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Les Turcs en France: un «isolat» séparatiste?

«L’assimilation est un crime contre l’humanité» affirmait le président turc Erdogan en Allemagne en 2008. En France, qu’il se rassure, les immigrés turcs ne se caractérisent pas franchement par leur assimilation. Chiffres.


Au mois d’octobre 2020, diverses villes de France ont été le théâtre des mêmes scènes stupéfiantes. À Dijon, Vienne ou Décines, plusieurs centaines d’individus brandissant des drapeaux turcs ont improvisé des défilés à la nuit tombée, scandant des slogans à la gloire du président Erdogan, des invocations religieuses (« Allah akbar ») ainsi que des menaces de mort envers la population d’origine arménienne.

Ces épisodes s’inscrivaient dans un contexte de fortes tensions entre Paris et Ankara, du face-à-face en mer Égée jusqu’à la violente crise diplomatique autour des caricatures de Mahomet, en passant par la guerre au Haut-Karabagh. L’attention publique s’est alors portée sur cette communauté immigrée parfois réputée plus discrète que d’autres, mais néanmoins qualifiée d’« isolat turc » (Jérôme Fourquet) en raison de sa fermeture et de sa réputation d’allégeance au pays d’origine.

Une natalité très supérieure à la moyenne

L’immigration turque a été amorcée en 1965 avec la signature d’une « convention de main d’œuvre » entre la France et la Turquie, suscitant l’arrivée (pensée comme provisoire) de milliers de travailleurs dans les années qui suivirent. L’arrêt officiel de l’immigration de travail en 1974 et le décret de 1976 instaurant un droit au regroupement familial ont radicalement changé la nature de ces flux. La communauté turque est aujourd’hui forte d’environ 700 000 personnes– dont plus de la moitié aurait acquis la nationalité française, d’après le chercheur Mehmet Ali-Kanci[1].

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Cette diaspora connaît une croissance démographique portée par deux moteurs conjoints. D’abord une natalité très supérieure aux standards nationaux : les immigrées turques en France ont en moyenne 3,1 enfants par femme d’après le démographe François Héran, contre 1,9 pour les femmes non-immigrées (et 2,1 en Turquie même)[2]. Mais également la poursuite de l’immigration, qu’elle soit légale – par l’obtention de titres pour « motif familial » en premier lieu – ou illégale.

Les Turcs connaissent un retard persistant en termes d’activité professionnelle : 47,6% des Turcs de plus de 15 ans vivant en France en 2016 étaient chômeurs ou inactifs (ni en emploi, ni en études, ni en retraite), soit un taux trois fois plus élevé que celui des Français (14,2%)[3]. La « deuxième génération » possède par ailleurs un niveau de qualification académique spécialement bas : d’après l’INSEE, seuls 39% des 20-35 ans enfants d’immigrés turcs étaient diplômés du baccalauréat en 2008, soit une proportion inférieure de presque 30 points à celle des 20-35 ans ni immigrés ni enfants d’immigrés (68%) et le taux le plus bas parmi toutes les origines étudiées – y compris maghrébines et sahéliennes[4].

Endogamie record

Au-delà de ce déficit socio-éducatif, la communauté turque en France se distingue surtout par une forme accentuée de ségrégation volontaire. Celle-ci repose sur trois éléments principaux : une endogamie record, l’autarcie linguistique et une pratique « nationaliste » de l’Islam.

Les données fournies par Jérôme Fourquet dans L’Archipel français sont particulièrement frappantes : 93% des femmes et 80% des hommes descendant d’immigrés turcs en France épousent un conjoint turc ou d’origine turque, faisant ainsi de ce groupe ethnoculturel le plus endogame de tous[5]. À titre de comparaison, les femmes d’origine marocaine – deuxième groupe le plus endogame – sont « seulement » 70% à épouser un homme de même origine.

Le chercheur Samim Akgönül constate que les choix matrimoniaux des Turco-Français s’orientent plus souvent vers des partenaires résidant encore en Turquie que vers la diaspora déjà présente en France[6] ; il y perçoit la marque de stratégies parentales visant à entraver une acculturation trop poussée de la génération suivante. Cela passe notamment par un recours fréquent aux mariages « arrangés » ainsi que la récurrence surprenante des unions intra-familiales.

Des mosquées dédiées et sous influence

Cette endogamie hors-normes est rendue possible par un cadre culturel hermétique, marqué entre autres par des pratiques langagières en rupture avec la société d’accueil. L’enquête Trajectoires et Origines de l’INED révèle que seuls 31% des femmes et 57% des hommes immigrés turcs se déclarent « à l’aise » à l’oral en français – soit le plus bas niveau de l’étude[7]. Les Turcs sont aussi les immigrés qui déclarent le plus souvent transmettre exclusivement leur langue d’origine à leurs enfants.

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Musulmane sunnite dans sa grande majorité, la diaspora turque cultive également sa singularité dans la pratique religieuse. Jérome Fourquet constate que « les communautés turques disséminées sur le territoire national se dotent quasi systématiquement de leur propre mosquée, alors que les musulmans issus d’autres origines partagent souvent le même lieu de culte »[8].

Lesdites mosquées connaissent deux principaux types de tutelle : soit le Diyanet, ministère turc chargé du culte, avec ses imams-fonctionnaires qui opèrent en France sous le paravent du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) ; soit des confréries islamiques non-gouvernementales mais proches du régime d’Ankara, dont le Millî Görüs – qui pilote le projet controversé de grande mosquée à Strasbourg. Le CCMTF et Millî Görüs font partie des quatre organisations membres du CFCM à avoir refusé de signer la « Charte des principes pour l’Islam de France »[9], censée affirmer la compatibilité entre la religion musulmane et les principes républicains.

Une communauté acquise à Erdogan

L’ampleur de la communauté turque en France, son cloisonnement et sa structuration en font un levier majeur d’influence pour le gouvernement turc – dont l’usage est grandement facilité par le soutien dont l’AKP bénéficie dans cette population : lors de l’élection présidentielle de 2018, Erdogan a obtenu 63,9% des suffrages exprimés dans les bureaux de vote ouverts en France[10].

Cette instrumentalisation prend différentes formes. On la retrouve dans l’activisme violent des « Loups gris », groupe paramilitaire agissant en bras armé de l’État profond turc, que le gouvernement français a formellement dissous en novembre dernier. On la distingue derrière le Parti Égalité et Justice, branche officieuse de l’AKP en France qui s’est présentée à plusieurs élections dans les territoires de forte implantation turque. On la perçoit enfin dans les multiples cas d’entrisme politique au niveau local, récemment recensés par le chercheur Tigrane Yégavian lors des municipales

Alors que la France est confrontée à l’hostilité grandissante de la Turquie sur plusieurs théâtres militaires et politiques, un tel constat appelle des réponses politiques courageuses.

Cet article est le résumé d’une étude menée par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie que nous avons publiée en deux parties.

> Lire la première partie : Enquête: qui sont les Turcs en France? <

> Lire la deuxième partie : Les Turcs en France sont-ils vraiment acquis à Erdogan? <


[1] Mehmet Ali-Akinci, « La communauté turque en France en 2020 », revue France Forum, mai 2020

[2] François Héran, entretien avec L’Opinion, 4 octobre 2019 (Lien)

[3] Ministère de l’Intérieur, « L’immigration en France, données du recensement 2017 » (consulté le 22/11/2020 : Lien)

[4] INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés en France, 2012 (Lien)

[5] Jérôme Fourquet, L’Archipel français, Seuil, 2019, p.170

[6] Samin Akgönül,  « Appartenances et altérités chez les originaires de Turquie en France. Le rôle de la religion », Hommes & Migrations, juillet 2009, pp. 34-49

[7] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, « Les pratiques linguistiques : langues apportées et langues transmises » in Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France, INED éditions, 2016, p. 124

[8] Jérôme Fourquet, op. cit., p. 172

[9] Voir l’article du Figaro à ce sujet

[10] Voir l’article du Point à ce sujet

Des militaires ont-ils le droit de dire qu’ils s’inquiètent pour la France?

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Des centaines de militaires, de tous grades, ont co-signé une lettre ouverte aux représentants de la Nation, texte relayé depuis dans Valeurs Actuelles.

Ils y font part de leurs inquiétudes, que toute personne de bonne foi au fait de la situation du pays ne peut que partager. Ils affirment qu’ils sont disposés à servir la France aux côtés de tous les politiques qui, contre l’islamisme, contre ceux qui sèment la haine raciale, et à l’écoute du peuple, auront à cœur « d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà » car « il ne peut et ne doit exister aucune ville, aucun quartier où les lois de la République ne s’appliquent pas. »

Les réactions sont, pour le moins, contrastées. De la part du gouvernement, on notera hélas le contre-sens fait par Florence Parly. En effet, la ministre des Armées a affirmé que « deux principes immuables guident l’action des militaires vis-à-vis du politique : neutralité et loyauté. » C’est inexact : la loyauté des militaires ne peut aller qu’à la nation et au peuple souverain, et certainement pas au « politique », quel qu’il soit. On s’étonne un peu de devoir le rappeler à un gouvernement de la Cinquième République, fondée par un militaire en retraite, et qui d’ailleurs n’avait pas attendu la retraite pour s’exprimer contre l’autorité politique mais pour la France, un certain 18 juin.

On pourrait commenter d’avantage, mais que l’on me permette d’emprunter plutôt, sans rien leur ajouter, les mots de quelqu’un de bien plus grand que moi :

Je pense, avec Pascal, que le zèle est étrange « qui s’irrite contre ceux qui accusent des fautes publiques, et non pas contre ceux qui les commettent »… « Jamais les saints ne se sont tus », a-t-il encore écrit ailleurs. Ce n’est pas une devise pour la censure ! Elle n’en mérite pas moins d’être méditée par quiconque, sans prétendre, hélas ! à la sainteté, s’efforce simplement vers la modeste moralité de l’honnête homme.

Il lui faudra enfin, à ce peuple, se remettre à l’école de la vraie liberté d’esprit. « Il est bon qu’il y ait des hérétiques » : les milieux militaires n’étaient pas les seuls à avoir perdu de vue cette maxime de sagesse.

Nous savions. Et pourtant, paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons craint le heurt de la foule, les sarcasmes de nos amis, l’incompréhensif mépris de nos maîtres. Nous n’avons pas osé être, sur la place publique, la voix qui crie, d’abord dans le désert, mais du moins, quel que soit le succès final, peut toujours se rendre la justice d’avoir crié sa foi. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. Puissent nos cadets nous pardonner le sang qui est sur nos mains !

L’auteur de ces lignes ? Marc Bloch. Dans L’étrange défaite.

Je laisse chacun juger de la manière dont ses propos s’appliquent à notre temps.

Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Le tombeau vide, mais sous contrat!

François Darras devra garder une tombe vide pendant trente ans.


Au printemps 2019, ce Bourguignon se recueille sur la sépulture de son oncle au cimetière de Fougères (Bretagne) avec sa mère Marie-France. Loin d’oublier les morts de la famille, ils décident ensemble de profiter de leur séjour en Bretagne pour renouveler la concession de son oncle pour trente longues années. Le contrat est fait au nom de Marie-France. Le 3 octobre 2019, cette dernière rend l’âme et est inhumée dans le caveau familial. Conformément à ses souhaits, elle y est rejointe par les ossements de son frère, qui y sont transférés trois jours après. Un regroupement familial qui laisse l’emplacement K11-07-17 vacant. Esseulé mais confiant, François Darras souhaite rétrocéder la demeure inoccupée, dont le chèque de 300 euros de renouvellement du bail a été encaissé durant l’été. Mais Louis Feuvrier, le maire de Fougères ne l’entend pas de cette oreille: « Les héritiers ne peuvent procéder à une rétrocession car ils doivent respecter le contrat passé par le titulaire de la concession, en l’occurrence, Madame Darras », argue-t-il dans une lettre écrite en juillet 2020. « Le concessionnaire doit être en vie pour opérer la rétrocession », souligne-t-il aussi. À ce stade, il ne resterait qu’à réveiller Madame Darras pour lui faire signer un nouveau contrat….

« Le chèque n’aurait dû être encaissé qu’à la date du renouvellement de la concession. Il est ridicule que l’administration n’arrive même pas à comprendre ça », deplore François Darras. En effet, le renouvellement de la concession inoccupée devait prendre effet début novembre 2019 mais le chèque a été encaissé par la mairie de Fougères le 14 juin 2019. Il y a dix jours, François Darras a averti Causeur qu’il s’apprêtait à braver les 10 km de déplacement et à retourner en Bretagne. Pour tenter d’inculquer un peu de bon sens au mur administratif? « Pour décorer la tombe d’une façon choquante mais décente afin de les embêter. À part la notion de décence, vous pouvez faire ce que vous voulez. Mais quelle est la définition de la décence ? Dans le même cimetière, j’ai vu une tombe de six mètres de haut par exemple. Dans ces conditions, rien n’interdit de mettre des pneus, un drapeau breton, une éolienne avec une crécelle », s’est-il alors amusé sans rien promettre. La semaine dernière, il a mis en œuvre son projet de décoration funéraire, lequel n’est pas du goût du maire. Ce dernier lui a envoyé un courrier dans lequel il lui a demandé d’enlever son « ensemble d’objets hétéroclites non respectueux du lieux […] dans un délai de 48 heures, faute de quoi les agents du cimetière y [procéderaient] ». 

Accomplissement artistique ou création indécente ? À chacun d’en juger.

Que dit le droit funéraire? En réponse à la question d’une députée en 2016, le ministère de l’Intérieur écrivit que « les dispositions législatives en vigueur permettent à la commune, s’il s’agit d’une concession perpétuelle, de reprendre la concession  ». Si jamais les bureaucrates arrivent à réveiller Marie-France Darras de sa tombe pour mettre fin au contrat, qu’ils fassent de même pour Franz Kafka afin qu’il tire une nouvelle de cette énième chinoiserie administrative. 

2022: une intox nommée Taubira


L’ex-garde des Sceaux laisse monter les rumeurs méticuleusement orchestrées autour d’une possible candidature à la présidentielle. Pas forcément dans l’espoir de gagner, mais pour chasser au profit du PS sur les terres électorales des Insoumis et des Verts.


23 février 2021, un sondage Odoxa Denstu Consulting désigne Christiane Taubira comme la personnalité préférée des électeurs de gauche, à 51 % d’opinions favorables, en hausse de quatre points en un mois ! Et ce n’est certainement pas fini. Comme l’expliquait Causeur dans son numéro de février, il sera beaucoup question de l’ex-garde des Sceaux en mai, à l’occasion des vingt ans de la loi qui porte son nom et tend à faire de la négation de la traite négrière un crime contre l’humanité. À cette occasion, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FEM), présidée par Jean-Marc Ayrault, entend placer Christiane Taubira sous les feux de la rampe dans la perspective de la présidentielle de 2022. Peut-être pas pour en faire une candidate crédible, mais avec l’espoir raisonnable d’affaiblir des rivaux.

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« La gauche est entrée dans des discussions interminables pour tenter de désigner un candidat de rassemblement, explique un député PS. Les négociations vont durer au moins jusqu’en septembre 2021, puisque c’est la date que EELV a choisie pour organiser sa primaire. Pour améliorer la position du PS, l’idée est de plomber la cote de popularité de Jean-Luc Mélenchon et de la tête de gondole EELV, quand elle aura été désignée. Christiane Taubira est taillée pour le rôle. Elle va rivaliser avec les Verts et les Insoumis dans le registre de la lutte contre le racisme institutionnel et les violences policières. » Dans l’idée de devenir la candidate de la gauche unie ? « Non, Anne Hidalgo est plus crédible. Christiane Taubira est trop clivante pour un second tour. »

« Clivante », le mot poursuit Christiane Taubira. Le sondage Odoxa de février 2021 le confirme. Elle ne passe pas du tout dans l’électorat de droite, avec 11 % seulement d’opinions favorables (contre 38 % pour Jean-Yves Le Drian !). Toutes tendances confondues, elle est rejetée par 38 % des sondés. Seuls Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour et Marine Le Pen font pire (51 %, 50 %, 47 %), mais avec une différence de taille : ils sont omniprésents dans les médias, alors que Christiane Taubira se fait oublier depuis des années ! Malgré sa discrétion, son impopularité persiste.

Pétition décevante

Ce n’est pas faute de soutiens. Depuis des mois, des sympathisants de gauche s’activent pour faire monter le buzz autour de sa candidature. Ils créent des comités de soutien locaux. Ils ont déposé le nom de domaine taubira2022.fr le 26 septembre 2019. Ils se dépensent sans compter sur les réseaux sociaux. Ils activent leurs relais associatifs et mondains. Le 28 décembre dernier, Stéphane Fouéré, référent départemental de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de la Sarthe, expliquait sur une radio locale tout le bien qu’il pensait d’une candidature Taubira. Six semaines plus tôt, le 15 novembre, une lettre ouverte, signée entre autres par Juliette Binoche, appelait la « chère Christiane Taubira » à se présenter à la présidentielle. Dans la foulée, une pétition a été lancée. Mi-mars 2021, elle avait été signée par 29 000 personnes. Correct, sans plus. Jean-Luc Mélenchon a recueilli cinq fois plus de signatures d’investiture populaire dans le même laps de temps.

Convictions à géométrie variable

Est-ce si étonnant ? La compilation des propos peu rassembleurs de Christiane Taubira serait longue. En janvier 2018, elle déclarait dans Libération qu’il était « temps maintenant que les hommes fassent l’expérience de la minorité. Le premier endroit où ils peuvent et doivent le faire, c’est dans l’exercice du pouvoir. » Peut-être serait-il bon de laisser les électeurs en décider ? Encore plus équivoque, cette phrase extraite d’une tribune publiée dans Le Monde du 13 juillet 2020. Christiane Taubira déplorait l’absence de banque du sang dans son département, la Guyane : « Tout le sang vient d’ailleurs, avec son capital génétique », s’indignait-elle. La phrase n’a pas de sens précis, dans la mesure où une transfusion sanguine ne modifie pas les gènes du receveur. Le problème est qu’elle suggère que l’ex-député de Guyane croit à une quelconque génétique du sang guyanais, noir ou indien ! Une maladresse ? Plutôt le signe d’un double standard, par définition incompatible avec un scrutin national. Pour Christiane Taubira, vérité en métropole, mensonge en outre-mer. Autre exemple, sur l’immigration. Sur France Info, en mai 2018, elle fustigeait « l’égoïsme » des Français, qui désapprouvaient l’immigration clandestine en provenance d’Afrique et du Proche-Orient. « Ça dit des choses terribles sur nous », dénonçait-elle, sermonnant au passage ses concitoyens mal-pensants. Même clandestine, l’immigration, « c’est le monde dans lequel nous vivons, c’est l’état de ce monde, nous y avons une part ». En 2007, elle tenait des propos totalement différents, appelant au contraire à un renvoi énergique des clandestins, en tout cas de Guyane. « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre », déclarait-elle le 20 avril 2007 sur RFI. Florian Philippot, sortez de ce corps.

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Difficile de savoir à quel moment elle parle avec sincérité, dans la mesure où son parcours est jalonné de virages tactiques. Née en 1952, Christiane Taubira a milité comme indépendantiste quelques années seulement, de 1978 à 1981. Élue député non inscrit en 1993, elle a voté l’investiture du gouvernement Balladur, avec comme ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua… Elle a ensuite soutenu le pragmatisme incarné et l’absence revendiquée de programme en politique, en la personne de Bernard Tapie.

Une loi nommée Taubira par hasard

La loi du 21 mai 2001 qui porte son nom n’est pas davantage le fruit de convictions profondes. Initialement, cette proposition tendant « à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » émanait d’élus communistes, Bernard Birsinger, député-maire de Bobigny, et trois députés PCF réunionnais, Huguette Bello, Élie Hoarau et Claude Hoarau. C’est presque par hasard que Christiane Taubira lui a laissé son nom. Lorsqu’elle est devenue ministre de la Justice, le 16 mai 2012, la loi en question venait d’ailleurs d’être réduite à néant par la Cour de cassation. Appelée à se prononcer sur un arrêt de la cour d’appel de Fort-de-France, qui avait admis l’apologie de crime contre l’humanité (pour des propos vraiment odieux), la plus haute juridiction a cassé la condamnation prononcée sur le fondement de la loi Taubira[tooltips content= »Cass. crim., 5 févr. 2012, n° 11-85909. »](2)[/tooltips]. Motif, « une telle disposition législative », à caractère mémoriel, « ne saurait être revêtue de la portée normative attachée à la loi » ! Bref, la loi Taubira est un texte vide de sens, un gadget. Arrivée à la Chancellerie, Christiane Taubira ne s’en est pas émue le moins du monde…

Les terroristes Mohamed Lahouaej-Bouhlel et Jamel Gorchane se connaissaient-ils?

La thèse du chauffeur-livreur sans histoire pourrait bien ne pas tenir


Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et Jamel Gorchane étaient-ils des amis d’enfance ? Cette hypothèse mettrait clairement à mal l’idée selon laquelle le terroriste de Rambouillet serait un « loup solitaire ». Et c’est précisément ce qu’affirme le journaliste et écrivain Nicolas Beau, ancien de Marianne, du Monde et du Canard Enchaîné, dans un article paru sur son média d’infos de l’Afrique francophone, Mondafrique.

Un prédicateur commun ?

Nicolas Beau déplore un manque de coopération entre les services de renseignements tunisien et français qui, selon lui, aurait permis d’éviter « quelques drames ». Quelques drames comme celui de vendredi dernier à Rambouillet ? Nicolas Beau aurait obtenu des informations qui lui permettent d’avancer qu’avant de s’installer en Île-de-France, Gorchane aurait rendu visite à « son ami d’enfance », Mohamed Lahouaej-Bouhlel à Nice dès son arrivée sur le territoire en 2009.

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Ces deux Tunisiens, nés l’un et l’autre en 1985 dans la ville de M’saken en Tunisie auraient-ils grandi ensemble ? Selon Nicolas Beau, ils auraient également été endoctrinés par un seul et même imam, Béchir Ben Hassen, lui-même originaire de la ville de M’saken. L’imam Bechir Ben Hassen est né en 1973. Après des études de théologie à la Mecque, à l’Université américaine internationale de théologie islamique, il s’est formé au centre Islamique de Bruxelles. Ce prédicateur franco-tunisien sympathisant du parti « Annahda » et président de la « Ligue tunisienne des oulémas et de la prédication » a, pour rappel, été interpellé le 28 mai 2013 à son arrivée à l’aéroport Mohammed V, en vertu d’un mandat d’arrêt international émis à son encontre par Interpol le 4 juin 2012, par le tribunal de grande instance de Créteil (France) pour exécution d’une peine faisant suite à son refus de remettre à son ex-épouse française ses quatre enfants, cette dernière étant la titulaire du droit de garde et de l’autorité parentale sur les petits. Une fois extradé en France, il y sera condamné à neuf mois de détention.

L’imam rejoindra la Tunisie de nouveau en 2014 après avoir purgé sa peine, il y retrouvera le min’bar de la mosquée de M’saken dont il avait été banni après l’élection de feu le président laïque Essebsi, et y officiera jusqu’en 2018 avec la bénédiction de ses amis d’Ennahdha et leurs alliés d’ « Al Karama ». L’imam sera condamné de nouveau cette année-là à six mois de prison ferme pour diffamation d’une avocate sur les réseaux sociaux et rejoindra de nouveau la France. Il prêchera à Noisy-Le-Grand, à Vigneux et pourra ouvrir deux associations d’instruction de langue arabe et de jurisprudence islamique pour les enfants et les adultes.

Une piste à explorer pour le parquet antiterroriste

Mais l’imam Bechir se fait connaître par le grand public lorsqu’il appellera dans une vidéo à décapiter quiconque insulte le prophète de l’islam Mahomet. Cette vidéo sera diffusée sur Facebook en 2020, dix jours seulement avant un autre attentat qui a ciblé la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption à Nice. L’auteur de cet attentat était d’ailleurs lui aussi originaire de Tunisie et plus précisément de la ville de Sfax.

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L’hypothèse selon laquelle J. Gorchane et M. Lahouiej seraient liés depuis leur enfance en Tunisie où l’imam Ben Bechir est tenu pour responsable de la radicalisation de toute une génération d’hommes de la ville de M’saken (l’auteur de l’attentat du marché de Noël à Berlin, Anis Amri, est né à Kairouan mais aurait également grandi à M’saken !) permettrait de lever le voile sur plusieurs éléments intrigants dans cette affaire de Rambouillet. Hélas, le journaliste Nicolas Beau n’a pas fourni plus d’éléments permettant de valider sa théorie ni de la prendre totalement au sérieux à l’heure où nous écrivons ces lignes. Pour l’instant, et en attendant la fin de l’enquête ouverte par le Parquet national antiterroriste, l’opinion publique devra donc se contenter du profil fourni par le quotidien Le Monde qui a conclu que Jamel Gorchane, le terroriste qui a assassiné une fonctionnaire de police du commissariat de Rambouillet, n’était qu’un « chauffeur livreur sans histoire ».

CV anonyme: en Australie non plus, cela ne marche pas!

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La démographe Michèle Tribalat commente le rapport du gouvernement australien « Going blind to see more clearly: Unconscious bias in Australian Public Service shortlisting process »…


On se souvient que la loi de 2006 sur l’égalité des chances avait imposé le CV anonyme pour les entreprises françaises de plus de 50 salariés, décision qui ne fut jamais suivie d’un décret d’application et fut enterrée en 2015 par une loi Rebsamen le rendant facultatif. Les conclusions de l’enquête réalisée par le Crest, à partir de Pôle Emploi entre novembre 2009 et novembre 2010 dans huit départements, avait douché les espoirs portés sur le CV anonyme comme remède aux discriminations. Cette enquête avait montré une tendance à l’homophilie, c’est-à-dire au recrutement d’hommes par des hommes et de femmes par des femmes sans grande incidence au final sur le résultat, mais un effet défavorable du CV anonyme pour les candidats d’origine étrangère ou/et résidant en Zone urbaine sensible (Zus) ou dans une ville à Contrat urbain de cohésion sociale (Cucs). Ces informations sur leur origine ou/et lieu d’habitation joueraient ainsi comme une circonstance atténuante à certains défauts dans leurs CV.

En 2016, la fonction publique australienne avait lancé un programme Gender Equality Strategy visant à corriger les déséquilibres de genre dans les différents secteurs publics. À cette occasion on avait beaucoup évoqué la question des CV anonymes. Ce fut l’occasion pour le Behavioural Economics Team of the Australian Government (BETA) d’essayer d’y voir un peu plus clair en organisant une enquête randomisée dont le but était de mesurer l’efficacité de l’anonymat pour améliorer les chances des femmes et celles des personnes appartenant à une minorité d’accéder à un haut poste d’encadrement. Elle a consisté à examiner la sélection de cinq parmi seize candidats aux profils variés pour un poste de cadre supérieur dans leur institution par des jurys constitués au hasard. L’enquête a mobilisé 2100 cadres supérieurs de la fonction publique relevant de quatorze organismes qui ont accepté de se prêter à l’exercice. Ils ont eu à évaluer les mêmes CV qui, soit comportaient les identifiants sur le sexe ou l’origine notamment d’après les noms et prénoms, soit inversaient les prénoms masculins et féminins, soit étaient anonymisés. À ces différences près, les CV se présentaient formellement exactement de la même façon. Les volontaires furent ainsi assignés au hasard à l’un des trois jurys.

Comme en France, l’anonymisation des CV a tendance à défavoriser les candidats appartenant à une minorité ethnique, mais seule la discrimination positive exercée à l’égard des femmes aborigènes est statistiquement significative (intervalle de confiance de 95 %). Elles ont 22,2 % de chances en plus d’être sélectionnées lorsque leur anonymat est levé.

Par ailleurs, l’attribution d’une identité masculine à la place de l’identité féminine a tendance à réduire la probabilité d’être sélectionné, faiblement (-3,2 %), mais significativement (intervalle de confiance à 99 %).  L’inverse augmente les chances de 2,9 %.

Le BETA a pu aussi examiner les différences entre les membres des jurys. Les hommes sont plus enclins à pratiquer la discrimination positive à l’égard des minorités que les femmes : +11,6 % contre +1,8 % en faveur des hommes de ces minorités et +13,6 % contre +5,5 % en faveur des femmes de ces minorités, lorsqu’ils peuvent les identifier. Et les membres des jurys âgés de 40 ans ou plus pratiquent plus la discrimination positive à l’égard des femmes des minorités que les plus jeunes (+10,0 % contre +5,8 %). Par ailleurs les membres des jurys appartenant eux-mêmes aux services de ressources humaines sont les plus enclins à pratiquer la discrimination positive en faveur des femmes (+ 9,0 %) et des minorités (+41,4 % en faveur des femmes des minorités).

Il s’agit là des résultats moyens (qui varient en fonction de l’administration de rattachement) mais qui témoignent de l’engagement des fonctionnaires, notamment ceux des ressources humaines, dans la discrimination positive en faveur des femmes et des minorités. La pratique du CV anonyme irait donc à l’encontre des raisons pour lesquelles l’Australie a été tentée de l’introduire. C’est en tout cas vrai pour la sélection des cadres supérieurs de la fonction publique.

Les auteurs de l’étude ont cherché à vérifier que l’expérimentation n’était pas entachée de deux types de biais : 1) le volontariat aurait pu sélectionner ceux qui étaient les plus en faveur de la « diversité » et de l’égalité entre hommes et femmes ; 2) les participants auraient pu anticiper le but de l’exercice et être ainsi tentés de se comporter différemment qu’ils ne l’auraient fait en situation réelle. Les opinions des participants ne semblent pas différer sensiblement de celles de l’ensemble des fonctionnaires de même niveau et quelques questions additionnelles en fin d’exercice ont permis aux auteurs d’éliminer quelques participants suspects de falsifier leurs préférences (comme dirait Timur Kuran) sans changer les résultats.

Comme en France, ce type d’études permet d’éliminer les fausses bonnes idées de gouvernements anxieux de démontrer leur bonne volonté pour faire reculer les discriminations.

>>> Retrouvez les analyses de Michèle Tribalat sur son blog <<<

Déconstruire, dit-il

Peut-on trouver dans le monde pays aussi généreux que la France en matière de droits et de libertés, les mêmes pour tous ? Cela n’empêche pas notre président de donner des gages aux déconstructeurs de l’identité française, quand il répond à la télévision américaine.


Dernier exemple du « en même temps » macronien : le chef de l’État se déplace à Montpellier pour prétendre se soucier de l’insécurité (entérinant par là une réalité que son propre ministre de la Justice juge fantasmée), tout en continuant d’alimenter par ses propos récurrents contre la France le ressentiment et la haine qui motivent de nombreux délinquants.

Il s’agit donc de « mettre plus de bleu sur le terrain » pour lutter contre des violences que son discours nourrit : le pyromane Macron se veut pompier ! On aura bien compris qu’à un an de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron distribue des os à ronger à « cellezéceux » dont les voix sont bonnes à prendre : un couplet intransigeant sur le renforcement de l’autorité pour complaire à la droite, et un autre couplet, quasi simultané, sur les nombreuses fautes commises par la France, aujourd’hui comme hier, pour tenter de séduire une partie de la gauche et des populations issues de l’immigration…

Une campagne cynique

Si on crédite cet homme de quelque intelligence, on ne peut mettre son incohérence que sur le compte du cynisme et de l’opportunisme électoralistes. Ce n’est pas le sort de la France qui l’intéresse, c’est le sien : ses gesticulations contre la délinquance sont bien trop tardives dans son mandat pour paraître sincères et dépourvues de calculs de basse politique. S’il est sur le terrain de la sécurité depuis peu, c’est que les sondages s’accordent à y voir un enjeu majeur de la future élection.

Les élites politiques, tellement soucieuses de « faire société », doivent savoir que la cohésion nationale n’est possible que par l’adhésion à une histoire commune

Où est la vérité d’Emmanuel Macron ? Elle est selon moi dans toutes les petites phrases distillées ici ou là, qui le révèlent comme une incarnation du mondialisme multiculturaliste – le « young global leader » célébré à Davos, après son élection. Il est avant tout un agent de la disparition des nations, avec ce que cela implique d’ancrage affectif dans une terre et une histoire : c’est pourquoi il s’emploie avec un zèle permanent à discréditer le passé de la France, à mettre en lumière ce qu’il dit être son racisme et ses pratiques discriminantes, à rendre ce pays – qui ne mérite pas une telle ignominie – littéralement détestable ! Certaines de ses interventions n’ont rien à envier aux discours les plus décomplexés des mouvements décoloniaux et indigénistes : la colonisation est « un crime contre l’humanité », assimilable par le choix des termes au génocide contre les juifs, la culture française n’existe pas, les problèmes des banlieues ne peuvent être réglés par des « mâles blancs », les discriminations et le racisme empêchent la diversité de s’élever dans la société en lui barrant l’accès aux meilleures écoles… Non content de vanter sur le média Brut les plateformes ouvertes pour dénoncer les innombrables discriminations subies par la diversité, Macron veut aussi encourager la discrimination positive : le nouvel Institut du service public veillera à tuer le scandaleux élitisme de l’ENA, imitant en cela les Instituts d’études politiques, précurseurs en la matière par la suppression de l’épreuve de culture générale, jugée discriminante, et par l’ouverture de concours réservés à des jeunes gens socialement défavorisés (instaurant par là la présence de quotas). Il faut également, suivant la nouvelle logique militante, « déconstruire notre propre histoire » : c’est précisément ce qu’a préconisé, pour nous « débarrasser du racisme », et en anglais dans le texte, Emmanuel Macron ce 18 avril sur CBS ! Le 14 juin dernier, lors d’une allocution télévisée, ce même Macron déclarait avec vigueur que « la République n’effacera aucune trace de son histoire » et « ne déboulonnera pas de statues ».

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Mais revenons sur le « racisme » de la France, dont le chef de l’État fait un présupposé – qui échappe miraculeusement à toute déconstruction. La France est esclavagiste et colonisatrice : il suffit pourtant de se pencher sur l’histoire du monde pour constater que la pratique de la colonisation et de l’esclavage n’est pas l’apanage de la France, ni même du monde occidental, et que les pays et peuples d’origine des « racisés » et autres décoloniaux ont pendant longtemps (et encore aujourd’hui pour certains) mis en œuvre ces systèmes, que leurs descendants dénoncent avec véhémence… seulement chez les Blancs. Or, s’ils sont contestables et scandaleux chez les Blancs, ils le sont tout autant chez les Noirs et les Arabes.

La fable de la France raciste

Mais l’honnêteté intellectuelle n’est pas de mise quand l’idéologie est à la manœuvre. Que dire de tous ces militants qui crient au racisme structurel de l’État et de l’homme blanc, alors qu’ils ont précisément été les seuls en France à qui on a accordé de faire fi des règles sanitaires pour pouvoir manifester lors du premier déconfinement en 2020 ? Que dire de ces consignes données aux policiers de ne pas effectuer de contrôles dans les « quartiers sensibles » et de fermer les yeux, de facto, sur le non-respect du couvre-feu ? Que dire des tolérances accordées dans le Tarn et ailleurs, avant rétropédalage, aux musulmans en période de ramadan, pour se déplacer en dehors des horaires auxquels on soumet toute la population ? Je ne sache pas que les chrétiens aient eu droit à une telle mansuétude pour les récentes célébrations de Pâques. S’il y a discrimination, elle ne s’exerce pas contre ceux qu’on se plaît à dire discriminés. Omar Sy avait vu juste en jouant un rôle dans le prémonitoire Intouchables…

Ce pays est-il raciste, alors que l’école publique est accessible à tous, que les aides sociales sont distribuées à tous, indépendamment de la couleur de peau, que l’hôpital soigne tout le monde, sans avance de frais ou gratuitement, et ce avant même l’éventuelle obtention de la nationalité ? Que dire de la possibilité de réussir dans ce pays, de s’y élever socialement, la même pour tous, pour peu qu’on en ait les aptitudes et qu’on s’en donne les moyens ? Le réel offre un démenti obstiné aux tenants de la discrimination en France, si l’on veut bien constater le nombre important de journalistes, d’enseignants, de médecins, de comédiens… issus des « minorités visibles » dans ce pays. Où est la discrimination ? Que dire d’un pays où chacun peut pratiquer sa religion, protégé par la liberté de conscience et de culte ? Peut-on trouver dans le monde pays aussi généreux que la France en matière de droits et de libertés, les mêmes pour tous ? Y a-t-on vu quoi que ce soit depuis la fin de l’esclavage (d’ailleurs aboli par les Occidentaux) qui ressemble à l’apartheid ou à la ségrégation d’État ?… Où est le « privilège blanc » du jeune chômeur dans la France périphérique ? Où est le « privilège blanc » du paysan qui travaille pour 800 euros par mois ? Où est le « privilège blanc » de ceux qui, devenus minoritaires, se voient contraints de quitter des banlieues massivement islamisées ? Où est le « privilège blanc » quand depuis des décennies, la politique de la ville a déversé des milliards dans les seuls « quartiers sensibles » ? Mais puisque le président lui-même vous dit que la France est raciste !

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L’étendard de la lutte contre le racisme structurel en France est Adama Traoré, mort dans les conditions que l’on sait. Or, si ce jeune homme a été inquiété, ce n’est pas parce qu’il était noir, mais bien parce qu’il s’est enfui à l’arrivée de la police, autrement dit c’est ce qu’il a fait – et non ce qu’il était – qui a conduit à une interpellation difficile. Les antiracistes d’aujourd’hui réduisent le débat à cette équation simple et manichéenne, qui fait du Noir (par essence) une gentille victime, et du Blanc (toujours par essence) un méchant coupable. On met en avant l’« être » et non le « faire », ce qui amène à disculper ou condamner quelqu’un (voire un pays tout entier) indépendamment de ses actes. Et plutôt que de remettre gentiment à sa place la pasionaria du clan Traoré, élevée au rang d’icône par le magazine Time, l’État se couche.

Ce folklore antiraciste me rappelle l’attitude de certains élèves : il leur arrive de manifester leur mécontentement lors de la réception d’une mauvaise note, qu’ils relient plus ou moins explicitement, avec une dose de mauvaise foi et de provocation dont je ne les crois même pas dupes, à la couleur de leur peau. C’est assez pratique pour se dédouaner de toute responsabilité ! Comment leur faire admettre que le résultat obtenu entretient un rapport étroit avec la qualité du travail rendu et que les considérations épidermiques n’y ont aucune part ? Que leur couleur, leur origine, leur religion ne les condamnent pas à la mauvaise note ? Que traiter tous les élèves de la même façon, exiger la même chose du Blanc et du Noir, participe du respect pour eux ? L’an dernier, certains étudiants de l’université américaine d’UCLA ont demandé à un professeur, en raison du confinement, d’évaluer avec plus de bienveillance leurs camarades « racisés » : le refus du professeur et l’ironie de sa réponse dans laquelle il faisait mine de se demander comment noter les étudiants métis ont conduit à sa mise à pied ! Considérer un élève noir ou arabe avec plus de bienveillance qu’un élève blanc, c’est lui faire l’affront de penser qu’il n’a pas a priori les moyens intellectuels pour réussir. Or, il doit faire ses preuves comme les autres, les mêmes droits supposant les mêmes obligations, à l’école comme dans la société.

Le nouveau racisme est plus pervers

En ce sens, la discrimination positive est non seulement une injustice faite à tous ceux qui ne peuvent se prévaloir d’une origine ou d’une couleur de peau prétendument préjudiciables, mais également l’expression d’une forme de condescendance envers les bénéficiaires de telles mesures, voire d’une forme perverse de racisme. Comme on le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions, et cette discrimination « bienveillante » amène à trouver suspecte, quand bien même elle en aurait les compétences, la présence d’une personne « non blanche » dans une école prestigieuse ou à un poste important.

Finalement, cette discrimination positive, réclamée par de nombreux partis et associations, et soutenue par le chef de l’État, n’est bien souvent qu’une façon pour certains Blancs d’expier leur mauvaise conscience de classe – et même de race, puisque les antiracistes postmodernes ont ramené cette notion bannie sur le devant de la scène. J’en ai connu plusieurs dans le corps enseignant, de ces professeurs issus de la bourgeoisie, qui expiaient leurs « privilèges » par la plus grande mansuétude envers les enfants d’immigrés. Ou comment s’acheter à peu de frais une bonne conscience… et la paix sociale dans sa classe. Comme autrefois la bourgeoise se faisait pardonner son aisance matérielle par l’exercice de la charité et par une pratique religieuse ostentatoire, ces professeurs idolâtres de saint Bourdieu payent leur domination culturelle, et désormais leur « blanchitude », par le renoncement à toute exigence scolaire (d’ailleurs pas seulement à l’endroit des « racisés » !) et un militantisme actif qui englobe la défense des « sans-papiers », l’idéologie sans-frontiériste et l’engagement en faveur de la Palestine. Il est regrettable que cette bourgeoisie ne considère plus sa propre culture, certes blanche et bourgeoise, comme un instrument d’émancipation pour tous, y compris les « non-Blancs » qui fréquentent les écoles françaises.

Macron, parlez-nous de la France !

Ce qui est terrible aujourd’hui, au-delà du caractère imaginaire du racisme systémique, au-delà de l’agitation de minorités sommant les Blancs de faire repentance, de la confusion qu’elles entretiennent et de la malhonnêteté intellectuelle qui les habite, c’est la soumission des élites politiques et médiatiques qui s’en font le relais complaisant… à commencer par le chef de l’État. Manifestement, il ne voit pas que ses exercices de prosternation répétés devant les minorités en France ou devant l’Algérie, pour s’attirer leurs bonnes grâces, ne font que nourrir leur mépris pour un pays qui n’a pas à rougir plus qu’un autre de ce qu’il est. Dès lors, que peut-on attendre de ce président ? Peut-être faudrait-il qu’un conseiller lui rappelle (à supposer qu’il ne sorte pas du même moule) qu’avoir la charge d’un pays ne se limite pas à la gestion technocratique des dossiers, mais comporte aussi une dimension affective, pour ne pas dire amoureuse, quelles que soient les parts d’ombre de son histoire. Il est significatif, à cet égard, de l’entendre plus volontiers parler de la République que de la France, évacuant ainsi de son rapport au pays toute dimension charnelle et sensible.

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Les élites politiques, sur le papier tellement soucieuses de « faire société », pour reprendre le jargon en vogue, doivent bien savoir que la cohésion nationale n’est possible que par l’adhésion à une histoire commune : cette adhésion n’exclut pas l’esprit critique, mais devrait interdire toute concession faite à des minorités vindicatives, dont le projet revient moins à affirmer ce qu’elles sont qu’à bafouer et balayer ce que nous sommes. Mais il y a peu à espérer d’un personnel politique émasculé, paralysé par le mépris de soi, la peur de l’embrasement des banlieues et le cynisme électoraliste.

« Déconstruire notre histoire » : à l’émotion des (faux) opprimés répond l’émotion des (vrais) contrits. On se vautre dans l’émotion, mais on voit bien que toutes ne se valent pas : celle des Français qui cherchent à défendre ce qu’il reste de leur identité est systématiquement disqualifiée, réduite à un prurit fascistoïde et nauséabond. Notre déconstructeur en chef devrait pourtant comprendre que s’il veut pointer les vrais fascistes, il les trouvera chez ceux qui déboulonnent les statues plutôt que chez ceux qui cherchent à les protéger.

«Notre but officieux était de chasser Trump!»: les aveux d’un responsable de CNN filmé à son insu

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Piégé par des conservateurs, Charlie Chester a révélé en caméra cachée tout ce que sa chaîne était prête à faire pour empêcher la réélection de Donald Trump...


« À chaque fois qu’on parle de [Trump], on va immédiatement avoir une information qu’on psychologise, qu’on idéologise. Le bon sens voudrait simplement qu’on livre l’information, on peut avoir nos opinions, on peut les développer dans un débat. Mais là, même au niveau de l’information qu’on va délivrer en parlant de Donald Trump, elle est déjà orientée et nuancée », déclarait Sonia Mabrouk à Valeurs Actuelles en septembre 2019. Ce dévoiement du journalisme, un responsable de CNN l’a récemment reconnu sans se savoir enregistré, expliquant fièrement comment la chaîne avait manipulé l’information pour obtenir le départ de Trump.

The most trusted name in news ?

Un nouveau scandale après la parution d’une vidéo d’aveux, il y a quatre ans, quant aux manipulations sur le Russiagate de la part de la chaîne autoproclamée The Most Trusted Name in News (le nom le plus fiable dans l’actualité).

« Notre objectif était de chasser Trump du Bureau [ovale], non ? Officieusement, c’était cela ! » Dans son article du 13 avril intitulé « Un employé de CNN se vante auprès de Project Veritas de la diffusion par la chaîne de la propagande anti-Trump », le New York Post a publié des extraits de la première partie des aveux de Charlie Chester. Ce dernier, directeur technique de la chaîne d’information, a été filmé en caméra cachée lors de cinq rendez-vous censément sentimentaux décidés via l’application Tinder. Lors des rencontres, Chester a tenu à montrer l’importance des manœuvres de CNN pour discréditer le président Trump, comme mentir sur sa santé psychologique et neurologique. Twitter n’a pas tardé à réagir et a banni dès le lendemain le compte du journaliste James O’Keefe, le fondateur de Project Veritas, un groupe conservateur. L’entreprise de microblogage a affirmé qu’il s’agissait d’un compte frauduleux, conduisant O’Keefe à saisir la Cour suprême de l’État de New York pour diffamation.

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Au cours des entretiens, Charlie Chester a raconté comment CNN a surdramatisé de prétendus problèmes de santé du président : « La main de [Trump] tremblait, je pense. Nous avons invité énormément de gens du monde médical pour produire une narration qui n’était que de la spéculation, à savoir qu’il avait des dommages neurologiques et perdait la raison. Qu’il était inapte […] Nous avons ainsi créé une histoire sans rien savoir. Je pense que c’est de la propagande. » On soulignera que les tentatives pour discréditer Trump en faisant appel à l’argument d’autorité, avec des médecins orientés et supposés pouvoir diagnostiquer sans consultation, avaient connu leur point culminant en août 2019 avec le Dr Allen Frances, un psychiatre. Semblant prendre du recul, ce dernier avait critiqué ses collègues en disant qu’il ne fallait pas considérer le président comme un cas pathologique, avant de le décrire comme une personne aussi destructrice que Mao, Staline et Hitler. Face au tollé, l’animateur de CNN avait prétendu n’avoir pas entendu cette phrase en raison d’un problème technique.

Toujours dans ce registre de la santé, le directeur technique de CNN a également dit que la chaîne avait tenté de faire croire que Joe Biden était en forme en le filmant en train de courir. Le média avait ainsi diffusé, dès fin 2018, une vidéo de l’ancien vice-président faisant quelques foulées en le comparant au président Trump présenté comme capable de seulement conduire sa voiturette de golf. Selon Chester, de telles décisions sont prises par Jeff Zucker, le président de la chaîne.

Le précédent du Russiagate: des aveux d’un producteur de CNN secrètement enregistrés

Ce n’est pas la première fois qu’un responsable de CNN fait de tels aveux en ignorant être filmé. En juin 2017 déjà, Project Veritas avait piégé le producteur John Bonifield admettant que sa chaîne ne croyait pas à l’histoire de la collusion entre Donald Trump et la Russie durant la campagne présidentielle. Affirmant savoir que les accusations contre le président étaient « essentiellement de la foutaise » (mostly bullshit), Bonifield avait déclaré n’avoir rien « vu de suffisamment pertinent prouvant que le président ait commis un crime ». Il avait ajouté avoir le sentiment que Trump était probablement fondé à se plaindre d’une chasse aux sorcières. La médiatisation des prétendues frasques sexuelles d’un Trump à Moscou, soumis au possible chantage des autorités russes, selon le rapport Steele totalement inventé au profit des démocrates, a notamment eu pour conséquence de limiter le rapprochement souhaité par le président entre Washington et Moscou puisqu’il devait éviter d’apparaître comme œuvrant en faveur des Russes.

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La commentatrice politique démocrate du site d’information The Hill Krystal Ball avait d’ailleurs épinglé les médias qui avaient fait leurs choux gras de cette histoire. Ball avait alors fulminé : « CNN et de nombreux autres médias ne sont clairement pas irréprochables dans cette machine à battage médiatique, tandis que le Parti démocrate s’est engagé avec bonheur dans ces spéculations. »

Dans un article intitulé « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020 », en date du 4 février, le magazine Time a longuement narré les manœuvres entre le Parti démocrate et certains républicains, les médias, le syndicats, les médias sociaux, les médias traditionnels ou des organisations telles que le Planning familial, pour convaincre le public de la fragilité du système « afin de s’assurer que la démocratie en Amérique perdure ». Comprenons, faire perdre Trump. L’histoire révélée par le Time est présentée comme un modèle de résistance à raconter fièrement, « même si elle ressemble à un rêve de paranoïaque – une cabale bien financée regroupant des personnes puissantes, de toutes les industries et idéologies, collaborant en coulisse afin de modifier les perceptions, les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations. Ils n’ont pas truqué l’élection, ils l’ont fortifiée. » Cette fierté d’avoir contribué à faire perdre Trump de cette manière est considérée comme légitime, au point que cela ressemblerait à un complot sans en être un puisqu’il s’agit du bon camp. Cela explique que Charlie Chester ait pu en parler en se prenant pour un héros.

Biden relance… la crise de la dette!


Avec Joe Biden, aux États-Unis, il pleut des dollars. Or, ce déluge qui suit de près d’autres plans de relance risque de susciter davantage d’inflation et de provoquer de catastrophiques avalanches dans la montagne de dettes publiques.


En présentant son projet de soutien de 1 900 milliards de dollars, le 46e président des États-Unis a certes tenu une promesse de campagne, mais sans autre justification que les urgences conjoncturelles. Rien d’original, dira-t-on. Sauf que ledit plan est le quatrième en l’espace d’un an, trois plans Trump ayant été votés à l’unanimité et appliqués en 2020. Et l’importance des sommes, sans précédent, donne le vertige. Cela semble signifier, implicitement, que les relances de l’année écoulée n’ont pas porté leurs fruits.

Or, à la veille de la pandémie, les chiffres de la production et de l’emploi américains étaient plutôt réconfortants. Le chômage avait reculé et, mieux encore, celui des Noirs avait atteint son plus bas niveau. Cela n’empêche pas l’actuelle secrétaire au Trésor, Janet Yellen, de présenter sa panoplie comme un moyen de lutter contre le racisme ! De surcroît, la chute de la production américaine durant l’exercice 2020 a été limitée à 3,6 %, deux fois moins que celle de l’Europe. Il y a là quelque chose qui interpelle le bon sens. Quelles pourraient donc être les cibles de la nouvelle manne du Trésor américain ?

Un keynésianisme caricatural

Premier point : subventionner la consommation des ménages à hauteur de 1 000 milliards, sous la forme d’un chèque de 1 400 dollars distribué selon le niveau des revenus et d’une reconduction des allocations chômage dont 18 millions d’Américains sont tributaires. Subventionnement et non défiscalisation qui aurait été inopérant dans un pays où les particuliers restent très peu imposés. La générosité apparente du plan Biden souligne la nécessité de porter secours aux classes modestes et moyennes américaines victimes d’une relégation depuis quarante ans, à rebours de la promotion dont elles ont bénéficié après-guerre.

Deuxième point, en forme de contrepoint avec les pratiques européennes : 400 milliards de commandes publiques supplémentaires seront réservées aux entreprises locales, un protectionnisme « politiquement correct » qui laisse de côté les scélérates mesures douanières.

Troisième point, les collectivités territoriales seront subventionnées à hauteur de 350 milliards de dollars. On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Il s’avère que ce sont les États et les villes sous gestion démocrate qui seront les principaux bénéficiaires… et l’on découvre que le clientélisme n’est pas une spécificité française. Les équipes locales du Parti démocrate se sont ingéniées à distribuer des cadeaux à leurs personnels, sous forme d’avantages salariaux et de retraites anticipées. Le plan Biden servira à boucher les trous de la gestion locale démocrate.

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Enfin, 300 milliards de dollars pour soutenir la recherche et le développement. Une mesure vertueuse qui interroge la politique d’investissement et de recherche des entreprises américaines durant toute cette période où elles ont accumulé des bénéfices historiquement élevés. Qu’ont-elles fait de ces bénéfices, qu’ont-elles fait des allègements fiscaux qui leur ont été consentis par les présidents successifs depuis Reagan ? D’où cette question de fond. La nation la plus riche et la plus puissante du monde, résolument attachée au modèle de l’entreprise libre, en est réduite aux expédients d’un keynésianisme qui sent quelque peu le fagot. Les entreprises ne créent-elles plus la richesse ? La vérité se situe-t-elle désormais dans ce keynésianisme caricatural ?

L’Amérique trahie par ses élites

Chinamérique, ont dit certains, pour traduire le pas de deux géopolitique de Pékin et de Washington entre l’arrivée de Bill Clinton et l’arrivée de Donald Trump. Le libre-échange mondial impulsé par la puissance américaine, soutenu par la sphère financière, a immensément profité à l’économie chinoise. Mais cette Chine sous contrôle de la bureaucratie communiste n’a rien inventé. Elle a appliqué le modèle mercantiliste vieux de trois siècles, qui consiste à privilégier des productions locales, en fermant ses frontières aux produits étrangers, hormis les matières premières et les machines non disponibles sur le territoire chinois.

Mais avec ce point singulier que ce sont aussi les entreprises étrangères, aux côtés des entreprises locales, qui bénéficient de ces privilèges. La Chine a revisité le colbertisme avec la complicité des dirigeants économiques occidentaux. Et c’est ainsi qu’une fraction notable du déficit commercial américain résulte de productions américaines réalisées sous pavillon chinois. Et c’est ainsi que l’emploi industriel américain n’a cessé de reculer. Qu’en resterait-il si les États-Unis ne disposaient pas de la plus grande industrie d’armement au monde que financent un budget pléthorique et les achats des pays du golfe Persique ?

Alors qu’il lui faudrait reconstruire des pans entiers de son économie, le plan Biden pratique une forme de dopage en portant la dette publique au montant record de 120 % du PIB.

Malgré ses œillères, Trump l’avait compris : le libre-échange était non pas deux fois gagnant, mais deux fois perdant. Car la délocalisation entraîne plus d’importations et moins d’exportations. On peut lui reprocher cependant son obsession chinoise. Les entreprises américaines se sont délocalisées tous azimuts, dans l’ensemble de l’Asie, au Mexique et au Brésil.

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L’Amérique a été trahie par ses financiers, ses managers, ses journalistes acquis à la cause de la mondialisation. Alors qu’il lui faudrait reconstruire des pans entiers de son économie, le plan Biden pratique une forme de dopage en portant la dette publique au montant record de 120 % du PIB. N’y a-t-il pas un risque à soutenir une consommation qui se portera encore plus sur les produits originaires d’Asie pour creuser un déficit commercial qui, en février 2021, crevait le plafond de 800 milliards de dollars annuels ? À quoi bon stimuler la R&D si les inventions sont réalisées au-delà des mers ?

Inutile et dangereux

Mais voici que, pour la première fois, la politique économique américaine subit les critiques des tenants du néolibéralisme, à commencer par Lawrence Summers. Cet ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton est aussi, et surtout, un gardien du temple néolibéral. Mais cela ne l’empêche pas de voir où le bât blesse. La nouvelle politique budgétaire est, selon lui, la « moins responsable en plus de quarante ans ». Par ses excès, soutient-il, la relance budgétaire va accroître les tensions inflationnistes. D’où le risque d’une « collision entre la politique monétaire généreuse et l’augmentation de la dépense publique » et d’une remontée des taux d’intérêt. Et nous voici ramenés au problème de fond représenté par l’accumulation d’une montagne de dettes privées et publiques : une augmentation des taux de 2 % pourrait à elle seule entraîner une dévalorisation massive des dettes anciennes et un tsunami financier à l’échelle occidentale. C’est ce risque qui obsède Lawrence Summers et quelques autres. L’ombre d’un doute se lève, dans son propre camp, sur les choix économiques du nouveau président.

Rambouillet : la France paie son laxisme migratoire

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Le 23 avril, un agent administratif de la police nationale, en civil et non armée, Stéphanie M., a été égorgée dans le sas du commissariat de Rambouillet par un terroriste tunisien. Il a été abattu après son acte, avant qu’il puisse continuer à commettre le pire au sein des locaux.


Stéphanie était âgée de 49 ans. Elle avait deux enfants. Le terroriste – Jamel G. – avait 36 ans. Entré clandestinement en France, sa situation est régularisée en 2019 et en 2021 il plante un couteau dans la gorge de Stéphanie et l’atteint également à l’abdomen. Son évolution inquiétante aurait pu être constatée par exemple sur Facebook. Je ne supporte plus les propos, aussi bien présidentiels – nous ne céderons pas au terrorisme… – que du Premier ministre – c’est un acte barbare… – pas davantage que les visites ministérielles, une fois les odieux forfaits accomplis. On ne peut plus se contenter d’opposer, toujours trop tard, des mots à la violence meurtrière de l’islamisme, redoutablement efficace parce que « low cost ». Le tueur en l’occurrence se moquait bien de savoir quel était le statut officiel de Stéphanie mais ciblait une personnalité, quelle qu’elle soit, dans l’univers professionnel du commissariat.

Une impuissance du pouvoir ?

Certes je ne méconnais pas le fait que depuis deux ans, trente attentats ont été déjoués. Mais je n’oublie pas que ce Tunisien aurait dû être expulsé après son entrée clandestine en 2009, dès sa présence constatée sur notre sol. Le « laxisme migratoire est en effet une bombe ». Bruno Retailleau a raison et on est obligé d’admettre que les rodomontades, sous toutes latitudes politiques, ont donné l’illusion de l’action.

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Il n’empêche que le macronisme, que je continue à trouver faible sur le plan régalien à cause de l’absurdité opératoire du « en même temps », à l’évidence n’est pas performant pour lutter contre la délinquance et la criminalité ordinaires. Et pas davantage contre le terrorisme qui ponctuellement frappe où il veut quand il veut et n’appelle de la part du politique, l’assassinat perpétré, qu’une commisération qui ne rassure pas la communauté nationale. La police est pourtant son bras armé et démocratique fondamental. La bonne volonté de ce gouvernement est évidente, il fait ce qu’il peut mais il peut très peu quand on sort de l’autosatisfaction encore récente d’Emmanuel Macron.

Cesser de fragiliser les forces de l’ordre

Ma première conclusion sera qu’il faut cesser d’attaquer sans répit la police pour la fragiliser. La honte de devoir se demander comment la protéger… Alors que son rôle la plupart du temps exemplaire – n’en déplaise à Mediapart qui insidieusement l’attaque après le crime de Rambouillet – est de nous protéger, nous les citoyens, contre les voyous et tueurs de toutes sortes.

Ma deuxième conclusion est que le pouvoir devra passer plus de temps à s’acharner à l’insécurité, les délits et les crimes plutôt qu’à pourfendre les propositions souvent pertinentes de ses adversaires politiques. Pourquoi ne pas réunir, sur ces sujets capitaux, puisqu’à l’évidence le gouvernement ne détient pas la solution, l’ensemble de la classe politique dans une sorte d’union nationale que ces tragédies trop répétées justifieraient ? Pourquoi ne pas s’entourer d’experts et de professionnels d’autres pays ayant mis en oeuvre ce que la France ne sait pas mener à bien, ne parvient pas à éradiquer ? Je songe notamment aux conseils israéliens.

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Ma dernière conclusion portera sur notre démocratie. J’ai écrit ici ou là qu’elle était allée au bout, sur le plan législatif, de ce qu’elle pouvait se permettre sans se renier elle-même. Et si je m’étais trompé, s’il n’y avait pas encore des moyens pour renforcer notre défense, amplifier nos outils, multiplier nos armes ? Notre République ne pourrait-elle pas, dans sa volonté de lutter contre le terrorisme qui n’a pour finalité que de nous détruire, nous, notre société, notre civilisation, inventer des dispositifs encore plus contraignants, pour favoriser notamment l’action des forces de l’ordre ? En réglant une fois pour toutes l’absurde arbitrage entre liberté et sécurité comme si dans l’urgence il avait du sens.

Mais, de grâce, moins de mots, moins de ces propos tout faits qui révèlent plus une interrogation angoissée qu’une détermination sans faille. Si on ne met pas TOUS les moyens au service de cet objectif légitime, consensuel et profondément démocratique, demain sera le même jour.

Les Turcs en France: un «isolat» séparatiste?

Manifestants pro-Erdogan, place de la Republique à Paris, le 20 novembre 2016 © Sevgi/SIPA Numéro de reportage : 00782045_000017

«L’assimilation est un crime contre l’humanité» affirmait le président turc Erdogan en Allemagne en 2008. En France, qu’il se rassure, les immigrés turcs ne se caractérisent pas franchement par leur assimilation. Chiffres.


Au mois d’octobre 2020, diverses villes de France ont été le théâtre des mêmes scènes stupéfiantes. À Dijon, Vienne ou Décines, plusieurs centaines d’individus brandissant des drapeaux turcs ont improvisé des défilés à la nuit tombée, scandant des slogans à la gloire du président Erdogan, des invocations religieuses (« Allah akbar ») ainsi que des menaces de mort envers la population d’origine arménienne.

Ces épisodes s’inscrivaient dans un contexte de fortes tensions entre Paris et Ankara, du face-à-face en mer Égée jusqu’à la violente crise diplomatique autour des caricatures de Mahomet, en passant par la guerre au Haut-Karabagh. L’attention publique s’est alors portée sur cette communauté immigrée parfois réputée plus discrète que d’autres, mais néanmoins qualifiée d’« isolat turc » (Jérôme Fourquet) en raison de sa fermeture et de sa réputation d’allégeance au pays d’origine.

Une natalité très supérieure à la moyenne

L’immigration turque a été amorcée en 1965 avec la signature d’une « convention de main d’œuvre » entre la France et la Turquie, suscitant l’arrivée (pensée comme provisoire) de milliers de travailleurs dans les années qui suivirent. L’arrêt officiel de l’immigration de travail en 1974 et le décret de 1976 instaurant un droit au regroupement familial ont radicalement changé la nature de ces flux. La communauté turque est aujourd’hui forte d’environ 700 000 personnes– dont plus de la moitié aurait acquis la nationalité française, d’après le chercheur Mehmet Ali-Kanci[1].

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Cette diaspora connaît une croissance démographique portée par deux moteurs conjoints. D’abord une natalité très supérieure aux standards nationaux : les immigrées turques en France ont en moyenne 3,1 enfants par femme d’après le démographe François Héran, contre 1,9 pour les femmes non-immigrées (et 2,1 en Turquie même)[2]. Mais également la poursuite de l’immigration, qu’elle soit légale – par l’obtention de titres pour « motif familial » en premier lieu – ou illégale.

Les Turcs connaissent un retard persistant en termes d’activité professionnelle : 47,6% des Turcs de plus de 15 ans vivant en France en 2016 étaient chômeurs ou inactifs (ni en emploi, ni en études, ni en retraite), soit un taux trois fois plus élevé que celui des Français (14,2%)[3]. La « deuxième génération » possède par ailleurs un niveau de qualification académique spécialement bas : d’après l’INSEE, seuls 39% des 20-35 ans enfants d’immigrés turcs étaient diplômés du baccalauréat en 2008, soit une proportion inférieure de presque 30 points à celle des 20-35 ans ni immigrés ni enfants d’immigrés (68%) et le taux le plus bas parmi toutes les origines étudiées – y compris maghrébines et sahéliennes[4].

Endogamie record

Au-delà de ce déficit socio-éducatif, la communauté turque en France se distingue surtout par une forme accentuée de ségrégation volontaire. Celle-ci repose sur trois éléments principaux : une endogamie record, l’autarcie linguistique et une pratique « nationaliste » de l’Islam.

Les données fournies par Jérôme Fourquet dans L’Archipel français sont particulièrement frappantes : 93% des femmes et 80% des hommes descendant d’immigrés turcs en France épousent un conjoint turc ou d’origine turque, faisant ainsi de ce groupe ethnoculturel le plus endogame de tous[5]. À titre de comparaison, les femmes d’origine marocaine – deuxième groupe le plus endogame – sont « seulement » 70% à épouser un homme de même origine.

Le chercheur Samim Akgönül constate que les choix matrimoniaux des Turco-Français s’orientent plus souvent vers des partenaires résidant encore en Turquie que vers la diaspora déjà présente en France[6] ; il y perçoit la marque de stratégies parentales visant à entraver une acculturation trop poussée de la génération suivante. Cela passe notamment par un recours fréquent aux mariages « arrangés » ainsi que la récurrence surprenante des unions intra-familiales.

Des mosquées dédiées et sous influence

Cette endogamie hors-normes est rendue possible par un cadre culturel hermétique, marqué entre autres par des pratiques langagières en rupture avec la société d’accueil. L’enquête Trajectoires et Origines de l’INED révèle que seuls 31% des femmes et 57% des hommes immigrés turcs se déclarent « à l’aise » à l’oral en français – soit le plus bas niveau de l’étude[7]. Les Turcs sont aussi les immigrés qui déclarent le plus souvent transmettre exclusivement leur langue d’origine à leurs enfants.

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Musulmane sunnite dans sa grande majorité, la diaspora turque cultive également sa singularité dans la pratique religieuse. Jérome Fourquet constate que « les communautés turques disséminées sur le territoire national se dotent quasi systématiquement de leur propre mosquée, alors que les musulmans issus d’autres origines partagent souvent le même lieu de culte »[8].

Lesdites mosquées connaissent deux principaux types de tutelle : soit le Diyanet, ministère turc chargé du culte, avec ses imams-fonctionnaires qui opèrent en France sous le paravent du Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) ; soit des confréries islamiques non-gouvernementales mais proches du régime d’Ankara, dont le Millî Görüs – qui pilote le projet controversé de grande mosquée à Strasbourg. Le CCMTF et Millî Görüs font partie des quatre organisations membres du CFCM à avoir refusé de signer la « Charte des principes pour l’Islam de France »[9], censée affirmer la compatibilité entre la religion musulmane et les principes républicains.

Une communauté acquise à Erdogan

L’ampleur de la communauté turque en France, son cloisonnement et sa structuration en font un levier majeur d’influence pour le gouvernement turc – dont l’usage est grandement facilité par le soutien dont l’AKP bénéficie dans cette population : lors de l’élection présidentielle de 2018, Erdogan a obtenu 63,9% des suffrages exprimés dans les bureaux de vote ouverts en France[10].

Cette instrumentalisation prend différentes formes. On la retrouve dans l’activisme violent des « Loups gris », groupe paramilitaire agissant en bras armé de l’État profond turc, que le gouvernement français a formellement dissous en novembre dernier. On la distingue derrière le Parti Égalité et Justice, branche officieuse de l’AKP en France qui s’est présentée à plusieurs élections dans les territoires de forte implantation turque. On la perçoit enfin dans les multiples cas d’entrisme politique au niveau local, récemment recensés par le chercheur Tigrane Yégavian lors des municipales

Alors que la France est confrontée à l’hostilité grandissante de la Turquie sur plusieurs théâtres militaires et politiques, un tel constat appelle des réponses politiques courageuses.

Cet article est le résumé d’une étude menée par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie que nous avons publiée en deux parties.

> Lire la première partie : Enquête: qui sont les Turcs en France? <

> Lire la deuxième partie : Les Turcs en France sont-ils vraiment acquis à Erdogan? <


[1] Mehmet Ali-Akinci, « La communauté turque en France en 2020 », revue France Forum, mai 2020

[2] François Héran, entretien avec L’Opinion, 4 octobre 2019 (Lien)

[3] Ministère de l’Intérieur, « L’immigration en France, données du recensement 2017 » (consulté le 22/11/2020 : Lien)

[4] INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés en France, 2012 (Lien)

[5] Jérôme Fourquet, L’Archipel français, Seuil, 2019, p.170

[6] Samin Akgönül,  « Appartenances et altérités chez les originaires de Turquie en France. Le rôle de la religion », Hommes & Migrations, juillet 2009, pp. 34-49

[7] Stéphanie Condon et Corinne Régnard, « Les pratiques linguistiques : langues apportées et langues transmises » in Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France, INED éditions, 2016, p. 124

[8] Jérôme Fourquet, op. cit., p. 172

[9] Voir l’article du Figaro à ce sujet

[10] Voir l’article du Point à ce sujet

Des militaires ont-ils le droit de dire qu’ils s’inquiètent pour la France?

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Le ministre de la Défense Florence Parly, 20 avril 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01015237_000028

Des centaines de militaires, de tous grades, ont co-signé une lettre ouverte aux représentants de la Nation, texte relayé depuis dans Valeurs Actuelles.

Ils y font part de leurs inquiétudes, que toute personne de bonne foi au fait de la situation du pays ne peut que partager. Ils affirment qu’ils sont disposés à servir la France aux côtés de tous les politiques qui, contre l’islamisme, contre ceux qui sèment la haine raciale, et à l’écoute du peuple, auront à cœur « d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà » car « il ne peut et ne doit exister aucune ville, aucun quartier où les lois de la République ne s’appliquent pas. »

Les réactions sont, pour le moins, contrastées. De la part du gouvernement, on notera hélas le contre-sens fait par Florence Parly. En effet, la ministre des Armées a affirmé que « deux principes immuables guident l’action des militaires vis-à-vis du politique : neutralité et loyauté. » C’est inexact : la loyauté des militaires ne peut aller qu’à la nation et au peuple souverain, et certainement pas au « politique », quel qu’il soit. On s’étonne un peu de devoir le rappeler à un gouvernement de la Cinquième République, fondée par un militaire en retraite, et qui d’ailleurs n’avait pas attendu la retraite pour s’exprimer contre l’autorité politique mais pour la France, un certain 18 juin.

On pourrait commenter d’avantage, mais que l’on me permette d’emprunter plutôt, sans rien leur ajouter, les mots de quelqu’un de bien plus grand que moi :

Je pense, avec Pascal, que le zèle est étrange « qui s’irrite contre ceux qui accusent des fautes publiques, et non pas contre ceux qui les commettent »… « Jamais les saints ne se sont tus », a-t-il encore écrit ailleurs. Ce n’est pas une devise pour la censure ! Elle n’en mérite pas moins d’être méditée par quiconque, sans prétendre, hélas ! à la sainteté, s’efforce simplement vers la modeste moralité de l’honnête homme.

Il lui faudra enfin, à ce peuple, se remettre à l’école de la vraie liberté d’esprit. « Il est bon qu’il y ait des hérétiques » : les milieux militaires n’étaient pas les seuls à avoir perdu de vue cette maxime de sagesse.

Nous savions. Et pourtant, paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons craint le heurt de la foule, les sarcasmes de nos amis, l’incompréhensif mépris de nos maîtres. Nous n’avons pas osé être, sur la place publique, la voix qui crie, d’abord dans le désert, mais du moins, quel que soit le succès final, peut toujours se rendre la justice d’avoir crié sa foi. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. Puissent nos cadets nous pardonner le sang qui est sur nos mains !

L’auteur de ces lignes ? Marc Bloch. Dans L’étrange défaite.

Je laisse chacun juger de la manière dont ses propos s’appliquent à notre temps.

Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Le tombeau vide, mais sous contrat!

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photo D.R.

François Darras devra garder une tombe vide pendant trente ans.


Au printemps 2019, ce Bourguignon se recueille sur la sépulture de son oncle au cimetière de Fougères (Bretagne) avec sa mère Marie-France. Loin d’oublier les morts de la famille, ils décident ensemble de profiter de leur séjour en Bretagne pour renouveler la concession de son oncle pour trente longues années. Le contrat est fait au nom de Marie-France. Le 3 octobre 2019, cette dernière rend l’âme et est inhumée dans le caveau familial. Conformément à ses souhaits, elle y est rejointe par les ossements de son frère, qui y sont transférés trois jours après. Un regroupement familial qui laisse l’emplacement K11-07-17 vacant. Esseulé mais confiant, François Darras souhaite rétrocéder la demeure inoccupée, dont le chèque de 300 euros de renouvellement du bail a été encaissé durant l’été. Mais Louis Feuvrier, le maire de Fougères ne l’entend pas de cette oreille: « Les héritiers ne peuvent procéder à une rétrocession car ils doivent respecter le contrat passé par le titulaire de la concession, en l’occurrence, Madame Darras », argue-t-il dans une lettre écrite en juillet 2020. « Le concessionnaire doit être en vie pour opérer la rétrocession », souligne-t-il aussi. À ce stade, il ne resterait qu’à réveiller Madame Darras pour lui faire signer un nouveau contrat….

« Le chèque n’aurait dû être encaissé qu’à la date du renouvellement de la concession. Il est ridicule que l’administration n’arrive même pas à comprendre ça », deplore François Darras. En effet, le renouvellement de la concession inoccupée devait prendre effet début novembre 2019 mais le chèque a été encaissé par la mairie de Fougères le 14 juin 2019. Il y a dix jours, François Darras a averti Causeur qu’il s’apprêtait à braver les 10 km de déplacement et à retourner en Bretagne. Pour tenter d’inculquer un peu de bon sens au mur administratif? « Pour décorer la tombe d’une façon choquante mais décente afin de les embêter. À part la notion de décence, vous pouvez faire ce que vous voulez. Mais quelle est la définition de la décence ? Dans le même cimetière, j’ai vu une tombe de six mètres de haut par exemple. Dans ces conditions, rien n’interdit de mettre des pneus, un drapeau breton, une éolienne avec une crécelle », s’est-il alors amusé sans rien promettre. La semaine dernière, il a mis en œuvre son projet de décoration funéraire, lequel n’est pas du goût du maire. Ce dernier lui a envoyé un courrier dans lequel il lui a demandé d’enlever son « ensemble d’objets hétéroclites non respectueux du lieux […] dans un délai de 48 heures, faute de quoi les agents du cimetière y [procéderaient] ». 

Accomplissement artistique ou création indécente ? À chacun d’en juger.

Que dit le droit funéraire? En réponse à la question d’une députée en 2016, le ministère de l’Intérieur écrivit que « les dispositions législatives en vigueur permettent à la commune, s’il s’agit d’une concession perpétuelle, de reprendre la concession  ». Si jamais les bureaucrates arrivent à réveiller Marie-France Darras de sa tombe pour mettre fin au contrat, qu’ils fassent de même pour Franz Kafka afin qu’il tire une nouvelle de cette énième chinoiserie administrative. 

2022: une intox nommée Taubira

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Christiane Taubira © Hannah Assouline

L’ex-garde des Sceaux laisse monter les rumeurs méticuleusement orchestrées autour d’une possible candidature à la présidentielle. Pas forcément dans l’espoir de gagner, mais pour chasser au profit du PS sur les terres électorales des Insoumis et des Verts.


23 février 2021, un sondage Odoxa Denstu Consulting désigne Christiane Taubira comme la personnalité préférée des électeurs de gauche, à 51 % d’opinions favorables, en hausse de quatre points en un mois ! Et ce n’est certainement pas fini. Comme l’expliquait Causeur dans son numéro de février, il sera beaucoup question de l’ex-garde des Sceaux en mai, à l’occasion des vingt ans de la loi qui porte son nom et tend à faire de la négation de la traite négrière un crime contre l’humanité. À cette occasion, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FEM), présidée par Jean-Marc Ayrault, entend placer Christiane Taubira sous les feux de la rampe dans la perspective de la présidentielle de 2022. Peut-être pas pour en faire une candidate crédible, mais avec l’espoir raisonnable d’affaiblir des rivaux.

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« La gauche est entrée dans des discussions interminables pour tenter de désigner un candidat de rassemblement, explique un député PS. Les négociations vont durer au moins jusqu’en septembre 2021, puisque c’est la date que EELV a choisie pour organiser sa primaire. Pour améliorer la position du PS, l’idée est de plomber la cote de popularité de Jean-Luc Mélenchon et de la tête de gondole EELV, quand elle aura été désignée. Christiane Taubira est taillée pour le rôle. Elle va rivaliser avec les Verts et les Insoumis dans le registre de la lutte contre le racisme institutionnel et les violences policières. » Dans l’idée de devenir la candidate de la gauche unie ? « Non, Anne Hidalgo est plus crédible. Christiane Taubira est trop clivante pour un second tour. »

« Clivante », le mot poursuit Christiane Taubira. Le sondage Odoxa de février 2021 le confirme. Elle ne passe pas du tout dans l’électorat de droite, avec 11 % seulement d’opinions favorables (contre 38 % pour Jean-Yves Le Drian !). Toutes tendances confondues, elle est rejetée par 38 % des sondés. Seuls Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour et Marine Le Pen font pire (51 %, 50 %, 47 %), mais avec une différence de taille : ils sont omniprésents dans les médias, alors que Christiane Taubira se fait oublier depuis des années ! Malgré sa discrétion, son impopularité persiste.

Pétition décevante

Ce n’est pas faute de soutiens. Depuis des mois, des sympathisants de gauche s’activent pour faire monter le buzz autour de sa candidature. Ils créent des comités de soutien locaux. Ils ont déposé le nom de domaine taubira2022.fr le 26 septembre 2019. Ils se dépensent sans compter sur les réseaux sociaux. Ils activent leurs relais associatifs et mondains. Le 28 décembre dernier, Stéphane Fouéré, référent départemental de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de la Sarthe, expliquait sur une radio locale tout le bien qu’il pensait d’une candidature Taubira. Six semaines plus tôt, le 15 novembre, une lettre ouverte, signée entre autres par Juliette Binoche, appelait la « chère Christiane Taubira » à se présenter à la présidentielle. Dans la foulée, une pétition a été lancée. Mi-mars 2021, elle avait été signée par 29 000 personnes. Correct, sans plus. Jean-Luc Mélenchon a recueilli cinq fois plus de signatures d’investiture populaire dans le même laps de temps.

Convictions à géométrie variable

Est-ce si étonnant ? La compilation des propos peu rassembleurs de Christiane Taubira serait longue. En janvier 2018, elle déclarait dans Libération qu’il était « temps maintenant que les hommes fassent l’expérience de la minorité. Le premier endroit où ils peuvent et doivent le faire, c’est dans l’exercice du pouvoir. » Peut-être serait-il bon de laisser les électeurs en décider ? Encore plus équivoque, cette phrase extraite d’une tribune publiée dans Le Monde du 13 juillet 2020. Christiane Taubira déplorait l’absence de banque du sang dans son département, la Guyane : « Tout le sang vient d’ailleurs, avec son capital génétique », s’indignait-elle. La phrase n’a pas de sens précis, dans la mesure où une transfusion sanguine ne modifie pas les gènes du receveur. Le problème est qu’elle suggère que l’ex-député de Guyane croit à une quelconque génétique du sang guyanais, noir ou indien ! Une maladresse ? Plutôt le signe d’un double standard, par définition incompatible avec un scrutin national. Pour Christiane Taubira, vérité en métropole, mensonge en outre-mer. Autre exemple, sur l’immigration. Sur France Info, en mai 2018, elle fustigeait « l’égoïsme » des Français, qui désapprouvaient l’immigration clandestine en provenance d’Afrique et du Proche-Orient. « Ça dit des choses terribles sur nous », dénonçait-elle, sermonnant au passage ses concitoyens mal-pensants. Même clandestine, l’immigration, « c’est le monde dans lequel nous vivons, c’est l’état de ce monde, nous y avons une part ». En 2007, elle tenait des propos totalement différents, appelant au contraire à un renvoi énergique des clandestins, en tout cas de Guyane. « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre », déclarait-elle le 20 avril 2007 sur RFI. Florian Philippot, sortez de ce corps.

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Difficile de savoir à quel moment elle parle avec sincérité, dans la mesure où son parcours est jalonné de virages tactiques. Née en 1952, Christiane Taubira a milité comme indépendantiste quelques années seulement, de 1978 à 1981. Élue député non inscrit en 1993, elle a voté l’investiture du gouvernement Balladur, avec comme ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua… Elle a ensuite soutenu le pragmatisme incarné et l’absence revendiquée de programme en politique, en la personne de Bernard Tapie.

Une loi nommée Taubira par hasard

La loi du 21 mai 2001 qui porte son nom n’est pas davantage le fruit de convictions profondes. Initialement, cette proposition tendant « à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » émanait d’élus communistes, Bernard Birsinger, député-maire de Bobigny, et trois députés PCF réunionnais, Huguette Bello, Élie Hoarau et Claude Hoarau. C’est presque par hasard que Christiane Taubira lui a laissé son nom. Lorsqu’elle est devenue ministre de la Justice, le 16 mai 2012, la loi en question venait d’ailleurs d’être réduite à néant par la Cour de cassation. Appelée à se prononcer sur un arrêt de la cour d’appel de Fort-de-France, qui avait admis l’apologie de crime contre l’humanité (pour des propos vraiment odieux), la plus haute juridiction a cassé la condamnation prononcée sur le fondement de la loi Taubira[tooltips content= »Cass. crim., 5 févr. 2012, n° 11-85909. »](2)[/tooltips]. Motif, « une telle disposition législative », à caractère mémoriel, « ne saurait être revêtue de la portée normative attachée à la loi » ! Bref, la loi Taubira est un texte vide de sens, un gadget. Arrivée à la Chancellerie, Christiane Taubira ne s’en est pas émue le moins du monde…

Les terroristes Mohamed Lahouaej-Bouhlel et Jamel Gorchane se connaissaient-ils?

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A gauche le terroriste de la Promenade des Anglais à Nice Mohamed Lahouaiej Bouhlel, à droite le terroriste de Rambouillet Jamel Gorchene. Photos : Sipa.

La thèse du chauffeur-livreur sans histoire pourrait bien ne pas tenir


Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et Jamel Gorchane étaient-ils des amis d’enfance ? Cette hypothèse mettrait clairement à mal l’idée selon laquelle le terroriste de Rambouillet serait un « loup solitaire ». Et c’est précisément ce qu’affirme le journaliste et écrivain Nicolas Beau, ancien de Marianne, du Monde et du Canard Enchaîné, dans un article paru sur son média d’infos de l’Afrique francophone, Mondafrique.

Un prédicateur commun ?

Nicolas Beau déplore un manque de coopération entre les services de renseignements tunisien et français qui, selon lui, aurait permis d’éviter « quelques drames ». Quelques drames comme celui de vendredi dernier à Rambouillet ? Nicolas Beau aurait obtenu des informations qui lui permettent d’avancer qu’avant de s’installer en Île-de-France, Gorchane aurait rendu visite à « son ami d’enfance », Mohamed Lahouaej-Bouhlel à Nice dès son arrivée sur le territoire en 2009.

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Ces deux Tunisiens, nés l’un et l’autre en 1985 dans la ville de M’saken en Tunisie auraient-ils grandi ensemble ? Selon Nicolas Beau, ils auraient également été endoctrinés par un seul et même imam, Béchir Ben Hassen, lui-même originaire de la ville de M’saken. L’imam Bechir Ben Hassen est né en 1973. Après des études de théologie à la Mecque, à l’Université américaine internationale de théologie islamique, il s’est formé au centre Islamique de Bruxelles. Ce prédicateur franco-tunisien sympathisant du parti « Annahda » et président de la « Ligue tunisienne des oulémas et de la prédication » a, pour rappel, été interpellé le 28 mai 2013 à son arrivée à l’aéroport Mohammed V, en vertu d’un mandat d’arrêt international émis à son encontre par Interpol le 4 juin 2012, par le tribunal de grande instance de Créteil (France) pour exécution d’une peine faisant suite à son refus de remettre à son ex-épouse française ses quatre enfants, cette dernière étant la titulaire du droit de garde et de l’autorité parentale sur les petits. Une fois extradé en France, il y sera condamné à neuf mois de détention.

L’imam rejoindra la Tunisie de nouveau en 2014 après avoir purgé sa peine, il y retrouvera le min’bar de la mosquée de M’saken dont il avait été banni après l’élection de feu le président laïque Essebsi, et y officiera jusqu’en 2018 avec la bénédiction de ses amis d’Ennahdha et leurs alliés d’ « Al Karama ». L’imam sera condamné de nouveau cette année-là à six mois de prison ferme pour diffamation d’une avocate sur les réseaux sociaux et rejoindra de nouveau la France. Il prêchera à Noisy-Le-Grand, à Vigneux et pourra ouvrir deux associations d’instruction de langue arabe et de jurisprudence islamique pour les enfants et les adultes.

Une piste à explorer pour le parquet antiterroriste

Mais l’imam Bechir se fait connaître par le grand public lorsqu’il appellera dans une vidéo à décapiter quiconque insulte le prophète de l’islam Mahomet. Cette vidéo sera diffusée sur Facebook en 2020, dix jours seulement avant un autre attentat qui a ciblé la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption à Nice. L’auteur de cet attentat était d’ailleurs lui aussi originaire de Tunisie et plus précisément de la ville de Sfax.

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L’hypothèse selon laquelle J. Gorchane et M. Lahouiej seraient liés depuis leur enfance en Tunisie où l’imam Ben Bechir est tenu pour responsable de la radicalisation de toute une génération d’hommes de la ville de M’saken (l’auteur de l’attentat du marché de Noël à Berlin, Anis Amri, est né à Kairouan mais aurait également grandi à M’saken !) permettrait de lever le voile sur plusieurs éléments intrigants dans cette affaire de Rambouillet. Hélas, le journaliste Nicolas Beau n’a pas fourni plus d’éléments permettant de valider sa théorie ni de la prendre totalement au sérieux à l’heure où nous écrivons ces lignes. Pour l’instant, et en attendant la fin de l’enquête ouverte par le Parquet national antiterroriste, l’opinion publique devra donc se contenter du profil fourni par le quotidien Le Monde qui a conclu que Jamel Gorchane, le terroriste qui a assassiné une fonctionnaire de police du commissariat de Rambouillet, n’était qu’un « chauffeur livreur sans histoire ».

CV anonyme: en Australie non plus, cela ne marche pas!

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Image d'illustration Marten Bjork Unsplash

La démographe Michèle Tribalat commente le rapport du gouvernement australien « Going blind to see more clearly: Unconscious bias in Australian Public Service shortlisting process »…


On se souvient que la loi de 2006 sur l’égalité des chances avait imposé le CV anonyme pour les entreprises françaises de plus de 50 salariés, décision qui ne fut jamais suivie d’un décret d’application et fut enterrée en 2015 par une loi Rebsamen le rendant facultatif. Les conclusions de l’enquête réalisée par le Crest, à partir de Pôle Emploi entre novembre 2009 et novembre 2010 dans huit départements, avait douché les espoirs portés sur le CV anonyme comme remède aux discriminations. Cette enquête avait montré une tendance à l’homophilie, c’est-à-dire au recrutement d’hommes par des hommes et de femmes par des femmes sans grande incidence au final sur le résultat, mais un effet défavorable du CV anonyme pour les candidats d’origine étrangère ou/et résidant en Zone urbaine sensible (Zus) ou dans une ville à Contrat urbain de cohésion sociale (Cucs). Ces informations sur leur origine ou/et lieu d’habitation joueraient ainsi comme une circonstance atténuante à certains défauts dans leurs CV.

En 2016, la fonction publique australienne avait lancé un programme Gender Equality Strategy visant à corriger les déséquilibres de genre dans les différents secteurs publics. À cette occasion on avait beaucoup évoqué la question des CV anonymes. Ce fut l’occasion pour le Behavioural Economics Team of the Australian Government (BETA) d’essayer d’y voir un peu plus clair en organisant une enquête randomisée dont le but était de mesurer l’efficacité de l’anonymat pour améliorer les chances des femmes et celles des personnes appartenant à une minorité d’accéder à un haut poste d’encadrement. Elle a consisté à examiner la sélection de cinq parmi seize candidats aux profils variés pour un poste de cadre supérieur dans leur institution par des jurys constitués au hasard. L’enquête a mobilisé 2100 cadres supérieurs de la fonction publique relevant de quatorze organismes qui ont accepté de se prêter à l’exercice. Ils ont eu à évaluer les mêmes CV qui, soit comportaient les identifiants sur le sexe ou l’origine notamment d’après les noms et prénoms, soit inversaient les prénoms masculins et féminins, soit étaient anonymisés. À ces différences près, les CV se présentaient formellement exactement de la même façon. Les volontaires furent ainsi assignés au hasard à l’un des trois jurys.

Comme en France, l’anonymisation des CV a tendance à défavoriser les candidats appartenant à une minorité ethnique, mais seule la discrimination positive exercée à l’égard des femmes aborigènes est statistiquement significative (intervalle de confiance de 95 %). Elles ont 22,2 % de chances en plus d’être sélectionnées lorsque leur anonymat est levé.

Par ailleurs, l’attribution d’une identité masculine à la place de l’identité féminine a tendance à réduire la probabilité d’être sélectionné, faiblement (-3,2 %), mais significativement (intervalle de confiance à 99 %).  L’inverse augmente les chances de 2,9 %.

Le BETA a pu aussi examiner les différences entre les membres des jurys. Les hommes sont plus enclins à pratiquer la discrimination positive à l’égard des minorités que les femmes : +11,6 % contre +1,8 % en faveur des hommes de ces minorités et +13,6 % contre +5,5 % en faveur des femmes de ces minorités, lorsqu’ils peuvent les identifier. Et les membres des jurys âgés de 40 ans ou plus pratiquent plus la discrimination positive à l’égard des femmes des minorités que les plus jeunes (+10,0 % contre +5,8 %). Par ailleurs les membres des jurys appartenant eux-mêmes aux services de ressources humaines sont les plus enclins à pratiquer la discrimination positive en faveur des femmes (+ 9,0 %) et des minorités (+41,4 % en faveur des femmes des minorités).

Il s’agit là des résultats moyens (qui varient en fonction de l’administration de rattachement) mais qui témoignent de l’engagement des fonctionnaires, notamment ceux des ressources humaines, dans la discrimination positive en faveur des femmes et des minorités. La pratique du CV anonyme irait donc à l’encontre des raisons pour lesquelles l’Australie a été tentée de l’introduire. C’est en tout cas vrai pour la sélection des cadres supérieurs de la fonction publique.

Les auteurs de l’étude ont cherché à vérifier que l’expérimentation n’était pas entachée de deux types de biais : 1) le volontariat aurait pu sélectionner ceux qui étaient les plus en faveur de la « diversité » et de l’égalité entre hommes et femmes ; 2) les participants auraient pu anticiper le but de l’exercice et être ainsi tentés de se comporter différemment qu’ils ne l’auraient fait en situation réelle. Les opinions des participants ne semblent pas différer sensiblement de celles de l’ensemble des fonctionnaires de même niveau et quelques questions additionnelles en fin d’exercice ont permis aux auteurs d’éliminer quelques participants suspects de falsifier leurs préférences (comme dirait Timur Kuran) sans changer les résultats.

Comme en France, ce type d’études permet d’éliminer les fausses bonnes idées de gouvernements anxieux de démontrer leur bonne volonté pour faire reculer les discriminations.

>>> Retrouvez les analyses de Michèle Tribalat sur son blog <<<

Déconstruire, dit-il

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Le président Macron en entretien sur la chaîne américaine CBS, 18 avril 2021. Capture d'écran.

Peut-on trouver dans le monde pays aussi généreux que la France en matière de droits et de libertés, les mêmes pour tous ? Cela n’empêche pas notre président de donner des gages aux déconstructeurs de l’identité française, quand il répond à la télévision américaine.


Dernier exemple du « en même temps » macronien : le chef de l’État se déplace à Montpellier pour prétendre se soucier de l’insécurité (entérinant par là une réalité que son propre ministre de la Justice juge fantasmée), tout en continuant d’alimenter par ses propos récurrents contre la France le ressentiment et la haine qui motivent de nombreux délinquants.

Il s’agit donc de « mettre plus de bleu sur le terrain » pour lutter contre des violences que son discours nourrit : le pyromane Macron se veut pompier ! On aura bien compris qu’à un an de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron distribue des os à ronger à « cellezéceux » dont les voix sont bonnes à prendre : un couplet intransigeant sur le renforcement de l’autorité pour complaire à la droite, et un autre couplet, quasi simultané, sur les nombreuses fautes commises par la France, aujourd’hui comme hier, pour tenter de séduire une partie de la gauche et des populations issues de l’immigration…

Une campagne cynique

Si on crédite cet homme de quelque intelligence, on ne peut mettre son incohérence que sur le compte du cynisme et de l’opportunisme électoralistes. Ce n’est pas le sort de la France qui l’intéresse, c’est le sien : ses gesticulations contre la délinquance sont bien trop tardives dans son mandat pour paraître sincères et dépourvues de calculs de basse politique. S’il est sur le terrain de la sécurité depuis peu, c’est que les sondages s’accordent à y voir un enjeu majeur de la future élection.

Les élites politiques, tellement soucieuses de « faire société », doivent savoir que la cohésion nationale n’est possible que par l’adhésion à une histoire commune

Où est la vérité d’Emmanuel Macron ? Elle est selon moi dans toutes les petites phrases distillées ici ou là, qui le révèlent comme une incarnation du mondialisme multiculturaliste – le « young global leader » célébré à Davos, après son élection. Il est avant tout un agent de la disparition des nations, avec ce que cela implique d’ancrage affectif dans une terre et une histoire : c’est pourquoi il s’emploie avec un zèle permanent à discréditer le passé de la France, à mettre en lumière ce qu’il dit être son racisme et ses pratiques discriminantes, à rendre ce pays – qui ne mérite pas une telle ignominie – littéralement détestable ! Certaines de ses interventions n’ont rien à envier aux discours les plus décomplexés des mouvements décoloniaux et indigénistes : la colonisation est « un crime contre l’humanité », assimilable par le choix des termes au génocide contre les juifs, la culture française n’existe pas, les problèmes des banlieues ne peuvent être réglés par des « mâles blancs », les discriminations et le racisme empêchent la diversité de s’élever dans la société en lui barrant l’accès aux meilleures écoles… Non content de vanter sur le média Brut les plateformes ouvertes pour dénoncer les innombrables discriminations subies par la diversité, Macron veut aussi encourager la discrimination positive : le nouvel Institut du service public veillera à tuer le scandaleux élitisme de l’ENA, imitant en cela les Instituts d’études politiques, précurseurs en la matière par la suppression de l’épreuve de culture générale, jugée discriminante, et par l’ouverture de concours réservés à des jeunes gens socialement défavorisés (instaurant par là la présence de quotas). Il faut également, suivant la nouvelle logique militante, « déconstruire notre propre histoire » : c’est précisément ce qu’a préconisé, pour nous « débarrasser du racisme », et en anglais dans le texte, Emmanuel Macron ce 18 avril sur CBS ! Le 14 juin dernier, lors d’une allocution télévisée, ce même Macron déclarait avec vigueur que « la République n’effacera aucune trace de son histoire » et « ne déboulonnera pas de statues ».

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Mais revenons sur le « racisme » de la France, dont le chef de l’État fait un présupposé – qui échappe miraculeusement à toute déconstruction. La France est esclavagiste et colonisatrice : il suffit pourtant de se pencher sur l’histoire du monde pour constater que la pratique de la colonisation et de l’esclavage n’est pas l’apanage de la France, ni même du monde occidental, et que les pays et peuples d’origine des « racisés » et autres décoloniaux ont pendant longtemps (et encore aujourd’hui pour certains) mis en œuvre ces systèmes, que leurs descendants dénoncent avec véhémence… seulement chez les Blancs. Or, s’ils sont contestables et scandaleux chez les Blancs, ils le sont tout autant chez les Noirs et les Arabes.

La fable de la France raciste

Mais l’honnêteté intellectuelle n’est pas de mise quand l’idéologie est à la manœuvre. Que dire de tous ces militants qui crient au racisme structurel de l’État et de l’homme blanc, alors qu’ils ont précisément été les seuls en France à qui on a accordé de faire fi des règles sanitaires pour pouvoir manifester lors du premier déconfinement en 2020 ? Que dire de ces consignes données aux policiers de ne pas effectuer de contrôles dans les « quartiers sensibles » et de fermer les yeux, de facto, sur le non-respect du couvre-feu ? Que dire des tolérances accordées dans le Tarn et ailleurs, avant rétropédalage, aux musulmans en période de ramadan, pour se déplacer en dehors des horaires auxquels on soumet toute la population ? Je ne sache pas que les chrétiens aient eu droit à une telle mansuétude pour les récentes célébrations de Pâques. S’il y a discrimination, elle ne s’exerce pas contre ceux qu’on se plaît à dire discriminés. Omar Sy avait vu juste en jouant un rôle dans le prémonitoire Intouchables…

Ce pays est-il raciste, alors que l’école publique est accessible à tous, que les aides sociales sont distribuées à tous, indépendamment de la couleur de peau, que l’hôpital soigne tout le monde, sans avance de frais ou gratuitement, et ce avant même l’éventuelle obtention de la nationalité ? Que dire de la possibilité de réussir dans ce pays, de s’y élever socialement, la même pour tous, pour peu qu’on en ait les aptitudes et qu’on s’en donne les moyens ? Le réel offre un démenti obstiné aux tenants de la discrimination en France, si l’on veut bien constater le nombre important de journalistes, d’enseignants, de médecins, de comédiens… issus des « minorités visibles » dans ce pays. Où est la discrimination ? Que dire d’un pays où chacun peut pratiquer sa religion, protégé par la liberté de conscience et de culte ? Peut-on trouver dans le monde pays aussi généreux que la France en matière de droits et de libertés, les mêmes pour tous ? Y a-t-on vu quoi que ce soit depuis la fin de l’esclavage (d’ailleurs aboli par les Occidentaux) qui ressemble à l’apartheid ou à la ségrégation d’État ?… Où est le « privilège blanc » du jeune chômeur dans la France périphérique ? Où est le « privilège blanc » du paysan qui travaille pour 800 euros par mois ? Où est le « privilège blanc » de ceux qui, devenus minoritaires, se voient contraints de quitter des banlieues massivement islamisées ? Où est le « privilège blanc » quand depuis des décennies, la politique de la ville a déversé des milliards dans les seuls « quartiers sensibles » ? Mais puisque le président lui-même vous dit que la France est raciste !

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L’étendard de la lutte contre le racisme structurel en France est Adama Traoré, mort dans les conditions que l’on sait. Or, si ce jeune homme a été inquiété, ce n’est pas parce qu’il était noir, mais bien parce qu’il s’est enfui à l’arrivée de la police, autrement dit c’est ce qu’il a fait – et non ce qu’il était – qui a conduit à une interpellation difficile. Les antiracistes d’aujourd’hui réduisent le débat à cette équation simple et manichéenne, qui fait du Noir (par essence) une gentille victime, et du Blanc (toujours par essence) un méchant coupable. On met en avant l’« être » et non le « faire », ce qui amène à disculper ou condamner quelqu’un (voire un pays tout entier) indépendamment de ses actes. Et plutôt que de remettre gentiment à sa place la pasionaria du clan Traoré, élevée au rang d’icône par le magazine Time, l’État se couche.

Ce folklore antiraciste me rappelle l’attitude de certains élèves : il leur arrive de manifester leur mécontentement lors de la réception d’une mauvaise note, qu’ils relient plus ou moins explicitement, avec une dose de mauvaise foi et de provocation dont je ne les crois même pas dupes, à la couleur de leur peau. C’est assez pratique pour se dédouaner de toute responsabilité ! Comment leur faire admettre que le résultat obtenu entretient un rapport étroit avec la qualité du travail rendu et que les considérations épidermiques n’y ont aucune part ? Que leur couleur, leur origine, leur religion ne les condamnent pas à la mauvaise note ? Que traiter tous les élèves de la même façon, exiger la même chose du Blanc et du Noir, participe du respect pour eux ? L’an dernier, certains étudiants de l’université américaine d’UCLA ont demandé à un professeur, en raison du confinement, d’évaluer avec plus de bienveillance leurs camarades « racisés » : le refus du professeur et l’ironie de sa réponse dans laquelle il faisait mine de se demander comment noter les étudiants métis ont conduit à sa mise à pied ! Considérer un élève noir ou arabe avec plus de bienveillance qu’un élève blanc, c’est lui faire l’affront de penser qu’il n’a pas a priori les moyens intellectuels pour réussir. Or, il doit faire ses preuves comme les autres, les mêmes droits supposant les mêmes obligations, à l’école comme dans la société.

Le nouveau racisme est plus pervers

En ce sens, la discrimination positive est non seulement une injustice faite à tous ceux qui ne peuvent se prévaloir d’une origine ou d’une couleur de peau prétendument préjudiciables, mais également l’expression d’une forme de condescendance envers les bénéficiaires de telles mesures, voire d’une forme perverse de racisme. Comme on le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions, et cette discrimination « bienveillante » amène à trouver suspecte, quand bien même elle en aurait les compétences, la présence d’une personne « non blanche » dans une école prestigieuse ou à un poste important.

Finalement, cette discrimination positive, réclamée par de nombreux partis et associations, et soutenue par le chef de l’État, n’est bien souvent qu’une façon pour certains Blancs d’expier leur mauvaise conscience de classe – et même de race, puisque les antiracistes postmodernes ont ramené cette notion bannie sur le devant de la scène. J’en ai connu plusieurs dans le corps enseignant, de ces professeurs issus de la bourgeoisie, qui expiaient leurs « privilèges » par la plus grande mansuétude envers les enfants d’immigrés. Ou comment s’acheter à peu de frais une bonne conscience… et la paix sociale dans sa classe. Comme autrefois la bourgeoise se faisait pardonner son aisance matérielle par l’exercice de la charité et par une pratique religieuse ostentatoire, ces professeurs idolâtres de saint Bourdieu payent leur domination culturelle, et désormais leur « blanchitude », par le renoncement à toute exigence scolaire (d’ailleurs pas seulement à l’endroit des « racisés » !) et un militantisme actif qui englobe la défense des « sans-papiers », l’idéologie sans-frontiériste et l’engagement en faveur de la Palestine. Il est regrettable que cette bourgeoisie ne considère plus sa propre culture, certes blanche et bourgeoise, comme un instrument d’émancipation pour tous, y compris les « non-Blancs » qui fréquentent les écoles françaises.

Macron, parlez-nous de la France !

Ce qui est terrible aujourd’hui, au-delà du caractère imaginaire du racisme systémique, au-delà de l’agitation de minorités sommant les Blancs de faire repentance, de la confusion qu’elles entretiennent et de la malhonnêteté intellectuelle qui les habite, c’est la soumission des élites politiques et médiatiques qui s’en font le relais complaisant… à commencer par le chef de l’État. Manifestement, il ne voit pas que ses exercices de prosternation répétés devant les minorités en France ou devant l’Algérie, pour s’attirer leurs bonnes grâces, ne font que nourrir leur mépris pour un pays qui n’a pas à rougir plus qu’un autre de ce qu’il est. Dès lors, que peut-on attendre de ce président ? Peut-être faudrait-il qu’un conseiller lui rappelle (à supposer qu’il ne sorte pas du même moule) qu’avoir la charge d’un pays ne se limite pas à la gestion technocratique des dossiers, mais comporte aussi une dimension affective, pour ne pas dire amoureuse, quelles que soient les parts d’ombre de son histoire. Il est significatif, à cet égard, de l’entendre plus volontiers parler de la République que de la France, évacuant ainsi de son rapport au pays toute dimension charnelle et sensible.

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Les élites politiques, sur le papier tellement soucieuses de « faire société », pour reprendre le jargon en vogue, doivent bien savoir que la cohésion nationale n’est possible que par l’adhésion à une histoire commune : cette adhésion n’exclut pas l’esprit critique, mais devrait interdire toute concession faite à des minorités vindicatives, dont le projet revient moins à affirmer ce qu’elles sont qu’à bafouer et balayer ce que nous sommes. Mais il y a peu à espérer d’un personnel politique émasculé, paralysé par le mépris de soi, la peur de l’embrasement des banlieues et le cynisme électoraliste.

« Déconstruire notre histoire » : à l’émotion des (faux) opprimés répond l’émotion des (vrais) contrits. On se vautre dans l’émotion, mais on voit bien que toutes ne se valent pas : celle des Français qui cherchent à défendre ce qu’il reste de leur identité est systématiquement disqualifiée, réduite à un prurit fascistoïde et nauséabond. Notre déconstructeur en chef devrait pourtant comprendre que s’il veut pointer les vrais fascistes, il les trouvera chez ceux qui déboulonnent les statues plutôt que chez ceux qui cherchent à les protéger.

«Notre but officieux était de chasser Trump!»: les aveux d’un responsable de CNN filmé à son insu

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Piégé par des conservateurs, Charlie Chester a révélé en caméra cachée tout ce que sa chaîne était prête à faire pour empêcher la réélection de Donald Trump...


« À chaque fois qu’on parle de [Trump], on va immédiatement avoir une information qu’on psychologise, qu’on idéologise. Le bon sens voudrait simplement qu’on livre l’information, on peut avoir nos opinions, on peut les développer dans un débat. Mais là, même au niveau de l’information qu’on va délivrer en parlant de Donald Trump, elle est déjà orientée et nuancée », déclarait Sonia Mabrouk à Valeurs Actuelles en septembre 2019. Ce dévoiement du journalisme, un responsable de CNN l’a récemment reconnu sans se savoir enregistré, expliquant fièrement comment la chaîne avait manipulé l’information pour obtenir le départ de Trump.

The most trusted name in news ?

Un nouveau scandale après la parution d’une vidéo d’aveux, il y a quatre ans, quant aux manipulations sur le Russiagate de la part de la chaîne autoproclamée The Most Trusted Name in News (le nom le plus fiable dans l’actualité).

« Notre objectif était de chasser Trump du Bureau [ovale], non ? Officieusement, c’était cela ! » Dans son article du 13 avril intitulé « Un employé de CNN se vante auprès de Project Veritas de la diffusion par la chaîne de la propagande anti-Trump », le New York Post a publié des extraits de la première partie des aveux de Charlie Chester. Ce dernier, directeur technique de la chaîne d’information, a été filmé en caméra cachée lors de cinq rendez-vous censément sentimentaux décidés via l’application Tinder. Lors des rencontres, Chester a tenu à montrer l’importance des manœuvres de CNN pour discréditer le président Trump, comme mentir sur sa santé psychologique et neurologique. Twitter n’a pas tardé à réagir et a banni dès le lendemain le compte du journaliste James O’Keefe, le fondateur de Project Veritas, un groupe conservateur. L’entreprise de microblogage a affirmé qu’il s’agissait d’un compte frauduleux, conduisant O’Keefe à saisir la Cour suprême de l’État de New York pour diffamation.

A lire ensuite: #PasToucheÀMonHijab: le hashtag mondial qui s’attaque aux sénateurs français

Au cours des entretiens, Charlie Chester a raconté comment CNN a surdramatisé de prétendus problèmes de santé du président : « La main de [Trump] tremblait, je pense. Nous avons invité énormément de gens du monde médical pour produire une narration qui n’était que de la spéculation, à savoir qu’il avait des dommages neurologiques et perdait la raison. Qu’il était inapte […] Nous avons ainsi créé une histoire sans rien savoir. Je pense que c’est de la propagande. » On soulignera que les tentatives pour discréditer Trump en faisant appel à l’argument d’autorité, avec des médecins orientés et supposés pouvoir diagnostiquer sans consultation, avaient connu leur point culminant en août 2019 avec le Dr Allen Frances, un psychiatre. Semblant prendre du recul, ce dernier avait critiqué ses collègues en disant qu’il ne fallait pas considérer le président comme un cas pathologique, avant de le décrire comme une personne aussi destructrice que Mao, Staline et Hitler. Face au tollé, l’animateur de CNN avait prétendu n’avoir pas entendu cette phrase en raison d’un problème technique.

Toujours dans ce registre de la santé, le directeur technique de CNN a également dit que la chaîne avait tenté de faire croire que Joe Biden était en forme en le filmant en train de courir. Le média avait ainsi diffusé, dès fin 2018, une vidéo de l’ancien vice-président faisant quelques foulées en le comparant au président Trump présenté comme capable de seulement conduire sa voiturette de golf. Selon Chester, de telles décisions sont prises par Jeff Zucker, le président de la chaîne.

Le précédent du Russiagate: des aveux d’un producteur de CNN secrètement enregistrés

Ce n’est pas la première fois qu’un responsable de CNN fait de tels aveux en ignorant être filmé. En juin 2017 déjà, Project Veritas avait piégé le producteur John Bonifield admettant que sa chaîne ne croyait pas à l’histoire de la collusion entre Donald Trump et la Russie durant la campagne présidentielle. Affirmant savoir que les accusations contre le président étaient « essentiellement de la foutaise » (mostly bullshit), Bonifield avait déclaré n’avoir rien « vu de suffisamment pertinent prouvant que le président ait commis un crime ». Il avait ajouté avoir le sentiment que Trump était probablement fondé à se plaindre d’une chasse aux sorcières. La médiatisation des prétendues frasques sexuelles d’un Trump à Moscou, soumis au possible chantage des autorités russes, selon le rapport Steele totalement inventé au profit des démocrates, a notamment eu pour conséquence de limiter le rapprochement souhaité par le président entre Washington et Moscou puisqu’il devait éviter d’apparaître comme œuvrant en faveur des Russes.

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La commentatrice politique démocrate du site d’information The Hill Krystal Ball avait d’ailleurs épinglé les médias qui avaient fait leurs choux gras de cette histoire. Ball avait alors fulminé : « CNN et de nombreux autres médias ne sont clairement pas irréprochables dans cette machine à battage médiatique, tandis que le Parti démocrate s’est engagé avec bonheur dans ces spéculations. »

Dans un article intitulé « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020 », en date du 4 février, le magazine Time a longuement narré les manœuvres entre le Parti démocrate et certains républicains, les médias, le syndicats, les médias sociaux, les médias traditionnels ou des organisations telles que le Planning familial, pour convaincre le public de la fragilité du système « afin de s’assurer que la démocratie en Amérique perdure ». Comprenons, faire perdre Trump. L’histoire révélée par le Time est présentée comme un modèle de résistance à raconter fièrement, « même si elle ressemble à un rêve de paranoïaque – une cabale bien financée regroupant des personnes puissantes, de toutes les industries et idéologies, collaborant en coulisse afin de modifier les perceptions, les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations. Ils n’ont pas truqué l’élection, ils l’ont fortifiée. » Cette fierté d’avoir contribué à faire perdre Trump de cette manière est considérée comme légitime, au point que cela ressemblerait à un complot sans en être un puisqu’il s’agit du bon camp. Cela explique que Charlie Chester ait pu en parler en se prenant pour un héros.

Biden relance… la crise de la dette!

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© Soleil

Avec Joe Biden, aux États-Unis, il pleut des dollars. Or, ce déluge qui suit de près d’autres plans de relance risque de susciter davantage d’inflation et de provoquer de catastrophiques avalanches dans la montagne de dettes publiques.


En présentant son projet de soutien de 1 900 milliards de dollars, le 46e président des États-Unis a certes tenu une promesse de campagne, mais sans autre justification que les urgences conjoncturelles. Rien d’original, dira-t-on. Sauf que ledit plan est le quatrième en l’espace d’un an, trois plans Trump ayant été votés à l’unanimité et appliqués en 2020. Et l’importance des sommes, sans précédent, donne le vertige. Cela semble signifier, implicitement, que les relances de l’année écoulée n’ont pas porté leurs fruits.

Or, à la veille de la pandémie, les chiffres de la production et de l’emploi américains étaient plutôt réconfortants. Le chômage avait reculé et, mieux encore, celui des Noirs avait atteint son plus bas niveau. Cela n’empêche pas l’actuelle secrétaire au Trésor, Janet Yellen, de présenter sa panoplie comme un moyen de lutter contre le racisme ! De surcroît, la chute de la production américaine durant l’exercice 2020 a été limitée à 3,6 %, deux fois moins que celle de l’Europe. Il y a là quelque chose qui interpelle le bon sens. Quelles pourraient donc être les cibles de la nouvelle manne du Trésor américain ?

Un keynésianisme caricatural

Premier point : subventionner la consommation des ménages à hauteur de 1 000 milliards, sous la forme d’un chèque de 1 400 dollars distribué selon le niveau des revenus et d’une reconduction des allocations chômage dont 18 millions d’Américains sont tributaires. Subventionnement et non défiscalisation qui aurait été inopérant dans un pays où les particuliers restent très peu imposés. La générosité apparente du plan Biden souligne la nécessité de porter secours aux classes modestes et moyennes américaines victimes d’une relégation depuis quarante ans, à rebours de la promotion dont elles ont bénéficié après-guerre.

Deuxième point, en forme de contrepoint avec les pratiques européennes : 400 milliards de commandes publiques supplémentaires seront réservées aux entreprises locales, un protectionnisme « politiquement correct » qui laisse de côté les scélérates mesures douanières.

Troisième point, les collectivités territoriales seront subventionnées à hauteur de 350 milliards de dollars. On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Il s’avère que ce sont les États et les villes sous gestion démocrate qui seront les principaux bénéficiaires… et l’on découvre que le clientélisme n’est pas une spécificité française. Les équipes locales du Parti démocrate se sont ingéniées à distribuer des cadeaux à leurs personnels, sous forme d’avantages salariaux et de retraites anticipées. Le plan Biden servira à boucher les trous de la gestion locale démocrate.

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Enfin, 300 milliards de dollars pour soutenir la recherche et le développement. Une mesure vertueuse qui interroge la politique d’investissement et de recherche des entreprises américaines durant toute cette période où elles ont accumulé des bénéfices historiquement élevés. Qu’ont-elles fait de ces bénéfices, qu’ont-elles fait des allègements fiscaux qui leur ont été consentis par les présidents successifs depuis Reagan ? D’où cette question de fond. La nation la plus riche et la plus puissante du monde, résolument attachée au modèle de l’entreprise libre, en est réduite aux expédients d’un keynésianisme qui sent quelque peu le fagot. Les entreprises ne créent-elles plus la richesse ? La vérité se situe-t-elle désormais dans ce keynésianisme caricatural ?

L’Amérique trahie par ses élites

Chinamérique, ont dit certains, pour traduire le pas de deux géopolitique de Pékin et de Washington entre l’arrivée de Bill Clinton et l’arrivée de Donald Trump. Le libre-échange mondial impulsé par la puissance américaine, soutenu par la sphère financière, a immensément profité à l’économie chinoise. Mais cette Chine sous contrôle de la bureaucratie communiste n’a rien inventé. Elle a appliqué le modèle mercantiliste vieux de trois siècles, qui consiste à privilégier des productions locales, en fermant ses frontières aux produits étrangers, hormis les matières premières et les machines non disponibles sur le territoire chinois.

Mais avec ce point singulier que ce sont aussi les entreprises étrangères, aux côtés des entreprises locales, qui bénéficient de ces privilèges. La Chine a revisité le colbertisme avec la complicité des dirigeants économiques occidentaux. Et c’est ainsi qu’une fraction notable du déficit commercial américain résulte de productions américaines réalisées sous pavillon chinois. Et c’est ainsi que l’emploi industriel américain n’a cessé de reculer. Qu’en resterait-il si les États-Unis ne disposaient pas de la plus grande industrie d’armement au monde que financent un budget pléthorique et les achats des pays du golfe Persique ?

Alors qu’il lui faudrait reconstruire des pans entiers de son économie, le plan Biden pratique une forme de dopage en portant la dette publique au montant record de 120 % du PIB.

Malgré ses œillères, Trump l’avait compris : le libre-échange était non pas deux fois gagnant, mais deux fois perdant. Car la délocalisation entraîne plus d’importations et moins d’exportations. On peut lui reprocher cependant son obsession chinoise. Les entreprises américaines se sont délocalisées tous azimuts, dans l’ensemble de l’Asie, au Mexique et au Brésil.

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L’Amérique a été trahie par ses financiers, ses managers, ses journalistes acquis à la cause de la mondialisation. Alors qu’il lui faudrait reconstruire des pans entiers de son économie, le plan Biden pratique une forme de dopage en portant la dette publique au montant record de 120 % du PIB. N’y a-t-il pas un risque à soutenir une consommation qui se portera encore plus sur les produits originaires d’Asie pour creuser un déficit commercial qui, en février 2021, crevait le plafond de 800 milliards de dollars annuels ? À quoi bon stimuler la R&D si les inventions sont réalisées au-delà des mers ?

Inutile et dangereux

Mais voici que, pour la première fois, la politique économique américaine subit les critiques des tenants du néolibéralisme, à commencer par Lawrence Summers. Cet ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton est aussi, et surtout, un gardien du temple néolibéral. Mais cela ne l’empêche pas de voir où le bât blesse. La nouvelle politique budgétaire est, selon lui, la « moins responsable en plus de quarante ans ». Par ses excès, soutient-il, la relance budgétaire va accroître les tensions inflationnistes. D’où le risque d’une « collision entre la politique monétaire généreuse et l’augmentation de la dépense publique » et d’une remontée des taux d’intérêt. Et nous voici ramenés au problème de fond représenté par l’accumulation d’une montagne de dettes privées et publiques : une augmentation des taux de 2 % pourrait à elle seule entraîner une dévalorisation massive des dettes anciennes et un tsunami financier à l’échelle occidentale. C’est ce risque qui obsède Lawrence Summers et quelques autres. L’ombre d’un doute se lève, dans son propre camp, sur les choix économiques du nouveau président.

Rambouillet : la France paie son laxisme migratoire

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Le 23 avril, un agent administratif de la police nationale, en civil et non armée, Stéphanie M., a été égorgée dans le sas du commissariat de Rambouillet par un terroriste tunisien. Il a été abattu après son acte, avant qu’il puisse continuer à commettre le pire au sein des locaux.


Stéphanie était âgée de 49 ans. Elle avait deux enfants. Le terroriste – Jamel G. – avait 36 ans. Entré clandestinement en France, sa situation est régularisée en 2019 et en 2021 il plante un couteau dans la gorge de Stéphanie et l’atteint également à l’abdomen. Son évolution inquiétante aurait pu être constatée par exemple sur Facebook. Je ne supporte plus les propos, aussi bien présidentiels – nous ne céderons pas au terrorisme… – que du Premier ministre – c’est un acte barbare… – pas davantage que les visites ministérielles, une fois les odieux forfaits accomplis. On ne peut plus se contenter d’opposer, toujours trop tard, des mots à la violence meurtrière de l’islamisme, redoutablement efficace parce que « low cost ». Le tueur en l’occurrence se moquait bien de savoir quel était le statut officiel de Stéphanie mais ciblait une personnalité, quelle qu’elle soit, dans l’univers professionnel du commissariat.

Une impuissance du pouvoir ?

Certes je ne méconnais pas le fait que depuis deux ans, trente attentats ont été déjoués. Mais je n’oublie pas que ce Tunisien aurait dû être expulsé après son entrée clandestine en 2009, dès sa présence constatée sur notre sol. Le « laxisme migratoire est en effet une bombe ». Bruno Retailleau a raison et on est obligé d’admettre que les rodomontades, sous toutes latitudes politiques, ont donné l’illusion de l’action.

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Il n’empêche que le macronisme, que je continue à trouver faible sur le plan régalien à cause de l’absurdité opératoire du « en même temps », à l’évidence n’est pas performant pour lutter contre la délinquance et la criminalité ordinaires. Et pas davantage contre le terrorisme qui ponctuellement frappe où il veut quand il veut et n’appelle de la part du politique, l’assassinat perpétré, qu’une commisération qui ne rassure pas la communauté nationale. La police est pourtant son bras armé et démocratique fondamental. La bonne volonté de ce gouvernement est évidente, il fait ce qu’il peut mais il peut très peu quand on sort de l’autosatisfaction encore récente d’Emmanuel Macron.

Cesser de fragiliser les forces de l’ordre

Ma première conclusion sera qu’il faut cesser d’attaquer sans répit la police pour la fragiliser. La honte de devoir se demander comment la protéger… Alors que son rôle la plupart du temps exemplaire – n’en déplaise à Mediapart qui insidieusement l’attaque après le crime de Rambouillet – est de nous protéger, nous les citoyens, contre les voyous et tueurs de toutes sortes.

Ma deuxième conclusion est que le pouvoir devra passer plus de temps à s’acharner à l’insécurité, les délits et les crimes plutôt qu’à pourfendre les propositions souvent pertinentes de ses adversaires politiques. Pourquoi ne pas réunir, sur ces sujets capitaux, puisqu’à l’évidence le gouvernement ne détient pas la solution, l’ensemble de la classe politique dans une sorte d’union nationale que ces tragédies trop répétées justifieraient ? Pourquoi ne pas s’entourer d’experts et de professionnels d’autres pays ayant mis en oeuvre ce que la France ne sait pas mener à bien, ne parvient pas à éradiquer ? Je songe notamment aux conseils israéliens.

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Ma dernière conclusion portera sur notre démocratie. J’ai écrit ici ou là qu’elle était allée au bout, sur le plan législatif, de ce qu’elle pouvait se permettre sans se renier elle-même. Et si je m’étais trompé, s’il n’y avait pas encore des moyens pour renforcer notre défense, amplifier nos outils, multiplier nos armes ? Notre République ne pourrait-elle pas, dans sa volonté de lutter contre le terrorisme qui n’a pour finalité que de nous détruire, nous, notre société, notre civilisation, inventer des dispositifs encore plus contraignants, pour favoriser notamment l’action des forces de l’ordre ? En réglant une fois pour toutes l’absurde arbitrage entre liberté et sécurité comme si dans l’urgence il avait du sens.

Mais, de grâce, moins de mots, moins de ces propos tout faits qui révèlent plus une interrogation angoissée qu’une détermination sans faille. Si on ne met pas TOUS les moyens au service de cet objectif légitime, consensuel et profondément démocratique, demain sera le même jour.