Home Édition Abonné Avril 2021 Estonie: découverte d’un matriarcat oublié


Estonie: découverte d’un matriarcat oublié

Estonie: découverte d’un matriarcat oublié
© Geoff Moore/REX Shutterstock/SIPA

Dans le golfe de Riga, l’île de Kihnu est un Disneyland pour féministes


En dépit de notre histoire sombre de domination patriarcale, vous serez heureux d’apprendre que l’Europe a quelque raison de relever la tête. Elle compte en effet, dans une petite île au large de l’Estonie, un matriarcat !

Le « dernier matriarcat d’Europe » – car nous savons qu’« avant », aux temps bienheureux de l’égalité primitive, il en existait beaucoup – subsiste à Kihnu, dans le golfe de Riga, sous la forme d’une société de vieilles dames pauvres arborant des jupes colorées et jouant du violon.

Remis au goût du jour par une photographe

C’est la photographe norvégienne, Anne Helene Gjelstad, qui a remis au goût du jour l’intérêt pour Kihnu, classée en 2008 au patrimoine immatériel de l’Unesco, en publiant un bel album sur la vie de l’île. L’originalité de la communauté de 600 habitants est que les hommes sont très souvent absents pour des périodes relativement longues, puisqu’ils consacrent la majeure partie de leur temps à la pêche et à la chasse au phoque sur la banquise. Résultat : les femmes s’occupent de la vie quotidienne. Entre agriculture, tissage traditionnel, chants folkloriques et cérémonies d’enterrement, de petites dames vieillissantes sont photographiées avec leur vache ou en train de danser. Point d’orgue de la démonstration allègre de Gjelstad, interrogée par la BBC : « Si le tracteur tombe en panne, les hommes ne sont pas là, donc les femmes doivent apprendre par elles-mêmes à réparer le tracteur. » Une femme qui répare un tracteur : une preuve imparable de matriarcat, non ? Hélas, cet enthousiasme politique nous semble quelque peu usurpé. Kihnu est une société où la répartition des tâches est très sexuée – et où, assez classiquement, oserions-nous dire, les femmes tiennent le village alors que les hommes partent à l’extérieur. Le décor folklorique, les broderies et la graisse de phoque, sur fond de « préservation de la culture locale », font toute la différence.

Qu’importe à nos militants : le matriarcat est désormais à portée de ferry.


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