

A lire aussi: Black Lives Matter: un conformisme comme un autre?

Dans le genre politiquement incorrect risquons-nous à quelques réflexions dont je mesure combien elles sont sacrilèges, mais tant pis :

Au fond n’est-il pas probable que la plupart des  victimes  de heurts violents avec les forces de l’ordre le sont à l’occasion de faits de délinquance, de délit de fuite, de rébellion voire de manifestations interdites ? Cela n’autorise en rien la police à outrepasser ce que les circonstances autorisent, mais qui peut nier que c’est un risque que prend tout délinquant ? Il peut tomber sur un gendarme ou un policier trop violent. S’il respecte la loi, c’est un risque qui n’existe pas. Mais il est vrai que nous sommes dans un pays ou la loi est régulièrement et impunément piétinée, elle le fut encore tout récemment par des milliers de sans papiers (donc hors  la loi), manifestant malgré interdiction et risque sanitaire. Au fait, pourquoi le président n’a-t-il pas demandé des propositions à ce sujet ?

Quelle endurance!

On n’a pas le droit de connaître des statistiques ethniques en ce pays, et en l’occurrence en matière de délinquance. Mais supposons que, d’expérience, et particulièrement dans certains quartiers, les faits qu’ont à constater les forces de l’ordre soient majoritairement attribuables à des personnes « non blanches ». N’est-ce pas ce qui pourrait en partie expliquer que ces personnes soient plus souvent victimes de violence policière (légitime ou non), pour des raisons purement statistiques et non pas raciales ? Et par ailleurs, cette même prévalence statistique ne peut-elle pas constituer un aiguillon puissant pour des comportements ou des discours racistes, chez certains policiers prédisposés à cette interprétation du monde ? 

Enfin, s’il est utile et louable de vouloir faire évoluer le comportement de forces de l’ordre vers toujours plus d’éthique, une justice plus rigoureuse et plus efficace dans la répression de la délinquance ne serait-elle pas aussi un signal encourageant pour nos forces de l’ordre ? Elles ont droit à notre respect et notre gratitude parce qu’elles sont depuis longtemps constamment sur la brèche. Espérons qu’elles garderont encore longtemps cette incroyable endurance dans l’exercice d’un métier très difficile, qui est également vital pour la survie de notre démocratie.

Michel Maffesoli: le progrès n’existe plus

 


32 ans après la parution de son fameux Temps des tribus, le sociologue Michel Maffesoli est toujours autant d’actualité. Dans son magnum opus La Nostalgie du sacré qui vient de paraître aux Éditions du Cerf, le penseur inclassable revient sur l’ensemble d’une œuvre de plus d’une trentaine de livres. 


Tous les thèmes qui ont fait sa réputation s’y retrouvent : la sécularité chancelante, la fin du contrat social, le réveil des « tribus », le déclin du politique et l’ensauvagement du monde. Dans ce livre, Maffesoli s’attarde toutefois principalement au retour du religieux dans les sociétés « postmodernes ».

Le sociologue part du constat suivant : le mythe du progrès s’est effondré dans le monde, même en Occident où il avait pris racine sous l’impulsion de la tradition chrétienne, surtout protestante. « Attitude paranoïaque oubliant qu’en son fond, l’homme reste inchangé, qu’il est structurellement inchangeable », écrit Maffesoli d’entrée de jeu. Le progrès aurait été un leurre, un simulacre, le refus de la nature humaine.

Le progrès rayé de la carte 

La crise du Covid-19 n’a-t-elle pas rappelé à l’humanité sa fragilité ? Tout d’un coup, nous avons redécouvert l’incertitude dans un monde qui pensait pouvoir tout contrôler, transformer et manipuler la nature à volonté. À l’ère du transhumanisme et de ses projets d’immortalité, un virus apparu dans une obscure province chinoise est venu nous rappeler notre finitude. À l’ère de la mondialisation, qui a mêlé tant de peuples depuis 1492, se fait ressentir un appel de la race qui n’est pas étranger au tribalisme décrit par le sociologue au nœud papillon. C’est le modèle de la modernité qui vole en éclats. Il y a autant de conflit que de magie dans l’air.

Malgré tous les projets de retour à la souveraineté, les États ont de plus en plus de difficulté à faire valoir leur souveraineté et leur autorité

Les Lumières ne brillent plus mais clignotent, analyse le théoricien de la postmodernité. Malgré les nombreuses avancées technologiques, la modernité progressiste, prométhéenne et en perpétuel mouvement a disparu au profit de nouvelles formes de pensée et de manières de vivre. Le discours progressiste est encore très en vogue, mais c’est du théâtre, nous dit Maffesoli, qui voit plutôt se réinstaller le goût de la tradition. Une parenthèse a été refermée. Nous sommes entrés dans une ère romantique et baroque. Le retour de la tradition n’est pas politique, mais prend plutôt la forme du déclin du politique. Un constat qui peut surprendre dans un contexte de renouveau des frontières dû au Covid-19.

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Des États et des dirigeants fantoches 

De son appartement du Quartier latin, Maffesoli persiste et signe : malgré tous les projets de retour à la souveraineté (alimentaire et médicale surtout depuis le coronavirus), les États ont de plus en plus de difficulté à faire valoir leur souveraineté et leur autorité. Sur ce point, s’harmonisant avec le libéralisme économique, la postmodernité encourage le maintien d’États et de dirigeants fantoches dans lesquels les peuples ne croient plus du tout. Les gouvernements ont progressivement transféré leur pouvoir aux nouveaux acteurs influents, qu’il s’agisse d’entreprises, de communautés culturelles et religieuses, de lobbies en tout genre ou même d’organisations mafieuses.

Les peuples n’ont plus foi en leurs dirigeants, mais ils ont espoir en leur enracinement. Le peuple ne croit plus aux « experts », mais à de nouvelles icônes. Il s’agit d’un transfert et non d’une disparition. « Certes la modernité a, inéluctablement, conduit à la sécularisation, à la démythologisation et, donc, à la perte du sacré. Mais pour ceux étant attentifs à la vérité ombragée propre à l’espèce humaine, il est indéniable que l’on assiste à une étonnante renaissance sacrale », souligne-t-il. Un « sacral » qu’on retrouve aussi dans le paganisme écologiste et des figures christiques telles que Greta Thunberg.

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Nouveaux dieux, nouvelles icônes 

Maffesoli analyse le passage de sociétés organisées verticalement à des sociétés organisées horizontalement aux liaisons multipolaires, fondées sur des réseaux et de nouveaux liens claniques. Ces réseaux sont fondés sur un esprit de communion qui n’est pas dénué de religiosité. La grande popularité des théories du complot, décuplée grâce à la crise du Covid-19, n’est pas hasardeuse : les sociétés occidentales sont en manque de mystère, elles cherchent à remettre du sens au cœur de leur vie. L’esprit sectaire de plusieurs courants du complotisme illustre à merveille ce désir de réenchantement.

Retour du religieux, fin du contrat social, recrudescence de comportements primitifs. La déplorable guerre raciale qui fait actuellement rage aux États-Unis n’est-elle pas révélatrice de cette faillite ? Ce n’est plus la « loi du Père », surplombante et universelle, mais la « loi des Frères », tribale et sauvage, facteur évident de ghettoïsation dans les métropoles.

Il faut lire La Nostalgie du sacré pour entrer en contact avec un monde aussi fascinant que terrifiant, mais qui sur certains points, nous apparaît beaucoup plus souple, peut-être plus vivant que l’ancien. Ce monde est déjà le nôtre.

Daniel Schneidermann aux frontières du réel


Le journaliste de Libération tord la vérité pour venir au secours de la tribune idiote de Virginie Despentes.


Nul n’ignore plus désormais – avant de l’oublier bientôt – que Virginie Despentes, l’inénarrable madone littéraire des bobos transgressifs, s’est récemment fendue d’une tribune « antiraciste ». Une tribune dont le coup de cymbale inaugural était constitué par cette perle : « Je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. Pourtant j’ai cinquante ans, j’en ai vu, des gouvernements. » Évidemment, les réactions n’ont pas manqué pour souligner cette ineptie et en démontrer la sottise : il suffisait de lister les contre-exemples, et beaucoup s’en sont fait un plaisir. 

Factuellement tort mais politiquement raison

Mais, et c’est là le point intéressant, certains ont tenté de sauver du ridicule l’oubliable créatrice de Vernon Subutex. Et parmi eux le délicieux Daniel Schneidermann, qui a voulu emprunter une ligne de défense originale avec cette déclaration : « Virginie Despentes a factuellement tort, mais elle a politiquement raison. »

Factuellement tort, mais politiquement raison… Voilà qui ouvre des abîmes !

A lire aussi, Kevin Bossuet: Justice pour Adama: quand des militants se réfugient derrière l’antiracisme pour mieux promouvoir la distinction des races

Essayons d’y voir clair. « Factuellement », c’est le registre des faits, des choses qui se produisent, en un mot, du réel. Et « politiquement », c’est du registre de la politique, de la conduite des affaires de la collectivité. A priori, on pourrait s’imaginer que le second a, en partie au moins, un certain rapport avec le premier. Le politique, c’est comme disait Richelieu « l’art de rendre possible le nécessaire » ou, dans une version plus tardive, de rendre possible le souhaitable. C’est donc, qu’on le veuille ou non, la prise en compte du réel, fût-ce pour tenter de le vaincre en lui obéissant. On parle même, à l’extrême, de « realpolitik », de politique réaliste au point de ne plus prendre que les résultats comme critère de jugement. L’action politique doit partir des choses comme elles sont.

Schneidermann, un idéologue au chevet des “racisés”

Que serait alors une politique qui prétendrait s’affranchir du réel ? La réponse est simple : une idéologie. Une vision politique, une chimère qui prétendrait s’abstraire du réel et construire le monde en-dehors de lui. Des gouvernants politiques ont caressé, chevauché de telles chimères ; on sait où elles les ont conduits. En politique, la négation du réel se fait au nom de l’idéologie.

C’est pourquoi, lorsqu’il oppose ainsi « factuel » et « politique », M. Schneidermann nous indique clairement qu’entre le réel et l’idéologie, il préfère l’idéologie. Pour lui, qu’importe la réalité des choses, c’est la vision idéologique qui doit l’emporter. C’est à-travers le prisme idéologique qu’il faut voir les choses, et la réalité factuelle n’a aucune importance.

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Cela serait bel et bon dans le cas d’un quelconque théoricien travaillant dans l’abstraction. Il y a belle lurette, par exemple, que les mathématiciens et les physiciens nous parlent d’un monde qui heurte notre expérience quotidienne. À une échelle plus risible, il suffit d’écouter un économiste, ou l’un des sociologues vomis par le CNRS depuis une vingtaine d’années, pour se rendre compte que ni les faits ni le réel en général n’ont aucune importance pour eux. Mais dans le cas de M. Schneidermann, c’est plus ennuyeux. Car M. Schneidermann fait profession d’être journaliste. Or, jusqu’à voilà peu, le rôle du journaliste était précisément de rendre compte des faits, de les mettre en perspective, de les analyser pour éclairer ses lecteurs. En déclarant ainsi, avec une touchante candeur, que les faits doivent céder le pas à la vision politique, M. Schneidermann nous signale ce qu’il est vraiment : plus tellement un journaliste mais un doctrinaire, un propagandiste au service d’une cause et prêt pour le bien de cette cause à travestir la réalité des faits…

Nina Simone pas assez radicale

Révélation d’autant plus intéressante que non seulement M. Schneidermann se prétend journaliste, mais qu’en plus il prétend, par le biais de son émission et de son site arrêtsurimages.net, vérifier la validité des articles des autres. Ce qui ne l’empêche pas, dans le cadre de ladite émission, de laisser proférer les pires âneries ou, comme on dit, les pires contre-vérités. 

Comme tout récemment lorsque, à propos du mouvement « Black Lives Matter », la journaliste Arwa Barkallah y affirme contre toute véracité que la chanteuse Nina Simone « n’est arrivée dans le combat pour les Noirs qu’à la fin de sa carrière » et «  a toujours voulu plaire aux personnes blanches » [tooltips content= »Emission Arrêt sur images du 5 juin. Rappelons que, si la carrière de Nina Simone s’étend en gros de 1959 à 2000 avec une apogée vers 1970, la chanteuse s’engage dans le mouvement des droits civiques dès 1963″](1)[/tooltips]

Déclarer haut et fort son mépris des faits, puis prétendre faire du « fact-checking », telle est l’impudence tranquille du progressisme à la sauce Schneidermann.

 

Dernière minute

Le journaliste a récemment fait son mea culpa à la suite du scandale provoqué par son émission où étaient conviées Arwa Barkallah et Maboula Soumahoro. Il écrit notamment:

« Je remarque la veille de l’émission un tweet (aujourd’hui supprimé) dans lequel elle accuse le présentateur de France 2 Laurent Delahousse d’être « à côté de la plaque » en consacrant, à propos des mouvements antiracistes actuels, une émission à Nina Simone. Tiens, me dis-je, pourquoi donc est-ce à côté de la plaque ? Et je me promets de poser la question à l’invitée sur le plateau. M’attirant, donc, la réponse suivante :

« Nina Simone est arrivée dans le combat pour les Noirs à la fin de sa carrière, elle a toujours voulu être dans les clous, toujours plaire aux personnes blanches. A quel moment Nina Simone était une figure particulière du Black lives matter ? »

Et puis on passe à autre chose. J’ai donc laissé proférer une grosse bêtise. »

Anne Hidalgo réélue maire de Paris


Toutes proportions gardées, la politique d’Anne Hidalgo peut être comparée avec celles d’Erdogan et Poutine. Néanmoins, celle-ci détonne par son impopularité…


Parmi toutes les personnalités politiques du continent européen, celui qui s’étend de l’Atlantique jusqu’à l’Oural et au Bosphore, la longévité au sommet du pouvoir d’Anne Hidalgo a pour égales celle de Vladimir Poutine et de Recep Tayyip Erdogan. Tous les trois ont émergé avec le nouveau millénaire, tous les trois ont dû accepter à une période donnée le rôle du second ou d’être placé sous tutelle, tout en restant sous les feux des projecteurs.

À ce propos, on oublie souvent que le président Poutine a laissé le trône entre 2008 et 2012 et que le Premier ministre Erdogan a dû, pendant de longues années, composer avec l’autorité du président de la Turquie avant de mener une réforme constitutionnelle et régner sans partage. Enfin il serait assez juste de considérer que la dimension d’homme d’État de Bertrand Delanoë, ainsi que ses (légitimes) ambitions présidentielles durant son mandat de maire de Paris avaient laissé à Anne Hidalgo, alors première adjointe, une place de numéro un bis plutôt que de numéro deux.

Caramba, encore gagné!

La comparaison avec les deux têtes fortes et autoritaires de la scène politique internationale n’est pas pour ternir l’image de la maire de Paris, ni la nature profondément républicaine de son action.

Bien au contraire, la longévité au sommet du pouvoir acquise dans un cadre démocratique, et par définition ouvert à la concurrence, est un signe à la fois d’un grand talent et d’une parfaite maitrise de son sujet. Cette expérience de presque vingt ans à la tête d’une des plus importantes capitales du monde est la clé pour comprendre le succès électoral de madame Hidalgo. Rares sont ceux qui pensent que la maire sortante ne sera pas réélue le 28 juin pour un nouveau bail de six ans, après avoir très aisément remporté le premier tour des élections municipales en mars dernier.

Sur 1,1 millions d’électeurs actifs dans la capitale, avoir la moitié qui a l’intérêt vital de faire réélire leur championne rend le sort des élections municipales tristement prévisible

L’expertise du job, dont le contrat se décide au suffrage universel, se résume par un seul paramètre : le contrôle d’un socle électoral nécessaire pour se faire élire et potentiellement réélire. Des centaines de milliers d’automobilistes parisiens peuvent hurler contre la traque surréaliste à leur égard, les commerces et les cafés se fermer dans tous les quartiers, la ville se salir et selon un avis très partagé perdre son charme (lire : son âme) légendaire, le socle électoral d’Anne Hidalgo prospère et s’accroit.

Il ne s’agit ni des heureux utilisateurs des pistes cyclistes, ni de la communauté LGBT considérée (sans doute à tort) comme acquise par défaut, ni des employés du secteur numérique parisien à qui la maire de Paris a très intelligemment donné un coup de boost. Nous parlons des locataires des logements sociaux. Ces heureux ménages parisiens dont le nombre a pratiquement doublé depuis l’arrivée de l’équipe socialiste à l’Hôtel de Ville il y a 19 ans. Le parc compte aujourd’hui près de 250 000 foyers et surtout encore autant de demandeurs sur la liste d’attente. Laquelle ne devrait plus être si longue vu la promesse électorale de la maire d’investir 20 milliards d’euro dans la mise à la disposition des bâtiments parisiens pour la location « à prix abordable ». Ces montants vertigineux forment bien évidement la ligne budgétaire la plus importante de l’économie de la mairie de Paris.

A lire aussi: Automobilistes, vous n’imaginez pas tout ce qu’Anne Hidalgo peut faire pour vous

Sur 1,1 millions d’électeurs actifs dans la capitale, avoir la moitié qui a l’intérêt vital de faire réélire leur championne rend le sort des élections municipales tristement prévisible.

Paris, un système socialiste

En tout cas ce ne sont pas le constat amer de Rachida Dati sur la ghettoïsation des Parisiens dans les HLM, ni la volonté d’Agnès Buzyn de mettre à la disposition des habitants de la capitale 100 000 appartements inoccupés qui vont faire basculer les intentions de votes des HLMistes actuels et potentiels. La question du logement a été toujours la plus critique dans l’existence de l’Homme.

À une époque où le Président de la République et son gouvernement ont œuvré, depuis les trois dernières années, avec beaucoup de conviction, à inscrire le pays aux abonnés du monde de libre-échange et de la mondialisation (heureuse jusqu’à il n’y a pas longtemps…), le succès du pouvoir municipal à Paris et partout en France est conditionné par un vieux mécanisme de nature très socialiste. Le phénomène n’est bien évidement aucunement l’exception française. Les pays scandinaves, encore et toujours eux, ont un nombre encore plus important des logements sociaux, 95 sur 1000 habitants en Suède, 102 au Danemark contre 69 en France.

Cette recette sociale d’aide aux foyers modestes qui date d’une autre époque permet à madame la maire de mener pour le reste la politique la plus controversée et la plus impopulaire qui soit. Rien ne pourra forcer la patronne de Paris élue démocratiquement à renoncer à ses préférences très partisanes, ni à ses convictions qui génèrent tellement de frustrations chez les habitants de la capitale. On peut défier Anne Hidalgo à l’infini; forte de son assurance HLM tout risque, elle encaisse les attaques les plus dures avec beaucoup de calme et de sagesse. Une belle leçon aux présidents autoritaires, eux tellement sensibles au moindre mot négatif!

Notre-Drame de Paris

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Quand la bise fut revenue


Nous étions des millions à fuir les villes pour nous barricader en province. Nous sommes le même nombre à avoir réintégré nos pénates citadins. Chronique d’humeur et d’humour sur l’exfiltration tardive et la reprise d’une existence désormais prophylactique, et comme on dit chez Mastercard « sans contact ».


Bon ben voilà. Il va bien falloir rentrer. 

Tous les clignotants sont au vert, comme disait un Premier ministre surnommé « gros quinquin » du côté de Lille. Enfin toutes les cartes. Même la météo s’est mise au diapason du retour, comme pour chasser les citadins des provinces. Pour virer les migrants des campagnes en sonnant le tocsin à grands coups d’orages et de froidure. Sauf que le clairon n’a pas entonné la charge pour le bureau. Question bataille, on n’est pas à Iéna ou encore moins à Eylau. Et à Paris, Murat n’est plus qu’un boulevard. À Bordeaux, c’est pire, c’est une rue. Et plus du tout le maréchal courageux qui fendit les forces de l’Empire russe en les chargeant à la tête de 80 escadrons… Pour l’éternel retour on est même tous en file indienne. La tête basse comme une armée de fantômes vaincus. C’est dire si on est loin des ports de tête impétueux des chasseurs de la garde en colback à plumet. Ok ok, on a compris. On rentre. N’en jetez plus. Mais je vous préviens ça n’est pas de gaieté de cœur. C’est même avec des pieds de plomb. Et en se pinçant le nez. Il y a deux mois fallait se laver les mains vingt fois par jour en ouvrant les lourdes avec les pieds. Comme des oiseaux de mer « inaptes au vol » vivant dans l’hémisphère austral. Des pingouins quoi. 

Bienvenue dans un monde hygiéniste

Aujourd’hui, voilà qu’on doit suivre « les protocoles de déconfinement » pour aller bosser. Respecter les « recommandations en termes de jauge par espace ouvert », gérer les flux, le nombre des présents, se munir d’équipements de protection individuelle. Il y a même des entreprises qui vous prennent la température. 

A relire: Première sortie de crise

Oh là là ! Avouez que pour une génération qui a connu la vitesse libre sur autoroute, les courses en DS23 avec papa au volant qui essayait de taper « le con devant avec sa 504 Ti » et l’amour libre des années 70 jusqu’aux années sida, la  nouvelle vie d’après Covid manque carrément de piment. Elle serait même un tantinet trop hygiéniste. Parce que la vraie question, le vrai problème, celui que personne n’ose vraiment soulever, vraiment aborder avec franchise… bien avant le chômage,  les dépôts de bilan, les émeutes raciales et les genoux à terre des poulets à Minneapolis… l’habitude française que le monde entier nous envie… même avant la gastronomie… Et dont on parle même dans la presse étrangère : quand pourra-t-on se refaire la bise? 

Ce débat sur l’identité française qu’on nous refuse

Parce qu’il ne faut  pas se voiler la face, sans jeux de mots aucun, c’est ça le vrai débat. Quand pourrons-nous enfin re-ressentir « la Vie est belle » dans le cou de Jacqueline Chombard, la dame du cinquième qui a des jolis yeux ? L’ « Heure bleue » sur les joues d’Odette Fourjus, la blonde pimpante qui dirige le développement d’une main de velour ? Et pour les dames, les fragrances viriles (et évidemment enivrantes) « d’Eau Sauvage » quand elles embrassent leur charmant patron ? La question n’est pas de savoir si on est content d’avoir vaincu le péril. Bien sûr qu’on est tous ravis d’avoir jugulé le Corona. Fait rentrer la saloperie dans son terrier chinois. Mais à part le bonheur de déjeuner en terrasse et celui de sortir sans ausweis, quand est-ce qu’on redevient vraiment 100 % Français ? Et il est où le bonheur sans bisous ? Le plaisir sans l’échange ? Avec juste les yeux, sans la bouche ? Va falloir se pencher respectueusement l’un vers l’autre comme des Japonais ou des judokas en kimono pour se dire bonjour ? C’est ça la nouvelle vie ? Se mettre la main sur le cœur façon « Ave » de Romains pour se saluer ? Comme les sportifs écoutant God Save « the couine » en montant sur le podium ? Mais on est Français que diantre ! On est des latins. On a besoin de contacts, déjà qu’on ne peut plus fumer en voiture ou se garer en ville, faut bien qu’il nous reste quelque chose quand même. Hein? Et notre culture ? Ils y ont pensé tous ces énarques et ces médecins à notre culture ? À la bise unique en Bretagne, la double en Ile-de-France, les trois bisous dans le Massif Central,  la Drôme, la Lozère, l’Ardèche, les Hautes-Alpes et l’Ain ; les quatre smacks, dans l’Aube, l’Yonne, la Haute-Marne, et la Vendée ; les cinq même, dans certains villages corses ! On y a pensé au ravage culturel dans l’hexagone dû à la disparition de ces millions de bécots ? Ces tsunamis d’affection en suspens ? 

A lire ensuite: Après la manifestation « Adama Traoré », Virginie remonte (difficilement) la pente

Nike fabrique bien des hidjabs de running après tout, Décathlon vend des casques pour trottinette avec clignotants et feu stop intégrés, vous ne pensez pas qu’en trois mois de Covid on aurait pu trouver un moyen d’améliorer les masques autrement qu’en dessinant des bêtises dessus? C’est invariablement la même chose en France, on trouve toujours du monde pour nous emmerder avec des modes à la con, mais lorsqu’il s’agit de protéger nos institutions, il n’y plus personne. C’est virus et bouche cousue.

Onfray, le peuple et nous

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La journaliste Élisabeth Lévy © Photo: Pierre Olivier

L’éditorial de juin d’Elisabeth Lévy


J’en conviens, ce n’est pas très malin. À la parution des premiers articles sur Front populaire, la revue que lance Michel Onfray le 23 juin, j’ai pensé qu’une entreprise qui enrageait autant les rubricards antifascistes du Monde et Laurent Joffrin devait avoir du bon. Rien d’étonnant, vu le nombre d’amis (et auteurs) de Causeur embarqués dans l’aventure[tooltips content= »De plus, nous sommes en quelque sorte voisins de palier à Téléparis, la maison de l’ami Stéphane Simon avec qui nous avons lancé ReacnRoll et Causeur.TV »](1)[/tooltips]. Sans être vraiment un compagnon de route, car il trace la sienne, Onfray est un peu un ami de la maison. Il ne s’est jamais dérobé quand il fallait défendre la liberté de ceux qui ne pensent pas comme lui. « Avec sa nouvelle revue, Michel Onfray devient la coqueluche de l’extrême droite » : le titre du Monde, le 19 mai, m’a ramenée vingt ans en arrière, aux grandes heures de l’affaire Lindenberg et des listes noires de néo-réacs. Les deux limiers habituellement commis au traitement du Rassemblement national ont épluché les noms des abonnés-souscripteurs de Front populaire pour en extraire triomphalement cinq ou six, comme ceux de Robert Ménard et d’Alain de Benoist, on les tient chef. Le premier crime d’Onfray, c’est de plaire à des gens qui déplaisent aux curés du Monde. Qui ne dédaignent pas pour autant de capitaliser sur la popularité de leurs bêtes noires. Onfray, comme Zemmour, c’est du clic assuré.

Aussi, dès le lendemain de la parution du Monde, Laurent Joffrin prophétise que le projet connaîtra le destin de « toutes les entreprises d’hybridation », toujours tombées, selon lui, « là où elles penchaient, à la droite de la droite », la preuve par Marquet et Déat, passés du socialisme à la collaboration. Curieux, cette haine de l’hybridation chez un adorateur du métissage, mais passons. On s’attriste de trouver la même référence infamante sous la plume de Jean-François Kahn qui n’a pas l’habitude de pratiquer la reductio ad petaino-hitlerum. L’insoumis Alexis Corbière accuse le philosophe de participer à « une entreprise de démolition de la Révolution française » et de suivre « une logique vendéenne » – on n’ose comprendre ce que serait une logique non vendéenne. Enfin Jacques Julliard sort son Maurras et voit se profiler dans l’ombre de Front populaire « l’autarcie économique » et « l’isolationnisme politique ». Première nouvelle, alors qu’Onfray se réclame de l’Europe des nations chère à de Gaulle. Un nazi, vous dit-on. Ou au moins un rouge-brun qui salit de belles idées de gauche avec de vilaines fréquentations de droite.

A lire aussi: Onfray et Zemmour, face-à-face ou côte à côte?

Ces réactions paniquardes suggèrent qu’un inquiétant complot est en train de s’ourdir dans l’arrière-cuisine du producteur Stéphane Simon, associé de l’écrivain. En effet : celui-ci se propose de faire dialoguer et travailler ensemble « les souverainistes des deux bords ». L’idée est excellente, la preuve, c’est qu’on l’a eue avant lui, enfin surtout Philippe Cohen : en 1998, lorsqu’il fonde la Fondation Marc-Bloch avec votre servante en petite main, on parle plutôt de réunir « les républicains des deux rives ». Et c’est pas pour me vanter, mais on se fait déjà canarder par Le Monde qui sonne l’alarme contre les « nationaux-républicains ». En 2002, la candidature Chevènement, soutenue par des proches de Pasqua et de Villiers finit en eau de boudin avec le retour au bercail de gauche. Les conditions historiques d’un changement de clivage ne sont pas réunies. Aujourd’hui, nul n’oserait plus soutenir que l’Europe de Maastricht et d’Amsterdam a apporté la concorde civile et la prospérité économique. L’Union européenne est devenue le motif lancinant de la « sécession des élites » et de la jacquerie, dans les urnes ou dans la rue, des couches moyennes et populaires menacées de déclassement. Les peuples demandent avec constance plus de nation et la continuité historique qui va avec. C’est pourtant Macron qui fait exploser le clivage droite-gauche et rafle la mise en réalisant l’unité des mondialisateurs heureux. Beaucoup rêvent aujourd’hui d’un Macron (ou d’une Macronne) souverainiste qui rééditerait ce blitzkrieg victorieux.

Onfray se place sur un autre plan : « Nous souhaitons installer le Front populaire sur le registre des civilisations. Pour être même plus précis : sur celui de la défense de la civilisation judéo-chrétienne », écrit-il dans l’éditorial du premier numéro de Front populaire. De quoi chatouiller bien des narines délicates, peut-être refroidir les représentants de l’« aile gauche » qui font déjà assaut de coquetterie pour bien montrer qu’ils ne mangent pas de ce pain-là.

À la vision binaire de ceux qui divisent le monde entre gentils progressistes et méchants populistes, Onfray oppose un partage d’airain entre bons peuples et mauvaises élites

Malgré ce beau programme, on partage certaines des inquiétudes d’Alain Finkielkraut. Onfray a beau proclamer son aversion pour la violence politique et son souci d’élever le débat, il frappe parfois en dessous de la ceinture, par exemple quand il reproche à Laurent Joffrin l’amitié de son père pour Le Pen. Il regrette que la Révolution française ait abouti au régicide, mais il lui arrive d’avoir des accents de coupeur de tête. Bref, à l’image de ceux qui le traînent dans la boue, il n’a pas d’adversaires, mais des ennemis à qui il voue une forme de haine de classe. « Traiter un contradicteur de nazi ou de rouge-brun, c’est ne pas avoir à lui opposer autre chose que l’insulte », écrit-il encore. Mais chez lui, comme chez nombre de gilets jaunes, la critique des politiques se mue volontiers en détestation des personnes. Aussi n’envisage-t-il jamais que nos gouvernants se soient trompés : ils ont délibérément voulu « évincer les peuples », « soumettre les individus », « éradiquer la conscience critique » et « travailler à la propagation de l’illettrisme ». À la vision binaire de ceux qui divisent le monde entre gentils progressistes et méchants populistes, Onfray oppose un partage d’airain entre bons peuples et mauvaises élites. Les uns ont des convictions, les autres des intérêts. Ce manichéisme n’est pas la meilleure façon d’initier une confrontation idéologique qui, aussi âpre soit-elle, ne devrait pas nous empêcher de nous engueuler entre gens de bonne compagnie. La grandeur du petit peuple, c’est aussi de pouvoir entendre qu’il n’a pas toujours raison.

Les Rien-pensants

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Grandeur du petit peuple: Heurs et malheurs des Gilets jaunes

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Causeur: Un été sans touristes

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De Versailles à Venise, on est chez nous ! Découvrez le sommaire du numéro 80 du magazine Causeur.


Un été sans (troupeaux de) touristes ? Le temps du confinement, « pendant deux mois, des temples antiques, des cathédrales, des châteaux, des tableaux ont été rendus à eux-mêmes et à leurs secrets (…) La crise sanitaire aurait pu être l’occasion, pour les pays du sud de l’Europe, France y compris, de réfléchir à l’humiliante dépendance de leurs économies au bon vouloir (et aux revenus) des visiteurs étrangers », se réjouit Elisabeth Lévy. Et si nous redevenions des voyageurs plutôt que des consommateurs frénétiques ? Tel est le programme du nouveau numéro de Causeur, invitation à flâner, contempler, et baguenauder plutôt que d’accumuler les spots touristiques.

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Pour Bérénice Levet, voici enfin l’occasion de réfléchir à l’avenir d’un secteur mettant en péril les sites et monuments qui font la France. En guise de geste protecteur, l’historien et défenseur du patrimoine Alexandre Gady propose d’instaurer un numerus clausus pour préserver nos chefs-d’œuvre en péril tels que le Mont-Saint-Michel et Notre-Dame. De l’autre côté des Alpes, sinistrée par trente millions de visiteurs annuels, Venise n’en retire aucun bénéfice économique. Grâce au confinement, la cité des doges a retrouvé sa beauté et son authenticité. Charge aux Vénitiens d’inventer un modèle alternatif au tourisme de masse. Par son récit du feuilleton politique local, Annabella Moncenigo nous fait nous gondoler. Mais ne nous réjouissons pas trop vite. Avec la pandémie de Covid, l’aviation civile est entrée dans l’ère du sans contact et du self-service qui permettra au voyageur de limiter les risques d’infection. De quoi faire préférer le train à Stéphane Germain.

Passons aux actualités. Le spécialiste de l’économie de la santé Ariel Beresniak revient sur les revirements de The Lancet, laquelle a pris ses distances avec l’étude qu’elle avait publiée sur la dangerosité de la chloroquine. Il faut dire que malgré sa haute réputation, cette revue scientifique a déjà publié des études fausses. Reste à comprendre pourquoi l’OMS et notre ministère de la Santé lui ont si vite emboîté le pas.

Petit scoop, Erwan Seznec a mené l’enquête et révèle l’absence de tout chiffre prouvant la prétendue augmentation des violences conjugales pendant le confinement. Et quoi qu’en dise Marlène Schiappa, le gouvernement le sait depuis le début.

Outre-Atlantique, notre correspondant Alexandre Mendel entrevoit derrière l’abominable meurtre de George Floyd, la volonté des démocrates d’imposer aux Blancs conservateurs un exercice de repentance collective.

Retour en France. Pour son dernier article dans nos colonnes, David Desgouilles, que nous regretterons, dresse un bilan du souverainisme. De quasi-marginal, le discours souverainiste est devenu hégémonique à l’heure où la lutte contre le Covid-19 réhabilite l’indépendance industrielle et le respect des frontières. Plutôt que de critiquer les ralliés, les souverainistes canal historique devraient se réjouir de leur victoire idéologique. Figure de cette mouvance, la militante laïque Céline Pina signe un plaidoyer en faveur du nucléaire, atout principal de l’État stratège pour réindustrialiser la France.

Pour clore la rubrique, Alain Finkielkraut expose ce qui le sépare de Michel Onfray. L’amour de la pensée complexe ?

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Côté culture, Patrick Mandon a interrogé le petit-fils du général Lafontaine, qui commandait la 55e division d’infanterie contre les troupes allemandes du 10 au 14 mai 1940. Une défaite riche d’enseignements.

En série noire, Jérôme Leroy rend hommage à Jean-Patrick Manchette (1942-1995), considéré comme le père du néo-polar post-68.

Enfin, Emmanuel Tresmontant lève son verre au cidre, breuvage béni des dieux dont les meilleurs crus rivalisent avec un bon vin. Santé !

Heureux comme un Noir en France

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Portrait de Francois Dominique Toussaint dit "Toussaint-Louverture" (Toussaint Louverture, 1743-1803) Gravure du 19eme siecle © Bianchetti/Leemage Leemage via AFP

L’histoire comparée de la France et des États-Unis prouve que les Français n’ont pas à se complaire dans la repentance raciale.


La machine à rêves d’Hollywood nous a tellement habituée à des images de frères d’armes, noirs et blancs, défendant ensemble la bannière étoilée que nous avions fini par oublier la réalité, nettement moins reluisante, d’une nation obnubilée par la question raciale. Une malédiction qui avait été bien repérée par Alexis de Tocqueville[tooltips content= »De la Démocratie en Amérique, 1840. »](1)[/tooltips] en 1840 : « Le plus redoutable de tous les maux qui menacent l’avenir des États-Unis naît de la présence des noirs sur leur sol. »

French Theory: retour à l’envoyeur

Certains tentent aujourd’hui d’importer et de transposer cette obsession épidermique américaine. Mais il ne faut pas se laisser intimider par le révisionnisme vindicatif et caricatural des black-American studies, bouillie socio-philosophique concoctée sur les campus d’outre-Atlantique, à partir de restes mal digérés de French Theory. Encouragé par le réflexe conditionné d’élites françaises « américanouillardes », l’amnésie tricolore sur ce sujet des relations raciales est hélas puissante. Pourtant, les relations entre la France et la négritude, pour reprendre le terme forgé par Aimé Césaire, se situent aux antipodes de la répulsion raciale américaine.

Par une loi du 4 avril 1792, la Première République accorde des droits civiques aux « hommes de couleur libres » (affranchis). La Convention abolit l’esclavage en 1792. La traite ne sera rétablie que par l’Empire et la monarchie, avant d’être à nouveau proscrite en 1848.

A lire aussi: Le monde (en noir et blanc) de Sophie

La Révolution voit dans la première république noire de l’histoire, Haïti, une sœur antillaise. La grande nation qui proclame que les hommes naissent libres et égaux prend le parti des esclaves révoltés contre la Couronne britannique.

Bonaparte rétablira l’esclavage mais, nullement raciste, l’Aigle cherchera à enrôler le général Toussaint L’Ouverture.

Vendu enfant comme esclave, Jean-Baptiste Belley deviendra capitaine avant de siéger à la Convention, sur le banc des Montagnards.

De passage à Philadelphie pendant la guerre d’indépendance, il répondra aux colons américains choqués de voir un officier nègre : « quand on sait sauver les Blancs et les défendre, on peut bien les commander ! »

Au lendemain de la défaite de 1870, alors que deux départements ont été arrachés par l’Allemagne naissante au prétexte qu’ils étaient peuplés de germains, un député noir rappelle que nos trois couleurs ne sont attachées à aucune. En 1914, Blaise Diagne entre la chambre des députés. Ce natif de Gorée sera sous-secrétaire d’État. Au Palais Bourbon, il va côtoyer un frère de couleur, Gratien Candace, élu de la Martinique.

A Paris, l’antillais René Maran décroche le Goncourt en 1921. Dans les années 20, les noirs sont pendus hauts et courts aux arbres du Dixie Land.

Notre pays n’est pas l’Amérique. La France nomme gouverneur de l’Afrique équatoriale française, Félix Eboué, fils d’une femme de ménage guyanaise.

Rallié à la France libre, ce grand Français sera fait compagnon de la Libération par le général de Gaulle.

La France en avance sur les États-Unis

Pendant la débâcle, le préfet Jean Moulin préférera tenter de se trancher la gorge plutôt que de livrer ses tirailleurs africains aux nazis qui voulaient les fusiller. A la veille du débarquement en Provence, l’état-major allié ordonne à la France libre de « blanchir » les troupes, principalement coloniales, qui doivent débarquer en Provence. Fureur de Leclerc qui passe outre. Sur le front européen, les soldats noirs, sous uniforme américain, ne sont pas jugés dignes de porter les armes. Sur ce sujet des relations entre les races, ce n’est pas un gouffre qui sépare Américains et Français, c’est un océan.

A lire aussi: Les «antiracistes» traitent un policier noir de vendu

Nous sommes en 1955 à Montgomery, Alabama. Rosa Park n’a pas le droit de s’assoir dans un autobus à côté des blancs. Sur les quais de Seine, des hommes de couleur siègent au gouvernement. Entre 1945 et 1958, ils sont plus de cinquante à participer aux affaires de la France, dont l’Ivoirien Houphouët-Boigny, le Malgache Tsiranana et le Guinéen Sékou Touré. À partir de 1954, on trouve, dans chaque gouvernement, un Noir d’Afrique, quatre en 1957. Cette même année, les paras américains doivent escorter des étudiants colored qui rentrent à l’université de Little Rock, Arkansas, sous les lazzi des Wasps. Deux décennies plus tôt, Aimé Césaire devenait le premier normalien noir.

Autre grand poète, académicien français, corédacteur de la Constitution du 4 octobre 1958 et père de la nation sénégalaise, Léopold Sedar Senghor. Dans la France de de Gaulle où l’on roule en DS, des militants de la cause noire américaine trouvent souvent refuge. De l’autre-côté de l’Atlantique, des écrivains noirs américains, comme James Baldwin rendent hommage à la patrie d’Alexandre Dumas. « J’ai deux amours, mon pays et Paris » chantait Joséphine Baker, grande résistante, noire américaine de naissance et Française de cœur.

Crise sanitaire: Y’a trop de pilotes dans l’avion!

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Jérome Salomon, directeur général de la Santé, l'une des nombreuses institutions du système de santé français © VAN DER HASSELT/POOL/SIPA 00952657_000037

Sophie de Menthon dresse la liste de nos lourdeurs administratives. Elles ont joué contre nous


La liste non exhaustive ci-dessous, sans autres commentaires, suffit en elle-même à expliquer le dysfonctionnement du système de santé français! Non contents d’avoir subi de plein fouet toutes les lourdeurs administratives possibles pendant la crise, freins permanents à la bonne marche de notre pays et de son économie, nous découvrons l’usine à gaz des entités pléthoriques de l’univers de la santé, au nom probablement de l’efficacité!

On peut sourire ou pleurer, ou encore ne pas y croire, et pourtant jugez un peu :

  • Le ministre de la Santé
  • Le Directeur Général de la Santé
  • La Direction de Santé Publique France
  • Le Directeur de la Haute Autorité de santé (HAS)
  • Les Directeurs des Agences Régionales de la Santé (ARS)
  • Le Directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES)
  • La Direction de l’Alliance Nationale pour les Sciences de la Vie et de la Santé (AVIESAN)
  • L’agence Nationale de sécurité du médicament de la Santé (ANSM)
  • Un nombre d’infectiologues parisiens incroyablement élevé qui couraient les plateaux de télévision… (On peut s’interroger sur la capacité de certains à nous expliquer le virus lorsqu’ils étaient par exemple otorhinos ?)
  • Le fameux Centre national de recherche scientifique (CNRS)
  • Un Haut-Commissariat de lutte contre les épidémies
  • Le Haut Conseil de Veille Sanitaire
  • L’Agence Nationale de Sécurité de Logistique Médical
  • Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) (instance française chargée d’apporter une aide à la décision au ministre de la Santé en réalisant des rapports sur la santé et en formulant des recommandations.)
  • L’Institut national de la santé et de la recherche médicale
  • Les Centres Nationaux de référence, les fameux CNR
  • L’EPRUS : Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires
  • Sans oublier la médecine du travail qui en temps de paix est difficilement joignable, et dont nous ignorons actuellement le rôle.

Par ailleurs, on doit faire face en France à toutes les situations… avec de nouvelles structures !

Aussi pour la mise en place du dé confinement, il fallait forcément nommer un Monsieur déconfinement : ce fut fait, il fallait qu’il fût énarque et ce fut le cas en la personne de Jean Castex puisque d’évidence il n’y avait personne de compétent et de disponible dans l’armée citée précédemment. Parallèlement sortaient de terre avec efficacité des « cellules spéciales » pour les masques, pour les tests, puis pour accélérer le dédouanement de ces derniers… Jeunes inspecteurs des finances qui débarquaient, pleins de bonne volonté et totalement impuissants.

A lire aussi: Covid-19 en France: une débâcle certifiée conforme

Nous avons survécu sur le plan sanitaire grâce au nouveau bras droit gouvernemental (ou gauche selon l’actualité) créé par la loi du 9 août : il s’agit du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Le conseil doit toujours être HAUT pour signifier sa puissance, sa compétence et surtout, qu’il est au-dessus des autres – ce qui garantit des luttes internes. Il est appelé également « comité scientifique » par le Haut Gouvernement : les autres n’ont-ils probablement aucune compétence scientifique…à moins qu’il ne s’agisse d’une entité différente. Ce comité d’experts a pour fonction de conseiller, et non pas d’influer (sic) de façon à ce que les décisions politiques ne soient pas seules incriminées… sachant que les responsables politiques agissent sur les conseils dudit comité, qui selon son Président professeur de médecine Franck Chauvin, n’a aucune influence sur le politique qui doit être seul à décider et manifester sa parfaite et exemplaire indépendance d’esprit.

Trois questions fondamentales :

  1. Qui fait quoi ?
  2. Combien ça coute ?
  3. Qui est le chef ?

Peut-on nommer un comité pour répondre ?

15 idées simples pour ruiner la France

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« Je ne crois pas à un effondrement durable du trafic aérien »

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Bruno Le Maire présente son plan de relance pour l'aéronautique, ce mardi 9 juin © Eric PIERMONT / AFP

Bruno Le Maire a annoncé ce matin un plan de soutien à l’aéronautique d’un montant de 15 milliards d’euros ! Ingénieur de formation et conseiller régional (gauche républicaine et socialiste) d’Occitanie, Thierry Cotelle travaille au sein d’un grand groupe aéronautique et préside l’Agence régionale de l’énergie et du climat.


Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Durement affectée par la crise qui frappe les compagnies aériennes, ses principales clientes, Airbus a perdu plus de 480 millions d’euros en trois mois et a déjà annoncé 3 000 licenciements à ses 135 000 employés. 

Thierry Cotelle. Des dizaines de milliers d’emplois seront perdus. Airbus qui, à la veille de la crise, affichait un carnet de commandes exceptionnel, a d’ores et déjà annoncé une réduction de 30 à 40% des livraisons mensuelles et cela pourrait s’aggraver au cours des prochains mois. La plupart des compagnies aériennes ne prendront pas livraison des avions qu’Airbus continue de produire.

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Thierry Cotelle

Cette récession condamne-t-elle les sous-traitants toulousains d’Airbus ?

Pour l’ensemble de la chaîne de sous-traitance, bureaux d’études compris, la production est pratiquement à l’arrêt. Les sous-traitants, qui ont suivi le rythme de 63 A320 (l’avion le plus vendu au monde) qu’Airbus livrait chaque mois, se retrouvent avec un ou deux mois de stocks inexploitables. On va descendre à 40 avions par mois. Et Airbus tend à internaliser la production. Or, le tissu de sous-traitance produit 60% de la valeur ajoutée d’un avion. Dans la région toulousaine, cela inclut des PME, PMI et des groupes équipementiers déjà en difficulté, comme Latécoère qui a décidé de stopper sa production plusieurs semaines durant.

A lire aussi, sur Airbus: Ceux qui croient encore au ciel et ceux qui n’y croient plus

L’aéronautique toulousaine est-elle trop dépendante d’Airbus ?

Depuis quelques années, les sous-traitants se sont diversifiés commercialement. Mais la crise touche l’ensemble du secteur. Mon groupe, par exemple, est certifié pour fabriquer des pièces pour les constructeurs Boeing (États-Unis), Bombardier (Canada) et Embraer (Brésil), mais ces sociétés se trouvent dans la même situation qu’Airbus… Nous avons donc réduit notre production de 60% à 70% et prévoyons une baisse encore plus importante. Le niveau de production restera très bas au moins jusqu’en septembre.

À l’échelle du Grand Toulouse, que pèse l’ensemble de l’industrie aéronautique ?

Le secteur aéronautique représente 60 000 emplois dans l’aire urbaine toulousaine. Il y a évidemment Airbus et ses sous-traitants, Safran, ainsi qu’un fabricant d’avions moins connu, mais leader mondial sur son marché : ATR, détenu à 50% par Airbus et à 50% par l’industriel italien Leonardo, qui produit des petits avions turbopropulsés particulièrement efficaces sur les courtes distances.

Le ralentissement du transport aérien va-t-il favoriser les petits avions ?

Absolument : avant la crise, les gros porteurs étaient déjà inadaptés ! Il y a quelques années, Airbus pensait que l’avenir était aux grandes autoroutes de l’air, où de gros appareils remplis à plus de 80% transporteraient un maximum de passagers entre les principaux aéroports. Mais les gros porteurs comme le Boeing 747 et l’A380 exigent de coûteux aménagements aéroportuaires, donc des taxes supplémentaires pour les compagnies. Leur production a été stoppée, même si beaucoup circulent encore. Emirates, plus gros acheteur d’A380, étudie la mise au rancart accélérée de cet appareil. On lui préfère des avions plus petits et plus souples d’utilisation.

L’industrie aéronautique va devoir intensifier ses efforts pour la transition énergétique, notamment autour du projet d’avion électrique

Ces petits porteurs permettent-ils de faire le tour du monde ?

Pas tout à fait, mais leur rayon d’action s’est considérablement étendu. Rappelons qu’il existe deux grandes catégories d’avions : les monocouloirs (A320, Boeing 737) et les « long range » (A330, A350, Boeing 787) qui comptent au moins deux couloirs. Les progrès technologiques permettent désormais aux monocouloirs d’effectuer des vols transatlantiques en économisant du carburant. Les produits phares d’Airbus et de Boeing restent donc les monocouloirs.

À long terme, faudra-t-il repenser notre modèle aérien fondé sur le tourisme de masse ?

Je ne crois pas à un effondrement durable du trafic aérien. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir nous déplacer. Certes, on voyagera peut-être différemment. Avec le recours croissant au télétravail, la fréquence des voyages d’affaires se réduira encore davantage. Dans les pays occidentaux, je m’attends à une forte pression politique pour réorienter les modes de déplacement, notamment en faveur du train. D’autant que le transport ferroviaire est lié aux marchés publics et bénéficie donc d’une demande toujours soutenue par l’État. La filière ferroviaire de mon groupe est par exemple en train d’embaucher une cinquantaine de personnes sur un site de Vendée.

Si je comprends bien, la crise ne fait que renforcer des tendances déjà amorcées…

Elle va les accélérer. L’industrie aéronautique va devoir intensifier ses efforts pour la transition énergétique, notamment autour du projet d’avion électrique. Les aides accordées à certains secteurs industriels devraient être conditionnées à ce type d’objectif politique.

On sait la Chine très en pointe sur les batteries électriques de voitures. En va-t-il de même pour les avions électriques ?

Pas du tout. Grâce à Airbus, l’Europe a encore une longueur d’avance sur les Chinois qui sont en train de développer leur propre mono-couloir mais n’arrivent pas à le faire voler à la vitesse espérée. Ils sont aussi en retard sur le volet électrique et la pile hydrogène, possible solution déjà testée sur les moteurs auxiliaires.

A lire aussi, Jérôme Rivière: Berlin poignarde la défense européenne

Sur la scène industrielle et géopolitique mondiale, qui d’Airbus ou de Boeing est le mieux armé à affronter la crise ?

Juste avant la crise, Boeing avait subi un coup dur, avec l’interdiction de vol de son 737 après deux accidents mortels survenus l’an dernier. En revanche, Boeing conserve une force de frappe beaucoup plus importante qu’Airbus grâce à l’aéronautique militaire. Boeing produit en effet les F-15 et F-18, les hélicoptères Apache et Chinook, et peut compter sur les commandes publiques du Pentagone, ou la force de persuasion de l’OTAN quand l’Allemagne commande ses avions de combat… L’Europe de la Défense n’est pas pour demain !

Les (mauvais) comptes de Toulouse 

Dans la région toulousaine, les ennuis volent en escadrilles. « Les quatre digues que sont Airbus, Safran, Thalès, ATR vont licencier environ 30% de leurs employés. Chaque emploi direct drainant derrière lui quatre emplois indirects, on peut craindre 120 000 pertes d’emplois dans l’aire urbaine toulousaine », prévoit Sarah Campredon, candidate (sans étiquette) à la mairie de Rabastens. Pour l’élue de ce village de 5 600 habitants entre Albi et Toulouse, la saison touristique s’annonce sous les pires auspices. « Le tourisme est très dépendant de l’activité professionnelle. En temps normal, employés, gens de passage et sous-traitants consomment énormément. Avec la crise de l’industrie aérienne, la ville de Toulouse table sur au moins 30% de fermetures de restaurants et d’hôtels ! » Contrairement à sa rivale Montpellier, surfant sur l’héliocentrisme et l’attraction des plages, Toulouse mise sur un tourisme vert qualitatif et gentrifié, qui remplit chambres d’hôtes et châteaux de la région. Rabastens, dont l’église classée monument historique aimante traditionnellement Espagnols, Anglais ou Allemands, pâtira tant du repli général que de l’application des mesures sanitaires. « On est dans une situation absurde : l’Occitanie est la région dont la population est la moins touchée par le Covid, mais connaîtra un sinistre économique absolu », se désole Sarah Campredon.

La police française fait le dos rond

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Christophe Castaner, lundi 8 juin 2020, annonce des mesures contre les "violences policières" © Isa Harsin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22462648_000001

Inquiété par les manifestations singeant le mouvement américain “Black lives matter”, le président Macron a demandé au gouvernement de se saisir du problème des « violences policières ». Hier, le ministre de l’Intérieur a réclamé une « tolérance zéro » contre le racisme dans la police, et a annoncé la suspension des agents « pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes », et la fin immédiate des contrôles d’identité comme « critère d’évaluation d’activité ». Les gilets jaunes n’avaient pas connu telle mansuétude.


Macron demande au gouvernement des propositions sur la déontologie dans la police… Cela me rappelle quelque chose : n’avait-il pas aussi demandé des propositions urgentes sur les banlieues après avoir vu le film « Les Misérables » ? 

Au fond, le job de président n’a pas l’air si compliqué. Lorsqu’un problème devient trop médiatisé, autrefois on créait une commission. Aujourd’hui, on demande des propositions. Que ces propositions aboutissent à quelque chose importe peu. Ce qui compte c’est de faire savoir qu’on fait quelque chose.

Une police violente et raciste?

Peut-être serait-il utile aussi de demander des propositions au gouvernement pour faire baisser les chiffres de la délinquance, ainsi que des agressions dont sont quotidiennement victimes les forces de l’ordre. Mais il est vrai que la simple évocation de ce problème reste impensable, car un président se doit de rester politiquement correct, c’est la terrible règle de notre époque.

A lire aussi: Black Lives Matter: un conformisme comme un autre?

Dans le genre politiquement incorrect risquons-nous à quelques réflexions dont je mesure combien elles sont sacrilèges, mais tant pis :

Au fond n’est-il pas probable que la plupart des  victimes  de heurts violents avec les forces de l’ordre le sont à l’occasion de faits de délinquance, de délit de fuite, de rébellion voire de manifestations interdites ? Cela n’autorise en rien la police à outrepasser ce que les circonstances autorisent, mais qui peut nier que c’est un risque que prend tout délinquant ? Il peut tomber sur un gendarme ou un policier trop violent. S’il respecte la loi, c’est un risque qui n’existe pas. Mais il est vrai que nous sommes dans un pays ou la loi est régulièrement et impunément piétinée, elle le fut encore tout récemment par des milliers de sans papiers (donc hors  la loi), manifestant malgré interdiction et risque sanitaire. Au fait, pourquoi le président n’a-t-il pas demandé des propositions à ce sujet ?

Quelle endurance!

On n’a pas le droit de connaître des statistiques ethniques en ce pays, et en l’occurrence en matière de délinquance. Mais supposons que, d’expérience, et particulièrement dans certains quartiers, les faits qu’ont à constater les forces de l’ordre soient majoritairement attribuables à des personnes « non blanches ». N’est-ce pas ce qui pourrait en partie expliquer que ces personnes soient plus souvent victimes de violence policière (légitime ou non), pour des raisons purement statistiques et non pas raciales ? Et par ailleurs, cette même prévalence statistique ne peut-elle pas constituer un aiguillon puissant pour des comportements ou des discours racistes, chez certains policiers prédisposés à cette interprétation du monde ? 

Enfin, s’il est utile et louable de vouloir faire évoluer le comportement de forces de l’ordre vers toujours plus d’éthique, une justice plus rigoureuse et plus efficace dans la répression de la délinquance ne serait-elle pas aussi un signal encourageant pour nos forces de l’ordre ? Elles ont droit à notre respect et notre gratitude parce qu’elles sont depuis longtemps constamment sur la brèche. Espérons qu’elles garderont encore longtemps cette incroyable endurance dans l’exercice d’un métier très difficile, qui est également vital pour la survie de notre démocratie.

Michel Maffesoli: le progrès n’existe plus

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Michel Maffesoli © PHILIPPE MATSAS / OPALE / LEEMAGE VIA AFP

 


32 ans après la parution de son fameux Temps des tribus, le sociologue Michel Maffesoli est toujours autant d’actualité. Dans son magnum opus La Nostalgie du sacré qui vient de paraître aux Éditions du Cerf, le penseur inclassable revient sur l’ensemble d’une œuvre de plus d’une trentaine de livres. 


Tous les thèmes qui ont fait sa réputation s’y retrouvent : la sécularité chancelante, la fin du contrat social, le réveil des « tribus », le déclin du politique et l’ensauvagement du monde. Dans ce livre, Maffesoli s’attarde toutefois principalement au retour du religieux dans les sociétés « postmodernes ».

Le sociologue part du constat suivant : le mythe du progrès s’est effondré dans le monde, même en Occident où il avait pris racine sous l’impulsion de la tradition chrétienne, surtout protestante. « Attitude paranoïaque oubliant qu’en son fond, l’homme reste inchangé, qu’il est structurellement inchangeable », écrit Maffesoli d’entrée de jeu. Le progrès aurait été un leurre, un simulacre, le refus de la nature humaine.

Le progrès rayé de la carte 

La crise du Covid-19 n’a-t-elle pas rappelé à l’humanité sa fragilité ? Tout d’un coup, nous avons redécouvert l’incertitude dans un monde qui pensait pouvoir tout contrôler, transformer et manipuler la nature à volonté. À l’ère du transhumanisme et de ses projets d’immortalité, un virus apparu dans une obscure province chinoise est venu nous rappeler notre finitude. À l’ère de la mondialisation, qui a mêlé tant de peuples depuis 1492, se fait ressentir un appel de la race qui n’est pas étranger au tribalisme décrit par le sociologue au nœud papillon. C’est le modèle de la modernité qui vole en éclats. Il y a autant de conflit que de magie dans l’air.

Malgré tous les projets de retour à la souveraineté, les États ont de plus en plus de difficulté à faire valoir leur souveraineté et leur autorité

Les Lumières ne brillent plus mais clignotent, analyse le théoricien de la postmodernité. Malgré les nombreuses avancées technologiques, la modernité progressiste, prométhéenne et en perpétuel mouvement a disparu au profit de nouvelles formes de pensée et de manières de vivre. Le discours progressiste est encore très en vogue, mais c’est du théâtre, nous dit Maffesoli, qui voit plutôt se réinstaller le goût de la tradition. Une parenthèse a été refermée. Nous sommes entrés dans une ère romantique et baroque. Le retour de la tradition n’est pas politique, mais prend plutôt la forme du déclin du politique. Un constat qui peut surprendre dans un contexte de renouveau des frontières dû au Covid-19.

A lire aussi: Les méthodes du progressisme culturel et social

Des États et des dirigeants fantoches 

De son appartement du Quartier latin, Maffesoli persiste et signe : malgré tous les projets de retour à la souveraineté (alimentaire et médicale surtout depuis le coronavirus), les États ont de plus en plus de difficulté à faire valoir leur souveraineté et leur autorité. Sur ce point, s’harmonisant avec le libéralisme économique, la postmodernité encourage le maintien d’États et de dirigeants fantoches dans lesquels les peuples ne croient plus du tout. Les gouvernements ont progressivement transféré leur pouvoir aux nouveaux acteurs influents, qu’il s’agisse d’entreprises, de communautés culturelles et religieuses, de lobbies en tout genre ou même d’organisations mafieuses.

Les peuples n’ont plus foi en leurs dirigeants, mais ils ont espoir en leur enracinement. Le peuple ne croit plus aux « experts », mais à de nouvelles icônes. Il s’agit d’un transfert et non d’une disparition. « Certes la modernité a, inéluctablement, conduit à la sécularisation, à la démythologisation et, donc, à la perte du sacré. Mais pour ceux étant attentifs à la vérité ombragée propre à l’espèce humaine, il est indéniable que l’on assiste à une étonnante renaissance sacrale », souligne-t-il. Un « sacral » qu’on retrouve aussi dans le paganisme écologiste et des figures christiques telles que Greta Thunberg.

A lire aussi: Ode à Greta, la pythie de l’écologisme par Laurent de Sutter

Nouveaux dieux, nouvelles icônes 

Maffesoli analyse le passage de sociétés organisées verticalement à des sociétés organisées horizontalement aux liaisons multipolaires, fondées sur des réseaux et de nouveaux liens claniques. Ces réseaux sont fondés sur un esprit de communion qui n’est pas dénué de religiosité. La grande popularité des théories du complot, décuplée grâce à la crise du Covid-19, n’est pas hasardeuse : les sociétés occidentales sont en manque de mystère, elles cherchent à remettre du sens au cœur de leur vie. L’esprit sectaire de plusieurs courants du complotisme illustre à merveille ce désir de réenchantement.

Retour du religieux, fin du contrat social, recrudescence de comportements primitifs. La déplorable guerre raciale qui fait actuellement rage aux États-Unis n’est-elle pas révélatrice de cette faillite ? Ce n’est plus la « loi du Père », surplombante et universelle, mais la « loi des Frères », tribale et sauvage, facteur évident de ghettoïsation dans les métropoles.

Il faut lire La Nostalgie du sacré pour entrer en contact avec un monde aussi fascinant que terrifiant, mais qui sur certains points, nous apparaît beaucoup plus souple, peut-être plus vivant que l’ancien. Ce monde est déjà le nôtre.

Daniel Schneidermann aux frontières du réel

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Daniel Schneidermann © BALTEL/SIPA Numéro de reportage : 00657041_000009

Le journaliste de Libération tord la vérité pour venir au secours de la tribune idiote de Virginie Despentes.


Nul n’ignore plus désormais – avant de l’oublier bientôt – que Virginie Despentes, l’inénarrable madone littéraire des bobos transgressifs, s’est récemment fendue d’une tribune « antiraciste ». Une tribune dont le coup de cymbale inaugural était constitué par cette perle : « Je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. Pourtant j’ai cinquante ans, j’en ai vu, des gouvernements. » Évidemment, les réactions n’ont pas manqué pour souligner cette ineptie et en démontrer la sottise : il suffisait de lister les contre-exemples, et beaucoup s’en sont fait un plaisir. 

Factuellement tort mais politiquement raison

Mais, et c’est là le point intéressant, certains ont tenté de sauver du ridicule l’oubliable créatrice de Vernon Subutex. Et parmi eux le délicieux Daniel Schneidermann, qui a voulu emprunter une ligne de défense originale avec cette déclaration : « Virginie Despentes a factuellement tort, mais elle a politiquement raison. »

Factuellement tort, mais politiquement raison… Voilà qui ouvre des abîmes !

A lire aussi, Kevin Bossuet: Justice pour Adama: quand des militants se réfugient derrière l’antiracisme pour mieux promouvoir la distinction des races

Essayons d’y voir clair. « Factuellement », c’est le registre des faits, des choses qui se produisent, en un mot, du réel. Et « politiquement », c’est du registre de la politique, de la conduite des affaires de la collectivité. A priori, on pourrait s’imaginer que le second a, en partie au moins, un certain rapport avec le premier. Le politique, c’est comme disait Richelieu « l’art de rendre possible le nécessaire » ou, dans une version plus tardive, de rendre possible le souhaitable. C’est donc, qu’on le veuille ou non, la prise en compte du réel, fût-ce pour tenter de le vaincre en lui obéissant. On parle même, à l’extrême, de « realpolitik », de politique réaliste au point de ne plus prendre que les résultats comme critère de jugement. L’action politique doit partir des choses comme elles sont.

Schneidermann, un idéologue au chevet des “racisés”

Que serait alors une politique qui prétendrait s’affranchir du réel ? La réponse est simple : une idéologie. Une vision politique, une chimère qui prétendrait s’abstraire du réel et construire le monde en-dehors de lui. Des gouvernants politiques ont caressé, chevauché de telles chimères ; on sait où elles les ont conduits. En politique, la négation du réel se fait au nom de l’idéologie.

C’est pourquoi, lorsqu’il oppose ainsi « factuel » et « politique », M. Schneidermann nous indique clairement qu’entre le réel et l’idéologie, il préfère l’idéologie. Pour lui, qu’importe la réalité des choses, c’est la vision idéologique qui doit l’emporter. C’est à-travers le prisme idéologique qu’il faut voir les choses, et la réalité factuelle n’a aucune importance.

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Cela serait bel et bon dans le cas d’un quelconque théoricien travaillant dans l’abstraction. Il y a belle lurette, par exemple, que les mathématiciens et les physiciens nous parlent d’un monde qui heurte notre expérience quotidienne. À une échelle plus risible, il suffit d’écouter un économiste, ou l’un des sociologues vomis par le CNRS depuis une vingtaine d’années, pour se rendre compte que ni les faits ni le réel en général n’ont aucune importance pour eux. Mais dans le cas de M. Schneidermann, c’est plus ennuyeux. Car M. Schneidermann fait profession d’être journaliste. Or, jusqu’à voilà peu, le rôle du journaliste était précisément de rendre compte des faits, de les mettre en perspective, de les analyser pour éclairer ses lecteurs. En déclarant ainsi, avec une touchante candeur, que les faits doivent céder le pas à la vision politique, M. Schneidermann nous signale ce qu’il est vraiment : plus tellement un journaliste mais un doctrinaire, un propagandiste au service d’une cause et prêt pour le bien de cette cause à travestir la réalité des faits…

Nina Simone pas assez radicale

Révélation d’autant plus intéressante que non seulement M. Schneidermann se prétend journaliste, mais qu’en plus il prétend, par le biais de son émission et de son site arrêtsurimages.net, vérifier la validité des articles des autres. Ce qui ne l’empêche pas, dans le cadre de ladite émission, de laisser proférer les pires âneries ou, comme on dit, les pires contre-vérités. 

Comme tout récemment lorsque, à propos du mouvement « Black Lives Matter », la journaliste Arwa Barkallah y affirme contre toute véracité que la chanteuse Nina Simone « n’est arrivée dans le combat pour les Noirs qu’à la fin de sa carrière » et «  a toujours voulu plaire aux personnes blanches » [tooltips content= »Emission Arrêt sur images du 5 juin. Rappelons que, si la carrière de Nina Simone s’étend en gros de 1959 à 2000 avec une apogée vers 1970, la chanteuse s’engage dans le mouvement des droits civiques dès 1963″](1)[/tooltips]

Déclarer haut et fort son mépris des faits, puis prétendre faire du « fact-checking », telle est l’impudence tranquille du progressisme à la sauce Schneidermann.

 

Dernière minute

Le journaliste a récemment fait son mea culpa à la suite du scandale provoqué par son émission où étaient conviées Arwa Barkallah et Maboula Soumahoro. Il écrit notamment:

« Je remarque la veille de l’émission un tweet (aujourd’hui supprimé) dans lequel elle accuse le présentateur de France 2 Laurent Delahousse d’être « à côté de la plaque » en consacrant, à propos des mouvements antiracistes actuels, une émission à Nina Simone. Tiens, me dis-je, pourquoi donc est-ce à côté de la plaque ? Et je me promets de poser la question à l’invitée sur le plateau. M’attirant, donc, la réponse suivante :

« Nina Simone est arrivée dans le combat pour les Noirs à la fin de sa carrière, elle a toujours voulu être dans les clous, toujours plaire aux personnes blanches. A quel moment Nina Simone était une figure particulière du Black lives matter ? »

Et puis on passe à autre chose. J’ai donc laissé proférer une grosse bêtise. »

Anne Hidalgo réélue maire de Paris

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Anne Hidalgo lors du débat pour la candidature à la mairie de Paris, le 10 mars 2020 © Jacques Witt/SIPA 00949311_000024

Toutes proportions gardées, la politique d’Anne Hidalgo peut être comparée avec celles d’Erdogan et Poutine. Néanmoins, celle-ci détonne par son impopularité…


Parmi toutes les personnalités politiques du continent européen, celui qui s’étend de l’Atlantique jusqu’à l’Oural et au Bosphore, la longévité au sommet du pouvoir d’Anne Hidalgo a pour égales celle de Vladimir Poutine et de Recep Tayyip Erdogan. Tous les trois ont émergé avec le nouveau millénaire, tous les trois ont dû accepter à une période donnée le rôle du second ou d’être placé sous tutelle, tout en restant sous les feux des projecteurs.

À ce propos, on oublie souvent que le président Poutine a laissé le trône entre 2008 et 2012 et que le Premier ministre Erdogan a dû, pendant de longues années, composer avec l’autorité du président de la Turquie avant de mener une réforme constitutionnelle et régner sans partage. Enfin il serait assez juste de considérer que la dimension d’homme d’État de Bertrand Delanoë, ainsi que ses (légitimes) ambitions présidentielles durant son mandat de maire de Paris avaient laissé à Anne Hidalgo, alors première adjointe, une place de numéro un bis plutôt que de numéro deux.

Caramba, encore gagné!

La comparaison avec les deux têtes fortes et autoritaires de la scène politique internationale n’est pas pour ternir l’image de la maire de Paris, ni la nature profondément républicaine de son action.

Bien au contraire, la longévité au sommet du pouvoir acquise dans un cadre démocratique, et par définition ouvert à la concurrence, est un signe à la fois d’un grand talent et d’une parfaite maitrise de son sujet. Cette expérience de presque vingt ans à la tête d’une des plus importantes capitales du monde est la clé pour comprendre le succès électoral de madame Hidalgo. Rares sont ceux qui pensent que la maire sortante ne sera pas réélue le 28 juin pour un nouveau bail de six ans, après avoir très aisément remporté le premier tour des élections municipales en mars dernier.

Sur 1,1 millions d’électeurs actifs dans la capitale, avoir la moitié qui a l’intérêt vital de faire réélire leur championne rend le sort des élections municipales tristement prévisible

L’expertise du job, dont le contrat se décide au suffrage universel, se résume par un seul paramètre : le contrôle d’un socle électoral nécessaire pour se faire élire et potentiellement réélire. Des centaines de milliers d’automobilistes parisiens peuvent hurler contre la traque surréaliste à leur égard, les commerces et les cafés se fermer dans tous les quartiers, la ville se salir et selon un avis très partagé perdre son charme (lire : son âme) légendaire, le socle électoral d’Anne Hidalgo prospère et s’accroit.

Il ne s’agit ni des heureux utilisateurs des pistes cyclistes, ni de la communauté LGBT considérée (sans doute à tort) comme acquise par défaut, ni des employés du secteur numérique parisien à qui la maire de Paris a très intelligemment donné un coup de boost. Nous parlons des locataires des logements sociaux. Ces heureux ménages parisiens dont le nombre a pratiquement doublé depuis l’arrivée de l’équipe socialiste à l’Hôtel de Ville il y a 19 ans. Le parc compte aujourd’hui près de 250 000 foyers et surtout encore autant de demandeurs sur la liste d’attente. Laquelle ne devrait plus être si longue vu la promesse électorale de la maire d’investir 20 milliards d’euro dans la mise à la disposition des bâtiments parisiens pour la location « à prix abordable ». Ces montants vertigineux forment bien évidement la ligne budgétaire la plus importante de l’économie de la mairie de Paris.

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Sur 1,1 millions d’électeurs actifs dans la capitale, avoir la moitié qui a l’intérêt vital de faire réélire leur championne rend le sort des élections municipales tristement prévisible.

Paris, un système socialiste

En tout cas ce ne sont pas le constat amer de Rachida Dati sur la ghettoïsation des Parisiens dans les HLM, ni la volonté d’Agnès Buzyn de mettre à la disposition des habitants de la capitale 100 000 appartements inoccupés qui vont faire basculer les intentions de votes des HLMistes actuels et potentiels. La question du logement a été toujours la plus critique dans l’existence de l’Homme.

À une époque où le Président de la République et son gouvernement ont œuvré, depuis les trois dernières années, avec beaucoup de conviction, à inscrire le pays aux abonnés du monde de libre-échange et de la mondialisation (heureuse jusqu’à il n’y a pas longtemps…), le succès du pouvoir municipal à Paris et partout en France est conditionné par un vieux mécanisme de nature très socialiste. Le phénomène n’est bien évidement aucunement l’exception française. Les pays scandinaves, encore et toujours eux, ont un nombre encore plus important des logements sociaux, 95 sur 1000 habitants en Suède, 102 au Danemark contre 69 en France.

Cette recette sociale d’aide aux foyers modestes qui date d’une autre époque permet à madame la maire de mener pour le reste la politique la plus controversée et la plus impopulaire qui soit. Rien ne pourra forcer la patronne de Paris élue démocratiquement à renoncer à ses préférences très partisanes, ni à ses convictions qui génèrent tellement de frustrations chez les habitants de la capitale. On peut défier Anne Hidalgo à l’infini; forte de son assurance HLM tout risque, elle encaisse les attaques les plus dures avec beaucoup de calme et de sagesse. Une belle leçon aux présidents autoritaires, eux tellement sensibles au moindre mot négatif!

Notre-Drame de Paris

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Quand la bise fut revenue

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Image d'illustration Unsplash

Nous étions des millions à fuir les villes pour nous barricader en province. Nous sommes le même nombre à avoir réintégré nos pénates citadins. Chronique d’humeur et d’humour sur l’exfiltration tardive et la reprise d’une existence désormais prophylactique, et comme on dit chez Mastercard « sans contact ».


Bon ben voilà. Il va bien falloir rentrer. 

Tous les clignotants sont au vert, comme disait un Premier ministre surnommé « gros quinquin » du côté de Lille. Enfin toutes les cartes. Même la météo s’est mise au diapason du retour, comme pour chasser les citadins des provinces. Pour virer les migrants des campagnes en sonnant le tocsin à grands coups d’orages et de froidure. Sauf que le clairon n’a pas entonné la charge pour le bureau. Question bataille, on n’est pas à Iéna ou encore moins à Eylau. Et à Paris, Murat n’est plus qu’un boulevard. À Bordeaux, c’est pire, c’est une rue. Et plus du tout le maréchal courageux qui fendit les forces de l’Empire russe en les chargeant à la tête de 80 escadrons… Pour l’éternel retour on est même tous en file indienne. La tête basse comme une armée de fantômes vaincus. C’est dire si on est loin des ports de tête impétueux des chasseurs de la garde en colback à plumet. Ok ok, on a compris. On rentre. N’en jetez plus. Mais je vous préviens ça n’est pas de gaieté de cœur. C’est même avec des pieds de plomb. Et en se pinçant le nez. Il y a deux mois fallait se laver les mains vingt fois par jour en ouvrant les lourdes avec les pieds. Comme des oiseaux de mer « inaptes au vol » vivant dans l’hémisphère austral. Des pingouins quoi. 

Bienvenue dans un monde hygiéniste

Aujourd’hui, voilà qu’on doit suivre « les protocoles de déconfinement » pour aller bosser. Respecter les « recommandations en termes de jauge par espace ouvert », gérer les flux, le nombre des présents, se munir d’équipements de protection individuelle. Il y a même des entreprises qui vous prennent la température. 

A relire: Première sortie de crise

Oh là là ! Avouez que pour une génération qui a connu la vitesse libre sur autoroute, les courses en DS23 avec papa au volant qui essayait de taper « le con devant avec sa 504 Ti » et l’amour libre des années 70 jusqu’aux années sida, la  nouvelle vie d’après Covid manque carrément de piment. Elle serait même un tantinet trop hygiéniste. Parce que la vraie question, le vrai problème, celui que personne n’ose vraiment soulever, vraiment aborder avec franchise… bien avant le chômage,  les dépôts de bilan, les émeutes raciales et les genoux à terre des poulets à Minneapolis… l’habitude française que le monde entier nous envie… même avant la gastronomie… Et dont on parle même dans la presse étrangère : quand pourra-t-on se refaire la bise? 

Ce débat sur l’identité française qu’on nous refuse

Parce qu’il ne faut  pas se voiler la face, sans jeux de mots aucun, c’est ça le vrai débat. Quand pourrons-nous enfin re-ressentir « la Vie est belle » dans le cou de Jacqueline Chombard, la dame du cinquième qui a des jolis yeux ? L’ « Heure bleue » sur les joues d’Odette Fourjus, la blonde pimpante qui dirige le développement d’une main de velour ? Et pour les dames, les fragrances viriles (et évidemment enivrantes) « d’Eau Sauvage » quand elles embrassent leur charmant patron ? La question n’est pas de savoir si on est content d’avoir vaincu le péril. Bien sûr qu’on est tous ravis d’avoir jugulé le Corona. Fait rentrer la saloperie dans son terrier chinois. Mais à part le bonheur de déjeuner en terrasse et celui de sortir sans ausweis, quand est-ce qu’on redevient vraiment 100 % Français ? Et il est où le bonheur sans bisous ? Le plaisir sans l’échange ? Avec juste les yeux, sans la bouche ? Va falloir se pencher respectueusement l’un vers l’autre comme des Japonais ou des judokas en kimono pour se dire bonjour ? C’est ça la nouvelle vie ? Se mettre la main sur le cœur façon « Ave » de Romains pour se saluer ? Comme les sportifs écoutant God Save « the couine » en montant sur le podium ? Mais on est Français que diantre ! On est des latins. On a besoin de contacts, déjà qu’on ne peut plus fumer en voiture ou se garer en ville, faut bien qu’il nous reste quelque chose quand même. Hein? Et notre culture ? Ils y ont pensé tous ces énarques et ces médecins à notre culture ? À la bise unique en Bretagne, la double en Ile-de-France, les trois bisous dans le Massif Central,  la Drôme, la Lozère, l’Ardèche, les Hautes-Alpes et l’Ain ; les quatre smacks, dans l’Aube, l’Yonne, la Haute-Marne, et la Vendée ; les cinq même, dans certains villages corses ! On y a pensé au ravage culturel dans l’hexagone dû à la disparition de ces millions de bécots ? Ces tsunamis d’affection en suspens ? 

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Nike fabrique bien des hidjabs de running après tout, Décathlon vend des casques pour trottinette avec clignotants et feu stop intégrés, vous ne pensez pas qu’en trois mois de Covid on aurait pu trouver un moyen d’améliorer les masques autrement qu’en dessinant des bêtises dessus? C’est invariablement la même chose en France, on trouve toujours du monde pour nous emmerder avec des modes à la con, mais lorsqu’il s’agit de protéger nos institutions, il n’y plus personne. C’est virus et bouche cousue.