Le journaliste de Libération tord la vérité pour venir au secours de la tribune idiote de Virginie Despentes.


Nul n’ignore plus désormais – avant de l’oublier bientôt – que Virginie Despentes, l’inénarrable madone littéraire des bobos transgressifs, s’est récemment fendue d’une tribune « antiraciste ». Une tribune dont le coup de cymbale inaugural était constitué par cette perle : « Je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. Pourtant j’ai cinquante ans, j’en ai vu, des gouvernements. » Évidemment, les réactions n’ont pas manqué pour souligner cette ineptie et en démontrer la sottise : il suffisait de lister les contre-exemples, et beaucoup s’en sont fait un plaisir. 

Factuellement tort mais politiquement raison

Mais, et c’est là le point intéressant, certains ont tenté de sauver du ridicule l’oubliable créatrice de Vernon Subutex. Et parmi eux le délicieux Daniel Schneidermann, qui a voulu emprunter une ligne de défense originale avec cette déclaration : « Virginie Despentes a factuellement tort, mais elle a politiquement raison. »

Factuellement tort, mais politiquement raison… Voilà qui ouvre des abîmes !

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Essayons d’y voir clair. « Factuellement », c’est le registre des faits, des choses qui se produisent, en un mot, du réel. Et « politiquement », c’est du registre de la politique, de la conduite des affaires de la collectivité. A priori, on pourrait s’imaginer que le second a, en partie au moins, un certain rapport avec le premier. Le politique, c’est comme disait Richelieu « l’art de rendre possible le nécessaire » ou, dans une version plus tardive, de rendre possible le souhaitable. C’est donc, qu’on le veuille ou non, la prise en compte du réel, fût-ce pour tenter de le vaincre en lui obéissant. On parle même, à l’extrême, de « realpolitik », de politique réaliste au point de ne plus prendre que les résultats comme critère de jugement. L’action politique doit partir des choses comme elles sont.

Schneidermann, un idéologue au chevet des “racisés”

Que serait alors une politique qui prétendrait s’affranchir du réel ? La réponse est simple : une idéologie. Une vision politique, une chimère qui prétendrait s’abstraire du réel et construire le monde en-dehors de lui. Des gouvernants politiques ont caressé, chevauché de telles chimères ; on sait où elles les ont conduits. En politique, la négation du réel se fait au nom de l’idéologie.

C’est pourquoi, lorsqu’il oppose ainsi « factuel » et « politique », M. Schneidermann nous indique clairement qu’entre le réel et l’idéologie, il préfère l’idéologie. Pour lui, qu’importe la réalité des choses, c’est la vision idéologique qui doit l’emporter. C’est à-travers le prisme idéologique qu’il faut voir les choses, et la réalité factuelle n’a aucune importance.

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Cela serait bel et bon dans le cas d’un quelconque théoricien travaillant dans l’abstraction. Il y a belle lurette, par exemple, que les mathématiciens et les physiciens nous parlent d’un monde qui heurte notre expérience quotidienne. À une échelle plus risible, il suffit d’écouter un économiste, ou l’un des sociologues vomis par le CNRS depuis une vingtaine d’années, pour se rendre compte que ni les faits ni le réel en général n’ont aucune importance pour eux. Mais dans le cas de M. Schneidermann, c’est plus ennuyeux. Car M. Schneidermann fait profession d’être journaliste. Or, jusqu’à voilà peu, le rôle du journaliste était précisément de rendre compte des faits, de les mettre en perspective, de les analyser pour éclairer ses lecteurs. En déclarant ainsi, avec une touchante candeur, que les faits doivent céder le pas à la vision politique, M. Schneidermann nous signale ce qu’il est vraiment : plus tellement un journaliste mais un doctrinaire, un propagandiste au service d’une cause et prêt pour le bien de cette cause à travestir la réalité des faits…

Nina Simone pas assez radicale

Révélation d’autant plus intéressante que non seulement M. Schneidermann se prétend journaliste, mais qu’en plus il prétend, par le biais de son émission et de son site arrêtsurimages.net, vérifier la validité des articles des autres. Ce qui ne l’empêche pas, dans le cadre de ladite émission, de laisser proférer les pires âneries ou, comme on dit, les pires contre-vérités. 

Comme tout récemment lorsque, à propos du mouvement « Black Lives Matter », la journaliste Arwa Barkallah y affirme contre toute véracité que la chanteuse Nina Simone « n’est arrivée dans le combat pour les Noirs qu’à la fin de sa carrière » et «  a toujours voulu plaire aux personnes blanches » (1)

Déclarer haut et fort son mépris des faits, puis prétendre faire du « fact-checking », telle est l’impudence tranquille du progressisme à la sauce Schneidermann.

 

Dernière minute

Le journaliste a récemment fait son mea culpa à la suite du scandale provoqué par son émission où étaient conviées Arwa Barkallah et Maboula Soumahoro. Il écrit notamment:

« Je remarque la veille de l’émission un tweet (aujourd’hui supprimé) dans lequel elle accuse le présentateur de France 2 Laurent Delahousse d’être « à côté de la plaque » en consacrant, à propos des mouvements antiracistes actuels, une émission à Nina Simone. Tiens, me dis-je, pourquoi donc est-ce à côté de la plaque ? Et je me promets de poser la question à l’invitée sur le plateau. M’attirant, donc, la réponse suivante :

« Nina Simone est arrivée dans le combat pour les Noirs à la fin de sa carrière, elle a toujours voulu être dans les clous, toujours plaire aux personnes blanches. A quel moment Nina Simone était une figure particulière du Black lives matter ? »

Et puis on passe à autre chose. J’ai donc laissé proférer une grosse bêtise. »

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