Fin du confinement. La maire de Paris s’adresse aux automobilistes banlieusards qu’elle ne veut pas voir venir dans la capitale: « On est chez nous! »


À l’approche du 11 mai, les transports publics sont l’un des multiples casse-tête qui conspirent à blanchir la barbe d’Edouard Philippe. Il s’agit en effet, comme pour l’école, de résoudre une équation insoluble : rassurer et affoler en même temps. 

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Les transporteurs espéraient s’en tirer avec le masque obligatoire, mesure assez simple à appliquer et globalement efficace. Que nenni, dans la fièvre précautionniste qui a saisi tous les décideurs de France, terrifiés à l’idée d’être traînés en justice, c’est ceinture et bretelles : pour les transports publics, ce sera donc masque + distanciation sociale – ceux qui ont pondu cette règle ne prennent pas souvent le métro : faudra-t-il poster des policiers dans chaque rame sur chaque quai ?

Les nouveaux horaires de nos migrations pendulaires

Pour l’Île-de-France, principal point noir annoncé, transporteurs, syndicats et patronat ont accouché mardi soir d’un plan de reprise de l’activité passablement obscur et jargonnant. On apprend par exemple dans leur communiqué que « l’offre sera modulée selon les lignes en fonction des ressources disponibles des opérateurs pour limiter les saturations ». Parmi moult mesures inapplicables, la plus amusante est celle qui consiste à refiler le bébé aux entreprises, à qui il est demandé d’étaler les arrivées et les départs de leurs salariés sur quatre tranches horaires le matin et quatre le soir. Et comme la libido règlementaire et punitive de certains ne semble avoir aucune borne le secrétaire d’État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari envisage d’imposer de nouvelles attestations pour réguler ces flux. À quand une amende à 135 euros pour être allé travailler trop tôt ?  

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Il est peu probable, cependant, que ces mesures suffisent à rassurer les usagers. Déjà, chauffeurs de taxi et de VTC constatent que beaucoup ne veulent pas prendre le métro, d’où une reprise de leur activité. On observe aussi un très léger frémissement du marché automobile, 8500 immatriculations la semaine du 20 avril. Enfin, dernier signal faible de cette éventuelle tendance, les activités proposées en drive se multiplient : on peut se confesser dans sa voiture à Limoges, participer à une drive rave en Allemagne ou assister à un strip-tease dans l’Oregon en restant assis derrière son volant.

Hidalgo fiévreuse

Bref, pendant qu’on nous promet un avenir radieux sain et vert, on pourrait observer un retour en grâce subreptice de la bagnole. Autant dire que ça ne plait pas à Madame Hidalgo. « Je m’opposerai à ce que Paris soit envahie de voitures, synonymes de pollution », a-t-elle déclaré. Peu importe que la pollution ait très peu baissé à Paris durant le confinement, relativisant la culpabilité de l’automobile. Si vous faites partie de ces ploucs qui travaillent à Paris, souvent à servir des Parisiens, sans pouvoir y loger, ce sera métro ou vélo. 

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En effet, selon le nouveau prêchi-prêcha en vogue et pas seulement à Paris, la solution à nos problèmes, c’est le vélo. « Qui sera la petite reine du déconfinement » a finement affirmé Elisabeth Borne. Tu parles Charles : la petite reine aura droit à un ridicule plan vélo doté de 20 millions d’euros, essentiellement destinés à la subvention de 50 euros pour réparer son vélo. Cela dit, les collectivités mettent la main à la poche pour convertir à la hâte des moitiés de rues en pistes cyclables et subventionner l’achat de vélos électriques.  Et le Conseil d’État a cru bon de rappeler que, même avant le 11 mai, on avait le droit de se déplacer à bicyclette. 

L’édile pactise avec Lallement

On me dira que le vélo présente le double avantage d’être sûr sur le plan sanitaire et écologique. Encore faut-il le choisir librement. Or, il s’agit de nous convertir par la force. On méditera au passage ce curieux chassé-croisé : en Chine, on subventionne l’achats de voitures qui repart à la hausse, tandis que nous et nous, nous sommes sommés de nous mettre au vélo, genre Chinois à Paris.

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Dans la capitale, nous avons le droit à la version hardcore de ce totalitarisme du bien avec le duo diabolique Hidalgo/Lallement. 

Mais que les rouleurs au diesel de nos belles régions ne se réjouissent pas trop vite : de Grenoble à Nice, de Toulouse à Montpellier, si vous persistez dans le vice automobile, tout sera fait pour vous rendre la vie impossible. Après le 11 mai, vous aurez le droit de vous déplacer mais vous ne pourrez pas circuler. 

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