Toutes proportions gardées, la politique d’Anne Hidalgo peut être comparée avec celles d’Erdogan et Poutine. Néanmoins, celle-ci détonne par son impopularité…


Parmi toutes les personnalités politiques du continent européen, celui qui s’étend de l’Atlantique jusqu’à l’Oural et au Bosphore, la longévité au sommet du pouvoir d’Anne Hidalgo a pour égales celle de Vladimir Poutine et de Recep Tayyip Erdogan. Tous les trois ont émergé avec le nouveau millénaire, tous les trois ont dû accepter à une période donnée le rôle du second ou d’être placé sous tutelle, tout en restant sous les feux des projecteurs.

À ce propos, on oublie souvent que le président Poutine a laissé le trône entre 2008 et 2012 et que le Premier ministre Erdogan a dû, pendant de longues années, composer avec l’autorité du président de la Turquie avant de mener une réforme constitutionnelle et régner sans partage. Enfin il serait assez juste de considérer que la dimension d’homme d’État de Bertrand Delanoë, ainsi que ses (légitimes) ambitions présidentielles durant son mandat de maire de Paris avaient laissé à Anne Hidalgo, alors première adjointe, une place de numéro un bis plutôt que de numéro deux.

Caramba, encore gagné!

La comparaison avec les deux têtes fortes et autoritaires de la scène politique internationale n’est pas pour ternir l’image de la maire de Paris, ni la nature profondément républicaine de son action.

Bien au contraire, la longévité au sommet du pouvoir acquise dans un cadre démocratique, et par définition ouvert à la concurrence, est un signe à la fois d’un grand talent et d’une parfaite maitrise de son sujet. Cette expérience de presque vingt ans à la tête d’une des plus importantes capitales du monde est la clé pour comprendre le succès électoral de madame Hidalgo. Rares sont ceux qui pensent que la maire sortante ne sera pas réélue le 28 juin pour un nouveau bail de six ans, après avoir très aisément remporté le premier tour des élections municipales en mars dernier.

Sur 1,1 millions d’électeurs actifs dans la capitale, avoir la moitié qui a l’intérêt vital de faire réélire leur championne rend le sort des élections municipales tristement prévisible

L’expertise du job, dont le contrat se décide au suffrage universel, se résume par un seul paramètre : le contrôle d’un socle électoral nécessaire pour se faire élire et potentiellement réélire. Des centaines de milliers d’automobilistes parisiens peuvent hurler contre la traque surréaliste à leur égard, les commerces et les cafés se fermer dans tous les quartiers, la ville se salir et selon un avis très partagé perdre son charme (lire : son âme) légendaire, le socle électoral d’Anne Hidalgo prospère et s’accroit.

Il ne s’agit ni des heureux utilisateurs des pistes cyclistes, ni de la communauté LGBT considérée (sans doute à tort) comme acquise par défaut, ni des employés du secteur numérique parisien à qui la maire de Paris a très intelligemment donné un coup de boost. Nous parlons des locataires des logements sociaux. Ces heureux ménages parisiens dont le nombre a pratiquement doublé depuis l’arrivée de l’équipe socialiste à l’Hôtel de Ville il y a 19 ans. Le parc compte aujourd’hui près de 250 000 foyers et surtout encore autant de demandeurs sur la liste d’attente. Laquelle ne devrait plus être si longue vu la promesse électorale de la maire d’investir 20 milliards d’euro dans la mise à la disposition des bâtiments parisiens pour la location « à prix abordable ». Ces montants vertigineux forment bien évidement la ligne budgétaire la plus importante de l’économie de la mairie de Paris.

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Paris, un système socialiste

En tout cas ce ne sont pas le constat amer de Rachida Dati sur la ghettoïsation des Parisiens dans les HLM, ni la volonté d’Agnès Buzyn de mettre à la disposition des habitants de la capitale 100 000 appartements inoccupés qui vont faire basculer les intentions de votes des HLMistes actuels et potentiels. La question du logement a été toujours la plus critique dans l’existence de l’Homme.

À une époque où le Président de la République et son gouvernement ont œuvré, depuis les trois dernières années, avec beaucoup de conviction, à inscrire le pays aux abonnés du monde de libre-échange et de la mondialisation (heureuse jusqu’à il n’y a pas longtemps…), le succès du pouvoir municipal à Paris et partout en France est conditionné par un vieux mécanisme de nature très socialiste. Le phénomène n’est bien évidement aucunement l’exception française. Les pays scandinaves, encore et toujours eux, ont un nombre encore plus important des logements sociaux, 95 sur 1000 habitants en Suède, 102 au Danemark contre 69 en France.

Cette recette sociale d’aide aux foyers modestes qui date d’une autre époque permet à madame la maire de mener pour le reste la politique la plus controversée et la plus impopulaire qui soit. Rien ne pourra forcer la patronne de Paris élue démocratiquement à renoncer à ses préférences très partisanes, ni à ses convictions qui génèrent tellement de frustrations chez les habitants de la capitale. On peut défier Anne Hidalgo à l’infini; forte de son assurance HLM tout risque, elle encaisse les attaques les plus dures avec beaucoup de calme et de sagesse. Une belle leçon aux présidents autoritaires, eux tellement sensibles au moindre mot négatif!

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