Pour séduire une jeunesse qui boude les urnes et retarder la dégringolade de son mouvement, le leader de gauche semble prêt à toutes les excentricités…


Les politiques, les jeunes et les réseaux sociaux : c’est une longue histoire de malaise !

En 2009 on se souvient de la tentative de lipdub ratée de l’UMP, où l’on voyait les ténors du parti se trémousser aux côtés de jeunes sarkozystes sur un refrain aussi niais qu’entêtant : «Tous ceux qui veulent changer le monde, venez marcher, venez chanter…» Les critiques et les moqueries avaient alors fusé, tant l’idée et la réalisation étaient risibles.

Ridicule

Le ridicule ne tuant pas, la classe politique française multiplie depuis les tentatives d’incursion sur les réseaux sociaux, tentatives menant le plus souvent à de cuisants échecs.

En 2016, François Hollande décide d’ouvrir son compte Snapchat. Cette opération séduction avait pour objectif de renouer le dialogue avec la jeunesse, vent debout contre la loi El Khomri, accusée de la mener tout droit à la précarité.

L’humour est l’essence même de Snapchat, on aurait pu s’attendre à de l’autodérision, avec notre président d’alors, à la blague si facile… Raté : ses « stories » furent d’un ennui mortel, avec la diffusion de vidéos mettant en scène ses visites officielles, rythmées par les poignées de mains et les discours sans qu’aucun filtre, émoji, ou texte de couleur ne viennent nouer une relation originale et directe avec son audience. Reconnaissons toutefois que si l’on avait découvert le visage du chef de l’État orné d’oreilles de lapin, de moustaches de chat ou en train de vomir des arcs-en-ciel devant une interview télévisée de Nicolas Sarkozy, cela aurait également suscité les moqueries.

Le discrédit des politiques français s’accentue

Concilier le sérieux du discours politique avec l’usage des codes des réseaux sociaux sans tomber dans l’écueil du ridicule et du discrédit est très difficile.

tiktok-illustrationLe dernier exemple en date remonte à la semaine dernière. On a eu droit à une bataille entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon par Tik Tok interposés. Tik Tok est ce réseau social chinois qui fait fureur chez les 13-25 ans. Les deux hommes politiques se sont précipités dessus, pour essayer de tirer parti de cette viralité chinoise non létale, et pour y adresser leurs messages respectifs à une jeunesse boudant les urnes. C’était tourner le dos à l’impératif de souveraineté, censé être devenu une priorité dans leurs agendas politiques respectifs, mais passons… nous ne sommes plus à un paradoxe près.

Le Chef de l’État a donc ouvert son compte Tik Tok pour féliciter les jeunes bacheliers le jour des résultats, édition marquée par un record historique de réussite grâce à l’absence d’épreuves. Merci le virus ! Ton léger et solennel, message qui dure une minute, cela nous change des vingt minutes habituelles de ses sermons officiels. C’était plutôt réussi.

Mais cette vidéo a beau être courte, elle n’est pas très appropriée non plus, ce réseau social étant dédié au partage de vidéos musicales, où l’on voit des adolescents s’adonner à des chorégraphies ou à des playbacks dignes des pires karaokés…

Hors de ma vue

Chez les Insoumis, en revanche, il semble que les community managers maitrisent un peu mieux les codes de ce nouveau réseau social. Mélenchon s’est donc lancé à son tour sur Tik Tok. Pour sa première vidéo, le leader de la gauche radicale a fait son show et riposte à Macron. On le voit place de la République, pointant du doigt la station de métro du même nom, et rappelant ainsi son coup d’éclat d’autocrate irrévérencieux lancé aux policiers lors des perquisitions au siège de son parti : « La République c’est moi ! ». À la France insoumise, on trouve apparemment cela drôle.

Le vieux leader de la gauche radicale n’a pas tenté une figure de hip hop. Il ne s’essaye pas non plus à la « floss dance », cette danse qui consiste à balancer les bras devant et derrière son dos. Il poursuit avec une pique, bien adaptée aux codes de Tik Tok, et opte pour un chanson qui cartonne auprès des ados. Il cite la phrase rendue célèbre par la faute grammaticale du morceau « Anissa » de Wejdene: « tu hors de ma vu » :

« Il t’appelle pour ton bac, toi tu parles à Macron ? Mais moi je m’appelle Mélenchon. Tu hors de ma vue, va voir ton Parcoursup ».

Le tribun est donc prêt à sacrifier la langue de Molière et son art maitrisé du discours sur l’autel du charabia de cour d’école, pour paraître moderne et séduire des jeunes de plus en plus fâchés avec la politique. On vous laisse apprécier l’exécution, dans la vidéo ci-dessus.

L’été 2020 devait être « apprenant et culturel », c’est mal parti.

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