L’écologie semble en train de s’imposer comme l’idéologie du XXIème siècle. On ne compte plus les croisés de cette jeune religion qui partent à l’assaut de la « culture carbonée » ! Laurent de Sutter se complaît en dévotion dans une lettre à Greta Thunberg. On vous épargne cette lecture, grâce à Isabelle Marchandier.


On attend d’un philosophe qu’il questionne les vérités bien installées, qu’il secoue l’arbre des préjugés, qu’il instille le doute sur la légitimité des idoles et veaux d’or érigés pour alimenter l’opium du peuple. Avec sa lettre adressée à Greta Thunberg qui vient de paraître aux Editions du Seuil, on ne peut pas dire que Laurent de Sutter honore sa profession. Le philosophe prend la plume pour répondre au Greta Bashing dont serait victime la jeune activiste. Mais sous couvert de prendre sa défense, Laurent de Sutter signe une profession de foi qui canonise celle que le monde voit comme la digne fille de Gaia. Cette idolâtrie est bien la preuve flagrante qu’il ne suffit pas de se dire philosophe pour l’être réellement.

Repenti « hyperlettré »

Comme tout bon disciple, Laurent de Sutter, commence son texte par une confession. Dans un généreux élan de reniement masochiste, le philosophe explique combien il déteste le XXe siècle qui l’a vu naitre et « la culture hyperlettrée » à laquelle il appartient. Mais si Sutter avoue qu’il en est « le pur produit » c’est pour mieux la désavouer. Son acte de repentance ne sert de paravent qu’à une violente condamnation.

Armé de la grille de lecture déconstructiviste forgée par Derrida et cie, Laurent de Sutter instruit le procès du monde de la connaissance et des livres coupable d’exercer une « police de la pensée », sur ce qu’il est autorisé ou pas de connaître. Dans le viseur du philosophe, les intellectuels médiatiques anti-Greta, comme Michel Onfray et Laurent Alexandre, que l’auteur, rempli de mépris, ne daigne pas nommer mais se délecte de qualifier de « représentants séniles » de cette culture hyperlettrée. Sutter explique que leurs critiques acerbes ne sont qu’une contre-attaque pour riposter au discrédit jeté par la lanceuse d’alerte écologiste sur le monde de la connaissance.

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L’auteur interprète la grève de l’école pour le climat comme le geste initiatique de la militante qui « a choisi d’ignorer la connaissance pour affirmer la nécessité d’un savoir », savoir réduit au simple constat de l’urgence climatique. Peu importe pour Laurent de Sutter que ce savoir soit plus de l’ordre de l’affirmation sans argumentation, sans interrogation, bref sans dialectique, sans l’exercice intellectuel inhérent à la philosophie. Encore une preuve que Sutter n’a de philosophe que le titre!

Contre la culture carbo

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