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L’incubateur du Grenelle de l’Éducation, nouvelle machine infernale

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Beaucoup ont vu Jean-Michel Blanquer comme l’homme de la situation lors de sa nomination en tant que ministre de l’Éducation nationale. La littérature que l’on peut découvrir sur le site de l’incubateur du Grenelle de l’Education[tooltips content= »Lancé le 22 octobre, il se déploiera jusqu’en février 2021 NDLR »](1)[/tooltips] n’annonce pourtant rien de bon. « L’école inclusive » est en marche, aux dépens de la valorisation de l’enseignement et des professeurs.


La nomination de Jean-Michel Blanquer avait fait grimacer l’ex-ministre de l’Éducation Nationale (EN), Najat Vallaud-Belkacem. À l’inverse de celle-ci, beaucoup pensèrent que le nouvel occupant de la rue de Grenelle était l’homme de la situation. Avec l’annonce du “Grenelle de l’Éducation”, l’espoir grandit encore: on allait mettre les choses sur la table, laisser à nouveau le professeur faire son métier, valoriser l’enseignement de sa discipline, etc. Malheureusement, l’incubateur du Grenelle, « lieu d’échanges et de construction » composé d’ateliers de réflexion et de préparation au Grenelle de l’Éducation, annonce la couleur. Et la déception est grande.

À lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Défense et illustration de Jean-Michel Blanquer

Dans un essai récent, La Haine de la culture (Éditions Armand Colin), le philosophe autrichien Konrad Paul Liessmann fait le bilan de plusieurs décennies de destruction de l’école et de la culture au niveau européen. Il note la progression de la langue technocratique qui, dans l’enceinte des ministères comme dans les entreprises, tapisse de slogans modernes les murs d’un monde dans lequel on « utilise des potentiels », on « crée du lien », on « pense ensemble », « on conçoit des images de sa propre professionnalité. »

La page d’ouverture du site du Grenelle de l’Éducation fait mieux encore. En quelques mots-clés relevant de la communication managériale, elle étale les nouvelles ambitions de l’EN pour la « communauté éducative » : reconnaissance, valeurs républicaines, mobilités, écoute et proximité, coopération, sont supposées « moderniser le système éducatif en ouvrant le champ des possibles » (dixit le ministre). Le champ des possibles s’étendant à perte de vue, nous n’en visiterons ici que quelques parcelles.

Le professeur doit devenir un expert en accompagnement social

La phrase qui introduit l’atelier Collectifs pédagogiques exprime comme une évidence absolue « qu’il n’est plus possible aujourd’hui d’imaginer un travail solitaire » – cette évidence donne la mesure de ce qui s’est passé: le professeur n’est plus cet être solitaire préparant ses cours ou corrigeant des copies dans son bureau et transmettant le savoir d’une discipline dont il est l’expert, mais l’employé d’un collectif éducatif et social, un rouage de la machine infernale à « créer du lien » ou à « faire preuve de réflexivité dans l’organisation » (K.P. Liessmann). Les disciplines tombent en désuétude et seules comptent les compétences ; le travail en équipe (des enseignants) ou en îlots (des élèves) doit être privilégié – on parlera alors, ici comme ailleurs, de communauté, d’équipe, de réseau ; le professeur n’est plus l’expert d’une discipline (le mot disparaît d’ailleurs avec son contenu) mais doit devenir un expert en accompagnement social et en projet éducatif. Dès lors, sa formation scientifique comme son travail solitaire sont non seulement superflus mais peuvent paraître contre-productifs. Le ministre écrit en effet que « la performance individuelle de l’élève est encore trop souvent la seule encouragée » alors que « ces nouvelles coopérations ont aussi pour objectif de promouvoir le travail en équipes en classe. »

La crise sanitaire et l’assassinat d’un professeur ont obligé le ministère à intégrer dans l’incubateur l’idée d’un travail sur la « gestion des situations complexes ». L’emploi de cet euphémisme n’est pas anodin. Devant les difficultés rencontrées par les professeurs – incivilités, impossibilité d’aborder certains sujets lors des cours, violences matérielles ou physiques pouvant aller jusqu’à l’assassinat – démissions et crise des vocations sont à l’ordre du jour.

Le ministère mise sur la résilience des professeurs 

« Quels dispositifs mettre en place pour attirer ou maintenir en poste les talents dans un climat scolaire serein ? », interroge le ministère. Prévoyant que, malheureusement, les choses ne vont pas s’arranger, les concepteurs de l’incubateur demandent implicitement aux actuels et aux futurs professeurs de prendre sur eux. Par conséquent, la résilience (la capacité à surmonter les traumatismes, pour faire vite) est le dispositif choisi pour conserver et attirer les « talents ». Le président de l’atelier Formation, Boris Cyrulnik soi-même, aidera à l’élaboration de « dispositifs [mis] en place pour attirer ou maintenir en poste les talents dans un climat scolaire serein. » Le professeur, ouvert, adaptable, chahuté, possible cible du terrorisme, sera, de plus, résilient ; et c’est sa résilience qui permettra vraisemblablement d’assurer un « climat scolaire serein. » L’école, ce « tuteur de résilience », d’après Boris Cyrulnik, deviendra alors la préfiguration de l’ensemble de la société. Ouverte à tous les vents mauvais du social et de la communication, des méthodes pédagogiques ou managériales, du nivellement égalitariste ou de la psychiatrie moderne, elle cherchera en vain les raisons de l’échec et finira de s’effondrer sous de nouvelles réformes. Mais toujours avec résilience.

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« Dans un contexte de changements profonds », il est prévu « d’attirer, conserver et faire s’épanouir les talents » en vue de permettre « des fertilisations croisées pour une meilleure adéquation de notre système éducatif avec son environnement. » Traduction de ce verbiage: notre nouveau personnel éducatif, résilient et mobile, saura s’adapter à tout, à la disparition des disciplines, à l’enfouissement des savoirs, aux violences, grâce à sa « gestion des potentialités » et à un management du “temps éducatif” ou de “la vie scolaire” n’ayant rien à envier à celui des entreprises les plus modernes.

La crise sanitaire pourrait amener le tout numérique dans les classes

Au milieu de ces catastrophes, nous pouvions craindre le pire au moment d’aborder l’atelier Numérique. Heureuse surprise, on y pose les bonnes questions : « Quelles sont les pratiques pour lesquelles […] les services numériques apportent une plus-value aux apprentissages ? Quelles sont les limites de ces usages numériques ? » Mais la crise sanitaire pourrait bien accélérer ces « nouvelles modalités de travail », et nombre de professeurs semblent prêts à basculer dans le tout-numérique. Des « twictées » (dictées en tweets) ont ainsi vu le jour, et des enseignants réclament que toutes les classes soient équipées de webcam. Nouveau mantra de l’enseignant progressiste: Je veux participer aux innovations pédagogiques en apportant ma pierre à l’édifice numéducatif, source des connaissances utiles à l’opérationnel, au lien social, aux solidarités intersectionnelles et à l’obtention du bac par tous et toutes.

« Nous sommes le ministère de l’humain », écrit le ministre dans l’édito du dossier de presse du Grenelle de l’Éducation. Pour que plus personne n’ait même l’idée de sourire en entendant ce genre d’inepties, les ministres de l’Éducation œuvrent, réforme après réforme, à la fabrique des crétins. « Personne ne doit être laissé de côté, il faut que tout le monde atteigne le standard minimal – et si tel n’est pas le cas, il faut des réformes » (Konrad Paul Liessmann). Pour contrecarrer la méfiance de plus en plus grande de nos concitoyens, Jean-Michel Blanquer avait déjà flanqué son ministère d’un autre slogan orwellien : L’École de la confiance. Cette dernière devait être un « service public de l’École inclusive. » Il manquait un incubateur pour peaufiner l’ensemble de l’œuvre. C’est maintenant chose faite.

David Hallyday: au nom du père

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David Hallyday s’est érigé en défenseur de ses droits moraux envers son père. Avec sincérité et humilité…


« Les arabes, c’est comme les lesbiennes et les drogués, les romanos, les artistes et les putes, les handicapés, c’est comme les lépreux et les noirs, les clochards c’est comme les travelos et certains jeunes : y’en a des biens », dégobillait le chanteur caustique Didier Super en 2004 sur son premier album, Vaut mieux en rire que s’en foutre, au sujet duquel Wikipédia nous prévient : « Les paroles sont fortement humoristiques, souvent très crues mais à prendre au second degré ». Le chansonnier nordiste aurait pu ajouter à son chapelet les « fils de » : y’en a des biens, aussi. Par exemple : David Hallyday !

Musicien accompli

Si Johnny n’a jamais été ma tasse de thé – dans le même genre, je préfère les infusions roublardes de Monsieur Eddy –, la musique de son fils m’a toujours un peu chatouillé le plexus cérébro-spinal depuis ce solaire « Tu ne m’a pas laissé le temps » qui enflamma les ondes pendant l’été 1999. Bien sûr, David avait déjà obtenu un beau succès avec le rock FM « High » dans les années 80, mais sa première tentative dans la langue de Molière fut la bonne pour se faire un prénom.

Longtemps cantonné aux pages people (mariage avec le mannequin Estelle Lefébure oblige) ou sportives (il est un pilote automobile chevronné), David a lutté pour s’imposer en qualité de musicien accompli, statut que l’album composé pour son père, Sang pour Sang – double disque de diamant dont il est aussi coréalisateur -, lui conférera la même année que son premier tube en français (même si le refrain, « Tu ne m’as pas laissé le temps de te dire tout c’que je t’aime et tout c’que tu me manques », ne l’est pas vraiment, français).

D’ailleurs, au vu de ce triomphe commercial et artistique (le plus grand de la carrière de Johnny), survenu après le succès en demi teintes de l’album réalisé et composé par Obispo, on peut légitimement se demander pourquoi le père n’a pas reconduit une telle collaboration avec son fiston sur son disque suivant. Mais ce qui paraît évident pour tout le monde semble ne l’avoir jamais été tout à fait entre ces deux-là. Incompatibilité des agendas ? Volonté commune d’en rester à un one shot ? Peut-être, mais leur relation souffrait visiblement d’insondables non-dits enfouis dans le passé familial. Le psychodrame de l’affaire de l’héritage en révéla l’amère saveur en 2018.

Dix ans avant, David évoquait en chanson, poétiquement, la source de ces difficultés relationnelles avec son géniteur :

Entre-temps, Révélation, disque exutoire conçu sur les ruines encore fumantes de sa séparation d’avec Estelle – mais qui a allumé le feu ? -, avait confirmé en 2002 le talent de mélodiste sanguin du fils.

Une adolescence américaine

Bercé par la musique anglo-saxonne pendant sa jeunesse – il a passé son adolescence aux États-Unis, où vivait sa mère Sylvie Vartan -, Hallyday Junior est capable d’envolées lyriques en surchauffe, portées par le turbo d’une voix aux accents d’authenticité. Sa mélancolie frémit, parfois très dark.

Bien sûr, il y a de vilaines taches variéteuses qui souillent de-ci de-là la coloration de l’œuvre de l’artiste, mais par les temps qui courent (Cf l’article de François-Xavier Ajavon « Chanteuses hip-hop, futures académiciennes »), c’est un moindre mal… D’autant que ses trois derniers albums (Le Temps d’une vie, J’ai quelque chose à vous dire, Imagine un monde) laissent entendre un chanteur pleinement maître de son art, qui a enfin trouvé ses marques dans les pas d’un géant. Mention spéciale à la production soignée et ingénieuse de ces opus, emplis de trouvailles sonores vibrantes.

Une sincérité à fleur de peau et une humilité à toute épreuve irradient ses chansons. Pas le genre à prendre la grosse tête au bout d’un million de ventes, contrairement à la plupart de ses « confrères ». Capable de transcender ses déprimes pour en faire des hymnes à la vie, David s’est érigé en défenseur de ses droits moraux envers son père – tout juste décédé – dans « Éternel », contre une certaine Laeticia, s’inscrivant au passage dans la tradition rock’n’roll du taillage de costard en règle (« How Do You Sleep » de Lennon, « Death on Two Legs » de Queen, « Margaret on the Guillotine » de Morrissey, « Kim » de Eminem, etc.). Clip de l’année 2018 dans le même mouvement :

Un souffle du feu de Dieu anime ses brasiers électro-pop et rock, flambant dans les turpitudes de sa vie, quand son sang ne fait qu’un tour pour allumer la mèche. Il souffre de son divorce ? Un album de rupture nerveux sort dans la foulée. Le contexte de la disparition de son père l’affecte pour de nombreuses raisons, y compris outrageantes ? Il exorcise la douleur dans un disque conjurant le mal à cœur ouvert. Et aujourd’hui la terre s’arrête de tourner ? Il en fait un recueil de chansons composées pendant le confinement, porteuses d’espoir mais aussi de germes insurrectionnels. « Je trouve qu’on nous divise depuis longtemps, j’avais envie d’en parler, mais en utilisant des termes positifs et pour bâtir quelque chose de nouveau […] Il y a actuellement un ras-le-bol du peuple et c’est une bonne chose. Mais on ne peut pas aller de l’avant sans passer par des confrontations. L’histoire nous a montrés que les choses n’arrivent pas seules. À un moment donné, la résilience atteint un seuil d’exploitation, surtout lorsque les gens n’ont plus rien à manger », lâche-t-il ainsi sur le site de Radio-Canada, prolongeant les paroles de sa chanson « Ciel et terre » (l’une des onze nouvelles) : « Arrêtez de garder la pose / Dans des costumes qui en imposent / Marchands d’encore plus de choses / Qui nous lassent / Arrêtez de faire la morale / Les bien-pensants qu’ont les mains sales / A dire ce qu’est bien ou mal / Quoi qu’on fasse ».

Vingt ans après Un paradis/Un enfer, « Ciel et terre » cristallise encore par métaphore une notion de cohabitation dichotomique, passée de la sphère sentimentale dans le premier cas à la crise sociale et politique actuelle dans le second, mais au risque d’implosion plus retentissant que jamais. 

Imaginer le monde d’après

Un parfum hallucinogène plane sur le monde. Il est urgent de déconfiner les sens. Je propose pour commencer une injection à dose massive de bon sens un peu partout, d’honnêteté et de courage. Bref, j’imagine un monde, selon le titre de la dernière livraison de David Hallyday, où l’imagination au pouvoir ne serait pas un slogan. Une sorte de royaume de Patagonie où le morceau « Hallucinogène » – nouveau single du chanteur – serait N°1, la place qui devrait lui revenir naturellement dans l’anxiogène Absurdistan. On peut encore rêver sans autorisation.

À la découverte du Grand Monarque, situé à Chartres (Vidéo)

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Escapade à Chartres à la découverte du Grand Monarque, l’un des plus anciens hôtels restaurants de la ville, dirigé par Bertrand et Nathalie Jallerat. Jean-Baptiste Noé rend visite à différents producteurs qui alimentent le Grand Monarque : volailler, potager mais aussi maître verrier avec les ateliers Loire et forgeron


Le chef Benoît Cellot va cuisiner un poulet et transformer une belle volaille fermière en un plat de fête. Mais avant de passer aux fourneaux, il se rend, en compagnie de Bertrand Jallerat et de Jean-Baptiste Noé, chez les producteurs et fournisseurs des cuisines du Grand Monarque pour chercher les ingrédients de cette recette gourmande.

Première étape, direction la ferme de la Belvindière (Chapelle-royale) à la recherche d’une volaille fermière. Frédéric Thirouard emmène ses hôtes à la découverte de son élevage de volailles. Au programme : chapons, oies, pintades, poulets fermiers.

Seconde étape de cette escapade gourmande: le potager de Diane (Le Boullay-Thierry) afin de récupérer des légumes savoureux qui vont accompagner la recette du chef. Diane et Hugues Pamart présentent les différents légumes qu’ils cultivent dans leur exploitation maraîchère.

Voir ci-dessous le film:

Une découverte de l’artisanat français et un hommage aux restaurateurs et aux producteurs qui subissent de plein fouet les restrictions liées au confinement.

 

Les ravages au nom du bien se multiplient

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Les temps ont changé. Heureusement. Mais ils ont aussi perdu la tête


Le match entre le PSG et Basaksehir a été interrompu au bout de 13 minutes le 8 décembre. D’un commun accord les deux équipes ont quitté le terrain à la suite du propos, qualifié de raciste, du quatrième arbitre à l’encontre de l’entraîneur adjoint de l’équipe turque. Celui-ci s’était indigné parce qu’il avait été désigné comme le « noir », en roumain.

Le match a repris le lendemain et le PSG l’a emporté par 5 à 1. Avant le début de la rencontre, tous les joueurs et les arbitres se sont agenouillés.

J’ai scrupule à oser même une réflexion sur cet épisode qui a libéré les hyperboles et qu’on a, sur tous les supports de communication, loué comme étant « historique », « une première ». J’ai conscience que je m’arroge un pouvoir discutable puisqu’on m’a assez répété que seule comptait la perception du racisme par ceux qui en étaient directement ou indirectement victimes et que donc les avis « extérieurs » n’étaient pas légitimes.

Pourtant je persiste.

J’estime disproportionnée, dans la dénonciation pourtant nécessaire d’une dispute équivoque, cette hypertrophie agitée d’un soir comme si dans la hiérarchie du racisme, mille scandales infiniment plus graves ne s’étaient pas produits – par exemple les joueurs traités de singes et moqués par des cris, qui auraient été en faute s’ils avaient quitté le terrain – et que demain la malfaisance humaine, fortement imprégnée de bêtise et de simplisme (on les sous-estime trop dans ces dérives), n’allait pas encore frapper dans l’univers du football, des sports et partout ailleurs.

Comment faudra-t-il se comporter alors ? S’allonger par terre, manger l’herbe ?

Cet humanisme, à force de ne plus savoir rien distinguer dans une impulsivité et une frénésie devenues réflexes, va étouffer les vrais combats, les luttes authentiques. Non pas qu’il aurait fallu jeter aux oubliettes le « noir » du 8 décembre mais le mettre à sa place qui n’était pas capitale.

A lire aussi, du même auteur: Pendant que Macron parle aux jeunes, la crise de l’autorité s’accentue

Je me souviens d’une scène de ma vie judiciaire où une collègue magistrat antillaise se moquait de moi parce que j’avais parlé d’une « femme de couleur » au lieu de dire « noire ». Les temps ont changé heureusement mais ils ont aussi perdu la tête.

Puis-je aussi dans ma réaction évoquer la part d’agacement que j’éprouve face à certaines absurdités considérées religieusement parce qu’elles émanent d’actrices progressistes et d’un féminisme ravageur : quand Adèle Haenel le plus sérieusement du monde énonce que le simple fait d’être blanc fait de vous un raciste, convient-il de rire ou d’être épouvanté ?

Nous avons le droit de juger ridicules les leçons de morale de ces footballeurs dont l’un – ! – nous dit qu’il aurait « mal à la France » après les violences commises par trois fonctionnaires de police contre Michel Zekler et l’autre – Kylian Mbappé, formidable talent – est à l’unisson mais n’est pas gêné pour être payé grassement par le Qatar, Etat aux antipodes de nos valeurs.

Le premier n’a jamais été un phare et je regrette que le second s’engage de plus en plus dans des implications qui sont en train de dégrader son aura brillamment sportive. Il y a tant de policiers blessés et tués, tant de causes moins chic qui auraient dû appeler de leur part, s’ils souhaitent dépasser leur statut de footballeurs comblés, des alertes et des soutiens.

Mais médiatiquement toutes les lumières ne se valent pas.

Quand j’entends Olivier Giroud qui a pris tous les risques en s’affirmant catholique dans un monde de pauvreté intellectuelle et de dérision nous demander de nous mobiliser pour les « chrétiens d’Orient », j’éprouve du respect pour lui parce qu’il lutte pour ce qui n’est pas vulgairement rentable dans notre univers qui préfère enfoncer les portes ouvertes de l’éthique.

J’admire le grand footballeur anglais Marcus Rashford qui mène des combats vigoureusement et noblement politiques contre la pauvreté d’une certaine jeunesse dans son pays, qui les a gagnés, avec un immense soutien populaire, contre le Premier ministre Boris Johnson, et sans doute n’est pas prêt d’arrêter son action dont la finalité n’est pas d’apparaître une seconde au firmament mais de faire du bien durablement à beaucoup.

Je dois aller plus loin. Sans stigmatiser forcément tout accès moral en l’étiquetant moraline. Mais les ravages, au nom du bien prétendu, se multiplient.

A ne pas manquer: PSG – Istanbul Basaksehir, un match engagé

Le dernier en date : Clément Beaune, connu pour être une personnalité politique intelligente, ministre et proche d’Emmanuel Macron. Tout le monde à juste titre se désintéresse de son orientation sexuelle. Il a éprouvé le besoin de nous la révéler. Personne ne lui avait demandé cette transparence qui de manière absurde fait sortir sa condition de l’heureuse banalité où elle aurait dû demeurer. Tout cela est-il vraiment un progrès ?

Ai-je encore le droit de juger ridicules ces délires qui dans beaucoup de domaines, sur tous les registres, font perdre à notre société sa lucidité, sa mesure, son bon sens ?

Le pire est qu’ils se font passer pour des avancées. Quand ils sont des déclins.

Alors, de grâce, pas en mon nom !

Nicolas Dupont-Aignan assure qu’il n’est pas isolé


Le président de Debout La France doit faire face à des défections en série au sein de son mouvement. On lui reproche ses tentatives de rapprochement des Républicains dans la perspective des régionales. Depuis le Brésil où il vient de rencontrer le président Bolsonaro, il nous répond et se veut rassurant.


Nicolas Dupont-Aignan bientôt dernier adhérent de Debout La France ? Ces derniers jours pourraient le laisser penser. Le Figaro a révélé que le parti ne compterait plus que 3 000 adhérents au dernier conseil national du mouvement, samedi 14 novembre, contre près de 12 000 l’année précédant les Européennes! Et ce sont désormais des cadres qui quittent le navire.

Une cinquantaine d’entre eux auraient décidé de faire leurs adieux afin de former un collectif satellite du… Rassemblement national. Ils sont emmenés par Jean-Philippe Tanguy, ancien porte-parole et numéro deux du parti. Lequel, trop content, a expliqué les raisons de son départ au Figaro: « Nicolas Dupont-Aignan mène Debout la France dans une impasse […] il a refusé les mains tendues par Marine Le Pen depuis 2017, tout en refusant d’aider la droite aux municipales pour faire barrage à la gauche et aux Verts. » Nicolas Dupont-Aignan réplique et dénonce de son côté un « sabotage organisé, instrumentalisé et minoritaire. » Interrogé par Causeur (voir plus bas), il ne recense « que » 22 départs.

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En 2017, Nicolas Dupont-Aignan s’était rallié à Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle. Les démissionnaires veulent aujourd’hui s’allier avec la droite nationale dans une stratégie d’alliance similaire, dès le premier tour des régionales. Le président de Debout la France semble avoir quant à lui changé son fusil d’épaule, avec qui sait pour idée en tête une opération séduction de LR, sa très ancienne famille politique. Depuis plusieurs mois, le souverainiste se garde bien de toute critique à l’égard des membres de LR. Et il se rapproche même de possibles présidentiables. Début novembre, il a pu discuter avec Bruno Retailleau, avant de s’entretenir, le 9 novembre, avec le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. Dans une note de Debout la France rédigée par la direction locale du mouvement dans les Pays de la Loire que s’est procurée Le Figaro, l’entente avec LR était même explicitement évoquée, à l’inverse d’une alliance avec le RN: « Il est exclu pour nous d’envisager les mêmes scénarios (d’alliances) avec le RN. » D’après Le Figaro, plusieurs têtes de liste départementales DLF auraient finalement leur place sur les listes LR. Une partie de l’appareil de DLF n’a visiblement pas gouté cette stratégie. « Quelle crédibilité aurait une « union des patriotes » avec quelques cadres LR qui ont soutenu Emmanuel Macron juste après la défaite de François Fillon mais qui exclut la principale force d’opposition qu’est le RN ? », s’interrogeait ainsi Jean-Philippe Tanguy. La vérité est peut-être ailleurs. « La seule chose qui compte pour [Nicolas Dupont-Aignan] c’est de sauver sa circonscription », explique à l’AFP l’ancien militant Maxime Thiébaut, qui a quitté Debout La France dès 2017 après les législatives.

Trois questions à Nicolas Dupont-Aignan

Brasília, 9 décembre HANDOUT / BRAZILIAN PRESIDENCY / AFP
Brasília, 9 décembre HANDOUT / BRAZILIAN PRESIDENCY / AFP

Nicolas Dupont-Aignan, depuis le Brésil où il a déjeuné avec le ministre des Affaires étrangères et a rencontré le président Jair Bolsonaro, répond à Causeur quant à la crise que traverse son mouvement politique. Le député de l’Essonne minimise et assure que tout ceci n’est qu’une “tempête dans un verre d’eau”. Propos recueillis par Martin Pimentel.

Causeur. Quelles sont vos relations avec Marine Le Pen à l’heure actuelle ?

Nicolas Dupont-Aignan. Si heureusement on se parle quand on se croise à l’Assemblée, j’ai le sentiment qu’elle a mal pris ma candidature à la présidentielle.  Je suis pourtant le seul homme politique à l’avoir soutenue au second tour, même après le fiasco du débat. Elle a une fâcheuse tendance à écarter tous ceux qui peuvent l’aider: Marion Maréchal, Florian Philippot ou encore Jean Messiha récemment.

Au mois de janvier dernier, je lui avais proposé d’organiser une primaire ouverte – avec différentes personnalités telles qu’Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Florian Philippot ou Bruno Retailleau pourquoi pas  – afin que nos électeurs puissent choisir le meilleur candidat pour battre Emmanuel Macron. Marine Le Pen a refusé cette primaire. Je considère désormais que Marine Le Pen est le meilleur atout d’Emmanuel Macron. Marine Le Pen ne peut pas être la candidate du camp national, et jamais l’idée de la primaire n’a été aussi adaptée à la situation politique. J’aurais évidemment quelques atouts dans cette primaire que j’appelle de mes vœux: je suis aussi populaire chez Les Républicains qu’au RN (respectivement 40% et 43%), tandis que Xavier Bertrand est très populaire à LR mais peu au Rassemblement national et que Marine Le Pen, très populaire dans l’électorat du Rassemblement national, ne l’est franchement pas dans celui de LR.

Votre porte-parole Jean-Philippe Tanguy a quitté votre mouvement Debout La France et affirme avoir emmené avec lui 50 cadres. Il invoque des désaccords stratégiques avec vous. Que s’est-il passé, et que répondez-vous à ceux qui vous accusent de draguer la droite classique (LR) pour conserver des mandats locaux? 

C’est comique ! Ces petites manœuvres du RN ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Si je tenais tant à mes mandats locaux, je n’aurais pas appelé à voter pour Marine Le Pen en 2017, ce qui a provoqué un tourbillon médiatique.

Toute cette histoire est grotesque: j’ai effectivement reçu 22 démissions sur 800 cadres. Ces transfuges cuisent leur petite soupe sur leur petit feu. C’est difficilement compréhensible pour moi, dans la mesure où nous avons eu deux conseils nationaux – le 7 juillet et le 25 septembre – et que ces quelques personnes qui se vendent au RN aujourd’hui ont alors approuvé ma candidature et le principe d’une liste indépendante aux régionales. Aucune motion n’a d’ailleurs été votée lors de ces rassemblements…

C’est bien leur droit de partir, mais en revanche le parti a une ligne, et n’en déviera pas. La presse bourgeoise et l’oligarchie médiatique adorent Marine Le Pen, qui représente la garantie d’Emmanuel Macron ! Toute personne qui propose autre chose devient un réel danger. Or, 80% des Français ne veulent pas de ce duel. Ce n’est pas parce que quelques personnes sont mécontentes au sein de Debout La France que je vais changer de ligne.

Voterez-vous le projet de loi contre le séparatisme ?

Je le voterai… ou je m’abstiendrai. C’est un petit plus, mais c’est loin d’être à la hauteur de la menace.

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Il y a erreur sur l’erreur ! Ou comment voir du racisme là où il n’y en a pas

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La faute du 4e arbitre n’est pas celle que l’on croit…


Commençons par les faits : mardi 8 décembre avait lieu un match de football dans le cadre de la Ligue des champions entre le Paris-Saint-Germain et l’Istanbul Basaksehir. Ce match était arbitré par quatre arbitres roumains : un arbitre central, deux arbitres de touche et un quatrième arbitre sur le bord du terrain. Les contacts entre les joueurs en début de rencontre étaient rudes. L’arbitre central siffla plusieurs fautes. Le staff technique de l’équipe turque s’agaça alors de la sévérité de l’arbitre à l’égard de leurs joueurs.

Jugeant l’entraîneur adjoint de l’équipe turque trop véhément, le quatrième arbitre appela l’arbitre de champ à intervenir. Jusqu’ici, rien de plus classique pour un match de football. L’arbitre central est habilité à adresser des avertissements verbaux aux joueurs et au personnel technique sur le bord du terrain, il peut même leur adresser un carton jaune, voire les exclure d’un carton rouge.

Quiproquo autour du mot « negru »

L’objet de la polémique se situe donc uniquement dans les termes employés par le quatrième arbitre pour inciter l’arbitre de champ à intervenir : « C’est le Noir [negru, en roumain] ici. Va voir et identifie-le. Ce gars, le Noir », d’après la traduction de l’Agence France-Presse (AFP).

Des membres de l’équipe technique turque entendirent « negro » au lieu de « negru » et crièrent au racisme. Une enquête est en cours pour déterminer exactement les faits. D’après les rapports de divers journalistes présents sur place, l’arbitre incriminé aurait expliqué qu’il avait dit « negru » en roumain et non pas « negro ». Il aurait alors refusé de s’excuser.

Un genou à terre et le poing levé, les joueurs des deux équipes ont voulu marquer le coup avant le début de la rencontre, au Parc des Princes, le 9 décembre 2020. © Xavier Laine/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22520599_000042
Un genou à terre et le poing levé, les joueurs des deux équipes ont voulu marquer le coup avant le début de la rencontre reprogrammée le lendemain de l’affaire des propos présumés racistes du 4e arbitre, Parc des Princes, le 9 décembre 2020. © Xavier Laine/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22520599_000042

Les joueurs et dirigeants des deux équipes ont été divisés sur la démarche à tenir : reprendre le match avec un autre quatrième arbitre, revenir sur le terrain en se tenant la main en signe de lutte contre le racisme, arrêter définitivement le match… Finalement, c’est cette dernière option qui a prévalu. Depuis, de nombreuses personnalités, proches ou éloignées du monde du football, se félicitent de cet acte fondateur pour la lutte contre le racisme dans le football.

Il se trouve qu’en plus d’être sociologue, je suis fan de football, aussi bien en tant que joueur que spectateur. C’est un monde qui m’est familier. C’est important de le préciser car les commentateurs d’une sphère qui leur est inconnue ont tendance à faire des projections et à ne pas contextualiser ce qu’ils commentent.

L’erreur du quatrième arbitre est une faute professionnelle. Si le quatrième arbitre dit à l’arbitre central « identifie-le », c’est précisément qu’il n’a pas identifié l’entraîneur adjoint de l’équipe turque. Or il ne s’agit pas ici d’une rencontre amateur entre deux équipes de village, mais d’une rencontre professionnelle de premier plan, confiée à des arbitres triés sur le volet : ils sont censés être parmi les meilleurs de leur profession. Par professionnalisme, le quatrième arbitre aurait dû préparer le match (à l’aide d’un trombinoscope par exemple) pour être capable d’identifier tous les acteurs, aussi bien les joueurs titulaires que les remplaçants et les membres de l’encadrement.

Comment désigner quelqu’un dans le feu de l’action ? On peut le pointer du doigt, ce qui n’est pas poli mais efficace. On peut aussi le décrire à partir d’un trait caractéristique visible pour que son interlocuteur l’identifie facilement

A défaut d’identification, le quatrième arbitre désigna l’entraîneur adjoint par sa couleur de peau. Il se trouve que cet adjoint est camerounais et noir. Comment désigner quelqu’un dans le feu de l’action ? On peut le pointer du doigt, ce qui n’est pas poli mais efficace. On peut aussi le décrire à partir d’un trait caractéristique visible pour que son interlocuteur l’identifie facilement. Il faut donc citer un trait caractéristique distinctif par rapport aux autres personnes présentes autour. On peut trouver cela maladroit et regrettable que le quatrième arbitre ait désigné l’entraîneur adjoint en utilisant sa couleur de peau, mais, objectivement, la couleur de peau d’une personne est l’une des premières choses qui saute aux yeux. C’est donc un trait utile pour une communication efficace dans ce type de contexte.

Certains persistent à y voir du racisme

J’ai beau écouter et lire les propos de toutes les personnes qui s’érigent sur leurs grands chevaux depuis ce fameux incident, je ne vois pas où il y aurait du racisme là-dedans. En revanche, la colère sur le coup des personnes dans le stade qui ont cru entendre « negro » est compréhensible. L’immense majorité d’entre elles ignoraient vraisemblablement comment on disait noir en roumain. Mais ils auraient pu se calmer une fois le malentendu linguistique dissipé.

Leur argument pour persister à voir du racisme dans cette affaire est d’affirmer que le quatrième arbitre n’aurait jamais mis en avant la couleur de peau de l’entraîneur adjoint si celui-ci avait été blanc. Tout est une question de distinction. Si l’équipe en question n’était pas turque, mais camerounaise par exemple et que presque tous les membres de l’équipe sur le bord du terrain avaient été noirs, le quatrième arbitre aurait pu désigner l’adjoint comme « blanc » pour que l’arbitre central le repère facilement. De même, qu’il aurait pu dire « le grand », « le roux », « celui aux cheveux longs », etc.

Ce n’est pas forcément agréable d’être désigné et réduit à un seul trait, mais les arbitres parlaient entre eux. Ils ne s’adressaient pas directement à l’entraîneur adjoint. En outre, ce qui aurait réellement pu être offensant, c’eût été d’employer un terme péjoratif : « le nègre », « le crétin », « la tarlouze », etc.

L’essentialisation omniprésente dans le football

S’il y a un domaine où l’essentialisation règne en maître, c’est bien le football. Quand je jouais en club à Boulogne-Billancourt (92), dans les années 1990, mes coéquipiers m’appelaient parfois « le blanc » ou « le Français », voire pour l’un d’entre eux « le riche » car il m’avait demandé la profession de mes parents et en avait déduit que les miens étaient plus riches que les siens. Il était vrai que j’étais quasi le seul blanc de l’équipe. En revanche, je crois que 99 % de mes co-équipiers étaient eux aussi Français.

Quand j’ai joué au foot au Pérou, on m’appelait « le maigrichon » (El Flaquito). D’autres étaient surnommés « le gros » et chacun y voyait des surnoms ; personne ne portait alors plainte pour grossophobie. Le surnom d’un ancien joueur du PSG, Javier Pastore, était « El flaco », ce qui signifie le maigre. Les journalistes français le désignaient parfois ainsi et personne à ma connaissance n’a porté plainte contre ces journalistes pour racisme anti-maigres.

À lire aussi, Franck Crudo : PSG – Istanbul Basaksehir, un match engagé

Il est donc cocasse que ce soit le milieu du football qui s’offusque aujourd’hui qu’une personne en ait désigné une autre par sa couleur de peau dans un contexte très précis. D’autant que dans le monde du football, comme plus généralement dans la culture populaire, ce sont souvent les non-blancs qui désignent les non-blancs par leur couleur de peau ou bien leurs origines. Personnellement, je n’ai jamais appelé un de mes coéquipiers « le renoi » ou « l’arabe » mais eux le faisaient souvent entre eux. De plus, ce qui pourrait passer pour des insultes vu de l’extérieur prenait un tour amical et affectueux. Certains coéquipiers d’origine maghrébine ou d’Afrique noire se lançaient entre eux des « sale arabe ! » pour rigoler ou bien parce que les insultes servaient de ponctuation.

Du racisme dans le foot ?

Mon fils, alors âgé de 5 ans, avait assisté dans les années 2010 à un match amateur auquel je participais. Il avait commencé à compter le nombre d’insultes proférés entre joueurs mais n’avait vite plus eu assez de doigts pour compter. J’avais dû lui expliquer que « fils de p… » était bien évidemment une insulte, mais que, paradoxalement, dans certains contextes et milieux, c’était plus une interjection qu’autre chose : tout dépendait du ton et du degré amical de la relation des gens qui s’envoyaient ces mots doux à la figure.

Il y a du racisme dans le football. Mais sans doute moins que dans la plupart des milieux professionnels qui s’offusquent du racisme dans le football. D’ailleurs, le racisme dans le sport se situe peu sur le terrain, essentiellement dans les tribunes. S’il y avait des matchs à arrêter, ce serait précisément quand des spectateurs jettent des bananes sur le terrain ou poussent des cris de singe. Cela me semble bien plus grave que de désigner une personne non identifiée par sa couleur de peau.

Il me semble qu’il y a suffisamment de racisme dans le monde pour ne pas avoir besoin d’en voir là où il y a une « simple » faute professionnelle. Comment disait Camus déjà ? « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »

« The Crown », one more time

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La série Netflix sur Elisabeth II continue de remporter tous les suffrages dans une quatrième saison où le sentimental et le politique s’imbriquent plus que jamais.


Depuis 2016, la série Netflix The Crown, qui retrace le règne d’Elisabeth II, a toujours fait l’unanimité : excellents acteurs, précision de la reconstitution historique, finesse de l’analyse politique. La saison 4 rentre dans le « dur », dans la cicatrice encore béante du règne Thatcher et de la romance ratée à la fin tragique de Diana et Charles qui fait scandale.

Trier le vrai du faux ?

La famille royale a même fait pression auprès de notre juke box à séries préféré pour qu’un avertissement soit mis en place : ceci est une fiction romancée et pas un documentaire. Heureusement, la plateforme a refusé. Quel siècle à avertissements ! Et la presse, de Slate à Madame Figaro, de trier le vrai du faux. Elisabeth et Maggie se détestaient-elles vraiment ? Charles aurait-il vraiment émis le souhait de devenir le tampon hygiénique de Camilla ? Andrew était-il le fils préféré de sa majesté ?

Je dirais peu importe, et bien au contraire, tant mieux. La part de fiction (la vie sans la fiction serait invivable) fait ressortir l’essence même de ce second règne élisabéthain. Les Windsor sont rock’n’roll, shakespeariens et pop. Depuis son couronnement le 2 juin 1953, où les familles britanniques fauchées d’Après Guerre se saignèrent aux quatre veines pour faire l’acquisition d’un téléviseur afin de regarder en direct leur Reine revêtir sa couronne, Elisabeth II appartient corps et âme à ses sujets. Ils se la sont appropriée, et pas l’inverse. Les Windsor, comme le dit dans un des épisodes le personnage qui incarne Charles, sont « indispensables et superflus ». Ne le sommes-nous pas tous ?

Maggie, aristo subtilement déjantée

Mais surtout, depuis l’abdication d’Edouard VIII en 1936 qui préféra suivre son influenceuse américaine et divorcée Wallis Simpson que de régner sur ce qui était encore un Empire, les Windsor, qui ont essuyé toutes les tempêtes, furent furieusement des enfants du siècle passé.

Ils n’ont jamais vécu dans une Tour d’Ivoire mais dans l’oeil du cyclone. Swinging London Swinging Windsor. Le décorsetage de l’Empire Britannique dans les 60’s qui de victorien devint beatlesque en quelques semaines n’épargna pas les Royals. Même si Edouard et son américaine avaient déjà donné le ton avant guerre.

Margaret, la sœur cadette d’Elisabeth fut la première enfant terrible de la famille, elle eut la vie sentimentale d’une star hollywoodienne: on lui refusa d’épouser le Capitaine Townsend qui était divorcé, elle se rabattit donc par dépit sur Anthony Armstrong Jones dont elle divorça à son tour en 1978 (le fatum pointe déjà le bout de son nez).

On lui prêta par la suite beaucoup d’amants lors de ses séjours aux îles Moustiques, et on l’imagine faisant la fête avec Mick Jagger qui possédait une maison sur cette île privée de l’archipel des Grenadines. Dans la série, elle est superbement interprétée par Helena Bonham Carter qui fait d’elle une aristo subtilement déjantée, tabagique et alcoolique, mais surtout désabusée et se sentant, au sein de cette famille, plus superflue qu’indispensable. Sans surprises, Charles, autre ovni des Windsor, adorait son Auntie Margaret qui mourut en 2002 d’avoir trop vécu.

Être heureux en amour ? Quelle idée saugrenue !

Car les Windsor ont ce désir saugrenu d’être heureux en amour. Amour qui empoisonne les femmes et les familles royales. Charles s’y employa, et finit par y parvenir au prix de la tragédie que l’on sait. En 1970, il rencontre Camilla Shand, (future Parker Bowles) dont la grand-mère Alice Kepel fut la maîtresse du Prince de Galles Edward à la fin du XIXème siècle. « Instant Karma » dirait John Lennon. Charles tombe à jamais sous le charme de celle que les tabloïds qualifiaient de laide, mais qui à mon sens était aussi sexy que witty (état d’esprit british intraduisible). Il finit par l’épouser en 2005.

Mais Charles, toujours célibataire à 30 ans, dû épouser Diana Spencer. Sans me mettre dans la peau d’une midinette chroniqueuse à Point de vue Images du monde, (quoique), nous pouvons affirmer que cette alliance entre cette jeune fille qui ne voulait que danser et faire du rollers dans les couloirs de Buckingham et cet homme torturé qui ne voulait pas être roi fut désastreuse.

Diana ébréchée

La façon dont le personnage de Diana est traité dans la série ne plaît pas. Rien de plus normal, on ne touche pas aux idoles sans les ébrécher.

À mon sens, Diana fut à la fois une groupie, elle l’aime son Prince, rencontré pour la première fois alors qu’elle virevoltait déjà, en costume d’elfe du « Songe d’une nuit d’été », et elle lui lance force œillades en dessous. Mais la connexion ne se fait pas. De groupie elle devient donc rock star. Lui vole la vedette, cet homme qui ne sera jamais roi devient prince Consort. Elle est acclamée de Sydney à New-York, fait avec sincérité des tournées caritatives, se donne en spectacle dès qu’elle le peut. Car elle n’a jamais voulu que ça. Être dans la lumière. Elle l’est pour l’éternité. « Candle in the wind », écrivit Elton John en 1977 en hommage à Marilyn, en 1997 il offrit et interpréta la chanson pour Diana. Destins similaires.

God save the Queen: le duel avec la Dame de fer!

Et la Reine dans les imbroglio amoureux de cette saison 4 ?

Elle apparaît comme une figure presque tendre face à la Dame de fer, la fille d’épicier. Elle a l’assurance d’une Churchill rose bonbon lorsqu’elle lui donne son avis aux sujets des Malouines ou de l’apartheid en Afrique du Sud. Maggie lance à Elisabeth « Il est hors de question que je négocie avec des chefs de tribus aux tenues excentriques ». Et la Queen de répondre : « Que suis-je ? Sinon un chef de tribus aux tenues excentriques ? ».

L’ère Thatcher est traitée avec justesse, car si selon Winston Churchill, « le socialisme fait souffler un vent glacial », le libéralisme peut faire souffler un vent sibérien pour les plus pauvres. La Reine semblait posséder cette « common decency » qui manquait terriblement à Miss Maggie.

« God save the Queen/the fascist regim » hurlait Johnny Rotten, le chanteur des Sex Pistols sur une péniche le 7 juin 1977, pour le jubilé d’argent d’Elisabeth. Ce geste provocateur et spectaculaire est finalement un formidable hommage. Le terme est ô combien galvaudé, mais que sont les Windsor sinon des punks ultimes ? Et les punks ont maintenant rejoint les membres de la famille royale sur les mugs que l’on vend dans les boutiques de souvenirs pour touristes. This is England.

Du bon usage des statistiques sur l’immigration

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La lecture du livre de Didier Leschi[tooltips content= »Ce grand dérangement : l’immigration en face, publié dans la collection Tract (n° 22) de Gallimard le 19 novembre 2020. »](1)[/tooltips] peut être intéressante, mais la démographe Michèle Tribalat regrette le manque de précision sur certains chiffres. Elle relève ici les approximations problématiques du petit ouvrage.


À la lecture de ce livre, je me suis dit que nous avions des progrès à faire dans l’usage des statistiques. Et que, si un haut fonctionnaire, directeur de l’OFII et donc gestionnaire de la politique de l’immigration et de l’intégration des étrangers pendant leurs cinq premières années de leur séjour, pouvait en user de manière aussi approximative, il n’était peut-être pas inutile de réfléchir aux règles précises que tout utilisateur de données devrait se fixer afin de limiter les erreurs et fausses nouvelles involontaires. Surtout sur un sujet aussi contentieux que celui de l’immigration.

C’est ce qu’aurait certainement dû faire Didier Leschi, compte tenu de sa fonction et de l’ambition de son livre : « présenter les éléments objectifs à partir desquels chacun pourra se faire une opinion éclairée. Ces éléments, ce sont des chiffres, des faits, des règles internationales et des lois nationales […] quiconque en fait fi dès le départ risque de s’égarer ».

On pourrait résumer ces règles impératives à :

  • Nommer correctement, expliquer la fabrication du chiffre si nécessaire ;
  • Dater. Ce qui  oblige à ne pas abuser de formules vagues telles qu’aujourd’hui et ses équivalents ;
  • Sourcer. Qui a fabriqué la donnée ? Sans se contenter de citer quelqu’un qui l’a utilisée.

Leur vertu est de forcer l’utilisateur à vérifier et à ne pas se contenter d’un vague souvenir ou d’un chiffre glané dans la presse. Didier Leschi date très rarement ses informations chiffrées et n’en donne pratiquement jamais la source. Ce qui oblige le lecteur à une recherche souvent difficile. Connaissant le sujet, certaines données m’ont paru étranges.
C’est le cas de cette affirmation: « Parmi les 36 communes de France métropolitaine comptant plus de 10 000 habitants et dont plus de 30% de la population est d’origine étrangère, 33 sont situées en Île-de-France, dont 15 en Seine-Saint-Denis » (p. 28). Pas de date, pas de source.

Je sais que c’est impossible. La population d’origine étrangère, dans la définition française, se compose d’immigrés (nés à l’étranger de nationalité étrangère à la naissance) et de personnes nées en France d’au moins un parent immigré. Pour descendre au niveau communal, il faut se référer aux enquêtes annuelles de recensement qui ne collectent pas les informations nécessaires pour compter les nés en France d’au moins un parent immigré.

Je retrouve la source (Insee-Analyse Île-de-France n° 70 de l’Insee de 2017) portant sur l’année 2013 qui comprend cette phrase presque intégralement. C’est donc la plume de l’Insee qui a dû « fourcher ». Je vérifie, à partir des données sur 2017, qu’en effet ce qui est écrit porte sur les immigrés et non sur deux générations.

Autre affirmation problématique:

«… Force est de reconnaître que la population immigrée est deux fois plus importante que dans les années 1930. Affirmer que rien n’aurait changé depuis que la France a fait appel à des étrangers pour pallier ses faiblesses démographiques ou se reconstruire après les conflits européens ne prend pas assez en compte ce fait incontestable »(p.26). Pas de date, pas de source.

Supposons que l’emploi du présent se réfère à la dernière date pour laquelle on dispose d’une estimation : 2019. Il se trouve que le nombre d’immigrés en France métropolitaine n’est alors pas 2 fois plus important, mais 2,4 fois plus qu’en 1931 et 2,8 fois plus qu’en 1936 (dates des recensements des années 1930).

Une évolution non sourcée, mais surtout non datée:

« Il est un lieu où les contradictions sont les plus sensibles et où on veut le plus les ignorer : Paris. Beaucoup y disent aimer les migrants et ce d’autant plus que, d’année en année, à l’intérieur du périphérique, leur nombre diminue. Il est passé de 30 à 20% sous l’effet de la gentrification » (p. 37). Ce constat est probablement tiré de la lecture de l’Insee-Analyses Île-de-France de 2017[tooltips content= »Mis à jour le 29 juin 2020. »](2)[/tooltips] : « Le poids de Paris dans l’accueil des immigrés franciliens a reculé de 9 points, passant de 30,0% en 1982 à 21% en 2013 ».

Des reprises, non sourcées, non datées et approximatives telles que celles-ci:

« En 1968, seuls 3% des jeunes métropolitains de moins de vingt-quatre ans étaient d’origine extra-européenne, aujourd’hui 17% » et « la jeunesse africaine, hors Maghreb, était quasi inexistante en 1968. Elle représente de nos jours 20% de la jeunesse d’origine étrangère » (p. 27).

Didier Leschi reprend là un passage du texte que j’ai écrit avec Bernard Aubry et mis en ligne sur mon site, dans lequel il a remplacé 2017 par « aujourd’hui » et « de nos jours ». Texte qui précisait bien qu’il s’agissait des moins de 18 ans et non des moins de 24 ans.

Ou encore celle-ci:

« En ajoutant les enfants d’immigrés nés sur le territoire français, près du quart de la population française a un lien avec l’immigration » (p. 26).

« Près du quart » relève de l’anticipation. En effet, si l’on reprend les estimations par l’Insee de la population immigrée et de celle des nés en France d’au moins un parent immigré, la proportion de personnes d’origine étrangère est de 21,4% en 2019.

Didier Leschi a probablement repris ce qu’il a lu dans l’ouverture du livre de François Héran[tooltips content= »Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir, La Découverte, publié en 2017. »](3)[/tooltips] : « un quart de la population est liée à l’immigration sur une ou deux générations ».

L’abus de la formule « aujourd’hui » et la non-datation laissent croire que l’on cite le dernier chiffre connu ou que ce dont on parle évolue tellement peu que la date d’observation ne compte pas.

Un exemple : « 66% des immigrés résident dans une ville ou une agglomération de plus de 100 000 habitants, contre 42% pour les non-immigrés. Au sein de l’Ile-de-France, 17% de la population est immigrée… » (p. 28).

J’ai cru reconnaître la prose inimitable de l’Insee (« non-immigré ») et, en effet, ces données sont tirées d’un Insee Références de 2012 intitulé Immigrés et descendants d’immigrés. Problème, ces données datent de 2008 !

Une des raisons de ces approximations provient probablement d’un désir sincère d’épargner au lecteur, que l’on pressent rétif aux statistiques, une complexité et des précisions qui risquent de l’ennuyer ou de l’effrayer. On a donc alors tendance à simplifier, ce qui conduit souvent à renoncer à l’exactitude, mais aussi à une certaine paresse. C’est ce qui s’est passé avec le « taux de fécondité ». Des démographes se sont beaucoup moqué des non-initiés qui interprétaient la fécondité en pourcentage, alors que des experts de l’Ined et de l’Insee ont eux-mêmes eu recours, sans doute pour mieux se faire comprendre, à l’expression « taux de fécondité » qui suggère justement l’idée de pourcentage, au lieu de parler d’indicateur conjoncturel de fécondité qui s’exprime en nombre d’enfants par femme.

>>> Une version longue de cet article est à retrouver sur le blog de Michèle Tribalat <<<

Ce grand dérangement: L’immigration en face

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Le combat entre partisans et adversaires des éoliennes (Vidéo)

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Plongée dans le combat des partisans et des adversaires des éoliennes, au cœur de la Beauce dans le pays de Marcel Proust.


Présentées comme un des outils majeurs de la transition énergétique et comme le moyen de produire de l’électricité renouvelable en émettant très peu de gaz à effet de serre, les éoliennes se sont multipliées depuis plusieurs années sur le territoire français. Mais leur installation se heurte maintenant à des oppositions locales de plus en plus farouches comme d’ailleurs partout en Europe. Au point, qu’un certain nombre de décideurs et de spécialistes de l’énergie considère aujourd’hui que les éoliennes terrestres n’ont presque plus d’avenir.

Le paradoxe avec les éoliennes est que leurs promoteurs tout comme leurs adversaires le font avec des arguments presque identiques. Ce sont des écologistes qui entendent imposer un grand programme d’éoliennes pour lutter contre le réchauffement climatique et les émissions de CO2. Ce sont des défenseurs de l’environnement, de leur environnement, de leur qualité de vie et du patrimoine qui s’opposent à la construction des mêmes éoliennes.

A lire aussi: Proust à l’ombre des éoliennes

Nous avons donc décidé de montrer la réalité de cet affrontement en participant au tournage d’un documentaire ambitieux. Il a été réalisé avec Transitions & Energies dans la Beauce, région propice aux éoliennes, et plus particulièrement autour de la petite ville d’Illiers-Combray.

Elle a pour particularité d’être au cœur de l’œuvre d’un des plus grands écrivains français Marcel Proust. Dans les sept tomes d’A la recherche du temps perdu, Marcel Proust décrit de nombreux lieux, jardins, châteaux, paysages autour et dans Illiers-Combray. Un patrimoine que les opposants aux éoliennes entendent préserver de toute «pollution visuelle».

Voir ci-dessous le film:

Éoliennes : la face cachée de l’écologie

 

Mila renvoyée: « Que nos politiques regardent la situation en face! »

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Le Point vient de révéler que l’établissement militaire qui avait consenti à accueillir Mila en février a décidé de l’exclure. L’ado avait initialement été exfiltrée de son lycée de l’Isère en raison de menaces de mort, suite à des propos sur l’islam. Son père a écrit une lettre, publiée sur le site du journal. Alors qu’aucun élève de son ancien établissement n’aurait jamais été sanctionné, Céline Pina réagit


Cette enfant n’a fait qu’exercer un droit de critique sur une religion. Depuis elle vit un enfer et sa vie est menacée.

Face à cela, les politiques ont choisi de mettre la poussière sous le tapis et les institutions l’abandonnent. On découvre dans cette lettre comment Mila a été traitée dans son internat et on se demande ce que l’on peut attendre d’adultes, militaires ou professeurs qui sacrifient un être humain et l’abandonnent à des fous furieux pour gagner un peu de temps pour eux, sans même se rendre compte qu’ils sont sur la liste des personnes à abattre. Demandez-donc aux soldats en opérations extérieures si les islamistes sont des gens que l’on arrête en leur livrant des otages? Ils ont un projet politique et ils haïssent ce que nous représentons: le choix de la raison pour nous gouverner, l’égalité des droits et les libertés publiques. Ils focalisent sur Mila mais nos vies ne valent rien à leurs yeux.

En sacrifiant Mila, la France ne sauvera personne. Pas un seul d’entre nous. Au contraire, elle fera même monter le niveau de violence: la faiblesse de l’adversaire accentue la prédation et accélère les passages à l’acte, mais surtout elle les installe dans la durée.

Si nos gouvernants et notre président avaient un peu de dignité et de courage, ils auraient commencé par virer la personne qui exerce la charge de proviseur de son lycée. Un adepte du « pas de vague » si on en croit ce courrier. Exclure ce type de personnalité des fonctions dirigeantes voire de l’institution serait un message qui en soit constitue un positionnement de l’institution. Et il faut le faire en invoquant l’incapacité de faire face à ses devoirs et obligations. Cela remettrait les pendules à l’heure chez les carriéristes.

Il est indispensable que nos dirigeants lancent des procédures judiciaires et internes pour sanctionner tous les lycéens qui l’ont menacée de mort, avec enquête sociale sur les enfants et les familles, amendes et suspension des aides sociales à la clé (une piste à creuser dans le cadre de la loi séparatisme), et expulsion ou retrait des titres de séjour de la famille si le lycéen n’est pas Français, comme des sanctions lourdes s’il est inexpulsable.

Et il faut que cela touche les personnes scolarisées dans son lycée et qui ont participé au harcèlement. On n’imagine pas tout ce que les sanctions de proximité changeraient si les gens voyaient à quel point épouser les causes des islamistes posaient des difficultés à leurs adeptes. Là c’est le contraire: ceux qui se sont comportés en nervi des islamistes paradent. La force a gagné contre la loi, les adultes baissent les yeux devant eux, ils ont gagné. Il est temps là aussi de remettre quelques pendules à l’heure.

Mais surtout, si nos politiciens étaient des hommes d’État, alors cette jeune fille serait à l’étranger, dans une école d’art ou en formation artistique, à nos frais. Et s’il faut prendre en charge sa famille aussi, faisons-le et soyons en fiers. S’il faut pour la protéger un temps dissimuler son identité, organisons-nous. La meilleure réponse à la menace islamiste dans cette affaire est de transformer cela en une opportunité pour Mila et sa famille, d’assumer tous les frais car à travers elle nous assumons ce que nous sommes en tant que peuple et nous soutenons une Marianne en herbe.

Certes, « si le gouvernement fait cela, il reconnait qu’il a perdu », ce qui dans le milieu politique sert à justifier l’inaction au nom de la préservation de l’image. Mais que nos politiciens regardent la situation en face, dans cette affaire pour l’instant ils ont perdu. Tout le monde l’a vu et les islamistes ont noté à quel point nos politiques étaient lâches et pour certains, dont Ségolène Royal, prêts à leur céder.

Face à l’islamisme, aujourd’hui, notre gouvernement ne peut pas protéger Mila, pas plus que son peuple. Il n’a pas pu protéger Samuel Paty. C’est un fait. Mais poursuivre sur cette voie n’est pas inéluctable. Pour mettre fin à la logique des assassinats politiques, il faut arrêter avec le « en même temps » et assumer un fait très simple : refuser d’accepter l’islamisation des mœurs au nom de l’accueil d’une population immigrée n’est pas du racisme. Si pour accueillir nous devons sacrifier ce que nous sommes, alors les Français ne l’accepteront pas et c’est tout à fait normal. À ce titre notre problème principal ne sont pas les discriminations mais bel et bien la violence politique. Pour justifier celle-ci, les islamogauchistes évoquent racisme et discriminations, sauf que cela ne se vérifie pas : les actes anti-musulmans sont bien moins nombreux que les violences subies par les juifs et les chrétiens, et le racisme en France existe certes, mais est plutôt résiduel sauf dans les banlieues où monte la haine raciale, mais là aussi elle est cultivée par les mouvements politiques décoloniaux, alliés des islamistes.

Bref le gouvernement n’a pas à s’excuser de protéger son peuple et une enfant du peuple des islamistes. Il n’a pas à compenser un combat légitime en ouvrant une plateforme de dénonciation des discriminations. Laquelle va aussitôt être instrumentalisée contre la République par des mouvements idéologiques qui pourront ainsi attaquer leurs adversaires et faire croire qu’une dénonciation postée par un gugusse sur une plateforme équivaut à une reconnaissance de l’infamie de la personne ainsi dénoncée.

En revanche, si ce gouvernement veut agir pour la République, il peut rétablir la discipline et l’exigence au sein de l’école de la République, afin que les mérites puissent être reconnus et l’ascenseur social remis en route par exemple. Pour cela il va falloir aussi regarder en face l’état d’un corps enseignant loin d’être composé de hussards noirs de la république. À ce titre il faut relire le rapport qui raconte l’attitude de certains collègues de Samuel Paty et la cabale que certains profs ont voulu mener contre lui, il est éclairant sur la pénétration de l’idéologie des islamistes dans les discours, y compris au sein de la salle des profs : respect des religions, accusation de racisme larvé, attention disproportionnée portée à tout scandale fait au nom de l’islam. Et c’est souvent l’antiracisme dévoyé des indigénistes en mode Bouteldja/Obono qui a assuré la livraison et la légitimation de cette propagande dans les facs et les instituts de formation.

Certes exfiltrer Mila est un terrible aveu d’impuissance, mais cette impuissance est une réalité. Même face à la décapitation d’un professeur, une partie de la classe politique fait semblant d’ignorer que la multiplication des assassinats politiques parle des déclinaisons d’un affrontement de civilisations et non d’une accumulation de faits divers sanglants. Nous n’échapperons pas à la violence en mettant la tête dans le sable alors doit-on sacrifier une enfant pour que des politiciens puissent continuer à se palucher l’ego et faire croire qu’ils contrôlent quelque chose ? Quel curieux sens des réalités. La réponse est non. Et c’est un choix politique. Le plus humiliant pour les islamistes serait que leur acharnement se transforme en opportunité pour Mila et se retourne contre leurs petits télégraphistes, qu’ils pourrissent la vie des lycées ou des quartiers.

L’incubateur du Grenelle de l’Éducation, nouvelle machine infernale

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Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation Nationale lors de la Conférence de presse du Premier ministre sur l'application des mesures pour lutter contre la deuxième vague de l'épidemie de Coronavirus, le 29 octobre 2020.© S Lemouton - T Da Silva //SIPA Numéro de reportage : 00988335_000019

Beaucoup ont vu Jean-Michel Blanquer comme l’homme de la situation lors de sa nomination en tant que ministre de l’Éducation nationale. La littérature que l’on peut découvrir sur le site de l’incubateur du Grenelle de l’Education[tooltips content= »Lancé le 22 octobre, il se déploiera jusqu’en février 2021 NDLR »](1)[/tooltips] n’annonce pourtant rien de bon. « L’école inclusive » est en marche, aux dépens de la valorisation de l’enseignement et des professeurs.


La nomination de Jean-Michel Blanquer avait fait grimacer l’ex-ministre de l’Éducation Nationale (EN), Najat Vallaud-Belkacem. À l’inverse de celle-ci, beaucoup pensèrent que le nouvel occupant de la rue de Grenelle était l’homme de la situation. Avec l’annonce du “Grenelle de l’Éducation”, l’espoir grandit encore: on allait mettre les choses sur la table, laisser à nouveau le professeur faire son métier, valoriser l’enseignement de sa discipline, etc. Malheureusement, l’incubateur du Grenelle, « lieu d’échanges et de construction » composé d’ateliers de réflexion et de préparation au Grenelle de l’Éducation, annonce la couleur. Et la déception est grande.

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Dans un essai récent, La Haine de la culture (Éditions Armand Colin), le philosophe autrichien Konrad Paul Liessmann fait le bilan de plusieurs décennies de destruction de l’école et de la culture au niveau européen. Il note la progression de la langue technocratique qui, dans l’enceinte des ministères comme dans les entreprises, tapisse de slogans modernes les murs d’un monde dans lequel on « utilise des potentiels », on « crée du lien », on « pense ensemble », « on conçoit des images de sa propre professionnalité. »

La page d’ouverture du site du Grenelle de l’Éducation fait mieux encore. En quelques mots-clés relevant de la communication managériale, elle étale les nouvelles ambitions de l’EN pour la « communauté éducative » : reconnaissance, valeurs républicaines, mobilités, écoute et proximité, coopération, sont supposées « moderniser le système éducatif en ouvrant le champ des possibles » (dixit le ministre). Le champ des possibles s’étendant à perte de vue, nous n’en visiterons ici que quelques parcelles.

Le professeur doit devenir un expert en accompagnement social

La phrase qui introduit l’atelier Collectifs pédagogiques exprime comme une évidence absolue « qu’il n’est plus possible aujourd’hui d’imaginer un travail solitaire » – cette évidence donne la mesure de ce qui s’est passé: le professeur n’est plus cet être solitaire préparant ses cours ou corrigeant des copies dans son bureau et transmettant le savoir d’une discipline dont il est l’expert, mais l’employé d’un collectif éducatif et social, un rouage de la machine infernale à « créer du lien » ou à « faire preuve de réflexivité dans l’organisation » (K.P. Liessmann). Les disciplines tombent en désuétude et seules comptent les compétences ; le travail en équipe (des enseignants) ou en îlots (des élèves) doit être privilégié – on parlera alors, ici comme ailleurs, de communauté, d’équipe, de réseau ; le professeur n’est plus l’expert d’une discipline (le mot disparaît d’ailleurs avec son contenu) mais doit devenir un expert en accompagnement social et en projet éducatif. Dès lors, sa formation scientifique comme son travail solitaire sont non seulement superflus mais peuvent paraître contre-productifs. Le ministre écrit en effet que « la performance individuelle de l’élève est encore trop souvent la seule encouragée » alors que « ces nouvelles coopérations ont aussi pour objectif de promouvoir le travail en équipes en classe. »

La crise sanitaire et l’assassinat d’un professeur ont obligé le ministère à intégrer dans l’incubateur l’idée d’un travail sur la « gestion des situations complexes ». L’emploi de cet euphémisme n’est pas anodin. Devant les difficultés rencontrées par les professeurs – incivilités, impossibilité d’aborder certains sujets lors des cours, violences matérielles ou physiques pouvant aller jusqu’à l’assassinat – démissions et crise des vocations sont à l’ordre du jour.

Le ministère mise sur la résilience des professeurs 

« Quels dispositifs mettre en place pour attirer ou maintenir en poste les talents dans un climat scolaire serein ? », interroge le ministère. Prévoyant que, malheureusement, les choses ne vont pas s’arranger, les concepteurs de l’incubateur demandent implicitement aux actuels et aux futurs professeurs de prendre sur eux. Par conséquent, la résilience (la capacité à surmonter les traumatismes, pour faire vite) est le dispositif choisi pour conserver et attirer les « talents ». Le président de l’atelier Formation, Boris Cyrulnik soi-même, aidera à l’élaboration de « dispositifs [mis] en place pour attirer ou maintenir en poste les talents dans un climat scolaire serein. » Le professeur, ouvert, adaptable, chahuté, possible cible du terrorisme, sera, de plus, résilient ; et c’est sa résilience qui permettra vraisemblablement d’assurer un « climat scolaire serein. » L’école, ce « tuteur de résilience », d’après Boris Cyrulnik, deviendra alors la préfiguration de l’ensemble de la société. Ouverte à tous les vents mauvais du social et de la communication, des méthodes pédagogiques ou managériales, du nivellement égalitariste ou de la psychiatrie moderne, elle cherchera en vain les raisons de l’échec et finira de s’effondrer sous de nouvelles réformes. Mais toujours avec résilience.

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« Dans un contexte de changements profonds », il est prévu « d’attirer, conserver et faire s’épanouir les talents » en vue de permettre « des fertilisations croisées pour une meilleure adéquation de notre système éducatif avec son environnement. » Traduction de ce verbiage: notre nouveau personnel éducatif, résilient et mobile, saura s’adapter à tout, à la disparition des disciplines, à l’enfouissement des savoirs, aux violences, grâce à sa « gestion des potentialités » et à un management du “temps éducatif” ou de “la vie scolaire” n’ayant rien à envier à celui des entreprises les plus modernes.

La crise sanitaire pourrait amener le tout numérique dans les classes

Au milieu de ces catastrophes, nous pouvions craindre le pire au moment d’aborder l’atelier Numérique. Heureuse surprise, on y pose les bonnes questions : « Quelles sont les pratiques pour lesquelles […] les services numériques apportent une plus-value aux apprentissages ? Quelles sont les limites de ces usages numériques ? » Mais la crise sanitaire pourrait bien accélérer ces « nouvelles modalités de travail », et nombre de professeurs semblent prêts à basculer dans le tout-numérique. Des « twictées » (dictées en tweets) ont ainsi vu le jour, et des enseignants réclament que toutes les classes soient équipées de webcam. Nouveau mantra de l’enseignant progressiste: Je veux participer aux innovations pédagogiques en apportant ma pierre à l’édifice numéducatif, source des connaissances utiles à l’opérationnel, au lien social, aux solidarités intersectionnelles et à l’obtention du bac par tous et toutes.

« Nous sommes le ministère de l’humain », écrit le ministre dans l’édito du dossier de presse du Grenelle de l’Éducation. Pour que plus personne n’ait même l’idée de sourire en entendant ce genre d’inepties, les ministres de l’Éducation œuvrent, réforme après réforme, à la fabrique des crétins. « Personne ne doit être laissé de côté, il faut que tout le monde atteigne le standard minimal – et si tel n’est pas le cas, il faut des réformes » (Konrad Paul Liessmann). Pour contrecarrer la méfiance de plus en plus grande de nos concitoyens, Jean-Michel Blanquer avait déjà flanqué son ministère d’un autre slogan orwellien : L’École de la confiance. Cette dernière devait être un « service public de l’École inclusive. » Il manquait un incubateur pour peaufiner l’ensemble de l’œuvre. C’est maintenant chose faite.

David Hallyday: au nom du père

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David Hallyday lors des NRJ Music Awards à Cannes, le 10 novembre 2018. © Pierre Villard/NMA2018/SIPA Numéro de reportage : 00883838_000010

David Hallyday s’est érigé en défenseur de ses droits moraux envers son père. Avec sincérité et humilité…


« Les arabes, c’est comme les lesbiennes et les drogués, les romanos, les artistes et les putes, les handicapés, c’est comme les lépreux et les noirs, les clochards c’est comme les travelos et certains jeunes : y’en a des biens », dégobillait le chanteur caustique Didier Super en 2004 sur son premier album, Vaut mieux en rire que s’en foutre, au sujet duquel Wikipédia nous prévient : « Les paroles sont fortement humoristiques, souvent très crues mais à prendre au second degré ». Le chansonnier nordiste aurait pu ajouter à son chapelet les « fils de » : y’en a des biens, aussi. Par exemple : David Hallyday !

Musicien accompli

Si Johnny n’a jamais été ma tasse de thé – dans le même genre, je préfère les infusions roublardes de Monsieur Eddy –, la musique de son fils m’a toujours un peu chatouillé le plexus cérébro-spinal depuis ce solaire « Tu ne m’a pas laissé le temps » qui enflamma les ondes pendant l’été 1999. Bien sûr, David avait déjà obtenu un beau succès avec le rock FM « High » dans les années 80, mais sa première tentative dans la langue de Molière fut la bonne pour se faire un prénom.

Longtemps cantonné aux pages people (mariage avec le mannequin Estelle Lefébure oblige) ou sportives (il est un pilote automobile chevronné), David a lutté pour s’imposer en qualité de musicien accompli, statut que l’album composé pour son père, Sang pour Sang – double disque de diamant dont il est aussi coréalisateur -, lui conférera la même année que son premier tube en français (même si le refrain, « Tu ne m’as pas laissé le temps de te dire tout c’que je t’aime et tout c’que tu me manques », ne l’est pas vraiment, français).

D’ailleurs, au vu de ce triomphe commercial et artistique (le plus grand de la carrière de Johnny), survenu après le succès en demi teintes de l’album réalisé et composé par Obispo, on peut légitimement se demander pourquoi le père n’a pas reconduit une telle collaboration avec son fiston sur son disque suivant. Mais ce qui paraît évident pour tout le monde semble ne l’avoir jamais été tout à fait entre ces deux-là. Incompatibilité des agendas ? Volonté commune d’en rester à un one shot ? Peut-être, mais leur relation souffrait visiblement d’insondables non-dits enfouis dans le passé familial. Le psychodrame de l’affaire de l’héritage en révéla l’amère saveur en 2018.

Dix ans avant, David évoquait en chanson, poétiquement, la source de ces difficultés relationnelles avec son géniteur :

Entre-temps, Révélation, disque exutoire conçu sur les ruines encore fumantes de sa séparation d’avec Estelle – mais qui a allumé le feu ? -, avait confirmé en 2002 le talent de mélodiste sanguin du fils.

Une adolescence américaine

Bercé par la musique anglo-saxonne pendant sa jeunesse – il a passé son adolescence aux États-Unis, où vivait sa mère Sylvie Vartan -, Hallyday Junior est capable d’envolées lyriques en surchauffe, portées par le turbo d’une voix aux accents d’authenticité. Sa mélancolie frémit, parfois très dark.

Bien sûr, il y a de vilaines taches variéteuses qui souillent de-ci de-là la coloration de l’œuvre de l’artiste, mais par les temps qui courent (Cf l’article de François-Xavier Ajavon « Chanteuses hip-hop, futures académiciennes »), c’est un moindre mal… D’autant que ses trois derniers albums (Le Temps d’une vie, J’ai quelque chose à vous dire, Imagine un monde) laissent entendre un chanteur pleinement maître de son art, qui a enfin trouvé ses marques dans les pas d’un géant. Mention spéciale à la production soignée et ingénieuse de ces opus, emplis de trouvailles sonores vibrantes.

Une sincérité à fleur de peau et une humilité à toute épreuve irradient ses chansons. Pas le genre à prendre la grosse tête au bout d’un million de ventes, contrairement à la plupart de ses « confrères ». Capable de transcender ses déprimes pour en faire des hymnes à la vie, David s’est érigé en défenseur de ses droits moraux envers son père – tout juste décédé – dans « Éternel », contre une certaine Laeticia, s’inscrivant au passage dans la tradition rock’n’roll du taillage de costard en règle (« How Do You Sleep » de Lennon, « Death on Two Legs » de Queen, « Margaret on the Guillotine » de Morrissey, « Kim » de Eminem, etc.). Clip de l’année 2018 dans le même mouvement :

Un souffle du feu de Dieu anime ses brasiers électro-pop et rock, flambant dans les turpitudes de sa vie, quand son sang ne fait qu’un tour pour allumer la mèche. Il souffre de son divorce ? Un album de rupture nerveux sort dans la foulée. Le contexte de la disparition de son père l’affecte pour de nombreuses raisons, y compris outrageantes ? Il exorcise la douleur dans un disque conjurant le mal à cœur ouvert. Et aujourd’hui la terre s’arrête de tourner ? Il en fait un recueil de chansons composées pendant le confinement, porteuses d’espoir mais aussi de germes insurrectionnels. « Je trouve qu’on nous divise depuis longtemps, j’avais envie d’en parler, mais en utilisant des termes positifs et pour bâtir quelque chose de nouveau […] Il y a actuellement un ras-le-bol du peuple et c’est une bonne chose. Mais on ne peut pas aller de l’avant sans passer par des confrontations. L’histoire nous a montrés que les choses n’arrivent pas seules. À un moment donné, la résilience atteint un seuil d’exploitation, surtout lorsque les gens n’ont plus rien à manger », lâche-t-il ainsi sur le site de Radio-Canada, prolongeant les paroles de sa chanson « Ciel et terre » (l’une des onze nouvelles) : « Arrêtez de garder la pose / Dans des costumes qui en imposent / Marchands d’encore plus de choses / Qui nous lassent / Arrêtez de faire la morale / Les bien-pensants qu’ont les mains sales / A dire ce qu’est bien ou mal / Quoi qu’on fasse ».

Vingt ans après Un paradis/Un enfer, « Ciel et terre » cristallise encore par métaphore une notion de cohabitation dichotomique, passée de la sphère sentimentale dans le premier cas à la crise sociale et politique actuelle dans le second, mais au risque d’implosion plus retentissant que jamais. 

Imaginer le monde d’après

Un parfum hallucinogène plane sur le monde. Il est urgent de déconfiner les sens. Je propose pour commencer une injection à dose massive de bon sens un peu partout, d’honnêteté et de courage. Bref, j’imagine un monde, selon le titre de la dernière livraison de David Hallyday, où l’imagination au pouvoir ne serait pas un slogan. Une sorte de royaume de Patagonie où le morceau « Hallucinogène » – nouveau single du chanteur – serait N°1, la place qui devrait lui revenir naturellement dans l’anxiogène Absurdistan. On peut encore rêver sans autorisation.

À la découverte du Grand Monarque, situé à Chartres (Vidéo)

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Escapade à Chartres à la découverte du Grand Monarque, l’un des plus anciens hôtels restaurants de la ville, dirigé par Bertrand et Nathalie Jallerat. Jean-Baptiste Noé rend visite à différents producteurs qui alimentent le Grand Monarque : volailler, potager mais aussi maître verrier avec les ateliers Loire et forgeron


Le chef Benoît Cellot va cuisiner un poulet et transformer une belle volaille fermière en un plat de fête. Mais avant de passer aux fourneaux, il se rend, en compagnie de Bertrand Jallerat et de Jean-Baptiste Noé, chez les producteurs et fournisseurs des cuisines du Grand Monarque pour chercher les ingrédients de cette recette gourmande.

Première étape, direction la ferme de la Belvindière (Chapelle-royale) à la recherche d’une volaille fermière. Frédéric Thirouard emmène ses hôtes à la découverte de son élevage de volailles. Au programme : chapons, oies, pintades, poulets fermiers.

Seconde étape de cette escapade gourmande: le potager de Diane (Le Boullay-Thierry) afin de récupérer des légumes savoureux qui vont accompagner la recette du chef. Diane et Hugues Pamart présentent les différents légumes qu’ils cultivent dans leur exploitation maraîchère.

Voir ci-dessous le film:

Une découverte de l’artisanat français et un hommage aux restaurateurs et aux producteurs qui subissent de plein fouet les restrictions liées au confinement.

 

Les ravages au nom du bien se multiplient

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De gauche à droite, Demba Ba, Adèle Haenel et Clément Beaune © SIPA Numéro de reportage: 00989521_000009

Les temps ont changé. Heureusement. Mais ils ont aussi perdu la tête


Le match entre le PSG et Basaksehir a été interrompu au bout de 13 minutes le 8 décembre. D’un commun accord les deux équipes ont quitté le terrain à la suite du propos, qualifié de raciste, du quatrième arbitre à l’encontre de l’entraîneur adjoint de l’équipe turque. Celui-ci s’était indigné parce qu’il avait été désigné comme le « noir », en roumain.

Le match a repris le lendemain et le PSG l’a emporté par 5 à 1. Avant le début de la rencontre, tous les joueurs et les arbitres se sont agenouillés.

J’ai scrupule à oser même une réflexion sur cet épisode qui a libéré les hyperboles et qu’on a, sur tous les supports de communication, loué comme étant « historique », « une première ». J’ai conscience que je m’arroge un pouvoir discutable puisqu’on m’a assez répété que seule comptait la perception du racisme par ceux qui en étaient directement ou indirectement victimes et que donc les avis « extérieurs » n’étaient pas légitimes.

Pourtant je persiste.

J’estime disproportionnée, dans la dénonciation pourtant nécessaire d’une dispute équivoque, cette hypertrophie agitée d’un soir comme si dans la hiérarchie du racisme, mille scandales infiniment plus graves ne s’étaient pas produits – par exemple les joueurs traités de singes et moqués par des cris, qui auraient été en faute s’ils avaient quitté le terrain – et que demain la malfaisance humaine, fortement imprégnée de bêtise et de simplisme (on les sous-estime trop dans ces dérives), n’allait pas encore frapper dans l’univers du football, des sports et partout ailleurs.

Comment faudra-t-il se comporter alors ? S’allonger par terre, manger l’herbe ?

Cet humanisme, à force de ne plus savoir rien distinguer dans une impulsivité et une frénésie devenues réflexes, va étouffer les vrais combats, les luttes authentiques. Non pas qu’il aurait fallu jeter aux oubliettes le « noir » du 8 décembre mais le mettre à sa place qui n’était pas capitale.

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Je me souviens d’une scène de ma vie judiciaire où une collègue magistrat antillaise se moquait de moi parce que j’avais parlé d’une « femme de couleur » au lieu de dire « noire ». Les temps ont changé heureusement mais ils ont aussi perdu la tête.

Puis-je aussi dans ma réaction évoquer la part d’agacement que j’éprouve face à certaines absurdités considérées religieusement parce qu’elles émanent d’actrices progressistes et d’un féminisme ravageur : quand Adèle Haenel le plus sérieusement du monde énonce que le simple fait d’être blanc fait de vous un raciste, convient-il de rire ou d’être épouvanté ?

Nous avons le droit de juger ridicules les leçons de morale de ces footballeurs dont l’un – ! – nous dit qu’il aurait « mal à la France » après les violences commises par trois fonctionnaires de police contre Michel Zekler et l’autre – Kylian Mbappé, formidable talent – est à l’unisson mais n’est pas gêné pour être payé grassement par le Qatar, Etat aux antipodes de nos valeurs.

Le premier n’a jamais été un phare et je regrette que le second s’engage de plus en plus dans des implications qui sont en train de dégrader son aura brillamment sportive. Il y a tant de policiers blessés et tués, tant de causes moins chic qui auraient dû appeler de leur part, s’ils souhaitent dépasser leur statut de footballeurs comblés, des alertes et des soutiens.

Mais médiatiquement toutes les lumières ne se valent pas.

Quand j’entends Olivier Giroud qui a pris tous les risques en s’affirmant catholique dans un monde de pauvreté intellectuelle et de dérision nous demander de nous mobiliser pour les « chrétiens d’Orient », j’éprouve du respect pour lui parce qu’il lutte pour ce qui n’est pas vulgairement rentable dans notre univers qui préfère enfoncer les portes ouvertes de l’éthique.

J’admire le grand footballeur anglais Marcus Rashford qui mène des combats vigoureusement et noblement politiques contre la pauvreté d’une certaine jeunesse dans son pays, qui les a gagnés, avec un immense soutien populaire, contre le Premier ministre Boris Johnson, et sans doute n’est pas prêt d’arrêter son action dont la finalité n’est pas d’apparaître une seconde au firmament mais de faire du bien durablement à beaucoup.

Je dois aller plus loin. Sans stigmatiser forcément tout accès moral en l’étiquetant moraline. Mais les ravages, au nom du bien prétendu, se multiplient.

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Le dernier en date : Clément Beaune, connu pour être une personnalité politique intelligente, ministre et proche d’Emmanuel Macron. Tout le monde à juste titre se désintéresse de son orientation sexuelle. Il a éprouvé le besoin de nous la révéler. Personne ne lui avait demandé cette transparence qui de manière absurde fait sortir sa condition de l’heureuse banalité où elle aurait dû demeurer. Tout cela est-il vraiment un progrès ?

Ai-je encore le droit de juger ridicules ces délires qui dans beaucoup de domaines, sur tous les registres, font perdre à notre société sa lucidité, sa mesure, son bon sens ?

Le pire est qu’ils se font passer pour des avancées. Quand ils sont des déclins.

Alors, de grâce, pas en mon nom !

Nicolas Dupont-Aignan assure qu’il n’est pas isolé

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Nicolas Dupont-Aignan à l'Assemblée Nationale, le 9 juin 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage :00966476_000097

Le président de Debout La France doit faire face à des défections en série au sein de son mouvement. On lui reproche ses tentatives de rapprochement des Républicains dans la perspective des régionales. Depuis le Brésil où il vient de rencontrer le président Bolsonaro, il nous répond et se veut rassurant.


Nicolas Dupont-Aignan bientôt dernier adhérent de Debout La France ? Ces derniers jours pourraient le laisser penser. Le Figaro a révélé que le parti ne compterait plus que 3 000 adhérents au dernier conseil national du mouvement, samedi 14 novembre, contre près de 12 000 l’année précédant les Européennes! Et ce sont désormais des cadres qui quittent le navire.

Une cinquantaine d’entre eux auraient décidé de faire leurs adieux afin de former un collectif satellite du… Rassemblement national. Ils sont emmenés par Jean-Philippe Tanguy, ancien porte-parole et numéro deux du parti. Lequel, trop content, a expliqué les raisons de son départ au Figaro: « Nicolas Dupont-Aignan mène Debout la France dans une impasse […] il a refusé les mains tendues par Marine Le Pen depuis 2017, tout en refusant d’aider la droite aux municipales pour faire barrage à la gauche et aux Verts. » Nicolas Dupont-Aignan réplique et dénonce de son côté un « sabotage organisé, instrumentalisé et minoritaire. » Interrogé par Causeur (voir plus bas), il ne recense « que » 22 départs.

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En 2017, Nicolas Dupont-Aignan s’était rallié à Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle. Les démissionnaires veulent aujourd’hui s’allier avec la droite nationale dans une stratégie d’alliance similaire, dès le premier tour des régionales. Le président de Debout la France semble avoir quant à lui changé son fusil d’épaule, avec qui sait pour idée en tête une opération séduction de LR, sa très ancienne famille politique. Depuis plusieurs mois, le souverainiste se garde bien de toute critique à l’égard des membres de LR. Et il se rapproche même de possibles présidentiables. Début novembre, il a pu discuter avec Bruno Retailleau, avant de s’entretenir, le 9 novembre, avec le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. Dans une note de Debout la France rédigée par la direction locale du mouvement dans les Pays de la Loire que s’est procurée Le Figaro, l’entente avec LR était même explicitement évoquée, à l’inverse d’une alliance avec le RN: « Il est exclu pour nous d’envisager les mêmes scénarios (d’alliances) avec le RN. » D’après Le Figaro, plusieurs têtes de liste départementales DLF auraient finalement leur place sur les listes LR. Une partie de l’appareil de DLF n’a visiblement pas gouté cette stratégie. « Quelle crédibilité aurait une « union des patriotes » avec quelques cadres LR qui ont soutenu Emmanuel Macron juste après la défaite de François Fillon mais qui exclut la principale force d’opposition qu’est le RN ? », s’interrogeait ainsi Jean-Philippe Tanguy. La vérité est peut-être ailleurs. « La seule chose qui compte pour [Nicolas Dupont-Aignan] c’est de sauver sa circonscription », explique à l’AFP l’ancien militant Maxime Thiébaut, qui a quitté Debout La France dès 2017 après les législatives.

Trois questions à Nicolas Dupont-Aignan

Brasília, 9 décembre HANDOUT / BRAZILIAN PRESIDENCY / AFP
Brasília, 9 décembre HANDOUT / BRAZILIAN PRESIDENCY / AFP

Nicolas Dupont-Aignan, depuis le Brésil où il a déjeuné avec le ministre des Affaires étrangères et a rencontré le président Jair Bolsonaro, répond à Causeur quant à la crise que traverse son mouvement politique. Le député de l’Essonne minimise et assure que tout ceci n’est qu’une “tempête dans un verre d’eau”. Propos recueillis par Martin Pimentel.

Causeur. Quelles sont vos relations avec Marine Le Pen à l’heure actuelle ?

Nicolas Dupont-Aignan. Si heureusement on se parle quand on se croise à l’Assemblée, j’ai le sentiment qu’elle a mal pris ma candidature à la présidentielle.  Je suis pourtant le seul homme politique à l’avoir soutenue au second tour, même après le fiasco du débat. Elle a une fâcheuse tendance à écarter tous ceux qui peuvent l’aider: Marion Maréchal, Florian Philippot ou encore Jean Messiha récemment.

Au mois de janvier dernier, je lui avais proposé d’organiser une primaire ouverte – avec différentes personnalités telles qu’Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Florian Philippot ou Bruno Retailleau pourquoi pas  – afin que nos électeurs puissent choisir le meilleur candidat pour battre Emmanuel Macron. Marine Le Pen a refusé cette primaire. Je considère désormais que Marine Le Pen est le meilleur atout d’Emmanuel Macron. Marine Le Pen ne peut pas être la candidate du camp national, et jamais l’idée de la primaire n’a été aussi adaptée à la situation politique. J’aurais évidemment quelques atouts dans cette primaire que j’appelle de mes vœux: je suis aussi populaire chez Les Républicains qu’au RN (respectivement 40% et 43%), tandis que Xavier Bertrand est très populaire à LR mais peu au Rassemblement national et que Marine Le Pen, très populaire dans l’électorat du Rassemblement national, ne l’est franchement pas dans celui de LR.

Votre porte-parole Jean-Philippe Tanguy a quitté votre mouvement Debout La France et affirme avoir emmené avec lui 50 cadres. Il invoque des désaccords stratégiques avec vous. Que s’est-il passé, et que répondez-vous à ceux qui vous accusent de draguer la droite classique (LR) pour conserver des mandats locaux? 

C’est comique ! Ces petites manœuvres du RN ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Si je tenais tant à mes mandats locaux, je n’aurais pas appelé à voter pour Marine Le Pen en 2017, ce qui a provoqué un tourbillon médiatique.

Toute cette histoire est grotesque: j’ai effectivement reçu 22 démissions sur 800 cadres. Ces transfuges cuisent leur petite soupe sur leur petit feu. C’est difficilement compréhensible pour moi, dans la mesure où nous avons eu deux conseils nationaux – le 7 juillet et le 25 septembre – et que ces quelques personnes qui se vendent au RN aujourd’hui ont alors approuvé ma candidature et le principe d’une liste indépendante aux régionales. Aucune motion n’a d’ailleurs été votée lors de ces rassemblements…

C’est bien leur droit de partir, mais en revanche le parti a une ligne, et n’en déviera pas. La presse bourgeoise et l’oligarchie médiatique adorent Marine Le Pen, qui représente la garantie d’Emmanuel Macron ! Toute personne qui propose autre chose devient un réel danger. Or, 80% des Français ne veulent pas de ce duel. Ce n’est pas parce que quelques personnes sont mécontentes au sein de Debout La France que je vais changer de ligne.

Voterez-vous le projet de loi contre le séparatisme ?

Je le voterai… ou je m’abstiendrai. C’est un petit plus, mais c’est loin d’être à la hauteur de la menace.

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Il y a erreur sur l’erreur ! Ou comment voir du racisme là où il n’y en a pas

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Pierre Webo avant le match PSG-Istanbul BB, Parc des Princes (Paris), 9 décembre 2020. © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22520599_000009

La faute du 4e arbitre n’est pas celle que l’on croit…


Commençons par les faits : mardi 8 décembre avait lieu un match de football dans le cadre de la Ligue des champions entre le Paris-Saint-Germain et l’Istanbul Basaksehir. Ce match était arbitré par quatre arbitres roumains : un arbitre central, deux arbitres de touche et un quatrième arbitre sur le bord du terrain. Les contacts entre les joueurs en début de rencontre étaient rudes. L’arbitre central siffla plusieurs fautes. Le staff technique de l’équipe turque s’agaça alors de la sévérité de l’arbitre à l’égard de leurs joueurs.

Jugeant l’entraîneur adjoint de l’équipe turque trop véhément, le quatrième arbitre appela l’arbitre de champ à intervenir. Jusqu’ici, rien de plus classique pour un match de football. L’arbitre central est habilité à adresser des avertissements verbaux aux joueurs et au personnel technique sur le bord du terrain, il peut même leur adresser un carton jaune, voire les exclure d’un carton rouge.

Quiproquo autour du mot « negru »

L’objet de la polémique se situe donc uniquement dans les termes employés par le quatrième arbitre pour inciter l’arbitre de champ à intervenir : « C’est le Noir [negru, en roumain] ici. Va voir et identifie-le. Ce gars, le Noir », d’après la traduction de l’Agence France-Presse (AFP).

Des membres de l’équipe technique turque entendirent « negro » au lieu de « negru » et crièrent au racisme. Une enquête est en cours pour déterminer exactement les faits. D’après les rapports de divers journalistes présents sur place, l’arbitre incriminé aurait expliqué qu’il avait dit « negru » en roumain et non pas « negro ». Il aurait alors refusé de s’excuser.

Un genou à terre et le poing levé, les joueurs des deux équipes ont voulu marquer le coup avant le début de la rencontre, au Parc des Princes, le 9 décembre 2020. © Xavier Laine/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22520599_000042
Un genou à terre et le poing levé, les joueurs des deux équipes ont voulu marquer le coup avant le début de la rencontre reprogrammée le lendemain de l’affaire des propos présumés racistes du 4e arbitre, Parc des Princes, le 9 décembre 2020. © Xavier Laine/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22520599_000042

Les joueurs et dirigeants des deux équipes ont été divisés sur la démarche à tenir : reprendre le match avec un autre quatrième arbitre, revenir sur le terrain en se tenant la main en signe de lutte contre le racisme, arrêter définitivement le match… Finalement, c’est cette dernière option qui a prévalu. Depuis, de nombreuses personnalités, proches ou éloignées du monde du football, se félicitent de cet acte fondateur pour la lutte contre le racisme dans le football.

Il se trouve qu’en plus d’être sociologue, je suis fan de football, aussi bien en tant que joueur que spectateur. C’est un monde qui m’est familier. C’est important de le préciser car les commentateurs d’une sphère qui leur est inconnue ont tendance à faire des projections et à ne pas contextualiser ce qu’ils commentent.

L’erreur du quatrième arbitre est une faute professionnelle. Si le quatrième arbitre dit à l’arbitre central « identifie-le », c’est précisément qu’il n’a pas identifié l’entraîneur adjoint de l’équipe turque. Or il ne s’agit pas ici d’une rencontre amateur entre deux équipes de village, mais d’une rencontre professionnelle de premier plan, confiée à des arbitres triés sur le volet : ils sont censés être parmi les meilleurs de leur profession. Par professionnalisme, le quatrième arbitre aurait dû préparer le match (à l’aide d’un trombinoscope par exemple) pour être capable d’identifier tous les acteurs, aussi bien les joueurs titulaires que les remplaçants et les membres de l’encadrement.

Comment désigner quelqu’un dans le feu de l’action ? On peut le pointer du doigt, ce qui n’est pas poli mais efficace. On peut aussi le décrire à partir d’un trait caractéristique visible pour que son interlocuteur l’identifie facilement

A défaut d’identification, le quatrième arbitre désigna l’entraîneur adjoint par sa couleur de peau. Il se trouve que cet adjoint est camerounais et noir. Comment désigner quelqu’un dans le feu de l’action ? On peut le pointer du doigt, ce qui n’est pas poli mais efficace. On peut aussi le décrire à partir d’un trait caractéristique visible pour que son interlocuteur l’identifie facilement. Il faut donc citer un trait caractéristique distinctif par rapport aux autres personnes présentes autour. On peut trouver cela maladroit et regrettable que le quatrième arbitre ait désigné l’entraîneur adjoint en utilisant sa couleur de peau, mais, objectivement, la couleur de peau d’une personne est l’une des premières choses qui saute aux yeux. C’est donc un trait utile pour une communication efficace dans ce type de contexte.

Certains persistent à y voir du racisme

J’ai beau écouter et lire les propos de toutes les personnes qui s’érigent sur leurs grands chevaux depuis ce fameux incident, je ne vois pas où il y aurait du racisme là-dedans. En revanche, la colère sur le coup des personnes dans le stade qui ont cru entendre « negro » est compréhensible. L’immense majorité d’entre elles ignoraient vraisemblablement comment on disait noir en roumain. Mais ils auraient pu se calmer une fois le malentendu linguistique dissipé.

Leur argument pour persister à voir du racisme dans cette affaire est d’affirmer que le quatrième arbitre n’aurait jamais mis en avant la couleur de peau de l’entraîneur adjoint si celui-ci avait été blanc. Tout est une question de distinction. Si l’équipe en question n’était pas turque, mais camerounaise par exemple et que presque tous les membres de l’équipe sur le bord du terrain avaient été noirs, le quatrième arbitre aurait pu désigner l’adjoint comme « blanc » pour que l’arbitre central le repère facilement. De même, qu’il aurait pu dire « le grand », « le roux », « celui aux cheveux longs », etc.

Ce n’est pas forcément agréable d’être désigné et réduit à un seul trait, mais les arbitres parlaient entre eux. Ils ne s’adressaient pas directement à l’entraîneur adjoint. En outre, ce qui aurait réellement pu être offensant, c’eût été d’employer un terme péjoratif : « le nègre », « le crétin », « la tarlouze », etc.

L’essentialisation omniprésente dans le football

S’il y a un domaine où l’essentialisation règne en maître, c’est bien le football. Quand je jouais en club à Boulogne-Billancourt (92), dans les années 1990, mes coéquipiers m’appelaient parfois « le blanc » ou « le Français », voire pour l’un d’entre eux « le riche » car il m’avait demandé la profession de mes parents et en avait déduit que les miens étaient plus riches que les siens. Il était vrai que j’étais quasi le seul blanc de l’équipe. En revanche, je crois que 99 % de mes co-équipiers étaient eux aussi Français.

Quand j’ai joué au foot au Pérou, on m’appelait « le maigrichon » (El Flaquito). D’autres étaient surnommés « le gros » et chacun y voyait des surnoms ; personne ne portait alors plainte pour grossophobie. Le surnom d’un ancien joueur du PSG, Javier Pastore, était « El flaco », ce qui signifie le maigre. Les journalistes français le désignaient parfois ainsi et personne à ma connaissance n’a porté plainte contre ces journalistes pour racisme anti-maigres.

À lire aussi, Franck Crudo : PSG – Istanbul Basaksehir, un match engagé

Il est donc cocasse que ce soit le milieu du football qui s’offusque aujourd’hui qu’une personne en ait désigné une autre par sa couleur de peau dans un contexte très précis. D’autant que dans le monde du football, comme plus généralement dans la culture populaire, ce sont souvent les non-blancs qui désignent les non-blancs par leur couleur de peau ou bien leurs origines. Personnellement, je n’ai jamais appelé un de mes coéquipiers « le renoi » ou « l’arabe » mais eux le faisaient souvent entre eux. De plus, ce qui pourrait passer pour des insultes vu de l’extérieur prenait un tour amical et affectueux. Certains coéquipiers d’origine maghrébine ou d’Afrique noire se lançaient entre eux des « sale arabe ! » pour rigoler ou bien parce que les insultes servaient de ponctuation.

Du racisme dans le foot ?

Mon fils, alors âgé de 5 ans, avait assisté dans les années 2010 à un match amateur auquel je participais. Il avait commencé à compter le nombre d’insultes proférés entre joueurs mais n’avait vite plus eu assez de doigts pour compter. J’avais dû lui expliquer que « fils de p… » était bien évidemment une insulte, mais que, paradoxalement, dans certains contextes et milieux, c’était plus une interjection qu’autre chose : tout dépendait du ton et du degré amical de la relation des gens qui s’envoyaient ces mots doux à la figure.

Il y a du racisme dans le football. Mais sans doute moins que dans la plupart des milieux professionnels qui s’offusquent du racisme dans le football. D’ailleurs, le racisme dans le sport se situe peu sur le terrain, essentiellement dans les tribunes. S’il y avait des matchs à arrêter, ce serait précisément quand des spectateurs jettent des bananes sur le terrain ou poussent des cris de singe. Cela me semble bien plus grave que de désigner une personne non identifiée par sa couleur de peau.

Il me semble qu’il y a suffisamment de racisme dans le monde pour ne pas avoir besoin d’en voir là où il y a une « simple » faute professionnelle. Comment disait Camus déjà ? « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. »

« The Crown », one more time

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Gillian Anderson. © Netflix

La série Netflix sur Elisabeth II continue de remporter tous les suffrages dans une quatrième saison où le sentimental et le politique s’imbriquent plus que jamais.


Depuis 2016, la série Netflix The Crown, qui retrace le règne d’Elisabeth II, a toujours fait l’unanimité : excellents acteurs, précision de la reconstitution historique, finesse de l’analyse politique. La saison 4 rentre dans le « dur », dans la cicatrice encore béante du règne Thatcher et de la romance ratée à la fin tragique de Diana et Charles qui fait scandale.

Trier le vrai du faux ?

La famille royale a même fait pression auprès de notre juke box à séries préféré pour qu’un avertissement soit mis en place : ceci est une fiction romancée et pas un documentaire. Heureusement, la plateforme a refusé. Quel siècle à avertissements ! Et la presse, de Slate à Madame Figaro, de trier le vrai du faux. Elisabeth et Maggie se détestaient-elles vraiment ? Charles aurait-il vraiment émis le souhait de devenir le tampon hygiénique de Camilla ? Andrew était-il le fils préféré de sa majesté ?

Je dirais peu importe, et bien au contraire, tant mieux. La part de fiction (la vie sans la fiction serait invivable) fait ressortir l’essence même de ce second règne élisabéthain. Les Windsor sont rock’n’roll, shakespeariens et pop. Depuis son couronnement le 2 juin 1953, où les familles britanniques fauchées d’Après Guerre se saignèrent aux quatre veines pour faire l’acquisition d’un téléviseur afin de regarder en direct leur Reine revêtir sa couronne, Elisabeth II appartient corps et âme à ses sujets. Ils se la sont appropriée, et pas l’inverse. Les Windsor, comme le dit dans un des épisodes le personnage qui incarne Charles, sont « indispensables et superflus ». Ne le sommes-nous pas tous ?

Maggie, aristo subtilement déjantée

Mais surtout, depuis l’abdication d’Edouard VIII en 1936 qui préféra suivre son influenceuse américaine et divorcée Wallis Simpson que de régner sur ce qui était encore un Empire, les Windsor, qui ont essuyé toutes les tempêtes, furent furieusement des enfants du siècle passé.

Ils n’ont jamais vécu dans une Tour d’Ivoire mais dans l’oeil du cyclone. Swinging London Swinging Windsor. Le décorsetage de l’Empire Britannique dans les 60’s qui de victorien devint beatlesque en quelques semaines n’épargna pas les Royals. Même si Edouard et son américaine avaient déjà donné le ton avant guerre.

Margaret, la sœur cadette d’Elisabeth fut la première enfant terrible de la famille, elle eut la vie sentimentale d’une star hollywoodienne: on lui refusa d’épouser le Capitaine Townsend qui était divorcé, elle se rabattit donc par dépit sur Anthony Armstrong Jones dont elle divorça à son tour en 1978 (le fatum pointe déjà le bout de son nez).

On lui prêta par la suite beaucoup d’amants lors de ses séjours aux îles Moustiques, et on l’imagine faisant la fête avec Mick Jagger qui possédait une maison sur cette île privée de l’archipel des Grenadines. Dans la série, elle est superbement interprétée par Helena Bonham Carter qui fait d’elle une aristo subtilement déjantée, tabagique et alcoolique, mais surtout désabusée et se sentant, au sein de cette famille, plus superflue qu’indispensable. Sans surprises, Charles, autre ovni des Windsor, adorait son Auntie Margaret qui mourut en 2002 d’avoir trop vécu.

Être heureux en amour ? Quelle idée saugrenue !

Car les Windsor ont ce désir saugrenu d’être heureux en amour. Amour qui empoisonne les femmes et les familles royales. Charles s’y employa, et finit par y parvenir au prix de la tragédie que l’on sait. En 1970, il rencontre Camilla Shand, (future Parker Bowles) dont la grand-mère Alice Kepel fut la maîtresse du Prince de Galles Edward à la fin du XIXème siècle. « Instant Karma » dirait John Lennon. Charles tombe à jamais sous le charme de celle que les tabloïds qualifiaient de laide, mais qui à mon sens était aussi sexy que witty (état d’esprit british intraduisible). Il finit par l’épouser en 2005.

Mais Charles, toujours célibataire à 30 ans, dû épouser Diana Spencer. Sans me mettre dans la peau d’une midinette chroniqueuse à Point de vue Images du monde, (quoique), nous pouvons affirmer que cette alliance entre cette jeune fille qui ne voulait que danser et faire du rollers dans les couloirs de Buckingham et cet homme torturé qui ne voulait pas être roi fut désastreuse.

Diana ébréchée

La façon dont le personnage de Diana est traité dans la série ne plaît pas. Rien de plus normal, on ne touche pas aux idoles sans les ébrécher.

À mon sens, Diana fut à la fois une groupie, elle l’aime son Prince, rencontré pour la première fois alors qu’elle virevoltait déjà, en costume d’elfe du « Songe d’une nuit d’été », et elle lui lance force œillades en dessous. Mais la connexion ne se fait pas. De groupie elle devient donc rock star. Lui vole la vedette, cet homme qui ne sera jamais roi devient prince Consort. Elle est acclamée de Sydney à New-York, fait avec sincérité des tournées caritatives, se donne en spectacle dès qu’elle le peut. Car elle n’a jamais voulu que ça. Être dans la lumière. Elle l’est pour l’éternité. « Candle in the wind », écrivit Elton John en 1977 en hommage à Marilyn, en 1997 il offrit et interpréta la chanson pour Diana. Destins similaires.

God save the Queen: le duel avec la Dame de fer!

Et la Reine dans les imbroglio amoureux de cette saison 4 ?

Elle apparaît comme une figure presque tendre face à la Dame de fer, la fille d’épicier. Elle a l’assurance d’une Churchill rose bonbon lorsqu’elle lui donne son avis aux sujets des Malouines ou de l’apartheid en Afrique du Sud. Maggie lance à Elisabeth « Il est hors de question que je négocie avec des chefs de tribus aux tenues excentriques ». Et la Queen de répondre : « Que suis-je ? Sinon un chef de tribus aux tenues excentriques ? ».

L’ère Thatcher est traitée avec justesse, car si selon Winston Churchill, « le socialisme fait souffler un vent glacial », le libéralisme peut faire souffler un vent sibérien pour les plus pauvres. La Reine semblait posséder cette « common decency » qui manquait terriblement à Miss Maggie.

« God save the Queen/the fascist regim » hurlait Johnny Rotten, le chanteur des Sex Pistols sur une péniche le 7 juin 1977, pour le jubilé d’argent d’Elisabeth. Ce geste provocateur et spectaculaire est finalement un formidable hommage. Le terme est ô combien galvaudé, mais que sont les Windsor sinon des punks ultimes ? Et les punks ont maintenant rejoint les membres de la famille royale sur les mugs que l’on vend dans les boutiques de souvenirs pour touristes. This is England.

Du bon usage des statistiques sur l’immigration

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Michèle Tribalat. ©IBO/SIPA / 00617451_000003

La lecture du livre de Didier Leschi[tooltips content= »Ce grand dérangement : l’immigration en face, publié dans la collection Tract (n° 22) de Gallimard le 19 novembre 2020. »](1)[/tooltips] peut être intéressante, mais la démographe Michèle Tribalat regrette le manque de précision sur certains chiffres. Elle relève ici les approximations problématiques du petit ouvrage.


À la lecture de ce livre, je me suis dit que nous avions des progrès à faire dans l’usage des statistiques. Et que, si un haut fonctionnaire, directeur de l’OFII et donc gestionnaire de la politique de l’immigration et de l’intégration des étrangers pendant leurs cinq premières années de leur séjour, pouvait en user de manière aussi approximative, il n’était peut-être pas inutile de réfléchir aux règles précises que tout utilisateur de données devrait se fixer afin de limiter les erreurs et fausses nouvelles involontaires. Surtout sur un sujet aussi contentieux que celui de l’immigration.

C’est ce qu’aurait certainement dû faire Didier Leschi, compte tenu de sa fonction et de l’ambition de son livre : « présenter les éléments objectifs à partir desquels chacun pourra se faire une opinion éclairée. Ces éléments, ce sont des chiffres, des faits, des règles internationales et des lois nationales […] quiconque en fait fi dès le départ risque de s’égarer ».

On pourrait résumer ces règles impératives à :

  • Nommer correctement, expliquer la fabrication du chiffre si nécessaire ;
  • Dater. Ce qui  oblige à ne pas abuser de formules vagues telles qu’aujourd’hui et ses équivalents ;
  • Sourcer. Qui a fabriqué la donnée ? Sans se contenter de citer quelqu’un qui l’a utilisée.

Leur vertu est de forcer l’utilisateur à vérifier et à ne pas se contenter d’un vague souvenir ou d’un chiffre glané dans la presse. Didier Leschi date très rarement ses informations chiffrées et n’en donne pratiquement jamais la source. Ce qui oblige le lecteur à une recherche souvent difficile. Connaissant le sujet, certaines données m’ont paru étranges.
C’est le cas de cette affirmation: « Parmi les 36 communes de France métropolitaine comptant plus de 10 000 habitants et dont plus de 30% de la population est d’origine étrangère, 33 sont situées en Île-de-France, dont 15 en Seine-Saint-Denis » (p. 28). Pas de date, pas de source.

Je sais que c’est impossible. La population d’origine étrangère, dans la définition française, se compose d’immigrés (nés à l’étranger de nationalité étrangère à la naissance) et de personnes nées en France d’au moins un parent immigré. Pour descendre au niveau communal, il faut se référer aux enquêtes annuelles de recensement qui ne collectent pas les informations nécessaires pour compter les nés en France d’au moins un parent immigré.

Je retrouve la source (Insee-Analyse Île-de-France n° 70 de l’Insee de 2017) portant sur l’année 2013 qui comprend cette phrase presque intégralement. C’est donc la plume de l’Insee qui a dû « fourcher ». Je vérifie, à partir des données sur 2017, qu’en effet ce qui est écrit porte sur les immigrés et non sur deux générations.

Autre affirmation problématique:

«… Force est de reconnaître que la population immigrée est deux fois plus importante que dans les années 1930. Affirmer que rien n’aurait changé depuis que la France a fait appel à des étrangers pour pallier ses faiblesses démographiques ou se reconstruire après les conflits européens ne prend pas assez en compte ce fait incontestable »(p.26). Pas de date, pas de source.

Supposons que l’emploi du présent se réfère à la dernière date pour laquelle on dispose d’une estimation : 2019. Il se trouve que le nombre d’immigrés en France métropolitaine n’est alors pas 2 fois plus important, mais 2,4 fois plus qu’en 1931 et 2,8 fois plus qu’en 1936 (dates des recensements des années 1930).

Une évolution non sourcée, mais surtout non datée:

« Il est un lieu où les contradictions sont les plus sensibles et où on veut le plus les ignorer : Paris. Beaucoup y disent aimer les migrants et ce d’autant plus que, d’année en année, à l’intérieur du périphérique, leur nombre diminue. Il est passé de 30 à 20% sous l’effet de la gentrification » (p. 37). Ce constat est probablement tiré de la lecture de l’Insee-Analyses Île-de-France de 2017[tooltips content= »Mis à jour le 29 juin 2020. »](2)[/tooltips] : « Le poids de Paris dans l’accueil des immigrés franciliens a reculé de 9 points, passant de 30,0% en 1982 à 21% en 2013 ».

Des reprises, non sourcées, non datées et approximatives telles que celles-ci:

« En 1968, seuls 3% des jeunes métropolitains de moins de vingt-quatre ans étaient d’origine extra-européenne, aujourd’hui 17% » et « la jeunesse africaine, hors Maghreb, était quasi inexistante en 1968. Elle représente de nos jours 20% de la jeunesse d’origine étrangère » (p. 27).

Didier Leschi reprend là un passage du texte que j’ai écrit avec Bernard Aubry et mis en ligne sur mon site, dans lequel il a remplacé 2017 par « aujourd’hui » et « de nos jours ». Texte qui précisait bien qu’il s’agissait des moins de 18 ans et non des moins de 24 ans.

Ou encore celle-ci:

« En ajoutant les enfants d’immigrés nés sur le territoire français, près du quart de la population française a un lien avec l’immigration » (p. 26).

« Près du quart » relève de l’anticipation. En effet, si l’on reprend les estimations par l’Insee de la population immigrée et de celle des nés en France d’au moins un parent immigré, la proportion de personnes d’origine étrangère est de 21,4% en 2019.

Didier Leschi a probablement repris ce qu’il a lu dans l’ouverture du livre de François Héran[tooltips content= »Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir, La Découverte, publié en 2017. »](3)[/tooltips] : « un quart de la population est liée à l’immigration sur une ou deux générations ».

L’abus de la formule « aujourd’hui » et la non-datation laissent croire que l’on cite le dernier chiffre connu ou que ce dont on parle évolue tellement peu que la date d’observation ne compte pas.

Un exemple : « 66% des immigrés résident dans une ville ou une agglomération de plus de 100 000 habitants, contre 42% pour les non-immigrés. Au sein de l’Ile-de-France, 17% de la population est immigrée… » (p. 28).

J’ai cru reconnaître la prose inimitable de l’Insee (« non-immigré ») et, en effet, ces données sont tirées d’un Insee Références de 2012 intitulé Immigrés et descendants d’immigrés. Problème, ces données datent de 2008 !

Une des raisons de ces approximations provient probablement d’un désir sincère d’épargner au lecteur, que l’on pressent rétif aux statistiques, une complexité et des précisions qui risquent de l’ennuyer ou de l’effrayer. On a donc alors tendance à simplifier, ce qui conduit souvent à renoncer à l’exactitude, mais aussi à une certaine paresse. C’est ce qui s’est passé avec le « taux de fécondité ». Des démographes se sont beaucoup moqué des non-initiés qui interprétaient la fécondité en pourcentage, alors que des experts de l’Ined et de l’Insee ont eux-mêmes eu recours, sans doute pour mieux se faire comprendre, à l’expression « taux de fécondité » qui suggère justement l’idée de pourcentage, au lieu de parler d’indicateur conjoncturel de fécondité qui s’exprime en nombre d’enfants par femme.

>>> Une version longue de cet article est à retrouver sur le blog de Michèle Tribalat <<<

Ce grand dérangement: L’immigration en face

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Le combat entre partisans et adversaires des éoliennes (Vidéo)

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Plongée dans le combat des partisans et des adversaires des éoliennes, au cœur de la Beauce dans le pays de Marcel Proust.


Présentées comme un des outils majeurs de la transition énergétique et comme le moyen de produire de l’électricité renouvelable en émettant très peu de gaz à effet de serre, les éoliennes se sont multipliées depuis plusieurs années sur le territoire français. Mais leur installation se heurte maintenant à des oppositions locales de plus en plus farouches comme d’ailleurs partout en Europe. Au point, qu’un certain nombre de décideurs et de spécialistes de l’énergie considère aujourd’hui que les éoliennes terrestres n’ont presque plus d’avenir.

Le paradoxe avec les éoliennes est que leurs promoteurs tout comme leurs adversaires le font avec des arguments presque identiques. Ce sont des écologistes qui entendent imposer un grand programme d’éoliennes pour lutter contre le réchauffement climatique et les émissions de CO2. Ce sont des défenseurs de l’environnement, de leur environnement, de leur qualité de vie et du patrimoine qui s’opposent à la construction des mêmes éoliennes.

A lire aussi: Proust à l’ombre des éoliennes

Nous avons donc décidé de montrer la réalité de cet affrontement en participant au tournage d’un documentaire ambitieux. Il a été réalisé avec Transitions & Energies dans la Beauce, région propice aux éoliennes, et plus particulièrement autour de la petite ville d’Illiers-Combray.

Elle a pour particularité d’être au cœur de l’œuvre d’un des plus grands écrivains français Marcel Proust. Dans les sept tomes d’A la recherche du temps perdu, Marcel Proust décrit de nombreux lieux, jardins, châteaux, paysages autour et dans Illiers-Combray. Un patrimoine que les opposants aux éoliennes entendent préserver de toute «pollution visuelle».

Voir ci-dessous le film:

Éoliennes : la face cachée de l’écologie

 

Mila renvoyée: « Que nos politiques regardent la situation en face! »

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Mila. Image: capture d'écran twitter / Quotidien / TMC

Le Point vient de révéler que l’établissement militaire qui avait consenti à accueillir Mila en février a décidé de l’exclure. L’ado avait initialement été exfiltrée de son lycée de l’Isère en raison de menaces de mort, suite à des propos sur l’islam. Son père a écrit une lettre, publiée sur le site du journal. Alors qu’aucun élève de son ancien établissement n’aurait jamais été sanctionné, Céline Pina réagit


Cette enfant n’a fait qu’exercer un droit de critique sur une religion. Depuis elle vit un enfer et sa vie est menacée.

Face à cela, les politiques ont choisi de mettre la poussière sous le tapis et les institutions l’abandonnent. On découvre dans cette lettre comment Mila a été traitée dans son internat et on se demande ce que l’on peut attendre d’adultes, militaires ou professeurs qui sacrifient un être humain et l’abandonnent à des fous furieux pour gagner un peu de temps pour eux, sans même se rendre compte qu’ils sont sur la liste des personnes à abattre. Demandez-donc aux soldats en opérations extérieures si les islamistes sont des gens que l’on arrête en leur livrant des otages? Ils ont un projet politique et ils haïssent ce que nous représentons: le choix de la raison pour nous gouverner, l’égalité des droits et les libertés publiques. Ils focalisent sur Mila mais nos vies ne valent rien à leurs yeux.

En sacrifiant Mila, la France ne sauvera personne. Pas un seul d’entre nous. Au contraire, elle fera même monter le niveau de violence: la faiblesse de l’adversaire accentue la prédation et accélère les passages à l’acte, mais surtout elle les installe dans la durée.

Si nos gouvernants et notre président avaient un peu de dignité et de courage, ils auraient commencé par virer la personne qui exerce la charge de proviseur de son lycée. Un adepte du « pas de vague » si on en croit ce courrier. Exclure ce type de personnalité des fonctions dirigeantes voire de l’institution serait un message qui en soit constitue un positionnement de l’institution. Et il faut le faire en invoquant l’incapacité de faire face à ses devoirs et obligations. Cela remettrait les pendules à l’heure chez les carriéristes.

Il est indispensable que nos dirigeants lancent des procédures judiciaires et internes pour sanctionner tous les lycéens qui l’ont menacée de mort, avec enquête sociale sur les enfants et les familles, amendes et suspension des aides sociales à la clé (une piste à creuser dans le cadre de la loi séparatisme), et expulsion ou retrait des titres de séjour de la famille si le lycéen n’est pas Français, comme des sanctions lourdes s’il est inexpulsable.

Et il faut que cela touche les personnes scolarisées dans son lycée et qui ont participé au harcèlement. On n’imagine pas tout ce que les sanctions de proximité changeraient si les gens voyaient à quel point épouser les causes des islamistes posaient des difficultés à leurs adeptes. Là c’est le contraire: ceux qui se sont comportés en nervi des islamistes paradent. La force a gagné contre la loi, les adultes baissent les yeux devant eux, ils ont gagné. Il est temps là aussi de remettre quelques pendules à l’heure.

Mais surtout, si nos politiciens étaient des hommes d’État, alors cette jeune fille serait à l’étranger, dans une école d’art ou en formation artistique, à nos frais. Et s’il faut prendre en charge sa famille aussi, faisons-le et soyons en fiers. S’il faut pour la protéger un temps dissimuler son identité, organisons-nous. La meilleure réponse à la menace islamiste dans cette affaire est de transformer cela en une opportunité pour Mila et sa famille, d’assumer tous les frais car à travers elle nous assumons ce que nous sommes en tant que peuple et nous soutenons une Marianne en herbe.

Certes, « si le gouvernement fait cela, il reconnait qu’il a perdu », ce qui dans le milieu politique sert à justifier l’inaction au nom de la préservation de l’image. Mais que nos politiciens regardent la situation en face, dans cette affaire pour l’instant ils ont perdu. Tout le monde l’a vu et les islamistes ont noté à quel point nos politiques étaient lâches et pour certains, dont Ségolène Royal, prêts à leur céder.

Face à l’islamisme, aujourd’hui, notre gouvernement ne peut pas protéger Mila, pas plus que son peuple. Il n’a pas pu protéger Samuel Paty. C’est un fait. Mais poursuivre sur cette voie n’est pas inéluctable. Pour mettre fin à la logique des assassinats politiques, il faut arrêter avec le « en même temps » et assumer un fait très simple : refuser d’accepter l’islamisation des mœurs au nom de l’accueil d’une population immigrée n’est pas du racisme. Si pour accueillir nous devons sacrifier ce que nous sommes, alors les Français ne l’accepteront pas et c’est tout à fait normal. À ce titre notre problème principal ne sont pas les discriminations mais bel et bien la violence politique. Pour justifier celle-ci, les islamogauchistes évoquent racisme et discriminations, sauf que cela ne se vérifie pas : les actes anti-musulmans sont bien moins nombreux que les violences subies par les juifs et les chrétiens, et le racisme en France existe certes, mais est plutôt résiduel sauf dans les banlieues où monte la haine raciale, mais là aussi elle est cultivée par les mouvements politiques décoloniaux, alliés des islamistes.

Bref le gouvernement n’a pas à s’excuser de protéger son peuple et une enfant du peuple des islamistes. Il n’a pas à compenser un combat légitime en ouvrant une plateforme de dénonciation des discriminations. Laquelle va aussitôt être instrumentalisée contre la République par des mouvements idéologiques qui pourront ainsi attaquer leurs adversaires et faire croire qu’une dénonciation postée par un gugusse sur une plateforme équivaut à une reconnaissance de l’infamie de la personne ainsi dénoncée.

En revanche, si ce gouvernement veut agir pour la République, il peut rétablir la discipline et l’exigence au sein de l’école de la République, afin que les mérites puissent être reconnus et l’ascenseur social remis en route par exemple. Pour cela il va falloir aussi regarder en face l’état d’un corps enseignant loin d’être composé de hussards noirs de la république. À ce titre il faut relire le rapport qui raconte l’attitude de certains collègues de Samuel Paty et la cabale que certains profs ont voulu mener contre lui, il est éclairant sur la pénétration de l’idéologie des islamistes dans les discours, y compris au sein de la salle des profs : respect des religions, accusation de racisme larvé, attention disproportionnée portée à tout scandale fait au nom de l’islam. Et c’est souvent l’antiracisme dévoyé des indigénistes en mode Bouteldja/Obono qui a assuré la livraison et la légitimation de cette propagande dans les facs et les instituts de formation.

Certes exfiltrer Mila est un terrible aveu d’impuissance, mais cette impuissance est une réalité. Même face à la décapitation d’un professeur, une partie de la classe politique fait semblant d’ignorer que la multiplication des assassinats politiques parle des déclinaisons d’un affrontement de civilisations et non d’une accumulation de faits divers sanglants. Nous n’échapperons pas à la violence en mettant la tête dans le sable alors doit-on sacrifier une enfant pour que des politiciens puissent continuer à se palucher l’ego et faire croire qu’ils contrôlent quelque chose ? Quel curieux sens des réalités. La réponse est non. Et c’est un choix politique. Le plus humiliant pour les islamistes serait que leur acharnement se transforme en opportunité pour Mila et se retourne contre leurs petits télégraphistes, qu’ils pourrissent la vie des lycées ou des quartiers.