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Cet été, je roule en SM!

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En 1970, une Citroën à moteur Maserati réinvente le luxe à la française


La SM, c’est l’histoire de notre pays. Splendeurs et Misère. Du talent, de l’audace, des ingénieurs de haut niveau, des envies de conquête, un style époustouflant et puis, la machine économique s’enraye, ratatine et stoppe sur le bas-côté, feux de détresse allumés. Ou comment produire l’un des plus beaux objets roulants de ces cinquante dernières années sans en tirer aucun bénéfice financier. L’échec industriel ne la rendrait-elle pas encore plus désirable ? Chez nous, les losers magnifiques, les tenants du jeu offensif, les créateurs incompris conservent une place de choix dans le cœur des patriotes.

Désinvolture aristocratique

La SM, c’est la France qui perd avec flambe et désinvolture aristocratique. Cette automobile est de la race des seigneurs. On n’aime pas les techniciens trop froids et les voitures sans âme. On se moque même un peu de cette fiabilité austère et des carrosseries bestiales venues d’Outre-Rhin. Si la rigueur nous fait souvent défaut, nous ne manquons pas de panache dans la défaite. En termes d’image, la SM demeure cette pièce de maître construite à moins de 13 000 exemplaires en cinq ans, une voiture d’artiste qui se suffit à elle-même. Pourquoi vouloir absolument la démarrer ? Pourquoi rouler avec ? Quelle drôle d’idée !

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Sa fluidité s’observe à l’arrêt. Sa souveraineté explosive s’exprime par des lignes étranges et pénétrantes, une réinterprétation de l’esprit Grand Tourisme passé entre les mains expertes d’un peintre cubiste. Un air déstructuré et follement gracile. Avec elle, prendre la route est illusoire, presque obscène. Aujourd’hui, tous les collectionneurs veulent en posséder une, juste pour la regarder dans leur garage, chaque soir, avant de s’endormir. La SM, c’est une vamp qui vous harcèle et dont le souvenir entêtant est aussi douloureux que délicieux. Elle dit beaucoup de notre identité et donc, de nos faiblesses intérieures. Selon la légende, ce bijou de famille n’aurait pas eu de chance. « Fatalitas » aurait crié Chéri-bibi à son passage, lui aussi était poursuivi par la déveine.

Du gringue aux propriétaires de Jaguar

Quand la SM est présentée en mars 1970 au Salon de Genève, ce coupé de prestige a tout pour plaire. On doit sa silhouette à l’esthète Roger Opron et il associe les solutions innovantes de Citroën à une mécanique V6 rageuse en provenance des usines Maserati. Les Chevrons de Javel ont racheté le Trident de Bologne en 1968 et piochent dans la banque d’organes. La concurrence tremble : suspension hydropneumatique, direction à assistance hydraulique variable à rappel asservi, trois carburateurs à double corps Weber, une calandre avec six projecteurs sous verrière forcément sublime et j’en passe. Elle fait carrément du gringue aux propriétaires de Mercedes et de Jaguar. La bourgeoisie n’a pas peur de descendre à Saint-Tropez ou de parader au casino de Deauville, à son volant.

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Les mannequins se retournent dans la rue. Les playboys habitués aux sirènes italiennes chanteraient bien la Marseillaise cet été. Les minets du Drugstore lui trouvent un air canaille oubliant que Citroën fabrique également la 2CV camionnette à son catalogue. Elle gagne le Rallye du Maroc et séduit une riche clientèle américaine, curieuse et éclairée. Et patatras, la crise du pétrole lui coupe les ailes en plein vol, les normes environnementales jouent les oiseaux de mauvais augure, sans oublier quelques soucis impardonnables pour une voiture à ce prix-là. A l’usage, la SM se révèle capricieuse, gourmande, emmerdante et terriblement attachante. Ce qui devait être le vaisseau amiral d’une Reconquista du haut de gamme, le retour gagnant de la France sur les terres abandonnées du luxe (Bugatti, Facel-Vega, Delahaye, Delage, etc…), laisse plus de regrets que d’amertume.

Les SUV ne gouverneront pas la planète

Car, cette SM existe et son aura n’en finit plus de s’infiltrer en nous. Elle a nourri plusieurs générations qui refusent la laideur et qui veulent croire à l’exception française. Les SUV ne gouverneront pas la planète.

Elle est le témoignage qu’une troisième voie est possible, qu’une voiture ne répond pas uniquement à des impératifs de rentabilité immédiate et que le temps n’a pas de prise sur elle. La SM est l’illustration de notre fameux art de vivre qu’on invoque à tort à travers. Elle a l’élégance des films de Sautet, l’érotisme d’une chanson de Gainsbourg et la grâce de Dominique Sanda.

Découvrir ce modèle légendaire sous toutes les coutures sur le site du constructeur.

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Avec Pierre Geronimi, la glace prend le maquis


Le secret des glaces d’exception est dans la maîtrise absolue de la température. Combinant toutes les nuances du froid avec les parfums de sa Corse natale et du monde entier, Pierre Geronimi propose des créations sublimes dignes d’un véritable alchimiste.


Une petite histoire de la glace

Dans l’Antiquité, les Grecs et les Romains aimaient mélanger de la neige immaculée à du jus de fruit, du miel et du moût de raisin. Alexandre le Grand et Néron étaient friands de ces desserts d’un luxe inouï. Pour fabriquer ces ancêtres de nos sorbets (le mot vient de l’arabe « chorbet »), il fallait en effet organiser en plein hiver de véritables expéditions, au sommet des montagnes et des volcans (comme l’Etna) où la glace était très pure. Puis s’efforcer de conserver celle-ci avec du salpêtre dans des grottes ou des puits, sous de la paille et de la fourrure.

« Je veux absolument rencontrer le type qui a fabriqué ce brocciu, lui dis-je avec enthousiasme. – Impossible. – Pourquoi ça ? – C’est Yvan Colonna… »

Qui fut l’inventeur de la crème glacée, à base de bon lait et de bonne crème ? Nul ne le sait à ce jour. On raconte que Catherine de Médicis s’en délectait à Florence et l’aurait apportée à Paris en 1533. La mode des glaces fut vraiment introduite en France vers 1660 par un certain Procopio Coltelli, né à Palerme en 1651 et mort à Paris en 1727, à qui l’on doit le fameux café Procope, fondé en 1686. La première glacière de la capitale fut donc créée à cette époque (à l’actuel emplacement de la rue de la Glacière !) dans des carrières proches de Montsouris où l’on stockait la glace des étangs gelés de la Bièvre…

Un pur produit de la Corse

Il existe aujourd’hui plusieurs bons artisans glaciers, mais le plus précis et le plus créatif est peut-être le Corse Pierre Geronimi. Je n’oublierai pas ma première visite chez lui, à Sagone, à une trentaine de kilomètres au nord d’Ajaccio. Son laboratoire, fondé en 1969 par son père, lui-même artisan-glacier, est situé face à la plage, entre la mer et le maquis. Quand on entre, on sent les parfums de tous les beaux produits de Corse qui arrivent ici chaque jour : melons de Pascal Colombani, miel de Florence Marsili, praliné d’Alexia Santini, safran d’Anna Nocera, immortelles de Paul et Jean-Pierre Caux (que les femmes, naguère, utilisaient en sorbet pour effacer les rides et les plaies du visage), sans oublier les fulgurants citrons, pamplemousses et autres figues de barbarie cultivés sur la côte orientale de l’île…

Pierre Geronimi n’utilise que des produits frais d’exception et met un point d’honneur à ne pas faire ses glaces à partir de purées de fruits industrielles (contrairement à 95 % des « glaciers »). Il gratouille donc lui-même ses gousses de vanille bleue de la Réunion, dénoyaute ses cerises et ses abricots, et s’en va en Sicile commander ses amandes et ses pistaches, sans oublier le citron noir d’Iran au goût envoûtant, la datte medjool, l’ail confit d’Aomori au Japon, les raisins de Sorrente, le rhum du Venezuela, les chocolats grands crus de la maison Bonnat à Voiron, etc.

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La première glace qu’il me fit goûter était à base de brocciu (un fromage frais corse au lait de brebis, puissant et épicé). Une merveille absolue, à la fois crémeuse et parfumée, qui donne l’impression d’être au cœur du maquis. « Je veux absolument rencontrer le type qui a fabriqué ce brocciu, lui dis-je avec enthousiasme. – Impossible. – Pourquoi ça ? – C’est Yvan Colonna… »

Un génie du froid

Pour faire connaître ses glaces exceptionnelles, Pierre Geronimi a créé un autre laboratoire sur le continent à Seyssins, près de Grenoble, avec son fidèle ami Jean-Jacques Domard, qui applique à la lettre toutes ses recettes.

Notre Corse est en effet un génie du froid, un technicien hors du commun qui, comme les chefs japonais, sait qu’entre le « trop froid » et le « trop chaud » il existe une infinité de nuances et de stades intermédiaires. Comment fixer la quintessence d’un produit dans le froid en restant au plus près de son goût naturel et sans ajouter de sucre ? À quelle température et pendant combien de temps une vanille doit-elle infuser pour délivrer tout son parfum ? Ces questions, il n’a cessé de se les poser, depuis que son père lui a passé le relais, il y a près de trente ans.

Glace au brocciu, au poivre de Timut et à l'huile d'olive... un accord fabuleux. © Sylvain Alessandri
Glace au brocciu, au poivre de Timut et à l’huile d’olive… un accord fabuleux. © Sylvain Alessandri

Le chocolat et le café, par exemple, il les fait macérer une nuit entière dans la meilleure crème fraîche possible à 50 degrés, la pistache à 60, le praliné à 80… « Mon but est ainsi d’obtenir une texture crémeuse et moelleuse qui éveille les papilles et exalte le goût pur du produit. »

Côté sorbets, la plus grande précision est de rigueur : « La marjolaine sauvage infuse douze minutes à 60 degrés : plus, le produit est mort. »

Alors que la mangue se suffit à elle-même, d’autres produits ont besoin d’être mariés pour exprimer leur potentiel, comme le gingembre et la passion, la tomate jaune et le romarin, le poivre et l’huile d’olive, la pêche et la verveine…

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Une fois la macération accomplie, Pierre évite d’ajouter trop de sucre : « Je ne veux pas que les gens aient soif après avoir goûté mes sorbets ! Ils doivent désaltérer, comme le sorbet à la grenade, au melon ou à la pastèque. Mon préféré, c’est le sorbet au pamplemousse corse, le plus difficile à faire, car je n’ajoute pas de sucre pour le stabiliser. »

Il verse alors ses crèmes ou ses sorbets dans sa macchine per gelato fabriquée près de Bologne en Italie, « une vraie Rolls-Royce qui permet de programmer la température de froid adaptée à chaque produit, ainsi que la vitesse de rotation de la pale afin d’obtenir la texture que je souhaite. L’air foisonne dans les cylindres horizontaux et donne du volume à la glace. Le truc ? Plus il y a d’air, plus on fait des économies, et moins il y a de goût ! C’est le principe de la glace italienne industrielle… Chez moi, c’est tout le contraire : un minimum d’air pour un maximum de goût. »

Après huit ou dix minutes de turbinage, la crème sort de la machine à moins trois degrés : c’est à ce moment-là que les parfums et les goûts de la glace sont à leur paroxysme !

En janvier 2017, les admirateurs parisiens de ce Napoléon de la glace avaient eu la joie de le voir ouvrir une boutique rue Férou, en lieu et place des éditions de l’Âge d’Homme, entre la place Saint-Sulpice et le jardin du Luxembourg. Mais ce quartier de rêve s’est révélé être un biotope plus complexe que le maquis corse… Son salon de glace, qui n’avait pas l’heur de plaire à certains habitants, est donc momentanément fermé. En attendant sa réouverture, ici ou ailleurs, on pourra déguster ses merveilles au Fouquet’s, ou à L’Arbre à Café, 61 rue Oberkampf.

Découvrez les créations de Pierre Geronimi sur son site.

Alice McDermott, un chef-d’œuvre en quarante pages

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Lire en été : au hasard des bouquinistes, des bibliothèques des maisons de vacances, des librairies, le plaisir dilettante des découvertes et des relectures, sans souci de l’époque ou du genre.


Parfois quarante pages suffisent. Elles suffisent pour rendre compte de toute une existence dans sa complexité, ses contradictions, ses bonheurs, le scintillement des moments qu’on n’oublie plus, des images qui nous accompagnent jusqu’à la fin. C’est la magie de la nouvelle, pour qui sait s’en servir car sa brièveté est inversement proportionnelle à sa difficulté. C’est la magie de Jamais assez d’Alice McDermott qui vient de sortir dans la collection « La nonpareille » des Editions de la Table Ronde.

On connaît trop de nouvelles qui ne sont qu’un manque de souffle et de nouvellistes qui se rêvaient marathoniens et ne sont même pas de bons sprinteurs. Les nouvelles les plus difficiles ne sont pas non plus forcément celles qui reposent sut une chute, un « twist » comme on dit au cinéma, ce qui est le cas de la plupart des auteurs de nouvelles fantastiques ou noires. Hemingway ou Morand, Katherine Mansfield ou Nabokov ont ainsi su, à l’occasion, faire de la nouvelle un simple moment, un simple croquis d’atmosphère, sans la recherche d’un effet particulier ou extraordinaire. L’antithèse magnifique de ces nouvellistes, par exemple, ce pourrait être Edgar Poe qui précisément utilise ses Nouvelles extraordinaires pour nous faire atteindre un point de non retour dans la peur et même la terreur, – que l’on songe au décidément indépassable « Portait ovale ».

Une gourmande

S’il y a un point de non retour dans Jamais assez d’Alice Mc Dermott, c’est celui du temps. Il avance inéluctablement pour l’héroïne qui ne sera jamais nommée sans doute parce que pour un observateur un peu superficiel, sa vie est celle de tout le monde. C’est vrai, mais le talent d’Alice Mc Dermott, c’est finalement celui de Flaubert dans sa nouvelle Un cœur simple : comprendre que la vie apparemment la plus ordinaire est évidemment unique, irréductible par sa singularité. Autant la Félicité d’Un cœur simple était marquée par un destin morne, un abrutissement lent et un désir d’aimer toujours refoulé, autant l’héroïne d’Alice Mc Dermott est au contraire illuminée par une authentique disposition au bonheur, à la joie de vivre et à une sensualité protéiforme et innocente qui nous donne envie de la connaître et dont on sait qu’on ne l’oubliera plus.

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On peut penser qu’elle est petite fille au moment de la seconde guerre mondiale quand commence Jamais assez et qu’elle nonagénaire quand on la laisse dans son appartement finir un dernier pot de glace devant la télé. Car la glace aura été la grande passion de sa vie, le fil conducteur sucré d’une vie gourmande et heureuse. Alice Mc Dermott procède par ellipses subtiles pour nous faire passer de la gamine qui est chargée de rapporter les coupes dans la cuisine après le dîner familial du dimanche soir à la jeune adolescente avec son « problème de canapé » puisqu’on la retrouve trop souvent avec des garçons qui la lutinent, puis à la mère de famille nombreuse, heureuse en ménage et enfin à la veuve surveillée par ses enfants et ses petits enfants à cause de cette gourmandise qui ne la quitte pas.

Aptitude au plaisir

Alice Mc Dermott, née en 1953, couverte des prix les plus prestigieux aux Etats-Unis et prix Femina étranger en 2018 pour La Neuvième Heure, a réussi une manière d’exploit qui est une introduction idéale à son œuvre. Son personnage nous a fait penser à cette anecdote de Stendhal qui raconte dans son journal comment une belle milanaise à la Scala, dégustant à l’entracte un sorbet, s’exclama : « Quel dommage que ce ne soit pas un péché ! » ce qui finalement n’étonne pas de cette romancière qui ne fait pas mystère de son catholicisme, même critique.

Son personnage, dans Jamais assez nous rappelle aussi que l’aptitude au plaisir est une grâce et une manière de célébrer la création, loin de tous les puritanismes : « Pêche, fraises et vanille. La valeur sûre. Brownie, noix de pécan caramélisées, menthe-pépites de chocolat. Quatre-vingt dix ans passés, et malgré tout, encore maintenant, la dernière chose qu’elle ressent à la fin de chaque journée, c’est son envie d’enrouler les jambes autour de lui, autour de quelqu’un. »

Jamais assez d’Alice McDermott (La Table Ronde, collection La nonpareille, traduction de Cécile Arnaud)

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Simon Edelstein: vie et mort des salles de cinémas


Le billet du vaurien


Simon Edelstein, archéologue d’un genre nouveau, est parti à la recherche de ces cinémas aux façades majestueuses qui se fossilisent et se décomposent dans l’indifférence générale. Pour qui a découvert le septième art dans les années cinquante, pour qui a fait de la critique de cinéma dans les années soixante, c’est mon cas, pour qui le cinéma était pratiquement une religion (au même titre que la psychanalyse), pour qui Éric von Stroheim et Sigmund Freud étaient des dieux, pour qui a dansé avec Ginger Rogers et Fred Astaire, rêvé de Louise Brooks, séduit Nathalie Wood dans la Fièvre dans le sang, sans oublier les innombrables et irrésistibles nymphettes en celluloïd qui lui révélaient sa sexualité, le monde du cinéma est devenu d’une austérité et d’une prétention qui lui enlèvent toute envie de se rendre dans ces cathédrales de la volupté qu’étaient alors les salles de cinéma.

La mort de Dieu pourquoi pas, mais pas celle des salles obscures !

On s’accommodait fort bien de la mort de Dieu et de la fin de la littérature, mais que les temples du plaisir, de tous les plaisirs, tant sur l’écran magique que dans la salle, puissent un jour disparaître pour être remplacés par des églises évangélistes, des mosquées ou des magasins de fringue, voire laissés à l’abandon, voilà ce que dans nos pires cauchemars nous n’aurions jamais envisagé. Et pourtant….

Maroc © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
Maroc © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
France © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
France © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
Suisse © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
Suisse © Simon Edelstein Ed. Jonglez.

Et pourtant, on a beaucoup glosé sur la mort du cinéma en tant qu’art, comme du déclin de la psychanalyse : ils apparaissent à la fin du dix-neuvième siècle et leur lente agonie date des années quatre-vingt. Inutile d’y revenir. On lit Freud comme on lit Saint-Thomas d’Aquin aujourd’hui et je défie quiconque de me citer dix grands films muets. Un cinéaste suisse, Simon Edelstein, né lui aussi en 1941, avait pressenti la catastrophe à venir. Et il a eu l’idée géniale de photographier, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Afrique, en Inde ou en Europe, ces cinémas abandonnés exhibant parfois encore les stigmates de leurs splendeurs passées.

Par exemple, le Roxy à New-York, le plus grand cinéma du monde datant des années vingt qui accueillait six mille spectateurs à la fois, un nombre qui justifiait une équipe de 300 personnes. La salle avait été inaugurée en 1927 par un film avec Gloria Swanson. Et c’est elle, la star de « Sunset Boulevard » avec Éric von Stroheim qui dans les années soixante posera en robe de soie noire avec un boa rouge autour du cou pour « Life » au milieu des ruines du Roxy. Cette image qui a fait le tour monde a été un déclic pour Simon Edelstein : il a pris conscience qu’un patrimoine du vingtième siècle était en train de mourir sans que nul ne s’en soucie.

lausanne-petite-dame-capitoleCinémas transformés en églises…

Ces cinémas, souvent d’une audace architecturale et d’une beauté explosive, photographiés par Simon Edelstein, sont devenus les conservatoires de bonheurs évanouis qui ne ressusciteront jamais, pas plus que notre jeunesse d’ailleurs. Signe des temps, de nombreux cinémas – plus de cinq cents aux États-Unis – se transforment en églises de toutes sortes.

La Croix remplace alors le nom glorieux de la salle : adieu la Fox, bonjour Jésus. Il arrive que le cinéma, en France notamment, appauvri par sa fréquentation toujours plus faible, résiste en divisant ses salles pour créer des complexes à l’architecture impersonnelle. Oui, comme on le constate en feuilletant l’album d’Edelstein, la laideur architecturale a de beaux jours devant elle. Aurais-je encore du plaisir à y voir les films qu’on y projette ? J’en doute.

Simon Edelstein, Le crépuscule des cinémas. Ed. Jonglez.

© Ed. Jonglez.
© Ed. Jonglez.

La ROPA est bien l’antichambre de la GPA


Les faillites et les chômeurs se multiplient, les avions sont cloués au sol et la dette publique explose, mais pour le projet de loi de bioéthique, «on ne peut plus attendre» considère son rapporteur, le député En Marche Jean-Louis Touraine. Dans cette loi qui arrive en deuxième lecture à l’assemblée, l’amendement de la ROPA est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Explications


Le premier ministre Castex a reporté la réforme des retraites et de l’assurance chômage à 2021 car « la priorité des priorités, c’est l’emploi ». Pour le député Jean-Louis Touraine, l’urgence est à la loi bioéthique, qualifiée « de rupture dans l’urgence sanitaire » par son rapporteur. Aucun membre du gouvernement ne s’était déplacé, le 1er juillet dernier, pour la séance de la Commission qui lui était consacrée. La semaine prochaine sera donc débattue en seconde lecture la loi bioéthique (dont la PMA pour toutes).

Le corps des femmes méprisé

La suppression de l’article 1 proposé par le Sénat (« il n’y a pas de droit à l’enfant ») donnait le ton : l’enfant n’est plus sujet de droit mais devient l’objet de droits. Depuis, l’amendement concernant la ROPA[tooltips content= »La méthode ROPA, pour «réception d’ovocyte du partenaire», est décriée car jugée très proche la gestation pour autrui NDLR »](1)[/tooltips]  a été voté le 30 juin. Ce n’est pas un gadget. Cette technique qui fait de deux lesbiennes deux « mères » (puisque l’une donnera ses ovocytes que sa compagne portera dans son utérus), ou qui permet « le don dirigé » d’un transgenre vers son conjoint, est loin d’être une chimère. Faisant de l’enfant un bien partagé, la ROPA permet de résoudre le problème de la co-maternité. Elle est surtout l’antichambre de la GPA. Elle plonge ses racines dans l’Histoire sainte à laquelle le professeur Touraine – pourtant grand amateur de mythes bibliques – aurait pu se référer. Que le lecteur relise donc l’histoire du jugement de Salomon dans le Livre des Rois.

Cette loi bioéthique réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré, à un objet d’expérimentations

Je laisse de côté ce qui n’est pas nouveau : la suppression du consentement du conjoint pour le don de sperme (bravo), la suppression de la mention de l’homme dans les articles sur la filiation, la conservation des ovocytes mettant la femme sous domination de son employeur. A lire le mépris jamais atteint avec lequel est traité le corps de la femme, on se demande comment Madame Schiappa ne réagit pas avec la fougue qu’on lui connaît à cette loi qui est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Car cette loi bioéthique, si elle néantise l’embryon, réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré : un objet d’expérimentation pour la recherche scientifique.

Une technique éprouvante et non sans danger

Tout le monde sait qu’une PMA par FIV avec son mari est déjà éprouvante. Dans son livre Made in labo, Dominique Folscheid montre qu’une femme est prête à tout pour « avoir » un enfant. Même faire l’amour à l’aveugle avec un inconnu dans un laboratoire. Que dire des autres techniques procréatives à laquelle une femme, sous influence, se soumet ! Car si Madame Schiappa parle des femmes battues et sous emprise de leur conjoint, que dire des femmes en mal d’enfant sous l’emprise de la technique médicalisée et coachée, à qui on fait miroiter une chose insensée, au risque de leur vie ? Qu’elle interroge les généticiens, Madame Alexandra Caude-Henrion, par exemple, directrice de recherche à l’INSERM de l’hôpital Necker. La ROPA propose une technique très éprouvante et dangereuse.

La vérité vraie est que nous sommes dans un monde qui a perdu la raison. Jugeons plutôt : avec la PMA, plus de père. Avec la ROPA, on a une mère coupée en deux. Le rêve transhumaniste se réalise, ainsi que la domination absolue de l’esprit sur le vivant, devenu de plus en plus virtuel. Cela faisait belle lurette que les laboratoires faisaient ce qu’ils voulaient du matériel humain, et que l’embryon (dont le cœur bat, rappelons-le, de manière autonome, à 21 jours) était instrumentalisé.

Véran absent sur le dossier

De même que, par la force des choses, dans un mariage lesbien, il n’y a pas de présomption de paternité, avec la ROPA, c’en est fini de l’adage « mater semper certa est. »  Qui est mon père, se demandait l’enfant dans la PMA. Qui est ma mère ? demandera, en même temps, l’enfant pris entre deux mères. Le transhumanisme est là avec l’enfant made in labo : l’homonculus, la créature de Faust, créé dans une cornue d’alchimiste, grâce à Méphisto et mise à disposition de tous les chercheurs. Sauf qu’Homonculus, dans le Faust de Goethe, n’est pas viable. On se souvient que tout le monde nous disait hier : « la PMA mais la GPA, jamais ! » On allait veiller au grain ! Avec la ROPA, la porte est ouverte sans effort à la GPA à laquelle certains députés ne sont pas hostiles. Sauf qu’un obstacle demeure qui est de taille quoi qu’on dise : l’accès aux origines. En témoigne l’histoire des époux Kermalvezen dont l’action en faveur de la levée de l’anonymat n’est pas tout à fait convaincante.

Les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif!

L’accès aux origines, reste donc bien une pierre d’achoppement. Partiel, il est insatisfaisant. Sa suppression est un abus de droit. La France se trouve donc dans un guêpier juridique. Si elle finalise la loi de la PMA sans la levée de l’anonymat, elle viole l’accord signé avec la Convention des droits de l’enfant (CIDE) et  désobéit à la CEDH stipulant que tout être humain a le droit d’avoir accès à ses origines. D’un autre côté, la levée de l’anonymat est devenue inutile avec les recherches génétiques sur internet. Surtout, le don de sperme, fait à l’insu de son conjoint (re-bravo) met fin à la paix des familles. Face à cette impasse d’une « non loi », le gouvernement veut accélérer le tempo. Croit-il échapper ainsi aux difficultés, d’autant que les opposants ne désarmeront pas ? La désinvolture affichée du ministre de la Santé, absent le premier juillet à la Commission parlementaire n’est-elle pas apparente ?

Une dérive inouïe

La « fenêtre d’Overton », du nom de celui qui l’a mise en œuvre, est une technique de manipulation des idées et du discours. Elle est utilisée dans les démocraties afin de légaliser tout et n’importe quoi, en s’appuyant sur la science, les médias et les lobbys. L’idée, c’est d’ouvrir la fenêtre sur un impensable – ici la « procréation » de deux femmes sans union sexuelle et la procréation sans sexe -, de le faire passer à l’acceptable, puis au sensé, au désirable, au populaire. Et in fine, c’est le politique qui tranche. On en est au dernier volet de cette manipulation. Seul  Emmanuel Macron pourrait mettre un terme à cette dérive inouïe de notre société.

Car c’est là qu’apparaît cette évidence aveuglante : les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif. Combien de femmes n’abuse-t-on pas depuis plus de vingt ans en leur faisant miroiter des chimères dangereuses pour leur santé ! Après avoir fait traîner en longueur ce projet de loi, le temps est à l’urgence, nous dit donc Jean-Louis Touraine. Emmanuel Macron, qui veut mettre à son tableau de chasse la PMA pour toutes – comme Hollande l’avait fait avec le mariage pour tous – calcule-t-il qu’il serait réélu grâce à une frange électorale, faiseuse de Roi, favorable à la PMA ? Est-il à ce point tributaire de lobbys ? Croit-il vraiment à cette révolution anthropologique ? Les Français sont-ils à ce point aveugles pour se désintéresser d’une telle loi ? Le désastre actuel résultant de la crise sanitaire ne leur suffit-il pas ? Le gouvernement imposera-t-il à la Chambre de voter, en catimini – une habitude, décidément – une loi contraire à la raison, une nuit de pleine lune, dans un hémicycle à moitié vide ?

La fabrique d´orphelins - Essai

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Eté 85: Ozon filme le roman qui l’a excité jeune

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« Eté 85 » de François Ozon, sélectionné à Cannes, est le film évènement de cette étrange rentrée cinématographique post-confinement. C’est l’adaptation du roman anglais de Aidan Chambers Dance on my grave, traduit en français par La danse du coucou.


La danse du coucou est un roman qui fascina le jeune François Ozon. Le réalisateur français a attendu 38 ans pour le porter à l’écran.

C’est une histoire d’eau, d’amour et de mort. Deux adolescents se rencontrent lors du naufrage de la frêle embarcation qu’Alex avait empruntée pour faire un tour en mer. David arrive à point nommé pour le sauver de la noyade. Et l’histoire peut commencer. Le récit a des allures de tragédie : il obéit à la règle d’unité de lieu (le Tréport, en Normandie), de temps (il se déroule en l’espace de six semaines) et d’action (une histoire d’amour qui finit mal).

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

Amour d’été entre deux garçons

La fin tragique, nous la devinons rapidement. Alex est confronté à une juge pour mineurs qui l’exhorte à dévoiler des faits afin d’éviter le pire. Mise en abyme : cette histoire, Alex va l’écrire alors qu’elle se déroule sous nos yeux. La structure narrative du film est construite autour de flash-back qui décrivent le fulgurant amour d’été entre deux garçons, sur fond de bande son de l’époque (Cure, Bananarama, Rod Stewart, et même Jeanne Mas). Ces tubes de l’époque rempliront de nostalgie douce ou amère ceux qui comme moi ont eu dix-sept ans, cet été-là.

David, qui a l’assurance de ceux à qui la nature a tout donné, séduit le timide Alex qui fait penser au James Dean de « La fureur de vivre ». Il a comme lui le désir d’être emporté par le tourbillon de l’adolescence. Et ce tourbillon l’emportera. Avec une perversité innocente, David initie Alex à la sexualité, à la vitesse, à la fête et aux jobs d’été (il le fera travailler à ses côtés dans le magasin familial qui vend des articles de pêche et du matériel de navigation. La mer toujours). Le réalisateur utilise des métaphores sexuelles pour signifier le désir entre deux garçons. David dégaine un peigne aux allures de cran d’arrêt pour parcourir la chevelure d’Alex. Et lorsqu’il le fait monter sur son deux-roues, il lui dit : « Laisse toi aller, détends-toi ».

L’amour finit mal, en général

La station balnéaire est filmée avec réalisme, sans afféteries filmiques, sauf pour décrire les derniers jours idylliques de la liaison avant le drame, où Ozon abuse un peu des clichés: l’hôtel sur la cote, le coucher de soleil sur la mer, les baignades joyeuses, les feux de camps sur la plage… Cela provoque comme une irréalité: cet amour est trop beau, comme inventé. Kate, l’Anglaise de l’histoire, qui sera le déclencheur de la tragédie déclare : « aimer c’est inventer ».

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

À l’image de Rimbaud – autre symbole de la rébellion adolescente, avec James Dean – David veut tout explorer, le fameux « dérèglement de tous les sens ». Alex, lui, reste comme en retrait de la vie, obsédé par la mort et les rites funéraires depuis l’enfance. Il provoquera la mort de celui qui lui apprend enfin à vivre. David séduit la petite Anglaise, couche avec. Cela est insupportable pour Alex, qui s’enfuit. David enfourche alors sa mobylette pour le rattraper.

Ces deux-là avaient conclu un pacte : celui qui survivrait à l’autre devrait danser sur la tombe de celui qui l’aurait précédé dans la mort. Alex tient sa promesse et danse comme un possédé sur la tombe de David au son de « I’m sailing » de Rod Stewart, titre qui ponctue le film dans ses meilleurs comme dans ses moins bons moments.

La mer, un des personnages central de la narration, propulse Alex dans le tumulte au début du film. À la fin, elle l’apaise et la vie peut continuer.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Été 85, film de François Ozon, en salles depuis le 14 juillet 2020, 1h40.

Été 85

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Derniers Vers: 21 Dernières poésies (1872)

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Ils veulent « tokeniser » Mona Lisa…


Vendre la Jaconde et d’autres trésors français, pour nous sauver de la crise post-Covid?


Le temps est peut-être venu de vendre la France au poids.

L’option est à considérer pour un pays ployant lourdement sous des siècles d’histoire. Comme le temps est au déboulonnage des statues et que les grandes figures de notre passé ne valent plus bézef aux yeux de beaucoup de nos contemporains, il y a peut-être un coup économique à jouer, d’autant que les cours du bronze et du cuivre sont à leur plus haut. Cinq tonnes de Colbert en bronze peuvent vous payer une maison de campagne dans le Lubéron. Douze tonnes du général Lyautey dans un alliage métallique avantageux, et c’est la fortune ! À moins qu’elles soient refondues en monuments à la gloire de Yannick Noah, Assa Traoré ou Omar Sy…

A lire aussi, Driss Ghali : La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Pour sauver le pays de la crise post-Covid, nous pouvons aussi vendre à l’étranger les plus grands chefs-d’œuvre de notre patrimoine ! C’est du moins ce que défend sans rire un startuppeur débridé dans une tribune titrée « Et si on vendait la Joconde pour aider le secteur de la culture ? » Sur le site du journal Usbek & Rica, Stéphane Distinguin propose de céder le chef-d’œuvre au marché international de l’art. Rassurons-nous : même vendue, La Joconde pourrait conserver son ombre fantomatique grâce à la « blockchain » et aux outils de la « cryptomonnaie » : « On pourrait envisager de “tokeniser” La Joconde, il s’agirait alors de créer une représentation numérique d’un actif sur une blockchain. Encore plus schématiquement, ce serait un peu comme créer une monnaie dont le sous-jacent serait notre tableau afin d’en permettre la gestion et l’échange de pair-à-pair, de façon instantanée et sécurisée. » Le caractère incompréhensible de ces paroles en accroît le charme.

A lire ensuite: Usbek & Rica: n’ayez pas peur des réseaux sociaux!

Traduisons : pour le chantre de la nouvelle économie, vendre Mona Lisa serait une opportunité commerciale et culturelle : « Permettre au Louvre et à tant d’autres institutions de montrer leurs œuvres au plus grand nombre en générant des excédents, c’est moins prendre un risque qu’être à la hauteur de l’époque. »

Pas de doute, il est de son temps.

Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit!

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L’abus d’alcool est peut-être dangereux pour la santé, mais il est des douceurs qu’il faut avoir goûté…


Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit. Et c’est bien dommage.

Comme toutes les eaux-de-vie, elle a connu son heure de gloire dans le siècle coulant de 1850 à 1950. La fin de la société rurale et ouvrière, le goût pour de nouveaux produits ont délaissé le calvados. Fini l’armagnac, le cognac et le calva, les Français comptent aujourd’hui parmi les premiers consommateurs mondiaux de whisky. Le calva a une image de boisson sympathique mais brule gueule et tord-boyau. On n’en met plus dans le café, on ne prend plus de digestif. Les stocks de calvados s’accumulent dans les réserves des paysans normands, de quoi boire pour plusieurs décennies, si jamais on voulait en boire. C’est une boisson à redécouvrir, à réapprécier, comme pour les eaux-de-vie françaises et les liqueurs ; des trésors cachés et endormis dans les caves que les nouvelles générations auront tout intérêt à redécouvrir.

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson…

C’est ce que fait notamment l’entreprise 30&40 en sélectionnant des stocks de vieux calvados afin de les assembler et de les mettre en bouteille. Loin du tord-boyau d’antan, on découvre une boisson fine et délicate qui exalte les nombreuses saveurs de la pomme.

La boisson de la pomme

La Normandie est le pays des vaches, des fromages et des pommes. Plusieurs centaines de variétés existent, plus ou moins sucrées, plus ou moins amères. Des pommes à croquer, mais surtout à boire quand elles sont transformées en cidre. C’est à partir de cette base de cidre qu’est élaboré le calvados qui est, pour schématiser, du cidre passé en alambic et en fut de chêne[tooltips content= »Il est aussi possible de réaliser du calvados à partir de poiré, donc de poire, même si cette pratique n’est pas majoritaire. »](1)[/tooltips]. Le calvados, c’est l’art de la maîtrise du feu et du temps.

A lire aussi: Cidre: buvez des pommes!

Au commencement est donc le cidre, distillé à deux reprises pour donner un alcool pur et fin. Autrefois, les bouilleurs de cru passaient dans les fermes avec leur alambic sur leur carriole pour distiller les stocks de jus de pomme fermenté dont disposaient les paysans. L’alambic a toujours quelque chose de fascinant, cet immense objet de cuivre dégingandé qui suinte, siffle et chauffe et dont une opération quasi magique s’opère pour, au bout de ses tuyaux, de ses chauffes et de ses refroidissements, produire un alcool fort, incolore, mais non insipide. Des vapeurs d’eau précieusement récupérées et mises en fût de chêne. C’est là que le calva acquiert sa couleur et développe ses arômes. Par les pores des lamelles de chêne s’opère le mélange exquis entre l’air et le liquide, un mélange qui conduit à baisser le niveau, mais à accroître la qualité ; cette part des anges que l’on retrouve dans toutes les régions à alambic. L’oxygène provoque une oxydation qui détruit les arômes, mais qui peut aussi les magnifier, et c’est cela qui est recherché ici. Après le coup de main du bouilleur de cru vient la dextérité de l’assembleur pour choisir les bons liquides et les associer au mieux pour donner les meilleurs produits. La mise en bouteille finalise ce processus même si la boisson continue de se développer dans son flacon de verre.

Territoires et appellations

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson, que celle-ci soit produite dans les limites du Calvados ou au-delà. On a ainsi du calvados de la Manche, de l’Eure et de l’Orne (le Perche) et même du calvados produit en Seine-Maritime, dans cette curiosité géologique qu’est la boutonnière du Bray. Le calvados est bien la boisson de la Normandie même si les Normands eux-mêmes s’en détournent au profit des alcools d’ailleurs.

Plus fin, plus frais, plus fruité qu’un whisky, le calvados peut accompagner l’ensemble d’un repas. À l’apéritif d’abord où il éveille les papilles et délie les …

>>> Lire la fin sur le site de la revue amie Conflits <<<

Rokhaya Diallo: « Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur… »


Convaincue qu’il existe un privilège blanc et un racisme systémique au coeur de la société française, Rokhaya Diallo interroge notre histoire commune. Cette féministe décoloniale et intersectionnelle critique la France au nom même des valeurs françaises.


Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur,

Que les choses soient claires, je ne vous écris pas pour me rendre aimable à vos yeux. Lorsque je m’exprime publiquement, je ne le fais pas dans le but d’être appréciée, ma vie personnelle me nourrit suffisamment de ce point de vue. Mon objectif n’est pas non plus de ménager les sensibilités si françaises qui surgissent dès lors qu’il s’agit d’évoquer des questions relatives au racisme ou au sexisme.

Ainsi, si vous pouvez parfaitement honnir ma personne ou ce qu’elle semble incarner à vos yeux, de grâce, faites-le pour de bonnes raisons.

Les rares fois où mon regard a croisé des textes publiés dans Causeur, j’y étais vertement mise en cause, tantôt accusée de m’abreuver d’un racisme imaginaire, tantôt de vouloir asseoir la domination des minorités pour mieux éradiquer les pauvres hommes blancs étouffés dans leur culpabilité.

On a tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas

Pour commencer, l’obsession « racialiste » que vous me prêtez témoigne surtout de votre inconfort à l’évocation des questions raciales en France. Je suis une femme noire et je l’ai découvert à travers les regards, les interrogations, les suspicions ou les stigmatisations qui ont jalonné ma vie. Si aujourd’hui je suis dans une position sociale plutôt privilégiée, je n’ai pas vraiment les moyens d’oublier ma condition raciale, car il se trouve toujours une personne ou une situation pour me la rappeler. Se penser en dehors de toute considération raciale (ou raciste) est un luxe dont ne disposent pas les personnes qui encourent vingt fois plus de risques d’être contrôlées par la police (les jeunes hommes perçus comme arabes ou noirs). Quand on se voit régulièrement rejeté.e dans la recherche d’un appartement, d’un logement ou de l’accès à un loisir du seul fait de sa couleur de peau ou de son patronyme, il est difficile de s’affranchir d’une lecture de la société tenant compte du racisme. Son impact aussi protéiforme que diffus est beaucoup plus lourd que ce que la plupart des personnes qui ne le subissent pas sont prêtes à admettre. Aussi, faire comme moi le choix de mettre sa plume au service de la lutte contre les inégalités, en particulier contre celles qui font l’objet d’un déni massif, on prend le risque d’être à l’origine de rappels désagréables.

Je fais donc usage de ma position personnelle pour rappeler que la plupart des personnes minorées en France sont encore victimes d’exclusion et j’assume le fait de porter cette parole dans des espaces peu habitués à entendre des voix comme la mienne. Si cela fait grincer des dents, peu importe. Je n’aspire aucunement à devenir la fameuse amie noire qu’invoquent les gens qui ont besoin de se rassurer.

A lire aussi: Linda Kebbab: «les policiers sont les fonctionnaires les plus sanctionnés de France!»

J’estime que mon expérience me rend particulièrement légitime pour évoquer les questions raciales, que je vis dans ma chair en plus de les explorer dans mes recherches, travaux et productions artistiques. Tout comme je pense être plus qualifiée qu’un homme cisgenre[tooltips content= »Qui s’identifie au genre qui lui a été assigné à sa naissance. »]1[/tooltips] pour décrire la douleur et l’inconfort que peuvent provoquer les règles périodiques dans une société dont la priorité n’est manifestement pas d’accommoder les femmes, mais plutôt de leur vendre des produits « hygiéniques » dont la toxicité a pourtant été démontrée à maintes reprises. On est spécialiste de sa condition, car elle charpente la manière dont on appréhende le monde et nous place dans des dispositions qui nous confèrent une acuité que ne possèdent pas les personnes qui ne partagent pas ce vécu.

Me qualifier de « racialiste » est presque comique tant cela témoigne d’une inculture et d’un refus de voir la société telle qu’elle est. Je suis flattée que l’on m’accorde un tel pouvoir, mais je dois faire preuve d’humilité : les catégories que je mobilise pour décrire et dénoncer la mécanique discriminatoire existaient bien avant moi. J’imagine que de nombreuses personnes les ignoraient de manière bien commode et qu’il est plus facile de m’accuser de les inventer et d’insuffler des divisions, qui apparemment ne tiennent qu’à mon existence dans l’espace public, plutôt que de s’en prendre véritablement au mal qui ronge notre société. Tuer le messager porteur de nouvelles désagréables plutôt que d’affronter les conséquences de son annonce est un classique.

Photo: Hannah Assouline
Photo: Hannah Assouline

M’opposer un universalisme théorique alors que la réalité objective est gangrénée par les méfaits du racisme et du sexisme est une posture parfaitement hypocrite. Un universalisme incapable de nommer les problèmes et de décrire les discriminations et leurs sources est un leurre. À votre universalisme conservateur qui ferme les yeux sur les problèmes, je préfère mon universalisme qui implique la reconnaissance de tous les particuliers.

Si je parle des Blanc.he.s, c’est parce que j’en ai assez de voir le débat sur l’égalité se focaliser depuis des décennies sur les « minorités visibles » et autres « Noir.e.s ou Asiatiques de France ». Comme si elles étaient seules responsables de leur condition et seules engagées dans la dynamique raciale. Si une personne non blanche est discriminée du fait de sa couleur de peau, c’est qu’une personne blanche obtiendra le bien ou le service qui ne lui a pas été accordé. Et cette personne ne le saura probablement jamais. C’est pour cela que l’on parle de privilège blanc. Il ne s’agit pas de dire que toutes les personnes blanches vivent dans un luxe insolent, mais que leur couleur de peau seule ne sera jamais un obstacle pour avancer dans notre société, et qu’elle constitue même un avantage par rapport à des personnes qui, elles, savent que leur couleur de peau constitue un désavantage certain. À conditions égales, il est évident que le fait d’être blanc est plus favorable dans quasiment toutes les circonstances quotidiennes. Et surtout quand on est blanc, on a le choix de ne pas penser à sa couleur de peau, car elle ne nuit jamais à son évolution sociale.

Par ailleurs, je ne souscris pas à ce discours qui ne considère que la classe sociale, car elle ne préserve personne du racisme qui frappe, quelle que soit la position sociale (pensons à notre ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira).

La question raciale n’est évidemment pas la seule clé de lecture des inégalités qui s’expriment aussi sur le plan socio-économique, ou à travers le sexisme, l’homophobie ou encore le validisme[tooltips content= »Oppression et discriminations des personnes vivant en situation de handicap. »]2[/tooltips]. Mais cette question est transversale, elle ne concerne pas qu’une partie de l’échiquier politique. Contrairement à ce qui dominait l’antiracisme des années 1980, je ne crois aucunement que la gauche soit miraculeusement hermétique à tout racisme, et que seule l’extrême droite pose problème. Cette idéologie qui gangrène une société n’est pas celle d’un camp. Oui, vous avez bien lu, je crois en l’existence d’un racisme systémique, qui n’est pas le seul fait de quelques individus problématiques, mais le fruit d’une histoire. Comme aux États-Unis. Nos pays sont certes différents, ne serait-ce que parce que la violence policière, voire la violence en général, est autrement plus endémique en Amérique. Il n’est pas besoin d’« importer » la grille de lecture des États-Unis sur la France, ce dont on m’accuse souvent : en matière de racisme, la France se débrouille très bien toute seule.

A lire aussi, notre enquête: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Nous avons une histoire esclavagiste et américaine qui est encore lisible dans la constitution même de nos territoires. Si des départements français sont situés sur le continent américain ou dans l’océan Indien, c’est bien parce que la France était une importante puissance esclavagiste. Nombre de nos concitoyen.ne.s sont les descendant.e.s de personnes torturées par l’esclavage. Et si l’esclavage français m’intéresse en premier lieu, c’est parce que je suis française : c’est notre histoire commune que j’interroge en priorité. Il me semble très périlleux de tenter d’extraire notre pays de cette réalité historique et d’affirmer que cette histoire ne produirait pas de conséquences sur nos vies actuelles.

La France a été condamnée à maintes reprises par des juridictions internationales et nationales du fait de pratiques racistes dans la police, sans que cela ne donne lieu à aucune décision politique annonçant une quelconque intention de changer quoi que ce soit. C’est donc bien l’institution qui refuse de remettre en question ses pratiques racistes, ce qui démontre donc une tolérance voire une complicité active avec un racisme évident.

Je pourrais poursuivre ma démonstration et l’agrémenter de dizaines d’exemples, mais je crois que le sujet est ailleurs. Nous vivons dans un pays qui, à travers les fictions produites sur les écrans et dans sa littérature, est incapable de se représenter tel qu’il est, et qui, quand il présente des visages non blancs, persiste trop souvent à les cantonner dans des récits relatifs à une réalité liée à la banlieue ou à la migration. Cette absence est aussi perceptible sur les plateaux de télévision, où parfois même les débats relatifs au racisme se déroulent entre Blanc.he.s. C’est cette France du déni peu habituée à la remise en question que j’interpelle sans relâche. Cela suscite de l’inconfort, car on a plutôt tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas. En tant que Française, je me sens parfaitement légitime pour critiquer mon pays. Je le rappellerai aux principes dont il m’a abreuvée aussi souvent qu’il le faudra.

A lire ensuite: Le Canossa permanent

Je n’imagine pas vous avoir convaincu.e.s de la pertinence de mes arguments, mais espère que vous prendrez la peine de critiquer mes idées en prenant connaissance de mes travaux au lieu de vous contenter de commenter quelques tronçons de phrases collectés çà et là par mes détracteurs. J’aimerais que dans votre opposition, vous fassiez preuve de respect pour ce que je dis réellement et que vous vous astreigniez à un minimum de discipline intellectuelle.

Si vous vous sentez personnellement attaqué.e.s à chaque fois que je dénonce les dysfonctionnements de mon pays, si vous avez l’impression que mes reproches vous visent en tant qu’individus, posez-vous les bonnes questions.

Oui, j’écris en écriture inclusive, désolée si ça vous pique les yeux, mais je crois qu’il est bon de savoir sortir de sa zone de confort. Disons que c’est pour votre bien.

Mes salutations cordiales,

Sale temps pour les Traoré


Entre révélations embarrassantes et révolte populaire 2.0 (#onveutdesnoms), on dirait que le vent tourne pour la famille qui voulait mettre la France à genoux.


On ne salit pas les morts. À cette règle, je trouve néanmoins nécessaire d’ajouter qu’on ne doit pas les instrumentaliser. Depuis des années, la famille Traoré réécrit l’histoire, faisant passer l’État pour une machine totalitaire, et peignant le défunt Adama comme le gendre idéal, alors que Le Point nous livre d’étonnantes informations sur les viols dont il est soupçonné.

En parallèle, la France qu’on voudrait humilier – celle qui s’oppose aux injonctions d’une sempiternelle repentance –, silencieuse, périphérique, coupable car blanche, a contre-attaqué. Sur Twitter, elle a depuis plusieurs jours réussi à noyer la propagande du clan Traoré et autres associations racialistes en diffusant les hashtags #laracailletue, #stopauxtraore ou encore #onveutdesnoms. Lassés de voir la réalité travestie, des milliers de citoyens ont finalement pris à leur propre jeu les obsédés de la race.

L’affaire Traoré, feuilleton sans fin

Chaque matin viennent à nos oreilles de nouvelles révélations sur l’affaire Traoré et sa nébuleuse. Nous avons sur Causeur mis en lumière le passé professionnel confondant de la sœur Assa. Autour d’elle s’agite une troupe nombreuse, fruit d’une polygamie qui je le rappelle est interdite par la loi française, mais que la justice de notre pays a condamnée pour bien d’autres motifs.

À lire aussi : La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Adepte des causes épiques, je doute que même notre nouveau garde des Sceaux aurait accepté de représenter un tel dossier. Celui d’une mort malheureuse, mais pour laquelle quatre expertises ont confirmé l’innocence des gendarmes. Celui d’une prétendue victime au casier judiciaire généreux, qui le jour de son décès a tenté d’échapper deux fois aux forces de l’ordre, et dont on apprend cette semaine que le co-détenu qui l’accusait de viol a été indemnisé (à hauteur de 15 000€). Forcer un homme à pratiquer une fellation entre deux manettes de PlayStation et sous la menace d’une fourchette aurait pu inspirer une belle photo à Robert Mapplethorpe, mais là il faut bien avouer que ça fait tache !

La « fachosphère » n’exige pas le rétablissement de la peine de mort, mais de la vérité

C’est dans un contexte de défiance vis-à-vis de la police – et même de toute une population blanche – instauré par le Comité Vérité et Justice pour Adama, que des voix dissonantes se sont élevées. Les faits à l’origine de ce sursaut sont barbares, ils symbolisent l’hyperviolence devenue quotidienne et ont ôté la vie à des innocents : il s’agit du meurtre du chauffeur de bus Philippe Monguillot à Bayonne, de la gendarme Mélanie Lemée fauchée lors d’un contrôle routier, et de la jeune aide-soignante Axelle Dorier dont le corps a été trainé sur 800 mètres le weekend dernier à Lyon. Ces trois victimes ont été gratuitement mises à mort. Devant l’horreur, les internautes ont exigé des noms ; puis les ont rapidement obtenus. Et là, patatras : tous les noms des participants semblaient être à consonance étrangère. Ces crimes, s’ils avaient été commis envers des Noirs ou des maghrébins, auraient évidemment réveillé la meute racialiste, étonnamment inerte face à ces récents assassinats. Dans la logique des Traoré et consorts – qui trient les citoyens selon la couleur de leur peau –, ce constat aurait dû à nouveau mettre le feu aux rues. Tout cela produit l’inverse de l’effet escompté : à vouloir tout traiter par le prisme de la race, ce sont finalement les minorités qui sont exposées au ressentiment.

Cette bataille autour des noms est également la conséquence d’une exaspération face à la manière dont les grands médias rapportent ce type de dossiers. Des internautes ont exhumé une vidéo surréaliste de l’émission 28 Minutes sur Arte, où les intervenants nous expliquent sans vergogne qu’il est de coutume, pour évoquer les bourreaux, de remplacer les prénoms susceptibles de réveiller le populisme par des prénoms de Français que les indigénistes considèrent comme « privilégiés ».

C’est la rue qui tue. Pas la police

En opposition au fantasme de racisme systémique hurlé par celle qui se rêve en Rosa « Traoré » Parks – version toc –, appuyons-nous sur du factuel. En ces temps de cathédrales qui brûlent, il est nécessaire je crois de « remettre l’église au milieu du village ». Il parait que la police tyrannise les minorités ? Bruno Pomart, maire et instructeur du Raid, nous livre une toute autre réalité : chaque année, ce sont 600 policiers qui sont blessés par arme ! À croire que quand on tient à son intégrité physique, il vaut mieux être un voyou de banlieue que porter l’uniforme.

À lire aussi : Quand la manif pour Traoré fait chou blanc

Dans son rapport de 2019, l’IGPN enregistre 19 décès, précisant que plus d’un tiers résultent « du comportement direct du particulier ou de son état physique », et que la mort n’est pas forcément occasionnée par l’intervention des policiers, mais peut être provoquée par une cause exogène. Il est également nécessaire d’indiquer que parmi ces « martyrs » sont comptabilisées des personnes qui se sont suicidées, qui ont perdu la vie en prenant la fuite, ou encore qui venaient de perpétrer un attentat (!). Ces chiffres viennent balayer la théorie selon laquelle notre police pratiquerait l’épuration ethnique, comme l’atteste Camélia Jordana. Mais là où la starlette qui s’improvise procureur pourrait parler avec justesse de « massacre », c’est en évoquant les homicides recensés en France : 970 rien que pour l’année 2019 ! Le « pire bilan qu’on ait vu depuis des années », d’après Alain Bauer. La faute à la police, Madame Jordana ?

Quant à Madame Traoré, la lutte qu’elle mène doit être éreintante. Enfanter le faux du vrai exige d’immenses ressources, et elle parait très fatiguée dans ses récentes interviews. Ne serait-ce pas le moment idoine pour prendre un nouveau congé ?

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Cet été, je roule en SM!

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Rassemblement à La Ferte-Vidame en 2019 pour les cent ans de la marque aux chevrons © GUILLAUME SOUVANT / AFP

En 1970, une Citroën à moteur Maserati réinvente le luxe à la française


La SM, c’est l’histoire de notre pays. Splendeurs et Misère. Du talent, de l’audace, des ingénieurs de haut niveau, des envies de conquête, un style époustouflant et puis, la machine économique s’enraye, ratatine et stoppe sur le bas-côté, feux de détresse allumés. Ou comment produire l’un des plus beaux objets roulants de ces cinquante dernières années sans en tirer aucun bénéfice financier. L’échec industriel ne la rendrait-elle pas encore plus désirable ? Chez nous, les losers magnifiques, les tenants du jeu offensif, les créateurs incompris conservent une place de choix dans le cœur des patriotes.

Désinvolture aristocratique

La SM, c’est la France qui perd avec flambe et désinvolture aristocratique. Cette automobile est de la race des seigneurs. On n’aime pas les techniciens trop froids et les voitures sans âme. On se moque même un peu de cette fiabilité austère et des carrosseries bestiales venues d’Outre-Rhin. Si la rigueur nous fait souvent défaut, nous ne manquons pas de panache dans la défaite. En termes d’image, la SM demeure cette pièce de maître construite à moins de 13 000 exemplaires en cinq ans, une voiture d’artiste qui se suffit à elle-même. Pourquoi vouloir absolument la démarrer ? Pourquoi rouler avec ? Quelle drôle d’idée !

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Sa fluidité s’observe à l’arrêt. Sa souveraineté explosive s’exprime par des lignes étranges et pénétrantes, une réinterprétation de l’esprit Grand Tourisme passé entre les mains expertes d’un peintre cubiste. Un air déstructuré et follement gracile. Avec elle, prendre la route est illusoire, presque obscène. Aujourd’hui, tous les collectionneurs veulent en posséder une, juste pour la regarder dans leur garage, chaque soir, avant de s’endormir. La SM, c’est une vamp qui vous harcèle et dont le souvenir entêtant est aussi douloureux que délicieux. Elle dit beaucoup de notre identité et donc, de nos faiblesses intérieures. Selon la légende, ce bijou de famille n’aurait pas eu de chance. « Fatalitas » aurait crié Chéri-bibi à son passage, lui aussi était poursuivi par la déveine.

Du gringue aux propriétaires de Jaguar

Quand la SM est présentée en mars 1970 au Salon de Genève, ce coupé de prestige a tout pour plaire. On doit sa silhouette à l’esthète Roger Opron et il associe les solutions innovantes de Citroën à une mécanique V6 rageuse en provenance des usines Maserati. Les Chevrons de Javel ont racheté le Trident de Bologne en 1968 et piochent dans la banque d’organes. La concurrence tremble : suspension hydropneumatique, direction à assistance hydraulique variable à rappel asservi, trois carburateurs à double corps Weber, une calandre avec six projecteurs sous verrière forcément sublime et j’en passe. Elle fait carrément du gringue aux propriétaires de Mercedes et de Jaguar. La bourgeoisie n’a pas peur de descendre à Saint-Tropez ou de parader au casino de Deauville, à son volant.

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Les mannequins se retournent dans la rue. Les playboys habitués aux sirènes italiennes chanteraient bien la Marseillaise cet été. Les minets du Drugstore lui trouvent un air canaille oubliant que Citroën fabrique également la 2CV camionnette à son catalogue. Elle gagne le Rallye du Maroc et séduit une riche clientèle américaine, curieuse et éclairée. Et patatras, la crise du pétrole lui coupe les ailes en plein vol, les normes environnementales jouent les oiseaux de mauvais augure, sans oublier quelques soucis impardonnables pour une voiture à ce prix-là. A l’usage, la SM se révèle capricieuse, gourmande, emmerdante et terriblement attachante. Ce qui devait être le vaisseau amiral d’une Reconquista du haut de gamme, le retour gagnant de la France sur les terres abandonnées du luxe (Bugatti, Facel-Vega, Delahaye, Delage, etc…), laisse plus de regrets que d’amertume.

Les SUV ne gouverneront pas la planète

Car, cette SM existe et son aura n’en finit plus de s’infiltrer en nous. Elle a nourri plusieurs générations qui refusent la laideur et qui veulent croire à l’exception française. Les SUV ne gouverneront pas la planète.

Elle est le témoignage qu’une troisième voie est possible, qu’une voiture ne répond pas uniquement à des impératifs de rentabilité immédiate et que le temps n’a pas de prise sur elle. La SM est l’illustration de notre fameux art de vivre qu’on invoque à tort à travers. Elle a l’élégance des films de Sautet, l’érotisme d’une chanson de Gainsbourg et la grâce de Dominique Sanda.

Découvrir ce modèle légendaire sous toutes les coutures sur le site du constructeur.

Mythologies automobiles

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Éloge de la voiture

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Avec Pierre Geronimi, la glace prend le maquis

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Pierre Geronimi, un génie du froid, inventeur de la glace au champagne, les bulles étant enfermées dans une meringue à l'italienne © Sylvain Alessandri

Le secret des glaces d’exception est dans la maîtrise absolue de la température. Combinant toutes les nuances du froid avec les parfums de sa Corse natale et du monde entier, Pierre Geronimi propose des créations sublimes dignes d’un véritable alchimiste.


Une petite histoire de la glace

Dans l’Antiquité, les Grecs et les Romains aimaient mélanger de la neige immaculée à du jus de fruit, du miel et du moût de raisin. Alexandre le Grand et Néron étaient friands de ces desserts d’un luxe inouï. Pour fabriquer ces ancêtres de nos sorbets (le mot vient de l’arabe « chorbet »), il fallait en effet organiser en plein hiver de véritables expéditions, au sommet des montagnes et des volcans (comme l’Etna) où la glace était très pure. Puis s’efforcer de conserver celle-ci avec du salpêtre dans des grottes ou des puits, sous de la paille et de la fourrure.

« Je veux absolument rencontrer le type qui a fabriqué ce brocciu, lui dis-je avec enthousiasme. – Impossible. – Pourquoi ça ? – C’est Yvan Colonna… »

Qui fut l’inventeur de la crème glacée, à base de bon lait et de bonne crème ? Nul ne le sait à ce jour. On raconte que Catherine de Médicis s’en délectait à Florence et l’aurait apportée à Paris en 1533. La mode des glaces fut vraiment introduite en France vers 1660 par un certain Procopio Coltelli, né à Palerme en 1651 et mort à Paris en 1727, à qui l’on doit le fameux café Procope, fondé en 1686. La première glacière de la capitale fut donc créée à cette époque (à l’actuel emplacement de la rue de la Glacière !) dans des carrières proches de Montsouris où l’on stockait la glace des étangs gelés de la Bièvre…

Un pur produit de la Corse

Il existe aujourd’hui plusieurs bons artisans glaciers, mais le plus précis et le plus créatif est peut-être le Corse Pierre Geronimi. Je n’oublierai pas ma première visite chez lui, à Sagone, à une trentaine de kilomètres au nord d’Ajaccio. Son laboratoire, fondé en 1969 par son père, lui-même artisan-glacier, est situé face à la plage, entre la mer et le maquis. Quand on entre, on sent les parfums de tous les beaux produits de Corse qui arrivent ici chaque jour : melons de Pascal Colombani, miel de Florence Marsili, praliné d’Alexia Santini, safran d’Anna Nocera, immortelles de Paul et Jean-Pierre Caux (que les femmes, naguère, utilisaient en sorbet pour effacer les rides et les plaies du visage), sans oublier les fulgurants citrons, pamplemousses et autres figues de barbarie cultivés sur la côte orientale de l’île…

Pierre Geronimi n’utilise que des produits frais d’exception et met un point d’honneur à ne pas faire ses glaces à partir de purées de fruits industrielles (contrairement à 95 % des « glaciers »). Il gratouille donc lui-même ses gousses de vanille bleue de la Réunion, dénoyaute ses cerises et ses abricots, et s’en va en Sicile commander ses amandes et ses pistaches, sans oublier le citron noir d’Iran au goût envoûtant, la datte medjool, l’ail confit d’Aomori au Japon, les raisins de Sorrente, le rhum du Venezuela, les chocolats grands crus de la maison Bonnat à Voiron, etc.

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La première glace qu’il me fit goûter était à base de brocciu (un fromage frais corse au lait de brebis, puissant et épicé). Une merveille absolue, à la fois crémeuse et parfumée, qui donne l’impression d’être au cœur du maquis. « Je veux absolument rencontrer le type qui a fabriqué ce brocciu, lui dis-je avec enthousiasme. – Impossible. – Pourquoi ça ? – C’est Yvan Colonna… »

Un génie du froid

Pour faire connaître ses glaces exceptionnelles, Pierre Geronimi a créé un autre laboratoire sur le continent à Seyssins, près de Grenoble, avec son fidèle ami Jean-Jacques Domard, qui applique à la lettre toutes ses recettes.

Notre Corse est en effet un génie du froid, un technicien hors du commun qui, comme les chefs japonais, sait qu’entre le « trop froid » et le « trop chaud » il existe une infinité de nuances et de stades intermédiaires. Comment fixer la quintessence d’un produit dans le froid en restant au plus près de son goût naturel et sans ajouter de sucre ? À quelle température et pendant combien de temps une vanille doit-elle infuser pour délivrer tout son parfum ? Ces questions, il n’a cessé de se les poser, depuis que son père lui a passé le relais, il y a près de trente ans.

Glace au brocciu, au poivre de Timut et à l'huile d'olive... un accord fabuleux. © Sylvain Alessandri
Glace au brocciu, au poivre de Timut et à l’huile d’olive… un accord fabuleux. © Sylvain Alessandri

Le chocolat et le café, par exemple, il les fait macérer une nuit entière dans la meilleure crème fraîche possible à 50 degrés, la pistache à 60, le praliné à 80… « Mon but est ainsi d’obtenir une texture crémeuse et moelleuse qui éveille les papilles et exalte le goût pur du produit. »

Côté sorbets, la plus grande précision est de rigueur : « La marjolaine sauvage infuse douze minutes à 60 degrés : plus, le produit est mort. »

Alors que la mangue se suffit à elle-même, d’autres produits ont besoin d’être mariés pour exprimer leur potentiel, comme le gingembre et la passion, la tomate jaune et le romarin, le poivre et l’huile d’olive, la pêche et la verveine…

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Une fois la macération accomplie, Pierre évite d’ajouter trop de sucre : « Je ne veux pas que les gens aient soif après avoir goûté mes sorbets ! Ils doivent désaltérer, comme le sorbet à la grenade, au melon ou à la pastèque. Mon préféré, c’est le sorbet au pamplemousse corse, le plus difficile à faire, car je n’ajoute pas de sucre pour le stabiliser. »

Il verse alors ses crèmes ou ses sorbets dans sa macchine per gelato fabriquée près de Bologne en Italie, « une vraie Rolls-Royce qui permet de programmer la température de froid adaptée à chaque produit, ainsi que la vitesse de rotation de la pale afin d’obtenir la texture que je souhaite. L’air foisonne dans les cylindres horizontaux et donne du volume à la glace. Le truc ? Plus il y a d’air, plus on fait des économies, et moins il y a de goût ! C’est le principe de la glace italienne industrielle… Chez moi, c’est tout le contraire : un minimum d’air pour un maximum de goût. »

Après huit ou dix minutes de turbinage, la crème sort de la machine à moins trois degrés : c’est à ce moment-là que les parfums et les goûts de la glace sont à leur paroxysme !

En janvier 2017, les admirateurs parisiens de ce Napoléon de la glace avaient eu la joie de le voir ouvrir une boutique rue Férou, en lieu et place des éditions de l’Âge d’Homme, entre la place Saint-Sulpice et le jardin du Luxembourg. Mais ce quartier de rêve s’est révélé être un biotope plus complexe que le maquis corse… Son salon de glace, qui n’avait pas l’heur de plaire à certains habitants, est donc momentanément fermé. En attendant sa réouverture, ici ou ailleurs, on pourra déguster ses merveilles au Fouquet’s, ou à L’Arbre à Café, 61 rue Oberkampf.

Découvrez les créations de Pierre Geronimi sur son site.

Alice McDermott, un chef-d’œuvre en quarante pages

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Alice McDermott Photo © JOEL SAGET / AFP

Lire en été : au hasard des bouquinistes, des bibliothèques des maisons de vacances, des librairies, le plaisir dilettante des découvertes et des relectures, sans souci de l’époque ou du genre.


Parfois quarante pages suffisent. Elles suffisent pour rendre compte de toute une existence dans sa complexité, ses contradictions, ses bonheurs, le scintillement des moments qu’on n’oublie plus, des images qui nous accompagnent jusqu’à la fin. C’est la magie de la nouvelle, pour qui sait s’en servir car sa brièveté est inversement proportionnelle à sa difficulté. C’est la magie de Jamais assez d’Alice McDermott qui vient de sortir dans la collection « La nonpareille » des Editions de la Table Ronde.

On connaît trop de nouvelles qui ne sont qu’un manque de souffle et de nouvellistes qui se rêvaient marathoniens et ne sont même pas de bons sprinteurs. Les nouvelles les plus difficiles ne sont pas non plus forcément celles qui reposent sut une chute, un « twist » comme on dit au cinéma, ce qui est le cas de la plupart des auteurs de nouvelles fantastiques ou noires. Hemingway ou Morand, Katherine Mansfield ou Nabokov ont ainsi su, à l’occasion, faire de la nouvelle un simple moment, un simple croquis d’atmosphère, sans la recherche d’un effet particulier ou extraordinaire. L’antithèse magnifique de ces nouvellistes, par exemple, ce pourrait être Edgar Poe qui précisément utilise ses Nouvelles extraordinaires pour nous faire atteindre un point de non retour dans la peur et même la terreur, – que l’on songe au décidément indépassable « Portait ovale ».

Une gourmande

S’il y a un point de non retour dans Jamais assez d’Alice Mc Dermott, c’est celui du temps. Il avance inéluctablement pour l’héroïne qui ne sera jamais nommée sans doute parce que pour un observateur un peu superficiel, sa vie est celle de tout le monde. C’est vrai, mais le talent d’Alice Mc Dermott, c’est finalement celui de Flaubert dans sa nouvelle Un cœur simple : comprendre que la vie apparemment la plus ordinaire est évidemment unique, irréductible par sa singularité. Autant la Félicité d’Un cœur simple était marquée par un destin morne, un abrutissement lent et un désir d’aimer toujours refoulé, autant l’héroïne d’Alice Mc Dermott est au contraire illuminée par une authentique disposition au bonheur, à la joie de vivre et à une sensualité protéiforme et innocente qui nous donne envie de la connaître et dont on sait qu’on ne l’oubliera plus.

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On peut penser qu’elle est petite fille au moment de la seconde guerre mondiale quand commence Jamais assez et qu’elle nonagénaire quand on la laisse dans son appartement finir un dernier pot de glace devant la télé. Car la glace aura été la grande passion de sa vie, le fil conducteur sucré d’une vie gourmande et heureuse. Alice Mc Dermott procède par ellipses subtiles pour nous faire passer de la gamine qui est chargée de rapporter les coupes dans la cuisine après le dîner familial du dimanche soir à la jeune adolescente avec son « problème de canapé » puisqu’on la retrouve trop souvent avec des garçons qui la lutinent, puis à la mère de famille nombreuse, heureuse en ménage et enfin à la veuve surveillée par ses enfants et ses petits enfants à cause de cette gourmandise qui ne la quitte pas.

Aptitude au plaisir

Alice Mc Dermott, née en 1953, couverte des prix les plus prestigieux aux Etats-Unis et prix Femina étranger en 2018 pour La Neuvième Heure, a réussi une manière d’exploit qui est une introduction idéale à son œuvre. Son personnage nous a fait penser à cette anecdote de Stendhal qui raconte dans son journal comment une belle milanaise à la Scala, dégustant à l’entracte un sorbet, s’exclama : « Quel dommage que ce ne soit pas un péché ! » ce qui finalement n’étonne pas de cette romancière qui ne fait pas mystère de son catholicisme, même critique.

Son personnage, dans Jamais assez nous rappelle aussi que l’aptitude au plaisir est une grâce et une manière de célébrer la création, loin de tous les puritanismes : « Pêche, fraises et vanille. La valeur sûre. Brownie, noix de pécan caramélisées, menthe-pépites de chocolat. Quatre-vingt dix ans passés, et malgré tout, encore maintenant, la dernière chose qu’elle ressent à la fin de chaque journée, c’est son envie d’enrouler les jambes autour de lui, autour de quelqu’un. »

Jamais assez d’Alice McDermott (La Table Ronde, collection La nonpareille, traduction de Cécile Arnaud)

Jamais assez

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Simon Edelstein: vie et mort des salles de cinémas

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France © Simon Edelstein Ed. Jonglez.

Le billet du vaurien


Simon Edelstein, archéologue d’un genre nouveau, est parti à la recherche de ces cinémas aux façades majestueuses qui se fossilisent et se décomposent dans l’indifférence générale. Pour qui a découvert le septième art dans les années cinquante, pour qui a fait de la critique de cinéma dans les années soixante, c’est mon cas, pour qui le cinéma était pratiquement une religion (au même titre que la psychanalyse), pour qui Éric von Stroheim et Sigmund Freud étaient des dieux, pour qui a dansé avec Ginger Rogers et Fred Astaire, rêvé de Louise Brooks, séduit Nathalie Wood dans la Fièvre dans le sang, sans oublier les innombrables et irrésistibles nymphettes en celluloïd qui lui révélaient sa sexualité, le monde du cinéma est devenu d’une austérité et d’une prétention qui lui enlèvent toute envie de se rendre dans ces cathédrales de la volupté qu’étaient alors les salles de cinéma.

La mort de Dieu pourquoi pas, mais pas celle des salles obscures !

On s’accommodait fort bien de la mort de Dieu et de la fin de la littérature, mais que les temples du plaisir, de tous les plaisirs, tant sur l’écran magique que dans la salle, puissent un jour disparaître pour être remplacés par des églises évangélistes, des mosquées ou des magasins de fringue, voire laissés à l’abandon, voilà ce que dans nos pires cauchemars nous n’aurions jamais envisagé. Et pourtant….

Maroc © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
Maroc © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
France © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
France © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
Suisse © Simon Edelstein Ed. Jonglez.
Suisse © Simon Edelstein Ed. Jonglez.

Et pourtant, on a beaucoup glosé sur la mort du cinéma en tant qu’art, comme du déclin de la psychanalyse : ils apparaissent à la fin du dix-neuvième siècle et leur lente agonie date des années quatre-vingt. Inutile d’y revenir. On lit Freud comme on lit Saint-Thomas d’Aquin aujourd’hui et je défie quiconque de me citer dix grands films muets. Un cinéaste suisse, Simon Edelstein, né lui aussi en 1941, avait pressenti la catastrophe à venir. Et il a eu l’idée géniale de photographier, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Afrique, en Inde ou en Europe, ces cinémas abandonnés exhibant parfois encore les stigmates de leurs splendeurs passées.

Par exemple, le Roxy à New-York, le plus grand cinéma du monde datant des années vingt qui accueillait six mille spectateurs à la fois, un nombre qui justifiait une équipe de 300 personnes. La salle avait été inaugurée en 1927 par un film avec Gloria Swanson. Et c’est elle, la star de « Sunset Boulevard » avec Éric von Stroheim qui dans les années soixante posera en robe de soie noire avec un boa rouge autour du cou pour « Life » au milieu des ruines du Roxy. Cette image qui a fait le tour monde a été un déclic pour Simon Edelstein : il a pris conscience qu’un patrimoine du vingtième siècle était en train de mourir sans que nul ne s’en soucie.

lausanne-petite-dame-capitoleCinémas transformés en églises…

Ces cinémas, souvent d’une audace architecturale et d’une beauté explosive, photographiés par Simon Edelstein, sont devenus les conservatoires de bonheurs évanouis qui ne ressusciteront jamais, pas plus que notre jeunesse d’ailleurs. Signe des temps, de nombreux cinémas – plus de cinq cents aux États-Unis – se transforment en églises de toutes sortes.

La Croix remplace alors le nom glorieux de la salle : adieu la Fox, bonjour Jésus. Il arrive que le cinéma, en France notamment, appauvri par sa fréquentation toujours plus faible, résiste en divisant ses salles pour créer des complexes à l’architecture impersonnelle. Oui, comme on le constate en feuilletant l’album d’Edelstein, la laideur architecturale a de beaux jours devant elle. Aurais-je encore du plaisir à y voir les films qu’on y projette ? J’en doute.

Simon Edelstein, Le crépuscule des cinémas. Ed. Jonglez.

Le crépuscule des cinémas

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© Ed. Jonglez.
© Ed. Jonglez.

La ROPA est bien l’antichambre de la GPA

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Nouveau-né Image d'illustration Tim Bish / Unsplash

Les faillites et les chômeurs se multiplient, les avions sont cloués au sol et la dette publique explose, mais pour le projet de loi de bioéthique, «on ne peut plus attendre» considère son rapporteur, le député En Marche Jean-Louis Touraine. Dans cette loi qui arrive en deuxième lecture à l’assemblée, l’amendement de la ROPA est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Explications


Le premier ministre Castex a reporté la réforme des retraites et de l’assurance chômage à 2021 car « la priorité des priorités, c’est l’emploi ». Pour le député Jean-Louis Touraine, l’urgence est à la loi bioéthique, qualifiée « de rupture dans l’urgence sanitaire » par son rapporteur. Aucun membre du gouvernement ne s’était déplacé, le 1er juillet dernier, pour la séance de la Commission qui lui était consacrée. La semaine prochaine sera donc débattue en seconde lecture la loi bioéthique (dont la PMA pour toutes).

Le corps des femmes méprisé

La suppression de l’article 1 proposé par le Sénat (« il n’y a pas de droit à l’enfant ») donnait le ton : l’enfant n’est plus sujet de droit mais devient l’objet de droits. Depuis, l’amendement concernant la ROPA[tooltips content= »La méthode ROPA, pour «réception d’ovocyte du partenaire», est décriée car jugée très proche la gestation pour autrui NDLR »](1)[/tooltips]  a été voté le 30 juin. Ce n’est pas un gadget. Cette technique qui fait de deux lesbiennes deux « mères » (puisque l’une donnera ses ovocytes que sa compagne portera dans son utérus), ou qui permet « le don dirigé » d’un transgenre vers son conjoint, est loin d’être une chimère. Faisant de l’enfant un bien partagé, la ROPA permet de résoudre le problème de la co-maternité. Elle est surtout l’antichambre de la GPA. Elle plonge ses racines dans l’Histoire sainte à laquelle le professeur Touraine – pourtant grand amateur de mythes bibliques – aurait pu se référer. Que le lecteur relise donc l’histoire du jugement de Salomon dans le Livre des Rois.

Cette loi bioéthique réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré, à un objet d’expérimentations

Je laisse de côté ce qui n’est pas nouveau : la suppression du consentement du conjoint pour le don de sperme (bravo), la suppression de la mention de l’homme dans les articles sur la filiation, la conservation des ovocytes mettant la femme sous domination de son employeur. A lire le mépris jamais atteint avec lequel est traité le corps de la femme, on se demande comment Madame Schiappa ne réagit pas avec la fougue qu’on lui connaît à cette loi qui est une atteinte à la dignité du corps de la femme. Car cette loi bioéthique, si elle néantise l’embryon, réduit le corps de la femme à un matériau dont le médecin et la technique disposent à leur gré : un objet d’expérimentation pour la recherche scientifique.

Une technique éprouvante et non sans danger

Tout le monde sait qu’une PMA par FIV avec son mari est déjà éprouvante. Dans son livre Made in labo, Dominique Folscheid montre qu’une femme est prête à tout pour « avoir » un enfant. Même faire l’amour à l’aveugle avec un inconnu dans un laboratoire. Que dire des autres techniques procréatives à laquelle une femme, sous influence, se soumet ! Car si Madame Schiappa parle des femmes battues et sous emprise de leur conjoint, que dire des femmes en mal d’enfant sous l’emprise de la technique médicalisée et coachée, à qui on fait miroiter une chose insensée, au risque de leur vie ? Qu’elle interroge les généticiens, Madame Alexandra Caude-Henrion, par exemple, directrice de recherche à l’INSERM de l’hôpital Necker. La ROPA propose une technique très éprouvante et dangereuse.

La vérité vraie est que nous sommes dans un monde qui a perdu la raison. Jugeons plutôt : avec la PMA, plus de père. Avec la ROPA, on a une mère coupée en deux. Le rêve transhumaniste se réalise, ainsi que la domination absolue de l’esprit sur le vivant, devenu de plus en plus virtuel. Cela faisait belle lurette que les laboratoires faisaient ce qu’ils voulaient du matériel humain, et que l’embryon (dont le cœur bat, rappelons-le, de manière autonome, à 21 jours) était instrumentalisé.

Véran absent sur le dossier

De même que, par la force des choses, dans un mariage lesbien, il n’y a pas de présomption de paternité, avec la ROPA, c’en est fini de l’adage « mater semper certa est. »  Qui est mon père, se demandait l’enfant dans la PMA. Qui est ma mère ? demandera, en même temps, l’enfant pris entre deux mères. Le transhumanisme est là avec l’enfant made in labo : l’homonculus, la créature de Faust, créé dans une cornue d’alchimiste, grâce à Méphisto et mise à disposition de tous les chercheurs. Sauf qu’Homonculus, dans le Faust de Goethe, n’est pas viable. On se souvient que tout le monde nous disait hier : « la PMA mais la GPA, jamais ! » On allait veiller au grain ! Avec la ROPA, la porte est ouverte sans effort à la GPA à laquelle certains députés ne sont pas hostiles. Sauf qu’un obstacle demeure qui est de taille quoi qu’on dise : l’accès aux origines. En témoigne l’histoire des époux Kermalvezen dont l’action en faveur de la levée de l’anonymat n’est pas tout à fait convaincante.

Les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif!

L’accès aux origines, reste donc bien une pierre d’achoppement. Partiel, il est insatisfaisant. Sa suppression est un abus de droit. La France se trouve donc dans un guêpier juridique. Si elle finalise la loi de la PMA sans la levée de l’anonymat, elle viole l’accord signé avec la Convention des droits de l’enfant (CIDE) et  désobéit à la CEDH stipulant que tout être humain a le droit d’avoir accès à ses origines. D’un autre côté, la levée de l’anonymat est devenue inutile avec les recherches génétiques sur internet. Surtout, le don de sperme, fait à l’insu de son conjoint (re-bravo) met fin à la paix des familles. Face à cette impasse d’une « non loi », le gouvernement veut accélérer le tempo. Croit-il échapper ainsi aux difficultés, d’autant que les opposants ne désarmeront pas ? La désinvolture affichée du ministre de la Santé, absent le premier juillet à la Commission parlementaire n’est-elle pas apparente ?

Une dérive inouïe

La « fenêtre d’Overton », du nom de celui qui l’a mise en œuvre, est une technique de manipulation des idées et du discours. Elle est utilisée dans les démocraties afin de légaliser tout et n’importe quoi, en s’appuyant sur la science, les médias et les lobbys. L’idée, c’est d’ouvrir la fenêtre sur un impensable – ici la « procréation » de deux femmes sans union sexuelle et la procréation sans sexe -, de le faire passer à l’acceptable, puis au sensé, au désirable, au populaire. Et in fine, c’est le politique qui tranche. On en est au dernier volet de cette manipulation. Seul  Emmanuel Macron pourrait mettre un terme à cette dérive inouïe de notre société.

Car c’est là qu’apparaît cette évidence aveuglante : les lesbiennes, sont les Useful Idiots du marché procréatif. Combien de femmes n’abuse-t-on pas depuis plus de vingt ans en leur faisant miroiter des chimères dangereuses pour leur santé ! Après avoir fait traîner en longueur ce projet de loi, le temps est à l’urgence, nous dit donc Jean-Louis Touraine. Emmanuel Macron, qui veut mettre à son tableau de chasse la PMA pour toutes – comme Hollande l’avait fait avec le mariage pour tous – calcule-t-il qu’il serait réélu grâce à une frange électorale, faiseuse de Roi, favorable à la PMA ? Est-il à ce point tributaire de lobbys ? Croit-il vraiment à cette révolution anthropologique ? Les Français sont-ils à ce point aveugles pour se désintéresser d’une telle loi ? Le désastre actuel résultant de la crise sanitaire ne leur suffit-il pas ? Le gouvernement imposera-t-il à la Chambre de voter, en catimini – une habitude, décidément – une loi contraire à la raison, une nuit de pleine lune, dans un hémicycle à moitié vide ?

La fabrique d´orphelins - Essai

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Eté 85: Ozon filme le roman qui l’a excité jeune

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François Ozon et trois de ses acteurs. De gauche à droite, François Ozon, Valeria Bruni-Tedeschi, Félix Lefebvre et Benjamin Voisin © Jean-Claude Moireau

« Eté 85 » de François Ozon, sélectionné à Cannes, est le film évènement de cette étrange rentrée cinématographique post-confinement. C’est l’adaptation du roman anglais de Aidan Chambers Dance on my grave, traduit en français par La danse du coucou.


La danse du coucou est un roman qui fascina le jeune François Ozon. Le réalisateur français a attendu 38 ans pour le porter à l’écran.

C’est une histoire d’eau, d’amour et de mort. Deux adolescents se rencontrent lors du naufrage de la frêle embarcation qu’Alex avait empruntée pour faire un tour en mer. David arrive à point nommé pour le sauver de la noyade. Et l’histoire peut commencer. Le récit a des allures de tragédie : il obéit à la règle d’unité de lieu (le Tréport, en Normandie), de temps (il se déroule en l’espace de six semaines) et d’action (une histoire d’amour qui finit mal).

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

Amour d’été entre deux garçons

La fin tragique, nous la devinons rapidement. Alex est confronté à une juge pour mineurs qui l’exhorte à dévoiler des faits afin d’éviter le pire. Mise en abyme : cette histoire, Alex va l’écrire alors qu’elle se déroule sous nos yeux. La structure narrative du film est construite autour de flash-back qui décrivent le fulgurant amour d’été entre deux garçons, sur fond de bande son de l’époque (Cure, Bananarama, Rod Stewart, et même Jeanne Mas). Ces tubes de l’époque rempliront de nostalgie douce ou amère ceux qui comme moi ont eu dix-sept ans, cet été-là.

David, qui a l’assurance de ceux à qui la nature a tout donné, séduit le timide Alex qui fait penser au James Dean de « La fureur de vivre ». Il a comme lui le désir d’être emporté par le tourbillon de l’adolescence. Et ce tourbillon l’emportera. Avec une perversité innocente, David initie Alex à la sexualité, à la vitesse, à la fête et aux jobs d’été (il le fera travailler à ses côtés dans le magasin familial qui vend des articles de pêche et du matériel de navigation. La mer toujours). Le réalisateur utilise des métaphores sexuelles pour signifier le désir entre deux garçons. David dégaine un peigne aux allures de cran d’arrêt pour parcourir la chevelure d’Alex. Et lorsqu’il le fait monter sur son deux-roues, il lui dit : « Laisse toi aller, détends-toi ».

L’amour finit mal, en général

La station balnéaire est filmée avec réalisme, sans afféteries filmiques, sauf pour décrire les derniers jours idylliques de la liaison avant le drame, où Ozon abuse un peu des clichés: l’hôtel sur la cote, le coucher de soleil sur la mer, les baignades joyeuses, les feux de camps sur la plage… Cela provoque comme une irréalité: cet amour est trop beau, comme inventé. Kate, l’Anglaise de l’histoire, qui sera le déclencheur de la tragédie déclare : « aimer c’est inventer ».

© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau
© Jean-Claude Moireau

À l’image de Rimbaud – autre symbole de la rébellion adolescente, avec James Dean – David veut tout explorer, le fameux « dérèglement de tous les sens ». Alex, lui, reste comme en retrait de la vie, obsédé par la mort et les rites funéraires depuis l’enfance. Il provoquera la mort de celui qui lui apprend enfin à vivre. David séduit la petite Anglaise, couche avec. Cela est insupportable pour Alex, qui s’enfuit. David enfourche alors sa mobylette pour le rattraper.

Ces deux-là avaient conclu un pacte : celui qui survivrait à l’autre devrait danser sur la tombe de celui qui l’aurait précédé dans la mort. Alex tient sa promesse et danse comme un possédé sur la tombe de David au son de « I’m sailing » de Rod Stewart, titre qui ponctue le film dans ses meilleurs comme dans ses moins bons moments.

La mer, un des personnages central de la narration, propulse Alex dans le tumulte au début du film. À la fin, elle l’apaise et la vie peut continuer.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Été 85, film de François Ozon, en salles depuis le 14 juillet 2020, 1h40.

Été 85

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Derniers Vers: 21 Dernières poésies (1872)

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Ils veulent « tokeniser » Mona Lisa…

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© D.R.

Vendre la Jaconde et d’autres trésors français, pour nous sauver de la crise post-Covid?


Le temps est peut-être venu de vendre la France au poids.

L’option est à considérer pour un pays ployant lourdement sous des siècles d’histoire. Comme le temps est au déboulonnage des statues et que les grandes figures de notre passé ne valent plus bézef aux yeux de beaucoup de nos contemporains, il y a peut-être un coup économique à jouer, d’autant que les cours du bronze et du cuivre sont à leur plus haut. Cinq tonnes de Colbert en bronze peuvent vous payer une maison de campagne dans le Lubéron. Douze tonnes du général Lyautey dans un alliage métallique avantageux, et c’est la fortune ! À moins qu’elles soient refondues en monuments à la gloire de Yannick Noah, Assa Traoré ou Omar Sy…

A lire aussi, Driss Ghali : La repentance, un passe-temps pour gosses de riches

Pour sauver le pays de la crise post-Covid, nous pouvons aussi vendre à l’étranger les plus grands chefs-d’œuvre de notre patrimoine ! C’est du moins ce que défend sans rire un startuppeur débridé dans une tribune titrée « Et si on vendait la Joconde pour aider le secteur de la culture ? » Sur le site du journal Usbek & Rica, Stéphane Distinguin propose de céder le chef-d’œuvre au marché international de l’art. Rassurons-nous : même vendue, La Joconde pourrait conserver son ombre fantomatique grâce à la « blockchain » et aux outils de la « cryptomonnaie » : « On pourrait envisager de “tokeniser” La Joconde, il s’agirait alors de créer une représentation numérique d’un actif sur une blockchain. Encore plus schématiquement, ce serait un peu comme créer une monnaie dont le sous-jacent serait notre tableau afin d’en permettre la gestion et l’échange de pair-à-pair, de façon instantanée et sécurisée. » Le caractère incompréhensible de ces paroles en accroît le charme.

A lire ensuite: Usbek & Rica: n’ayez pas peur des réseaux sociaux!

Traduisons : pour le chantre de la nouvelle économie, vendre Mona Lisa serait une opportunité commerciale et culturelle : « Permettre au Louvre et à tant d’autres institutions de montrer leurs œuvres au plus grand nombre en générant des excédents, c’est moins prendre un risque qu’être à la hauteur de l’époque. »

Pas de doute, il est de son temps.

Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit!

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Bouteilles de la maison 30&40

L’abus d’alcool est peut-être dangereux pour la santé, mais il est des douceurs qu’il faut avoir goûté…


Le calvados, tout le monde connaît, mais personne n’en boit. Et c’est bien dommage.

Comme toutes les eaux-de-vie, elle a connu son heure de gloire dans le siècle coulant de 1850 à 1950. La fin de la société rurale et ouvrière, le goût pour de nouveaux produits ont délaissé le calvados. Fini l’armagnac, le cognac et le calva, les Français comptent aujourd’hui parmi les premiers consommateurs mondiaux de whisky. Le calva a une image de boisson sympathique mais brule gueule et tord-boyau. On n’en met plus dans le café, on ne prend plus de digestif. Les stocks de calvados s’accumulent dans les réserves des paysans normands, de quoi boire pour plusieurs décennies, si jamais on voulait en boire. C’est une boisson à redécouvrir, à réapprécier, comme pour les eaux-de-vie françaises et les liqueurs ; des trésors cachés et endormis dans les caves que les nouvelles générations auront tout intérêt à redécouvrir.

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson…

C’est ce que fait notamment l’entreprise 30&40 en sélectionnant des stocks de vieux calvados afin de les assembler et de les mettre en bouteille. Loin du tord-boyau d’antan, on découvre une boisson fine et délicate qui exalte les nombreuses saveurs de la pomme.

La boisson de la pomme

La Normandie est le pays des vaches, des fromages et des pommes. Plusieurs centaines de variétés existent, plus ou moins sucrées, plus ou moins amères. Des pommes à croquer, mais surtout à boire quand elles sont transformées en cidre. C’est à partir de cette base de cidre qu’est élaboré le calvados qui est, pour schématiser, du cidre passé en alambic et en fut de chêne[tooltips content= »Il est aussi possible de réaliser du calvados à partir de poiré, donc de poire, même si cette pratique n’est pas majoritaire. »](1)[/tooltips]. Le calvados, c’est l’art de la maîtrise du feu et du temps.

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Au commencement est donc le cidre, distillé à deux reprises pour donner un alcool pur et fin. Autrefois, les bouilleurs de cru passaient dans les fermes avec leur alambic sur leur carriole pour distiller les stocks de jus de pomme fermenté dont disposaient les paysans. L’alambic a toujours quelque chose de fascinant, cet immense objet de cuivre dégingandé qui suinte, siffle et chauffe et dont une opération quasi magique s’opère pour, au bout de ses tuyaux, de ses chauffes et de ses refroidissements, produire un alcool fort, incolore, mais non insipide. Des vapeurs d’eau précieusement récupérées et mises en fût de chêne. C’est là que le calva acquiert sa couleur et développe ses arômes. Par les pores des lamelles de chêne s’opère le mélange exquis entre l’air et le liquide, un mélange qui conduit à baisser le niveau, mais à accroître la qualité ; cette part des anges que l’on retrouve dans toutes les régions à alambic. L’oxygène provoque une oxydation qui détruit les arômes, mais qui peut aussi les magnifier, et c’est cela qui est recherché ici. Après le coup de main du bouilleur de cru vient la dextérité de l’assembleur pour choisir les bons liquides et les associer au mieux pour donner les meilleurs produits. La mise en bouteille finalise ce processus même si la boisson continue de se développer dans son flacon de verre.

Territoires et appellations

Le calvados existait bien avant que les révolutionnaires ne créassent le département du même nom. C’est pourtant le territoire administratif qui a donné son nom à la boisson, que celle-ci soit produite dans les limites du Calvados ou au-delà. On a ainsi du calvados de la Manche, de l’Eure et de l’Orne (le Perche) et même du calvados produit en Seine-Maritime, dans cette curiosité géologique qu’est la boutonnière du Bray. Le calvados est bien la boisson de la Normandie même si les Normands eux-mêmes s’en détournent au profit des alcools d’ailleurs.

Plus fin, plus frais, plus fruité qu’un whisky, le calvados peut accompagner l’ensemble d’un repas. À l’apéritif d’abord où il éveille les papilles et délie les …

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Rokhaya Diallo: « Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur… »

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Rokhaya Diallo Photo: Hannah Assouline

Convaincue qu’il existe un privilège blanc et un racisme systémique au coeur de la société française, Rokhaya Diallo interroge notre histoire commune. Cette féministe décoloniale et intersectionnelle critique la France au nom même des valeurs françaises.


Cher.e.s lectrices et lecteurs de Causeur,

Que les choses soient claires, je ne vous écris pas pour me rendre aimable à vos yeux. Lorsque je m’exprime publiquement, je ne le fais pas dans le but d’être appréciée, ma vie personnelle me nourrit suffisamment de ce point de vue. Mon objectif n’est pas non plus de ménager les sensibilités si françaises qui surgissent dès lors qu’il s’agit d’évoquer des questions relatives au racisme ou au sexisme.

Ainsi, si vous pouvez parfaitement honnir ma personne ou ce qu’elle semble incarner à vos yeux, de grâce, faites-le pour de bonnes raisons.

Les rares fois où mon regard a croisé des textes publiés dans Causeur, j’y étais vertement mise en cause, tantôt accusée de m’abreuver d’un racisme imaginaire, tantôt de vouloir asseoir la domination des minorités pour mieux éradiquer les pauvres hommes blancs étouffés dans leur culpabilité.

On a tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas

Pour commencer, l’obsession « racialiste » que vous me prêtez témoigne surtout de votre inconfort à l’évocation des questions raciales en France. Je suis une femme noire et je l’ai découvert à travers les regards, les interrogations, les suspicions ou les stigmatisations qui ont jalonné ma vie. Si aujourd’hui je suis dans une position sociale plutôt privilégiée, je n’ai pas vraiment les moyens d’oublier ma condition raciale, car il se trouve toujours une personne ou une situation pour me la rappeler. Se penser en dehors de toute considération raciale (ou raciste) est un luxe dont ne disposent pas les personnes qui encourent vingt fois plus de risques d’être contrôlées par la police (les jeunes hommes perçus comme arabes ou noirs). Quand on se voit régulièrement rejeté.e dans la recherche d’un appartement, d’un logement ou de l’accès à un loisir du seul fait de sa couleur de peau ou de son patronyme, il est difficile de s’affranchir d’une lecture de la société tenant compte du racisme. Son impact aussi protéiforme que diffus est beaucoup plus lourd que ce que la plupart des personnes qui ne le subissent pas sont prêtes à admettre. Aussi, faire comme moi le choix de mettre sa plume au service de la lutte contre les inégalités, en particulier contre celles qui font l’objet d’un déni massif, on prend le risque d’être à l’origine de rappels désagréables.

Je fais donc usage de ma position personnelle pour rappeler que la plupart des personnes minorées en France sont encore victimes d’exclusion et j’assume le fait de porter cette parole dans des espaces peu habitués à entendre des voix comme la mienne. Si cela fait grincer des dents, peu importe. Je n’aspire aucunement à devenir la fameuse amie noire qu’invoquent les gens qui ont besoin de se rassurer.

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J’estime que mon expérience me rend particulièrement légitime pour évoquer les questions raciales, que je vis dans ma chair en plus de les explorer dans mes recherches, travaux et productions artistiques. Tout comme je pense être plus qualifiée qu’un homme cisgenre[tooltips content= »Qui s’identifie au genre qui lui a été assigné à sa naissance. »]1[/tooltips] pour décrire la douleur et l’inconfort que peuvent provoquer les règles périodiques dans une société dont la priorité n’est manifestement pas d’accommoder les femmes, mais plutôt de leur vendre des produits « hygiéniques » dont la toxicité a pourtant été démontrée à maintes reprises. On est spécialiste de sa condition, car elle charpente la manière dont on appréhende le monde et nous place dans des dispositions qui nous confèrent une acuité que ne possèdent pas les personnes qui ne partagent pas ce vécu.

Me qualifier de « racialiste » est presque comique tant cela témoigne d’une inculture et d’un refus de voir la société telle qu’elle est. Je suis flattée que l’on m’accorde un tel pouvoir, mais je dois faire preuve d’humilité : les catégories que je mobilise pour décrire et dénoncer la mécanique discriminatoire existaient bien avant moi. J’imagine que de nombreuses personnes les ignoraient de manière bien commode et qu’il est plus facile de m’accuser de les inventer et d’insuffler des divisions, qui apparemment ne tiennent qu’à mon existence dans l’espace public, plutôt que de s’en prendre véritablement au mal qui ronge notre société. Tuer le messager porteur de nouvelles désagréables plutôt que d’affronter les conséquences de son annonce est un classique.

Photo: Hannah Assouline
Photo: Hannah Assouline

M’opposer un universalisme théorique alors que la réalité objective est gangrénée par les méfaits du racisme et du sexisme est une posture parfaitement hypocrite. Un universalisme incapable de nommer les problèmes et de décrire les discriminations et leurs sources est un leurre. À votre universalisme conservateur qui ferme les yeux sur les problèmes, je préfère mon universalisme qui implique la reconnaissance de tous les particuliers.

Si je parle des Blanc.he.s, c’est parce que j’en ai assez de voir le débat sur l’égalité se focaliser depuis des décennies sur les « minorités visibles » et autres « Noir.e.s ou Asiatiques de France ». Comme si elles étaient seules responsables de leur condition et seules engagées dans la dynamique raciale. Si une personne non blanche est discriminée du fait de sa couleur de peau, c’est qu’une personne blanche obtiendra le bien ou le service qui ne lui a pas été accordé. Et cette personne ne le saura probablement jamais. C’est pour cela que l’on parle de privilège blanc. Il ne s’agit pas de dire que toutes les personnes blanches vivent dans un luxe insolent, mais que leur couleur de peau seule ne sera jamais un obstacle pour avancer dans notre société, et qu’elle constitue même un avantage par rapport à des personnes qui, elles, savent que leur couleur de peau constitue un désavantage certain. À conditions égales, il est évident que le fait d’être blanc est plus favorable dans quasiment toutes les circonstances quotidiennes. Et surtout quand on est blanc, on a le choix de ne pas penser à sa couleur de peau, car elle ne nuit jamais à son évolution sociale.

Par ailleurs, je ne souscris pas à ce discours qui ne considère que la classe sociale, car elle ne préserve personne du racisme qui frappe, quelle que soit la position sociale (pensons à notre ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira).

La question raciale n’est évidemment pas la seule clé de lecture des inégalités qui s’expriment aussi sur le plan socio-économique, ou à travers le sexisme, l’homophobie ou encore le validisme[tooltips content= »Oppression et discriminations des personnes vivant en situation de handicap. »]2[/tooltips]. Mais cette question est transversale, elle ne concerne pas qu’une partie de l’échiquier politique. Contrairement à ce qui dominait l’antiracisme des années 1980, je ne crois aucunement que la gauche soit miraculeusement hermétique à tout racisme, et que seule l’extrême droite pose problème. Cette idéologie qui gangrène une société n’est pas celle d’un camp. Oui, vous avez bien lu, je crois en l’existence d’un racisme systémique, qui n’est pas le seul fait de quelques individus problématiques, mais le fruit d’une histoire. Comme aux États-Unis. Nos pays sont certes différents, ne serait-ce que parce que la violence policière, voire la violence en général, est autrement plus endémique en Amérique. Il n’est pas besoin d’« importer » la grille de lecture des États-Unis sur la France, ce dont on m’accuse souvent : en matière de racisme, la France se débrouille très bien toute seule.

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Nous avons une histoire esclavagiste et américaine qui est encore lisible dans la constitution même de nos territoires. Si des départements français sont situés sur le continent américain ou dans l’océan Indien, c’est bien parce que la France était une importante puissance esclavagiste. Nombre de nos concitoyen.ne.s sont les descendant.e.s de personnes torturées par l’esclavage. Et si l’esclavage français m’intéresse en premier lieu, c’est parce que je suis française : c’est notre histoire commune que j’interroge en priorité. Il me semble très périlleux de tenter d’extraire notre pays de cette réalité historique et d’affirmer que cette histoire ne produirait pas de conséquences sur nos vies actuelles.

La France a été condamnée à maintes reprises par des juridictions internationales et nationales du fait de pratiques racistes dans la police, sans que cela ne donne lieu à aucune décision politique annonçant une quelconque intention de changer quoi que ce soit. C’est donc bien l’institution qui refuse de remettre en question ses pratiques racistes, ce qui démontre donc une tolérance voire une complicité active avec un racisme évident.

Je pourrais poursuivre ma démonstration et l’agrémenter de dizaines d’exemples, mais je crois que le sujet est ailleurs. Nous vivons dans un pays qui, à travers les fictions produites sur les écrans et dans sa littérature, est incapable de se représenter tel qu’il est, et qui, quand il présente des visages non blancs, persiste trop souvent à les cantonner dans des récits relatifs à une réalité liée à la banlieue ou à la migration. Cette absence est aussi perceptible sur les plateaux de télévision, où parfois même les débats relatifs au racisme se déroulent entre Blanc.he.s. C’est cette France du déni peu habituée à la remise en question que j’interpelle sans relâche. Cela suscite de l’inconfort, car on a plutôt tendance à valoriser les minorités lorsqu’elles se contentent de formuler une reconnaissance béate. Ce n’est pas mon cas. En tant que Française, je me sens parfaitement légitime pour critiquer mon pays. Je le rappellerai aux principes dont il m’a abreuvée aussi souvent qu’il le faudra.

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Je n’imagine pas vous avoir convaincu.e.s de la pertinence de mes arguments, mais espère que vous prendrez la peine de critiquer mes idées en prenant connaissance de mes travaux au lieu de vous contenter de commenter quelques tronçons de phrases collectés çà et là par mes détracteurs. J’aimerais que dans votre opposition, vous fassiez preuve de respect pour ce que je dis réellement et que vous vous astreigniez à un minimum de discipline intellectuelle.

Si vous vous sentez personnellement attaqué.e.s à chaque fois que je dénonce les dysfonctionnements de mon pays, si vous avez l’impression que mes reproches vous visent en tant qu’individus, posez-vous les bonnes questions.

Oui, j’écris en écriture inclusive, désolée si ça vous pique les yeux, mais je crois qu’il est bon de savoir sortir de sa zone de confort. Disons que c’est pour votre bien.

Mes salutations cordiales,

Sale temps pour les Traoré

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Assa Traoré le 13 juin 2020 a Paris. (c) Eric Dessons/JDD/SIPA/2006141600

Entre révélations embarrassantes et révolte populaire 2.0 (#onveutdesnoms), on dirait que le vent tourne pour la famille qui voulait mettre la France à genoux.


On ne salit pas les morts. À cette règle, je trouve néanmoins nécessaire d’ajouter qu’on ne doit pas les instrumentaliser. Depuis des années, la famille Traoré réécrit l’histoire, faisant passer l’État pour une machine totalitaire, et peignant le défunt Adama comme le gendre idéal, alors que Le Point nous livre d’étonnantes informations sur les viols dont il est soupçonné.

En parallèle, la France qu’on voudrait humilier – celle qui s’oppose aux injonctions d’une sempiternelle repentance –, silencieuse, périphérique, coupable car blanche, a contre-attaqué. Sur Twitter, elle a depuis plusieurs jours réussi à noyer la propagande du clan Traoré et autres associations racialistes en diffusant les hashtags #laracailletue, #stopauxtraore ou encore #onveutdesnoms. Lassés de voir la réalité travestie, des milliers de citoyens ont finalement pris à leur propre jeu les obsédés de la race.

L’affaire Traoré, feuilleton sans fin

Chaque matin viennent à nos oreilles de nouvelles révélations sur l’affaire Traoré et sa nébuleuse. Nous avons sur Causeur mis en lumière le passé professionnel confondant de la sœur Assa. Autour d’elle s’agite une troupe nombreuse, fruit d’une polygamie qui je le rappelle est interdite par la loi française, mais que la justice de notre pays a condamnée pour bien d’autres motifs.

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Adepte des causes épiques, je doute que même notre nouveau garde des Sceaux aurait accepté de représenter un tel dossier. Celui d’une mort malheureuse, mais pour laquelle quatre expertises ont confirmé l’innocence des gendarmes. Celui d’une prétendue victime au casier judiciaire généreux, qui le jour de son décès a tenté d’échapper deux fois aux forces de l’ordre, et dont on apprend cette semaine que le co-détenu qui l’accusait de viol a été indemnisé (à hauteur de 15 000€). Forcer un homme à pratiquer une fellation entre deux manettes de PlayStation et sous la menace d’une fourchette aurait pu inspirer une belle photo à Robert Mapplethorpe, mais là il faut bien avouer que ça fait tache !

La « fachosphère » n’exige pas le rétablissement de la peine de mort, mais de la vérité

C’est dans un contexte de défiance vis-à-vis de la police – et même de toute une population blanche – instauré par le Comité Vérité et Justice pour Adama, que des voix dissonantes se sont élevées. Les faits à l’origine de ce sursaut sont barbares, ils symbolisent l’hyperviolence devenue quotidienne et ont ôté la vie à des innocents : il s’agit du meurtre du chauffeur de bus Philippe Monguillot à Bayonne, de la gendarme Mélanie Lemée fauchée lors d’un contrôle routier, et de la jeune aide-soignante Axelle Dorier dont le corps a été trainé sur 800 mètres le weekend dernier à Lyon. Ces trois victimes ont été gratuitement mises à mort. Devant l’horreur, les internautes ont exigé des noms ; puis les ont rapidement obtenus. Et là, patatras : tous les noms des participants semblaient être à consonance étrangère. Ces crimes, s’ils avaient été commis envers des Noirs ou des maghrébins, auraient évidemment réveillé la meute racialiste, étonnamment inerte face à ces récents assassinats. Dans la logique des Traoré et consorts – qui trient les citoyens selon la couleur de leur peau –, ce constat aurait dû à nouveau mettre le feu aux rues. Tout cela produit l’inverse de l’effet escompté : à vouloir tout traiter par le prisme de la race, ce sont finalement les minorités qui sont exposées au ressentiment.

Cette bataille autour des noms est également la conséquence d’une exaspération face à la manière dont les grands médias rapportent ce type de dossiers. Des internautes ont exhumé une vidéo surréaliste de l’émission 28 Minutes sur Arte, où les intervenants nous expliquent sans vergogne qu’il est de coutume, pour évoquer les bourreaux, de remplacer les prénoms susceptibles de réveiller le populisme par des prénoms de Français que les indigénistes considèrent comme « privilégiés ».

C’est la rue qui tue. Pas la police

En opposition au fantasme de racisme systémique hurlé par celle qui se rêve en Rosa « Traoré » Parks – version toc –, appuyons-nous sur du factuel. En ces temps de cathédrales qui brûlent, il est nécessaire je crois de « remettre l’église au milieu du village ». Il parait que la police tyrannise les minorités ? Bruno Pomart, maire et instructeur du Raid, nous livre une toute autre réalité : chaque année, ce sont 600 policiers qui sont blessés par arme ! À croire que quand on tient à son intégrité physique, il vaut mieux être un voyou de banlieue que porter l’uniforme.

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Dans son rapport de 2019, l’IGPN enregistre 19 décès, précisant que plus d’un tiers résultent « du comportement direct du particulier ou de son état physique », et que la mort n’est pas forcément occasionnée par l’intervention des policiers, mais peut être provoquée par une cause exogène. Il est également nécessaire d’indiquer que parmi ces « martyrs » sont comptabilisées des personnes qui se sont suicidées, qui ont perdu la vie en prenant la fuite, ou encore qui venaient de perpétrer un attentat (!). Ces chiffres viennent balayer la théorie selon laquelle notre police pratiquerait l’épuration ethnique, comme l’atteste Camélia Jordana. Mais là où la starlette qui s’improvise procureur pourrait parler avec justesse de « massacre », c’est en évoquant les homicides recensés en France : 970 rien que pour l’année 2019 ! Le « pire bilan qu’on ait vu depuis des années », d’après Alain Bauer. La faute à la police, Madame Jordana ?

Quant à Madame Traoré, la lutte qu’elle mène doit être éreintante. Enfanter le faux du vrai exige d’immenses ressources, et elle parait très fatiguée dans ses récentes interviews. Ne serait-ce pas le moment idoine pour prendre un nouveau congé ?

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