63,5% des reçus ont obtenu une mention au baccalauréat cette année. Selon notre contributeur, on peut faire encore « mieux » l’année prochaine…


L’école n’instruit plus. L’Éducation nationale éduque et dresse. L’école n’apprend pas à nos enfants à penser. L’Éducation nationale leur apprend ce qu’il faut penser. Elle est devenue en quarante ans la plus parfaite machine propagandiste des progressismes qui ne font pas des citoyens mais des individus individualistes, hargneux, bêtes, ignorants.

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L’espoir Blanquer s’essouffle

Certains ont pu croire que Monsieur Blanquer allait changer la donne. Le discours était beau. On allait voir ce qu’on allait voir. L’instruction allait avoir à nouveau droit de cité. Nos enfants sortiraient de plus de quinze ans de scolarité obligatoire en sachant lire, écrire, compter, en connaissant le minimum vital de leur histoire de France, en ayant lu et en ayant pris goût à la lecture de quelques livres considérés comme le trésor intemporel de la littérature française. C’était compter sans la résistance des « scientifiques de l’éducation » et de certains syndicats enseignants, appliqués depuis des décennies à déconstruire l’école, à déboulonner le professeur, à monter au pinacle des « apprenants » apprenant de moins en moins l’essentiel, mais de plus en plus encouragés à s’engager dans les pseudo-révolutions genrées, féministes, écologistes ou antiracistes.

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Les résultats soviétiques du baccalauréat 2020 confirment ce mouvement de désinstruction. Les ministères successifs de l’Éducation nationale en rêvaient, le Covid-19 l’a permis. Ce ne sont plus seulement 80% des enfants qui doivent passer le bachot, mais 100% qui doivent l’obtenir. Nous serons tout près de ce résultat après la session de rattrapage de septembre. 63,5% des reçus ont obtenu une mention. C’est trop peu !

Gageons que l’année prochaine verra ce score gonfler à la hauteur inversement proportionnelle des connaissances de nos lycéens. Notre président de la République pourra à nouveau se répandre en dégoulinantes félicitations sur l’application chinoise de « réseautage social » TikTok.

Les plus incultes déboulonnent et détruisent les livres

Il y a quelques mois, après que la déesse Greta a fait entendre son courroux, Monsieur Blanquer a demandé que soit désigné au moins un « éco-délégué » dans chaque classe ! Nos élèves, privés d’heures de cours de français, d’histoire, de mathématiques, doivent, d’une manière ou d’une autre, se mettre au vert. Incapables de trier les idées, ils deviendront imbattables quand il s’agira de trier les poubelles domestiques ou de fouiller dans celles de l’histoire pour la condamner d’un bloc.

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Ministres, professeurs et parents, (presque) tous regardent les murs de l’école tomber sans broncher depuis quatre décennies. Conviction idéologique, pusillanimité ou épuisement auront contribué au déclin que certains ne veulent toujours pas voir. Ce sont souvent les mêmes qui ne voient rien de l’ensauvagement de notre société. La main sur le cœur et de larges œillères au bord des yeux, ils ne parlent plus que la langue des belles âmes qui croient sauver le monde en prônant les orthodoxies totalitaires à la mode égalitariste. Les plus incultes déboulonnent, détruisent les livres, révisent les films, chassent la « masculinité », dénoncent le « privilège blanc » ou la domination « cisgenre » hétérosexuelle. Certains de nos adolescents, repus d’une oisive jeunesse sans obstacle et sans frustration, fiers d’un baccalauréat sans valeur, idolâtrés par de lâches politiques, baignent aujourd’hui dans cette sauce idéologique, jusque dans les universités. Ils en remontrent à leurs parents avec le peu de mots qu’ils apprennent sur les réseaux sociaux ou en écoutant des podcasts militants animés par des avant-gardistes progressistes, spécialistes en import-export des thèses universitaires américaines.

Le grand remplacement de la dictée par la théorie du genre

Si on évite de soumettre les élèves au « fasciste » exercice de la dictée, on n’hésite jamais à commencer de plus en plus tôt le travail « d’éducation citoyenne », comme le préconisait Najat Vallaud-Belkacem dans sa lettre de mission à l’IGAS, à propos « d’études du genre » inventées pour la bonne cause : « Le féminin et le masculin sont avant tout des constructions sociales.[…] La cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des préoccupations des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement. » Ce qui est au « cœur des préoccupations publiques » n’est donc pas d’apprendre l’écriture et la lecture à nos très jeunes enfants, mais de leur désapprendre les « stéréotypes de genre » dès qu’ils sont sortis du berceau.

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Aujourd’hui, une troupe de théâtre (ES3-Théâtre) peut circuler aux frais du contribuable dans nos collèges et nos lycées et présenter un spectacle intitulé Femelles, (seul.e en scène joué par une femme ou par un homme), sans que notre ministre n’y trouve rien à redire.

La plaquette de présentation, écrite en écriture inclusive, annonce clairement la couleur : « Le.la comédien.ne se sert du rouge à lèvres aussi bien pour se peindre la bouche, telle Marilyn Monroe, que pour inscrire ‘’Salope’’ sur son corps comme le faisaient les chanteuses du groupe Bikini Kill durant leurs concerts ; le niqab […] se métamorphose lors d’une danse paradoxalement lascive et sensuelle ; les cheveux (objets de revendications politiques, surtout chez les femmes noires) sont ici voilés, perruqués, coiffés ; la soi-disant hystérie féminine est mêlée à des discours politiques ; l’excision devient une performance artistique, le personnage de Blanche-Neige une représentante de la maltraitance conjugale, le simple dessin schématique d’une vulve un véritable acte artistique militant et le consentement l’objet d’un questionnaire intime adressé au public. » En complément, la troupe propose des ateliers à réaliser dans l’enceinte scolaire, exemple en « ART PLASTIQUE – Confection de pancartes à partir des slogans des luttes féministes à travers le monde. » (sic)

Une jeunesse décervelée

Cette propagande néo-féministe, néo-antiraciste, néo-anti-domination masculine, entrera comme dans du beurre dans les cerveaux d’élèves auxquels ont été retirées les possibilités de s’instruire, et donc de comprendre, comparer, apprécier ou critiquer ce genre de tracts. Nos ministres successifs auront tous participé à cette opération de décervelage. Ils auront été soutenus par les plus éminents murmureurs à l’oreille des ministres, directeurs de Sciences-Po ou scientifiques des pédagogies mortifères qui ruinent l’instruction publique depuis au moins quarante ans. Le prochain Grand Oral (1) – ou comment devenir bachelier en étant le Roi de la Tchatche – servira le même but que les réformes précédentes : fabriquer des crétins, et leur remettre un diplôme en crétinerie certifiée par l’État.

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Cet examen dévoyé pourra alors porter le nom d’une émission de télé-réalité sans que personne ne trouve cela risible. Le ministère annoncera avec roulements de tambours et sonneries de trompettes que 100% de nos lycéens sont devenus des Bachelor et que 97% d’entre eux ont obtenu la mention super-méga-hyper bien. Les 3% manquants auront droit à une session de rattrapage durant des « vacances apprenantes ». Le monde continuera ainsi sa course folle vers le Grand N’importe Quoi.

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