Un collectif « antiraciste » français propose aux Blancs de se taire, et de faire leur éducation. Aurélien Marq analyse ces inquiétantes dérives


Le collectif Mwasi est un groupe qui se présente comme « afroféministe », et dont l’objet semble être de dénoncer la France comme un « État raciste » tout en y exigeant la régularisation des sans papiers sur son sol, afin que de plus en plus de « racisés » viennent y subir « l’oppression systémique » que leur inflige ledit État…

Début juillet, l’une des membres de ce collectif, Annette Davis, a diffusé sur le groupe Facebook « Parlons Privilège Blanc » un message qui mérite toute notre attention (voir ci-dessus). Il s’adresse aux Blancs et leur dit en substance : « donnez-nous de l’argent, de l’espace, des ressources mais ne donnez surtout pas votre avis, quand on vous critique modifiez votre comportement comme on vous demande de le faire, mais surtout taisez-vous et n’essayez même pas d’avoir une réflexion critique sur ce que les « racisés » vous disent de faire, de penser ou de croire. » Certains prétendront que ces injonctions ne concernent que le seul sujet du racisme, mais c’est bien sûr faux : pour ces militants, le racisme est le fait social majeur, l’ultima ratio du monde, et tout y est donc systématiquement ramené, jusqu’aux sciences expérimentales qu’ils qualifient de « science blanche ». N’oublions pas que la ville de New York explique désormais très officiellement aux enseignants que rechercher l’objectivité est un marqueur de la « culture suprémaciste blanche » (tout comme d’ailleurs l’importance accordée à la politesse et à l’évitement des conflits).

L’antiracisme détourné

On pourrait voir dans ces « conseils » un délire trop extrémiste pour avoir la moindre chance d’être pris au sérieux. Hélas ! L’actualité des Etats-Unis montre qu’il n’en est rien. Nous n’en sommes pas loin non plus, vu la manière dont trop de gens chez nous suivent servilement la moindre mode « progressiste » d’Outre-Atlantique. Aussi, dans son outrance, ce texte est fondamental, car il révèle comme une loupe la véritable nature de l’idéologie qui se prétend aujourd’hui « antiraciste », et qui ne fait qu’usurper ce terme en le vidant de son sens.

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Disqualifiant les opinions de certains sur la seule base de leur couleur de peau, les injonctions d’Annette Davis sont en effet viscéralement racistes. Hors de question d’euphémiser la réalité en parlant de « racialisme » : ce qui s’étale dans ce message, c’est du racisme décomplexé. Les Blancs peuvent seulement se taire, écouter et obéir, pendant que des Noirs proclament, ordonnent, et reçoivent des offrandes auxquels ils ne doivent rigoureusement rien en retour, pas même des « cookies », c’est-à-dire « quelque chose qui fait se sentir bien », une forme de reconnaissance ou de gratitude.

Ne voyant pas plus loin que la couleur de peau, ce texte n’envisage d’ailleurs même pas le cas des métis, qui seraient bien en peine de se situer dans ce tout ou rien, et on sait que l’incapacité à penser le métissage est une marque classique des idéologies racistes.

Que cette doctrine se dise « antiraciste » est un mensonge dont le seul but est de disqualifier toute critique : si vous êtes contre l’anti-racisme, c’est que vous êtes raciste ! Et bien non : c’est justement parce que le racisme me dégoûte que je le combats même lorsqu’il porte le masque d’un « antiracisme » totalement dévoyé. Ses tenants ne sont pas des héros qui veulent abolir la servitude. Ce sont des arrivistes qui veulent s’emparer du fouet pour le manier à leur guise. Ils sont comme les esclaves révoltés de Spartacus, dont certains idéologues ont fait des icônes de la défense de la liberté en oubliant fort opportunément que loin d’avoir voulu mettre fin à l’esclavage, une fois libérés de leurs chaînes ils s’empressaient d’acheter eux-mêmes des esclaves.

Une démarche sectaire

Exigeant des Blancs qu’ils se soumettent sans le moindre esprit critique aux enseignements des Noirs, promus au rang de « sachants » du seul fait de leur taux de mélanine, donnant une valeur absolue à l’expérience subjective (réelle ou supposée) pour rejeter radicalement toute possibilité d’une réflexion partagée, la démarche d’Annette Davis est aussi celle d’une secte de la pire espèce. Son credo est simple : les « racisés » sont supérieurs, car le seul fait d’être « racisés » leur donne accès à un vécu initiatique (celui du « racisme systémique »). En revanche, les Blancs sont porteurs du poids d’un péché originel héréditaire inexpiable – qu’ils devront donc tenter d’expier à l’infini – et incapables de partager l’initiation : ils doivent se taire, obéir, et donner de leurs ressources aux gourous pour faire avancer la Cause.

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On voit les fondamentaux néo-marxistes de l’idéologie « woke » dans son ensemble : pour elle, la société humaine n’est que rapports de forces, la vérité est purement subjective, le ressenti et le témoignage sont tout, la connaissance objective est impossible. D’ailleurs, elle ne parle pas d’injustices, mais « d’inconfort ». Voilà tout à la fois Platon, Euclide et Galilée niés par un obscurantisme à côté duquel Torquemada passerait pour un esprit rationnel et moderne. Avec ce refus de deux millénaires et demi de civilisation, et la négation du travail du logos qui justement est à la fois pensée et parole, il n’est pas étonnant que cette idéologie, surtout lorsqu’elle s’abandonne à l’ivresse d’un militantisme sans frein, n’aboutisse qu’à des émeutes où la violence se déchaîne, comme on le voit avec les scènes de pillages et les agressions qui accompagnent les démonstrations de force de Black Lives Matter dans les rues américaines.

Le « dérapage » antisémite de Nick Cannon

Il n’est pas étonnant non plus de voir prospérer avec ce mouvement les thèses racialo-historiques les plus délirantes, comme celle récemment défendue par le rappeur et présentateur Nick Cannon (4,8 millions d’abonnés sur Twitter, l’ex-mari de la chanteuse Mariah Carey, excusez du peu) selon laquelle les Noirs seraient les « vrais Hébreux », théorie complotiste lourde d’antisémitisme et qui lui vaut d’ailleurs la fin de son contrat avec CBS. Ou celle qui affirme que les Egyptiens du temps des pharaons auraient été Noirs, contredite par les analyses scientifiques mais qui pousse régulièrement des mouvements « de défense des Noirs » à manifester contre des expositions sur l’Egypte Antique.

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Cette idéologie « antiraciste » en fait néo-raciste est totalement absurde. Parce que le racisme en lui-même est absurde, bien sûr, mais aussi à force d’incohérences. Admettons un instant que le postulat fondamental d’Annette Davis soit vrai, que l’appartenance raciale soit tout, et qu’elle soit définie par la couleur de peau. Alors il deviendrait évident que l’Europe, bâtie par les Blancs depuis des millénaires, est Blanche et que les « racisés » n’y auraient aucune légitimité. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis : contrairement aux victimes du commerce triangulaire et à leurs descendants, les personnes de couleur présentes en France métropolitaine et en Europe y sont venues de leur plein gré, ou par le libre choix de leurs ancêtres. Et si la couleur de peau formait entre eux et les Blancs un fossé infranchissable qui les empêcherait de s’assimiler aux peuples européens, alors en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ils n’auraient pas leur mot à dire sur la conduite des affaires de ces pays. En France, il n’y a qu’Outre-Mer que de tels discours pourraient éventuellement être légitimes, sous réserve d’assumer pleinement l’indépendance de ces territoires.

Pendant ce temps, on ne parle pas de l’Afrique

La France est loin d’être parfaite, c’est une évidence, mais même imparfait ce pays de Blancs traite infiniment mieux les Noirs et tous les « racisés » que n’importe quel pays d’Afrique ne traite ses minorités ethniques. Le racisme des Noirs envers d’autres Noirs échappe manifestement aux « antiracistes », « décoloniaux » et autres « woke » qui feignent d’oublier que les esclaves Noirs furent généralement vendus aux Blancs et aux Arabes par des esclavagistes Noirs. Ils ferment les yeux sur la dimension incontestablement raciale et raciste des crimes atroces perpétrés lors des guerres tribales ravageant l’Afrique, et tiennent de plus en plus ouvertement des propos assez semblables à ceux des semeurs de haine préparant ces massacres – Radio Mille Colines n’en fut qu’un exemple parmi tant d’autres. Aucun pays dont les habitants sont majoritairement de couleur ne se soucie de ses minorités ethniques comme la France se soucie des siennes, et bien sûr aucun ne tolérerait de leur part les excès ahurissants envers lesquels une trop grande partie de l’Occident fait preuve aujourd’hui d’une indulgence coupable.

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Assez de ce laisser-faire ! Il est temps de renvoyer Annette Davis et ceux qui partagent ses idées à leurs incohérences. S’ils méprisent à ce point la parole et donc la pensée des Blancs, qu’ils aient au moins le courage de renoncer à ce qui est selon leurs propres théories la technologie des Blancs, la médecine des Blancs, le confort et la tolérance de la société des Blancs.

À ce moment-là seulement, ils mériteront peut-être d’être pris au sérieux.

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