Tout un petit monde scientifique fustige la vulgarisation scientifique. Mais les comités de lecture des grandes revues dans lesquelles ils publient leurs articles ne sont pas infaillibles non plus… Est-ce la fin de quelques totems et tabous du monde scientifique ?


La revue médicale britannique The Lancet a émis, mardi 2 juin, une mise en garde vis-à-vis d’une étude publiée par la revue elle-même courant mai dernier. Revue de référence s’il en est en matière de recherche médicale, avec cette annonce, The Lancet vient de lancer un pavé dans la mare du monde de la recherche universitaire et ce, bien au-delà de la science médicale. L’étude suspectée désormais de défauts plus graves encore que des biais de conception et d’interprétation, avait pourtant provoqué des décisions drastiques de politiques publiques tant en France qu’à l’OMS : interdiction de l’usage de l’hydroxychloroquine dans le traitement de la Covid-19 et arrêt de tous les essais cliniques testant cette molécule. C’est ainsi toute la crédibilité des « grandes revues de référence », et le système même de la promotion par la course aux publications dans le monde universitaire international, qui se trouvent remis en cause.

Le petit marigot des « prestigieuses » revues médicales

Certes, le monde médical est sans doute parmi les milieux les plus fermés et les plus corporatistes. Et son pouvoir sur les individus et les sociétés est connu de tous, même si on n’a pas lu les analyses de Michel Foucault sur le sujet. Car les médecins président bien souvent à nos destinées. De plus, les progrès considérables réalisés dans les domaines de la biologie cellulaire notamment, de la virologie, de l’infectiologie, de l’épidémiologie et de la pharmacologie, font de la science médicale un domaine hyper spécialisé dont les tenants et aboutissants échappent à la grande majorité des populations. Pourtant, c’est sans doute aussi la pratique scientifique qui touche le plus directement et le plus massivement tout un chacun. C’est pourquoi, avec la crise sanitaire du Covid et la dramatisation (plus ou moins justifiée) de la situation par les autorités politico-scientifiques, les gens « du tout venant » se sont immiscés dans des questions jusque-là réservées aux spécialistes, aux experts. Le citoyen lambda qui cherchait à comprendre la maladie et à s’en prémunir était alors raillé et conspué par les « sachants » qui aimaient à se moquer « des millions d’épidémiologistes » nés de l’épidémie du coronavirus.  

Seules les revues « à comité de lecture » sont retenues comme valables pour orner un CV sous prétexte que les articles soumis par leurs auteurs sont anonymisés et que les lecteurs sont des plus compétents…

Certes, il est toujours dangereux de livrer à l’opinion peu informée et versatile, des questions théoriques et pratiques complexes, qui risquent alors de devenir, comme on l’a vu avec la polémique sur l’hydroxychloroquine, des enjeux idéologiques. Au demeurant, la question de la « vulgarisation » des savoirs se pose aussi bien en médecine que dans tous les autres domaines de la recherche, en sciences « dures » comme en sciences humaines et sociales. Et si elle fait débat, ce n’est hélas qu’à bas bruit car les « chercheurs » sont avares de leurs savoirs, fiers de leurs méthodes scientifiques, et jaloux de leur indépendance. Le terme de vulgarisation peut d’ailleurs avoir quelque chose de péjoratif. Et, alors que leur articulation dans l’Université est prônée haut et fort, l’antagonisme entre enseignement et recherche travaille sourdement au point que pour discréditer certains collègues, on les traite volontiers de « pédagogues ». Comme si les universitaires étaient d’une essence tellement supérieu

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