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Le combat entre partisans et adversaires des éoliennes (Vidéo)

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Plongée dans le combat des partisans et des adversaires des éoliennes, au cœur de la Beauce dans le pays de Marcel Proust.


Présentées comme un des outils majeurs de la transition énergétique et comme le moyen de produire de l’électricité renouvelable en émettant très peu de gaz à effet de serre, les éoliennes se sont multipliées depuis plusieurs années sur le territoire français. Mais leur installation se heurte maintenant à des oppositions locales de plus en plus farouches comme d’ailleurs partout en Europe. Au point, qu’un certain nombre de décideurs et de spécialistes de l’énergie considère aujourd’hui que les éoliennes terrestres n’ont presque plus d’avenir.

Le paradoxe avec les éoliennes est que leurs promoteurs tout comme leurs adversaires le font avec des arguments presque identiques. Ce sont des écologistes qui entendent imposer un grand programme d’éoliennes pour lutter contre le réchauffement climatique et les émissions de CO2. Ce sont des défenseurs de l’environnement, de leur environnement, de leur qualité de vie et du patrimoine qui s’opposent à la construction des mêmes éoliennes.

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Nous avons donc décidé de montrer la réalité de cet affrontement en participant au tournage d’un documentaire ambitieux. Il a été réalisé avec Transitions & Energies dans la Beauce, région propice aux éoliennes, et plus particulièrement autour de la petite ville d’Illiers-Combray.

Elle a pour particularité d’être au cœur de l’œuvre d’un des plus grands écrivains français Marcel Proust. Dans les sept tomes d’A la recherche du temps perdu, Marcel Proust décrit de nombreux lieux, jardins, châteaux, paysages autour et dans Illiers-Combray. Un patrimoine que les opposants aux éoliennes entendent préserver de toute «pollution visuelle».

Voir ci-dessous le film:

Éoliennes : la face cachée de l’écologie

 

Mila renvoyée: « Que nos politiques regardent la situation en face! »

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Le Point vient de révéler que l’établissement militaire qui avait consenti à accueillir Mila en février a décidé de l’exclure. L’ado avait initialement été exfiltrée de son lycée de l’Isère en raison de menaces de mort, suite à des propos sur l’islam. Son père a écrit une lettre, publiée sur le site du journal. Alors qu’aucun élève de son ancien établissement n’aurait jamais été sanctionné, Céline Pina réagit


Cette enfant n’a fait qu’exercer un droit de critique sur une religion. Depuis elle vit un enfer et sa vie est menacée.

Face à cela, les politiques ont choisi de mettre la poussière sous le tapis et les institutions l’abandonnent. On découvre dans cette lettre comment Mila a été traitée dans son internat et on se demande ce que l’on peut attendre d’adultes, militaires ou professeurs qui sacrifient un être humain et l’abandonnent à des fous furieux pour gagner un peu de temps pour eux, sans même se rendre compte qu’ils sont sur la liste des personnes à abattre. Demandez-donc aux soldats en opérations extérieures si les islamistes sont des gens que l’on arrête en leur livrant des otages? Ils ont un projet politique et ils haïssent ce que nous représentons: le choix de la raison pour nous gouverner, l’égalité des droits et les libertés publiques. Ils focalisent sur Mila mais nos vies ne valent rien à leurs yeux.

En sacrifiant Mila, la France ne sauvera personne. Pas un seul d’entre nous. Au contraire, elle fera même monter le niveau de violence: la faiblesse de l’adversaire accentue la prédation et accélère les passages à l’acte, mais surtout elle les installe dans la durée.

Si nos gouvernants et notre président avaient un peu de dignité et de courage, ils auraient commencé par virer la personne qui exerce la charge de proviseur de son lycée. Un adepte du « pas de vague » si on en croit ce courrier. Exclure ce type de personnalité des fonctions dirigeantes voire de l’institution serait un message qui en soit constitue un positionnement de l’institution. Et il faut le faire en invoquant l’incapacité de faire face à ses devoirs et obligations. Cela remettrait les pendules à l’heure chez les carriéristes.

Il est indispensable que nos dirigeants lancent des procédures judiciaires et internes pour sanctionner tous les lycéens qui l’ont menacée de mort, avec enquête sociale sur les enfants et les familles, amendes et suspension des aides sociales à la clé (une piste à creuser dans le cadre de la loi séparatisme), et expulsion ou retrait des titres de séjour de la famille si le lycéen n’est pas Français, comme des sanctions lourdes s’il est inexpulsable.

Et il faut que cela touche les personnes scolarisées dans son lycée et qui ont participé au harcèlement. On n’imagine pas tout ce que les sanctions de proximité changeraient si les gens voyaient à quel point épouser les causes des islamistes posaient des difficultés à leurs adeptes. Là c’est le contraire: ceux qui se sont comportés en nervi des islamistes paradent. La force a gagné contre la loi, les adultes baissent les yeux devant eux, ils ont gagné. Il est temps là aussi de remettre quelques pendules à l’heure.

Mais surtout, si nos politiciens étaient des hommes d’État, alors cette jeune fille serait à l’étranger, dans une école d’art ou en formation artistique, à nos frais. Et s’il faut prendre en charge sa famille aussi, faisons-le et soyons en fiers. S’il faut pour la protéger un temps dissimuler son identité, organisons-nous. La meilleure réponse à la menace islamiste dans cette affaire est de transformer cela en une opportunité pour Mila et sa famille, d’assumer tous les frais car à travers elle nous assumons ce que nous sommes en tant que peuple et nous soutenons une Marianne en herbe.

Certes, « si le gouvernement fait cela, il reconnait qu’il a perdu », ce qui dans le milieu politique sert à justifier l’inaction au nom de la préservation de l’image. Mais que nos politiciens regardent la situation en face, dans cette affaire pour l’instant ils ont perdu. Tout le monde l’a vu et les islamistes ont noté à quel point nos politiques étaient lâches et pour certains, dont Ségolène Royal, prêts à leur céder.

Face à l’islamisme, aujourd’hui, notre gouvernement ne peut pas protéger Mila, pas plus que son peuple. Il n’a pas pu protéger Samuel Paty. C’est un fait. Mais poursuivre sur cette voie n’est pas inéluctable. Pour mettre fin à la logique des assassinats politiques, il faut arrêter avec le « en même temps » et assumer un fait très simple : refuser d’accepter l’islamisation des mœurs au nom de l’accueil d’une population immigrée n’est pas du racisme. Si pour accueillir nous devons sacrifier ce que nous sommes, alors les Français ne l’accepteront pas et c’est tout à fait normal. À ce titre notre problème principal ne sont pas les discriminations mais bel et bien la violence politique. Pour justifier celle-ci, les islamogauchistes évoquent racisme et discriminations, sauf que cela ne se vérifie pas : les actes anti-musulmans sont bien moins nombreux que les violences subies par les juifs et les chrétiens, et le racisme en France existe certes, mais est plutôt résiduel sauf dans les banlieues où monte la haine raciale, mais là aussi elle est cultivée par les mouvements politiques décoloniaux, alliés des islamistes.

Bref le gouvernement n’a pas à s’excuser de protéger son peuple et une enfant du peuple des islamistes. Il n’a pas à compenser un combat légitime en ouvrant une plateforme de dénonciation des discriminations. Laquelle va aussitôt être instrumentalisée contre la République par des mouvements idéologiques qui pourront ainsi attaquer leurs adversaires et faire croire qu’une dénonciation postée par un gugusse sur une plateforme équivaut à une reconnaissance de l’infamie de la personne ainsi dénoncée.

En revanche, si ce gouvernement veut agir pour la République, il peut rétablir la discipline et l’exigence au sein de l’école de la République, afin que les mérites puissent être reconnus et l’ascenseur social remis en route par exemple. Pour cela il va falloir aussi regarder en face l’état d’un corps enseignant loin d’être composé de hussards noirs de la république. À ce titre il faut relire le rapport qui raconte l’attitude de certains collègues de Samuel Paty et la cabale que certains profs ont voulu mener contre lui, il est éclairant sur la pénétration de l’idéologie des islamistes dans les discours, y compris au sein de la salle des profs : respect des religions, accusation de racisme larvé, attention disproportionnée portée à tout scandale fait au nom de l’islam. Et c’est souvent l’antiracisme dévoyé des indigénistes en mode Bouteldja/Obono qui a assuré la livraison et la légitimation de cette propagande dans les facs et les instituts de formation.

Certes exfiltrer Mila est un terrible aveu d’impuissance, mais cette impuissance est une réalité. Même face à la décapitation d’un professeur, une partie de la classe politique fait semblant d’ignorer que la multiplication des assassinats politiques parle des déclinaisons d’un affrontement de civilisations et non d’une accumulation de faits divers sanglants. Nous n’échapperons pas à la violence en mettant la tête dans le sable alors doit-on sacrifier une enfant pour que des politiciens puissent continuer à se palucher l’ego et faire croire qu’ils contrôlent quelque chose ? Quel curieux sens des réalités. La réponse est non. Et c’est un choix politique. Le plus humiliant pour les islamistes serait que leur acharnement se transforme en opportunité pour Mila et se retourne contre leurs petits télégraphistes, qu’ils pourrissent la vie des lycées ou des quartiers.

Al-Sissi / Macron: loi de Dieu, loi des hommes

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Un récent dialogue improvisé entre le président Emmanuel Macron et le Maréchal Al-Sissi, président de l’Égypte, est particulièrement révélateur de ce qui sépare la société française de la tradition musulmane.


Le récent échange entre les deux hommes d’Etat a permis un face à face entre la loi de Dieu et la loi des hommes. Mais hélas tout le monde semble oublier ce qui devrait pourtant demeurer essentiel: la recherche de ce qui est en soi bon et juste, et qui ne dépend ni de l’arbitraire politique ni de l’arbitraire divin.

Al-Sissi veut révolutionner sa religion

Le régime du Président Al-Sissi mérite bien des critiques, par exemple en ce qui concerne les droits les plus élémentaires des homosexuels ou la brutalité dont il fait preuve vis-à-vis de nombre d’opposants. Realpolitik oblige, il est néanmoins notre allié, bien plus en tout cas que d’autres pays auprès desquels nos gouvernements se compromettent et qui respectent les droits de l’Homme encore moins que l’Égypte moderne. Alors qu’Al-Azhar et son Grand Imam tiennent un discours pétri d’hypocrisie, accusant le monde entier sauf l’islam d’être responsable des crimes commis au nom de l’islam, le Maréchal Al-Sissi a eu il y a déjà 6 ans des paroles d’une grande lucidité :

« Il est inconcevable que la pensée que nous tenons pour sacrée puisse faire de l’entière communauté islamique une source d’anxiété, de danger, de meurtres et de destructions partout dans le monde. Il est inconcevable que cette idéologie… – je ne parle pas de religion mais d’idéologie, le corpus d’idées et de textes que nous avons sacralisés au cours des siècles – soit rendue au point où il est devenu très difficile de la remettre en question. Nous avons atteint un point où cette idéologie est considérée comme hostile par le monde entier. (…) Vous devez vous opposer à l’idéologie actuelle avec fermeté. Permettez-moi de le répéter : nous devons révolutionner notre religion. » Et à l’intention du Grand Imam : « vous portez la responsabilité devant Allah. Le monde entier attend votre parole, car la nation islamique se déchire, se désintègre et s’en va à sa perte, et cela, de nos propres mains… »

Est-il sincère ? Une chose au moins est certaine : si Abdel Fattah Al-Sissi était français, des hordes de sociologues de gauche et tous les médias dits « progressistes » l’accuseraient d’islamophobie !

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Et pourtant. Avec tact et avec clarté, il a exprimé une divergence cruciale entre les fondamentaux de la société française et ceux du monde musulman, fut-il éclairé. Avec Emmanuel Macron, il ont improvisé un échange sur la hiérarchisation de la religion et de la loi humaine. Pour reprendre l’excellente formule d’Eric Zemmour, si la France prétend libérer l’Homme de l’arbitraire des dogmes religieux en donnant la primauté à la loi de l’état, l’islam prétend libérer l’Homme de l’arbitraire des états en donnant la primauté à la loi religieuse (à partir de 10 minutes 30 dans la vidéo). Comment les deux démarches pourraient-elles être compatibles ?

Tout sauf les Frères musulmans!

Il est important de prendre conscience des présupposés implicites des propos des deux chefs d’Etat. Emmanuel Macron invoque, en somme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à fixer leurs propres lois. Ce faisant, il protège – intellectuellement – la France de toute ingérence, mais en s’y limitant il s’interdit aussi de juger ce qui se fait ailleurs, alors qu’il ne s’en est pas privé à d’autres occasions, y compris pour critiquer l’Égypte. Notons au passage qu’en Égypte, la volonté du peuple avait porté au pouvoir les Frères Musulmans, que le Général Al-Sissi a renversés (et lorsque nous lui reprochons ses méthodes, demandons-nous si nous préférerions réellement l’alternative).

Abdel Fattah Al-Sissi, lui, souligne que les lois des hommes sont arbitraires et changeantes. Mais en déclarant que « si nous reconnaissons que les religions sont célestes et viennent de Dieu, elles sont sacrées et ont la suprématie » il évoque « les religions » en oubliant (peut-être par diplomatie) qu’elles se contredisent les unes les autres, et semble croire que toutes les religions voient les Dieux comme soucieux de s’immiscer dans la sphère politique, ce qui n’est pas le cas. Je pense évidemment à l’Athéna d’Eschyle, dont les seules injonctions politiques sont « que mon peuple ne succombe ni à la tyrannie ni à l’anarchie » et « que chacun vote selon ce que sa conscience lui dit être juste », autrement dit : emparez-vous de votre liberté.

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On pourrait résoudre le dilemme en déclarant que décider si oui ou non une religion est d’origine céleste n’est qu’une décision humaine arbitraire parmi d’autres, mais ce serait passer à côté de l’essentiel.

En termes techniques, le Président Macron et le Président Al-Sissi – Zemmour fait d’ailleurs la même erreur – en restent au face à face entre le droit positif (la loi des hommes) et le droit divin (la loi de Dieu), oubliant le troisième terme qui est le droit naturel (à ne pas confondre avec l’état de nature) : la loi de ce qui est juste en soi, indépendamment de ce qu’en pensent mortels ou immortels.

Une troisième approche

Ce n’est pas le primat de la loi humaine sur la loi divine qui définit l’Occident: c’est la libre recherche du Bien, du Vrai, du Juste, du Beau considérés comme des réalités en soi, indépendantes de tout arbitraire, qu’il s’agisse de l’arbitraire du consensus humain ou de l’arbitraire de la puissance divine. Nous devons évidemment cette approche au miracle grec, et toutes nos philosophies en sont les héritières puisque cette quête est le fondement même de la démarche philosophique, mais aussi de cette autre recherche du « Vrai en soi » qu’est la méthode scientifique expérimentale. Et le christianisme l’a en grande partie intégrée dans sa manière d’articuler foi et raison, comme l’expliquait Benoît XVI dans son célèbre discours de Ratisbonne.

Ainsi dans l’Iliade, le tout premier texte de notre civilisation, Héra et Athéna peuvent-elles rappeler à Zeus qu’en tant que Dieu Suprême Il ne décide pas de ce qui est juste en imposant Ses caprices comme un despote, mais qu’Il est au contraire le garant de la Justice. Ainsi Abraham peut-il dans la Genèse dire à Yahvé qu’il serait indigne de Lui de Se montrer injuste en punissant les innocents avec les coupables : Lui non plus ne décide pas de ce qui est juste, mais accomplit Sa divinité en S’astreignant à n’agir que conformément à la Justice. Ainsi Thomas d’Aquin et le Cardinal Newman affirment-ils comme Kant la primauté de la conscience morale.

« Que chacun vote selon ce que sa conscience lui dit être juste » ordonnait Athéna, et non « que chacun vote selon ses envies ou ses caprices. »

Dans le monde musulman une telle approche est douloureusement minoritaire. Bien plus courante est la position d’Al-Ghazâlî et Ibn Hazm, pour qui « si Allah ordonnait de faire le mal et de croire des mensonges, il faudrait faire le mal et croire des mensonges » affirmation archétypale d’une absolutisation du droit divin. Il faut chercher la défense du droit naturel chez Razi et son rejet du despotisme d’Allah, du côté du platonisme de Sohrawardi, ou chez Al-Kindi et les pratiquants de la Falâsifa. Et c’est bien aux espoirs de la Falâsifa, cette tentative hélas avortée d’introduire dans l’islam sunnite la démarche de la philosophie gréco-latine, que font penser les propos que tenait le Président Al-Sissi en 2014 lorsqu’il dénonçait le refus de remettre en question un corpus idéologique faisant horreur au monde entier.

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Le droit divin ne saurait être une solution : vouloir faire de la religion la référence ultime, c’est accepter les sacrifices humains à la gloire de Moloch et pour abreuver Tezcatlipoca – car si la religion est suprême, il n’existe rien à partir de quoi juger une religion, rien qui permettrait d’accepter certaines religions et d’en rejeter d’autres. Tout choix départageant deux religions ne serait nécessairement qu’arbitraire.

Thémis pour les Grecs. Maât pour les anciens Égyptiens

Et s’ils ne sont qu’arbitraires, les choix humains ne sauraient eux non plus être une solution : pourquoi respecter une loi dont le seul mérite serait de suivre le consensus de l’air du temps, d’être la traduction législative d’une mode aussi capricieuse qu’éphémère ? Pourquoi ne pas donner la même valeur au rétablissement de l’esclavage qu’à son abolition ? C’est tout le discours relativiste de la déconstruction et du multiculturalisme, qui ne sont que des ratiocinations tentant de justifier une lâche démission du sens moral.

Car il y a bien quelque chose qui permet de refuser les sacrifices humains tout en acceptant d’autres pratiques religieuses, de défendre la loi de l’état comme rempart contre l’anarchie – laquelle n’est qu’un autre arbitraire, celui du chaos et de la loi du plus fort – tout en reconnaissant que Jean Moulin et Claus von Stauffenberg ont eu raison de désobéir à la loi de l’Etat.

Thémis pour les Grecs. Maât pour les anciens Égyptiens. Que nous ne pouvons tenter de connaître, dont nous ne pouvons essayer de nous rapprocher, qu’en faisant usage des talents que les Dieux ou l’évolution nous ont donnés : l’intuition, la raison, la conscience morale.

Se plier aux exigences de cette perpétuelle recherche est ce qui distingue une religion digne de ce nom d’une vulgaire superstition, secte, obscurantisme. Mais c’est aussi une exigence citoyenne trop souvent oubliée : l’engagement et l’action politiques ne doivent pas viser une vague conciliation des intérêts particuliers ou communautaires, un équilibre précaire entre des rapports de force et des égoïsmes rivaux, mais – sans les nier – tendre à leur dépassement par la recherche collective du bien commun. Osons les grands mots : une tentative nécessairement imparfaite mais résolue de tendre vers la Justice et l’Harmonie.

Sans cela, nos lois ne seront effectivement qu’un arbitraire parmi d’autres, que les croyants de toutes religions auront de bonnes raisons de regarder avec méfiance, et qu’il sera facile aux fanatiques (et pas seulement aux fanatiques religieux) de dénigrer pour convaincre leurs adeptes de les bafouer.

Le président du Turkménistan a fait ériger une statue géante… de son chien favori


À quand une statue en or de Némo place du Trocadéro ?


Qui a dit qu’islam et canins faisaient mauvais ménage ? Au Turkménistan, pays à très large majorité sunnite où la religion est contrôlée d’une façon soviétique, le président Gurbanguly Berdymukhamedov a fait ériger une statue géante dorée, de six mètres de haut, représentant un « alabaï », son chien favori.

Berger d’Asie centrale et ami des nomades, le canin bombe majestueusement le torse au centre d’Achgabat, la capitale du pays. Le « Protecteur » du Turkménistan s’était déjà offert une statue dorée de lui-même, de 21 mètres de haut, en 2015. Maintenant, son meilleur ami reçoit le même privilège. L’alabaï est un « symbole de réussite et de victoire », a argué son tout-puissant chef d’État, qui s’est déjà fait filmer en train de soulever un long haltère doré et de réparer des voitures. Il y a trois ans, il brandissait fièrement Fidèle par la peau du cou, un alabaï chiot qu’il offrit à Vladimir Poutine pour son 65e anniversaire. L’intéressé sembla sincèrement ému. Et pour cause, il est lui aussi mordu de canins au point d’avoir offert un terrier noir à Hugo Chavez en 2012.

Le chien, animal préféré des hommes avides de pouvoir ?

Le chien apprivoiserait-il les hommes avides de pouvoir ? Le toutou favori de Staline fut un épagneul dénommé Mila, offert par la reine des Pays-Bas. Mais nul besoin de remonter jusque-là : en juin dernier, Emmanuel Macron a dévoilé sur son compte Twitter des clichés de son labrador Némo, « recueilli avec Brigitte en août 2017 », a-t-il précisé. Un possible sujet de conversation pour une hypothétique rencontre avec Gurbanguly Berdymukhamedov. Une statue en or de Némo sur la place du Trocadéro, voilà qui redorerait le blason présidentiel auprès des défenseurs des animaux.

Ces petites têtes qui voient de la discrimination partout

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L’association des journalistes LGBTI a mené son enquête: l’émission de radio Les Grosses têtes est un nid de violeurs racistes homophobes et validistes!


L’association des journalistes LGBTI (AJL) récompense chaque année par des OUT d’or « les journalistes, artistes et personnalités qui contribuent de manière positive à la visibilité des personnes LGBTI. » C’est une association de type gauche diversitaire qui n’hésite jamais à dénoncer les méchants de type Gilles-William Goldnadel, et à regretter l’absence, sur les « plateaux composés exclusivement de blanc.he.s », des femmes « racisées » de type Assa Traoré.

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Son modèle journalistique est le New York Times pour la presse écrite et Loopsider pour les médias d’infos en vidéo, autant dire la crème du journalisme sérieux et audacieux, prêt à traquer et dénoncer toutes les détestables phobies du monde actuel.

Les leçons des journalistes « progressistes » en peau de lapin

Les journalistes d’AJL viennent par conséquent de réaliser une enquête de longue haleine qui ressemble à celle qu’avait réalisée Marine Turchi à propos de l’émission Le masque et la plume dans MédiapartIls ont écouté 24 émissions des Grosses têtes sur RTL et ont fait les comptes : « 159 propos sexistes, 66 déclarations homophobes et transphobes, 51 déclarations et 29 déclarations grossophobes » ont été identifiés. Des remarques sexistes toutes les 11 minutes. 19 séquences discriminantes par émission. Et même 12 propos « classistes » et 7 « validistes », car une association moderne et adepte du vocabulaire diversitaire le plus politiquement correct ne parle plus de luttes des classes mais de « classisme », c’est plus classieux. Ni de discrimination envers les handicapés mais de « validisme », ça fait sérieux. Et, bien sûr, elle écrit ses papiers en écriture dite inclusive, c’est plus mieux.

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Je ne sais pas si on rit beaucoup à l’émission Les grosses têtes que je n’écoute plus depuis longtemps mais que j’ai écoutée en mes jeunes années: Bouvard y dirigeait une troupe de comiques troupiers de niveau supérieur ; Jacques Martin et Jean Yanne y mettaient leur immense culture musicale ou cinématographique au service de la franche rigolade ; Olivier de Kersauson s’y lançait dans des tirades océanographiques d’un lyrisme déluré. On y imitait les accents méditerranéens, chinois ou allemands. On s’y autodénigrait à mort. On y pouffait lorsque Bouvard lançait la question de Madame Véronique Jupon, de Tulle.

Personne n’y entendait un « discours haineux » ou des « propos discriminants ». Et surtout personne ne nous faisait de leçon de morale.

Le bingo de la « culture du viol »

Pour être certain de nous faire la leçon jusqu’au bout, l’AJL a fait appel à une donneuse de leçon auto-assermentée, Mme Valérie Rey-Robert, qui a déjà écrit un livre pour bien expliquer ce qu’est « Une culture du viol à la française », puis un autre pour nous éclairer sur « Le sexisme, une affaire d’hommes ». Le verdict d’icelle est sans appel : « Laurent Ruquier et sa bande cochent toutes les cases du bingo de la culture du viol. » De toute façon, « on baigne dans la culture du viol. » C’est comme « tous ces téléfilms de Noël » dont Mme Rey-Robert constate les « ressorts profondément sexistes, centrés sur les Blancs, centrés sur l’hétérosexualité », ça véhicule « des stéréotypes ».

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Mais revenons à l’émission Les Grosses têtes qui, paraît-il, se moque des gros, des homos, des femmes, des handicapés, et promeut le racisme et le viol en reproduisant « ad nauseam les systèmes de harcèlement les plus classiques », selon l’AJL. L’émission se moque-t-elle également des ignares qui collent à l’actualité la plus bête en ignorant l’histoire? Peut-être pas encore. Nous proposons par exemple à Laurent Ruquier de poser la question suivante à ses acolytes: « Après avoir « retweeté » un message d’Amandine Gay qui remontait les bretelles à Julien Bayou pour son utilisation du mot « lynchage », mot réservé aux Noirs selon elle, quelle est l’essayiste qui a tweeté à son tour: « Les discussions autour du terme « lynchage » me rappellent l’expression « traite de blanches » (phénomène qui n’a jamais existé) mais qui tentait d’établir une équivalence entre les souffrances des noirs et des blancs » ?

Réponse: Mme Valérie Rey-Robert (tweet du 29 novembre), qui ignore apparemment tout de l’histoire des harems et de la traite des esclaves européennes recherchées pour la… blancheur de leur peau, « phénomène » qui a non seulement existé mais qui a été largement décrit par de nombreux historiens, écrivains ou peintres dont Mme Rey-Robert ignore l’existence.

Covid: tout ça pour une poignée de boomers!


La pandémie a créé une nouvelle fracture générationnelle. Peut-on demander aux jeunes de sacrifier leur avenir pour les boomers qui n’ont connu ni la guerre ni la crise, mais profité de la croissance, de l’État providence et de la révolution sexuelle? Surtout quand c’est l’inconscience de ces mêmes boomers qui est responsable de la très mauvaise passe que nous traversons.


Daniel Cohn-Bendit et Alain Juppé ont soufflé tous deux leurs 75 bougies cette année. Dany est né le 4 avril 1945 (à Montauban, bien malgré lui), Alain l’a suivi de peu le 15 août de la même année. Tous les natifs des années d’après-guerre n’ont pas vécu une gloire identique ni une carrière équivalente à celles de nos deux séniors ceintures noires de progressisme. Mais ils ont tous grandi, appris, aimé et travaillé dans des conditions rétrospectivement bénies. Trop jeunes pour être mobilisés par les guerres d’Indochine ou d’Algérie, ils n’ont connu jusqu’en 1973 que croissance à deux chiffres, plein emploi et libération sexuelle. Sur une bande-son qui continue à faire rêver la jeunesse de 2020 – des Beatles au Velvet Underground, des Stones aux Floyd –, ils se sont émancipés des besogneuses pesanteurs de leurs aînés, tout en bâtissant une société prospère. Adossés à celle-ci, ils ont mis en place un État-providence qui a ridiculisé les espoirs les plus fous des marxistes-léninistes : Sécurité sociale, allocations diverses toujours plus munificentes, assurance chômage. Ce que la CGT appelait la « retraite des morts » – car à peine la prenait-on qu’on filait au cimetière – ne fut bientôt qu’un mauvais souvenir tant l’augmentation de l’espérance de vie fut spectaculaire. Ce n’était plus quelques mois de pensions chétives que touchaient des vieillards, mais une rente servie parfois durant plusieurs dizaines d’années, surtout quand, à l’instar des salariés de la RATP, on prend sa retraite (généreuse) à 55 ans et en pleine forme.

Dany et Alain savaient que leurs enfants – s’ils en avaient – disposeraient d’un confort matériel supérieur encore au Frigidaire et à la 4 CV qui les faisaient fantasmer à 15 ans. Les bambins, au reste, grâce à la contraception, ils ont pu commencer à les planifier et non plus à les subir. Cet acquis majeur (en premier chef pour leurs copines) leur a donné la possibilité d’avoir moins de mouflets, plutôt d’ailleurs à 30 ans qu’à 20, voire pas d’enfants du tout (Dany n’en a longtemps pas eu avant d’apprendre, en 2008, qu’il était père d’une fille de 35 ans). Plus le modèle social français se montrait généreux, moins les baby-boomeuses et leurs sœurs cadettes accouchaient. Ce déséquilibre de la pyramide des âges induisait un problème de financement que, de Mitterrand à Hollande, on s’est appliqué à nier, minorer, puis à colmater en s’endettant chaque année plus massivement. Ce fut aussi et surtout l’argument imparable pour justifier l’immigration : les boomers nous demandaient d’adopter des enfants africains de 25 ans, en lieu et place de ceux qu’ils n’avaient pas voulu élever. (« Vous verrez, ils sont une chance » nous ont-ils juré.) Il fallait bien payer les retraites, et quelle différence entre un Tunisien et un Breton de 25 ans ? Vous êtes raciste ?

Lors de la Première Guerre mondiale, la France a accepté la boucherie des tranchées. Elle y sacrifia le quart de ses forces vives

Et puis il y eut bien sûr Mai 68, Dany le Rouge et toute la lyre. L’explosion des droits individuels s’est, au début, confondue avec l’intérêt général (l’égalité entre les hommes et les femmes, la dépénalisation de l’homosexualité, le bannissement du racisme, etc.). Le début des années 1970 figure cet instant pompidolien d’équilibre désormais chimérique entre droits individuels et devoirs collectifs. Jusqu’à ce que la mécanique déraille et mute en droits des minorités, sexuelles, sexuées, religieuses, raciales. D’abord honorées du sceau des droits de l’homme, ces évolutions sociétales se sont progressivement muées en harcèlement tyrannique de la majorité silencieuse et repentante. Ce cocktail juridico-médiatique a constitué le terreau de l’abolition des frontières, du relativisme culturel et des luttes intersectionnelles – ce racisme anti-Blanc subventionné par les impôts des beaufs. Le pacifisme des années peace and love a accouché d’un esprit munichois incarné par les bougies et les nounours avec lesquels, niaiseux, nous pensons faire reculer les islamistes. En 1977, la France expulsait un peu moins de 5 500 étrangers par an pour menace à l’ordre public. En 2019, grâce aux multiples entraves juridiques européennes auxquelles l’intérêt général a été sacrifié, nous n’en avons péniblement expulsé que 383[tooltips content= »Patrick Stefanini, « Le fruit amer du désarmement de l’État », Le Figaro, 19 octobre 2020. »](1)[/tooltips]. La menace étrangère aurait-elle été divisée par 15 entre-temps ? Cela ne constitue pas le sentiment dominant à ma connaissance, ni celui de la famille de Samuel Paty…

Une grand-mère défie le Covid pour jouer avec sa petite-fille, Paris, octobre 2020 © Léo Pierre / Hans Lucas / AFP
Une grand-mère défie le Covid pour jouer avec sa petite-fille, Paris, octobre 2020 © Léo Pierre / Hans Lucas / AFP

Voilà le legs des Dany et Alain, un héritage que l’on a le droit de refuser, tant le passif semble supérieur à l’actif. Les Dany libertaires nous laissent un pays où la censure règne partout et d’abord sur des caricatures. Les Alain, gestionnaires hors pair, nous font cadeau d’une France percluse de dettes. Les deux faillitaires minimisent la guerre civile de basse intensité qui nous oppose au sunnisme radical, un ennemi prêt, lui, au sacrifice et qui dispose d’une cinquième colonne nichée au sein de la plus importante communauté musulmane d’Europe. Une cruelle réalité, également niée pendant trente ans avec fureur, puis minorée et désormais prétendument prise à bras-le-corps par les successeurs de Dany et Alain – aussi crédibles pour assumer cette charge qu’une nonne à la tête d’un club échangiste.

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Affligés d’un état obèse percepteur des impôts les plus élevés du monde, nous constatons avec effarement l’incapacité du Léviathan à assurer ni notre sécurité ni le maintien d’un semblant d’ordre sur l’ensemble du territoire. La Justice française met des années à rendre un jugement, nos prisons sont délabrées. Nos instituteurs, nos médecins, nos infirmières se voient sous-payés. Et, cerise moisie sur ce gâteau avarié, le « meilleur système de santé du monde » a montré son vrai visage à l’occasion de la crise de la Covid. Suradministré, l’hôpital – comme tout le pays – peine à justifier les 11 % du PIB que nous lui consacrons. Quant aux différentes couches administratives égarées dans leurs propres méandres, le terme suranné de pétaudière les décrit avec justesse.

Mais pour nos aimables Dany et Alain, ce n’est pas encore assez. Cette génération déjà coupable d’une criminelle insouciance s’arroge aujourd’hui le droit d’exiger un dernier sacrifice avant de tirer sa révérence. Trois fois rien. Afin de vivre quelques mois ou quelques années de plus – ils ont 75 ans et l’espérance de vie d’un Français est de 79 ans –, ils souhaitent que les actifs, les étudiants et les plus jeunes cessent toute vie sociale, culturelle et affective, bannissent toute fête et fassent des études à demi. Ils acceptent néanmoins – du bout des lèvres – qu’une partie de l’économie continue à tourner, mais au ralenti, à l’unisson de cette demi-vie.

Ce sera, hélas !, sans moi, et pour utilement préciser ma pensée, je leur suggérerais même bien d’aller se faire foutre. Si l’attention que nous portons à la santé des plus fragiles démontre notre humanité, que dire d’un lock-out auto-infligé qui pousse au suicide des étudiants ne trouvant plus de stage ? Quand notre humanité se résume à hypothéquer l’avenir des moins de 30 ans, elle confine au suicide collectif façon secte, commis par les adorateurs d’un éternel présent.

Notre bien-aimé président a déclaré que nous étions en guerre contre la Covid. Il n’existe pas de conflit collectif sans esprit de sacrifice. Lors de la Première Guerre mondiale, la France a accepté l’abjecte boucherie des tranchées. Elle y sacrifia le quart de ses forces vives, ses Apollinaire, ses Péguy. Si tous les Dany et Alain de France souhaitent éviter les 2 % de malchance de mourir du coronavirus, libres à eux de se cloîtrer pour rédiger leurs mémoires (que j’achèterai seulement dans la perspective d’une rupture de stock prolongée de papier toilette). Que ceux de cette génération qui entendent jouir jusqu’au bout de la vie, et je les y encourage, acceptent l’idée qu’ils n’iront pas en réanimation en cas de Covid à complication. Ceci afin de ne pas engorger les hôpitaux et de permettre à de jeunes cancéreux ou diabétiques de poursuivre ou d’entamer leurs traitements. Une guerre pour laquelle se sacrifieraient les anciens dans le but d’épargner l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants, voilà sans doute qui aurait enthousiasmé les septuagénaires de 14-18.

Dany et Alain, un peu de courage, merci. Un peu de pudeur aussi. Laissez les plus jeunes essayer de sortir du bourbier dans lequel vous les avez mis, sans exiger qu’ils persistent dans la voie suicidaire que vous leur avez tracée.

De la banque d’investissement au retour du Tsar: l’étrange destin de l’oligarque Konstantin Malofeev

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Un oligarque russe vient de créer un mouvement politique qui milite pour la restauration des Tsars. Vladimir Poutine n’est pas nécessairement contre…


Le 22 novembre, un congrès de la « Société de l’Aigle à deux-têtes », dirigé par Konstantin Malofeev, a eu lieu à Moscou. L’événement a réuni des centaines de délégués des sections régionales de son mouvement, des représentants de l’Union des volontaires du Donbass, de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, de l’Union des femmes orthodoxes, ainsi que d’autres associations patriotiques et orthodoxes proches de la mouvance tsariste. Celui qui souffle à l’oreille du président Vladimir Poutine a annoncé la création du mouvement « Tsargrad » qui présentera des candidats aux prochaines élections législatives, soutient le retour de la monarchie et la protection des valeurs traditionnelles russes.

Pour une fédération eurasienne

Entrepreneur à succès qui a noué un solide réseau politique et entouré de nombreuses controverses, Konstantin Malofeev entend désormais s’imposer à la Douma, le parlement russe. Le nom de son parti est loin d’être anodin puisqu’il se réfère aux thèses panslavistes en vigueur et l’équivalent étymologique russe de Constantinople, dont la Russie se considère comme la légitime héritière depuis sa chute en 1453. Le manifeste du parti ne manque pas d’ambition. Son préambule annonce qu’il se considère comme « la plus grande organisation représentant les intérêts des Russes » et a d’ores et déjà des centaines de milliers de membres à son actif, prêts à faire campagne pour la restauration de la monarchie tombée en 1917, victime d’une révolution achevée par les bolchéviques. Son programme reprend les grands crédos du nationalisme russe, la défense de la famille, de la culture russe, de sa diaspora, de ses valeurs religieuses et prône la renaissance de l’empire incluant l’annexion de la Moldavie, la Transnistrie, la Biélorussie au sein d’une fédération eurasienne inspirée des écrits d’Alexandre Douguine, lui-même membre du conseil suprême de Tsargrad. Un mouvement qui saura répondre « aux attaques des occidentaux, de leurs lobbys et de leurs agents présents en Russie » affirme Konstantin Malofeev.

« Nous sommes les enfants de la Victoire ! Nous sommes les bâtisseurs de l’Empire russe du futur »

« Nous sommes les héritiers des grandes victoires des armées russes sur les Khazars, sur la Horde d’Or, sur le Commonwealth [en référence à l’empire britannique-ndlr], sur le Khanat de Crimée, sur le Royaume de Suède, sur la Turquie ottomane, sur l’empire français de Napoléon et sur l’Allemagne fasciste. Nous sommes les enfants de la Victoire ! Nous sommes les bâtisseurs de l’Empire russe du futur » peut-on encore lire sur le manifeste. Le salut de la Russie passera par la restauration de ses Tsars. Une idée actuellement soutenue par un tiers des Russes, dont 46% de sa jeunesse selon un sondage daté de 2017. Très proche de la maison impériale des Romanov dont il assure la promotion médiatique, Konstantin Malofeev précise que « son mouvement rassemble des personnes de tous horizons qui partagent avec lui la conviction que la monarchie autocratique est la seule institution raisonnable, traditionnelle et naturelle pour notre société ».

« Elle a été la période la plus heureuse et la plus brillante de l’histoire du peuple russe. Je considère que c’est le seul refuge sûr pour la Russie. Et pour les croyants, c’est aussi celle qu’il faut soutenir » renchérit l’oligarque qui tente de dessiner plus royalement l’avenir de son pays et qui se prépare d’ores et déjà à l’après Vladimir Poutine, le président russe qui dirige le pays depuis 1999.

Le retour des Romanov

L’idée d’un retour de la monarchie en Russie est loin d’être nouvelle. Évoquée sous la présidence de Boris Eltsine (1992-1999) qui avait songé à faire venir auprès de lui le Grand-duc héritier George Romanov, elle resurgit régulièrement dans un pays qui se réapproprie progressivement son histoire. Les Romanov ont été réhabilités, canonisés et le Tsar Nicolas II, hier décrié comme étant un implacable tyran durant la période communiste, est aujourd’hui une des personnes préférées des Russes. Jouant à la fois sur la nostalgie impériale et soviétique, l’occupant du Kremlin a été plusieurs fois interrogé sur la possibilité d’un retour de la monarchie après son départ. « Officiellement pas sur son agenda » avait répondu Poutine au réalisateur Oliver Stone qui lui posait justement cette question lors d’une interview historique.

Habitués à brouiller les pistes, ses conseillers préfèrent démentir toute idée du genre ou nuancer ses propos. « Le président Vladimir Poutine voit l’émergence de cette idée sans réel optimisme mais reste très ouvert sur le sujet » avait alors expliqué Dimitri Peskov, le porte-parole du gouvernement en 2017, réfutant tout soutien à Konstantin Malofeev et son « initiative personnelle ». Du côté des Romanov, on se tient prêt à un éventuel retour. « Le retour d’un attachement à la foi et la tradition suscite à son tour un intérêt accru pour la monarchie. Je suis convaincu que la monarchie pourrait être à nouveau très utile à la fois en Russie et dans de nombreux autres pays. La monarchie héréditaire offre une continuité – une continuité vivante et résolue – avec le passé et peut servir de véritable arbitre neutre dans la société parce que son pouvoir n’est pas tributaire d’un parti ou d’un groupe politique. La monarchie défend et protège les intérêts de la nation entière dans son ensemble. Si nous parlions de réformes progressives et de changement, je dirais encore une fois que la monarchie est un vecteur de modernité beaucoup plus efficace que les républiques » a déclaré pas plus tard que cet été dernier la Grande duchesse Maria Wladmirovna, actuelle prétendante au trône de Russie et descendante d’Alexandre II. Un Tsar resté célèbre pour avoir aboli le servage. Reste à savoir si les Russes suivront massivement le mouvement de Konstantin Malofeev qui a reçu le soutien de divers députés et sénateurs. À moins que Vladimir Poutine ne finisse par se couronner lui-même comme certains en rêvent ouvertement en Russie.

« Le Chili est une démocratie solide »

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Andrès Allamand, le ministre des Affaires étrangères du Chili, était en visite officielle en France le 2 décembre 2020. Il a accordé un entretien à Conflits pour évoquer la situation sociale au Chili et la coopération avec la France. Propos recueillis par Jean-Baptiste Noé.


 

Conflits. Où en est la situation sociale au Chili ? La situation est-elle aussi difficile qu’à l’automne 2019 ?

Andrès Allamand. Le Chili a eu le mérite de canaliser l’explosion sociale de 2019 à travers une procédure très démocratique, participative et institutionnelle, loin de la violence. Nous pensons que c’est ainsi qu’il faut aborder les crises politiques : avec plus de démocratie et plus de participation. Et nous avons actuellement un processus qui devrait nous conduire à une nouvelle constitution qui, d’une certaine manière, façonnera l’horizon du pays pour les prochaines décennies.

Quelle est la suite du processus institutionnel ? Comment la constitution va-t-elle être rédigée ?

Le processus chilien comprend trois étapes. D’abord, un référendum d’entrée, par lequel les Chiliens ont décidé qu’ils voulaient une nouvelle constitution, laissant l’ancienne en arrière. Ensuite, en avril, une convention constituante de 155 membres sera élue. La commission durera 9 mois, avec possibilité d’extension d’un an, et devra rédiger la nouvelle constitution. Enfin, il y aura un deuxième référendum, un référendum final ou de sortie, dans lequel le processus sera ratifié afin qu’il devienne un processus participatif, démocratique et institutionnel.

Si le projet de texte constitutionnel n’est pas ratifié, faudra-t-il recommencer le processus ?

Non, et c’est une très bonne question. Si le texte n’est pas ratifié, cela signifie que la constitution actuelle reste en vigueur. Ainsi, puisque les Chiliens ont décidé qu’ils voulaient une nouvelle constitution, cela incitera les membres de la convention à rédiger un texte que les citoyens approuvent.

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La convention aura lieu dans un environnement politique très actif. Les Chiliens ont hâte de savoir quel sera le contenu de leur constitution, à quoi ressemblera le régime politique et, surtout, comment leurs droits sociaux seront garantis. En particulier, comment le droit à l’éducation, le droit à la santé et le droit à la sécurité sociale seront établis. Ce sont les domaines qui requièrent le plus d’attention.

Manifestants contre la politique du Président Sebastian Pinera à Santiago du Chili le 24 octobre 2019 © Jose Miguel Rojas/SIPA Numéro de reportage: 00929562_000008
Manifestants contre la politique du Président Sebastian Pinera à Santiago du Chili le 24 octobre 2019 © Jose Miguel Rojas/SIPA Numéro de reportage: 00929562_000008

Quelles sont les causes de cette instabilité sociale ? En France, on a évoqué la hausse du prix de ticket de métro de Santiago comme cause principale. Est-ce la réalité ?

Je pense que le cas du Chili devrait attirer l’attention à l’étranger car, sous la surface des bons résultats économiques et sociaux des trente dernières années, des troubles sociaux ont été installés petit à petit. Ce malaise s’est exprimé très fortement en 2019. Voilà une leçon importante pour tous : les explosions sociales ne se produisent pas seulement dans les pays qui connaissent de graves problèmes économiques et sociaux, mais aussi dans les pays qui ont une histoire de réussite. Par exemple, les manifestations sociales peuvent se produire dans des pays qui ne sont pas sur une trajectoire de développement prospère. Cela peut être dû à la corruption ou à la faiblesse du progrès social. Je pense en particulier à certains pays de la région qui sont dans une très mauvaise situation économique. Et, bien sûr, à certains pays d’Afrique et d’Asie. Dans le cas particulier du Chili, il s’agit des manifestations dans un pays qui suit une trajectoire de réussite. Aucun pays n’est donc à l’abri de la contestation sociale. Le Chili est une démocratie solide, elle respecte les droits individuels, et elle est intégrée dans le monde. Et, malgré cela, il a subi des manifestations. Les gouvernements doivent donc être particulièrement attentifs aux causes qui, parfois, sont submergées, mais qui surgissent soudainement avec une grande force.

Comment pensez-vous faire l’unité de la nation chilienne indépendamment des présidents, des gouvernements, etc. Comment voyez-vous les années à venir ?

La politique mondiale actuelle est une politique de grande polarisation et de grande confrontation. Regardez les États-Unis : ils sont plus polarisés que jamais dans leur histoire. Par conséquent, l’une des tendances de la politique mondiale est ce type de polarisation. Le Chili a la possibilité de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

PSG – Istanbul Basaksehir, un match engagé

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Le jour où des hommes de principe à crampons ont dit non au racisme…


Mardi soir, j’ai vu un match de foot qui, paraît-il, va rentrer dans l’histoire. Manque de bol, ma télé déconnait et les images étaient en noir et blanc. Heureusement, le spectacle était au rendez-vous et le match engagé, mais pour la bonne cause, la seule qui semble valoir de nos jours : la lutte pour le raci… pardon contre le racisme. C’est vrai quoi, parfois on ne sait plus trop ce qu’il faut dire. C’est comme pour SOS Racisme. Faut-il étymologiquement le prendre au premier ou au second degré, s’agit-il de porter secours au racisme ou de le combattre ? Comme disait Gainsbourg, qui serait aujourd’hui passible du Tribunal de Nuremberg s’il n’avait pas cassé sa pipe trop tôt : « Doit-on dire un noir ou un homme de couleur ? Parce que tout ceci n’est pas clair. » Bon bref, je vous fais un résumé de la rencontre.

Sanitairement correct

Mardi 8 décembre 2020, retenez-bien cette date. Il est 21h, le coup d’envoi est donné pour ce match de Ligue des champions sanitairement correct et donc à huis-clos, tant pis pour l’ambiance. Tout le brouhaha et le folklore habituel a généralement un mérite, celui de passer le temps durant les innombrables temps morts parce qu’il faut bien le dire, à quelques actions près, on s’emmerde le plus souvent à regarder 22 types piétiner un ballon (et pas que) pendant 90 minutes, surtout depuis l’arrêt Bosman. Mais c’est un autre sujet. Et il faut positiver. Avec des tribunes vides, pas de oh-hisse enculé, de cris de singes, d’insultes à l’arbitre, de sifflets, d’invectives… mais un retour à une certaine pureté originelle et à la grande fraternité humaine que doit incarner le sport, et patati et patata.

Sur la pelouse, un journaliste apporte une précision bien dérisoire: l’arbitre roumain a dit « le noir » et non pas « le nègre », noir se disant negru dans les Carpates. Peu importe, sus au racisme et au raciste

21h13, c’est le drame. Un arbitre roumain parle en roumain à un autre arbitre roumain pour se plaindre du comportement d’un membre de l’équipe turque sur le banc: « Le noir (negru, dans la langue de Ceaucescu) qui est là, allez vérifier qui c’est, ce n’est pas possible de se comporter comme ça. » Demba Ba, un joueur franco-sénégalais de l’équipe byzantine, sensible à l’amour du maillot puisqu’il a déjà connu dix clubs différents (merci Bosman) au cours d’une carrière en tout point exemplaire, sort de son banc et de ses gonds et plaque presque sa tête – tant pis pour la distanciation sociale – contre l’homme en noir, ou plutôt en jaune ce soir-là, mais toujours roumain. Enfin je me comprends. « Why you said negro ? Why you said negro ? Why you said negro… » éructe à plusieurs reprises et dans la langue de Shakespeare notre homme en colère. Les puristes regretteront l’absence de l’auxiliaire « did » dans ce syntagme interrogatoire multiple, mais là n’est pas l’essentiel, convenons-en.

Un joueur qui se victimise?

Très vite, un attroupement se crée autour de l’homme en noir et jaune de plus en plus pâle et de notre Martin Luther King du XXIe siècle, dont la biographie force le respect. En 2013, il refuse de revêtir le futur maillot de Newcastle en raison du nouveau sponsor de l’équipe « Wonga », une société de crédit, car la charia interdit l’emprunt à crédit. En 2014, il met en vente aux enchères son maillot de Chelsea pour financer le… CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) récemment dissous en raison de son engagement humaniste au service de l’esprit des Lumières. Avec un pote footballeur grand amateur de quenelle et Raymond Domenechophobe, il apporte aussi un soutien financier à l’association Urgences panafricanistes créé par Kémi Seba, un activiste anticolonialiste condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme.

A relire: Kémi Seba, un tartuffe en Afrique

Notre indigné en short, qui confesse ne pas être Charlie, se distingue aussi sur Twitter, où il semble préférer le prophète (qu’il cite souvent) au football, relaie les tweets d’une autre association humaniste récemment dissoute (Barakacity) après la décapitation de Samuel Paty et se félicite de la libération de son fondateur Idriss Sihamedi, un autre amoureux du genre humain qui refuse de serrer la main aux femmes, légitime la polygamie ou a quelques pudeurs de gazelles quand il s’agit de condamner Daech. Entre deux vidéos d’Erdogan lisant le Coran, il retweete Rokhaya Diallo, « balance » Zineb El Rhazoui et… bon bah on va s’arrêter là, parce je me rends compte qu’on s’éloigne du match.

Lequel ne reprend toujours pas.

Kemi Seba en 2006 © SIMON ISABELLE / SIPA Numéro de reportage : 00531190_000010
Kemi Seba en 2006 © SIMON ISABELLE / SIPA Numéro de reportage : 00531190_000010

Autour des arbitres, il y a désormais 22 indignés à crampons, voire plus si affinités, qui demandent des comptes. Des hommes d’exception, dont le quotidien sur les pelouses pour beaucoup d’entre eux consiste souvent, très souvent, trop souvent à tricher, simuler, tirer le maillot, tacler par derrière, invectiver l’arbitre, lancer des « fils de p… » et des insultes homophobes à tire-larigot voire même pour certains à cracher sur l’adversaire en loucedé.

Dans la meute, on trouve par exemple un Brésilien avec les pieds en or mais le reste qui sonne désespérément creux, accusé par le fisc espagnol d’avoir fraudé pour 35 millions d’euros, et pourfendeur du racisme à géométrie (très) variable: en septembre 2020 au terme d’une rencontre mouvementée face à l’OM, il accuse un adversaire argentin d’avoir proféré des insultes racistes à son égard… quelques minutes après avoir lui-même traité de « chinois de merde » un joueur japonais de l’autre camp. En première ligne aussi un champion du monde français particulièrement sélectif sur Twitter, sauf quand il s’agit de dénoncer les violences policières en citant Diam’s, une philosophe franco-chypriote exilée en Arabie Saoudite.

Ou encore un autre international français qui, après le meurtre de Samuel Paty, like en toute décontraction le message Instagram d’un champion de MMA daguestanais, lequel balance entre autres joyeusetés sur un portrait piétiné de notre président : « Qu’Allah lâche son châtiment sur quiconque empiète sur l’honneur du meilleur des hommes, son prophète Mahomet. Que le Tout Puissant défigure cette ordure (Emmanuel Macron) et tous ses disciples qui au nom de la liberté d’expression insultent la foi de plus d’un milliard et demi de musulmans. Croyez-moi, ces provocations auront pour eux de graves conséquences car les pieux ont toujours le dernier mot. »

RMC Sport, remboursez!

Pendant ce temps sur RMC Sport, la chaîne qui diffuse en direct la rencontre, la demi-douzaine de consultants présents dans les tribunes stérilisées du Parc des Princes surjoue l’indignation. Un grand numéro de vierges effarouchées où chacun semble faire un concours de celui qui a la plus grosse… conscience morale. Sur la pelouse, un journaliste apporte une précision bien dérisoire : l’arbitre roumain a dit « le noir » et non pas « le nègre », noir se disant negru dans les Carpates. Peu importe, sus au racisme et au raciste. L’arbitre roumain. Nos indignés encravatés chassent en meute et continuent à nous bourrer le mou. Un des commentateurs croit même important de nous rappeler que le racisme est un crime contre l’humanité. Ne surtout pas penser qu’un homme en noir (et jaune) qui, dans le feu de l’action, évoque nommément un noir, cela ne casse pas trois pattes à un Neymar.

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Outragé, brisé, martyrisé, le club turc est rentré au vestiaire. Un club détenu par des proches de l’AKP, le parti islamiste d’Erdogan, hostile à l’homosexualité, à la contraception, à l’avortement, les femmes étant encouragé à tenir « leur rôle de mère », avec un voile sur la tête tant qu’à faire. Un club qui a des principes donc. La rencontre ne reprendra pas.

Islamiste, sexiste et homophobe – pardons pour le pléonasme –  le président turc dénonce le racisme le soir-même sur Twitter. Le lendemain matin, son chef de la diplomatie évoque un crime contre l’humanité. Bienvenue en 2020. La morale de toute cette histoire, c’est que cette noble cause est entre de bonnes mains. Et qu’apparemment, elle écrase toutes les autres. Comme le disait encore Gainsbourg : « Je voudrais que la terre s’arrête pour descendre. » 

Vaccins: faire taire le complotisme

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Certains citoyens se demandent si les futures injections vaccinales ne contiendront pas des « nanopuces » pour tracer les individus. D’autres sont persuadés qu’un vaste complot travaille à une « grande remise à zéro » de l’humanité. D’où sortent ces théories? Faut-il les combattre? Une analyse d’Yves Laisné.


Le scepticisme par rapport aux vaccins n’est, dans son principe, qu’une variante du scepticisme par rapport aux médicaments. Ce dernier est très répandu, y compris dans les milieux scientifiques et médicaux et, s’il est vain de nier que le développement des médicaments – et des vaccins – a sauvé de nombreuses vies, il est dû à la vérité de constater que beaucoup de médicaments sont inutiles, soignent au prix « d’effets secondaires » pires que le mal, voire sont dangereux et, pour certains, létaux.

À la vérité est dû encore le constat que tout ce qui touche à l’expression d’opinions sur la santé publique en France est entaché d’arrière-pensées chez la plupart des intervenants: corporatisme des « soignants », gigantisme des budgets sociaux, monopole de la « Sécurité sociale », intérêts colossaux de l’industrie pharmaceutique (plus profitable que le pétrole, le luxe et les armements…), encadrement de la « recherche », esprit totalitaire de la « communauté scientifique », sensationnalisme de la majorité des médias, constituent un substrat de la transmission de l’information dans ce domaine qui doit naturellement conduire tout esprit libre ayant gardé sa capacité de critique à ne recevoir les flux transmis par les médias qu’avec la plus grande circonspection.

Le doute, ce maître du bon sens

Pour ne citer qu’un exemple, avant que le scandale de l’amiante éclate, il existait entre 1982 et 1995, sous l’égide des pouvoirs publics, un « Comité permanent amiante » (CPA), parfaitement institutionnel, même s’il est aujourd’hui rétrospectivement qualifié d’informel pour dédouaner les pouvoirs publics, peuplé de sommités scientifiques et de hauts fonctionnaires, dont l’objet était de persuader le public, y compris à l’international, que l’amiante ne présentait aucun danger pour la santé humaine.

Mais il y eut aussi la thalidomide, le distilbène, l’hormone de croissance, le chlordécone, l’Isoméride, le Mediator, la Dépakine et il y en aura bien d’autres. Faut-il dès lors rejeter tous les médicaments ? Évidemment non. Il faut simplement ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui est raconté et garder à l’esprit ce maître du bon sens: le doute.

C’est sur les vaccins en gestation ou en début d’application, relatifs au « Covid-19 » que se concentreraient, paraît-il, les théories conspirationnistes.

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La principale d’entre elles, la plus inquiétante et la plus polémique porte sur le développement de « nanopuces » parfois dénommées RFID qui permettraient un traçage et un fichage perfectionné des individus. Certaines expériences d’implantation de puces électroniques dans le corps humain ont déjà été effectuées, sur le fondement du volontariat, par exemple pour remplacer des badges de contrôle d’accès. Ce n’est pas de la science-fiction. Mais ces puces, comme celles qui permettent de tracer les animaux, ne sont pas à l’échelle nanométrique, ce qui interdit de les implanter à l’insu du sujet.

La vérité n’est pas ailleurs

De là à imaginer que des puces électroniques, capables de stocker et de transmettre des informations, puissent être fabriquées à l’échelle nanométrique, puis insérées dans le corps humain par différents procédés, dont le plus effrayant est effectivement l’injection vaccinale, il y a un chemin à parcourir dont on ne trouve pas trace dans les documentations de vulgarisation scientifique (les seules auquel l’auteur a accès, du fait d’une spécialisation intellectuelle différente).

Reste que les théories conspirationnistes ont trouvé un aliment de choix dans certaines déclarations autorisées :

Bill Gates, dont la fondation consacre des milliards à la vaccination des populations, aurait annoncé un « carnet de vaccination injecté sous la peau » (source, le JDD.fr, 04.12.2020, URL Covid-19: pourquoi Bill Gates est devenu la cible de tant de théories du complot (msn.com) et encore : « A terme, nous disposerons de certificats numériques indiquant qui s’est rétabli ou a été testé récemment ou, quand nous aurons un vaccin, qui l’a reçu… »

Plus général dans ses commentaires, Klaus Schwab, professeur d’université, président du Forum économique mondial (qui organise la célèbre rencontre mondiale de Davos) vient de publier un ouvrage, seulement en anglais pour le moment, dont le titre veut dire La grande remise à zéro et dont l’argument est en substance que la pandémie de « Covid 19 » serait une chance pour l’humanité, car elle permettrait une restructuration en profondeur des sociétés, de l’économie et des comportements.

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Il n’est pas difficile dès lors d’extrapoler des quantités de théories, sans doute non prouvées, mais non dénuées de vraisemblance.

D’autant que les progrès du contrôle social par la technologie sont une réalité quotidienne: caméras omniprésentes, drones, documents biométriques, reconnaissance faciale, signature par empreinte digitale, traçage GPS, analyse des préférences de recherches Internet, profilage de consommation, croisements de fichiers, font partie de notre réalité quotidienne actuelle et indiscutable.

Conjurer des peurs légitimes

Cette tendance ne fera que s’amplifier. Il suffit de se rapporter à ce qui filtre du « communisme 2.0 » chinois pour prévoir ce qui nous attend à très court terme: traçage et analyse systématisés des déplacements individuels, contrôle sur tous les mouvements monétaires par la monnaie électronique, disparition de la vie privée, technopolice et profilage prévisionnel des comportements (le monde de Minority Report). Tout cela est pour demain.

Imaginer que cela pourrait aller encore plus loin par l’injection non consentie de « nanopuces » ne sort dès lors plus du vraisemblable. Mais reste pour le moment imaginaire.

Comment faire pour empêcher l’imagination de galoper? Pas par l’interdit, l’ostracisme ou la stigmatisation. Grâce aux réseaux sociaux, le « conspirationnisme » est comme naguère le feu grégeois, plus on verse d’eau pour l’éteindre, plus il se développe. La seule solution consiste à faire appel à la raison. La thèse des « nanopuces », comme certains commentateurs l’ont remarqué, est fondée sur une peur: celle que des individus, des forces plus ou moins cachées ou des autorités, utilisent ces technologies supposées, à l’insu des populations, pour les contrôler.

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Que font, très souvent les gouvernements pour conjurer des peurs: ils édictent des lois pénales. Si l’injection de composants électroniques dans le corps à l’insu d’un sujet devient un crime, plus personne ne craindra la commission d’un tel acte, car aucun médecin ou fonctionnaire raisonnable ne risquera de finir ses jours en prison pour procéder à cet acte de contrôle social. Et la théorie conspirationniste des « nanopuces » aura vécu.

Je propose donc, pour rassurer les populations et mettre fin aux fantasmagories, le vote par le Parlement de l’article de loi suivant:

Code pénal, Article 221-5-6

Le fait d’insérer dans le corps humain un dispositif électronique ou équivalent, quelles que soient sa taille, sa technologie ou sa fonction, sans avoir recueilli le consentement préalable, écrit et éclairé de la personne concernée, est puni des peines de l’article 225, même si ce dispositif n’a eu aucun effet détectable sur la santé.

Il s’agit des peines de l’empoisonnement: 30 ans de réclusion criminelle et, en cas de circonstances aggravantes, réclusion criminelle à perpétuité.

Si ce texte est voté, les théories conspirationnistes liées aux « nanopuces », perdant tout semblant de crédibilité, s’éteindront d’elles-mêmes. S’il n’est pas voté…

Le combat entre partisans et adversaires des éoliennes (Vidéo)

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Plongée dans le combat des partisans et des adversaires des éoliennes, au cœur de la Beauce dans le pays de Marcel Proust.


Présentées comme un des outils majeurs de la transition énergétique et comme le moyen de produire de l’électricité renouvelable en émettant très peu de gaz à effet de serre, les éoliennes se sont multipliées depuis plusieurs années sur le territoire français. Mais leur installation se heurte maintenant à des oppositions locales de plus en plus farouches comme d’ailleurs partout en Europe. Au point, qu’un certain nombre de décideurs et de spécialistes de l’énergie considère aujourd’hui que les éoliennes terrestres n’ont presque plus d’avenir.

Le paradoxe avec les éoliennes est que leurs promoteurs tout comme leurs adversaires le font avec des arguments presque identiques. Ce sont des écologistes qui entendent imposer un grand programme d’éoliennes pour lutter contre le réchauffement climatique et les émissions de CO2. Ce sont des défenseurs de l’environnement, de leur environnement, de leur qualité de vie et du patrimoine qui s’opposent à la construction des mêmes éoliennes.

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Nous avons donc décidé de montrer la réalité de cet affrontement en participant au tournage d’un documentaire ambitieux. Il a été réalisé avec Transitions & Energies dans la Beauce, région propice aux éoliennes, et plus particulièrement autour de la petite ville d’Illiers-Combray.

Elle a pour particularité d’être au cœur de l’œuvre d’un des plus grands écrivains français Marcel Proust. Dans les sept tomes d’A la recherche du temps perdu, Marcel Proust décrit de nombreux lieux, jardins, châteaux, paysages autour et dans Illiers-Combray. Un patrimoine que les opposants aux éoliennes entendent préserver de toute «pollution visuelle».

Voir ci-dessous le film:

Éoliennes : la face cachée de l’écologie

 

Mila renvoyée: « Que nos politiques regardent la situation en face! »

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Mila. Image: capture d'écran twitter / Quotidien / TMC

Le Point vient de révéler que l’établissement militaire qui avait consenti à accueillir Mila en février a décidé de l’exclure. L’ado avait initialement été exfiltrée de son lycée de l’Isère en raison de menaces de mort, suite à des propos sur l’islam. Son père a écrit une lettre, publiée sur le site du journal. Alors qu’aucun élève de son ancien établissement n’aurait jamais été sanctionné, Céline Pina réagit


Cette enfant n’a fait qu’exercer un droit de critique sur une religion. Depuis elle vit un enfer et sa vie est menacée.

Face à cela, les politiques ont choisi de mettre la poussière sous le tapis et les institutions l’abandonnent. On découvre dans cette lettre comment Mila a été traitée dans son internat et on se demande ce que l’on peut attendre d’adultes, militaires ou professeurs qui sacrifient un être humain et l’abandonnent à des fous furieux pour gagner un peu de temps pour eux, sans même se rendre compte qu’ils sont sur la liste des personnes à abattre. Demandez-donc aux soldats en opérations extérieures si les islamistes sont des gens que l’on arrête en leur livrant des otages? Ils ont un projet politique et ils haïssent ce que nous représentons: le choix de la raison pour nous gouverner, l’égalité des droits et les libertés publiques. Ils focalisent sur Mila mais nos vies ne valent rien à leurs yeux.

En sacrifiant Mila, la France ne sauvera personne. Pas un seul d’entre nous. Au contraire, elle fera même monter le niveau de violence: la faiblesse de l’adversaire accentue la prédation et accélère les passages à l’acte, mais surtout elle les installe dans la durée.

Si nos gouvernants et notre président avaient un peu de dignité et de courage, ils auraient commencé par virer la personne qui exerce la charge de proviseur de son lycée. Un adepte du « pas de vague » si on en croit ce courrier. Exclure ce type de personnalité des fonctions dirigeantes voire de l’institution serait un message qui en soit constitue un positionnement de l’institution. Et il faut le faire en invoquant l’incapacité de faire face à ses devoirs et obligations. Cela remettrait les pendules à l’heure chez les carriéristes.

Il est indispensable que nos dirigeants lancent des procédures judiciaires et internes pour sanctionner tous les lycéens qui l’ont menacée de mort, avec enquête sociale sur les enfants et les familles, amendes et suspension des aides sociales à la clé (une piste à creuser dans le cadre de la loi séparatisme), et expulsion ou retrait des titres de séjour de la famille si le lycéen n’est pas Français, comme des sanctions lourdes s’il est inexpulsable.

Et il faut que cela touche les personnes scolarisées dans son lycée et qui ont participé au harcèlement. On n’imagine pas tout ce que les sanctions de proximité changeraient si les gens voyaient à quel point épouser les causes des islamistes posaient des difficultés à leurs adeptes. Là c’est le contraire: ceux qui se sont comportés en nervi des islamistes paradent. La force a gagné contre la loi, les adultes baissent les yeux devant eux, ils ont gagné. Il est temps là aussi de remettre quelques pendules à l’heure.

Mais surtout, si nos politiciens étaient des hommes d’État, alors cette jeune fille serait à l’étranger, dans une école d’art ou en formation artistique, à nos frais. Et s’il faut prendre en charge sa famille aussi, faisons-le et soyons en fiers. S’il faut pour la protéger un temps dissimuler son identité, organisons-nous. La meilleure réponse à la menace islamiste dans cette affaire est de transformer cela en une opportunité pour Mila et sa famille, d’assumer tous les frais car à travers elle nous assumons ce que nous sommes en tant que peuple et nous soutenons une Marianne en herbe.

Certes, « si le gouvernement fait cela, il reconnait qu’il a perdu », ce qui dans le milieu politique sert à justifier l’inaction au nom de la préservation de l’image. Mais que nos politiciens regardent la situation en face, dans cette affaire pour l’instant ils ont perdu. Tout le monde l’a vu et les islamistes ont noté à quel point nos politiques étaient lâches et pour certains, dont Ségolène Royal, prêts à leur céder.

Face à l’islamisme, aujourd’hui, notre gouvernement ne peut pas protéger Mila, pas plus que son peuple. Il n’a pas pu protéger Samuel Paty. C’est un fait. Mais poursuivre sur cette voie n’est pas inéluctable. Pour mettre fin à la logique des assassinats politiques, il faut arrêter avec le « en même temps » et assumer un fait très simple : refuser d’accepter l’islamisation des mœurs au nom de l’accueil d’une population immigrée n’est pas du racisme. Si pour accueillir nous devons sacrifier ce que nous sommes, alors les Français ne l’accepteront pas et c’est tout à fait normal. À ce titre notre problème principal ne sont pas les discriminations mais bel et bien la violence politique. Pour justifier celle-ci, les islamogauchistes évoquent racisme et discriminations, sauf que cela ne se vérifie pas : les actes anti-musulmans sont bien moins nombreux que les violences subies par les juifs et les chrétiens, et le racisme en France existe certes, mais est plutôt résiduel sauf dans les banlieues où monte la haine raciale, mais là aussi elle est cultivée par les mouvements politiques décoloniaux, alliés des islamistes.

Bref le gouvernement n’a pas à s’excuser de protéger son peuple et une enfant du peuple des islamistes. Il n’a pas à compenser un combat légitime en ouvrant une plateforme de dénonciation des discriminations. Laquelle va aussitôt être instrumentalisée contre la République par des mouvements idéologiques qui pourront ainsi attaquer leurs adversaires et faire croire qu’une dénonciation postée par un gugusse sur une plateforme équivaut à une reconnaissance de l’infamie de la personne ainsi dénoncée.

En revanche, si ce gouvernement veut agir pour la République, il peut rétablir la discipline et l’exigence au sein de l’école de la République, afin que les mérites puissent être reconnus et l’ascenseur social remis en route par exemple. Pour cela il va falloir aussi regarder en face l’état d’un corps enseignant loin d’être composé de hussards noirs de la république. À ce titre il faut relire le rapport qui raconte l’attitude de certains collègues de Samuel Paty et la cabale que certains profs ont voulu mener contre lui, il est éclairant sur la pénétration de l’idéologie des islamistes dans les discours, y compris au sein de la salle des profs : respect des religions, accusation de racisme larvé, attention disproportionnée portée à tout scandale fait au nom de l’islam. Et c’est souvent l’antiracisme dévoyé des indigénistes en mode Bouteldja/Obono qui a assuré la livraison et la légitimation de cette propagande dans les facs et les instituts de formation.

Certes exfiltrer Mila est un terrible aveu d’impuissance, mais cette impuissance est une réalité. Même face à la décapitation d’un professeur, une partie de la classe politique fait semblant d’ignorer que la multiplication des assassinats politiques parle des déclinaisons d’un affrontement de civilisations et non d’une accumulation de faits divers sanglants. Nous n’échapperons pas à la violence en mettant la tête dans le sable alors doit-on sacrifier une enfant pour que des politiciens puissent continuer à se palucher l’ego et faire croire qu’ils contrôlent quelque chose ? Quel curieux sens des réalités. La réponse est non. Et c’est un choix politique. Le plus humiliant pour les islamistes serait que leur acharnement se transforme en opportunité pour Mila et se retourne contre leurs petits télégraphistes, qu’ils pourrissent la vie des lycées ou des quartiers.

Al-Sissi / Macron: loi de Dieu, loi des hommes

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Emmanuel MACRON a recu le président égyptien Abdel Fattah AL-SISSI à l'Élysée le 7 décembre 2020 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00994426_000023

Un récent dialogue improvisé entre le président Emmanuel Macron et le Maréchal Al-Sissi, président de l’Égypte, est particulièrement révélateur de ce qui sépare la société française de la tradition musulmane.


Le récent échange entre les deux hommes d’Etat a permis un face à face entre la loi de Dieu et la loi des hommes. Mais hélas tout le monde semble oublier ce qui devrait pourtant demeurer essentiel: la recherche de ce qui est en soi bon et juste, et qui ne dépend ni de l’arbitraire politique ni de l’arbitraire divin.

Al-Sissi veut révolutionner sa religion

Le régime du Président Al-Sissi mérite bien des critiques, par exemple en ce qui concerne les droits les plus élémentaires des homosexuels ou la brutalité dont il fait preuve vis-à-vis de nombre d’opposants. Realpolitik oblige, il est néanmoins notre allié, bien plus en tout cas que d’autres pays auprès desquels nos gouvernements se compromettent et qui respectent les droits de l’Homme encore moins que l’Égypte moderne. Alors qu’Al-Azhar et son Grand Imam tiennent un discours pétri d’hypocrisie, accusant le monde entier sauf l’islam d’être responsable des crimes commis au nom de l’islam, le Maréchal Al-Sissi a eu il y a déjà 6 ans des paroles d’une grande lucidité :

« Il est inconcevable que la pensée que nous tenons pour sacrée puisse faire de l’entière communauté islamique une source d’anxiété, de danger, de meurtres et de destructions partout dans le monde. Il est inconcevable que cette idéologie… – je ne parle pas de religion mais d’idéologie, le corpus d’idées et de textes que nous avons sacralisés au cours des siècles – soit rendue au point où il est devenu très difficile de la remettre en question. Nous avons atteint un point où cette idéologie est considérée comme hostile par le monde entier. (…) Vous devez vous opposer à l’idéologie actuelle avec fermeté. Permettez-moi de le répéter : nous devons révolutionner notre religion. » Et à l’intention du Grand Imam : « vous portez la responsabilité devant Allah. Le monde entier attend votre parole, car la nation islamique se déchire, se désintègre et s’en va à sa perte, et cela, de nos propres mains… »

Est-il sincère ? Une chose au moins est certaine : si Abdel Fattah Al-Sissi était français, des hordes de sociologues de gauche et tous les médias dits « progressistes » l’accuseraient d’islamophobie !

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Et pourtant. Avec tact et avec clarté, il a exprimé une divergence cruciale entre les fondamentaux de la société française et ceux du monde musulman, fut-il éclairé. Avec Emmanuel Macron, il ont improvisé un échange sur la hiérarchisation de la religion et de la loi humaine. Pour reprendre l’excellente formule d’Eric Zemmour, si la France prétend libérer l’Homme de l’arbitraire des dogmes religieux en donnant la primauté à la loi de l’état, l’islam prétend libérer l’Homme de l’arbitraire des états en donnant la primauté à la loi religieuse (à partir de 10 minutes 30 dans la vidéo). Comment les deux démarches pourraient-elles être compatibles ?

Tout sauf les Frères musulmans!

Il est important de prendre conscience des présupposés implicites des propos des deux chefs d’Etat. Emmanuel Macron invoque, en somme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à fixer leurs propres lois. Ce faisant, il protège – intellectuellement – la France de toute ingérence, mais en s’y limitant il s’interdit aussi de juger ce qui se fait ailleurs, alors qu’il ne s’en est pas privé à d’autres occasions, y compris pour critiquer l’Égypte. Notons au passage qu’en Égypte, la volonté du peuple avait porté au pouvoir les Frères Musulmans, que le Général Al-Sissi a renversés (et lorsque nous lui reprochons ses méthodes, demandons-nous si nous préférerions réellement l’alternative).

Abdel Fattah Al-Sissi, lui, souligne que les lois des hommes sont arbitraires et changeantes. Mais en déclarant que « si nous reconnaissons que les religions sont célestes et viennent de Dieu, elles sont sacrées et ont la suprématie » il évoque « les religions » en oubliant (peut-être par diplomatie) qu’elles se contredisent les unes les autres, et semble croire que toutes les religions voient les Dieux comme soucieux de s’immiscer dans la sphère politique, ce qui n’est pas le cas. Je pense évidemment à l’Athéna d’Eschyle, dont les seules injonctions politiques sont « que mon peuple ne succombe ni à la tyrannie ni à l’anarchie » et « que chacun vote selon ce que sa conscience lui dit être juste », autrement dit : emparez-vous de votre liberté.

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On pourrait résoudre le dilemme en déclarant que décider si oui ou non une religion est d’origine céleste n’est qu’une décision humaine arbitraire parmi d’autres, mais ce serait passer à côté de l’essentiel.

En termes techniques, le Président Macron et le Président Al-Sissi – Zemmour fait d’ailleurs la même erreur – en restent au face à face entre le droit positif (la loi des hommes) et le droit divin (la loi de Dieu), oubliant le troisième terme qui est le droit naturel (à ne pas confondre avec l’état de nature) : la loi de ce qui est juste en soi, indépendamment de ce qu’en pensent mortels ou immortels.

Une troisième approche

Ce n’est pas le primat de la loi humaine sur la loi divine qui définit l’Occident: c’est la libre recherche du Bien, du Vrai, du Juste, du Beau considérés comme des réalités en soi, indépendantes de tout arbitraire, qu’il s’agisse de l’arbitraire du consensus humain ou de l’arbitraire de la puissance divine. Nous devons évidemment cette approche au miracle grec, et toutes nos philosophies en sont les héritières puisque cette quête est le fondement même de la démarche philosophique, mais aussi de cette autre recherche du « Vrai en soi » qu’est la méthode scientifique expérimentale. Et le christianisme l’a en grande partie intégrée dans sa manière d’articuler foi et raison, comme l’expliquait Benoît XVI dans son célèbre discours de Ratisbonne.

Ainsi dans l’Iliade, le tout premier texte de notre civilisation, Héra et Athéna peuvent-elles rappeler à Zeus qu’en tant que Dieu Suprême Il ne décide pas de ce qui est juste en imposant Ses caprices comme un despote, mais qu’Il est au contraire le garant de la Justice. Ainsi Abraham peut-il dans la Genèse dire à Yahvé qu’il serait indigne de Lui de Se montrer injuste en punissant les innocents avec les coupables : Lui non plus ne décide pas de ce qui est juste, mais accomplit Sa divinité en S’astreignant à n’agir que conformément à la Justice. Ainsi Thomas d’Aquin et le Cardinal Newman affirment-ils comme Kant la primauté de la conscience morale.

« Que chacun vote selon ce que sa conscience lui dit être juste » ordonnait Athéna, et non « que chacun vote selon ses envies ou ses caprices. »

Dans le monde musulman une telle approche est douloureusement minoritaire. Bien plus courante est la position d’Al-Ghazâlî et Ibn Hazm, pour qui « si Allah ordonnait de faire le mal et de croire des mensonges, il faudrait faire le mal et croire des mensonges » affirmation archétypale d’une absolutisation du droit divin. Il faut chercher la défense du droit naturel chez Razi et son rejet du despotisme d’Allah, du côté du platonisme de Sohrawardi, ou chez Al-Kindi et les pratiquants de la Falâsifa. Et c’est bien aux espoirs de la Falâsifa, cette tentative hélas avortée d’introduire dans l’islam sunnite la démarche de la philosophie gréco-latine, que font penser les propos que tenait le Président Al-Sissi en 2014 lorsqu’il dénonçait le refus de remettre en question un corpus idéologique faisant horreur au monde entier.

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Le droit divin ne saurait être une solution : vouloir faire de la religion la référence ultime, c’est accepter les sacrifices humains à la gloire de Moloch et pour abreuver Tezcatlipoca – car si la religion est suprême, il n’existe rien à partir de quoi juger une religion, rien qui permettrait d’accepter certaines religions et d’en rejeter d’autres. Tout choix départageant deux religions ne serait nécessairement qu’arbitraire.

Thémis pour les Grecs. Maât pour les anciens Égyptiens

Et s’ils ne sont qu’arbitraires, les choix humains ne sauraient eux non plus être une solution : pourquoi respecter une loi dont le seul mérite serait de suivre le consensus de l’air du temps, d’être la traduction législative d’une mode aussi capricieuse qu’éphémère ? Pourquoi ne pas donner la même valeur au rétablissement de l’esclavage qu’à son abolition ? C’est tout le discours relativiste de la déconstruction et du multiculturalisme, qui ne sont que des ratiocinations tentant de justifier une lâche démission du sens moral.

Car il y a bien quelque chose qui permet de refuser les sacrifices humains tout en acceptant d’autres pratiques religieuses, de défendre la loi de l’état comme rempart contre l’anarchie – laquelle n’est qu’un autre arbitraire, celui du chaos et de la loi du plus fort – tout en reconnaissant que Jean Moulin et Claus von Stauffenberg ont eu raison de désobéir à la loi de l’Etat.

Thémis pour les Grecs. Maât pour les anciens Égyptiens. Que nous ne pouvons tenter de connaître, dont nous ne pouvons essayer de nous rapprocher, qu’en faisant usage des talents que les Dieux ou l’évolution nous ont donnés : l’intuition, la raison, la conscience morale.

Se plier aux exigences de cette perpétuelle recherche est ce qui distingue une religion digne de ce nom d’une vulgaire superstition, secte, obscurantisme. Mais c’est aussi une exigence citoyenne trop souvent oubliée : l’engagement et l’action politiques ne doivent pas viser une vague conciliation des intérêts particuliers ou communautaires, un équilibre précaire entre des rapports de force et des égoïsmes rivaux, mais – sans les nier – tendre à leur dépassement par la recherche collective du bien commun. Osons les grands mots : une tentative nécessairement imparfaite mais résolue de tendre vers la Justice et l’Harmonie.

Sans cela, nos lois ne seront effectivement qu’un arbitraire parmi d’autres, que les croyants de toutes religions auront de bonnes raisons de regarder avec méfiance, et qu’il sera facile aux fanatiques (et pas seulement aux fanatiques religieux) de dénigrer pour convaincre leurs adeptes de les bafouer.

Le président du Turkménistan a fait ériger une statue géante… de son chien favori

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La statue dorée représentant le chien du président turkmène, Gurbanguly Berdymukhamedov, au centre d'Achgabat, la capitale du Turkménistan © D.R.

À quand une statue en or de Némo place du Trocadéro ?


Qui a dit qu’islam et canins faisaient mauvais ménage ? Au Turkménistan, pays à très large majorité sunnite où la religion est contrôlée d’une façon soviétique, le président Gurbanguly Berdymukhamedov a fait ériger une statue géante dorée, de six mètres de haut, représentant un « alabaï », son chien favori.

Berger d’Asie centrale et ami des nomades, le canin bombe majestueusement le torse au centre d’Achgabat, la capitale du pays. Le « Protecteur » du Turkménistan s’était déjà offert une statue dorée de lui-même, de 21 mètres de haut, en 2015. Maintenant, son meilleur ami reçoit le même privilège. L’alabaï est un « symbole de réussite et de victoire », a argué son tout-puissant chef d’État, qui s’est déjà fait filmer en train de soulever un long haltère doré et de réparer des voitures. Il y a trois ans, il brandissait fièrement Fidèle par la peau du cou, un alabaï chiot qu’il offrit à Vladimir Poutine pour son 65e anniversaire. L’intéressé sembla sincèrement ému. Et pour cause, il est lui aussi mordu de canins au point d’avoir offert un terrier noir à Hugo Chavez en 2012.

Le chien, animal préféré des hommes avides de pouvoir ?

Le chien apprivoiserait-il les hommes avides de pouvoir ? Le toutou favori de Staline fut un épagneul dénommé Mila, offert par la reine des Pays-Bas. Mais nul besoin de remonter jusque-là : en juin dernier, Emmanuel Macron a dévoilé sur son compte Twitter des clichés de son labrador Némo, « recueilli avec Brigitte en août 2017 », a-t-il précisé. Un possible sujet de conversation pour une hypothétique rencontre avec Gurbanguly Berdymukhamedov. Une statue en or de Némo sur la place du Trocadéro, voilà qui redorerait le blason présidentiel auprès des défenseurs des animaux.

Ces petites têtes qui voient de la discrimination partout

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Et encore, c'était pire avant ! Evelyne Leclerc, Thierry Roland, Philippe Castelli, Carlos, Guy Montagne, Philippe Bouvard, Amanda Lear, Francis Perrin, Isabelle Mergault aux "Grosses têtes", en 1996 © SUREAU/TF1/SIPA Numéro de reportage: TF135001210_000007

L’association des journalistes LGBTI a mené son enquête: l’émission de radio Les Grosses têtes est un nid de violeurs racistes homophobes et validistes!


L’association des journalistes LGBTI (AJL) récompense chaque année par des OUT d’or « les journalistes, artistes et personnalités qui contribuent de manière positive à la visibilité des personnes LGBTI. » C’est une association de type gauche diversitaire qui n’hésite jamais à dénoncer les méchants de type Gilles-William Goldnadel, et à regretter l’absence, sur les « plateaux composés exclusivement de blanc.he.s », des femmes « racisées » de type Assa Traoré.

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Son modèle journalistique est le New York Times pour la presse écrite et Loopsider pour les médias d’infos en vidéo, autant dire la crème du journalisme sérieux et audacieux, prêt à traquer et dénoncer toutes les détestables phobies du monde actuel.

Les leçons des journalistes « progressistes » en peau de lapin

Les journalistes d’AJL viennent par conséquent de réaliser une enquête de longue haleine qui ressemble à celle qu’avait réalisée Marine Turchi à propos de l’émission Le masque et la plume dans MédiapartIls ont écouté 24 émissions des Grosses têtes sur RTL et ont fait les comptes : « 159 propos sexistes, 66 déclarations homophobes et transphobes, 51 déclarations et 29 déclarations grossophobes » ont été identifiés. Des remarques sexistes toutes les 11 minutes. 19 séquences discriminantes par émission. Et même 12 propos « classistes » et 7 « validistes », car une association moderne et adepte du vocabulaire diversitaire le plus politiquement correct ne parle plus de luttes des classes mais de « classisme », c’est plus classieux. Ni de discrimination envers les handicapés mais de « validisme », ça fait sérieux. Et, bien sûr, elle écrit ses papiers en écriture dite inclusive, c’est plus mieux.

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Je ne sais pas si on rit beaucoup à l’émission Les grosses têtes que je n’écoute plus depuis longtemps mais que j’ai écoutée en mes jeunes années: Bouvard y dirigeait une troupe de comiques troupiers de niveau supérieur ; Jacques Martin et Jean Yanne y mettaient leur immense culture musicale ou cinématographique au service de la franche rigolade ; Olivier de Kersauson s’y lançait dans des tirades océanographiques d’un lyrisme déluré. On y imitait les accents méditerranéens, chinois ou allemands. On s’y autodénigrait à mort. On y pouffait lorsque Bouvard lançait la question de Madame Véronique Jupon, de Tulle.

Personne n’y entendait un « discours haineux » ou des « propos discriminants ». Et surtout personne ne nous faisait de leçon de morale.

Le bingo de la « culture du viol »

Pour être certain de nous faire la leçon jusqu’au bout, l’AJL a fait appel à une donneuse de leçon auto-assermentée, Mme Valérie Rey-Robert, qui a déjà écrit un livre pour bien expliquer ce qu’est « Une culture du viol à la française », puis un autre pour nous éclairer sur « Le sexisme, une affaire d’hommes ». Le verdict d’icelle est sans appel : « Laurent Ruquier et sa bande cochent toutes les cases du bingo de la culture du viol. » De toute façon, « on baigne dans la culture du viol. » C’est comme « tous ces téléfilms de Noël » dont Mme Rey-Robert constate les « ressorts profondément sexistes, centrés sur les Blancs, centrés sur l’hétérosexualité », ça véhicule « des stéréotypes ».

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Mais revenons à l’émission Les Grosses têtes qui, paraît-il, se moque des gros, des homos, des femmes, des handicapés, et promeut le racisme et le viol en reproduisant « ad nauseam les systèmes de harcèlement les plus classiques », selon l’AJL. L’émission se moque-t-elle également des ignares qui collent à l’actualité la plus bête en ignorant l’histoire? Peut-être pas encore. Nous proposons par exemple à Laurent Ruquier de poser la question suivante à ses acolytes: « Après avoir « retweeté » un message d’Amandine Gay qui remontait les bretelles à Julien Bayou pour son utilisation du mot « lynchage », mot réservé aux Noirs selon elle, quelle est l’essayiste qui a tweeté à son tour: « Les discussions autour du terme « lynchage » me rappellent l’expression « traite de blanches » (phénomène qui n’a jamais existé) mais qui tentait d’établir une équivalence entre les souffrances des noirs et des blancs » ?

Réponse: Mme Valérie Rey-Robert (tweet du 29 novembre), qui ignore apparemment tout de l’histoire des harems et de la traite des esclaves européennes recherchées pour la… blancheur de leur peau, « phénomène » qui a non seulement existé mais qui a été largement décrit par de nombreux historiens, écrivains ou peintres dont Mme Rey-Robert ignore l’existence.

Covid: tout ça pour une poignée de boomers!

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Le Conseil constitutionnel étudie la saisine sur la prorogation de l’état d’urgence sanitaire, Paris, 11 mai 2020. Au premier plan : Alain Juppé © JOEL SAGET / AFP

La pandémie a créé une nouvelle fracture générationnelle. Peut-on demander aux jeunes de sacrifier leur avenir pour les boomers qui n’ont connu ni la guerre ni la crise, mais profité de la croissance, de l’État providence et de la révolution sexuelle? Surtout quand c’est l’inconscience de ces mêmes boomers qui est responsable de la très mauvaise passe que nous traversons.


Daniel Cohn-Bendit et Alain Juppé ont soufflé tous deux leurs 75 bougies cette année. Dany est né le 4 avril 1945 (à Montauban, bien malgré lui), Alain l’a suivi de peu le 15 août de la même année. Tous les natifs des années d’après-guerre n’ont pas vécu une gloire identique ni une carrière équivalente à celles de nos deux séniors ceintures noires de progressisme. Mais ils ont tous grandi, appris, aimé et travaillé dans des conditions rétrospectivement bénies. Trop jeunes pour être mobilisés par les guerres d’Indochine ou d’Algérie, ils n’ont connu jusqu’en 1973 que croissance à deux chiffres, plein emploi et libération sexuelle. Sur une bande-son qui continue à faire rêver la jeunesse de 2020 – des Beatles au Velvet Underground, des Stones aux Floyd –, ils se sont émancipés des besogneuses pesanteurs de leurs aînés, tout en bâtissant une société prospère. Adossés à celle-ci, ils ont mis en place un État-providence qui a ridiculisé les espoirs les plus fous des marxistes-léninistes : Sécurité sociale, allocations diverses toujours plus munificentes, assurance chômage. Ce que la CGT appelait la « retraite des morts » – car à peine la prenait-on qu’on filait au cimetière – ne fut bientôt qu’un mauvais souvenir tant l’augmentation de l’espérance de vie fut spectaculaire. Ce n’était plus quelques mois de pensions chétives que touchaient des vieillards, mais une rente servie parfois durant plusieurs dizaines d’années, surtout quand, à l’instar des salariés de la RATP, on prend sa retraite (généreuse) à 55 ans et en pleine forme.

Dany et Alain savaient que leurs enfants – s’ils en avaient – disposeraient d’un confort matériel supérieur encore au Frigidaire et à la 4 CV qui les faisaient fantasmer à 15 ans. Les bambins, au reste, grâce à la contraception, ils ont pu commencer à les planifier et non plus à les subir. Cet acquis majeur (en premier chef pour leurs copines) leur a donné la possibilité d’avoir moins de mouflets, plutôt d’ailleurs à 30 ans qu’à 20, voire pas d’enfants du tout (Dany n’en a longtemps pas eu avant d’apprendre, en 2008, qu’il était père d’une fille de 35 ans). Plus le modèle social français se montrait généreux, moins les baby-boomeuses et leurs sœurs cadettes accouchaient. Ce déséquilibre de la pyramide des âges induisait un problème de financement que, de Mitterrand à Hollande, on s’est appliqué à nier, minorer, puis à colmater en s’endettant chaque année plus massivement. Ce fut aussi et surtout l’argument imparable pour justifier l’immigration : les boomers nous demandaient d’adopter des enfants africains de 25 ans, en lieu et place de ceux qu’ils n’avaient pas voulu élever. (« Vous verrez, ils sont une chance » nous ont-ils juré.) Il fallait bien payer les retraites, et quelle différence entre un Tunisien et un Breton de 25 ans ? Vous êtes raciste ?

Lors de la Première Guerre mondiale, la France a accepté la boucherie des tranchées. Elle y sacrifia le quart de ses forces vives

Et puis il y eut bien sûr Mai 68, Dany le Rouge et toute la lyre. L’explosion des droits individuels s’est, au début, confondue avec l’intérêt général (l’égalité entre les hommes et les femmes, la dépénalisation de l’homosexualité, le bannissement du racisme, etc.). Le début des années 1970 figure cet instant pompidolien d’équilibre désormais chimérique entre droits individuels et devoirs collectifs. Jusqu’à ce que la mécanique déraille et mute en droits des minorités, sexuelles, sexuées, religieuses, raciales. D’abord honorées du sceau des droits de l’homme, ces évolutions sociétales se sont progressivement muées en harcèlement tyrannique de la majorité silencieuse et repentante. Ce cocktail juridico-médiatique a constitué le terreau de l’abolition des frontières, du relativisme culturel et des luttes intersectionnelles – ce racisme anti-Blanc subventionné par les impôts des beaufs. Le pacifisme des années peace and love a accouché d’un esprit munichois incarné par les bougies et les nounours avec lesquels, niaiseux, nous pensons faire reculer les islamistes. En 1977, la France expulsait un peu moins de 5 500 étrangers par an pour menace à l’ordre public. En 2019, grâce aux multiples entraves juridiques européennes auxquelles l’intérêt général a été sacrifié, nous n’en avons péniblement expulsé que 383[tooltips content= »Patrick Stefanini, « Le fruit amer du désarmement de l’État », Le Figaro, 19 octobre 2020. »](1)[/tooltips]. La menace étrangère aurait-elle été divisée par 15 entre-temps ? Cela ne constitue pas le sentiment dominant à ma connaissance, ni celui de la famille de Samuel Paty…

Une grand-mère défie le Covid pour jouer avec sa petite-fille, Paris, octobre 2020 © Léo Pierre / Hans Lucas / AFP
Une grand-mère défie le Covid pour jouer avec sa petite-fille, Paris, octobre 2020 © Léo Pierre / Hans Lucas / AFP

Voilà le legs des Dany et Alain, un héritage que l’on a le droit de refuser, tant le passif semble supérieur à l’actif. Les Dany libertaires nous laissent un pays où la censure règne partout et d’abord sur des caricatures. Les Alain, gestionnaires hors pair, nous font cadeau d’une France percluse de dettes. Les deux faillitaires minimisent la guerre civile de basse intensité qui nous oppose au sunnisme radical, un ennemi prêt, lui, au sacrifice et qui dispose d’une cinquième colonne nichée au sein de la plus importante communauté musulmane d’Europe. Une cruelle réalité, également niée pendant trente ans avec fureur, puis minorée et désormais prétendument prise à bras-le-corps par les successeurs de Dany et Alain – aussi crédibles pour assumer cette charge qu’une nonne à la tête d’un club échangiste.

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Affligés d’un état obèse percepteur des impôts les plus élevés du monde, nous constatons avec effarement l’incapacité du Léviathan à assurer ni notre sécurité ni le maintien d’un semblant d’ordre sur l’ensemble du territoire. La Justice française met des années à rendre un jugement, nos prisons sont délabrées. Nos instituteurs, nos médecins, nos infirmières se voient sous-payés. Et, cerise moisie sur ce gâteau avarié, le « meilleur système de santé du monde » a montré son vrai visage à l’occasion de la crise de la Covid. Suradministré, l’hôpital – comme tout le pays – peine à justifier les 11 % du PIB que nous lui consacrons. Quant aux différentes couches administratives égarées dans leurs propres méandres, le terme suranné de pétaudière les décrit avec justesse.

Mais pour nos aimables Dany et Alain, ce n’est pas encore assez. Cette génération déjà coupable d’une criminelle insouciance s’arroge aujourd’hui le droit d’exiger un dernier sacrifice avant de tirer sa révérence. Trois fois rien. Afin de vivre quelques mois ou quelques années de plus – ils ont 75 ans et l’espérance de vie d’un Français est de 79 ans –, ils souhaitent que les actifs, les étudiants et les plus jeunes cessent toute vie sociale, culturelle et affective, bannissent toute fête et fassent des études à demi. Ils acceptent néanmoins – du bout des lèvres – qu’une partie de l’économie continue à tourner, mais au ralenti, à l’unisson de cette demi-vie.

Ce sera, hélas !, sans moi, et pour utilement préciser ma pensée, je leur suggérerais même bien d’aller se faire foutre. Si l’attention que nous portons à la santé des plus fragiles démontre notre humanité, que dire d’un lock-out auto-infligé qui pousse au suicide des étudiants ne trouvant plus de stage ? Quand notre humanité se résume à hypothéquer l’avenir des moins de 30 ans, elle confine au suicide collectif façon secte, commis par les adorateurs d’un éternel présent.

Notre bien-aimé président a déclaré que nous étions en guerre contre la Covid. Il n’existe pas de conflit collectif sans esprit de sacrifice. Lors de la Première Guerre mondiale, la France a accepté l’abjecte boucherie des tranchées. Elle y sacrifia le quart de ses forces vives, ses Apollinaire, ses Péguy. Si tous les Dany et Alain de France souhaitent éviter les 2 % de malchance de mourir du coronavirus, libres à eux de se cloîtrer pour rédiger leurs mémoires (que j’achèterai seulement dans la perspective d’une rupture de stock prolongée de papier toilette). Que ceux de cette génération qui entendent jouir jusqu’au bout de la vie, et je les y encourage, acceptent l’idée qu’ils n’iront pas en réanimation en cas de Covid à complication. Ceci afin de ne pas engorger les hôpitaux et de permettre à de jeunes cancéreux ou diabétiques de poursuivre ou d’entamer leurs traitements. Une guerre pour laquelle se sacrifieraient les anciens dans le but d’épargner l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants, voilà sans doute qui aurait enthousiasmé les septuagénaires de 14-18.

Dany et Alain, un peu de courage, merci. Un peu de pudeur aussi. Laissez les plus jeunes essayer de sortir du bourbier dans lequel vous les avez mis, sans exiger qu’ils persistent dans la voie suicidaire que vous leur avez tracée.

De la banque d’investissement au retour du Tsar: l’étrange destin de l’oligarque Konstantin Malofeev

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L'oligarche Konstantin Malofeev, au Safe Internet Forum, Moscou, 22 avril 2019. © Kommersant/SIPA

Un oligarque russe vient de créer un mouvement politique qui milite pour la restauration des Tsars. Vladimir Poutine n’est pas nécessairement contre…


Le 22 novembre, un congrès de la « Société de l’Aigle à deux-têtes », dirigé par Konstantin Malofeev, a eu lieu à Moscou. L’événement a réuni des centaines de délégués des sections régionales de son mouvement, des représentants de l’Union des volontaires du Donbass, de l’Union des guerriers cosaques de Russie et de l’étranger, de l’Union des femmes orthodoxes, ainsi que d’autres associations patriotiques et orthodoxes proches de la mouvance tsariste. Celui qui souffle à l’oreille du président Vladimir Poutine a annoncé la création du mouvement « Tsargrad » qui présentera des candidats aux prochaines élections législatives, soutient le retour de la monarchie et la protection des valeurs traditionnelles russes.

Pour une fédération eurasienne

Entrepreneur à succès qui a noué un solide réseau politique et entouré de nombreuses controverses, Konstantin Malofeev entend désormais s’imposer à la Douma, le parlement russe. Le nom de son parti est loin d’être anodin puisqu’il se réfère aux thèses panslavistes en vigueur et l’équivalent étymologique russe de Constantinople, dont la Russie se considère comme la légitime héritière depuis sa chute en 1453. Le manifeste du parti ne manque pas d’ambition. Son préambule annonce qu’il se considère comme « la plus grande organisation représentant les intérêts des Russes » et a d’ores et déjà des centaines de milliers de membres à son actif, prêts à faire campagne pour la restauration de la monarchie tombée en 1917, victime d’une révolution achevée par les bolchéviques. Son programme reprend les grands crédos du nationalisme russe, la défense de la famille, de la culture russe, de sa diaspora, de ses valeurs religieuses et prône la renaissance de l’empire incluant l’annexion de la Moldavie, la Transnistrie, la Biélorussie au sein d’une fédération eurasienne inspirée des écrits d’Alexandre Douguine, lui-même membre du conseil suprême de Tsargrad. Un mouvement qui saura répondre « aux attaques des occidentaux, de leurs lobbys et de leurs agents présents en Russie » affirme Konstantin Malofeev.

« Nous sommes les enfants de la Victoire ! Nous sommes les bâtisseurs de l’Empire russe du futur »

« Nous sommes les héritiers des grandes victoires des armées russes sur les Khazars, sur la Horde d’Or, sur le Commonwealth [en référence à l’empire britannique-ndlr], sur le Khanat de Crimée, sur le Royaume de Suède, sur la Turquie ottomane, sur l’empire français de Napoléon et sur l’Allemagne fasciste. Nous sommes les enfants de la Victoire ! Nous sommes les bâtisseurs de l’Empire russe du futur » peut-on encore lire sur le manifeste. Le salut de la Russie passera par la restauration de ses Tsars. Une idée actuellement soutenue par un tiers des Russes, dont 46% de sa jeunesse selon un sondage daté de 2017. Très proche de la maison impériale des Romanov dont il assure la promotion médiatique, Konstantin Malofeev précise que « son mouvement rassemble des personnes de tous horizons qui partagent avec lui la conviction que la monarchie autocratique est la seule institution raisonnable, traditionnelle et naturelle pour notre société ».

« Elle a été la période la plus heureuse et la plus brillante de l’histoire du peuple russe. Je considère que c’est le seul refuge sûr pour la Russie. Et pour les croyants, c’est aussi celle qu’il faut soutenir » renchérit l’oligarque qui tente de dessiner plus royalement l’avenir de son pays et qui se prépare d’ores et déjà à l’après Vladimir Poutine, le président russe qui dirige le pays depuis 1999.

Le retour des Romanov

L’idée d’un retour de la monarchie en Russie est loin d’être nouvelle. Évoquée sous la présidence de Boris Eltsine (1992-1999) qui avait songé à faire venir auprès de lui le Grand-duc héritier George Romanov, elle resurgit régulièrement dans un pays qui se réapproprie progressivement son histoire. Les Romanov ont été réhabilités, canonisés et le Tsar Nicolas II, hier décrié comme étant un implacable tyran durant la période communiste, est aujourd’hui une des personnes préférées des Russes. Jouant à la fois sur la nostalgie impériale et soviétique, l’occupant du Kremlin a été plusieurs fois interrogé sur la possibilité d’un retour de la monarchie après son départ. « Officiellement pas sur son agenda » avait répondu Poutine au réalisateur Oliver Stone qui lui posait justement cette question lors d’une interview historique.

Habitués à brouiller les pistes, ses conseillers préfèrent démentir toute idée du genre ou nuancer ses propos. « Le président Vladimir Poutine voit l’émergence de cette idée sans réel optimisme mais reste très ouvert sur le sujet » avait alors expliqué Dimitri Peskov, le porte-parole du gouvernement en 2017, réfutant tout soutien à Konstantin Malofeev et son « initiative personnelle ». Du côté des Romanov, on se tient prêt à un éventuel retour. « Le retour d’un attachement à la foi et la tradition suscite à son tour un intérêt accru pour la monarchie. Je suis convaincu que la monarchie pourrait être à nouveau très utile à la fois en Russie et dans de nombreux autres pays. La monarchie héréditaire offre une continuité – une continuité vivante et résolue – avec le passé et peut servir de véritable arbitre neutre dans la société parce que son pouvoir n’est pas tributaire d’un parti ou d’un groupe politique. La monarchie défend et protège les intérêts de la nation entière dans son ensemble. Si nous parlions de réformes progressives et de changement, je dirais encore une fois que la monarchie est un vecteur de modernité beaucoup plus efficace que les républiques » a déclaré pas plus tard que cet été dernier la Grande duchesse Maria Wladmirovna, actuelle prétendante au trône de Russie et descendante d’Alexandre II. Un Tsar resté célèbre pour avoir aboli le servage. Reste à savoir si les Russes suivront massivement le mouvement de Konstantin Malofeev qui a reçu le soutien de divers députés et sénateurs. À moins que Vladimir Poutine ne finisse par se couronner lui-même comme certains en rêvent ouvertement en Russie.

« Le Chili est une démocratie solide »

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Andrès Allamand (à gauche), à Madrid, le 3 décembre 2020. © Kiko Huesca (es-ES)/EFE/SIPA Numéro de reportage : 00993702_000001

Andrès Allamand, le ministre des Affaires étrangères du Chili, était en visite officielle en France le 2 décembre 2020. Il a accordé un entretien à Conflits pour évoquer la situation sociale au Chili et la coopération avec la France. Propos recueillis par Jean-Baptiste Noé.


 

Conflits. Où en est la situation sociale au Chili ? La situation est-elle aussi difficile qu’à l’automne 2019 ?

Andrès Allamand. Le Chili a eu le mérite de canaliser l’explosion sociale de 2019 à travers une procédure très démocratique, participative et institutionnelle, loin de la violence. Nous pensons que c’est ainsi qu’il faut aborder les crises politiques : avec plus de démocratie et plus de participation. Et nous avons actuellement un processus qui devrait nous conduire à une nouvelle constitution qui, d’une certaine manière, façonnera l’horizon du pays pour les prochaines décennies.

Quelle est la suite du processus institutionnel ? Comment la constitution va-t-elle être rédigée ?

Le processus chilien comprend trois étapes. D’abord, un référendum d’entrée, par lequel les Chiliens ont décidé qu’ils voulaient une nouvelle constitution, laissant l’ancienne en arrière. Ensuite, en avril, une convention constituante de 155 membres sera élue. La commission durera 9 mois, avec possibilité d’extension d’un an, et devra rédiger la nouvelle constitution. Enfin, il y aura un deuxième référendum, un référendum final ou de sortie, dans lequel le processus sera ratifié afin qu’il devienne un processus participatif, démocratique et institutionnel.

Si le projet de texte constitutionnel n’est pas ratifié, faudra-t-il recommencer le processus ?

Non, et c’est une très bonne question. Si le texte n’est pas ratifié, cela signifie que la constitution actuelle reste en vigueur. Ainsi, puisque les Chiliens ont décidé qu’ils voulaient une nouvelle constitution, cela incitera les membres de la convention à rédiger un texte que les citoyens approuvent.

A lire aussi: Madrid fait-elle sécession du reste de l’Espagne?

La convention aura lieu dans un environnement politique très actif. Les Chiliens ont hâte de savoir quel sera le contenu de leur constitution, à quoi ressemblera le régime politique et, surtout, comment leurs droits sociaux seront garantis. En particulier, comment le droit à l’éducation, le droit à la santé et le droit à la sécurité sociale seront établis. Ce sont les domaines qui requièrent le plus d’attention.

Manifestants contre la politique du Président Sebastian Pinera à Santiago du Chili le 24 octobre 2019 © Jose Miguel Rojas/SIPA Numéro de reportage: 00929562_000008
Manifestants contre la politique du Président Sebastian Pinera à Santiago du Chili le 24 octobre 2019 © Jose Miguel Rojas/SIPA Numéro de reportage: 00929562_000008

Quelles sont les causes de cette instabilité sociale ? En France, on a évoqué la hausse du prix de ticket de métro de Santiago comme cause principale. Est-ce la réalité ?

Je pense que le cas du Chili devrait attirer l’attention à l’étranger car, sous la surface des bons résultats économiques et sociaux des trente dernières années, des troubles sociaux ont été installés petit à petit. Ce malaise s’est exprimé très fortement en 2019. Voilà une leçon importante pour tous : les explosions sociales ne se produisent pas seulement dans les pays qui connaissent de graves problèmes économiques et sociaux, mais aussi dans les pays qui ont une histoire de réussite. Par exemple, les manifestations sociales peuvent se produire dans des pays qui ne sont pas sur une trajectoire de développement prospère. Cela peut être dû à la corruption ou à la faiblesse du progrès social. Je pense en particulier à certains pays de la région qui sont dans une très mauvaise situation économique. Et, bien sûr, à certains pays d’Afrique et d’Asie. Dans le cas particulier du Chili, il s’agit des manifestations dans un pays qui suit une trajectoire de réussite. Aucun pays n’est donc à l’abri de la contestation sociale. Le Chili est une démocratie solide, elle respecte les droits individuels, et elle est intégrée dans le monde. Et, malgré cela, il a subi des manifestations. Les gouvernements doivent donc être particulièrement attentifs aux causes qui, parfois, sont submergées, mais qui surgissent soudainement avec une grande force.

Comment pensez-vous faire l’unité de la nation chilienne indépendamment des présidents, des gouvernements, etc. Comment voyez-vous les années à venir ?

La politique mondiale actuelle est une politique de grande polarisation et de grande confrontation. Regardez les États-Unis : ils sont plus polarisés que jamais dans leur histoire. Par conséquent, l’une des tendances de la politique mondiale est ce type de polarisation. Le Chili a la possibilité de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

PSG – Istanbul Basaksehir, un match engagé

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Le 4e arbitre Sebastien COLTESCU se dispute avec Demba BA du club turc d'Istanbul Basaksehi, hier soir © VS Press/SIPA Numéro de reportage: 00994940_000041

Le jour où des hommes de principe à crampons ont dit non au racisme…


Mardi soir, j’ai vu un match de foot qui, paraît-il, va rentrer dans l’histoire. Manque de bol, ma télé déconnait et les images étaient en noir et blanc. Heureusement, le spectacle était au rendez-vous et le match engagé, mais pour la bonne cause, la seule qui semble valoir de nos jours : la lutte pour le raci… pardon contre le racisme. C’est vrai quoi, parfois on ne sait plus trop ce qu’il faut dire. C’est comme pour SOS Racisme. Faut-il étymologiquement le prendre au premier ou au second degré, s’agit-il de porter secours au racisme ou de le combattre ? Comme disait Gainsbourg, qui serait aujourd’hui passible du Tribunal de Nuremberg s’il n’avait pas cassé sa pipe trop tôt : « Doit-on dire un noir ou un homme de couleur ? Parce que tout ceci n’est pas clair. » Bon bref, je vous fais un résumé de la rencontre.

Sanitairement correct

Mardi 8 décembre 2020, retenez-bien cette date. Il est 21h, le coup d’envoi est donné pour ce match de Ligue des champions sanitairement correct et donc à huis-clos, tant pis pour l’ambiance. Tout le brouhaha et le folklore habituel a généralement un mérite, celui de passer le temps durant les innombrables temps morts parce qu’il faut bien le dire, à quelques actions près, on s’emmerde le plus souvent à regarder 22 types piétiner un ballon (et pas que) pendant 90 minutes, surtout depuis l’arrêt Bosman. Mais c’est un autre sujet. Et il faut positiver. Avec des tribunes vides, pas de oh-hisse enculé, de cris de singes, d’insultes à l’arbitre, de sifflets, d’invectives… mais un retour à une certaine pureté originelle et à la grande fraternité humaine que doit incarner le sport, et patati et patata.

Sur la pelouse, un journaliste apporte une précision bien dérisoire: l’arbitre roumain a dit « le noir » et non pas « le nègre », noir se disant negru dans les Carpates. Peu importe, sus au racisme et au raciste

21h13, c’est le drame. Un arbitre roumain parle en roumain à un autre arbitre roumain pour se plaindre du comportement d’un membre de l’équipe turque sur le banc: « Le noir (negru, dans la langue de Ceaucescu) qui est là, allez vérifier qui c’est, ce n’est pas possible de se comporter comme ça. » Demba Ba, un joueur franco-sénégalais de l’équipe byzantine, sensible à l’amour du maillot puisqu’il a déjà connu dix clubs différents (merci Bosman) au cours d’une carrière en tout point exemplaire, sort de son banc et de ses gonds et plaque presque sa tête – tant pis pour la distanciation sociale – contre l’homme en noir, ou plutôt en jaune ce soir-là, mais toujours roumain. Enfin je me comprends. « Why you said negro ? Why you said negro ? Why you said negro… » éructe à plusieurs reprises et dans la langue de Shakespeare notre homme en colère. Les puristes regretteront l’absence de l’auxiliaire « did » dans ce syntagme interrogatoire multiple, mais là n’est pas l’essentiel, convenons-en.

Un joueur qui se victimise?

Très vite, un attroupement se crée autour de l’homme en noir et jaune de plus en plus pâle et de notre Martin Luther King du XXIe siècle, dont la biographie force le respect. En 2013, il refuse de revêtir le futur maillot de Newcastle en raison du nouveau sponsor de l’équipe « Wonga », une société de crédit, car la charia interdit l’emprunt à crédit. En 2014, il met en vente aux enchères son maillot de Chelsea pour financer le… CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) récemment dissous en raison de son engagement humaniste au service de l’esprit des Lumières. Avec un pote footballeur grand amateur de quenelle et Raymond Domenechophobe, il apporte aussi un soutien financier à l’association Urgences panafricanistes créé par Kémi Seba, un activiste anticolonialiste condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme.

A relire: Kémi Seba, un tartuffe en Afrique

Notre indigné en short, qui confesse ne pas être Charlie, se distingue aussi sur Twitter, où il semble préférer le prophète (qu’il cite souvent) au football, relaie les tweets d’une autre association humaniste récemment dissoute (Barakacity) après la décapitation de Samuel Paty et se félicite de la libération de son fondateur Idriss Sihamedi, un autre amoureux du genre humain qui refuse de serrer la main aux femmes, légitime la polygamie ou a quelques pudeurs de gazelles quand il s’agit de condamner Daech. Entre deux vidéos d’Erdogan lisant le Coran, il retweete Rokhaya Diallo, « balance » Zineb El Rhazoui et… bon bah on va s’arrêter là, parce je me rends compte qu’on s’éloigne du match.

Lequel ne reprend toujours pas.

Kemi Seba en 2006 © SIMON ISABELLE / SIPA Numéro de reportage : 00531190_000010
Kemi Seba en 2006 © SIMON ISABELLE / SIPA Numéro de reportage : 00531190_000010

Autour des arbitres, il y a désormais 22 indignés à crampons, voire plus si affinités, qui demandent des comptes. Des hommes d’exception, dont le quotidien sur les pelouses pour beaucoup d’entre eux consiste souvent, très souvent, trop souvent à tricher, simuler, tirer le maillot, tacler par derrière, invectiver l’arbitre, lancer des « fils de p… » et des insultes homophobes à tire-larigot voire même pour certains à cracher sur l’adversaire en loucedé.

Dans la meute, on trouve par exemple un Brésilien avec les pieds en or mais le reste qui sonne désespérément creux, accusé par le fisc espagnol d’avoir fraudé pour 35 millions d’euros, et pourfendeur du racisme à géométrie (très) variable: en septembre 2020 au terme d’une rencontre mouvementée face à l’OM, il accuse un adversaire argentin d’avoir proféré des insultes racistes à son égard… quelques minutes après avoir lui-même traité de « chinois de merde » un joueur japonais de l’autre camp. En première ligne aussi un champion du monde français particulièrement sélectif sur Twitter, sauf quand il s’agit de dénoncer les violences policières en citant Diam’s, une philosophe franco-chypriote exilée en Arabie Saoudite.

Ou encore un autre international français qui, après le meurtre de Samuel Paty, like en toute décontraction le message Instagram d’un champion de MMA daguestanais, lequel balance entre autres joyeusetés sur un portrait piétiné de notre président : « Qu’Allah lâche son châtiment sur quiconque empiète sur l’honneur du meilleur des hommes, son prophète Mahomet. Que le Tout Puissant défigure cette ordure (Emmanuel Macron) et tous ses disciples qui au nom de la liberté d’expression insultent la foi de plus d’un milliard et demi de musulmans. Croyez-moi, ces provocations auront pour eux de graves conséquences car les pieux ont toujours le dernier mot. »

RMC Sport, remboursez!

Pendant ce temps sur RMC Sport, la chaîne qui diffuse en direct la rencontre, la demi-douzaine de consultants présents dans les tribunes stérilisées du Parc des Princes surjoue l’indignation. Un grand numéro de vierges effarouchées où chacun semble faire un concours de celui qui a la plus grosse… conscience morale. Sur la pelouse, un journaliste apporte une précision bien dérisoire : l’arbitre roumain a dit « le noir » et non pas « le nègre », noir se disant negru dans les Carpates. Peu importe, sus au racisme et au raciste. L’arbitre roumain. Nos indignés encravatés chassent en meute et continuent à nous bourrer le mou. Un des commentateurs croit même important de nous rappeler que le racisme est un crime contre l’humanité. Ne surtout pas penser qu’un homme en noir (et jaune) qui, dans le feu de l’action, évoque nommément un noir, cela ne casse pas trois pattes à un Neymar.

A lire aussi: La nouvelle lutte des races

Outragé, brisé, martyrisé, le club turc est rentré au vestiaire. Un club détenu par des proches de l’AKP, le parti islamiste d’Erdogan, hostile à l’homosexualité, à la contraception, à l’avortement, les femmes étant encouragé à tenir « leur rôle de mère », avec un voile sur la tête tant qu’à faire. Un club qui a des principes donc. La rencontre ne reprendra pas.

Islamiste, sexiste et homophobe – pardons pour le pléonasme –  le président turc dénonce le racisme le soir-même sur Twitter. Le lendemain matin, son chef de la diplomatie évoque un crime contre l’humanité. Bienvenue en 2020. La morale de toute cette histoire, c’est que cette noble cause est entre de bonnes mains. Et qu’apparemment, elle écrase toutes les autres. Comme le disait encore Gainsbourg : « Je voudrais que la terre s’arrête pour descendre. » 

Vaccins: faire taire le complotisme

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Bill Gates, photographié ici en 2018, est-il en train de réfléchir à son prochain complot ? © Nils Jorgensen/Shutters/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40642908_000036

Certains citoyens se demandent si les futures injections vaccinales ne contiendront pas des « nanopuces » pour tracer les individus. D’autres sont persuadés qu’un vaste complot travaille à une « grande remise à zéro » de l’humanité. D’où sortent ces théories? Faut-il les combattre? Une analyse d’Yves Laisné.


Le scepticisme par rapport aux vaccins n’est, dans son principe, qu’une variante du scepticisme par rapport aux médicaments. Ce dernier est très répandu, y compris dans les milieux scientifiques et médicaux et, s’il est vain de nier que le développement des médicaments – et des vaccins – a sauvé de nombreuses vies, il est dû à la vérité de constater que beaucoup de médicaments sont inutiles, soignent au prix « d’effets secondaires » pires que le mal, voire sont dangereux et, pour certains, létaux.

À la vérité est dû encore le constat que tout ce qui touche à l’expression d’opinions sur la santé publique en France est entaché d’arrière-pensées chez la plupart des intervenants: corporatisme des « soignants », gigantisme des budgets sociaux, monopole de la « Sécurité sociale », intérêts colossaux de l’industrie pharmaceutique (plus profitable que le pétrole, le luxe et les armements…), encadrement de la « recherche », esprit totalitaire de la « communauté scientifique », sensationnalisme de la majorité des médias, constituent un substrat de la transmission de l’information dans ce domaine qui doit naturellement conduire tout esprit libre ayant gardé sa capacité de critique à ne recevoir les flux transmis par les médias qu’avec la plus grande circonspection.

Le doute, ce maître du bon sens

Pour ne citer qu’un exemple, avant que le scandale de l’amiante éclate, il existait entre 1982 et 1995, sous l’égide des pouvoirs publics, un « Comité permanent amiante » (CPA), parfaitement institutionnel, même s’il est aujourd’hui rétrospectivement qualifié d’informel pour dédouaner les pouvoirs publics, peuplé de sommités scientifiques et de hauts fonctionnaires, dont l’objet était de persuader le public, y compris à l’international, que l’amiante ne présentait aucun danger pour la santé humaine.

Mais il y eut aussi la thalidomide, le distilbène, l’hormone de croissance, le chlordécone, l’Isoméride, le Mediator, la Dépakine et il y en aura bien d’autres. Faut-il dès lors rejeter tous les médicaments ? Évidemment non. Il faut simplement ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui est raconté et garder à l’esprit ce maître du bon sens: le doute.

C’est sur les vaccins en gestation ou en début d’application, relatifs au « Covid-19 » que se concentreraient, paraît-il, les théories conspirationnistes.

A lire aussi, Anne-Laure Boch: Reconfinement: on a préféré la punition collective à la frappe chirurgicale

La principale d’entre elles, la plus inquiétante et la plus polémique porte sur le développement de « nanopuces » parfois dénommées RFID qui permettraient un traçage et un fichage perfectionné des individus. Certaines expériences d’implantation de puces électroniques dans le corps humain ont déjà été effectuées, sur le fondement du volontariat, par exemple pour remplacer des badges de contrôle d’accès. Ce n’est pas de la science-fiction. Mais ces puces, comme celles qui permettent de tracer les animaux, ne sont pas à l’échelle nanométrique, ce qui interdit de les implanter à l’insu du sujet.

La vérité n’est pas ailleurs

De là à imaginer que des puces électroniques, capables de stocker et de transmettre des informations, puissent être fabriquées à l’échelle nanométrique, puis insérées dans le corps humain par différents procédés, dont le plus effrayant est effectivement l’injection vaccinale, il y a un chemin à parcourir dont on ne trouve pas trace dans les documentations de vulgarisation scientifique (les seules auquel l’auteur a accès, du fait d’une spécialisation intellectuelle différente).

Reste que les théories conspirationnistes ont trouvé un aliment de choix dans certaines déclarations autorisées :

Bill Gates, dont la fondation consacre des milliards à la vaccination des populations, aurait annoncé un « carnet de vaccination injecté sous la peau » (source, le JDD.fr, 04.12.2020, URL Covid-19: pourquoi Bill Gates est devenu la cible de tant de théories du complot (msn.com) et encore : « A terme, nous disposerons de certificats numériques indiquant qui s’est rétabli ou a été testé récemment ou, quand nous aurons un vaccin, qui l’a reçu… »

Plus général dans ses commentaires, Klaus Schwab, professeur d’université, président du Forum économique mondial (qui organise la célèbre rencontre mondiale de Davos) vient de publier un ouvrage, seulement en anglais pour le moment, dont le titre veut dire La grande remise à zéro et dont l’argument est en substance que la pandémie de « Covid 19 » serait une chance pour l’humanité, car elle permettrait une restructuration en profondeur des sociétés, de l’économie et des comportements.

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Il n’est pas difficile dès lors d’extrapoler des quantités de théories, sans doute non prouvées, mais non dénuées de vraisemblance.

D’autant que les progrès du contrôle social par la technologie sont une réalité quotidienne: caméras omniprésentes, drones, documents biométriques, reconnaissance faciale, signature par empreinte digitale, traçage GPS, analyse des préférences de recherches Internet, profilage de consommation, croisements de fichiers, font partie de notre réalité quotidienne actuelle et indiscutable.

Conjurer des peurs légitimes

Cette tendance ne fera que s’amplifier. Il suffit de se rapporter à ce qui filtre du « communisme 2.0 » chinois pour prévoir ce qui nous attend à très court terme: traçage et analyse systématisés des déplacements individuels, contrôle sur tous les mouvements monétaires par la monnaie électronique, disparition de la vie privée, technopolice et profilage prévisionnel des comportements (le monde de Minority Report). Tout cela est pour demain.

Imaginer que cela pourrait aller encore plus loin par l’injection non consentie de « nanopuces » ne sort dès lors plus du vraisemblable. Mais reste pour le moment imaginaire.

Comment faire pour empêcher l’imagination de galoper? Pas par l’interdit, l’ostracisme ou la stigmatisation. Grâce aux réseaux sociaux, le « conspirationnisme » est comme naguère le feu grégeois, plus on verse d’eau pour l’éteindre, plus il se développe. La seule solution consiste à faire appel à la raison. La thèse des « nanopuces », comme certains commentateurs l’ont remarqué, est fondée sur une peur: celle que des individus, des forces plus ou moins cachées ou des autorités, utilisent ces technologies supposées, à l’insu des populations, pour les contrôler.

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Que font, très souvent les gouvernements pour conjurer des peurs: ils édictent des lois pénales. Si l’injection de composants électroniques dans le corps à l’insu d’un sujet devient un crime, plus personne ne craindra la commission d’un tel acte, car aucun médecin ou fonctionnaire raisonnable ne risquera de finir ses jours en prison pour procéder à cet acte de contrôle social. Et la théorie conspirationniste des « nanopuces » aura vécu.

Je propose donc, pour rassurer les populations et mettre fin aux fantasmagories, le vote par le Parlement de l’article de loi suivant:

Code pénal, Article 221-5-6

Le fait d’insérer dans le corps humain un dispositif électronique ou équivalent, quelles que soient sa taille, sa technologie ou sa fonction, sans avoir recueilli le consentement préalable, écrit et éclairé de la personne concernée, est puni des peines de l’article 225, même si ce dispositif n’a eu aucun effet détectable sur la santé.

Il s’agit des peines de l’empoisonnement: 30 ans de réclusion criminelle et, en cas de circonstances aggravantes, réclusion criminelle à perpétuité.

Si ce texte est voté, les théories conspirationnistes liées aux « nanopuces », perdant tout semblant de crédibilité, s’éteindront d’elles-mêmes. S’il n’est pas voté…