Orange est une fort belle cité. On y croise un majestueux théâtre romain et d’aimables Orangeois au teint ensoleillé. En la foulant, peuple de France, vous songerez à Guillaume d’Orange.


Inspiré par Guillaume de Gellone, Duc d’Aquitaine dès l’an 790, Guillaume d’Orange est l’objet de moult chansons de geste qui relatent ses audaces. Vous plairait-il d’ouïr son histoire? Ni historiquement infaillible, ni fantaisiste, ce joyeux récit n’est guère motivé par quelque leçon belliciste depuis quelque palais. Il nous parle d’un vaillant chevalier qui a sauvé ce qui est maintenant la France.

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Fils du preux Aymeri de Narbonne, Guillaume rechigne dès son jeune âge à garder robes et harnois1 du glorieux Charlemagne à Saint-Denis. Fort heureusement, il y apprend que la principauté de Narbonne est assiégée par la gent païenne. L’occasion d’épanouir sa vocation précoce de héros. Munis par Charlemagne d’armes magnifiques et de forts destriers2, Guillaume et ses chevaliers apportent mulets, vaisselle d’or et victoire aux Narbonnais. L’épopée ne fait que commencer. En effet, Charlemagne ayant désormais la barbe blanchie par le temps, son fils Louis doit être couronné pour être le nouveau roi vaillant. Mais le perfide Hernaut d’Orléans veut s’arroger sa tutelle pour devenir l’empereur. Du poing gauche, Guillaume assomme alors le lâche, qui tombe raide mort à ses pieds.

Le marquis au court nez

Ainsi, il obtient la permission de Louis Ier d’aller prier sur le tombeau de Saint Pierre. À Rome, Guillaume ne va pas seulement sauver son âme mais toute la chrétienté. Menés par le roi Corsolt, des hordes de païens ne veulent faire qu’une bouchée de la papauté. Pour préserver Rome, le Pape sacrifierait volontiers tout l’or de Carthage. Corsolt refuse les trésors qui lui sont proposés. D’une vaillance sans égal, Guillaume livre alors bataille au roi des Sarrasins. Il y perdra la moitié de son nez mais libérera des milliers de chrétiens qui sans lui, auraient eu la tête tranchée: « désormais, tous ceux qui m’aiment en Douce France m’appelleront Guillaume, le marquis au court nez3».

L’impétueux Guillaume va alors sauver Nîmes, un épisode que moult jongleurs ont chanté4, puis libérer Orange. Un beau matin de mai, dès lors que les bois fleurissent et que les prés reverdissent, il apprend au retour de la messe que vingt-mille païens à lances menés par le puissant émir Aragon tiennent la cité. S’y trouve également dame Orable, une gracieuse reine sarrasine. « Il n’en est pas d’aussi belle jusqu’en Orient, sa peau est blanche comme l’aubépine. Sa beauté est malheureusement vaine puisqu’elle ne croit pas en Dieu, le fils de sainte Marie5!», lui confie un prisonnier. Guillaume le marquis au fier visage et ses vaillants chevaliers rencontrent l’émir en se faisant passer pour des païens mais sont démasqués: « Par Mahomet, c’est pour votre malheur que vous avez franchi le Rhône !, lui dit ce dernier. Vous serez tous massacrés, nous disperserons dans les airs vos ossements et vos cendres6».

Un formidable homme d’action

Désarmé après avoir été attaqué par des légions de fiers Sarrasins, Guillaume s’en remet à la gente dame Orable : « Dame, donnez-moi une armure, par l’amour du Dieu qui fut supplicié sur la croix car, par Saint Pierre, si je vis longtemps, vous serez très largement récompensée7 ». À de si belles paroles, la reine ne résiste guère. Pleurant d’émotion, elle fournit de bons hauberts8, des heaumes aux pierreries serties d’or et de saillantes épées aux nobles chevaliers. Après moult combats, l’émir Aragon est frappé par l’épée à la lame bien tranchante du vaillant Bertrand, compagnon de Guillaume, sans l’épargner. Les païens en perdent force et hardiesse.

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C’est ensuite « dans une église consacrée où l’on invoquait auparavant Mahomet que le comte Guillaume se rend pour épouser Orable9» après qu’elle a été baptisée par l’évêque de Nîmes et qu’elle a pris le nom chrétien de Guibourc. « Les fêtes nuptiales se prolongèrent huit jours dans la joie et l’allégresse. Harpistes et jongleurs reçurent beaucoup d’habits de soie et de manteaux d’hermine, de mulets d’Espagne et de vigoureux destriers10». Suite à son mariage avec la gente Guibourc, Guillaume au court nez est resté bien trente ans dans Orange sans cesser un seul jour de combattre.

Ni saint homme, ni brigand, Guillaume fut simplement un héros de son temps. Bien qu’il sût, selon des sources que nul clerc ne contredira, lire et chanter, Guillaume n’avait ni le temps de jacasser sur Twitter depuis une confortable chambrée, ni celui de se chamailler sur l’actualité depuis les plateaux télé. À travers ses multiples chevauchées, voilà un formidable homme d’action que la France devrait retrouver.

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