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Autant en emporte le « Woke »

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La bien-pensance progressiste a encore frappé. Dans la censure du film « Autant en emporte le vent », c’est l’idéologie victimaire du Woke qui est à l’œuvre. Analyse.


La plateforme de diffusion en streaming HBO Max vient de retirer de son catalogue le film de 1939 aux dix Oscars Autant en emporte le vent au motif de ses « préjugés racistes ». Il devrait être proposé à nouveau aux abonnés mais avec un message d’avertissement pour « contextualiser » le film dans son époque.

L’idéologie victimaire du Woke à l’oeuvre

Il s’agit d’une nouvelle réaction excessive de l’idéologie victimaire du Woke. Ce terme dérivé du verbe anglais « to wake » (se réveiller) désigne le prétendu progressisme des personnes « éveillées » conscientes des discriminations raciales ou de genre envers les minorités.

Une partie du mouvement ne se contente pas de vouloir dénoncer les injustices du présent mais également les stigmatisations du passé notamment dans les films et les séries télévisées quitte à flirter parfois avec l’absurde.

« Je crois que nous sommes à une époque, dans notre culture, où les gens adorent prétendre qu’ils sont choqués (…) il n’y a plus de nuance dans le débat » (Matt Groening)

C’est ainsi par exemple qu’un épisode de 1968 de Charlie Brown et Snoopy fêtant Thanksgiving a été accusé quarante ans après de racisme car le personnage de Franklin était assis d’un côté de la table et sur une chaise différente des autres enfants… alors que l’apparition d’un personnage noir dans la bande dessinée de Charles M. Schulz marque au contraire les convictions de son auteur en faveur des droits civiques.

Autre exemple avec la campagne virulente contre la présence du personnage indien d’Apu dans la série Les Simpson suite à un documentaire en 2017 The problem with Apu dénonçant les stéréotypes racistes véhiculés. La polémique fut très vive et reprise notamment sur les réseaux sociaux obligeant Matt Groening le créateur des Simpson à se justifier en rappelant qu’il aimait la culture indienne et qu’il avait donné ce prénom en référence au personnage Apu des films de Satyajit Ray. Il ne se prive pas aussi de contre-attaquer sur les excès des éveillés : « je crois que nous sommes à une époque, dans notre culture, où les gens adorent prétendre qu’ils sont choqués (…) il n’y a plus de nuance dans le débat ».

Le réalisateur du film Joker (Lion d’or à Venise en 2019) explique quant à lui avoir abandonné le registre de la comédie dans lequel il s’est fait connaître à cause de cette pression des éveillés : « Essayez d’être drôle dans cette culture woke, qui se veut consciente de tout (…) tous les mecs amusants se barrent de peur d’offenser le public. C’est dur d’argumenter avec 30 millions de personnes sur Twitter. C’est même carrément impossible (…) Toutes mes comédies ont cette chose en commun – et je pense que c’est le cas pour tous les films du genre en général – c’est qu’elles sont irrévérencieuses ».

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D’autres acceptent mieux la critique des éveillés et font même preuve de repentance comme Marta Kauffman la créatrice de la série Friends qui a déclaré en pleurs il y a quelques jours : « j’en ai pas fait assez pour la diversité (…) Désolée, j’aurais aimé savoir ce que je sais aujourd’hui. J’aurais pris des décisions très différentes ».

Beaucoup de bruit pour peu de changement

Tout comme les propos de Marta Kauffman, le retrait d’Autant en emporte le vent du catalogue d’HBO Max s’inscrit évidemment dans l’actualité de ces derniers jours comme un acte fort en lien avec le regain du mouvement Black Lives Matter, suite à l’émoi suscité par la bavure criminelle contre George Floyd. Mais pas seulement, car le film de Victor Fleming avait déjà été pris à parti au cours d’un autre événement dramatique. En effet, un cinéma de Memphis avait décidé suite à des protestations de suspendre la projection du film car trop « révisionniste » et « insensible à la population afro-américaine ». Une décision prise quelques jours après les affrontements de Charlottesville l’été 2017 : un rassemblement de suprémacistes au-cours duquel un néonazi a foncé sur les contre-manifestants et tué une femme.

À l’époque Donald Trump avait été très critiqué pour avoir d’abord hésité à réagir avant de renvoyer les deux camps dos à dos en regrettant des « torts partagés ». Considéré comme hostile aux minorités, le président américain a d’ailleurs été un catalyseur pour le mouvement des éveillés. Et tant pis si depuis février le merchandising de campagne pour sa réélection reprend sur des casquettes et des t-shirts le terme de Woke alors qu’au contraire l’ancien président Barack Obama critique la course à la pureté idéologique du mouvement : « ce n’est pas vraiment de l’activisme. Ce n’est pas comme ça qu’on fait changer les choses ».

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Pour ceux qui se satisfont de l’aboutissement de l’hystérie victimaire Woke s’en prenant à un classique du cinéma vieux de quatre-vingt-un ans, on rappellera juste qu’une de ses interprètes, l’actrice Hattie McDaniel, a été la première afro-américaine récompensée par un Oscar en 1940 grâce à son rôle dans Autant en emporte le vent… Une reconnaissance artistique aux conséquences bien plus importantes pour la diversité que les leçons de morale et de vertu par les prétendus éveillés d’aujourd’hui.

Autant en emporte Le Vent

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NBA : les fables en noir et blanc des progressistes

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La ligue nationale de basketball américain (NBA) ne cesse de faire parler d’elle. Entre le décès du mythique Kobe Bryant en janvier et la sortie en fanfare de la série-documentaire Netflix « The Last Dance » en avril, ce début d’année l’aura définitivement installée dans l’imaginaire collectif de notre village global. 


Son succès planétaire, la NBA le doit à sa superstar Michael Jordan ; mais aussi à son infatigable président David Stern, homme de l’ombre également décédé en ce début d’année malheureux pour le basket américain.

Son successeur, Adam Silver, reçoit les éloges de l’extrême-gauche américaine pour son combat envers « l’inclusion et la diversité ».

C’est que, comme le remarquait fort justement Pierre Godon dans un article sur France Info, la presse et les réseaux sociaux américains rejouent perpétuellement le procès en racisme de la NBA. Les polémiques se succèdent et se ressemblent. Le public non averti est inlassablement ramené à la fin des années 1940, époque où les meilleurs joueurs afro-américains grossissaient les rangs de l’équipe des Harlem Globe Trotters, faute de pouvoir rejoindre la ligue officielle. Aujourd’hui, la proportion de joueurs afro-américains dans la ligue se situe autour de 75% (contre 14% pour la population générale) : le scénario prend un sacré coup de plomb dans l’aile.

Le secours du marxisme

N’allez pas imaginer que cela empêche les journalistes à la sauce ESPN, qui commentent religieusement les rapports des instituts universitaires spécialisés en inclusion, de déplorer le manque de « leadership noir ». Traduire le manque d’Afro-Américains à des postes de direction. Le scénario évolue, s’adjoint une bonne dose de marxisme : des cadres blancs exploiteraient le corps mis en scène d’athlètes noirs. C’est tout à fait discutable, pour plusieurs raisons. D’abord, ce rapport (la race and gender report card de 2019) atteste que 10% des postes de direction sont occupés par des Afro-Américains et qu’ils représentent plus de 25% des entraîneurs (soit une légère sous-représentation dans la première catégorie et une nette surreprésentation dans la deuxième). Les General Managers (la position de direction la plus élevée) sont payés entre un et trois millions de dollars par an en moyenne, soit deux à trois fois moins que les coachs (environ 5 millions). Que dire des joueurs (dont les trois quarts, pour rappel, sont afro-américains) qui sont 270 à gagner 3 millions de dollars et plus, jusqu’à 40 millions pour une star comme Stephen Curry.

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La NBA a suivi la tendance générale du sport globalisé qui élève une poignée de stars au rang d’idoles mondiales et relègue leurs coéquipiers aux oubliettes de la technique. Qui a déjà entendu l’avis d’un General Manager sur un « problème de société » ? Qui, au contraire, peut ignorer le nom de Lebron James ou de Kobe Bryant ? Comment également ne pas voir que c’est leur image , dopée par les médias, qui leur donne accès à de juteux contrats de partenariat avec de grandes marques comme Nike ou Adidas, dont le dernier exemple nous est fourni par la chasse aux jeunes joueurs à laquelle s’est livrée la marque de Michael jordan. Gardons-nous du manichéisme primaire (au risque d’enfoncer des portes ouvertes) qui fait sa loi en NBA, les joueurs contribuent bien évidemment par leur talent à leur popularité et à celle de la ligue : l’échange est mutuellement profitable.

David Stern « superviseur de plantation moderne »

En 2011, un bras de fer oppose le syndicat des joueurs et son représentant Billy Hunter au président David Stern qui représente en partie les intérêts des propriétaires. Ceux-ci font valoir la mauvaise situation financière de la plupart des franchises pour tenter d’imposer un plafond de salaires pour les joueurs (salary cap) conséquent. À en croire le rapport d’audit de la franchise de Charlotte sur l’exercice 2008-2009 dont le bilan frôle le catastrophique, le camp des propriétaires ne manque pas d’arguments. Les négociations sont à l’américaine : musclées, les menaces pleuvent et chacun campe sur ses positions. L’occasion idéale pour le journaliste Bryant Gumbel de qualifier David Stern de « superviseur de plantation moderne », traînant le débat dans la fange en même temps que son adversaire du jour. Presque dix ans plus tard, la NBA bat des records de profitabilité qui ont largement fait sauter le plafond des salaires des joueurs (augmentation de 57% entre 2015 et 2018), et tout le monde, jusqu’à Bill Hunter, s’accorde pour célébrer le bilan de David Stern.

Il fallait de toute urgence écrire une nouvelle page de ce scénario qui prenait l’eau. Tout incident, aussi isolé soit-il, est devenu prétexte à sonner les trompettes de la lutte contre une oppression devenue d’autant plus violente qu’elle se faisait invisible. En 2014 l’ancien avocat et homme d’affaires Donald Sterling est obligé de vendre la franchise des Los Angeles Clippers dont il est propriétaire après avoir tenu des propos racistes dans une conversation téléphonique (privée). En mars 2019 le joueur superstar Russel Westbrook a menacé un fan de violentes représailles après que celui-ci lui ait supposément tenu des propos racistes. Aucune vidéo amateur tournée à ce moment ne permet de confirmer la véracité de cette accusation, d’autant que les mots prononcés par le fan en question restent, même selon cette version, ambigus. Qu’importe, la NBA dans le premier cas et la franchise en question dans le deuxième n’ont pas fait dans le détail. Sanction : bannissement à vie. L’incident se reproduit avec un fan de la même franchise qui a traité Russel Westbrook de « boy », invective en apparence anodine qui était aussi le nom par lequel on désignait les esclaves dans les plantations. Dans le doute même sanction : banni à vie.

La société du spectacle (Guy Debord, 1967)

Moins l’incident est d’importance plus grande est la contrition : le cas de Kyle Korver, joueur des Utah Jazz, est à cet égard des plus édifiants. M. Korver dans une lettre ouverte sobrement intitulé « privilégié », s’épanche sur ses réflexes inconscients d’homme blanc privilégié et sur son esprit exagérément critique à l’égard de la parole et des actes des Noirs. Mortifié, il se reproche d’oser mettre en doute la parole de Russel Westbrook et plus généralement celle des joueurs noirs, épousant la tendance post-moderne à sacraliser la parole des victimes pourvu qu’elles appartiennent à la bonne minorité. Cette longue autocritique est complaisamment relayée par un vaste ensemble de médias et de personnalités américaines toujours prêtes à exhiber leurs bons sentiments.

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La récente série-documentaire Netflix The Last Dance aura fourni aux mêmes apparatchiks l’occasion de refourguer leur scénario Disney à qui en voulait. Dès le premier épisode l’opposition grossièrement mise en scène du vilain General Manager Jerry Krause au gentil Michael Jordan crève les yeux. Petit, blanc, bedonnant, pas franchement gâté par la nature Krause a tout du vilain que le spectateur de Netflix va adorer détester, surtout mis à côté du charismatique Michael Jordan, le super-héros de « son » documentaire-fiction. Krause, décédé en 2017, ne peut plus se défendre contre les accusations de racisme qui ont fusé lorsque l’on a appris que Scottie Pippen, « lieutenant » noir de Michael Jordan, avait dû dire adieu à une augmentation de salaire pour permettre l’arrivée du Croate blanc Toni Kukoč. Sa mémoire et sa compétence en tant que General Manager sont en train d’être réévaluées positivement dans la presse spécialisée mais cet épisode aura montré avec quelle aisance le même scénario à sens unique se joue dans les esprits et les médias.

Jerry Krayse (gauche) et Michael Jordan (droite) lors d'une conférence de presse. © Chicago Tribune/TNS/Sipa USA)/29790163/CHRIS LAFORTUNE/2005051035
Jerry Krayse (gauche) et Michael Jordan (droite) lors d’une conférence de presse.
© Chicago Tribune/TNS/Sipa USA)/29790163/CHRIS LAFORTUNE/2005051035

Rares sont en effet ceux qui s’interrogent sur l’absence totale de joueurs blancs d’origine américaine en NBA, ou de joueurs hispaniques, asiatiques… Des questions légitimes dans un pays où la « culture » de la statistique ethnique est profondément implantée. The Undefeated, journal qui est dans les premiers à se plaindre du manque de « leadership noir », se l’est tout de même posée et a proposé à quelques joueurs blancs américains d’hasarder une réponse. Celle de l’un d’entre eux, J.J Redick, est révélatrice : « c’est quelque chose de culturel. Moi par exemple j’ai grandi en faisant des battles de rap […] ». La réponse est probablement à chercher de ce côté-là en effet. Lorsque Larry Bird, joueur iconique de Boston, dit que le basket est un « sport d’homme noir » et qu’il a lui-même horreur qu’un homme blanc défende contre lui (étant lui-même blanc). Lorsqu’on lit [tooltips content= »Voir Taboo: Why Black Athletes Are Better And Why We’re Afraid To Talk About It, livre en lien en fin d’article »](1)[/tooltips] ou entend que les Afro-Américains seraient supérieurs génétiquement, que les « blancs ne savent pas sauter » (White Men Can’t Jump est le titre d’un film populaire qui joue sur ce cliché largement répandu)… Les Afro-Américains ont longtemps utilisé le sport comme un moyen de lutter contre leur exclusion et un vecteur d’émancipation. Plus entraînés et plus investis ils en sont vite venus à dominer certains sports majeurs qu’ils ont intégrés à leur culture comme le basket et la NBA. Division du travail oblige, les Blancs se sont rabattus dans l’ombre à des postes de gestionnaires et de techniciens.

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Le monde du basketball américain gagnerait sans doute beaucoup à abolir cette répartition mais cela signifierait abandonner la vision Disney en noir et blanc et revenir à une réalité toute en nuances de gris qui ne rapporte pas de bons points médiatiques.

« Le fret avionné voyage pour moitié dans les soutes, et comme les avions de passagers ne volent plus, les prix ont explosé »


Les compagnies aériennes sont le secteur économique à avoir subi en premier la crise liée à la Covid-19. Elles ont dû stopper leurs activités de façon très prématurée pour limiter la propagation. Raymond Woessner nous livre les perspectives inquiétantes qui font suite à la paralysie généralisée de ce poumon économique.


Conflits. Que pensez-vous des décisions qui ont été prises en France concernant la suspension des vols avec l’étranger ? Comment les compagnies aériennes ont-elles réagi, de façon immédiate ?

Raymond Woessner. La Covid-19 est semble-t-il arrivée à Paris le 24 janvier 2020. Ce jour-là, Mme Agnès Buzin, la ministre de la Santé, déclarait que « le risque que la France soit touchée [était] pratiquement nul » ! Soit il y a eu une tentative de désinformation, soit le gouvernement français était décidément mal préparé… À la fin du mois de janvier, les compagnies européennes cessaient de leur propre chef leurs vols de passagers avec la Chine. Cette interruption s’est faite dans l’improvisation. Cofinancés par le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, les premiers rapatriements par avion de la France et de l’Allemagne ont alors concerné 447 citoyens européens au départ de Wuhan. Le 31 janvier, un Airbus militaire rapatriait encore 182 Français, dont deux malades, jusqu’à la base d’Istres.

Et au même moment, venu de Singapour sans passer par la Chine, un Britannique qui avait séjourné quatre jours aux Contamines (Haute-Savoie) avait transmis le virus à 11 compatriotes résidant dans le même chalet, avant qu’il ne reparte au Royaume-Uni.

A lire aussi, Stéphane Germain: L’aviation? De moins en moins civile

Globalement, le trafic aérien s’est effondré en plusieurs semaines, le temps que l’on rapatrie de nombreux touristes un peu partout. La descente aux enfers s’est produite dans la deuxième quinzaine de mars et la première semaine d’avril. Le 13 mars aux États-Unis, le président Trump a interdit les voyages entre l’Europe et les États-Unis, à l’exception du Royaume-Uni avant qu’il ne se ravise. En France, l’aéroport d’Orly a fermé le 31 mars. Ce sont donc les compagnies aériennes et les aéroports qui ont principalement mené le jeu et les États qui ont fait du suivisme. Seuls les pays voisins de la Chine, et Hong Kong, ont rapidement fermé leurs frontières ou imposé des contrôles aussi sévères que décourageants aux voyageurs.

Les demandes de vol ont baissé brutalement, les avions sont stoppés, et des coûts d’entretien subsistent, alors que l’activité est à son point le plus bas. Comment les compagnies se sont-elles organisées pour faire face à cette crise ? Bénéficient-elles d’aides publiques ? Je pense notamment aux compagnies à bas coût, moins armées pour combattre cette paralysie de l’activité…

Fin 2019, M. Alexandre de Juniac, le directeur général de l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA), avait prévu des bénéfices de plus de 29 milliards de dollars pour 2020. C’était un autre monde, qui a été anéanti à partir de mars 2020. En mai, l’IATA estimait que les revenus du secteur passagers pourraient plonger de 314 milliards USD, soit une baisse probable de 60% par rapport aux chiffres de 2019 ! Les pertes seraient un peu amoindries par la réduction du coût des opérations et la baisse du prix du pétrole… Le fret, lui, se trouve dans une étrange impasse : usuellement, environ la moitié du fret avionné voyage dans les soutes des avions de passagers, et comme ceux-ci ne volent plus, on manque de capacité fret et les prix ont explosé. Certaines compagnies vident leurs avions de leurs sièges, remplacent les passagers par des colis et remplissent les soutes de palettes…

Finalement, la crise de la Covid-19 devrait renforcer les compagnies aériennes les plus solides, qui pourront racheter des victimes en faillite, chez les opérateurs traditionnels comme dans le low cost. Les entreprises subissent différemment la crise en fonction de leur contexte national, selon leurs relations avec les milieux d’affaires et l’importance relative de l’interventionnisme étatique. Ainsi, dès le début du mois de février 2020, Cathay Pacific était en grande difficulté. Déjà ébranlée depuis août 2019 par les grèves de Hong Kong, la compagnie annulait alors 90% de ses vols vers la Chine et 30% de ses vols vers le reste du monde. Vers Taipei, ses vols passaient de 93 à 14 par semaine ; et de 49 à 0 vers Kaohsiung, la métropole méridionale de Taiwan. Cathay Pacific a imposé un congé sans solde de trois semaines à ses 27 000 salariés, congé à prendre entre mars et juin 2020. Mais le milieu financier de Hong Kong s’est serré les coudes : en deux mois, l’action de la compagnie a chuté de 20 % seulement.

En Chine continentale, les compagnies aériennes ont mis à pied, toujours sans solde, les pilotes étrangers qui leur coûtent le plus cher. Le 4 mars, Lufthansa a cloué 150 de ses 750 avions au sol. La compagnie de Francfort a immédiatement introduit…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

La crise du transport aérien - Vers une autre planète ?

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#Sijetaitunjuif: la méthode des nazillons pour arriver premiers sur Twitter France


Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire.


Le 18 mai au matin, le hashtag antisémite #sijetaitunjuif s’est hissé dans les top tendances de Twitter France. Cela veut dire qu’il était parmi les plus partagés.

Or, un peu comme certains people font des pieds et des mains pour figurer au classement des dix personnalités préférées des Français, certains twittos se damneraient pour paraître dans le TTF. C’est tellement couru qu’il existe toutes sortes d’outils pour savoir quels sont les hashtags du moment, quels sont ceux qui sont restés en tête le plus longtemps, etc., etc.

Par exemple, au moment où j’écris ces lignes, le hashtag #RainOnMe est l’un des trois plus twittés. Comme il pleut à torrents, je commence par croire bêtement qu’il s’agit de considérations quasi philosophiques sur le temps qu’il fait. Mais en fouinant dans les tweets qui utilisent le hashtag, je comprends qu’il s’agit du titre du dernier clip de Lady Gaga qu’elle a mis en ligne hier. Ses 80 millions de followers se sont chargés de passer le mot à toute la planète. Rien de très mystérieux dans ce succès.

Pour #sijetaitunjuif la performance est plus intrigante. Non pas que j’ignore l’existence d’antisémites, mais ma parano n’allait pas jusqu’à imaginer qu’ils fassent un tel score. Je surfe donc sur quelques tweets mentionnant le hashtag. Le jeu est simple. Il consiste à faire une phrase commençant par « sijetaitunjuif » qui soit la plus drôle possible… pour un antisémite.

A lire aussi, Didier Desrimais : Le gouvernement recrute, postulez via Twitter

Quelques morceaux choisis : « #sijetaitunjuif à ma mort je vendrai ma montre à mon fils » ou « #sijetaitunjuif bahah je me doucherais jamais balec de puée » (Ben oui, « puée ». C’est une fille qui écrit le tweet donc elle met le féminin, logique…)

Je me rassure en constatant qu’antisémitisme et illettrisme sont les deux mamelles de ces abrutis.

Et puis, au milieu du flot de grosses blagues sur la Shoah, je repère un message qui décortique le phénomène. Il émane d’un hacker qui s’était fait remarquer en 2018 pour avoir interpellé le gouvernement indien : « Bonjour Aadhaar. (C’est le nom du programme de passeports biométriques indiens.) […] J’ai vérifié votre application Android et vous avez des problèmes de sécurité… C’est super facile d’obtenir le mot de passe de la base de données par exemple… » (Elle comprend état civil, adresse, religion, mais aussi empreinte digitale et photos du visage.) Et deux mois plus tard, constatant que rien n’avait été réparé, il a carrément publié une vidéo « Comment craquer le mot de passe de l’application officielle de Aadhaar en une minute. »

Il aurait pu se taire, voler des centaines de millions d’identités et les monnayer sur le dark web, mais en bon « white hat » (un peu comme on distingue magie noire et magie blanche, il y a les « black hats » et les « white hats » chez les hackers), il a préféré protéger ces personnes en montrant publiquement la faille.

C’est pourquoi son analyse du phénomène m’intéresse au plus haut point.

Grâce à des outils pour geek dans son genre, la première chose qu’il remarque, c’est un groupe de 50 personnes qui a participé activement au lancement, mais n’interagit pas avec les autres propagateurs du gentil hashtag.

Voici comment ça a démarré :

« OT Sinedd a=i. @UgoFreezer77 .
Je compte sur vous ma tl de bg
(traduction : ma « timeline » de beaux gosses) faites tous un tweet avec le #sijetaitunjuif faut que sa aille en TT » (Top Tweets) et il donne l’exemple : « #sijetaitunjuif je me laverais que dans les baignoires » On voit tout de suite que le Molière du plus gros déconneur n’est pas loin. Un des « bg » de sa timeline lui emboîte le pas : « TIROF | ZZ #sijetaitunjuif j’écouterais cette musique sous la douche », accompagné d’une vidéo d’un discours d’Hitler.

Chouette, ça mord ! Alors, le lanceur du hashtag encourage ses troupes : « si y’a #sijetaitunjuif en TT je met mon zgar en bannière, screenez j’assumerais les conséquences ». (Traduisez : « Si ça marche, je mets ma bite en photo de profil, vous pourrez faire une capture d’écran.) Et il enchaîne avec un autre exemple trop drôle « #sijetaitunjuif j’aurais kiffer 39-45, trains gratuits, douches offertes, four à disposition et j’en passe » Du coup un AlexisZZ tente péniblement « #sijetaitunjuif je serais juif ». C’est presque une blague juive.

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Chose remarquable et étonnante : ces tweets ont un très faible engagement, c’est-à-dire, très peu de likes et de retweets : quatre ou cinq, dix dans le meilleur des cas. Dans un premier temps, il semble bien qu’on soit à l’abri de se prendre la virilité de @UgoFreezer77 en photo de profil.

Alors comment d’aussi piètres résultats peuvent-ils amener ce hashtag en Top Tweet ?

Grâce à l’indignation, nous démontre le hacker !

L’indignation de tous les autres groupes…

Il y a d’abord Pangolin qui est tombé sur ce hashtag et il n’a pas aimé :

« pangolin J-41 nn @tlesheb tw antisémitisme #sijetaitunjuif vous êtes des gros fils de chiens c’est ULTRA DROLE PUTAIN rire sur un génocide qui a fait des milliers de morts, rire des pires tortures possibles et inimaginables vous rigolez sur des gens qui ont été TUÉ vos propos sont dangereux et immoraux »

Son tweet obtient 23 commentaires, 21 retweets et 86 likes. Mieux que les apprentis nazis.

Quelques minutes plus tard, il interpelle Twitter France : « euh ????? ça va @TwitterFrance ???? vous faites pas sauter tous ces gens ???? » Bingo ! 108 likes. Sa juste colère gagne certains de ses followers qui relaient son tweet ou même interpellent les nazillons : « LeaV @leaa31h ah pcq vous trouvez ça drôle le #sijetaitunjuif ? » Encore mieux ! 53 commentaires et 172 likes.

Et ainsi, de groupes d’amis en groupes d’amis, le hashtag a suscité la réprobation de tellement de monde qu’il a fini dans les top tendances. Dans cette perspective, faire de grosses fautes de français que certains pourront relever, contribue à donner de la matière aux indignés et donc à faire monter le hashtag au firmament désiré.

Moralité : sur les réseaux sociaux, si un message vous semble répréhensible, signalez-le, mais ne citez ni le hashtag ni l’auteur – surtout si vous avez beaucoup de followers.

La seule chose que ces crétins veulent, c’est de la visibilité et on la leur donne en toute bonne foi.

Alors pourquoi les citer dans cette chronique me direz-vous ?

Parce que Twitter France a fait son travail et les a virés.

Sans loi Avia.

Le gouvernement face à «Justice pour Adama»: quelle confusion!


C’est Christophe Castaner qui l’a dit : désormais en France, l’émotion « dépasse les règles juridiques. » Les citoyens peuvent bien avoir un « soupçon avéré », le gouvernement a tellement peur que les banlieues s’embrasent qu’il participe au dénigrement des policiers pour tenter de contenir la propagation des émeutes raciales américaines. Retour sur deux jours de violation de la séparation des pouvoirs.


Pour qui a quelques notions juridiques, il est un principe cardinal de notre Etat de droit : la séparation des pouvoirs. C’est le principe sur lequel tout repose, remarquablement défini par Montesquieu en 1748 « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir ».

Belloubet et Castaner piétinent les grands principes

Ce principe vient toutefois d’être piétiné à deux reprises en deux jours par les plus hautes autorités de l’État.

Lundi 8 juin, l’AFP nous apprend qu’Emmanuel Macron a demandé à la ministre de la Justice Nicole Belloubet de « se pencher sur le dossier Adama Traoré ». La Constitution est pourtant très claire : le président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire (article 64 de la Constitution). Le président n’a donc aucune consigne à donner au garde des Sceaux quant à la gestion d’un dossier en particulier… D’autant plus que la loi interdit à ce dernier d’intervenir dans des affaires individuelles (article 30 du Code de procédure pénale) : ce n’est pas au ministre de la Justice lui-même de trancher un dossier, mais au juge qui en a la responsabilité ! L’empiétement sur les prérogatives du pouvoir judiciaire est net et caractérisé.

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Mardi 9 juin, rebelote ! Après avoir annoncé la veille la suspension des agents « pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes », la fin immédiate des contrôles d’identité comme « critère d’évaluation d’activité » et l’interdiction de la technique de l’étranglement lors des interpellations, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner déclare de manière stupéfiante au micro de Jean-Jacques Bourdin que les manifestations en hommage à George Floyd et Adama Traoré prévues partout en France ne seront pas sanctionnées compte tenu de « l’émotion mondiale, une émotion saine » sur le sujet.

Christophe Castaner, lundi 8 juin 2020, annonce des mesures contre les "violences policières" © Isa Harsin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22462648_000001
Christophe Castaner, lundi 8 juin 2020, annonce des mesures contre les « violences policières » © Isa Harsin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22462648_000001

La loi est pourtant très claire, qui dispose qu’en raison de la situation sanitaire exceptionnelle, tout rassemblement mettant en présence plus de dix personnes sur la voie publique est interdit sur l’ensemble du territoire de la République (article 3 du décret du 31 mai 2020). L’objectif est simple : empêcher les rassemblements de se transformer en « cluster » géant, dans l’intérêt général. Cette interdiction de manifester, circonstanciée, applicable à tous sans distinction et limitée dans le temps, se comprend aisément compte tenu de l’effroyable épidémie de Covid-19.

L’émotion ne fait pas la loi !

La loi est la même pour tous. Soit les manifestations sont autorisées, soit elles ne le sont pas. Trier entre les « bonnes » et les « mauvaises » manifestations, c’est faire fi de la loi. Peu importe les revendications portées par les manifestants : ce n’est pas le sujet. Là encore, la violation de la séparation des pouvoirs est caractérisée. Ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui dispose de l’opportunité des poursuites pénales, mais le procureur de la République ! En refusant de constater les infractions à la loi de la République, le ministre se substitue à l’autorité judiciaire qui seule doit décider des suites à donner en cas de manifestation illégale. C’est le principe de l’indépendance du Parquet. Soyons clairs : si l’interdiction de manifester n’est plus justifiée compte tenu de l’évolution de l’état sanitaire du pays, alors il faut l’abroger. Sinon elle s’applique, partout et pour tous.

Le nouveau magazine, aujourd’hui chez votre marchand de journaux: Causeur #80: Un été sans touristes

En portant gravement atteinte à la séparation des pouvoirs, à deux reprises et en deux jours, l’exécutif fragilise le fondement même de notre état de droit. Faut-il encore rappeler l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ? « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».

Éloge du choix


Choisir, tel est le défi auquel est cruellement confronté Emmanuel Macron. Réel défi pour celui qui, sous couvert de modération et de recherche d’équilibre, est convaincu que gouverner repose sur l’apparence de la neutralité et le relativisme, que toutes les positions se valent et qu’elles peuvent toutes être satisfaites


Dans la lettre qu’il adresse le 3 juin dernier aux présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le chef de l’État entreprend de solliciter une fois encore des avis pour penser le monde de l’après Covid-19. L’objectif est d’élaborer « un nouveau dessein français ». La nouveauté n’étant pas un gage de succès, Emmanuel Macron doit d’abord s’atteler à une tâche autrement plus politique : choisir.

Il en appelle à la « concorde nationale », tel Henri IV avec le Pardon royal s’adressant aux Parisiens pour légitimer son pouvoir, tel le Directoire qui baptise Concorde la place parisienne pour réconcilier les Français après la Terreur.  Là où la concorde est nécessaire, c’est qu’il y a eu désunion. Or, s’il est un moment où les Français n’ont pas été désunis et ont fait preuve d’une solidarité exemplaire, c’est bien lors de la pandémie de Covid-19. Il ne semble pas non plus y avoir de désaccords sur les solutions pour penser l’après pandémie : relocalisation en France des industries stratégiques et reconstruction de notre souveraineté nationale. Des solutions conservatrices en somme, qui s’inspirent d’un état d’esprit si bien décrit par le philosophe britannique Roger Scruton : “Les choses bonnes peuvent être aisément détruites mais non aisément créées”.

Et en même temps, il faut trancher

Quels billets blancs le Prince veut-il alors adresser à la Nation ? Choisir, tel est le défi auquel est cruellement confronté le président. Réel défi pour celui qui, sous couvert de modération et de recherche d’équilibre, est convaincu que gouverner repose sur l’apparence de la neutralité et le relativisme, que toutes les positions se valent et qu’elles peuvent toutes être satisfaites. Si la diversité d’opinions, leur expression et leur confrontation sont le gage d’une saine démocratie, gouverner implique nécessairement de décider, trancher, choisir, et donc de renoncer à certaines options. Là est la responsabilité politique. A l’inverse, écrit le penseur Olivier Rey : “Quand les gouvernements prétendent aligner leur politique sur les prescriptions de la science, ils n’assument pas la responsabilité qui leur est propre, et dissimulent leurs choix en simples conséquences de rapports d’expertise.

Relire: Le philosophe conservateur Roger Scruton est mort

Les Français eux, l’ont compris depuis bien longtemps : il n’est point de relativisme qui tienne face à l’évidence, point de tergiversation face aux faits, point d’hésitation face aux leçons à tirer d’une crise qui a révélé au grand jour les failles d’une société ouverte à tous les vents. Il faut poser des actes cohérents. Dès lors, comment comprendre que 300 entreprises françaises se retrouvent aujourd’hui avec des millions de masques invendus, pourtant produits à la demande de l’Etat, et aujourd’hui délaissés au profit de dix millions de masques vietnamiens moins onéreux ?

Sens commun lance une vaste consultation

La crise a réveillé l’instinct de conservation des Français. Il lui faut une traduction politique dont nous voyons se dessiner les contours dans la grande consultation que Sens Commun a lancée “Le conservatisme, un espoir pour la France ?” Les priorités qui se dégagent à ce stade sont très nettes : retrouver notre souveraineté, pas sous la forme d’une impossible indépendance autarcique, mais sous celle de l’autonomie, comme capacité à nous donner nos propres lois sans que des  juridictions supranationales nous imposent les leurs. Valoriser la famille comme le lieu naturel de l’entraide désintéressée. Réhabiliter la frontière comme une limite qui protège.

Le progressisme a fait son temps

Le remède est là, sous nos yeux. Mais il est incompatible avec un “en même temps” progressiste déraciné et mondialisé !

Cette crise a été sanitaire pendant trois mois, elle sera politique, économique et sociale, et même peut-être financière, pendant des années. L’indécision chronique mène à la confusion. Plus grave encore, elle détruit la confiance qui est pourtant à la base du lien qui unit un peuple à ses représentants. La confiance du peuple français en son président repose sur sa capacité à protéger la Nation et ses habitants tout en les menant vers une communauté de destin. Si l’on doit se poser la question de savoir si le conservatisme est un espoir pour la France, nous savons déjà que le progressisme ne l’est plus.

La pirouette du “en même temps” n’a que trop duré. Gouverner, c’est choisir et agir. La France ne peut s’offrir le luxe d’un immobilisme coupable, situation ironique pour celui qui se dit en marche.

Participer à la consultation : Le conservatisme, un espoir pour la France ? 

L’aviation? De moins en moins civile


Apportez votre plateau repas ! Avec la pandémie de Covid, l’aviation civile est entrée dans l’ère du sans contact et du self-service qui permettra au voyageur de limiter les risques d’infection. De quoi nous faire préférer le train.


Avions cloués au sol, Orly fermé, frontières closes, n’en jetez plus !

Hâtons-nous de goûter le calme qui règne au-dessus des villes libérées du trafic aérien, la parenthèse d’un monde sans kérosène pourrait se refermer bien vite. Symbole suprême de la mondialisation, le transport aérien s’est vu mourir avec « la » Covid-19 [tooltips content= »En changeant de genre, avez-vous remarqué comme la maladie fait moins peur : le sida, la grippe, pas pareil, non ? »](1)[/tooltips]. Les chiffres donnent la température du patient : une baisse globale du trafic de 95%, une estimation des pertes cumulées des compagnies aériennes de 273 milliards de dollars, soit la moitié du plan de relance européen ! Certaines ont déjà coulé – Virgin Australia, Latam, Avianca –, d’autres vont le faire prochainement ou licencier massivement pour tenter de s’en sortir. British Airways va ainsi se séparer de 12 000 personnes, tandis que, plus modestement, l’aéroport de Billund au Danemark (celui de « Legoland ») va supprimer 250 postes, soit quand même 45% de ses effectifs. On estime en réalité que 30% des 400 000 employés du secteur en Europe sont menacés à l’occasion de la vaste restructuration initiée par le hara-kiri du confinement mondial.

A lire aussi: « Je ne crois pas à un effondrement durable du trafic aérien »

Le cataclysme touche particulièrement les compagnies les moins bien gérées, tels des fleurons nationaux comme Alitalia, Lufthansa ou Air France. Ces mammouths peu agiles se voyaient harceler depuis quinze ans par les champions de la productivité que sont les Ryanair et autres Easyjet. Résultat, quand Ryanair peut tenir six mois (170 jours exactement) sans faire voler un seul appareil, Air France aurait déposé le bilan en moins de trois mois. Mais à l’image des banques en 2008, Lufthansa et Air France sont too big to fail (« trop grosses pour tomber »). Notre champion national – pas du temps de travail – s’est vu attribuer la coquette somme de 7 milliards pour passer l’été. Au passage, les traités européens relatifs aux aides aux entreprises ont été foulés au pied et le droit du voyageur à se voir remboursé de son billet, oublié. Nul doute que ceux qui ont hurlé contre le sauvetage des banques applaudiront les avions tricolores subventionnés. Qu’on ait plus de sympathie pour une hôtesse de l’air que pour un guichetier du Crédit Agricole, pourquoi pas.

Des précautions démesurées pour reprendre les vols

Exploitants d’aéroport ou compagnies aériennes, tous ont été frappés, mais tous ne mourront pas. À peine sortis du coma, ils doivent désormais redémarrer la machine avec un nouvel ennemi à identifier : le porteur du SARS-CoV-2. Et ça ne se détecte pas comme un djihadiste – c’est dommage, car ils avaient déjà beaucoup investi pour s’assurer que votre grand-mère de 88 ans ne dissimulait pas du plastic dans ses semelles Scholl. Abolir les distances sur terre tout en respectant la distanciation sociale ; faire disparaître les frontières, mais pas les gestes barrières, voici les termes de l’équation (vous avez deux heures). Institutions internationales (IATA), aéroports, compagnies, tous tentent de la résoudre, avec une obsession : rassurer le voyageur potentiel, ce qui n’a rien à voir avec l’idée de le cajoler – vraiment rien.

Les investissements s’annoncent colossaux, mais la crise sanitaire ne fait qu’accélérer une mutation largement engagée

Tout semble fait à première vue pour décourager le chaland de jamais vouloir remonter dans un avion. Bien sûr, en premier chef, les masques dont on prévoit d’équiper l’ensemble du personnel et des passagers – pour les vols long-courriers, vous serez d’ailleurs sommé d’en acheter plusieurs exemplaires. Mais la liste des brimades que l’on nous concocte ne s’arrête pas là. Prise de température sans contact chez JetBlue, détecteurs de symptômes du covid chez Etihad, refus d’embarquer les tousseurs et autres renifleurs chez Thai Airways, tests sanguins (oui, oui !) chez Emirates. À ce rythme, il reviendra bientôt moins cher de faire un check-up à Roissy plutôt qu’à la Salpêtrière. Les plus fins gourmets s’en désoleront, mais pour la plupart, fini le service à bord. On est désormais prié d’apporter son sandwich ! Air France envisage également « d’encore plus limiter les déplacements en cabine », une disposition un peu mystérieuse qui doit concerner ceux qui avaient l’habitude de faire un petit jogging dans l’allée centrale… Lorsque, de retour en France, on débarquera à Roissy, une déclaration sur l’honneur, indispensable, vous donnera l’occasion de certifier (entre autres) que vous n’êtes pas sujet à « des diarrhées inhabituelles ». Une bonne nouvelle quand même : on pourra se munir d’imposantes bouteilles de gel hydroalcoolique, mais toujours pas d’un magnum d’Évian – courtelinesque mariage de la lutte contre le virus et de la sécurité antiterroriste. Sans fausse pudeur, Air France suggère à tous ses passagers de prévoir un « plan B » pour leur transport ainsi que pour leur hébergement. Les clients qui restaient fidèles à notre porte-étendard, perfidement surnommé « Maybe Airlines » par des malfaisants, avaient fort heureusement pris le pli du plan B depuis de longues années.

A lire aussi, du même auteur: Macron post-covid: des pistes pour se réinventer

Comme l’a souligné Matthew Crawford dans Le Figaro du 27 mai, « le précautionnisme, refus de tout risque de la vie, connaît un moment de triomphe » et l’aéroport figure son stade olympique. Nous entrons dans l’ère du touchless (« sans contact ») et du self-service qui permettra au voyageur de limiter ses risques, à commencer par ceux de la rencontre avec du personnel au sol. Roissy ne sera plus, à l’instar du nouvel aéroport d’Istanbul, qu’un déploiement infini de bornes, d’écrans et de claviers hologrammes dont on n’aura pas besoin d’essuyer les touches à la lingette. La biométrie régnera en déesse et votre photo, votre passeport et votre billet d’avion se verront compilés et archivés par des gens forcément bien intentionnés et suivant autant de protocoles qu’il existe d’aéroports dans le monde. Les investissements s’annoncent colossaux, mais la crise sanitaire ne fait qu’accélérer une mutation largement engagée. Déjà se pose la question de l’emploi de ces hôtesses de comptoir que le passager ne veut plus croiser. Des économies importantes pourraient en résulter, de quoi ne pas trop augmenter les taxes aéroportuaires et ne pas gripper la machine dont on craignait la mise à l’arrêt pour deux ans ou plus il y a quelques semaines encore.

Une reprise qui s’annonce meilleure qu’espérée

On craignait ainsi de devoir vendre un siège sur deux, donc de doubler le prix des places. Et puis la Grèce et l’Espagne ont annoncé qu’elles accueilleraient bien volontiers des touristes cet été – des billets à destination d’Athènes ou de Barcelone se sont immédiatement arrachés partout en Europe. Et puis l’Inde a rouvert son trafic, et malgré de longues heures d’attente pour monter à bord, les avions affichent des taux de remplissage très corrects, sans exigence exagérée de distanciation physique. Ne restent plus comme ombre au tableau que les décisions politiques de quarantaine, sur le modèle de celle prise le 22 mai par la Grande-Bretagne. Mais comment résister à ceux qui veulent « faire la Grèce » et profiter du soleil, fût-ce avec un masque et des gants en latex ? Orly, initialement fermé jusqu’en octobre, pourrait rouvrir dès le mois de juin. Un conseil : si comme la troupe d’Yves Robert dans Nous irons tous au paradis, vous avez une maison en bord des pistes, vendez !

Sortir la droite de l’impuissance

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Le véritable talon d’Achille de tout pouvoir est le manque de légitimité, une affaire de symbole avant tout. La droite devrait s’en souvenir si elle veut un jour revenir au pouvoir.


La désolation sociale qui s’annonce, après l’épisode sanitaire en cours, pourrait conduire la France au bord de l’insurrection, ouvrant ainsi une fenêtre d’opportunité pour tous ceux qui rêvent d’un « grand soir du conservatisme »…

Ce contexte inédit pose deux questions essentielles aux oppositions de droite : est-il pour bientôt, le moment tant attendu où le progressisme, idéologie dominante, succombera à son désastreux bilan ? Faut-il agir en conséquence et provoquer une crise politique majeure qui ne laisserait aucun autre choix à l’équipe en place que le départ pur et simple ?

On ne va pas encore laisser passer deux ou trois décennies

Il faut remarquer d’abord que le pouvoir jouit du soutien des classes moyennes et de la haute bourgeoisie, qui ne sont pas près d’envisager une alternative au progressisme. Dans un pays comme la France, ces deux catégories sociales sont incontournables de par leur poids dans la population et leur capacité à marquer l’imaginaire collectif.  Sans leur ralliement préalable, tout tentative de prendre le pouvoir serait vouée à l’échec.

Par ailleurs, il semble avéré que seul un chef véritable serait à même d’amener les plus lucides parmi ces électeurs à appuyer un projet de changement. Grâce à son charisme et sa vision, il saurait atténuer leur aversion au risque et les faire rêver au lieu de leur faire peur. Pour l’heure, cette figure ne s’est pas manifestée. Dans cette attente, le verrou bourgeois demeure et bloque tout changement.

A lire ensuite: Onfray et Zemmour, face-à-face ou côte à côte?

Que fait donc la droite depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le président progressiste ? Elle tente de faire du gramcisme avec Zemmour, voire Onfray. Inconvénient : ces choses prennent du temps, et la droite n’a pas vingt ou trente ans devant elle pour gagner la bataille culturelle, d’autant plus que les oligarques, tout autant que l’Etat, tiennent par la laisse les milieux artistiques et journalistiques qu’ils gardent le plus souvent affamés et précarisés, pour mieux les contrôler.

Indignez-vous !

Par ailleurs, la droite, du moins sa composante populaire, a tenté aussi la voie de la désobéissance civile : ça a donné les gilets jaunes et l’on connaît l’ampleur du désastre. Pas de chef, pas de figure charismatique, pas de programme détaillé, cela veut dire œil crevé et rêve brisé.

En résumé, la droite fait fausse route, tandis que le pouvoir en place prépare le monde d’après : loi Avia, officialisation de l’islamisme comme parrain des banlieues (pensez  à l’adhan prononcé dans plusieurs quartiers de France durant le confinement)…

Entre la guerre culturelle, qui mettra du temps, la désobéissance civile, dont nous avons vu l’échec, et l’absence de leaders identifiés, la droite est-elle condamnée à l’impuissance ?

A ces questions, David Galula (1919-1967), un stratège français, que le général américain David Petraeus considère comme l’un des plus grands stratèges de tous les temps, peut apporter des réponses.

L’art de Galula

Galula a consacré sa vie à étudier les conditions de permanence d’un régime politique aux prises avec un mouvement subversif qui veut conquérir le pouvoir par tous les moyens, licites ou illicites. Il a montré comment une subversion bien menée peut venir à bout d’un régime fragile sans avoir forcément à tirer ne serait-ce qu’un seul coup de feu.

Il nous apprend ainsi que l’actif le plus précieux d’un régime n’est pas son pouvoir politique, mais sa légitimité.

Plus la légitimité est forte, plus la relation entre gouverneur et gouvernés s’inscrit dans le registre de l’allégeance. Plus elle est faible, plus cette relation se dégrade et confine au consentement passif, un consentement qui peut dériver vers l’aigreur, le mécontentement manifeste ou même la haine (ou la peur), au fur et à mesure que les doléances s’accumulent.

A lire aussi: «David Galula donne de bonnes pistes pour contrer l’islamisme»

Galula nous apprend que le consentement, même fragile, suffit pour maintenir en place l’ordre établi. Tant qu’il y a un peu de légitimité, le régime garde de bonnes chances de tenir.

Vous l’en privez, il se transforme en une fiction légale qui jouit des attributs du pouvoir (impôts, police, armée, médias subventionnés) mais qui est vide de l’intérieur. Il perdure comme une maison posée sur le sol nu, sans fondations : à la moindre secousse, elle sombre et se brise sous son propre poids.

Il ne sert donc à rien de s’insurger contre un régime qui jouit encore de légitimité aux yeux d’une part significative de la population. Ceux qui veulent cesser d’obéir en suivant la maxime de La Boétie (« Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres ») sont écrasés. Le régime les broie en silence, car la frange de la population qui le soutient encore le croit irremplaçable.

Le coronavirus a encore affaibli la légitimité du pouvoir en place

Galula nous apprend enfin que la légitimité d’un régime repose, au final, sur sa capacité à protéger la population. Une affaire aussi matérielle que symbolique. Ni Dieu ni le peuple (le vote démocratique) ne sont des assurances de légitimité. Ils permettent simplement, selon le régime politique en place, de gérer la transmission du pouvoir d’une manière pacifique et raisonnée. Ils assoient la légalité d’un pouvoir, sans plus. La légitimité, elle, se gagne tous les jours en servant la ou les causes du peuple. Lesquelles se résument inéluctablement à la protection.

Protéger s’entend au sens large, à savoir protection intérieure (protéger les biens et les personnes par le recours à l’ordre et la justice), et extérieure (repousser les menaces venant de l’étranger et défendre les frontières).

Où en est le régime français en place en termes de légitimité ?

Durant l’épisode du coronavirus, beaucoup se sont persuadés que l’équipe gouvernementale a contribué à ajouter au désordre, à l’injustice et à l’insécurité. Ils pensent que les décisions prises ont aggravé la crise et probablement causé des morts supplémentaires (impréparation, retards, déni initial concernant le port du masque, tergiversations concernant la distribution de la chloroquine).  Cela aura certainement pour effet de diluer le consentement des classes moyennes.

Toutefois, même un consentement a minima peut suffire au pouvoir, la machine médiatique veillant à ce que l’épidémie de l’apathie et de la peur (du changement) perdure le temps nécessaire. Autrement dit, l’édifice est clairement fissuré mais il ne repose pas que sur du vent.

Subversion!

Si Galula était parmi nous, il suggérerait probablement à la droite française de changer de braquet et d’adopter une feuille de route nouvelle, plus astucieuse et moins prévisible. Elle consisterait à détruire ce qui reste de légitimité au régime et à se revendiquer comme légitime à sa place sur tous les sujets qui touchent la protection des Français : l’ordre, la justice et la protection extérieure.

Telle pourrait être le corps de doctrine que pourrait se donner globalement l’opposition, en dépit de ses divergences et de son déficit de leadership. Il suffit d’un carnet et d’un stylo (et de quelques bonnes idées) pour dépeindre, d’une manière convaincante, le cataclysme que le pouvoir en place est susceptible de faire déferler sur la France : désordre, ruine, chamboulement des hiérarchies sociales. Il suffit d’un peu de talent pour composer le tableau vivant d’une France en voie d’être dévastée par la politique de la « terre brûlée » qui est l’autre nom du confinement et de son corollaire absurde : le déconfinement désorganisé et à pas lents. C’est autre chose que la critique, c’est de la subversion.

A lire ensuite: La police française fait le dos rond

A la manière des insurgés décrits par Galula, les opposants assumeraient, pour de bon, leur rôle d’outsider et se comporteraient comme tel en cherchant à dévitaliser le pouvoir symbolique du régime en place. A leur disposition, des armes parfaitement licites et légales dans une démocratie comme la dérision, ou le détournement systématique de la propagande officielle à des fins satiriques, toutes armes que la gauche (dont l’ADN reste fondamentalement insurrectionnel, à cause de son passé marxiste), a abondamment utilisées avant d’être au pouvoir, et qu’elle pratique encore pour y rester.

Les banlieues françaises s’efforcent, depuis trente ans, de détruire la légitimité du pouvoir. Les images traumatisantes des véhicules de police renversés et des policiers brûlés ou lynchés annihilent ce qui reste de majesté à l’Etat et aux classes dirigeantes. La mort symbolique de l’autorité légale donne lieu à l’établissement d’une nouvelle légitimité, celle des islamistes alliés aux voyous. Elle repose sur une promesse de protection (toujours la protection !) : « tu me fais allégeance, et c’est moi qui te garantis désormais un transit pacifique entre ton lieu de vie, le parking, l’école et le marché ».

A bon entendeur

Il est bien entendu hors de question de répliquer ces pratiques, mais il est essentiel de reconnaître l’efficacité du mécanisme qui les sous-tend, un mécanisme intrinsèquement politique, « politico-symbolique », pourrait-on dire.

La question des chefs reste, bien entendu, entière. Le chef tant attendu, homme ou femme, existe peut-être déjà, mais pour l’instant, il n’est pas encore descendu dans l’arène. Dans cette attente, il existe malgré tout pour la droite française une alternative sérieuse à la dispute, à la désobéissance civile, à la soumission ou à l’inaction, et c’est loin d’être anodin.

Cet article a ete corédigé par Francois Martin et Driss Ghali.

David Galula et la théorie de la contre-insurrection

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Coupons la tête du vélo-roi

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Dans le déconfinement du Paris d’Anne Hidalgo, le vélo a le vent en poupe. Pourtant, il n’est pas exempt de tout reproche. Mais entre feux rouges grillés et piétons bousculés, il en agace plus d’un !


« Mais putain active, là ! », a pesté une cycliste quand je traversais un passage piéton de la rue de Tolbiac, dans le XIIIème arrondissement parisien. Son feu était rouge, le mien était vert. J’ai préféré me taire, d’un flegme à l’anglo-saxonne exemplaire. Je ne cache pas avoir imaginé une seconde lui enfoncer son crâne dans le bitume, une pensée monstrueuse, j’en conviens.

« C’est rouge, morue ! », aurait été une réponse adéquate. Coiffée d’un casque blanc aux faisceaux étincelants, un visage rond et peu engageant, des cheveux courts, c’en était une belle de morue, et même pas aimable avec ça. Les néo-féministes hurleraient en lisant cela, et alors? 

A lire aussi, Isabelle Marchandier: Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo

L’épidémie, c’est pain béni

À Paris, les cyclistes sont d’une arrogance sans nom. Ils roulent à contre-sens, ils frôlent les seniors sur le trottoir, ils grillent les feux, ils jouent de la sonnette si vous ne cédez pas à leurs caprices et désormais, ils vous admonestent si vous passez quand votre feu piéton est vert, bref, ils vous emmerdent et ils le font savoir. Pourquoi s’en priveraient-ils? Ils ont reçu l’onction suprême de la sainte patronne des vélos parisiens, Anne Hidalgo. Déjà, Bertrand Delanoë avait ouvert la brèche en lançant le Vélib’. Naturellement écolo, le vélo ne pouvait qu’être paré de vertus. Dans la pure lignée de son prédécesseur, la madone Hidalgo a fait des cyclistes ses petits protégés. Elle leur a offert des pistes cyclables. Elle a réduit les piétons à l’état de parasites ringards qui prennent encore le métro ou le RER. Ils deviendront bientôt aussi suspects que les possesseurs de grosses berlines allemandes…

Tel un gardien de la révolution verte, le vélo est intouchable et se croit au-dessus des lois

L’arrivée de la Covid-19 dans les poumons parisiens a été l’occasion inespérée de sacrer le vélo roi sur l’autel du « vivre-ensemble », d’en faire le moyen de « distance sociale » écolo par excellence, sans hésiter pour cela à exalter les peurs de certains franciliens envers les wagons de métro. C’est ce qu’a fait un dénommé Pierre Serre, élu écolo du Conseil régional d’Île de France, qui s’est frotté les mains: « après l’épidémie, il y aura un rejet collectif des transports en commun ». L’épidémie, ce pain béni pour les apôtres du vélo-roi. Certes, les vélos nous épargnent les pétarades des mobylettes, certes, entre camions et gaz d’échappement, rouler en vélo à Paris n’est pas une mince affaire, certes, il y a beaucoup plus de piétons gravement victimes des voitures que des vélos. Mais il n’y aucun vélo victime des piétons. Or, s’il y en a bien un qui coche toutes les cases du parfait écolo, c’est ce dernier, et il ne mérite pas que ses marches soient pourries par quelques cyclistes arrogants qui se croient tout permis grâce à leur label vert. 

A lire aussi, Leonid Berkovich: Anne Hidalgo réélue maire de Paris

Il y a quelques années, j’ai vu un senior se révolter timidement contre un cycliste qui roulait vers lui sur un trottoir parisien. Le trentenaire bon teint à vélo n’avait pas l’air de trop comprendre, sûr de son bon droit… Il encourait pourtant une contravention de 4ème classe, soit 135 euros ! Mais cela, Anne Hidalgo se garde bien de le rappeler à ses protégés, supposés incarner la « mobilité douce », selon le slogan municipal. Comme la monarchie de droit divin en son temps, le vivre-ensemble vert répète qu’il est la seule issue pour le salut de l’être humain. Avec Anne Hidalgo, le cycliste est intouchable et se croit au-dessus des lois.

La France pleine de haine… de soi

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La mouvance des tenants du racialisme, manifestants contre les violences policières, pourfendeurs de la culture française qui ne se reconnaissent plus dans cette France « blanche et catholique » n’est ni forte, ni haineuse, ni déterminée. Elle emprunte simplement l’autoroute que nous lui ouvrons sans péage.


« L’émotion dépasse les règles juridiques » ! Non, ce n’est pas la conclusion d’un roman à l’eau de rose mais une déclaration du ministre de l’Intérieur. Christophe Castaner a en effet prononcé cette phrase sentencieuse à propos des manifestations illégales contre le racisme. Autrement dit, tolérance zéro face au racisme (ce qui est somme toute de bon sens), mais manifestement pas pour la délinquance devenue systémique dans certains quartiers.

Le soft power américain ne s’arrête pas au Big Mac et au cinéma

Sinon pourquoi parlerait-on de territoires perdus de la République ? Ces fameux territoires où d’autres lois s’imposent, celles des racailles, des communautés majoritaires, des maîtres chanteurs de la victimisation.

Le Français a la haine de lui-même. Culturellement mondialisé, politiquement européanisé, détaché peu à peu de ses racines et de sa culture, oublieux de ses traditions, il ressasse son passé colonialiste en se battant la coulpe…

« Ils » ont la haine. La haine est une émotion qui crée des droits au-dessus du droit. Logique. Et l’affaire George Floyd offre une occasion supplémentaire de l’exprimer en mettant odieusement en parallèle l’affaire Adama, délinquant issu d’une famille de délinquants, tragiquement (car une mort est toujours tragique) décédé à la gendarmerie de Persan à la suite de son interpellation musclée le 19 juillet 2016.

Rien à voir avec l’affaire Floyd si ce n’est la couleur de la victime, mais la mondialisation et le soft power américain ne s’arrêtent pas au Big Mac et au cinéma, ils s’imposent aussi dans les conflits et les luttes. Et puisque la lutte des classes est un vieux concept un peu blanc et surtout dépassé, passons à la lutte ethnique, plus tendance, ayant en outre le mérite de substituer au prolétariat qui a déserté la gauche une nouvelle forme d’opprimés. Ce serait dommage de s’en priver, n’est-ce-pas monsieur Mélenchon ?

Les citoyens issus des anciennes colonies vus comme des enfants

Mais ont-ils vraiment la haine, ces Black panthers d’opérette et tous ces antiracistes primaires qui ne voient le racisme que chez les Blancs ? Ceux qui parlent de racisés, renvoient toujours les personnes à leurs origines, traitent de vendus, de harkis, d’arabe de service ou de Bounty les citoyens attachés à ce pays mais dont la couleur ne rappelle pas celle de « nos ancêtres les Gaulois » ?

Non, ils n’ont pas « la haine ». La haine, c’est « nous », les white, les blancos, les gaulois, les Français « de souche », les européens, les Occidentaux, les françaouis, les faces de bidet, les anciens colonisateurs, les privilégiés blancs qui l’avons. Mais pas envers les immigrés, les enfants d’immigrés, les indigénistes ou les racialistes. Non, c’est envers nous-même qu’elle se manifeste.

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Le Français a la haine de lui-même. Culturellement mondialisé, politiquement européanisé, détaché peu à peu de ses racines et de sa culture par un appauvrissement réel de l’apprentissage de la langue et de l’histoire, dépossédé de sa souveraineté, oublieux de ses traditions, il ressasse son passé colonialiste en se battant la coulpe sans pour autant en oublier les réflexes. La France continue en effet de regarder les citoyens issus des anciennes colonies comme des enfants qu’il faut féliciter dès qu’ils alignent sujet-verbe-complément, flattant leurs cultures d’origine avec une outrance suspecte, s’abandonnant même à réécrire son propre passé à la lumière indigéniste.

Une chance pour nos ennemis

Il paraît que nous ne serions pas sorti du Moyen-Âge sans l’Islam qui a su conserver des textes grecs et apporter ses connaissances scientifiques, alors que nous étions victimes de l’obscurantisme de l’église, de ses moines félons et de nos rois barbares. Comment aurions-nous construit la France sans l’immigration du XXe siècle ? Et à présent, comment pourrions-nous continuer de briller mondialement sans la diversité qui vient enrichir notre culture somme toute un peu rance ?

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La mouvance des tenants du racialisme, manifestants contre les violences policières, pourfendeurs de la culture française qui ne se reconnaissent plus dans cette France « blanche et catholique » n’est ni forte, ni haineuse, ni déterminée. Elle emprunte simplement l’autoroute que nous lui ouvrons sans péage.

Cette France n’est pas puissante, c’est nous qui sommes faibles et tant que nous nous contenterons d’essuyer les crachats dont elle nous gratifie avec un revers de la main et un merci, elle continuera en brandissant un poing inutilement levé car il n’y a pas de combat quand il n’y a pas d’adversaire. Notre propre haine nous aveugle et nous conduit à la destruction. Nous avons programmé la nôtre alors de quoi pouvons-nous encore nous plaindre ? Pour être respecté, il faut être respectable.

Autant en emporte le « Woke »

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Vivien Leigh et Leslie Howard dans "Autant en emporte le vent" (1939) ©INTERFOTO USA/SIPA 00516179_000011

La bien-pensance progressiste a encore frappé. Dans la censure du film « Autant en emporte le vent », c’est l’idéologie victimaire du Woke qui est à l’œuvre. Analyse.


La plateforme de diffusion en streaming HBO Max vient de retirer de son catalogue le film de 1939 aux dix Oscars Autant en emporte le vent au motif de ses « préjugés racistes ». Il devrait être proposé à nouveau aux abonnés mais avec un message d’avertissement pour « contextualiser » le film dans son époque.

L’idéologie victimaire du Woke à l’oeuvre

Il s’agit d’une nouvelle réaction excessive de l’idéologie victimaire du Woke. Ce terme dérivé du verbe anglais « to wake » (se réveiller) désigne le prétendu progressisme des personnes « éveillées » conscientes des discriminations raciales ou de genre envers les minorités.

Une partie du mouvement ne se contente pas de vouloir dénoncer les injustices du présent mais également les stigmatisations du passé notamment dans les films et les séries télévisées quitte à flirter parfois avec l’absurde.

« Je crois que nous sommes à une époque, dans notre culture, où les gens adorent prétendre qu’ils sont choqués (…) il n’y a plus de nuance dans le débat » (Matt Groening)

C’est ainsi par exemple qu’un épisode de 1968 de Charlie Brown et Snoopy fêtant Thanksgiving a été accusé quarante ans après de racisme car le personnage de Franklin était assis d’un côté de la table et sur une chaise différente des autres enfants… alors que l’apparition d’un personnage noir dans la bande dessinée de Charles M. Schulz marque au contraire les convictions de son auteur en faveur des droits civiques.

Autre exemple avec la campagne virulente contre la présence du personnage indien d’Apu dans la série Les Simpson suite à un documentaire en 2017 The problem with Apu dénonçant les stéréotypes racistes véhiculés. La polémique fut très vive et reprise notamment sur les réseaux sociaux obligeant Matt Groening le créateur des Simpson à se justifier en rappelant qu’il aimait la culture indienne et qu’il avait donné ce prénom en référence au personnage Apu des films de Satyajit Ray. Il ne se prive pas aussi de contre-attaquer sur les excès des éveillés : « je crois que nous sommes à une époque, dans notre culture, où les gens adorent prétendre qu’ils sont choqués (…) il n’y a plus de nuance dans le débat ».

Le réalisateur du film Joker (Lion d’or à Venise en 2019) explique quant à lui avoir abandonné le registre de la comédie dans lequel il s’est fait connaître à cause de cette pression des éveillés : « Essayez d’être drôle dans cette culture woke, qui se veut consciente de tout (…) tous les mecs amusants se barrent de peur d’offenser le public. C’est dur d’argumenter avec 30 millions de personnes sur Twitter. C’est même carrément impossible (…) Toutes mes comédies ont cette chose en commun – et je pense que c’est le cas pour tous les films du genre en général – c’est qu’elles sont irrévérencieuses ».

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D’autres acceptent mieux la critique des éveillés et font même preuve de repentance comme Marta Kauffman la créatrice de la série Friends qui a déclaré en pleurs il y a quelques jours : « j’en ai pas fait assez pour la diversité (…) Désolée, j’aurais aimé savoir ce que je sais aujourd’hui. J’aurais pris des décisions très différentes ».

Beaucoup de bruit pour peu de changement

Tout comme les propos de Marta Kauffman, le retrait d’Autant en emporte le vent du catalogue d’HBO Max s’inscrit évidemment dans l’actualité de ces derniers jours comme un acte fort en lien avec le regain du mouvement Black Lives Matter, suite à l’émoi suscité par la bavure criminelle contre George Floyd. Mais pas seulement, car le film de Victor Fleming avait déjà été pris à parti au cours d’un autre événement dramatique. En effet, un cinéma de Memphis avait décidé suite à des protestations de suspendre la projection du film car trop « révisionniste » et « insensible à la population afro-américaine ». Une décision prise quelques jours après les affrontements de Charlottesville l’été 2017 : un rassemblement de suprémacistes au-cours duquel un néonazi a foncé sur les contre-manifestants et tué une femme.

À l’époque Donald Trump avait été très critiqué pour avoir d’abord hésité à réagir avant de renvoyer les deux camps dos à dos en regrettant des « torts partagés ». Considéré comme hostile aux minorités, le président américain a d’ailleurs été un catalyseur pour le mouvement des éveillés. Et tant pis si depuis février le merchandising de campagne pour sa réélection reprend sur des casquettes et des t-shirts le terme de Woke alors qu’au contraire l’ancien président Barack Obama critique la course à la pureté idéologique du mouvement : « ce n’est pas vraiment de l’activisme. Ce n’est pas comme ça qu’on fait changer les choses ».

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Pour ceux qui se satisfont de l’aboutissement de l’hystérie victimaire Woke s’en prenant à un classique du cinéma vieux de quatre-vingt-un ans, on rappellera juste qu’une de ses interprètes, l’actrice Hattie McDaniel, a été la première afro-américaine récompensée par un Oscar en 1940 grâce à son rôle dans Autant en emporte le vent… Une reconnaissance artistique aux conséquences bien plus importantes pour la diversité que les leçons de morale et de vertu par les prétendus éveillés d’aujourd’hui.

Autant en emporte Le Vent

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NBA : les fables en noir et blanc des progressistes

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Des joueurs de NBA et de WNBA (la ligue féminine) participant à la marche des fiertés de New York du 24 juin 2018. Le slogan: "audacieusement différent". © Richard B. Levine/NEWSCOM/SIPA/1806250152

La ligue nationale de basketball américain (NBA) ne cesse de faire parler d’elle. Entre le décès du mythique Kobe Bryant en janvier et la sortie en fanfare de la série-documentaire Netflix « The Last Dance » en avril, ce début d’année l’aura définitivement installée dans l’imaginaire collectif de notre village global. 


Son succès planétaire, la NBA le doit à sa superstar Michael Jordan ; mais aussi à son infatigable président David Stern, homme de l’ombre également décédé en ce début d’année malheureux pour le basket américain.

Son successeur, Adam Silver, reçoit les éloges de l’extrême-gauche américaine pour son combat envers « l’inclusion et la diversité ».

C’est que, comme le remarquait fort justement Pierre Godon dans un article sur France Info, la presse et les réseaux sociaux américains rejouent perpétuellement le procès en racisme de la NBA. Les polémiques se succèdent et se ressemblent. Le public non averti est inlassablement ramené à la fin des années 1940, époque où les meilleurs joueurs afro-américains grossissaient les rangs de l’équipe des Harlem Globe Trotters, faute de pouvoir rejoindre la ligue officielle. Aujourd’hui, la proportion de joueurs afro-américains dans la ligue se situe autour de 75% (contre 14% pour la population générale) : le scénario prend un sacré coup de plomb dans l’aile.

Le secours du marxisme

N’allez pas imaginer que cela empêche les journalistes à la sauce ESPN, qui commentent religieusement les rapports des instituts universitaires spécialisés en inclusion, de déplorer le manque de « leadership noir ». Traduire le manque d’Afro-Américains à des postes de direction. Le scénario évolue, s’adjoint une bonne dose de marxisme : des cadres blancs exploiteraient le corps mis en scène d’athlètes noirs. C’est tout à fait discutable, pour plusieurs raisons. D’abord, ce rapport (la race and gender report card de 2019) atteste que 10% des postes de direction sont occupés par des Afro-Américains et qu’ils représentent plus de 25% des entraîneurs (soit une légère sous-représentation dans la première catégorie et une nette surreprésentation dans la deuxième). Les General Managers (la position de direction la plus élevée) sont payés entre un et trois millions de dollars par an en moyenne, soit deux à trois fois moins que les coachs (environ 5 millions). Que dire des joueurs (dont les trois quarts, pour rappel, sont afro-américains) qui sont 270 à gagner 3 millions de dollars et plus, jusqu’à 40 millions pour une star comme Stephen Curry.

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La NBA a suivi la tendance générale du sport globalisé qui élève une poignée de stars au rang d’idoles mondiales et relègue leurs coéquipiers aux oubliettes de la technique. Qui a déjà entendu l’avis d’un General Manager sur un « problème de société » ? Qui, au contraire, peut ignorer le nom de Lebron James ou de Kobe Bryant ? Comment également ne pas voir que c’est leur image , dopée par les médias, qui leur donne accès à de juteux contrats de partenariat avec de grandes marques comme Nike ou Adidas, dont le dernier exemple nous est fourni par la chasse aux jeunes joueurs à laquelle s’est livrée la marque de Michael jordan. Gardons-nous du manichéisme primaire (au risque d’enfoncer des portes ouvertes) qui fait sa loi en NBA, les joueurs contribuent bien évidemment par leur talent à leur popularité et à celle de la ligue : l’échange est mutuellement profitable.

David Stern « superviseur de plantation moderne »

En 2011, un bras de fer oppose le syndicat des joueurs et son représentant Billy Hunter au président David Stern qui représente en partie les intérêts des propriétaires. Ceux-ci font valoir la mauvaise situation financière de la plupart des franchises pour tenter d’imposer un plafond de salaires pour les joueurs (salary cap) conséquent. À en croire le rapport d’audit de la franchise de Charlotte sur l’exercice 2008-2009 dont le bilan frôle le catastrophique, le camp des propriétaires ne manque pas d’arguments. Les négociations sont à l’américaine : musclées, les menaces pleuvent et chacun campe sur ses positions. L’occasion idéale pour le journaliste Bryant Gumbel de qualifier David Stern de « superviseur de plantation moderne », traînant le débat dans la fange en même temps que son adversaire du jour. Presque dix ans plus tard, la NBA bat des records de profitabilité qui ont largement fait sauter le plafond des salaires des joueurs (augmentation de 57% entre 2015 et 2018), et tout le monde, jusqu’à Bill Hunter, s’accorde pour célébrer le bilan de David Stern.

Il fallait de toute urgence écrire une nouvelle page de ce scénario qui prenait l’eau. Tout incident, aussi isolé soit-il, est devenu prétexte à sonner les trompettes de la lutte contre une oppression devenue d’autant plus violente qu’elle se faisait invisible. En 2014 l’ancien avocat et homme d’affaires Donald Sterling est obligé de vendre la franchise des Los Angeles Clippers dont il est propriétaire après avoir tenu des propos racistes dans une conversation téléphonique (privée). En mars 2019 le joueur superstar Russel Westbrook a menacé un fan de violentes représailles après que celui-ci lui ait supposément tenu des propos racistes. Aucune vidéo amateur tournée à ce moment ne permet de confirmer la véracité de cette accusation, d’autant que les mots prononcés par le fan en question restent, même selon cette version, ambigus. Qu’importe, la NBA dans le premier cas et la franchise en question dans le deuxième n’ont pas fait dans le détail. Sanction : bannissement à vie. L’incident se reproduit avec un fan de la même franchise qui a traité Russel Westbrook de « boy », invective en apparence anodine qui était aussi le nom par lequel on désignait les esclaves dans les plantations. Dans le doute même sanction : banni à vie.

La société du spectacle (Guy Debord, 1967)

Moins l’incident est d’importance plus grande est la contrition : le cas de Kyle Korver, joueur des Utah Jazz, est à cet égard des plus édifiants. M. Korver dans une lettre ouverte sobrement intitulé « privilégié », s’épanche sur ses réflexes inconscients d’homme blanc privilégié et sur son esprit exagérément critique à l’égard de la parole et des actes des Noirs. Mortifié, il se reproche d’oser mettre en doute la parole de Russel Westbrook et plus généralement celle des joueurs noirs, épousant la tendance post-moderne à sacraliser la parole des victimes pourvu qu’elles appartiennent à la bonne minorité. Cette longue autocritique est complaisamment relayée par un vaste ensemble de médias et de personnalités américaines toujours prêtes à exhiber leurs bons sentiments.

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La récente série-documentaire Netflix The Last Dance aura fourni aux mêmes apparatchiks l’occasion de refourguer leur scénario Disney à qui en voulait. Dès le premier épisode l’opposition grossièrement mise en scène du vilain General Manager Jerry Krause au gentil Michael Jordan crève les yeux. Petit, blanc, bedonnant, pas franchement gâté par la nature Krause a tout du vilain que le spectateur de Netflix va adorer détester, surtout mis à côté du charismatique Michael Jordan, le super-héros de « son » documentaire-fiction. Krause, décédé en 2017, ne peut plus se défendre contre les accusations de racisme qui ont fusé lorsque l’on a appris que Scottie Pippen, « lieutenant » noir de Michael Jordan, avait dû dire adieu à une augmentation de salaire pour permettre l’arrivée du Croate blanc Toni Kukoč. Sa mémoire et sa compétence en tant que General Manager sont en train d’être réévaluées positivement dans la presse spécialisée mais cet épisode aura montré avec quelle aisance le même scénario à sens unique se joue dans les esprits et les médias.

Jerry Krayse (gauche) et Michael Jordan (droite) lors d'une conférence de presse. © Chicago Tribune/TNS/Sipa USA)/29790163/CHRIS LAFORTUNE/2005051035
Jerry Krayse (gauche) et Michael Jordan (droite) lors d’une conférence de presse.
© Chicago Tribune/TNS/Sipa USA)/29790163/CHRIS LAFORTUNE/2005051035

Rares sont en effet ceux qui s’interrogent sur l’absence totale de joueurs blancs d’origine américaine en NBA, ou de joueurs hispaniques, asiatiques… Des questions légitimes dans un pays où la « culture » de la statistique ethnique est profondément implantée. The Undefeated, journal qui est dans les premiers à se plaindre du manque de « leadership noir », se l’est tout de même posée et a proposé à quelques joueurs blancs américains d’hasarder une réponse. Celle de l’un d’entre eux, J.J Redick, est révélatrice : « c’est quelque chose de culturel. Moi par exemple j’ai grandi en faisant des battles de rap […] ». La réponse est probablement à chercher de ce côté-là en effet. Lorsque Larry Bird, joueur iconique de Boston, dit que le basket est un « sport d’homme noir » et qu’il a lui-même horreur qu’un homme blanc défende contre lui (étant lui-même blanc). Lorsqu’on lit [tooltips content= »Voir Taboo: Why Black Athletes Are Better And Why We’re Afraid To Talk About It, livre en lien en fin d’article »](1)[/tooltips] ou entend que les Afro-Américains seraient supérieurs génétiquement, que les « blancs ne savent pas sauter » (White Men Can’t Jump est le titre d’un film populaire qui joue sur ce cliché largement répandu)… Les Afro-Américains ont longtemps utilisé le sport comme un moyen de lutter contre leur exclusion et un vecteur d’émancipation. Plus entraînés et plus investis ils en sont vite venus à dominer certains sports majeurs qu’ils ont intégrés à leur culture comme le basket et la NBA. Division du travail oblige, les Blancs se sont rabattus dans l’ombre à des postes de gestionnaires et de techniciens.

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Le monde du basketball américain gagnerait sans doute beaucoup à abolir cette répartition mais cela signifierait abandonner la vision Disney en noir et blanc et revenir à une réalité toute en nuances de gris qui ne rapporte pas de bons points médiatiques.

« Le fret avionné voyage pour moitié dans les soutes, et comme les avions de passagers ne volent plus, les prix ont explosé »

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Déchargement de stocks de masques à l'aéroport de Moscou © Marina Lystseva/TASS/Sipa USA/SIPA SIPAUSA30217873_000005

Les compagnies aériennes sont le secteur économique à avoir subi en premier la crise liée à la Covid-19. Elles ont dû stopper leurs activités de façon très prématurée pour limiter la propagation. Raymond Woessner nous livre les perspectives inquiétantes qui font suite à la paralysie généralisée de ce poumon économique.


Conflits. Que pensez-vous des décisions qui ont été prises en France concernant la suspension des vols avec l’étranger ? Comment les compagnies aériennes ont-elles réagi, de façon immédiate ?

Raymond Woessner. La Covid-19 est semble-t-il arrivée à Paris le 24 janvier 2020. Ce jour-là, Mme Agnès Buzin, la ministre de la Santé, déclarait que « le risque que la France soit touchée [était] pratiquement nul » ! Soit il y a eu une tentative de désinformation, soit le gouvernement français était décidément mal préparé… À la fin du mois de janvier, les compagnies européennes cessaient de leur propre chef leurs vols de passagers avec la Chine. Cette interruption s’est faite dans l’improvisation. Cofinancés par le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, les premiers rapatriements par avion de la France et de l’Allemagne ont alors concerné 447 citoyens européens au départ de Wuhan. Le 31 janvier, un Airbus militaire rapatriait encore 182 Français, dont deux malades, jusqu’à la base d’Istres.

Et au même moment, venu de Singapour sans passer par la Chine, un Britannique qui avait séjourné quatre jours aux Contamines (Haute-Savoie) avait transmis le virus à 11 compatriotes résidant dans le même chalet, avant qu’il ne reparte au Royaume-Uni.

A lire aussi, Stéphane Germain: L’aviation? De moins en moins civile

Globalement, le trafic aérien s’est effondré en plusieurs semaines, le temps que l’on rapatrie de nombreux touristes un peu partout. La descente aux enfers s’est produite dans la deuxième quinzaine de mars et la première semaine d’avril. Le 13 mars aux États-Unis, le président Trump a interdit les voyages entre l’Europe et les États-Unis, à l’exception du Royaume-Uni avant qu’il ne se ravise. En France, l’aéroport d’Orly a fermé le 31 mars. Ce sont donc les compagnies aériennes et les aéroports qui ont principalement mené le jeu et les États qui ont fait du suivisme. Seuls les pays voisins de la Chine, et Hong Kong, ont rapidement fermé leurs frontières ou imposé des contrôles aussi sévères que décourageants aux voyageurs.

Les demandes de vol ont baissé brutalement, les avions sont stoppés, et des coûts d’entretien subsistent, alors que l’activité est à son point le plus bas. Comment les compagnies se sont-elles organisées pour faire face à cette crise ? Bénéficient-elles d’aides publiques ? Je pense notamment aux compagnies à bas coût, moins armées pour combattre cette paralysie de l’activité…

Fin 2019, M. Alexandre de Juniac, le directeur général de l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA), avait prévu des bénéfices de plus de 29 milliards de dollars pour 2020. C’était un autre monde, qui a été anéanti à partir de mars 2020. En mai, l’IATA estimait que les revenus du secteur passagers pourraient plonger de 314 milliards USD, soit une baisse probable de 60% par rapport aux chiffres de 2019 ! Les pertes seraient un peu amoindries par la réduction du coût des opérations et la baisse du prix du pétrole… Le fret, lui, se trouve dans une étrange impasse : usuellement, environ la moitié du fret avionné voyage dans les soutes des avions de passagers, et comme ceux-ci ne volent plus, on manque de capacité fret et les prix ont explosé. Certaines compagnies vident leurs avions de leurs sièges, remplacent les passagers par des colis et remplissent les soutes de palettes…

Finalement, la crise de la Covid-19 devrait renforcer les compagnies aériennes les plus solides, qui pourront racheter des victimes en faillite, chez les opérateurs traditionnels comme dans le low cost. Les entreprises subissent différemment la crise en fonction de leur contexte national, selon leurs relations avec les milieux d’affaires et l’importance relative de l’interventionnisme étatique. Ainsi, dès le début du mois de février 2020, Cathay Pacific était en grande difficulté. Déjà ébranlée depuis août 2019 par les grèves de Hong Kong, la compagnie annulait alors 90% de ses vols vers la Chine et 30% de ses vols vers le reste du monde. Vers Taipei, ses vols passaient de 93 à 14 par semaine ; et de 49 à 0 vers Kaohsiung, la métropole méridionale de Taiwan. Cathay Pacific a imposé un congé sans solde de trois semaines à ses 27 000 salariés, congé à prendre entre mars et juin 2020. Mais le milieu financier de Hong Kong s’est serré les coudes : en deux mois, l’action de la compagnie a chuté de 20 % seulement.

En Chine continentale, les compagnies aériennes ont mis à pied, toujours sans solde, les pilotes étrangers qui leur coûtent le plus cher. Le 4 mars, Lufthansa a cloué 150 de ses 750 avions au sol. La compagnie de Francfort a immédiatement introduit…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

La crise du transport aérien - Vers une autre planète ?

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#Sijetaitunjuif: la méthode des nazillons pour arriver premiers sur Twitter France

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© Soleil

Est-il bien raisonnable de laisser un cinéaste déraisonnable commenter chaque mois l’actualité en toute liberté ? Assurément non. Causeur a donc décidé de le faire.


Le 18 mai au matin, le hashtag antisémite #sijetaitunjuif s’est hissé dans les top tendances de Twitter France. Cela veut dire qu’il était parmi les plus partagés.

Or, un peu comme certains people font des pieds et des mains pour figurer au classement des dix personnalités préférées des Français, certains twittos se damneraient pour paraître dans le TTF. C’est tellement couru qu’il existe toutes sortes d’outils pour savoir quels sont les hashtags du moment, quels sont ceux qui sont restés en tête le plus longtemps, etc., etc.

Par exemple, au moment où j’écris ces lignes, le hashtag #RainOnMe est l’un des trois plus twittés. Comme il pleut à torrents, je commence par croire bêtement qu’il s’agit de considérations quasi philosophiques sur le temps qu’il fait. Mais en fouinant dans les tweets qui utilisent le hashtag, je comprends qu’il s’agit du titre du dernier clip de Lady Gaga qu’elle a mis en ligne hier. Ses 80 millions de followers se sont chargés de passer le mot à toute la planète. Rien de très mystérieux dans ce succès.

Pour #sijetaitunjuif la performance est plus intrigante. Non pas que j’ignore l’existence d’antisémites, mais ma parano n’allait pas jusqu’à imaginer qu’ils fassent un tel score. Je surfe donc sur quelques tweets mentionnant le hashtag. Le jeu est simple. Il consiste à faire une phrase commençant par « sijetaitunjuif » qui soit la plus drôle possible… pour un antisémite.

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Quelques morceaux choisis : « #sijetaitunjuif à ma mort je vendrai ma montre à mon fils » ou « #sijetaitunjuif bahah je me doucherais jamais balec de puée » (Ben oui, « puée ». C’est une fille qui écrit le tweet donc elle met le féminin, logique…)

Je me rassure en constatant qu’antisémitisme et illettrisme sont les deux mamelles de ces abrutis.

Et puis, au milieu du flot de grosses blagues sur la Shoah, je repère un message qui décortique le phénomène. Il émane d’un hacker qui s’était fait remarquer en 2018 pour avoir interpellé le gouvernement indien : « Bonjour Aadhaar. (C’est le nom du programme de passeports biométriques indiens.) […] J’ai vérifié votre application Android et vous avez des problèmes de sécurité… C’est super facile d’obtenir le mot de passe de la base de données par exemple… » (Elle comprend état civil, adresse, religion, mais aussi empreinte digitale et photos du visage.) Et deux mois plus tard, constatant que rien n’avait été réparé, il a carrément publié une vidéo « Comment craquer le mot de passe de l’application officielle de Aadhaar en une minute. »

Il aurait pu se taire, voler des centaines de millions d’identités et les monnayer sur le dark web, mais en bon « white hat » (un peu comme on distingue magie noire et magie blanche, il y a les « black hats » et les « white hats » chez les hackers), il a préféré protéger ces personnes en montrant publiquement la faille.

C’est pourquoi son analyse du phénomène m’intéresse au plus haut point.

Grâce à des outils pour geek dans son genre, la première chose qu’il remarque, c’est un groupe de 50 personnes qui a participé activement au lancement, mais n’interagit pas avec les autres propagateurs du gentil hashtag.

Voici comment ça a démarré :

« OT Sinedd a=i. @UgoFreezer77 .
Je compte sur vous ma tl de bg
(traduction : ma « timeline » de beaux gosses) faites tous un tweet avec le #sijetaitunjuif faut que sa aille en TT » (Top Tweets) et il donne l’exemple : « #sijetaitunjuif je me laverais que dans les baignoires » On voit tout de suite que le Molière du plus gros déconneur n’est pas loin. Un des « bg » de sa timeline lui emboîte le pas : « TIROF | ZZ #sijetaitunjuif j’écouterais cette musique sous la douche », accompagné d’une vidéo d’un discours d’Hitler.

Chouette, ça mord ! Alors, le lanceur du hashtag encourage ses troupes : « si y’a #sijetaitunjuif en TT je met mon zgar en bannière, screenez j’assumerais les conséquences ». (Traduisez : « Si ça marche, je mets ma bite en photo de profil, vous pourrez faire une capture d’écran.) Et il enchaîne avec un autre exemple trop drôle « #sijetaitunjuif j’aurais kiffer 39-45, trains gratuits, douches offertes, four à disposition et j’en passe » Du coup un AlexisZZ tente péniblement « #sijetaitunjuif je serais juif ». C’est presque une blague juive.

A lire aussi: Avec la loi Avia, l’humour va broyer du noir

Chose remarquable et étonnante : ces tweets ont un très faible engagement, c’est-à-dire, très peu de likes et de retweets : quatre ou cinq, dix dans le meilleur des cas. Dans un premier temps, il semble bien qu’on soit à l’abri de se prendre la virilité de @UgoFreezer77 en photo de profil.

Alors comment d’aussi piètres résultats peuvent-ils amener ce hashtag en Top Tweet ?

Grâce à l’indignation, nous démontre le hacker !

L’indignation de tous les autres groupes…

Il y a d’abord Pangolin qui est tombé sur ce hashtag et il n’a pas aimé :

« pangolin J-41 nn @tlesheb tw antisémitisme #sijetaitunjuif vous êtes des gros fils de chiens c’est ULTRA DROLE PUTAIN rire sur un génocide qui a fait des milliers de morts, rire des pires tortures possibles et inimaginables vous rigolez sur des gens qui ont été TUÉ vos propos sont dangereux et immoraux »

Son tweet obtient 23 commentaires, 21 retweets et 86 likes. Mieux que les apprentis nazis.

Quelques minutes plus tard, il interpelle Twitter France : « euh ????? ça va @TwitterFrance ???? vous faites pas sauter tous ces gens ???? » Bingo ! 108 likes. Sa juste colère gagne certains de ses followers qui relaient son tweet ou même interpellent les nazillons : « LeaV @leaa31h ah pcq vous trouvez ça drôle le #sijetaitunjuif ? » Encore mieux ! 53 commentaires et 172 likes.

Et ainsi, de groupes d’amis en groupes d’amis, le hashtag a suscité la réprobation de tellement de monde qu’il a fini dans les top tendances. Dans cette perspective, faire de grosses fautes de français que certains pourront relever, contribue à donner de la matière aux indignés et donc à faire monter le hashtag au firmament désiré.

Moralité : sur les réseaux sociaux, si un message vous semble répréhensible, signalez-le, mais ne citez ni le hashtag ni l’auteur – surtout si vous avez beaucoup de followers.

La seule chose que ces crétins veulent, c’est de la visibilité et on la leur donne en toute bonne foi.

Alors pourquoi les citer dans cette chronique me direz-vous ?

Parce que Twitter France a fait son travail et les a virés.

Sans loi Avia.

Le gouvernement face à «Justice pour Adama»: quelle confusion!

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Nicole Belloubet, Assa Traoré et Christophe Castaner © Photos: Sipa Eliot Blondet-pool / Capture d'écran MyTF1 Sipa Jacques Witt 00965407_000011 / 00964205_000031

C’est Christophe Castaner qui l’a dit : désormais en France, l’émotion « dépasse les règles juridiques. » Les citoyens peuvent bien avoir un « soupçon avéré », le gouvernement a tellement peur que les banlieues s’embrasent qu’il participe au dénigrement des policiers pour tenter de contenir la propagation des émeutes raciales américaines. Retour sur deux jours de violation de la séparation des pouvoirs.


Pour qui a quelques notions juridiques, il est un principe cardinal de notre Etat de droit : la séparation des pouvoirs. C’est le principe sur lequel tout repose, remarquablement défini par Montesquieu en 1748 « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir ».

Belloubet et Castaner piétinent les grands principes

Ce principe vient toutefois d’être piétiné à deux reprises en deux jours par les plus hautes autorités de l’État.

Lundi 8 juin, l’AFP nous apprend qu’Emmanuel Macron a demandé à la ministre de la Justice Nicole Belloubet de « se pencher sur le dossier Adama Traoré ». La Constitution est pourtant très claire : le président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire (article 64 de la Constitution). Le président n’a donc aucune consigne à donner au garde des Sceaux quant à la gestion d’un dossier en particulier… D’autant plus que la loi interdit à ce dernier d’intervenir dans des affaires individuelles (article 30 du Code de procédure pénale) : ce n’est pas au ministre de la Justice lui-même de trancher un dossier, mais au juge qui en a la responsabilité ! L’empiétement sur les prérogatives du pouvoir judiciaire est net et caractérisé.

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Mardi 9 juin, rebelote ! Après avoir annoncé la veille la suspension des agents « pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes », la fin immédiate des contrôles d’identité comme « critère d’évaluation d’activité » et l’interdiction de la technique de l’étranglement lors des interpellations, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner déclare de manière stupéfiante au micro de Jean-Jacques Bourdin que les manifestations en hommage à George Floyd et Adama Traoré prévues partout en France ne seront pas sanctionnées compte tenu de « l’émotion mondiale, une émotion saine » sur le sujet.

Christophe Castaner, lundi 8 juin 2020, annonce des mesures contre les "violences policières" © Isa Harsin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22462648_000001
Christophe Castaner, lundi 8 juin 2020, annonce des mesures contre les « violences policières » © Isa Harsin/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22462648_000001

La loi est pourtant très claire, qui dispose qu’en raison de la situation sanitaire exceptionnelle, tout rassemblement mettant en présence plus de dix personnes sur la voie publique est interdit sur l’ensemble du territoire de la République (article 3 du décret du 31 mai 2020). L’objectif est simple : empêcher les rassemblements de se transformer en « cluster » géant, dans l’intérêt général. Cette interdiction de manifester, circonstanciée, applicable à tous sans distinction et limitée dans le temps, se comprend aisément compte tenu de l’effroyable épidémie de Covid-19.

L’émotion ne fait pas la loi !

La loi est la même pour tous. Soit les manifestations sont autorisées, soit elles ne le sont pas. Trier entre les « bonnes » et les « mauvaises » manifestations, c’est faire fi de la loi. Peu importe les revendications portées par les manifestants : ce n’est pas le sujet. Là encore, la violation de la séparation des pouvoirs est caractérisée. Ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui dispose de l’opportunité des poursuites pénales, mais le procureur de la République ! En refusant de constater les infractions à la loi de la République, le ministre se substitue à l’autorité judiciaire qui seule doit décider des suites à donner en cas de manifestation illégale. C’est le principe de l’indépendance du Parquet. Soyons clairs : si l’interdiction de manifester n’est plus justifiée compte tenu de l’évolution de l’état sanitaire du pays, alors il faut l’abroger. Sinon elle s’applique, partout et pour tous.

Le nouveau magazine, aujourd’hui chez votre marchand de journaux: Causeur #80: Un été sans touristes

En portant gravement atteinte à la séparation des pouvoirs, à deux reprises et en deux jours, l’exécutif fragilise le fondement même de notre état de droit. Faut-il encore rappeler l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ? « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».

Éloge du choix

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Laurence Trochu © KONRAD K./SIPA Numéro de reportage: 00864255_000033

Choisir, tel est le défi auquel est cruellement confronté Emmanuel Macron. Réel défi pour celui qui, sous couvert de modération et de recherche d’équilibre, est convaincu que gouverner repose sur l’apparence de la neutralité et le relativisme, que toutes les positions se valent et qu’elles peuvent toutes être satisfaites


Dans la lettre qu’il adresse le 3 juin dernier aux présidents de l’Assemblée nationale, du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental (CESE), le chef de l’État entreprend de solliciter une fois encore des avis pour penser le monde de l’après Covid-19. L’objectif est d’élaborer « un nouveau dessein français ». La nouveauté n’étant pas un gage de succès, Emmanuel Macron doit d’abord s’atteler à une tâche autrement plus politique : choisir.

Il en appelle à la « concorde nationale », tel Henri IV avec le Pardon royal s’adressant aux Parisiens pour légitimer son pouvoir, tel le Directoire qui baptise Concorde la place parisienne pour réconcilier les Français après la Terreur.  Là où la concorde est nécessaire, c’est qu’il y a eu désunion. Or, s’il est un moment où les Français n’ont pas été désunis et ont fait preuve d’une solidarité exemplaire, c’est bien lors de la pandémie de Covid-19. Il ne semble pas non plus y avoir de désaccords sur les solutions pour penser l’après pandémie : relocalisation en France des industries stratégiques et reconstruction de notre souveraineté nationale. Des solutions conservatrices en somme, qui s’inspirent d’un état d’esprit si bien décrit par le philosophe britannique Roger Scruton : “Les choses bonnes peuvent être aisément détruites mais non aisément créées”.

Et en même temps, il faut trancher

Quels billets blancs le Prince veut-il alors adresser à la Nation ? Choisir, tel est le défi auquel est cruellement confronté le président. Réel défi pour celui qui, sous couvert de modération et de recherche d’équilibre, est convaincu que gouverner repose sur l’apparence de la neutralité et le relativisme, que toutes les positions se valent et qu’elles peuvent toutes être satisfaites. Si la diversité d’opinions, leur expression et leur confrontation sont le gage d’une saine démocratie, gouverner implique nécessairement de décider, trancher, choisir, et donc de renoncer à certaines options. Là est la responsabilité politique. A l’inverse, écrit le penseur Olivier Rey : “Quand les gouvernements prétendent aligner leur politique sur les prescriptions de la science, ils n’assument pas la responsabilité qui leur est propre, et dissimulent leurs choix en simples conséquences de rapports d’expertise.

Relire: Le philosophe conservateur Roger Scruton est mort

Les Français eux, l’ont compris depuis bien longtemps : il n’est point de relativisme qui tienne face à l’évidence, point de tergiversation face aux faits, point d’hésitation face aux leçons à tirer d’une crise qui a révélé au grand jour les failles d’une société ouverte à tous les vents. Il faut poser des actes cohérents. Dès lors, comment comprendre que 300 entreprises françaises se retrouvent aujourd’hui avec des millions de masques invendus, pourtant produits à la demande de l’Etat, et aujourd’hui délaissés au profit de dix millions de masques vietnamiens moins onéreux ?

Sens commun lance une vaste consultation

La crise a réveillé l’instinct de conservation des Français. Il lui faut une traduction politique dont nous voyons se dessiner les contours dans la grande consultation que Sens Commun a lancée “Le conservatisme, un espoir pour la France ?” Les priorités qui se dégagent à ce stade sont très nettes : retrouver notre souveraineté, pas sous la forme d’une impossible indépendance autarcique, mais sous celle de l’autonomie, comme capacité à nous donner nos propres lois sans que des  juridictions supranationales nous imposent les leurs. Valoriser la famille comme le lieu naturel de l’entraide désintéressée. Réhabiliter la frontière comme une limite qui protège.

Le progressisme a fait son temps

Le remède est là, sous nos yeux. Mais il est incompatible avec un “en même temps” progressiste déraciné et mondialisé !

Cette crise a été sanitaire pendant trois mois, elle sera politique, économique et sociale, et même peut-être financière, pendant des années. L’indécision chronique mène à la confusion. Plus grave encore, elle détruit la confiance qui est pourtant à la base du lien qui unit un peuple à ses représentants. La confiance du peuple français en son président repose sur sa capacité à protéger la Nation et ses habitants tout en les menant vers une communauté de destin. Si l’on doit se poser la question de savoir si le conservatisme est un espoir pour la France, nous savons déjà que le progressisme ne l’est plus.

La pirouette du “en même temps” n’a que trop duré. Gouverner, c’est choisir et agir. La France ne peut s’offrir le luxe d’un immobilisme coupable, situation ironique pour celui qui se dit en marche.

Participer à la consultation : Le conservatisme, un espoir pour la France ? 

L’aviation? De moins en moins civile

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Un modèle de siège d’avion proposé par l’entreprise italienne Aviointeriors pour limiter la propagation du coronavirus. © Aviointeriors

Apportez votre plateau repas ! Avec la pandémie de Covid, l’aviation civile est entrée dans l’ère du sans contact et du self-service qui permettra au voyageur de limiter les risques d’infection. De quoi nous faire préférer le train.


Avions cloués au sol, Orly fermé, frontières closes, n’en jetez plus !

Hâtons-nous de goûter le calme qui règne au-dessus des villes libérées du trafic aérien, la parenthèse d’un monde sans kérosène pourrait se refermer bien vite. Symbole suprême de la mondialisation, le transport aérien s’est vu mourir avec « la » Covid-19 [tooltips content= »En changeant de genre, avez-vous remarqué comme la maladie fait moins peur : le sida, la grippe, pas pareil, non ? »](1)[/tooltips]. Les chiffres donnent la température du patient : une baisse globale du trafic de 95%, une estimation des pertes cumulées des compagnies aériennes de 273 milliards de dollars, soit la moitié du plan de relance européen ! Certaines ont déjà coulé – Virgin Australia, Latam, Avianca –, d’autres vont le faire prochainement ou licencier massivement pour tenter de s’en sortir. British Airways va ainsi se séparer de 12 000 personnes, tandis que, plus modestement, l’aéroport de Billund au Danemark (celui de « Legoland ») va supprimer 250 postes, soit quand même 45% de ses effectifs. On estime en réalité que 30% des 400 000 employés du secteur en Europe sont menacés à l’occasion de la vaste restructuration initiée par le hara-kiri du confinement mondial.

A lire aussi: « Je ne crois pas à un effondrement durable du trafic aérien »

Le cataclysme touche particulièrement les compagnies les moins bien gérées, tels des fleurons nationaux comme Alitalia, Lufthansa ou Air France. Ces mammouths peu agiles se voyaient harceler depuis quinze ans par les champions de la productivité que sont les Ryanair et autres Easyjet. Résultat, quand Ryanair peut tenir six mois (170 jours exactement) sans faire voler un seul appareil, Air France aurait déposé le bilan en moins de trois mois. Mais à l’image des banques en 2008, Lufthansa et Air France sont too big to fail (« trop grosses pour tomber »). Notre champion national – pas du temps de travail – s’est vu attribuer la coquette somme de 7 milliards pour passer l’été. Au passage, les traités européens relatifs aux aides aux entreprises ont été foulés au pied et le droit du voyageur à se voir remboursé de son billet, oublié. Nul doute que ceux qui ont hurlé contre le sauvetage des banques applaudiront les avions tricolores subventionnés. Qu’on ait plus de sympathie pour une hôtesse de l’air que pour un guichetier du Crédit Agricole, pourquoi pas.

Des précautions démesurées pour reprendre les vols

Exploitants d’aéroport ou compagnies aériennes, tous ont été frappés, mais tous ne mourront pas. À peine sortis du coma, ils doivent désormais redémarrer la machine avec un nouvel ennemi à identifier : le porteur du SARS-CoV-2. Et ça ne se détecte pas comme un djihadiste – c’est dommage, car ils avaient déjà beaucoup investi pour s’assurer que votre grand-mère de 88 ans ne dissimulait pas du plastic dans ses semelles Scholl. Abolir les distances sur terre tout en respectant la distanciation sociale ; faire disparaître les frontières, mais pas les gestes barrières, voici les termes de l’équation (vous avez deux heures). Institutions internationales (IATA), aéroports, compagnies, tous tentent de la résoudre, avec une obsession : rassurer le voyageur potentiel, ce qui n’a rien à voir avec l’idée de le cajoler – vraiment rien.

Les investissements s’annoncent colossaux, mais la crise sanitaire ne fait qu’accélérer une mutation largement engagée

Tout semble fait à première vue pour décourager le chaland de jamais vouloir remonter dans un avion. Bien sûr, en premier chef, les masques dont on prévoit d’équiper l’ensemble du personnel et des passagers – pour les vols long-courriers, vous serez d’ailleurs sommé d’en acheter plusieurs exemplaires. Mais la liste des brimades que l’on nous concocte ne s’arrête pas là. Prise de température sans contact chez JetBlue, détecteurs de symptômes du covid chez Etihad, refus d’embarquer les tousseurs et autres renifleurs chez Thai Airways, tests sanguins (oui, oui !) chez Emirates. À ce rythme, il reviendra bientôt moins cher de faire un check-up à Roissy plutôt qu’à la Salpêtrière. Les plus fins gourmets s’en désoleront, mais pour la plupart, fini le service à bord. On est désormais prié d’apporter son sandwich ! Air France envisage également « d’encore plus limiter les déplacements en cabine », une disposition un peu mystérieuse qui doit concerner ceux qui avaient l’habitude de faire un petit jogging dans l’allée centrale… Lorsque, de retour en France, on débarquera à Roissy, une déclaration sur l’honneur, indispensable, vous donnera l’occasion de certifier (entre autres) que vous n’êtes pas sujet à « des diarrhées inhabituelles ». Une bonne nouvelle quand même : on pourra se munir d’imposantes bouteilles de gel hydroalcoolique, mais toujours pas d’un magnum d’Évian – courtelinesque mariage de la lutte contre le virus et de la sécurité antiterroriste. Sans fausse pudeur, Air France suggère à tous ses passagers de prévoir un « plan B » pour leur transport ainsi que pour leur hébergement. Les clients qui restaient fidèles à notre porte-étendard, perfidement surnommé « Maybe Airlines » par des malfaisants, avaient fort heureusement pris le pli du plan B depuis de longues années.

A lire aussi, du même auteur: Macron post-covid: des pistes pour se réinventer

Comme l’a souligné Matthew Crawford dans Le Figaro du 27 mai, « le précautionnisme, refus de tout risque de la vie, connaît un moment de triomphe » et l’aéroport figure son stade olympique. Nous entrons dans l’ère du touchless (« sans contact ») et du self-service qui permettra au voyageur de limiter ses risques, à commencer par ceux de la rencontre avec du personnel au sol. Roissy ne sera plus, à l’instar du nouvel aéroport d’Istanbul, qu’un déploiement infini de bornes, d’écrans et de claviers hologrammes dont on n’aura pas besoin d’essuyer les touches à la lingette. La biométrie régnera en déesse et votre photo, votre passeport et votre billet d’avion se verront compilés et archivés par des gens forcément bien intentionnés et suivant autant de protocoles qu’il existe d’aéroports dans le monde. Les investissements s’annoncent colossaux, mais la crise sanitaire ne fait qu’accélérer une mutation largement engagée. Déjà se pose la question de l’emploi de ces hôtesses de comptoir que le passager ne veut plus croiser. Des économies importantes pourraient en résulter, de quoi ne pas trop augmenter les taxes aéroportuaires et ne pas gripper la machine dont on craignait la mise à l’arrêt pour deux ans ou plus il y a quelques semaines encore.

Une reprise qui s’annonce meilleure qu’espérée

On craignait ainsi de devoir vendre un siège sur deux, donc de doubler le prix des places. Et puis la Grèce et l’Espagne ont annoncé qu’elles accueilleraient bien volontiers des touristes cet été – des billets à destination d’Athènes ou de Barcelone se sont immédiatement arrachés partout en Europe. Et puis l’Inde a rouvert son trafic, et malgré de longues heures d’attente pour monter à bord, les avions affichent des taux de remplissage très corrects, sans exigence exagérée de distanciation physique. Ne restent plus comme ombre au tableau que les décisions politiques de quarantaine, sur le modèle de celle prise le 22 mai par la Grande-Bretagne. Mais comment résister à ceux qui veulent « faire la Grèce » et profiter du soleil, fût-ce avec un masque et des gants en latex ? Orly, initialement fermé jusqu’en octobre, pourrait rouvrir dès le mois de juin. Un conseil : si comme la troupe d’Yves Robert dans Nous irons tous au paradis, vous avez une maison en bord des pistes, vendez !

Sortir la droite de l’impuissance

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Emeute à Paris le 2 juin 2020, suite à la manifestation non autorisée en faveur de George Floyd et Adama Traoré © LEWIS JOLY/SIPA Numéro de reportage: 00965239_000046

 


Le véritable talon d’Achille de tout pouvoir est le manque de légitimité, une affaire de symbole avant tout. La droite devrait s’en souvenir si elle veut un jour revenir au pouvoir.


La désolation sociale qui s’annonce, après l’épisode sanitaire en cours, pourrait conduire la France au bord de l’insurrection, ouvrant ainsi une fenêtre d’opportunité pour tous ceux qui rêvent d’un « grand soir du conservatisme »…

Ce contexte inédit pose deux questions essentielles aux oppositions de droite : est-il pour bientôt, le moment tant attendu où le progressisme, idéologie dominante, succombera à son désastreux bilan ? Faut-il agir en conséquence et provoquer une crise politique majeure qui ne laisserait aucun autre choix à l’équipe en place que le départ pur et simple ?

On ne va pas encore laisser passer deux ou trois décennies

Il faut remarquer d’abord que le pouvoir jouit du soutien des classes moyennes et de la haute bourgeoisie, qui ne sont pas près d’envisager une alternative au progressisme. Dans un pays comme la France, ces deux catégories sociales sont incontournables de par leur poids dans la population et leur capacité à marquer l’imaginaire collectif.  Sans leur ralliement préalable, tout tentative de prendre le pouvoir serait vouée à l’échec.

Par ailleurs, il semble avéré que seul un chef véritable serait à même d’amener les plus lucides parmi ces électeurs à appuyer un projet de changement. Grâce à son charisme et sa vision, il saurait atténuer leur aversion au risque et les faire rêver au lieu de leur faire peur. Pour l’heure, cette figure ne s’est pas manifestée. Dans cette attente, le verrou bourgeois demeure et bloque tout changement.

A lire ensuite: Onfray et Zemmour, face-à-face ou côte à côte?

Que fait donc la droite depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le président progressiste ? Elle tente de faire du gramcisme avec Zemmour, voire Onfray. Inconvénient : ces choses prennent du temps, et la droite n’a pas vingt ou trente ans devant elle pour gagner la bataille culturelle, d’autant plus que les oligarques, tout autant que l’Etat, tiennent par la laisse les milieux artistiques et journalistiques qu’ils gardent le plus souvent affamés et précarisés, pour mieux les contrôler.

Indignez-vous !

Par ailleurs, la droite, du moins sa composante populaire, a tenté aussi la voie de la désobéissance civile : ça a donné les gilets jaunes et l’on connaît l’ampleur du désastre. Pas de chef, pas de figure charismatique, pas de programme détaillé, cela veut dire œil crevé et rêve brisé.

En résumé, la droite fait fausse route, tandis que le pouvoir en place prépare le monde d’après : loi Avia, officialisation de l’islamisme comme parrain des banlieues (pensez  à l’adhan prononcé dans plusieurs quartiers de France durant le confinement)…

Entre la guerre culturelle, qui mettra du temps, la désobéissance civile, dont nous avons vu l’échec, et l’absence de leaders identifiés, la droite est-elle condamnée à l’impuissance ?

A ces questions, David Galula (1919-1967), un stratège français, que le général américain David Petraeus considère comme l’un des plus grands stratèges de tous les temps, peut apporter des réponses.

L’art de Galula

Galula a consacré sa vie à étudier les conditions de permanence d’un régime politique aux prises avec un mouvement subversif qui veut conquérir le pouvoir par tous les moyens, licites ou illicites. Il a montré comment une subversion bien menée peut venir à bout d’un régime fragile sans avoir forcément à tirer ne serait-ce qu’un seul coup de feu.

Il nous apprend ainsi que l’actif le plus précieux d’un régime n’est pas son pouvoir politique, mais sa légitimité.

Plus la légitimité est forte, plus la relation entre gouverneur et gouvernés s’inscrit dans le registre de l’allégeance. Plus elle est faible, plus cette relation se dégrade et confine au consentement passif, un consentement qui peut dériver vers l’aigreur, le mécontentement manifeste ou même la haine (ou la peur), au fur et à mesure que les doléances s’accumulent.

A lire aussi: «David Galula donne de bonnes pistes pour contrer l’islamisme»

Galula nous apprend que le consentement, même fragile, suffit pour maintenir en place l’ordre établi. Tant qu’il y a un peu de légitimité, le régime garde de bonnes chances de tenir.

Vous l’en privez, il se transforme en une fiction légale qui jouit des attributs du pouvoir (impôts, police, armée, médias subventionnés) mais qui est vide de l’intérieur. Il perdure comme une maison posée sur le sol nu, sans fondations : à la moindre secousse, elle sombre et se brise sous son propre poids.

Il ne sert donc à rien de s’insurger contre un régime qui jouit encore de légitimité aux yeux d’une part significative de la population. Ceux qui veulent cesser d’obéir en suivant la maxime de La Boétie (« Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres ») sont écrasés. Le régime les broie en silence, car la frange de la population qui le soutient encore le croit irremplaçable.

Le coronavirus a encore affaibli la légitimité du pouvoir en place

Galula nous apprend enfin que la légitimité d’un régime repose, au final, sur sa capacité à protéger la population. Une affaire aussi matérielle que symbolique. Ni Dieu ni le peuple (le vote démocratique) ne sont des assurances de légitimité. Ils permettent simplement, selon le régime politique en place, de gérer la transmission du pouvoir d’une manière pacifique et raisonnée. Ils assoient la légalité d’un pouvoir, sans plus. La légitimité, elle, se gagne tous les jours en servant la ou les causes du peuple. Lesquelles se résument inéluctablement à la protection.

Protéger s’entend au sens large, à savoir protection intérieure (protéger les biens et les personnes par le recours à l’ordre et la justice), et extérieure (repousser les menaces venant de l’étranger et défendre les frontières).

Où en est le régime français en place en termes de légitimité ?

Durant l’épisode du coronavirus, beaucoup se sont persuadés que l’équipe gouvernementale a contribué à ajouter au désordre, à l’injustice et à l’insécurité. Ils pensent que les décisions prises ont aggravé la crise et probablement causé des morts supplémentaires (impréparation, retards, déni initial concernant le port du masque, tergiversations concernant la distribution de la chloroquine).  Cela aura certainement pour effet de diluer le consentement des classes moyennes.

Toutefois, même un consentement a minima peut suffire au pouvoir, la machine médiatique veillant à ce que l’épidémie de l’apathie et de la peur (du changement) perdure le temps nécessaire. Autrement dit, l’édifice est clairement fissuré mais il ne repose pas que sur du vent.

Subversion!

Si Galula était parmi nous, il suggérerait probablement à la droite française de changer de braquet et d’adopter une feuille de route nouvelle, plus astucieuse et moins prévisible. Elle consisterait à détruire ce qui reste de légitimité au régime et à se revendiquer comme légitime à sa place sur tous les sujets qui touchent la protection des Français : l’ordre, la justice et la protection extérieure.

Telle pourrait être le corps de doctrine que pourrait se donner globalement l’opposition, en dépit de ses divergences et de son déficit de leadership. Il suffit d’un carnet et d’un stylo (et de quelques bonnes idées) pour dépeindre, d’une manière convaincante, le cataclysme que le pouvoir en place est susceptible de faire déferler sur la France : désordre, ruine, chamboulement des hiérarchies sociales. Il suffit d’un peu de talent pour composer le tableau vivant d’une France en voie d’être dévastée par la politique de la « terre brûlée » qui est l’autre nom du confinement et de son corollaire absurde : le déconfinement désorganisé et à pas lents. C’est autre chose que la critique, c’est de la subversion.

A lire ensuite: La police française fait le dos rond

A la manière des insurgés décrits par Galula, les opposants assumeraient, pour de bon, leur rôle d’outsider et se comporteraient comme tel en cherchant à dévitaliser le pouvoir symbolique du régime en place. A leur disposition, des armes parfaitement licites et légales dans une démocratie comme la dérision, ou le détournement systématique de la propagande officielle à des fins satiriques, toutes armes que la gauche (dont l’ADN reste fondamentalement insurrectionnel, à cause de son passé marxiste), a abondamment utilisées avant d’être au pouvoir, et qu’elle pratique encore pour y rester.

Les banlieues françaises s’efforcent, depuis trente ans, de détruire la légitimité du pouvoir. Les images traumatisantes des véhicules de police renversés et des policiers brûlés ou lynchés annihilent ce qui reste de majesté à l’Etat et aux classes dirigeantes. La mort symbolique de l’autorité légale donne lieu à l’établissement d’une nouvelle légitimité, celle des islamistes alliés aux voyous. Elle repose sur une promesse de protection (toujours la protection !) : « tu me fais allégeance, et c’est moi qui te garantis désormais un transit pacifique entre ton lieu de vie, le parking, l’école et le marché ».

A bon entendeur

Il est bien entendu hors de question de répliquer ces pratiques, mais il est essentiel de reconnaître l’efficacité du mécanisme qui les sous-tend, un mécanisme intrinsèquement politique, « politico-symbolique », pourrait-on dire.

La question des chefs reste, bien entendu, entière. Le chef tant attendu, homme ou femme, existe peut-être déjà, mais pour l’instant, il n’est pas encore descendu dans l’arène. Dans cette attente, il existe malgré tout pour la droite française une alternative sérieuse à la dispute, à la désobéissance civile, à la soumission ou à l’inaction, et c’est loin d’être anodin.

Cet article a ete corédigé par Francois Martin et Driss Ghali.

David Galula et la théorie de la contre-insurrection

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Coupons la tête du vélo-roi

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A Paris, le vélo est roi ! © xavier FRANCOLON/SIPA 00939334_000004

 


Dans le déconfinement du Paris d’Anne Hidalgo, le vélo a le vent en poupe. Pourtant, il n’est pas exempt de tout reproche. Mais entre feux rouges grillés et piétons bousculés, il en agace plus d’un !


« Mais putain active, là ! », a pesté une cycliste quand je traversais un passage piéton de la rue de Tolbiac, dans le XIIIème arrondissement parisien. Son feu était rouge, le mien était vert. J’ai préféré me taire, d’un flegme à l’anglo-saxonne exemplaire. Je ne cache pas avoir imaginé une seconde lui enfoncer son crâne dans le bitume, une pensée monstrueuse, j’en conviens.

« C’est rouge, morue ! », aurait été une réponse adéquate. Coiffée d’un casque blanc aux faisceaux étincelants, un visage rond et peu engageant, des cheveux courts, c’en était une belle de morue, et même pas aimable avec ça. Les néo-féministes hurleraient en lisant cela, et alors? 

A lire aussi, Isabelle Marchandier: Déconfinement: la fausse bonne idée du vélo

L’épidémie, c’est pain béni

À Paris, les cyclistes sont d’une arrogance sans nom. Ils roulent à contre-sens, ils frôlent les seniors sur le trottoir, ils grillent les feux, ils jouent de la sonnette si vous ne cédez pas à leurs caprices et désormais, ils vous admonestent si vous passez quand votre feu piéton est vert, bref, ils vous emmerdent et ils le font savoir. Pourquoi s’en priveraient-ils? Ils ont reçu l’onction suprême de la sainte patronne des vélos parisiens, Anne Hidalgo. Déjà, Bertrand Delanoë avait ouvert la brèche en lançant le Vélib’. Naturellement écolo, le vélo ne pouvait qu’être paré de vertus. Dans la pure lignée de son prédécesseur, la madone Hidalgo a fait des cyclistes ses petits protégés. Elle leur a offert des pistes cyclables. Elle a réduit les piétons à l’état de parasites ringards qui prennent encore le métro ou le RER. Ils deviendront bientôt aussi suspects que les possesseurs de grosses berlines allemandes…

Tel un gardien de la révolution verte, le vélo est intouchable et se croit au-dessus des lois

L’arrivée de la Covid-19 dans les poumons parisiens a été l’occasion inespérée de sacrer le vélo roi sur l’autel du « vivre-ensemble », d’en faire le moyen de « distance sociale » écolo par excellence, sans hésiter pour cela à exalter les peurs de certains franciliens envers les wagons de métro. C’est ce qu’a fait un dénommé Pierre Serre, élu écolo du Conseil régional d’Île de France, qui s’est frotté les mains: « après l’épidémie, il y aura un rejet collectif des transports en commun ». L’épidémie, ce pain béni pour les apôtres du vélo-roi. Certes, les vélos nous épargnent les pétarades des mobylettes, certes, entre camions et gaz d’échappement, rouler en vélo à Paris n’est pas une mince affaire, certes, il y a beaucoup plus de piétons gravement victimes des voitures que des vélos. Mais il n’y aucun vélo victime des piétons. Or, s’il y en a bien un qui coche toutes les cases du parfait écolo, c’est ce dernier, et il ne mérite pas que ses marches soient pourries par quelques cyclistes arrogants qui se croient tout permis grâce à leur label vert. 

A lire aussi, Leonid Berkovich: Anne Hidalgo réélue maire de Paris

Il y a quelques années, j’ai vu un senior se révolter timidement contre un cycliste qui roulait vers lui sur un trottoir parisien. Le trentenaire bon teint à vélo n’avait pas l’air de trop comprendre, sûr de son bon droit… Il encourait pourtant une contravention de 4ème classe, soit 135 euros ! Mais cela, Anne Hidalgo se garde bien de le rappeler à ses protégés, supposés incarner la « mobilité douce », selon le slogan municipal. Comme la monarchie de droit divin en son temps, le vivre-ensemble vert répète qu’il est la seule issue pour le salut de l’être humain. Avec Anne Hidalgo, le cycliste est intouchable et se croit au-dessus des lois.

La France pleine de haine… de soi

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police antiracisme adama traore
Manifestation contre les violences policières, Paris, juin 2020, Auteurs : ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 00966017_000009

La mouvance des tenants du racialisme, manifestants contre les violences policières, pourfendeurs de la culture française qui ne se reconnaissent plus dans cette France « blanche et catholique » n’est ni forte, ni haineuse, ni déterminée. Elle emprunte simplement l’autoroute que nous lui ouvrons sans péage.


« L’émotion dépasse les règles juridiques » ! Non, ce n’est pas la conclusion d’un roman à l’eau de rose mais une déclaration du ministre de l’Intérieur. Christophe Castaner a en effet prononcé cette phrase sentencieuse à propos des manifestations illégales contre le racisme. Autrement dit, tolérance zéro face au racisme (ce qui est somme toute de bon sens), mais manifestement pas pour la délinquance devenue systémique dans certains quartiers.

Le soft power américain ne s’arrête pas au Big Mac et au cinéma

Sinon pourquoi parlerait-on de territoires perdus de la République ? Ces fameux territoires où d’autres lois s’imposent, celles des racailles, des communautés majoritaires, des maîtres chanteurs de la victimisation.

Le Français a la haine de lui-même. Culturellement mondialisé, politiquement européanisé, détaché peu à peu de ses racines et de sa culture, oublieux de ses traditions, il ressasse son passé colonialiste en se battant la coulpe…

« Ils » ont la haine. La haine est une émotion qui crée des droits au-dessus du droit. Logique. Et l’affaire George Floyd offre une occasion supplémentaire de l’exprimer en mettant odieusement en parallèle l’affaire Adama, délinquant issu d’une famille de délinquants, tragiquement (car une mort est toujours tragique) décédé à la gendarmerie de Persan à la suite de son interpellation musclée le 19 juillet 2016.

Rien à voir avec l’affaire Floyd si ce n’est la couleur de la victime, mais la mondialisation et le soft power américain ne s’arrêtent pas au Big Mac et au cinéma, ils s’imposent aussi dans les conflits et les luttes. Et puisque la lutte des classes est un vieux concept un peu blanc et surtout dépassé, passons à la lutte ethnique, plus tendance, ayant en outre le mérite de substituer au prolétariat qui a déserté la gauche une nouvelle forme d’opprimés. Ce serait dommage de s’en priver, n’est-ce-pas monsieur Mélenchon ?

Les citoyens issus des anciennes colonies vus comme des enfants

Mais ont-ils vraiment la haine, ces Black panthers d’opérette et tous ces antiracistes primaires qui ne voient le racisme que chez les Blancs ? Ceux qui parlent de racisés, renvoient toujours les personnes à leurs origines, traitent de vendus, de harkis, d’arabe de service ou de Bounty les citoyens attachés à ce pays mais dont la couleur ne rappelle pas celle de « nos ancêtres les Gaulois » ?

Non, ils n’ont pas « la haine ». La haine, c’est « nous », les white, les blancos, les gaulois, les Français « de souche », les européens, les Occidentaux, les françaouis, les faces de bidet, les anciens colonisateurs, les privilégiés blancs qui l’avons. Mais pas envers les immigrés, les enfants d’immigrés, les indigénistes ou les racialistes. Non, c’est envers nous-même qu’elle se manifeste.

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Le Français a la haine de lui-même. Culturellement mondialisé, politiquement européanisé, détaché peu à peu de ses racines et de sa culture par un appauvrissement réel de l’apprentissage de la langue et de l’histoire, dépossédé de sa souveraineté, oublieux de ses traditions, il ressasse son passé colonialiste en se battant la coulpe sans pour autant en oublier les réflexes. La France continue en effet de regarder les citoyens issus des anciennes colonies comme des enfants qu’il faut féliciter dès qu’ils alignent sujet-verbe-complément, flattant leurs cultures d’origine avec une outrance suspecte, s’abandonnant même à réécrire son propre passé à la lumière indigéniste.

Une chance pour nos ennemis

Il paraît que nous ne serions pas sorti du Moyen-Âge sans l’Islam qui a su conserver des textes grecs et apporter ses connaissances scientifiques, alors que nous étions victimes de l’obscurantisme de l’église, de ses moines félons et de nos rois barbares. Comment aurions-nous construit la France sans l’immigration du XXe siècle ? Et à présent, comment pourrions-nous continuer de briller mondialement sans la diversité qui vient enrichir notre culture somme toute un peu rance ?

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La mouvance des tenants du racialisme, manifestants contre les violences policières, pourfendeurs de la culture française qui ne se reconnaissent plus dans cette France « blanche et catholique » n’est ni forte, ni haineuse, ni déterminée. Elle emprunte simplement l’autoroute que nous lui ouvrons sans péage.

Cette France n’est pas puissante, c’est nous qui sommes faibles et tant que nous nous contenterons d’essuyer les crachats dont elle nous gratifie avec un revers de la main et un merci, elle continuera en brandissant un poing inutilement levé car il n’y a pas de combat quand il n’y a pas d’adversaire. Notre propre haine nous aveugle et nous conduit à la destruction. Nous avons programmé la nôtre alors de quoi pouvons-nous encore nous plaindre ? Pour être respecté, il faut être respectable.