Entre révélations embarrassantes et révolte populaire 2.0 (#onveutdesnoms), on dirait que le vent tourne pour la famille qui voulait mettre la France à genoux.
On ne salit pas les morts. À cette règle, je trouve néanmoins nécessaire d’ajouter qu’on ne doit pas les instrumentaliser. Depuis des années, la famille Traoré réécrit l’histoire, faisant passer l’État pour une machine totalitaire, et peignant le défunt Adama comme le gendre idéal, alors que Le Point nous livre d’étonnantes informations sur les viols dont il est soupçonné.
En parallèle, la France qu’on voudrait humilier – celle qui s’oppose aux injonctions d’une sempiternelle repentance –, silencieuse, périphérique, coupable car blanche, a contre-attaqué. Sur Twitter, elle a depuis plusieurs jours réussi à noyer la propagande du clan Traoré et autres associations racialistes en diffusant les hashtags #laracailletue, #stopauxtraore ou encore #onveutdesnoms. Lassés de voir la réalité travestie, des milliers de citoyens ont finalement pris à leur propre jeu les obsédés de la race.
L’affaire Traoré, feuilleton sans fin
Chaque matin viennent à nos oreilles de nouvelles révélations sur l’affaire Traoré et sa nébuleuse. Nous avons sur Causeur mis en lumière le passé professionnel confondant de la sœur Assa. Autour d’elle s’agite une troupe nombreuse, fruit d’une polygamie qui je le rappelle est interdite par la loi française, mais que la justice de notre pays a condamnée pour bien d’autres motifs.
Adepte des causes épiques, je doute que même notre nouveau garde des Sceaux aurait accepté de représenter un tel dossier. Celui d’une mort malheureuse, mais pour laquelle quatre expertises ont confirmé l’innocence des gendarmes. Celui d’une prétendue victime au casier judiciaire généreux, qui le jour de son décès a tenté d’échapper deux fois aux forces de l’ordre, et dont on apprend cette semaine que le co-détenu qui l’accusait de viol a été indemnisé (à hauteur de 15 000€). Forcer un homme à pratiquer une fellation entre deux manettes de PlayStation et sous la menace d’une fourchette aurait pu inspirer une belle photo à Robert Mapplethorpe, mais là il faut bien avouer que ça fait tache !
La « fachosphère » n’exige pas le rétablissement de la peine de mort, mais de la vérité
C’est dans un contexte de défiance vis-à-vis de la police – et même de toute une population blanche – instauré par le Comité Vérité et Justice pour Adama, que des voix dissonantes se sont élevées. Les faits à l’origine de ce sursaut sont barbares, ils symbolisent l’hyperviolence devenue quotidienne et ont ôté la vie à des innocents : il s’agit du meurtre du chauffeur de bus Philippe Monguillot à Bayonne, de la gendarme Mélanie Lemée fauchée lors d’un contrôle routier, et de la jeune aide-soignante Axelle Dorier dont le corps a été trainé sur 800 mètres le weekend dernier à Lyon. Ces trois victimes ont été gratuitement mises à mort. Devant l’horreur, les internautes ont exigé des noms ; puis les ont rapidement obtenus. Et là, patatras : tous les noms des participants semblaient être à consonance étrangère. Ces crimes, s’ils avaient été commis envers des Noirs ou des maghrébins, auraient évidemment réveillé la meute racialiste, étonnamment inerte face à ces récents assassinats. Dans la logique des Traoré et consorts – qui trient les citoyens selon la couleur de leur peau –, ce constat aurait dû à nouveau mettre le feu aux rues. Tout cela produit l’inverse de l’effet escompté : à vouloir tout traiter par le prisme de la race, ce sont finalement les minorités qui sont exposées au ressentiment.
Cette bataille autour des noms est également la conséquence d’une exaspération face à la manière dont les grands médias rapportent ce type de dossiers. Des internautes ont exhumé une vidéo surréaliste de l’émission 28 Minutes sur Arte, où les intervenants nous expliquent sans vergogne qu’il est de coutume, pour évoquer les bourreaux, de remplacer les prénoms susceptibles de réveiller le populisme par des prénoms de Français que les indigénistes considèrent comme « privilégiés ».
Avant les médias dominants changeaient les noms « pour éviter au populisme de se réveiller », maintenant ils ne les donnent plus du tout #OnVeutLesNomspic.twitter.com/Kdgj1yCKRQ
En opposition au fantasme de racisme systémique hurlé par celle qui se rêve en Rosa « Traoré » Parks – version toc –, appuyons-nous sur du factuel. En ces temps de cathédrales qui brûlent, il est nécessaire je crois de « remettre l’église au milieu du village ». Il parait que la police tyrannise les minorités ? Bruno Pomart, maire et instructeur du Raid, nous livre une toute autre réalité : chaque année, ce sont 600 policiers qui sont blessés par arme ! À croire que quand on tient à son intégrité physique, il vaut mieux être un voyou de banlieue que porter l’uniforme.
Dans son rapport de 2019, l’IGPN enregistre 19 décès, précisant que plus d’un tiers résultent « du comportement direct du particulier ou de son état physique », et que la mort n’est pas forcément occasionnée par l’intervention des policiers, mais peut être provoquée par une cause exogène. Il est également nécessaire d’indiquer que parmi ces « martyrs » sont comptabilisées des personnes qui se sont suicidées, qui ont perdu la vie en prenant la fuite, ou encore qui venaient de perpétrer un attentat (!). Ces chiffres viennent balayer la théorie selon laquelle notre police pratiquerait l’épuration ethnique, comme l’atteste Camélia Jordana. Mais là où la starlette qui s’improvise procureur pourrait parler avec justesse de « massacre », c’est en évoquant les homicides recensés en France : 970 rien que pour l’année 2019 ! Le « pire bilan qu’on ait vu depuis des années », d’après Alain Bauer. La faute à la police, Madame Jordana ?
Quant à Madame Traoré, la lutte qu’elle mène doit être éreintante. Enfanter le faux du vrai exige d’immenses ressources, et elle parait très fatiguée dans ses récentes interviews. Ne serait-ce pas le moment idoine pour prendre un nouveau congé ?
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Dans les affaires de viols, une accusation ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité, et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Les associations féministes et nos médias seraient bien inspirés de s’en souvenir.
Le principe selon lequel une femme ou un homme politique devrait renoncer à une fonction ministérielle au motif que celle-ci ou celui-ci serait accusé d’avoir commis une infraction est un principe absurde, dangereux et contraire à la présomption d’innocence.
Aucun texte légal n’a institué une telle obligation qui résulte d’une simple pratique instituée par Edouard Balladur alors Premier Ministre et n’ayant donc aucun caractère coercitif pour les gouvernements qui lui ont succédé.
Le principe fondamental de la présomption d’innocence
Une telle pratique a pour effet de considérer que toute personnalité politique accusée – voire seulement soupçonnée – d’avoir commis une infraction quelle qu’elle soit serait ainsi d’emblée présumée coupable et condamnée d’avance.
Or, ceci est contraire au principe de la présomption d’innocence proclamée par l’article 9 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 laquelle fait partie intégrante de notre Constitution et institue des principes fondamentaux intangibles qu’il nous appartient à toutes et à tous de rappeler et de défendre. Exiger d’une femme ou d’un homme politique qu’elle ou il renonce à la fonction ministérielle qui lui a été confiée constitue une violation manifeste de cette présomption d’innocence dès lors que la personne intéressée n’a pas encore été éventuellement jugée et déclarée coupable de façon définitive. Si nous devions exiger une telle pratique pour le personnel politique, pourquoi alors ne pas l’appliquer à tout professionnel quel qu’il soit et imposer ainsi à toute personne accusée de quelque infraction que ce soit de renoncer à sa fonction tant que l’enquête et les poursuites éventuelles seraient en cours ? Un journaliste devrait ainsi cesser d’exercer dès lors qu’il serait par exemple accusé d’avoir diffamé, d’avoir commis un viol ou d’avoir diffusé de fausses informations en attendant l’issue des investigations le concernant ? Il en serait de même pour les avocats, les magistrats ou tous autres professionnels ? Sommes-nous prêts à accepter cela ? Bien sûr que non, fort heureusement.
Les politiques relégués au rang de sous-citoyens
Alors pourquoi imposer aux seuls politiques ce qui s’apparenterait manifestement à une présomption de culpabilité ? Une telle pratique paraît ainsi absurde et est de surcroît dangereuse.
Pour empêcher une personnalité politique d’exercer une fonction ministérielle pour des motifs personnels inavouables, ou pour nuire à un gouvernement qu’on exècre pour des motifs politiques, ou encore pour tenter de déstabiliser notre régime républicain et démocratique, on n’hésitera pas – ce qui est peut-être déjà le cas – à faire accuser à tort un ou plusieurs membres du gouvernement. Et on pourra toujours compter sur des inquisiteurs qui s’acharneront à exiger la démission de la cible désignée en prétendant défendre une bonne cause alors qu’ils sont animés par des arrière-pensées politiques.
Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021
Tel est ainsi le cas pour ce qui concerne Gérald Darmanin, sans cesse harcelé par des gourous auto proclamés qui prétendent défendre le féminisme et qui en réalité desservent cette noble cause aux côtés de certains qui vénèrent Robespierre. Ce faisant, ils feignent d’oublier que celui-ci et ses acolytes – dont Marat, l’ami prétendu du peuple – ont nourri la guillotine de plusieurs milliers d’innocents parmi lesquels Olympe de Gouges, féministe digne de ce nom et auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et ce, grâce à la Loi scélérate des suspects du 17 septembre 1793, laquelle piétinait les droits fondamentaux proclamés en 1789 et en particulier la présomption d’innocence.
Exerçant la profession d’avocat, j’ai eu l’occasion de défendre, dans le cadre d’agressions sexuelles, des parties civiles, mais aussi des prévenus dont certains ont été relaxés, et donc reconnus innocents. Cette expérience m’a permis de constater que des enfants peuvent mentir et accuser à tort. L’affaire d’Outreau en est une démonstration éclatante. Des adultes, hommes ou femmes, sont également capables de mentir et d’accuser à tort et plusieurs affaires l’ont également démontré.
C’est pourquoi, une accusation émanant d’un enfant ou d’un adulte ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité absolue et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Il est souhaitable que, responsables de la diffusion des informations, les journalistes veillent à rappeler à leurs lecteurs ou auditeurs l’existence des principes fondamentaux qui sont le socle de notre démocratie et des droits de l’homme (et de la femme) et ne se fassent pas le relais de propos contraires à ceux-ci, ni ne les entretiennent, ce que nous pouvons déplorer dans certains médias. La présomption d’innocence ne doit pas être à géométrie variable selon qu’elle concerne un simple citoyen ou une personnalité politique.
La lecture du livre de Daniel Ménager est un bonheur constant.
D’abord, ce n’est pas tous les jours, par les temps qui courent, qu’un livre publié témoigne de l’extrême culture de son auteur. Seiziémiste de formation et de carrière, Ménager embrasse tout ce qui s’est écrit, en France et à l’étranger, depuis trois mille ans. Une paille.
Bien sûr, les hilotes — et parmi eux nombre de spécialistes auto-proclamés de la littérature — trouveront cela assommant : être confronté sans cesse à ses défaillances culturelles est une ordalie redoutable. Mais « bonheur » n’est pas un mot usurpé : on se régale à la lecture du décryptage de ce moment si peu prisé durant des siècles, cette plage d’attente, de réflexion et d’inertie apparente qu’on appelle une convalescence.
Le plus beau, c’est que le livre, qui vient d’arriver chez vos libraires, a été imprimé en mars, et qu’il a donc été écrit bien avant que la France soit malade (savoir si elle l’est d’un virus ou du discours tenu sur ce virus est encore une autre histoire). En tout cas, cette plongée dans ces littératures où il ne se passe rien, sinon l’attente d’un renouveau, est fascinante.
Les héros médiévaux ne sont jamais à proprement parler convalescents. Gémir entre les bras des femmes (il y a toujours des femmes dans les convalescences, et bien avant qu’elles ne deviennent professionnelles de la santé) est moyennement viril. Le chevalier blessé passe sans transition de l’extrême faiblesse aux forces retrouvées — et paf ! il reprend son armure, son cheval et sa quête.
Le mot arrive en français au XVIe siècle — justement. C’est avec l’Astrée que se déroule le plus long et le plus malicieux des récits de convalescence. Et pour ce qui est des femmes, Céladon n’en manque pas, lui qui achève sa convalescence déguisé en fille.
J’ai connu Ménager à Nanterre en 1974-75. Il faisait le cours d’agrégation sur Rabelais — une merveille de cours que les pauvres étudiants de l’ENS venaient espionner en douce : nous demandâmes d’ailleurs qu’il soit démarché pour y enseigner l’année suivante. J’ai depuis cette époque suivi ses multiples publications, plus expertes chaque fois, et plus décalées depuis qu’il est à la retraite, et qu’il n’a pas à ménager (ah ah) tel ou telle de ses collègues. C’est ainsi qu’il cite le bel ouvrage de Marie-Christine Bellosta sur Céline…
(Parenthèse. En 2007, Xavier Darcos m’affirma : « La nomination de Bellosta comme Inspectrice Générale est dans les tuyaux ». Eh bien elle y est restée. Très brillante Maître de conférence à l’ENS, engagée dans la FONDAPOL, boîte à idées réputée de droite, adversaire farouche des pédagogistes, Bellosta succomba aux pressions de la Machine, qui ne voulait pas d’elle. Ceux qui aujourd’hui reprochent à Blanquer de ne pas faire le ménage parmi les pontes outrecuidants des ESPE / INSPE devraient réfléchir à cette vérité : la techno-structure est plus puissante que le ministre, et elle est contrôlée depuis vingt ans par les facariens qui l’ont infestée.
Parenthèse dans la parenthèse. Céline a tout connu de la convalescence, d’abord à titre personnel, après une très sérieuse blessure en 14-18, puis comme médecin. Et Ménager suggère très finement que le spectacle de la misère — rappelez-vous la mort de Bébert dans le Voyage — est peut-être la clé de cette misanthropie célinienne qui a renversé les convictions humanistes du docteur Destouches et s’est déchaînée en se spécialisant en direction des Juifs — à ceci près qu’il soignait gratuitement les Juifs pauvres de sa clientèle, pendant que de bons Gaulois bien de chez nous les dénonçaient aux autorités vichyssoises. Rien n’est simple, fin parenthèse).
La question centrale de la convalescence est de savoir qui émerge en fin de compte du lit de repos ou de la chaise longue où le héros de la Montagne magique soigne sa phtisie. Redevenons-nous peu ou prou celui que nous étions ? Ou en est-il de la convalescence comme de la …
En plus de l’intense tension diplomatique entre Pékin et Washington, la Chine est menaçante auprès d’une bonne partie de ses voisins immédiats (Taïwan, Bhoutan, Inde, Russie…).
La trente-sixième édition des exercices militaires Han Kuang a eu lieu à Formose entre le 13 et 17 juillet 2020 (notre photo). Chaque année, ces exercices visent à simuler une attaque chinoise (République populaire de Chine) sur l’île et à évaluer la préparation de Taïwan (République de Chine) à cette menace. Chaque année aussi la menace semble plus pressante et la qualité technique des deux armées évolue et progresse. Cette année la répétition armée répond plus précisément à ce que la Chine prépare pour début août autour de Hainan. La visée militaire de ces exercices chinois à venir relatifs aux îlots contrôlés de facto par Taïwan est claire ; comme le disait Song Zhongping au Global Times : « Les exercices simulant la prise de contrôle sont destinés aux îles Dongsha, Penghu et à la plus grande île, à savoir celle de Taiwan. Si les sécessionnistes taïwanais insistent sur la sécession, les exercices militaires peuvent se transformer à tout moment ».
Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont au plus haut
Gardons à l’esprit que le terme « sécessionniste » n’a guère de sens pour Formose : passée sous pavillon « chinois » en 1661 seulement, par l’intermédiaire de Koxinga, un loyaliste Ming sino-japonais, intégrée à l’Empire japonais en 1895, puis recolonisée en 1949 par l’armée nationaliste du Kuomingtang après la perte du continent, Taïwan n’a jamais appartenu à la République populaire.
Affrontements à l’arme blanche avec les Indiens
La volonté par la Chine dite communiste de mettre fin au régime autonome et démocratique de Taïwan s’inscrit dans une logique révisionniste dont tous les voisins commencent à éprouver les effets délétères. Exemple récent avec les relations diplomatiques entre la Chine et l’Inde, les deux géants asiatiques, qui ont pris un nouveau tour avec l’incident du 15 et 16 juin 2020 : des soldats des deux puissances nucléaires se sont livrés à un affrontement meurtrier à l’arme blanche dans la vallée du Galwan. New Dehli a reconnu 20 morts et des dizaines de blessés, mais Pékin a refusé de donner un décompte précis du nombre de victimes. L’incident survient dans un contexte spécifique : d’une part, la révision par l’Inde de l’article 370 de la Constitution séparant le Ladakh de l’État du Jammu-et-Cachemire ; d’autre part, la finalisation d’une route de 255 km qui pourrait faire obstacle au Corridor Chine-Pakistan, un axe essentiel des « Nouvelles Routes de la soie chinoises ». Le 3 juillet, le Premier ministre indien Narendra Modi s’est rendu dans la base à plus de 4000 mètres d’altitude pour haranguer les troupes et dénoncer « l’expansionnisme chinois ».
« Expansionnisme » qu’illustre également le différend territorial avec le Bhoutan qui vient de resurgir à l’instigation de Pékin qui lui réclame 495 km2 au nord et 269 km2 à l’ouest en échange d’environ 100 km2 à Doklam. Manière de faire pression sur l’Inde alors que le Népal, sous influence chinoise vient d’interdire toutes les chaînes d’information indienne sur son territoire. Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont donc au plus haut. L’Inde a choisi de répondre aux morts du 16 juin en se montrant offensive : New Dehli vient d’interdire 58 applications téléphoniques chinoises dont TikTok, WeChat, Helo, pourtant très populaires dans le pays. Même si Pékin a dénoncé une mesure anti-concurrentielle, il lui est difficile d’être crédible alors que Google, Facebook, Twitter, etc. sont interdits en Chine…
Vladivostok chinoise?
La Chine de Xi Jinping semble être poussée par une volonté de puissance néo-dynastique qui la conduit à clamer ses revendications territoriales partout dans le monde : en Inde, au Bhoutan, mais aussi dans les mers de Chine de Sud contre le Vietnam, les Philippines et l’Indonésie, voire même en Russie où les 160 ans de la ville de Vladivostok fêtés par Moscou ont fait l’objet d’une condamnation en Chine : en effet, selon Pékin, Vladivostok est chinoise – et ce alors même que le traité d’Aigun en 1858, annulant une partie du traité de Nerchinsk en 1689, en fait, en droit international, une ville russe sans conteste possible.
L’incident mineur traduit ce fait général partout à l’œuvre aux marges des frontières chinoises aussi bien au Nord et à l’Est, qu’au Sud et à l’Ouest : la volonté, aussi bien révisionniste qu’irrédentiste, de « retrouver » le territoire de la dynastie mandchoue Qing tel qu’il l’était avant les Guerres de l’Opium et les « traités inégaux ». Notons que c’est la même logique qui prévalut aux déclenchements des deux guerres mondiales entre la France et l’Allemagne. Or, dans le cas chinois, tout ceci est trois fois paradoxal : d’une part, parce que la dynastie Qing était considérée comme non-chinoise par les révolutionnaires de 1911 (donc pourquoi vouloir en restaurer l’Empire?) ; d’autre part, parce que le parti communiste entendait mettre fin pour toujours au féodalisme dynastique ; enfin, parce qu’on oublie le discours du 10 avril 1974 de Deng Xiaoping dans lequel il affirmait, en conclusion, que la Chine ne serait jamais une superpuissance car elle ne serait jamais ni capitaliste ni impérialiste : « La Chine n’est pas une superpuissance et ne cherchera jamais à l’être. […] Une superpuissance est un pays impérialiste qui soumet partout d’autres pays à son agression, à son ingérence, à son contrôle, à sa subversion ou à son pillage et qui lutte pour l’hégémonie mondiale. Si le capitalisme est restauré dans un grand pays socialiste, il deviendra inévitablement une superpuissance. […] Si un jour la Chine devait changer de couleur et devenir une superpuissance, si elle aussi devait jouer le rôle du tyran dans le monde et soumettre partout les autres à son harcèlement, à son agression et à son exploitation, les peuples du monde devraient s’y opposer et travailler avec le peuple chinois pour le renverser. »
Deng Xiaoping, secrétaire général du Parti communiste chinois de 1956 à 1967 puis numéro 1 de la république populaire de Chine de décembre 1978 à 1992
L’Inde pourrait repenser son soutien à la politique d’une seule Chine
Paroles prophétiques ? Tout semble indiquer en tout cas que la Chine est bien aujourd’hui devenue une superpuissance, aussi bien économique que militaire et que, de fait, elle affirme désormais ses ambitions territoriales. Et la plus intense et plus immédiate de celles-ci concerne bien sûr Taïwan.
C’est ici que « l’exemple indien » peut être pris en considération.
D’une part, le fait d’avoir appliqué au domaine du numérique, la réciprocité que Pékin prétend établir dans tous ces échanges pourrait faire des émules : pourquoi en effet autoriser WeChat et Huawei aux États-Unis ou ailleurs si Facebook ou Google ne sont pas autorisés en Chine ?
D’autre part, des voix s’élèvent à New Dehli pour demander au gouvernement d’abandonner sa reconnaissance de la politique « d’une seule Chine » puisque la Chine dénie formellement et pratiquement la réalité « d’une seule Inde ». Plusieurs tribunes dans les journaux indiens et colloques d’experts demandent de repenser la relation à Taïwan : on peut citer par exemple la fondation « Rethinking India’s ‘One China Policy’ ». Ou les déclarations claires de Rajesh Singh sur le site PGurus : « Pékin clame toujours haut et fort sa politique d’une seule Chine. Elle considère Taïwan comme son propre territoire et elle a occupé le Tibet dans le cadre de cette politique. New Delhi a toujours été indulgente sur ce point, malgré le fait que la Chine n’ait jamais reconnu la politique d’une seule Inde, qui implique que le Cachemire occupé par le Pakistan, le Gilgit et le Baltistan et Aksai Chin fassent partie du territoire indien. L’Inde doit repenser son soutien à la politique d’une seule Chine. Si Pékin refuse de voir la raison, New Delhi doit s’attaquer au problème du Tibet. Il doit ouvrir des voies de communication officielles avec Taïwan, intensifier les échanges commerciaux avec ce pays. »
N’importe quel pays a toujours, unilatéralement, la possibilité de dénoncer le principe d’une seule Chine. Certes, la Chine répliquerait en rompant les relations diplomatiques et commerciales avec ce pays, mais si tous les pays de l’OTAN, voire de l’OCDE faisaient de même, la Chine se retrouverait presque seule et sans beaucoup de marges. Nous n’en sommes pas là, mais si les relations entre la Chine et les États-Unis qui viennent coup sur coup de fermer deux ambassades (une de Chine à Houston et l’autre des États-Unis à Chengdu) se détériorent encore, alors cette option pourrait vite revenir sur la table.
A un an d’intervalle, des incendies ont ravagé Notre-Dame de Paris puis la cathédrale de Nantes. Les réactions à ces drames ont démontré notre profond malaise identitaire. Alors qu’un changement de peuple est en train de s’opérer, le catholicisme peut-il renaître de ses cendres?
Qu’est-ce que la République en France ? C’est la IIIème. Qu’est-ce que la IIIème République ? Une alliance des minorités franc-maçonne, protestante et, dans une moindre mesure, juive contre les masses catholiques qui étaient aussi, du moins jusque dans les années 1880, monarchistes. Pour les hommes qui ont bâti ce régime, la laïcité devait rompre définitivement le lien qui unissait la nation à l’Eglise ; la loi de 1905, promulguée dans un climat délétère, contre la volonté d’un peuple encore très majoritairement attaché à sa religion, fit du catholicisme un culte parmi d’autres dans la désormais « patrie des droits de l’homme » issue d’une déclaration abstraite et léguée par le Grand Architecte.
Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction
On ne peut pas comprendre la médiocrité – quand ce n’est pas carrément l’absence – des réactions de notre personnel politique face aux permanents actes anti-chrétiens si l’on oublie que la République s’est construite contre l’Eglise. Pour parler comme les libéraux, c’est son « logiciel », dans son « ADN ». Un an avant la loi de 1905, l’affaire des fiches révélait, au sein de l’armée, un vaste système de fichage – commandé par le ministère – visant à brider l’avancement des officiers catholiques. Cependant que les anticléricaux, athées, libre-penseurs en tout genre menaient virilement le combat culturel dans les gazettes et les écoles, l’Etat expulsait les congrégations, soutenait les loges et, donc, abattait enfin « l’infâme ». On le sait, durant une génération, l’Eglise tenta de résister, cherchant un modus vivendi avec la République qui la haïssait. Mais, après le catholicisme social d’un Lamennais qui était un aberrant compromis avec l’air du temps, l’affreux sulpicianisme dans lequel elle sombrait à la veille de la guerre disait combien elle manquait déjà de chair. Elle se soumit et commença à produire un nouveau genre de catholiques, honteux, plus obsédés par les œuvres que par leur salut. Victorieuse, la République s’amusait des querelles qui animaient son ancienne ennemie héréditaire.
Triste destin et sursaut d’absolu
Cela dit, il y avait les fidèles, qui continuaient de se rendre à la messe. En 2018, dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, l’historien Guillaume Cuchet démontrait comment, jusqu’au début des années 1960, les églises étaient encore pleines ; c’est à ce moment-là, en quelques années seulement, qu’elles se vidèrent. Les enfants du baby-boom furent donc les premiers à refuser le rituel. Parce que leurs parents furent également les premiers à ne plus les y contraindre. Vatican II, qui est l’introduction de l’esprit du protestantisme dans l’Eglise, justifia ce reniement en promouvant la liberté de conscience. En réduisant pour ainsi dire la foi à une affaire personnelle, ce concile péteux, cornaqué par des personnes extérieures à l’Eglise, fut un prodigieux accélérateur du déclin de celle-ci. Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes ; c’est en suivant ce principe que, durant deux millénaires, l’Eglise put traverser cent hérésies et révolutions ; en s’arrimant au monde par peur de se l’aliéner, elle perdit sa force, sa grandeur et son charme. De nos jours, il n’y a plus que dans certains monastères et dans le mouvement dit traditionnaliste que l’on trouve encore des clercs érudits, souriants, combattifs, plus préoccupés par les âmes du peuple de Dieu que par le sort des migrants et avec qui l’on peut prier sans être perturbé par d’immondes dessins d’enfants ou des chants qu’on dirait écrits par une chaisière fan de Calogero.
Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction. Face à l’effondrement de la pratique religieuse, elle continue de servir la soupe insipide qui fait fuir tant de jeunes gens qui, à un âge où l’on est souvent saisi par un magnifique sursaut d’absolu, préfèrent logiquement se tourner vers d’autres religions, à commencer bien sûr par l’islam. La crise des vocations, elle, découle directement du célibat des prêtres devenu insupportable non pas du fait de tentations plus nombreuses mais de l’acceptation de ces dernières, d’une miséricorde mal comprise et encore plus mal professée. Comme l’Eglise réformée dont elle suit le pathétique chemin, l’Eglise catholique se transforme en une sorte d’association où, le dimanche, par habitude plus que par conviction, des CSP+ hagards viennent prendre leur dose hebdomadaire d’« humanisme » en écoutant beugler de girondes Africaines évadées de Sister Act. Tous les fidèles ou presque commettent ce qui, pour le saint curé d’Ars, était un grave péché : en public, ils n’osent jamais affirmer leur foi, et vont même jusqu’à rire d’elle avec les autres afin de ne pas être ce « signe de contradiction » qui est pourtant leur glorieuse croix. En vérité, rejoindre l’Eglise réclame bien du courage. Dans la plupart des paroisses, surtout les progressistes, on décourage le catéchumène, on lui demande de « bien réfléchir », on lui dit qu’il devra être patient, trouver un parrain, remplir un CERFA. Il devra en outre entendre ses coreligionnaires lui expliquer que la Résurrection est une « métaphore », comme l’est la virginité de Marie, et que l’eucharistie est un « moment de partage » à l’instar des « goûters » organisés chaque mois par Elisabeth, « la maman de Sixtine ». Pour se faire accepter par « la communauté paroissiale », il faudra moins faire oraison qu’apporter des vêtements pour les Roms. Si, malgré ces nombreux écueils, le postulant s’obstine, il devra ensuite errer longtemps avant de trouver une église correcte, où le curé ne versera pas, pour composer ses homélies, dans la paraphrase ou l’apologie d’SOS Méditerranée.
Les actes anti-chrétiens sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits!
Sans cesse moquée sur l’antenne de Radio Paris, pardon, France Inter et ses humoristes « impertinents » payés par nos impôts, décrite comme une réserve de pédophiles, d’abrutis qui croient que la Terre est plate et d’obscurantistes qui ont brûlé par millions ces « femmes libres » que l’on appelait autrefois sorcières, l’Eglise baisse la tête. Pire ! non contente d’accepter les insultes, elle promeut le changement de peuple avec un enthousiasme digne des Verts ou de RESF. En effet, il ne se passe pas un mois sans que la Conférence des évêques de France ne se fende d’un communiqué en faveur de l’accueil des hordes de miséreux, pour la plupart musulmans, qui se pressent aux portes de l’Europe. Elle croit ainsi être charitable alors qu’elle contribue à l’ensauvagement du continent ; d’en être victime, elle et ses fidèles, ne la perturbe pas. Pas plus que ne le font les actes qui visent ses cimetières et ses lieux de culte. Car si chaque lardon lancé contre une mosquée et chaque croix gammée dessinée sur une tombe juive engendre un drame national avec ministres qui se dépêchent sur place afin d’exprimer la « solidarité » de la République et promettre de nouvelles lois pour « lutter contre la haine », les actes anti-chrétiens, eux, sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits. Or, ces derniers sont de très loin les plus nombreux – à hauteur de 90%, pour être précis. Tombes souillées par des métaleux « satanistes » en fin de soirée, sacristies incendiées par des punks à chien ayant abusé de la 8.6, objets liturgiques volés partout et en particulier dans les petites églises laissées à l’abandon : ce vandalisme-là n’indigne personne, pas même l’Eglise qui semble tétanisée.
Le brasier de Notre-Dame
Il y a un an de cela brûlait Notre-Dame de Paris. Là, pour le coup, il s’agissait d’un « événement ». Les profanes apprirent à cette occasion que l’entretien des lieux de culte chrétiens, du moins ceux bâtis avant la loi de 1905, étaient à la charge de l’Etat. Et que celui-ci, radin, comptait chaque sou. Considérées comme des monuments historiques au même titre que la maison de vacances de Sarah Bernhardt ou quelque baisodrome d’Alexandre Dumas, les églises ne jouissaient, dans le PLF 2019, que d’une partie des 346 millions d’euros dédiés par le ministère de la Culture à la sauvegarde de ces mêmes monuments, soit à peine 10% du budget de ce dernier. Tous les spécialistes s’accordent à dire que cette somme est dérisoire ; pour l’Etat républicain, il est de toute évidence plus important de subventionner les cracheurs de feu et les lanceurs de diabolo que de rénover ces endroits étranges où des gens bizarres vénèrent un Juif cloué sur une croix.
C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France
L’« émotion » parfaitement artificielle que cet incendie a produite dans les médias – un peu à la manière du saccage de l’Arc de Triomphe durant le mouvement des Gilets jaunes – disait moins, en tout cas chez les politiques, le chagrin de voir fondre la mère des cathédrales du pays que celui de perdre une fraction de ces dizaines de millions de touristes sans lesquels la France ne serait plus le bronze-cul de l’Europe et le musée du monde. D’ailleurs, l’attentif aura remarqué que, dans la langue politico-journalistique, Notre-Dame était appelée « monument » ; sa qualité d’église était secondaire et même accessoire ; à travers ce spectaculaire brasier, c’étaient pour les revenus tirés du patrimoine qu’éditocrates, économistes et parlementaires pleuraient. Certes, il y eut bien quelques brefs « sujets » sur des catholiques à serre-tête qui, à l’instar des impuissants « Veilleurs » de la Manif pour Tous, faisaient leur chapelet à Saint-Michel. Mais ils ne firent rien d’autre, animés par un fatalisme que leur envient les bouddhistes auxquels ces vétérans des JMJ et de Taizé ressemblent tant sans le savoir.
Le 18 juillet, c’était au tour de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de cramer. La multiplicité des foyers d’incendie oriente les enquêteurs vers un acte criminel. Un migrant rwandais, hébergé par le diocèse, fut d’ailleurs suspecté avant d’être renvoyé dans la nature ; entre-temps, son avocat, malin au sens propre du terme, exigea que l’Eglise fasse preuve, si son client était bien coupable, de « miséricorde », la « communauté catholique » étant à ses yeux « la meilleure » en la matière – si par miséricorde on entend faiblesse et même lâcheté, c’est très vrai. Infiniment moins célèbre et lucrative que Notre-Dame, la cathédrale de Nantes fut du reste rapidement chassée de l’actualité par la saison II de la série Tous à la maison et le retour du string-ficelle sur les plages. Quatre jours après, l’affaire est déjà oubliée. Par la voix du nouveau Premier ministre, ce pauvre Jean Castex qui nous ramène aux heures les plus sombres de la IVe République, l’Etat s’est engagé à réparer les dégâts comme l’avait fait, avec son emphase coutumière, Macron pour Notre-Dame. Je n’ai pas vérifié, je le confesse, mais je parie que, face à cet énième sacrilège, l’Eglise s’est contentée de pondre une déploration sans âme, « équilibrée », qui n’accuse personne et ne réclame rien, et qui doit même remercier, en plus des vaillants pompiers, les autorités venues pour une fois soutenir les catholiques en tant que minorité.
Notre culture brûle aussi
A l’heure où une jeune aide-soignante lyonnaise, certaine Axelle, vient de mourir sous les coups de la « diversité », il convient de noter qu’il y a coïncidence entre l’écroulement de notre culture et celui de l’Eglise. C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France. L’immigration africaine de masse, l’internationalisme socialo-communiste, la construction européenne, la sous-culture américaine, la colère des petits-bourgeois libertaires s’allient alors pour nous faire basculer dans une autre temporalité, un autre paradigme. On assiste à une grande inversion des valeurs. Comme une digue, l’Eglise contenait ce mouvement ; en tombant, elle entraîne le pays dans sa chute. Car comme l’écrit Malraux, une « civilisation est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ». C’est le catholicisme qui a fait la France, modelé ses mœurs et forgé ses coutumes. Le principe libéral selon lequel une société tient par le contrat est un échec total, hormis pour de rares privilégiés qui, dans leur Aventin de Montreuil, profitent égoïstement des fruits de leurs idéaux cependant que le peuple, lui, vit dans une constante insécurité culturelle et une insécurité tout court. La nature ayant, bien entendu, horreur du vide, l’islam, par le truchement du regroupement familial et d’une natalité exubérante d’abord, vient remplacer le catholicisme. Et ce ne sont pas les risibles « valeurs de la République » qui vont l’en empêcher ; au contraire, elles se mettent à son service. Durant cinq décennies, les libéraux ont cru que les musulmans finiraient par apostasier, par se convertir eux aussi à la poursuite du bonheur, c’est-à-dire au néant ; désormais, en plus de ceux qui continuent d’y croire contre toute évidence, contre les faits – mais il est vrai que le réel ne les intéresse, que pour eux le faux est un moment du vrai – nombre d’entre eux s’accommodent de l’islamisation du pays et la subséquente violence qu’elle engendre. Ces derniers sont comme le personnage principal du Soumission de Houellebecq : ils font avec, convaincus en leur for intérieur, comme tout bon libéral qui se respecte, que tout change, évolue, qu’il faut s’adapter, et que l’on n’y peut rien.
Seule la tradition est révolutionnaire, n’est-ce pas. Il ne saurait y avoir de reconquête sans réveil de l’Eglise – n’en déplaise à l’excellent Michel Onfray. Ceux qui, dans notre camp, prétendent que nous pourrons nous en sortir sans sueur et sans larmes sont soit d’une naïveté criminelle, soit des imbéciles, soit des pleutres. Français, combien d’entre vous devront mourir avant que vous le compreniez ?
Orange est une fort belle cité. On y croise un majestueux théâtre romain et d’aimables Orangeois au teint ensoleillé. En la foulant, peuple de France, vous songerez à Guillaume d’Orange.
Inspiré par Guillaume de Gellone, Duc d’Aquitaine dès l’an 790, Guillaume d’Orange est l’objet de moult chansons de geste qui relatent ses audaces. Vous plairait-il d’ouïr son histoire? Ni historiquement infaillible, ni fantaisiste, ce joyeux récit n’est guère motivé par quelque leçon belliciste depuis quelque palais. Il nous parle d’un vaillant chevalier qui a sauvé ce qui est maintenant la France.
Fils du preux Aymeri de Narbonne, Guillaume rechigne dès son jeune âge à garder robes et harnois[tooltips content= »Harnois (n. m.) : armure du chevalier par excellence »]1[/tooltips] du glorieux Charlemagne à Saint-Denis. Fort heureusement, il y apprend que la principauté de Narbonne est assiégée par la gent païenne. L’occasion d’épanouir sa vocation précoce de héros. Munis par Charlemagne d’armes magnifiques et de forts destriers[tooltips content= »Destrier (n. m.) : cheval de guerre associé au Moyen-Âge. « ]2[/tooltips], Guillaume et ses chevaliers apportent mulets, vaisselle d’or et victoire aux Narbonnais. L’épopée ne fait que commencer. En effet, Charlemagne ayant désormais la barbe blanchie par le temps, son fils Louis doit être couronné pour être le nouveau roi vaillant. Mais le perfide Hernaut d’Orléans veut s’arroger sa tutelle pour devenir l’empereur. Du poing gauche, Guillaume assomme alors le lâche, qui tombe raide mort à ses pieds.
Le marquis au court nez
Ainsi, il obtient la permission de Louis Ier d’aller prier sur le tombeau de Saint Pierre. À Rome, Guillaume ne va pas seulement sauver son âme mais toute la chrétienté. Menés par le roi Corsolt, des hordes de païens ne veulent faire qu’une bouchée de la papauté. Pour préserver Rome, le Pape sacrifierait volontiers tout l’or de Carthage. Corsolt refuse les trésors qui lui sont proposés. D’une vaillance sans égal, Guillaume livre alors bataille au roi des Sarrasins. Il y perdra la moitié de son nez mais libérera des milliers de chrétiens qui sans lui, auraient eu la tête tranchée: « désormais, tous ceux qui m’aiment en Douce France m’appelleront Guillaume, le marquis au court nez[tooltips content= »Guillaume d’Orange, M. Tessier, Éditions Fernand Lanore, page 40″]3[/tooltips]».
L’impétueux Guillaume va alors sauver Nîmes, un épisode que moult jongleurs ont chanté[tooltips content= »Le Charroi de Nîmes, Folio Classique, Édition bilingue de Claude Lachet »]4[/tooltips], puis libérer Orange. Un beau matin de mai, dès lors que les bois fleurissent et que les prés reverdissent, il apprend au retour de la messe que vingt-mille païens à lances menés par le puissant émir Aragon tiennent la cité. S’y trouve également dame Orable, une gracieuse reine sarrasine. « Il n’en est pas d’aussi belle jusqu’en Orient, sa peau est blanche comme l’aubépine. Sa beauté est malheureusement vaine puisqu’elle ne croit pas en Dieu, le fils de sainte Marie[tooltips content= »La Prise d’Orange, Honoré Champion, Édition bilingue de Claude Lachet, vers 281« ]5[/tooltips]!», lui confie un prisonnier. Guillaume le marquis au fier visage et ses vaillants chevaliers rencontrent l’émir en se faisant passer pour des païens mais sont démasqués: « Par Mahomet, c’est pour votre malheur que vous avez franchi le Rhône !, lui dit ce dernier. Vous serez tous massacrés, nous disperserons dans les airs vos ossements et vos cendres[tooltips content= »Ibid, vers 794″]6[/tooltips]».
Un formidable homme d’action
Désarmé après avoir été attaqué par des légions de fiers Sarrasins, Guillaume s’en remet à la gente dame Orable : « Dame, donnez-moi une armure, par l’amour du Dieu qui fut supplicié sur la croix car, par Saint Pierre, si je vis longtemps, vous serez très largement récompensée[tooltips content= »Ibid, vers 936″]7[/tooltips] ». À de si belles paroles, la reine ne résiste guère. Pleurant d’émotion, elle fournit de bons hauberts[tooltips content= »Haubert (n. m.) : chemise de maille à manches et à capuchons que portaient les hommes d’armes au Moyen-Âge. »]8[/tooltips], des heaumes aux pierreries serties d’or et de saillantes épées aux nobles chevaliers. Après moult combats, l’émir Aragon est frappé par l’épée à la lame bien tranchante du vaillant Bertrand, compagnon de Guillaume, sans l’épargner. Les païens en perdent force et hardiesse.
C’est ensuite « dans une église consacrée où l’on invoquait auparavant Mahomet que le comte Guillaume se rend pour épouser Orable[tooltips content= »Ibid, vers 1873« ]9[/tooltips]» après qu’elle a été baptisée par l’évêque de Nîmes et qu’elle a pris le nom chrétien de Guibourc. « Les fêtes nuptiales se prolongèrent huit jours dans la joie et l’allégresse. Harpistes et jongleurs reçurent beaucoup d’habits de soie et de manteaux d’hermine, de mulets d’Espagne et de vigoureux destriers[tooltips content= »Ibid, vers 1884″]10[/tooltips]». Suite à son mariage avec la gente Guibourc, Guillaume au court nez est resté bien trente ans dans Orange sans cesser un seul jour de combattre.
Ni saint homme, ni brigand, Guillaume fut simplement un héros de son temps. Bien qu’il sût, selon des sources que nul clerc ne contredira, lire et chanter, Guillaume n’avait ni le temps de jacasser sur Twitter depuis une confortable chambrée, ni celui de se chamailler sur l’actualité depuis les plateaux télé. À travers ses multiples chevauchées, voilà un formidable homme d’action que la France devrait retrouver.
Disparu à 33 ans, Bruno Carette (1956-1989) était le membre le plus prometteur de la troupe des Nuls. Pour la première fois, son frère Didier ouvre la boîte à souvenirs, de l’enfance en Algérie à ses débuts au cinéma en passant par leur jeunesse militante nationaliste-révolutionnaire.
Trente ans de trop. Fin 1989, le comédien Bruno Carette nous quittait à 33 ans. Membre de la troupe des Nuls, il laissait à ses acolytes comiques Chantal Lauby, Alain Chabat et Dominique Farrugia le souvenir d’un acteur surdoué. Nul ne le raconte mieux que son frère aîné Didier Carette, comédien et ex-directeur de théâtre aujourd’hui conseiller régional (RN) d’Occitanie.
Histoire méditerranéenne
Avec sa voix de basse et ses yeux rieurs, Didier passerait facilement pour une réincarnation de Bruno. Son histoire est en grande partie la sienne. Elle débute dans les années 1950 en Algérie. Un ingénieur métropolitain électrifiant la Kabylie rencontre une institutrice d’origine espagnole enracinée depuis cinq générations dans la wilaya de Tipaza. De leur union naissent Didier (né en 1950), Bruno (1956-1989) et leur sœur, qui grandissent à Alger jusqu’à leur départ pour la métropole en mai 1962. « Nous sommes partis persuadés de revenir. Nous ne pouvions imaginer l’indépendance de l’Algérie », se souvient Didier avec émotion. Une certaine France moisie les accueille en intrus. Un jour, dans un hôtel miteux, quelques Palois réunis au petit-déjeuner commentent ainsi un reportage télévisé sur l’arrivée des pieds-noirs : « Putain, ils pouvaient pas rester chez eux ces cons-là ! »
Bien que l’œuvre des Nuls ne s’y réduise pas, les blagues scato finissent par le lasser
En réaction, les frères Carette héroïsent « les quelques personnes qui s’étaient battues pour nous », l’OAS et Bastien-Thiry dont Bruno a toujours conservé la photo. « Lorsque ma sœur a été présentée aux membres de sa belle-famille, ils attendaient une voilée ! » en glousse encore Didier. Le temps d’une escale de trois ans au Maroc, où leur ingénieur de père est affecté, la famille retrouve les joies du Maghreb. Retour à Toulouse en 1966. Par nostalgie de l’Algérie française, Didier adhère à Occident. Son cadet Bruno entre au Mouvement jeune révolution, qui deviendra le Mouvement solidariste français, avant de passer à Ordre nouveau. Les frères ont alors les cheveux longs jusqu’aux épaules. Mai 68 étant passé par là, même à la droite de la droite, « on exprimait un rejet très fort du conservatisme » et des sympathies anarchistes. Leur esthétisme les pousse aussi bien vers « un vieil anar espagnol qui avait des livres jusque dans son frigidaire » qu’aux côtés du gudard Jack Marchal, créateur du fameux rat noir et auteur du tube alternatif Les nazis font des bêtises. Une fibre méditerranéenne les conduit régulièrement en Italie aux réunions du parti néofasciste MSI dont ils apprécient le chef charismatique Giorgio Almirante (1914-1988). « Bruno l’avait rencontré par hasard dans un train », raconte Didier. Un éditeur d’essais traditionalistes, ami de jeunesse de Bruno qu’il accompagnait régulièrement dans les couscous toulousains ou autour d’un joint, confie : «Bruno n’avait pas une once de début de commencement de racisme. La dernière fois que je l’ai vu, à la fin des années 1970, il était monté à Paris voir Almirante. » De l’autre côté des Alpes, l’aura du patriarche sicilien va bien au-delà de son propre camp puisque à sa mort, le président de la République italienne, le dirigeant du Parti socialiste et même l’ancien chef des partisans communistes se recueilleront sur sa dépouille.
Repéré par Canal + : « Objectif Nul »
Pour Bruno Carette, la décennie 1970 s’achève à Paris. Pendant que Didier pratique l’art dramatique, Bruno intègre l’École française des attachés de presse (EFAP) et signe son dernier coup d’éclat politique. Lorsque la justice menace d’expulsion les cathos tradis qui occupent Saint-Nicolas-du-Chardonnet, il dort dans l’église en soutien à monseigneur Lefebvre. À la sortie de l’EFAP, faute d’emploi, Bruno descend chez ses parents installés à Cannes. Après six mois à vendre des assurances, il répond à une annonce de FR3 Méditerranée. La station recherche des animateurs radio. C’est là, au début des années 1980, qu’il fait la connaissance de Chantal Lauby, avec laquelle il présente des programmes radio puis l’émission « Bzzz ». À coups de sketches, Lauby et Carette moquent le téléphone rose, la publicité, les journalistes, les Français, les Arabes, les juifs, les antisémites… Gros succès local. Repérés par Canal +, Chantal et Bruno montent à Paris sur invitation de la chaîne cryptée qui leur adjoint l’animateur météo Alain Chabat puis Dominique Farrugia. Dans la série « Objectif nul », Carette campe naturellement le cuisiner Zeitoun, à l’accent aussi piquant que les merguez.
Certains s’étonneront du passé droitier de Bruno Carette tant les Nuls incarnent la gauche culturelle version Canal +. Des fausses pubs telles que le diptyque épicier Hassan Céhef (« C’est pôssible ! ») / Robert Tripoux (« La maison ne fait pas crédit ! ») semblent défendre la préférence immigrée en pleine vague SOS racisme. Avait-il tourné casaque ? Non, songeons au petit pied-noir méprisé à son arrivée sur le continent. « Ça peut paraître paradoxal pour des gens qui se situent à l’extrême droite, mais la France rance de l’épicier Robert Tripoux avec le portrait encadré de Raymond Barre ne nous convenait en aucune façon. Aujourd’hui, la chose ne serait certainement pas présentée de la même façon parce que le contexte a totalement changé », décrypte Didier Carette.
Vers le cinéma
De la galerie de personnages créés par Bruno émergent deux héros récurrents devenus cultes : Jean Meyrand et Mizou-Mizou. Avec sa tignasse bouclée et son bandana autour du cou, le premier est un Léo Ferré de sous-préfecture qui entonne inlassablement : « 68 c’était hier pour moi aussi / Et puis y’a eu la rue Lepic / On bouffait du riz cantonais / Et puis soudain ils ont chargé, les flics… » Sa source d’inspiration ? Un chanteur à textes toulousain ami de Didier. Après avoir assisté à son tour de chant dans un cabaret, Bruno reçoit une illumination comique. Quant au pétomane espagnol Mizou-Mizou, interprète des tubes du top 50, Bruno Carette en a un jour conçu l’idée à la plage. « Ma mère était totalement retournée en disant “Mais tu ne vas pas faire ça ! Enfin, c’est pas possible !” Et Bruno a persisté et signé », en sourit Didier.
Bien que l’œuvre des Nuls ne s’y réduise pas, les blagues scato finissent par le lasser. Au cours de ses derniers mois, Bruno Carette s’émancipe de plus en plus du groupe. Admirateur de Peter Sellers, Youssef Chahine et Vittorio Gassman, lecteur de Nimier et Blondin, il se destine au grand écran. Après une comédie de cape et d’épée signée Gérard Jugnot, Bruno trouve un emploi à sa mesure dans Milou en mai. Louis Malle lui offre le rôle de Grimaldi, un chauffeur routier fort en gueule et avide de sexe. « Moi les communistes, je les emmerde ! » tonne ce prolo en plein Mai 68. À Michel Piccoli qui le prend avec mépris pour une starlette du petit écran, Carette répond ironiquement : « Vous avez totalement raison Docteur Teyran ! [NDLR : du nom du héros de série B que Piccoli jouait quelques années plus tôt sur TF1] » Sorti en salles peu après sa mort, Milou en mai lui est dédié. Comme cet article.
63,5% des reçus ont obtenu une mention au baccalauréat cette année. Selon notre contributeur, on peut faire encore « mieux » l’année prochaine…
L’école n’instruit plus. L’Éducation nationale éduque et dresse. L’école n’apprend pas à nos enfants à penser. L’Éducation nationale leur apprend ce qu’il faut penser. Elle est devenue en quarante ans la plus parfaite machine propagandiste des progressismes qui ne font pas des citoyens mais des individus individualistes, hargneux, bêtes, ignorants.
Certains ont pu croire que Monsieur Blanquer allait changer la donne. Le discours était beau. On allait voir ce qu’on allait voir. L’instruction allait avoir à nouveau droit de cité. Nos enfants sortiraient de plus de quinze ans de scolarité obligatoire en sachant lire, écrire, compter, en connaissant le minimum vital de leur histoire de France, en ayant lu et en ayant pris goût à la lecture de quelques livres considérés comme le trésor intemporel de la littérature française. C’était compter sans la résistance des « scientifiques de l’éducation » et de certains syndicats enseignants, appliqués depuis des décennies à déconstruire l’école, à déboulonner le professeur, à monter au pinacle des « apprenants » apprenant de moins en moins l’essentiel, mais de plus en plus encouragés à s’engager dans les pseudo-révolutions genrées, féministes, écologistes ou antiracistes.
Les résultats soviétiques du baccalauréat 2020 confirment ce mouvement de désinstruction. Les ministères successifs de l’Éducation nationale en rêvaient, le Covid-19 l’a permis. Ce ne sont plus seulement 80% des enfants qui doivent passer le bachot, mais 100% qui doivent l’obtenir. Nous serons tout près de ce résultat après la session de rattrapage de septembre. 63,5% des reçus ont obtenu une mention. C’est trop peu !
Gageons que l’année prochaine verra ce score gonfler à la hauteur inversement proportionnelle des connaissances de nos lycéens. Notre président de la République pourra à nouveau se répandre en dégoulinantes félicitations sur l’application chinoise de « réseautage social » TikTok.
Les plus incultes déboulonnent et détruisent les livres
Il y a quelques mois, après que la déesse Greta a fait entendre son courroux, Monsieur Blanquer a demandé que soit désigné au moins un « éco-délégué » dans chaque classe ! Nos élèves, privés d’heures de cours de français, d’histoire, de mathématiques, doivent, d’une manière ou d’une autre, se mettre au vert. Incapables de trier les idées, ils deviendront imbattables quand il s’agira de trier les poubelles domestiques ou de fouiller dans celles de l’histoire pour la condamner d’un bloc.
Ministres, professeurs et parents, (presque) tous regardent les murs de l’école tomber sans broncher depuis quatre décennies. Conviction idéologique, pusillanimité ou épuisement auront contribué au déclin que certains ne veulent toujours pas voir. Ce sont souvent les mêmes qui ne voient rien de l’ensauvagement de notre société. La main sur le cœur et de larges œillères au bord des yeux, ils ne parlent plus que la langue des belles âmes qui croient sauver le monde en prônant les orthodoxies totalitaires à la mode égalitariste. Les plus incultes déboulonnent, détruisent les livres, révisent les films, chassent la « masculinité », dénoncent le « privilège blanc » ou la domination « cisgenre » hétérosexuelle. Certains de nos adolescents, repus d’une oisive jeunesse sans obstacle et sans frustration, fiers d’un baccalauréat sans valeur, idolâtrés par de lâches politiques, baignent aujourd’hui dans cette sauce idéologique, jusque dans les universités. Ils en remontrent à leurs parents avec le peu de mots qu’ils apprennent sur les réseaux sociaux ou en écoutant des podcasts militants animés par des avant-gardistes progressistes, spécialistes en import-export des thèses universitaires américaines.
Le grand remplacement de la dictée par la théorie du genre
Si on évite de soumettre les élèves au « fasciste » exercice de la dictée, on n’hésite jamais à commencer de plus en plus tôt le travail « d’éducation citoyenne », comme le préconisait Najat Vallaud-Belkacem dans sa lettre de mission à l’IGAS, à propos « d’études du genre » inventées pour la bonne cause : « Le féminin et le masculin sont avant tout des constructions sociales.[…] La cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des préoccupations des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement. » Ce qui est au « cœur des préoccupations publiques » n’est donc pas d’apprendre l’écriture et la lecture à nos très jeunes enfants, mais de leur désapprendre les « stéréotypes de genre » dès qu’ils sont sortis du berceau.
Aujourd’hui, une troupe de théâtre (ES3-Théâtre) peut circuler aux frais du contribuable dans nos collèges et nos lycées et présenter un spectacle intitulé Femelles, (seul.e en scène joué par une femme ou par un homme), sans que notre ministre n’y trouve rien à redire.
La plaquette de présentation, écrite en écriture inclusive, annonce clairement la couleur : « Le.la comédien.ne se sert du rouge à lèvres aussi bien pour se peindre la bouche, telle Marilyn Monroe, que pour inscrire ‘’Salope’’ sur son corps comme le faisaient les chanteuses du groupe Bikini Kill durant leurs concerts ; le niqab […] se métamorphose lors d’une danse paradoxalement lascive et sensuelle ; les cheveux (objets de revendications politiques, surtout chez les femmes noires) sont ici voilés, perruqués, coiffés ; la soi-disant hystérie féminine est mêlée à des discours politiques ; l’excision devient une performance artistique, le personnage de Blanche-Neige une représentante de la maltraitance conjugale, le simple dessin schématique d’une vulve un véritable acte artistique militant et le consentement l’objet d’un questionnaire intime adressé au public. » En complément, la troupe propose des ateliers à réaliser dans l’enceinte scolaire, exemple en « ART PLASTIQUE – Confection de pancartes à partir des slogans des luttes féministes à travers le monde. » (sic)
Une jeunesse décervelée
Cette propagande néo-féministe, néo-antiraciste, néo-anti-domination masculine, entrera comme dans du beurre dans les cerveaux d’élèves auxquels ont été retirées les possibilités de s’instruire, et donc de comprendre, comparer, apprécier ou critiquer ce genre de tracts. Nos ministres successifs auront tous participé à cette opération de décervelage. Ils auront été soutenus par les plus éminents murmureurs à l’oreille des ministres, directeurs de Sciences-Po ou scientifiques des pédagogies mortifères qui ruinent l’instruction publique depuis au moins quarante ans. Le prochain Grand Oral [tooltips content= »A partir de 2021, un Grand oral sera proposé à la fin de l’année de terminale. Cette épreuve fera partie des cinq épreuves finales du baccalauréat (60% de la note finale) et comptera avec un coefficient 10 en voie générale ou 14 en voie technologique. Cette épreuve durera 20 minutes, précédée de 20 minutes de préparation. »](1)[/tooltips] – ou comment devenir bachelier en étant le Roi de la Tchatche – servira le même but que les réformes précédentes : fabriquer des crétins, et leur remettre un diplôme en crétinerie certifiée par l’État.
Cet examen dévoyé pourra alors porter le nom d’une émission de télé-réalité sans que personne ne trouve cela risible. Le ministère annoncera avec roulements de tambours et sonneries de trompettes que 100% de nos lycéens sont devenus des Bachelor et que 97% d’entre eux ont obtenu la mention super-méga-hyper bien. Les 3% manquants auront droit à une session de rattrapage durant des « vacances apprenantes ». Le monde continuera ainsi sa course folle vers le Grand N’importe Quoi.
Les Inrocks ont tranché : internet doit penser clair et marcher droit!
N’écoutant que son courage, début juin, dans une grande enquête au ton indigné, l’hebdo de la gauche culturelle les Inrocks a révélé l’existence d’une communauté virtuelle de 22 000 réacs osant prendre en dérision « des militant·es pour des causes progressistes comme le féminisme, l’antiracisme, ou encore les droits LGBTQI ». Sur Facebook, le groupe « Neurchi de Social justice warriors » (traduisez littéralement : « chineurs de justiciers du Net ») brocarde en effet les lubies postmodernes comme l’écriture inclusive, la « non-mixité choisie » ou les hommes enceintes. Usant de tous les procédés à la mode (à commencer par les « mèmes », ces images détournées façon roman-photo), ces chineurs se sont attiré les foudres de militants diversitaires peu amateurs de second degré.
Ces belles âmes ont transmis aux Inrocks une anthologie des commentaires glanés sur le groupe Facebook incriminé : « enculé de chauve », « bougnoule infiltré », « niakoué », « ta gueule la grosse », « baise ta mère salope »… Les mêmes précisent que l’écrasante majorité de ce sous-groupe droitard serait masculine et blanche, ce que réfute leur porte-parole Adam : « Rien qu’au sein de l’équipe de modération, sur huit, un·e est non binaire et polyamoureuse, un homosexuel, et moi je suis juif. » Il s’y trouverait même des esprits progressistes tellement las des excès de leur propre camp qu’ils préfèrent se payer une bonne tranche de rire plutôt que de prêcher la bonne parole. Voilà bien trop de mauvais esprit au goût de certaines féministes ! Après la publication de l’enquête des Inrocks, les plus zélées ont enjoint à leurs ouailles de signaler le groupe Facebook pour « discours haineux ». Résultat : il n’a pas fallu longtemps aux équipes du réseau social pour fermer définitivement le groupe privé. La morale de cette histoire, c’est que la Toile n’a pas besoin de la loi Avia pour censurer les déviants.
Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.
L’été dernier à Rennes, l’installation d’urinoirs uniquement masculins dans la ville avait indigné les victimes privées de pause-pipi à l’air libre. L’injustice est désormais réparée.
Un des principaux obstacles à l’égalité homme-femme reste la manière de faire pipi, notamment en milieu urbain. Les femmes ne peuvent même pas se consoler en pensant à Vespasien qui a laissé son nom à une invention que tout le monde connaît et en avait fait une source de revenus en imposant les mictions masculines comme nous le rappelle Suétone : « Son fils Titus lui reprochait d’avoir mis un impôt sur les urines. Il lui mit sous le nez le premier argent qu’il perçut de cet impôt, et lui demanda s’il sentait mauvais. Titus lui ayant répondu que non : “C’est pourtant de l’urine”, dit Vespasien. » Mais malgré tout, cela reste une maigre consolation quand l’envie se fait vraiment pressante. Soucieuse d’en finir avec cette injustice, la ville de Rennes, apprend-on par Ouest France et France 3 Bretagne, a décidé d’expérimenter des urinoirs féminins collectifs. Les dames pourront s’asseoir presque face à face et côte à côte à la fois dans un prototype en forme d’hélice, « récompensé d’une médaille d’or au concours Lépine de 2019 »
L’installation est hélas d’une couleur rose bonbon, ce qui est, on en conviendra, scandaleusement genré. L’inventeure (-trice ? ; -teuse ?) Gina Perier fait contre mauvaise fortune féministe bon cœur commercial : « On sait que c’est un cliché, c’est la couleur des femmes. Mais quand on met une innovation sur le marché et qu’il faut communiquer le fait que c’est destiné aux femmes, c’est utile de se servir des clichés. » Sans compter que le comble du sexisme est ailleurs sur cette question, si l’on y songe. Pourquoi, en effet, alors qu’elles ont tant de mal à faire leurs besoins dans l’espace public, ce sont elles qui forment le gros du contingent des dames pipi, comme l’indique le nom de cette profession qui n’a pas son pendant masculin ? Et on se souviendra, chez Proust, de la dame pipi des Champs-Élysées, ancienne marquise, qui a des bontés pour le narrateur enfant : « Cette marquise me conseilla de ne pas rester au frais et m’ouvrit même un cabinet en me disant : “Vous ne voulez pas entrer ? En voici un tout propre, pour vous ce sera gratis.” »
Au moins, grâce à la ville de Rennes, ces dames pourront parler ensemble pendant ce moment de soulagement, comme le font les hommes qui échangent souvent à cette occasion des informations capitales. Et bientôt, elles aussi pourront connaître la véritable émancipation entrevue par Bardamu, dans Voyage au bout de la nuit, quand il découvre New York et ses toilettes publiques : « Entre hommes, comme ça, sans façons, aux rires de tous ceux qui étaient autour, accompagnés des encouragements qu’ils se donnaient comme au football. […] Découverte du joyeux communisme du caca. » On a hâte…
Assa Traoré le 13 juin 2020 a Paris. (c) Eric Dessons/JDD/SIPA/2006141600
Entre révélations embarrassantes et révolte populaire 2.0 (#onveutdesnoms), on dirait que le vent tourne pour la famille qui voulait mettre la France à genoux.
On ne salit pas les morts. À cette règle, je trouve néanmoins nécessaire d’ajouter qu’on ne doit pas les instrumentaliser. Depuis des années, la famille Traoré réécrit l’histoire, faisant passer l’État pour une machine totalitaire, et peignant le défunt Adama comme le gendre idéal, alors que Le Point nous livre d’étonnantes informations sur les viols dont il est soupçonné.
En parallèle, la France qu’on voudrait humilier – celle qui s’oppose aux injonctions d’une sempiternelle repentance –, silencieuse, périphérique, coupable car blanche, a contre-attaqué. Sur Twitter, elle a depuis plusieurs jours réussi à noyer la propagande du clan Traoré et autres associations racialistes en diffusant les hashtags #laracailletue, #stopauxtraore ou encore #onveutdesnoms. Lassés de voir la réalité travestie, des milliers de citoyens ont finalement pris à leur propre jeu les obsédés de la race.
L’affaire Traoré, feuilleton sans fin
Chaque matin viennent à nos oreilles de nouvelles révélations sur l’affaire Traoré et sa nébuleuse. Nous avons sur Causeur mis en lumière le passé professionnel confondant de la sœur Assa. Autour d’elle s’agite une troupe nombreuse, fruit d’une polygamie qui je le rappelle est interdite par la loi française, mais que la justice de notre pays a condamnée pour bien d’autres motifs.
Adepte des causes épiques, je doute que même notre nouveau garde des Sceaux aurait accepté de représenter un tel dossier. Celui d’une mort malheureuse, mais pour laquelle quatre expertises ont confirmé l’innocence des gendarmes. Celui d’une prétendue victime au casier judiciaire généreux, qui le jour de son décès a tenté d’échapper deux fois aux forces de l’ordre, et dont on apprend cette semaine que le co-détenu qui l’accusait de viol a été indemnisé (à hauteur de 15 000€). Forcer un homme à pratiquer une fellation entre deux manettes de PlayStation et sous la menace d’une fourchette aurait pu inspirer une belle photo à Robert Mapplethorpe, mais là il faut bien avouer que ça fait tache !
La « fachosphère » n’exige pas le rétablissement de la peine de mort, mais de la vérité
C’est dans un contexte de défiance vis-à-vis de la police – et même de toute une population blanche – instauré par le Comité Vérité et Justice pour Adama, que des voix dissonantes se sont élevées. Les faits à l’origine de ce sursaut sont barbares, ils symbolisent l’hyperviolence devenue quotidienne et ont ôté la vie à des innocents : il s’agit du meurtre du chauffeur de bus Philippe Monguillot à Bayonne, de la gendarme Mélanie Lemée fauchée lors d’un contrôle routier, et de la jeune aide-soignante Axelle Dorier dont le corps a été trainé sur 800 mètres le weekend dernier à Lyon. Ces trois victimes ont été gratuitement mises à mort. Devant l’horreur, les internautes ont exigé des noms ; puis les ont rapidement obtenus. Et là, patatras : tous les noms des participants semblaient être à consonance étrangère. Ces crimes, s’ils avaient été commis envers des Noirs ou des maghrébins, auraient évidemment réveillé la meute racialiste, étonnamment inerte face à ces récents assassinats. Dans la logique des Traoré et consorts – qui trient les citoyens selon la couleur de leur peau –, ce constat aurait dû à nouveau mettre le feu aux rues. Tout cela produit l’inverse de l’effet escompté : à vouloir tout traiter par le prisme de la race, ce sont finalement les minorités qui sont exposées au ressentiment.
Cette bataille autour des noms est également la conséquence d’une exaspération face à la manière dont les grands médias rapportent ce type de dossiers. Des internautes ont exhumé une vidéo surréaliste de l’émission 28 Minutes sur Arte, où les intervenants nous expliquent sans vergogne qu’il est de coutume, pour évoquer les bourreaux, de remplacer les prénoms susceptibles de réveiller le populisme par des prénoms de Français que les indigénistes considèrent comme « privilégiés ».
Avant les médias dominants changeaient les noms « pour éviter au populisme de se réveiller », maintenant ils ne les donnent plus du tout #OnVeutLesNomspic.twitter.com/Kdgj1yCKRQ
En opposition au fantasme de racisme systémique hurlé par celle qui se rêve en Rosa « Traoré » Parks – version toc –, appuyons-nous sur du factuel. En ces temps de cathédrales qui brûlent, il est nécessaire je crois de « remettre l’église au milieu du village ». Il parait que la police tyrannise les minorités ? Bruno Pomart, maire et instructeur du Raid, nous livre une toute autre réalité : chaque année, ce sont 600 policiers qui sont blessés par arme ! À croire que quand on tient à son intégrité physique, il vaut mieux être un voyou de banlieue que porter l’uniforme.
Dans son rapport de 2019, l’IGPN enregistre 19 décès, précisant que plus d’un tiers résultent « du comportement direct du particulier ou de son état physique », et que la mort n’est pas forcément occasionnée par l’intervention des policiers, mais peut être provoquée par une cause exogène. Il est également nécessaire d’indiquer que parmi ces « martyrs » sont comptabilisées des personnes qui se sont suicidées, qui ont perdu la vie en prenant la fuite, ou encore qui venaient de perpétrer un attentat (!). Ces chiffres viennent balayer la théorie selon laquelle notre police pratiquerait l’épuration ethnique, comme l’atteste Camélia Jordana. Mais là où la starlette qui s’improvise procureur pourrait parler avec justesse de « massacre », c’est en évoquant les homicides recensés en France : 970 rien que pour l’année 2019 ! Le « pire bilan qu’on ait vu depuis des années », d’après Alain Bauer. La faute à la police, Madame Jordana ?
Quant à Madame Traoré, la lutte qu’elle mène doit être éreintante. Enfanter le faux du vrai exige d’immenses ressources, et elle parait très fatiguée dans ses récentes interviews. Ne serait-ce pas le moment idoine pour prendre un nouveau congé ?
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Dans les affaires de viols, une accusation ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité, et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Les associations féministes et nos médias seraient bien inspirés de s’en souvenir.
Le principe selon lequel une femme ou un homme politique devrait renoncer à une fonction ministérielle au motif que celle-ci ou celui-ci serait accusé d’avoir commis une infraction est un principe absurde, dangereux et contraire à la présomption d’innocence.
Aucun texte légal n’a institué une telle obligation qui résulte d’une simple pratique instituée par Edouard Balladur alors Premier Ministre et n’ayant donc aucun caractère coercitif pour les gouvernements qui lui ont succédé.
Le principe fondamental de la présomption d’innocence
Une telle pratique a pour effet de considérer que toute personnalité politique accusée – voire seulement soupçonnée – d’avoir commis une infraction quelle qu’elle soit serait ainsi d’emblée présumée coupable et condamnée d’avance.
Or, ceci est contraire au principe de la présomption d’innocence proclamée par l’article 9 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 laquelle fait partie intégrante de notre Constitution et institue des principes fondamentaux intangibles qu’il nous appartient à toutes et à tous de rappeler et de défendre. Exiger d’une femme ou d’un homme politique qu’elle ou il renonce à la fonction ministérielle qui lui a été confiée constitue une violation manifeste de cette présomption d’innocence dès lors que la personne intéressée n’a pas encore été éventuellement jugée et déclarée coupable de façon définitive. Si nous devions exiger une telle pratique pour le personnel politique, pourquoi alors ne pas l’appliquer à tout professionnel quel qu’il soit et imposer ainsi à toute personne accusée de quelque infraction que ce soit de renoncer à sa fonction tant que l’enquête et les poursuites éventuelles seraient en cours ? Un journaliste devrait ainsi cesser d’exercer dès lors qu’il serait par exemple accusé d’avoir diffamé, d’avoir commis un viol ou d’avoir diffusé de fausses informations en attendant l’issue des investigations le concernant ? Il en serait de même pour les avocats, les magistrats ou tous autres professionnels ? Sommes-nous prêts à accepter cela ? Bien sûr que non, fort heureusement.
Les politiques relégués au rang de sous-citoyens
Alors pourquoi imposer aux seuls politiques ce qui s’apparenterait manifestement à une présomption de culpabilité ? Une telle pratique paraît ainsi absurde et est de surcroît dangereuse.
Pour empêcher une personnalité politique d’exercer une fonction ministérielle pour des motifs personnels inavouables, ou pour nuire à un gouvernement qu’on exècre pour des motifs politiques, ou encore pour tenter de déstabiliser notre régime républicain et démocratique, on n’hésitera pas – ce qui est peut-être déjà le cas – à faire accuser à tort un ou plusieurs membres du gouvernement. Et on pourra toujours compter sur des inquisiteurs qui s’acharneront à exiger la démission de la cible désignée en prétendant défendre une bonne cause alors qu’ils sont animés par des arrière-pensées politiques.
Edwy Plenel, avril 2012. SIPA. 00618647_000021
Tel est ainsi le cas pour ce qui concerne Gérald Darmanin, sans cesse harcelé par des gourous auto proclamés qui prétendent défendre le féminisme et qui en réalité desservent cette noble cause aux côtés de certains qui vénèrent Robespierre. Ce faisant, ils feignent d’oublier que celui-ci et ses acolytes – dont Marat, l’ami prétendu du peuple – ont nourri la guillotine de plusieurs milliers d’innocents parmi lesquels Olympe de Gouges, féministe digne de ce nom et auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et ce, grâce à la Loi scélérate des suspects du 17 septembre 1793, laquelle piétinait les droits fondamentaux proclamés en 1789 et en particulier la présomption d’innocence.
Exerçant la profession d’avocat, j’ai eu l’occasion de défendre, dans le cadre d’agressions sexuelles, des parties civiles, mais aussi des prévenus dont certains ont été relaxés, et donc reconnus innocents. Cette expérience m’a permis de constater que des enfants peuvent mentir et accuser à tort. L’affaire d’Outreau en est une démonstration éclatante. Des adultes, hommes ou femmes, sont également capables de mentir et d’accuser à tort et plusieurs affaires l’ont également démontré.
C’est pourquoi, une accusation émanant d’un enfant ou d’un adulte ne peut et ne doit jamais être d’emblée considérée comme une vérité absolue et pas davantage quand elle vise une personnalité politique. Il est souhaitable que, responsables de la diffusion des informations, les journalistes veillent à rappeler à leurs lecteurs ou auditeurs l’existence des principes fondamentaux qui sont le socle de notre démocratie et des droits de l’homme (et de la femme) et ne se fassent pas le relais de propos contraires à ceux-ci, ni ne les entretiennent, ce que nous pouvons déplorer dans certains médias. La présomption d’innocence ne doit pas être à géométrie variable selon qu’elle concerne un simple citoyen ou une personnalité politique.
La lecture du livre de Daniel Ménager est un bonheur constant.
D’abord, ce n’est pas tous les jours, par les temps qui courent, qu’un livre publié témoigne de l’extrême culture de son auteur. Seiziémiste de formation et de carrière, Ménager embrasse tout ce qui s’est écrit, en France et à l’étranger, depuis trois mille ans. Une paille.
Bien sûr, les hilotes — et parmi eux nombre de spécialistes auto-proclamés de la littérature — trouveront cela assommant : être confronté sans cesse à ses défaillances culturelles est une ordalie redoutable. Mais « bonheur » n’est pas un mot usurpé : on se régale à la lecture du décryptage de ce moment si peu prisé durant des siècles, cette plage d’attente, de réflexion et d’inertie apparente qu’on appelle une convalescence.
Le plus beau, c’est que le livre, qui vient d’arriver chez vos libraires, a été imprimé en mars, et qu’il a donc été écrit bien avant que la France soit malade (savoir si elle l’est d’un virus ou du discours tenu sur ce virus est encore une autre histoire). En tout cas, cette plongée dans ces littératures où il ne se passe rien, sinon l’attente d’un renouveau, est fascinante.
Les héros médiévaux ne sont jamais à proprement parler convalescents. Gémir entre les bras des femmes (il y a toujours des femmes dans les convalescences, et bien avant qu’elles ne deviennent professionnelles de la santé) est moyennement viril. Le chevalier blessé passe sans transition de l’extrême faiblesse aux forces retrouvées — et paf ! il reprend son armure, son cheval et sa quête.
Le mot arrive en français au XVIe siècle — justement. C’est avec l’Astrée que se déroule le plus long et le plus malicieux des récits de convalescence. Et pour ce qui est des femmes, Céladon n’en manque pas, lui qui achève sa convalescence déguisé en fille.
J’ai connu Ménager à Nanterre en 1974-75. Il faisait le cours d’agrégation sur Rabelais — une merveille de cours que les pauvres étudiants de l’ENS venaient espionner en douce : nous demandâmes d’ailleurs qu’il soit démarché pour y enseigner l’année suivante. J’ai depuis cette époque suivi ses multiples publications, plus expertes chaque fois, et plus décalées depuis qu’il est à la retraite, et qu’il n’a pas à ménager (ah ah) tel ou telle de ses collègues. C’est ainsi qu’il cite le bel ouvrage de Marie-Christine Bellosta sur Céline…
(Parenthèse. En 2007, Xavier Darcos m’affirma : « La nomination de Bellosta comme Inspectrice Générale est dans les tuyaux ». Eh bien elle y est restée. Très brillante Maître de conférence à l’ENS, engagée dans la FONDAPOL, boîte à idées réputée de droite, adversaire farouche des pédagogistes, Bellosta succomba aux pressions de la Machine, qui ne voulait pas d’elle. Ceux qui aujourd’hui reprochent à Blanquer de ne pas faire le ménage parmi les pontes outrecuidants des ESPE / INSPE devraient réfléchir à cette vérité : la techno-structure est plus puissante que le ministre, et elle est contrôlée depuis vingt ans par les facariens qui l’ont infestée.
Parenthèse dans la parenthèse. Céline a tout connu de la convalescence, d’abord à titre personnel, après une très sérieuse blessure en 14-18, puis comme médecin. Et Ménager suggère très finement que le spectacle de la misère — rappelez-vous la mort de Bébert dans le Voyage — est peut-être la clé de cette misanthropie célinienne qui a renversé les convictions humanistes du docteur Destouches et s’est déchaînée en se spécialisant en direction des Juifs — à ceci près qu’il soignait gratuitement les Juifs pauvres de sa clientèle, pendant que de bons Gaulois bien de chez nous les dénonçaient aux autorités vichyssoises. Rien n’est simple, fin parenthèse).
La question centrale de la convalescence est de savoir qui émerge en fin de compte du lit de repos ou de la chaise longue où le héros de la Montagne magique soigne sa phtisie. Redevenons-nous peu ou prou celui que nous étions ? Ou en est-il de la convalescence comme de la …
En plus de l’intense tension diplomatique entre Pékin et Washington, la Chine est menaçante auprès d’une bonne partie de ses voisins immédiats (Taïwan, Bhoutan, Inde, Russie…).
La trente-sixième édition des exercices militaires Han Kuang a eu lieu à Formose entre le 13 et 17 juillet 2020 (notre photo). Chaque année, ces exercices visent à simuler une attaque chinoise (République populaire de Chine) sur l’île et à évaluer la préparation de Taïwan (République de Chine) à cette menace. Chaque année aussi la menace semble plus pressante et la qualité technique des deux armées évolue et progresse. Cette année la répétition armée répond plus précisément à ce que la Chine prépare pour début août autour de Hainan. La visée militaire de ces exercices chinois à venir relatifs aux îlots contrôlés de facto par Taïwan est claire ; comme le disait Song Zhongping au Global Times : « Les exercices simulant la prise de contrôle sont destinés aux îles Dongsha, Penghu et à la plus grande île, à savoir celle de Taiwan. Si les sécessionnistes taïwanais insistent sur la sécession, les exercices militaires peuvent se transformer à tout moment ».
Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont au plus haut
Gardons à l’esprit que le terme « sécessionniste » n’a guère de sens pour Formose : passée sous pavillon « chinois » en 1661 seulement, par l’intermédiaire de Koxinga, un loyaliste Ming sino-japonais, intégrée à l’Empire japonais en 1895, puis recolonisée en 1949 par l’armée nationaliste du Kuomingtang après la perte du continent, Taïwan n’a jamais appartenu à la République populaire.
Affrontements à l’arme blanche avec les Indiens
La volonté par la Chine dite communiste de mettre fin au régime autonome et démocratique de Taïwan s’inscrit dans une logique révisionniste dont tous les voisins commencent à éprouver les effets délétères. Exemple récent avec les relations diplomatiques entre la Chine et l’Inde, les deux géants asiatiques, qui ont pris un nouveau tour avec l’incident du 15 et 16 juin 2020 : des soldats des deux puissances nucléaires se sont livrés à un affrontement meurtrier à l’arme blanche dans la vallée du Galwan. New Dehli a reconnu 20 morts et des dizaines de blessés, mais Pékin a refusé de donner un décompte précis du nombre de victimes. L’incident survient dans un contexte spécifique : d’une part, la révision par l’Inde de l’article 370 de la Constitution séparant le Ladakh de l’État du Jammu-et-Cachemire ; d’autre part, la finalisation d’une route de 255 km qui pourrait faire obstacle au Corridor Chine-Pakistan, un axe essentiel des « Nouvelles Routes de la soie chinoises ». Le 3 juillet, le Premier ministre indien Narendra Modi s’est rendu dans la base à plus de 4000 mètres d’altitude pour haranguer les troupes et dénoncer « l’expansionnisme chinois ».
« Expansionnisme » qu’illustre également le différend territorial avec le Bhoutan qui vient de resurgir à l’instigation de Pékin qui lui réclame 495 km2 au nord et 269 km2 à l’ouest en échange d’environ 100 km2 à Doklam. Manière de faire pression sur l’Inde alors que le Népal, sous influence chinoise vient d’interdire toutes les chaînes d’information indienne sur son territoire. Les tensions Inde/Chine directes ou indirectes, par Bhoutan et Népal interposés sont donc au plus haut. L’Inde a choisi de répondre aux morts du 16 juin en se montrant offensive : New Dehli vient d’interdire 58 applications téléphoniques chinoises dont TikTok, WeChat, Helo, pourtant très populaires dans le pays. Même si Pékin a dénoncé une mesure anti-concurrentielle, il lui est difficile d’être crédible alors que Google, Facebook, Twitter, etc. sont interdits en Chine…
Vladivostok chinoise?
La Chine de Xi Jinping semble être poussée par une volonté de puissance néo-dynastique qui la conduit à clamer ses revendications territoriales partout dans le monde : en Inde, au Bhoutan, mais aussi dans les mers de Chine de Sud contre le Vietnam, les Philippines et l’Indonésie, voire même en Russie où les 160 ans de la ville de Vladivostok fêtés par Moscou ont fait l’objet d’une condamnation en Chine : en effet, selon Pékin, Vladivostok est chinoise – et ce alors même que le traité d’Aigun en 1858, annulant une partie du traité de Nerchinsk en 1689, en fait, en droit international, une ville russe sans conteste possible.
L’incident mineur traduit ce fait général partout à l’œuvre aux marges des frontières chinoises aussi bien au Nord et à l’Est, qu’au Sud et à l’Ouest : la volonté, aussi bien révisionniste qu’irrédentiste, de « retrouver » le territoire de la dynastie mandchoue Qing tel qu’il l’était avant les Guerres de l’Opium et les « traités inégaux ». Notons que c’est la même logique qui prévalut aux déclenchements des deux guerres mondiales entre la France et l’Allemagne. Or, dans le cas chinois, tout ceci est trois fois paradoxal : d’une part, parce que la dynastie Qing était considérée comme non-chinoise par les révolutionnaires de 1911 (donc pourquoi vouloir en restaurer l’Empire?) ; d’autre part, parce que le parti communiste entendait mettre fin pour toujours au féodalisme dynastique ; enfin, parce qu’on oublie le discours du 10 avril 1974 de Deng Xiaoping dans lequel il affirmait, en conclusion, que la Chine ne serait jamais une superpuissance car elle ne serait jamais ni capitaliste ni impérialiste : « La Chine n’est pas une superpuissance et ne cherchera jamais à l’être. […] Une superpuissance est un pays impérialiste qui soumet partout d’autres pays à son agression, à son ingérence, à son contrôle, à sa subversion ou à son pillage et qui lutte pour l’hégémonie mondiale. Si le capitalisme est restauré dans un grand pays socialiste, il deviendra inévitablement une superpuissance. […] Si un jour la Chine devait changer de couleur et devenir une superpuissance, si elle aussi devait jouer le rôle du tyran dans le monde et soumettre partout les autres à son harcèlement, à son agression et à son exploitation, les peuples du monde devraient s’y opposer et travailler avec le peuple chinois pour le renverser. »
Deng Xiaoping, secrétaire général du Parti communiste chinois de 1956 à 1967 puis numéro 1 de la république populaire de Chine de décembre 1978 à 1992
L’Inde pourrait repenser son soutien à la politique d’une seule Chine
Paroles prophétiques ? Tout semble indiquer en tout cas que la Chine est bien aujourd’hui devenue une superpuissance, aussi bien économique que militaire et que, de fait, elle affirme désormais ses ambitions territoriales. Et la plus intense et plus immédiate de celles-ci concerne bien sûr Taïwan.
C’est ici que « l’exemple indien » peut être pris en considération.
D’une part, le fait d’avoir appliqué au domaine du numérique, la réciprocité que Pékin prétend établir dans tous ces échanges pourrait faire des émules : pourquoi en effet autoriser WeChat et Huawei aux États-Unis ou ailleurs si Facebook ou Google ne sont pas autorisés en Chine ?
D’autre part, des voix s’élèvent à New Dehli pour demander au gouvernement d’abandonner sa reconnaissance de la politique « d’une seule Chine » puisque la Chine dénie formellement et pratiquement la réalité « d’une seule Inde ». Plusieurs tribunes dans les journaux indiens et colloques d’experts demandent de repenser la relation à Taïwan : on peut citer par exemple la fondation « Rethinking India’s ‘One China Policy’ ». Ou les déclarations claires de Rajesh Singh sur le site PGurus : « Pékin clame toujours haut et fort sa politique d’une seule Chine. Elle considère Taïwan comme son propre territoire et elle a occupé le Tibet dans le cadre de cette politique. New Delhi a toujours été indulgente sur ce point, malgré le fait que la Chine n’ait jamais reconnu la politique d’une seule Inde, qui implique que le Cachemire occupé par le Pakistan, le Gilgit et le Baltistan et Aksai Chin fassent partie du territoire indien. L’Inde doit repenser son soutien à la politique d’une seule Chine. Si Pékin refuse de voir la raison, New Delhi doit s’attaquer au problème du Tibet. Il doit ouvrir des voies de communication officielles avec Taïwan, intensifier les échanges commerciaux avec ce pays. »
N’importe quel pays a toujours, unilatéralement, la possibilité de dénoncer le principe d’une seule Chine. Certes, la Chine répliquerait en rompant les relations diplomatiques et commerciales avec ce pays, mais si tous les pays de l’OTAN, voire de l’OCDE faisaient de même, la Chine se retrouverait presque seule et sans beaucoup de marges. Nous n’en sommes pas là, mais si les relations entre la Chine et les États-Unis qui viennent coup sur coup de fermer deux ambassades (une de Chine à Houston et l’autre des États-Unis à Chengdu) se détériorent encore, alors cette option pourrait vite revenir sur la table.
A un an d’intervalle, des incendies ont ravagé Notre-Dame de Paris puis la cathédrale de Nantes. Les réactions à ces drames ont démontré notre profond malaise identitaire. Alors qu’un changement de peuple est en train de s’opérer, le catholicisme peut-il renaître de ses cendres?
Qu’est-ce que la République en France ? C’est la IIIème. Qu’est-ce que la IIIème République ? Une alliance des minorités franc-maçonne, protestante et, dans une moindre mesure, juive contre les masses catholiques qui étaient aussi, du moins jusque dans les années 1880, monarchistes. Pour les hommes qui ont bâti ce régime, la laïcité devait rompre définitivement le lien qui unissait la nation à l’Eglise ; la loi de 1905, promulguée dans un climat délétère, contre la volonté d’un peuple encore très majoritairement attaché à sa religion, fit du catholicisme un culte parmi d’autres dans la désormais « patrie des droits de l’homme » issue d’une déclaration abstraite et léguée par le Grand Architecte.
Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction
On ne peut pas comprendre la médiocrité – quand ce n’est pas carrément l’absence – des réactions de notre personnel politique face aux permanents actes anti-chrétiens si l’on oublie que la République s’est construite contre l’Eglise. Pour parler comme les libéraux, c’est son « logiciel », dans son « ADN ». Un an avant la loi de 1905, l’affaire des fiches révélait, au sein de l’armée, un vaste système de fichage – commandé par le ministère – visant à brider l’avancement des officiers catholiques. Cependant que les anticléricaux, athées, libre-penseurs en tout genre menaient virilement le combat culturel dans les gazettes et les écoles, l’Etat expulsait les congrégations, soutenait les loges et, donc, abattait enfin « l’infâme ». On le sait, durant une génération, l’Eglise tenta de résister, cherchant un modus vivendi avec la République qui la haïssait. Mais, après le catholicisme social d’un Lamennais qui était un aberrant compromis avec l’air du temps, l’affreux sulpicianisme dans lequel elle sombrait à la veille de la guerre disait combien elle manquait déjà de chair. Elle se soumit et commença à produire un nouveau genre de catholiques, honteux, plus obsédés par les œuvres que par leur salut. Victorieuse, la République s’amusait des querelles qui animaient son ancienne ennemie héréditaire.
Triste destin et sursaut d’absolu
Cela dit, il y avait les fidèles, qui continuaient de se rendre à la messe. En 2018, dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, l’historien Guillaume Cuchet démontrait comment, jusqu’au début des années 1960, les églises étaient encore pleines ; c’est à ce moment-là, en quelques années seulement, qu’elles se vidèrent. Les enfants du baby-boom furent donc les premiers à refuser le rituel. Parce que leurs parents furent également les premiers à ne plus les y contraindre. Vatican II, qui est l’introduction de l’esprit du protestantisme dans l’Eglise, justifia ce reniement en promouvant la liberté de conscience. En réduisant pour ainsi dire la foi à une affaire personnelle, ce concile péteux, cornaqué par des personnes extérieures à l’Eglise, fut un prodigieux accélérateur du déclin de celle-ci. Le temps de Dieu n’est pas celui des hommes ; c’est en suivant ce principe que, durant deux millénaires, l’Eglise put traverser cent hérésies et révolutions ; en s’arrimant au monde par peur de se l’aliéner, elle perdit sa force, sa grandeur et son charme. De nos jours, il n’y a plus que dans certains monastères et dans le mouvement dit traditionnaliste que l’on trouve encore des clercs érudits, souriants, combattifs, plus préoccupés par les âmes du peuple de Dieu que par le sort des migrants et avec qui l’on peut prier sans être perturbé par d’immondes dessins d’enfants ou des chants qu’on dirait écrits par une chaisière fan de Calogero.
Disons-le tout net : l’Eglise en France n’a pas volé le triste destin qui est le sien aujourd’hui. En tant qu’institution, elle œuvre sans relâche, avec une admirable constance, à sa propre destruction. Face à l’effondrement de la pratique religieuse, elle continue de servir la soupe insipide qui fait fuir tant de jeunes gens qui, à un âge où l’on est souvent saisi par un magnifique sursaut d’absolu, préfèrent logiquement se tourner vers d’autres religions, à commencer bien sûr par l’islam. La crise des vocations, elle, découle directement du célibat des prêtres devenu insupportable non pas du fait de tentations plus nombreuses mais de l’acceptation de ces dernières, d’une miséricorde mal comprise et encore plus mal professée. Comme l’Eglise réformée dont elle suit le pathétique chemin, l’Eglise catholique se transforme en une sorte d’association où, le dimanche, par habitude plus que par conviction, des CSP+ hagards viennent prendre leur dose hebdomadaire d’« humanisme » en écoutant beugler de girondes Africaines évadées de Sister Act. Tous les fidèles ou presque commettent ce qui, pour le saint curé d’Ars, était un grave péché : en public, ils n’osent jamais affirmer leur foi, et vont même jusqu’à rire d’elle avec les autres afin de ne pas être ce « signe de contradiction » qui est pourtant leur glorieuse croix. En vérité, rejoindre l’Eglise réclame bien du courage. Dans la plupart des paroisses, surtout les progressistes, on décourage le catéchumène, on lui demande de « bien réfléchir », on lui dit qu’il devra être patient, trouver un parrain, remplir un CERFA. Il devra en outre entendre ses coreligionnaires lui expliquer que la Résurrection est une « métaphore », comme l’est la virginité de Marie, et que l’eucharistie est un « moment de partage » à l’instar des « goûters » organisés chaque mois par Elisabeth, « la maman de Sixtine ». Pour se faire accepter par « la communauté paroissiale », il faudra moins faire oraison qu’apporter des vêtements pour les Roms. Si, malgré ces nombreux écueils, le postulant s’obstine, il devra ensuite errer longtemps avant de trouver une église correcte, où le curé ne versera pas, pour composer ses homélies, dans la paraphrase ou l’apologie d’SOS Méditerranée.
Les actes anti-chrétiens sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits!
Sans cesse moquée sur l’antenne de Radio Paris, pardon, France Inter et ses humoristes « impertinents » payés par nos impôts, décrite comme une réserve de pédophiles, d’abrutis qui croient que la Terre est plate et d’obscurantistes qui ont brûlé par millions ces « femmes libres » que l’on appelait autrefois sorcières, l’Eglise baisse la tête. Pire ! non contente d’accepter les insultes, elle promeut le changement de peuple avec un enthousiasme digne des Verts ou de RESF. En effet, il ne se passe pas un mois sans que la Conférence des évêques de France ne se fende d’un communiqué en faveur de l’accueil des hordes de miséreux, pour la plupart musulmans, qui se pressent aux portes de l’Europe. Elle croit ainsi être charitable alors qu’elle contribue à l’ensauvagement du continent ; d’en être victime, elle et ses fidèles, ne la perturbe pas. Pas plus que ne le font les actes qui visent ses cimetières et ses lieux de culte. Car si chaque lardon lancé contre une mosquée et chaque croix gammée dessinée sur une tombe juive engendre un drame national avec ministres qui se dépêchent sur place afin d’exprimer la « solidarité » de la République et promettre de nouvelles lois pour « lutter contre la haine », les actes anti-chrétiens, eux, sont à peine relevés, en général en dernière page des journaux gratuits. Or, ces derniers sont de très loin les plus nombreux – à hauteur de 90%, pour être précis. Tombes souillées par des métaleux « satanistes » en fin de soirée, sacristies incendiées par des punks à chien ayant abusé de la 8.6, objets liturgiques volés partout et en particulier dans les petites églises laissées à l’abandon : ce vandalisme-là n’indigne personne, pas même l’Eglise qui semble tétanisée.
Le brasier de Notre-Dame
Il y a un an de cela brûlait Notre-Dame de Paris. Là, pour le coup, il s’agissait d’un « événement ». Les profanes apprirent à cette occasion que l’entretien des lieux de culte chrétiens, du moins ceux bâtis avant la loi de 1905, étaient à la charge de l’Etat. Et que celui-ci, radin, comptait chaque sou. Considérées comme des monuments historiques au même titre que la maison de vacances de Sarah Bernhardt ou quelque baisodrome d’Alexandre Dumas, les églises ne jouissaient, dans le PLF 2019, que d’une partie des 346 millions d’euros dédiés par le ministère de la Culture à la sauvegarde de ces mêmes monuments, soit à peine 10% du budget de ce dernier. Tous les spécialistes s’accordent à dire que cette somme est dérisoire ; pour l’Etat républicain, il est de toute évidence plus important de subventionner les cracheurs de feu et les lanceurs de diabolo que de rénover ces endroits étranges où des gens bizarres vénèrent un Juif cloué sur une croix.
C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France
L’« émotion » parfaitement artificielle que cet incendie a produite dans les médias – un peu à la manière du saccage de l’Arc de Triomphe durant le mouvement des Gilets jaunes – disait moins, en tout cas chez les politiques, le chagrin de voir fondre la mère des cathédrales du pays que celui de perdre une fraction de ces dizaines de millions de touristes sans lesquels la France ne serait plus le bronze-cul de l’Europe et le musée du monde. D’ailleurs, l’attentif aura remarqué que, dans la langue politico-journalistique, Notre-Dame était appelée « monument » ; sa qualité d’église était secondaire et même accessoire ; à travers ce spectaculaire brasier, c’étaient pour les revenus tirés du patrimoine qu’éditocrates, économistes et parlementaires pleuraient. Certes, il y eut bien quelques brefs « sujets » sur des catholiques à serre-tête qui, à l’instar des impuissants « Veilleurs » de la Manif pour Tous, faisaient leur chapelet à Saint-Michel. Mais ils ne firent rien d’autre, animés par un fatalisme que leur envient les bouddhistes auxquels ces vétérans des JMJ et de Taizé ressemblent tant sans le savoir.
Le 18 juillet, c’était au tour de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de cramer. La multiplicité des foyers d’incendie oriente les enquêteurs vers un acte criminel. Un migrant rwandais, hébergé par le diocèse, fut d’ailleurs suspecté avant d’être renvoyé dans la nature ; entre-temps, son avocat, malin au sens propre du terme, exigea que l’Eglise fasse preuve, si son client était bien coupable, de « miséricorde », la « communauté catholique » étant à ses yeux « la meilleure » en la matière – si par miséricorde on entend faiblesse et même lâcheté, c’est très vrai. Infiniment moins célèbre et lucrative que Notre-Dame, la cathédrale de Nantes fut du reste rapidement chassée de l’actualité par la saison II de la série Tous à la maison et le retour du string-ficelle sur les plages. Quatre jours après, l’affaire est déjà oubliée. Par la voix du nouveau Premier ministre, ce pauvre Jean Castex qui nous ramène aux heures les plus sombres de la IVe République, l’Etat s’est engagé à réparer les dégâts comme l’avait fait, avec son emphase coutumière, Macron pour Notre-Dame. Je n’ai pas vérifié, je le confesse, mais je parie que, face à cet énième sacrilège, l’Eglise s’est contentée de pondre une déploration sans âme, « équilibrée », qui n’accuse personne et ne réclame rien, et qui doit même remercier, en plus des vaillants pompiers, les autorités venues pour une fois soutenir les catholiques en tant que minorité.
Notre culture brûle aussi
A l’heure où une jeune aide-soignante lyonnaise, certaine Axelle, vient de mourir sous les coups de la « diversité », il convient de noter qu’il y a coïncidence entre l’écroulement de notre culture et celui de l’Eglise. C’est très clairement dans les années 1960 que la France a commencé à ne plus être la France. L’immigration africaine de masse, l’internationalisme socialo-communiste, la construction européenne, la sous-culture américaine, la colère des petits-bourgeois libertaires s’allient alors pour nous faire basculer dans une autre temporalité, un autre paradigme. On assiste à une grande inversion des valeurs. Comme une digue, l’Eglise contenait ce mouvement ; en tombant, elle entraîne le pays dans sa chute. Car comme l’écrit Malraux, une « civilisation est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ». C’est le catholicisme qui a fait la France, modelé ses mœurs et forgé ses coutumes. Le principe libéral selon lequel une société tient par le contrat est un échec total, hormis pour de rares privilégiés qui, dans leur Aventin de Montreuil, profitent égoïstement des fruits de leurs idéaux cependant que le peuple, lui, vit dans une constante insécurité culturelle et une insécurité tout court. La nature ayant, bien entendu, horreur du vide, l’islam, par le truchement du regroupement familial et d’une natalité exubérante d’abord, vient remplacer le catholicisme. Et ce ne sont pas les risibles « valeurs de la République » qui vont l’en empêcher ; au contraire, elles se mettent à son service. Durant cinq décennies, les libéraux ont cru que les musulmans finiraient par apostasier, par se convertir eux aussi à la poursuite du bonheur, c’est-à-dire au néant ; désormais, en plus de ceux qui continuent d’y croire contre toute évidence, contre les faits – mais il est vrai que le réel ne les intéresse, que pour eux le faux est un moment du vrai – nombre d’entre eux s’accommodent de l’islamisation du pays et la subséquente violence qu’elle engendre. Ces derniers sont comme le personnage principal du Soumission de Houellebecq : ils font avec, convaincus en leur for intérieur, comme tout bon libéral qui se respecte, que tout change, évolue, qu’il faut s’adapter, et que l’on n’y peut rien.
Seule la tradition est révolutionnaire, n’est-ce pas. Il ne saurait y avoir de reconquête sans réveil de l’Eglise – n’en déplaise à l’excellent Michel Onfray. Ceux qui, dans notre camp, prétendent que nous pourrons nous en sortir sans sueur et sans larmes sont soit d’une naïveté criminelle, soit des imbéciles, soit des pleutres. Français, combien d’entre vous devront mourir avant que vous le compreniez ?
Celui qui inspira Guillaume d'Orange, Guillaume de Gellone, peint par Simon Vouet, vers 1622-1627. Détail. Musée du Louvre
Orange est une fort belle cité. On y croise un majestueux théâtre romain et d’aimables Orangeois au teint ensoleillé. En la foulant, peuple de France, vous songerez à Guillaume d’Orange.
Inspiré par Guillaume de Gellone, Duc d’Aquitaine dès l’an 790, Guillaume d’Orange est l’objet de moult chansons de geste qui relatent ses audaces. Vous plairait-il d’ouïr son histoire? Ni historiquement infaillible, ni fantaisiste, ce joyeux récit n’est guère motivé par quelque leçon belliciste depuis quelque palais. Il nous parle d’un vaillant chevalier qui a sauvé ce qui est maintenant la France.
Fils du preux Aymeri de Narbonne, Guillaume rechigne dès son jeune âge à garder robes et harnois[tooltips content= »Harnois (n. m.) : armure du chevalier par excellence »]1[/tooltips] du glorieux Charlemagne à Saint-Denis. Fort heureusement, il y apprend que la principauté de Narbonne est assiégée par la gent païenne. L’occasion d’épanouir sa vocation précoce de héros. Munis par Charlemagne d’armes magnifiques et de forts destriers[tooltips content= »Destrier (n. m.) : cheval de guerre associé au Moyen-Âge. « ]2[/tooltips], Guillaume et ses chevaliers apportent mulets, vaisselle d’or et victoire aux Narbonnais. L’épopée ne fait que commencer. En effet, Charlemagne ayant désormais la barbe blanchie par le temps, son fils Louis doit être couronné pour être le nouveau roi vaillant. Mais le perfide Hernaut d’Orléans veut s’arroger sa tutelle pour devenir l’empereur. Du poing gauche, Guillaume assomme alors le lâche, qui tombe raide mort à ses pieds.
Le marquis au court nez
Ainsi, il obtient la permission de Louis Ier d’aller prier sur le tombeau de Saint Pierre. À Rome, Guillaume ne va pas seulement sauver son âme mais toute la chrétienté. Menés par le roi Corsolt, des hordes de païens ne veulent faire qu’une bouchée de la papauté. Pour préserver Rome, le Pape sacrifierait volontiers tout l’or de Carthage. Corsolt refuse les trésors qui lui sont proposés. D’une vaillance sans égal, Guillaume livre alors bataille au roi des Sarrasins. Il y perdra la moitié de son nez mais libérera des milliers de chrétiens qui sans lui, auraient eu la tête tranchée: « désormais, tous ceux qui m’aiment en Douce France m’appelleront Guillaume, le marquis au court nez[tooltips content= »Guillaume d’Orange, M. Tessier, Éditions Fernand Lanore, page 40″]3[/tooltips]».
L’impétueux Guillaume va alors sauver Nîmes, un épisode que moult jongleurs ont chanté[tooltips content= »Le Charroi de Nîmes, Folio Classique, Édition bilingue de Claude Lachet »]4[/tooltips], puis libérer Orange. Un beau matin de mai, dès lors que les bois fleurissent et que les prés reverdissent, il apprend au retour de la messe que vingt-mille païens à lances menés par le puissant émir Aragon tiennent la cité. S’y trouve également dame Orable, une gracieuse reine sarrasine. « Il n’en est pas d’aussi belle jusqu’en Orient, sa peau est blanche comme l’aubépine. Sa beauté est malheureusement vaine puisqu’elle ne croit pas en Dieu, le fils de sainte Marie[tooltips content= »La Prise d’Orange, Honoré Champion, Édition bilingue de Claude Lachet, vers 281« ]5[/tooltips]!», lui confie un prisonnier. Guillaume le marquis au fier visage et ses vaillants chevaliers rencontrent l’émir en se faisant passer pour des païens mais sont démasqués: « Par Mahomet, c’est pour votre malheur que vous avez franchi le Rhône !, lui dit ce dernier. Vous serez tous massacrés, nous disperserons dans les airs vos ossements et vos cendres[tooltips content= »Ibid, vers 794″]6[/tooltips]».
Un formidable homme d’action
Désarmé après avoir été attaqué par des légions de fiers Sarrasins, Guillaume s’en remet à la gente dame Orable : « Dame, donnez-moi une armure, par l’amour du Dieu qui fut supplicié sur la croix car, par Saint Pierre, si je vis longtemps, vous serez très largement récompensée[tooltips content= »Ibid, vers 936″]7[/tooltips] ». À de si belles paroles, la reine ne résiste guère. Pleurant d’émotion, elle fournit de bons hauberts[tooltips content= »Haubert (n. m.) : chemise de maille à manches et à capuchons que portaient les hommes d’armes au Moyen-Âge. »]8[/tooltips], des heaumes aux pierreries serties d’or et de saillantes épées aux nobles chevaliers. Après moult combats, l’émir Aragon est frappé par l’épée à la lame bien tranchante du vaillant Bertrand, compagnon de Guillaume, sans l’épargner. Les païens en perdent force et hardiesse.
C’est ensuite « dans une église consacrée où l’on invoquait auparavant Mahomet que le comte Guillaume se rend pour épouser Orable[tooltips content= »Ibid, vers 1873« ]9[/tooltips]» après qu’elle a été baptisée par l’évêque de Nîmes et qu’elle a pris le nom chrétien de Guibourc. « Les fêtes nuptiales se prolongèrent huit jours dans la joie et l’allégresse. Harpistes et jongleurs reçurent beaucoup d’habits de soie et de manteaux d’hermine, de mulets d’Espagne et de vigoureux destriers[tooltips content= »Ibid, vers 1884″]10[/tooltips]». Suite à son mariage avec la gente Guibourc, Guillaume au court nez est resté bien trente ans dans Orange sans cesser un seul jour de combattre.
Ni saint homme, ni brigand, Guillaume fut simplement un héros de son temps. Bien qu’il sût, selon des sources que nul clerc ne contredira, lire et chanter, Guillaume n’avait ni le temps de jacasser sur Twitter depuis une confortable chambrée, ni celui de se chamailler sur l’actualité depuis les plateaux télé. À travers ses multiples chevauchées, voilà un formidable homme d’action que la France devrait retrouver.
Disparu à 33 ans, Bruno Carette (1956-1989) était le membre le plus prometteur de la troupe des Nuls. Pour la première fois, son frère Didier ouvre la boîte à souvenirs, de l’enfance en Algérie à ses débuts au cinéma en passant par leur jeunesse militante nationaliste-révolutionnaire.
Trente ans de trop. Fin 1989, le comédien Bruno Carette nous quittait à 33 ans. Membre de la troupe des Nuls, il laissait à ses acolytes comiques Chantal Lauby, Alain Chabat et Dominique Farrugia le souvenir d’un acteur surdoué. Nul ne le raconte mieux que son frère aîné Didier Carette, comédien et ex-directeur de théâtre aujourd’hui conseiller régional (RN) d’Occitanie.
Histoire méditerranéenne
Avec sa voix de basse et ses yeux rieurs, Didier passerait facilement pour une réincarnation de Bruno. Son histoire est en grande partie la sienne. Elle débute dans les années 1950 en Algérie. Un ingénieur métropolitain électrifiant la Kabylie rencontre une institutrice d’origine espagnole enracinée depuis cinq générations dans la wilaya de Tipaza. De leur union naissent Didier (né en 1950), Bruno (1956-1989) et leur sœur, qui grandissent à Alger jusqu’à leur départ pour la métropole en mai 1962. « Nous sommes partis persuadés de revenir. Nous ne pouvions imaginer l’indépendance de l’Algérie », se souvient Didier avec émotion. Une certaine France moisie les accueille en intrus. Un jour, dans un hôtel miteux, quelques Palois réunis au petit-déjeuner commentent ainsi un reportage télévisé sur l’arrivée des pieds-noirs : « Putain, ils pouvaient pas rester chez eux ces cons-là ! »
Bien que l’œuvre des Nuls ne s’y réduise pas, les blagues scato finissent par le lasser
En réaction, les frères Carette héroïsent « les quelques personnes qui s’étaient battues pour nous », l’OAS et Bastien-Thiry dont Bruno a toujours conservé la photo. « Lorsque ma sœur a été présentée aux membres de sa belle-famille, ils attendaient une voilée ! » en glousse encore Didier. Le temps d’une escale de trois ans au Maroc, où leur ingénieur de père est affecté, la famille retrouve les joies du Maghreb. Retour à Toulouse en 1966. Par nostalgie de l’Algérie française, Didier adhère à Occident. Son cadet Bruno entre au Mouvement jeune révolution, qui deviendra le Mouvement solidariste français, avant de passer à Ordre nouveau. Les frères ont alors les cheveux longs jusqu’aux épaules. Mai 68 étant passé par là, même à la droite de la droite, « on exprimait un rejet très fort du conservatisme » et des sympathies anarchistes. Leur esthétisme les pousse aussi bien vers « un vieil anar espagnol qui avait des livres jusque dans son frigidaire » qu’aux côtés du gudard Jack Marchal, créateur du fameux rat noir et auteur du tube alternatif Les nazis font des bêtises. Une fibre méditerranéenne les conduit régulièrement en Italie aux réunions du parti néofasciste MSI dont ils apprécient le chef charismatique Giorgio Almirante (1914-1988). « Bruno l’avait rencontré par hasard dans un train », raconte Didier. Un éditeur d’essais traditionalistes, ami de jeunesse de Bruno qu’il accompagnait régulièrement dans les couscous toulousains ou autour d’un joint, confie : «Bruno n’avait pas une once de début de commencement de racisme. La dernière fois que je l’ai vu, à la fin des années 1970, il était monté à Paris voir Almirante. » De l’autre côté des Alpes, l’aura du patriarche sicilien va bien au-delà de son propre camp puisque à sa mort, le président de la République italienne, le dirigeant du Parti socialiste et même l’ancien chef des partisans communistes se recueilleront sur sa dépouille.
Repéré par Canal + : « Objectif Nul »
Pour Bruno Carette, la décennie 1970 s’achève à Paris. Pendant que Didier pratique l’art dramatique, Bruno intègre l’École française des attachés de presse (EFAP) et signe son dernier coup d’éclat politique. Lorsque la justice menace d’expulsion les cathos tradis qui occupent Saint-Nicolas-du-Chardonnet, il dort dans l’église en soutien à monseigneur Lefebvre. À la sortie de l’EFAP, faute d’emploi, Bruno descend chez ses parents installés à Cannes. Après six mois à vendre des assurances, il répond à une annonce de FR3 Méditerranée. La station recherche des animateurs radio. C’est là, au début des années 1980, qu’il fait la connaissance de Chantal Lauby, avec laquelle il présente des programmes radio puis l’émission « Bzzz ». À coups de sketches, Lauby et Carette moquent le téléphone rose, la publicité, les journalistes, les Français, les Arabes, les juifs, les antisémites… Gros succès local. Repérés par Canal +, Chantal et Bruno montent à Paris sur invitation de la chaîne cryptée qui leur adjoint l’animateur météo Alain Chabat puis Dominique Farrugia. Dans la série « Objectif nul », Carette campe naturellement le cuisiner Zeitoun, à l’accent aussi piquant que les merguez.
Certains s’étonneront du passé droitier de Bruno Carette tant les Nuls incarnent la gauche culturelle version Canal +. Des fausses pubs telles que le diptyque épicier Hassan Céhef (« C’est pôssible ! ») / Robert Tripoux (« La maison ne fait pas crédit ! ») semblent défendre la préférence immigrée en pleine vague SOS racisme. Avait-il tourné casaque ? Non, songeons au petit pied-noir méprisé à son arrivée sur le continent. « Ça peut paraître paradoxal pour des gens qui se situent à l’extrême droite, mais la France rance de l’épicier Robert Tripoux avec le portrait encadré de Raymond Barre ne nous convenait en aucune façon. Aujourd’hui, la chose ne serait certainement pas présentée de la même façon parce que le contexte a totalement changé », décrypte Didier Carette.
Vers le cinéma
De la galerie de personnages créés par Bruno émergent deux héros récurrents devenus cultes : Jean Meyrand et Mizou-Mizou. Avec sa tignasse bouclée et son bandana autour du cou, le premier est un Léo Ferré de sous-préfecture qui entonne inlassablement : « 68 c’était hier pour moi aussi / Et puis y’a eu la rue Lepic / On bouffait du riz cantonais / Et puis soudain ils ont chargé, les flics… » Sa source d’inspiration ? Un chanteur à textes toulousain ami de Didier. Après avoir assisté à son tour de chant dans un cabaret, Bruno reçoit une illumination comique. Quant au pétomane espagnol Mizou-Mizou, interprète des tubes du top 50, Bruno Carette en a un jour conçu l’idée à la plage. « Ma mère était totalement retournée en disant “Mais tu ne vas pas faire ça ! Enfin, c’est pas possible !” Et Bruno a persisté et signé », en sourit Didier.
Bien que l’œuvre des Nuls ne s’y réduise pas, les blagues scato finissent par le lasser. Au cours de ses derniers mois, Bruno Carette s’émancipe de plus en plus du groupe. Admirateur de Peter Sellers, Youssef Chahine et Vittorio Gassman, lecteur de Nimier et Blondin, il se destine au grand écran. Après une comédie de cape et d’épée signée Gérard Jugnot, Bruno trouve un emploi à sa mesure dans Milou en mai. Louis Malle lui offre le rôle de Grimaldi, un chauffeur routier fort en gueule et avide de sexe. « Moi les communistes, je les emmerde ! » tonne ce prolo en plein Mai 68. À Michel Piccoli qui le prend avec mépris pour une starlette du petit écran, Carette répond ironiquement : « Vous avez totalement raison Docteur Teyran ! [NDLR : du nom du héros de série B que Piccoli jouait quelques années plus tôt sur TF1] » Sorti en salles peu après sa mort, Milou en mai lui est dédié. Comme cet article.
63,5% des reçus ont obtenu une mention au baccalauréat cette année. Selon notre contributeur, on peut faire encore « mieux » l’année prochaine…
L’école n’instruit plus. L’Éducation nationale éduque et dresse. L’école n’apprend pas à nos enfants à penser. L’Éducation nationale leur apprend ce qu’il faut penser. Elle est devenue en quarante ans la plus parfaite machine propagandiste des progressismes qui ne font pas des citoyens mais des individus individualistes, hargneux, bêtes, ignorants.
Certains ont pu croire que Monsieur Blanquer allait changer la donne. Le discours était beau. On allait voir ce qu’on allait voir. L’instruction allait avoir à nouveau droit de cité. Nos enfants sortiraient de plus de quinze ans de scolarité obligatoire en sachant lire, écrire, compter, en connaissant le minimum vital de leur histoire de France, en ayant lu et en ayant pris goût à la lecture de quelques livres considérés comme le trésor intemporel de la littérature française. C’était compter sans la résistance des « scientifiques de l’éducation » et de certains syndicats enseignants, appliqués depuis des décennies à déconstruire l’école, à déboulonner le professeur, à monter au pinacle des « apprenants » apprenant de moins en moins l’essentiel, mais de plus en plus encouragés à s’engager dans les pseudo-révolutions genrées, féministes, écologistes ou antiracistes.
Les résultats soviétiques du baccalauréat 2020 confirment ce mouvement de désinstruction. Les ministères successifs de l’Éducation nationale en rêvaient, le Covid-19 l’a permis. Ce ne sont plus seulement 80% des enfants qui doivent passer le bachot, mais 100% qui doivent l’obtenir. Nous serons tout près de ce résultat après la session de rattrapage de septembre. 63,5% des reçus ont obtenu une mention. C’est trop peu !
Gageons que l’année prochaine verra ce score gonfler à la hauteur inversement proportionnelle des connaissances de nos lycéens. Notre président de la République pourra à nouveau se répandre en dégoulinantes félicitations sur l’application chinoise de « réseautage social » TikTok.
Les plus incultes déboulonnent et détruisent les livres
Il y a quelques mois, après que la déesse Greta a fait entendre son courroux, Monsieur Blanquer a demandé que soit désigné au moins un « éco-délégué » dans chaque classe ! Nos élèves, privés d’heures de cours de français, d’histoire, de mathématiques, doivent, d’une manière ou d’une autre, se mettre au vert. Incapables de trier les idées, ils deviendront imbattables quand il s’agira de trier les poubelles domestiques ou de fouiller dans celles de l’histoire pour la condamner d’un bloc.
Ministres, professeurs et parents, (presque) tous regardent les murs de l’école tomber sans broncher depuis quatre décennies. Conviction idéologique, pusillanimité ou épuisement auront contribué au déclin que certains ne veulent toujours pas voir. Ce sont souvent les mêmes qui ne voient rien de l’ensauvagement de notre société. La main sur le cœur et de larges œillères au bord des yeux, ils ne parlent plus que la langue des belles âmes qui croient sauver le monde en prônant les orthodoxies totalitaires à la mode égalitariste. Les plus incultes déboulonnent, détruisent les livres, révisent les films, chassent la « masculinité », dénoncent le « privilège blanc » ou la domination « cisgenre » hétérosexuelle. Certains de nos adolescents, repus d’une oisive jeunesse sans obstacle et sans frustration, fiers d’un baccalauréat sans valeur, idolâtrés par de lâches politiques, baignent aujourd’hui dans cette sauce idéologique, jusque dans les universités. Ils en remontrent à leurs parents avec le peu de mots qu’ils apprennent sur les réseaux sociaux ou en écoutant des podcasts militants animés par des avant-gardistes progressistes, spécialistes en import-export des thèses universitaires américaines.
Le grand remplacement de la dictée par la théorie du genre
Si on évite de soumettre les élèves au « fasciste » exercice de la dictée, on n’hésite jamais à commencer de plus en plus tôt le travail « d’éducation citoyenne », comme le préconisait Najat Vallaud-Belkacem dans sa lettre de mission à l’IGAS, à propos « d’études du genre » inventées pour la bonne cause : « Le féminin et le masculin sont avant tout des constructions sociales.[…] La cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des préoccupations des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement. » Ce qui est au « cœur des préoccupations publiques » n’est donc pas d’apprendre l’écriture et la lecture à nos très jeunes enfants, mais de leur désapprendre les « stéréotypes de genre » dès qu’ils sont sortis du berceau.
Aujourd’hui, une troupe de théâtre (ES3-Théâtre) peut circuler aux frais du contribuable dans nos collèges et nos lycées et présenter un spectacle intitulé Femelles, (seul.e en scène joué par une femme ou par un homme), sans que notre ministre n’y trouve rien à redire.
La plaquette de présentation, écrite en écriture inclusive, annonce clairement la couleur : « Le.la comédien.ne se sert du rouge à lèvres aussi bien pour se peindre la bouche, telle Marilyn Monroe, que pour inscrire ‘’Salope’’ sur son corps comme le faisaient les chanteuses du groupe Bikini Kill durant leurs concerts ; le niqab […] se métamorphose lors d’une danse paradoxalement lascive et sensuelle ; les cheveux (objets de revendications politiques, surtout chez les femmes noires) sont ici voilés, perruqués, coiffés ; la soi-disant hystérie féminine est mêlée à des discours politiques ; l’excision devient une performance artistique, le personnage de Blanche-Neige une représentante de la maltraitance conjugale, le simple dessin schématique d’une vulve un véritable acte artistique militant et le consentement l’objet d’un questionnaire intime adressé au public. » En complément, la troupe propose des ateliers à réaliser dans l’enceinte scolaire, exemple en « ART PLASTIQUE – Confection de pancartes à partir des slogans des luttes féministes à travers le monde. » (sic)
Une jeunesse décervelée
Cette propagande néo-féministe, néo-antiraciste, néo-anti-domination masculine, entrera comme dans du beurre dans les cerveaux d’élèves auxquels ont été retirées les possibilités de s’instruire, et donc de comprendre, comparer, apprécier ou critiquer ce genre de tracts. Nos ministres successifs auront tous participé à cette opération de décervelage. Ils auront été soutenus par les plus éminents murmureurs à l’oreille des ministres, directeurs de Sciences-Po ou scientifiques des pédagogies mortifères qui ruinent l’instruction publique depuis au moins quarante ans. Le prochain Grand Oral [tooltips content= »A partir de 2021, un Grand oral sera proposé à la fin de l’année de terminale. Cette épreuve fera partie des cinq épreuves finales du baccalauréat (60% de la note finale) et comptera avec un coefficient 10 en voie générale ou 14 en voie technologique. Cette épreuve durera 20 minutes, précédée de 20 minutes de préparation. »](1)[/tooltips] – ou comment devenir bachelier en étant le Roi de la Tchatche – servira le même but que les réformes précédentes : fabriquer des crétins, et leur remettre un diplôme en crétinerie certifiée par l’État.
Cet examen dévoyé pourra alors porter le nom d’une émission de télé-réalité sans que personne ne trouve cela risible. Le ministère annoncera avec roulements de tambours et sonneries de trompettes que 100% de nos lycéens sont devenus des Bachelor et que 97% d’entre eux ont obtenu la mention super-méga-hyper bien. Les 3% manquants auront droit à une session de rattrapage durant des « vacances apprenantes ». Le monde continuera ainsi sa course folle vers le Grand N’importe Quoi.
Les Inrocks ont tranché : internet doit penser clair et marcher droit!
N’écoutant que son courage, début juin, dans une grande enquête au ton indigné, l’hebdo de la gauche culturelle les Inrocks a révélé l’existence d’une communauté virtuelle de 22 000 réacs osant prendre en dérision « des militant·es pour des causes progressistes comme le féminisme, l’antiracisme, ou encore les droits LGBTQI ». Sur Facebook, le groupe « Neurchi de Social justice warriors » (traduisez littéralement : « chineurs de justiciers du Net ») brocarde en effet les lubies postmodernes comme l’écriture inclusive, la « non-mixité choisie » ou les hommes enceintes. Usant de tous les procédés à la mode (à commencer par les « mèmes », ces images détournées façon roman-photo), ces chineurs se sont attiré les foudres de militants diversitaires peu amateurs de second degré.
Ces belles âmes ont transmis aux Inrocks une anthologie des commentaires glanés sur le groupe Facebook incriminé : « enculé de chauve », « bougnoule infiltré », « niakoué », « ta gueule la grosse », « baise ta mère salope »… Les mêmes précisent que l’écrasante majorité de ce sous-groupe droitard serait masculine et blanche, ce que réfute leur porte-parole Adam : « Rien qu’au sein de l’équipe de modération, sur huit, un·e est non binaire et polyamoureuse, un homosexuel, et moi je suis juif. » Il s’y trouverait même des esprits progressistes tellement las des excès de leur propre camp qu’ils préfèrent se payer une bonne tranche de rire plutôt que de prêcher la bonne parole. Voilà bien trop de mauvais esprit au goût de certaines féministes ! Après la publication de l’enquête des Inrocks, les plus zélées ont enjoint à leurs ouailles de signaler le groupe Facebook pour « discours haineux ». Résultat : il n’a pas fallu longtemps aux équipes du réseau social pour fermer définitivement le groupe privé. La morale de cette histoire, c’est que la Toile n’a pas besoin de la loi Avia pour censurer les déviants.
Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.
L’été dernier à Rennes, l’installation d’urinoirs uniquement masculins dans la ville avait indigné les victimes privées de pause-pipi à l’air libre. L’injustice est désormais réparée.
Un des principaux obstacles à l’égalité homme-femme reste la manière de faire pipi, notamment en milieu urbain. Les femmes ne peuvent même pas se consoler en pensant à Vespasien qui a laissé son nom à une invention que tout le monde connaît et en avait fait une source de revenus en imposant les mictions masculines comme nous le rappelle Suétone : « Son fils Titus lui reprochait d’avoir mis un impôt sur les urines. Il lui mit sous le nez le premier argent qu’il perçut de cet impôt, et lui demanda s’il sentait mauvais. Titus lui ayant répondu que non : “C’est pourtant de l’urine”, dit Vespasien. » Mais malgré tout, cela reste une maigre consolation quand l’envie se fait vraiment pressante. Soucieuse d’en finir avec cette injustice, la ville de Rennes, apprend-on par Ouest France et France 3 Bretagne, a décidé d’expérimenter des urinoirs féminins collectifs. Les dames pourront s’asseoir presque face à face et côte à côte à la fois dans un prototype en forme d’hélice, « récompensé d’une médaille d’or au concours Lépine de 2019 »
L’installation est hélas d’une couleur rose bonbon, ce qui est, on en conviendra, scandaleusement genré. L’inventeure (-trice ? ; -teuse ?) Gina Perier fait contre mauvaise fortune féministe bon cœur commercial : « On sait que c’est un cliché, c’est la couleur des femmes. Mais quand on met une innovation sur le marché et qu’il faut communiquer le fait que c’est destiné aux femmes, c’est utile de se servir des clichés. » Sans compter que le comble du sexisme est ailleurs sur cette question, si l’on y songe. Pourquoi, en effet, alors qu’elles ont tant de mal à faire leurs besoins dans l’espace public, ce sont elles qui forment le gros du contingent des dames pipi, comme l’indique le nom de cette profession qui n’a pas son pendant masculin ? Et on se souviendra, chez Proust, de la dame pipi des Champs-Élysées, ancienne marquise, qui a des bontés pour le narrateur enfant : « Cette marquise me conseilla de ne pas rester au frais et m’ouvrit même un cabinet en me disant : “Vous ne voulez pas entrer ? En voici un tout propre, pour vous ce sera gratis.” »
Au moins, grâce à la ville de Rennes, ces dames pourront parler ensemble pendant ce moment de soulagement, comme le font les hommes qui échangent souvent à cette occasion des informations capitales. Et bientôt, elles aussi pourront connaître la véritable émancipation entrevue par Bardamu, dans Voyage au bout de la nuit, quand il découvre New York et ses toilettes publiques : « Entre hommes, comme ça, sans façons, aux rires de tous ceux qui étaient autour, accompagnés des encouragements qu’ils se donnaient comme au football. […] Découverte du joyeux communisme du caca. » On a hâte…