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Insoumis ou petits fayots de collège?

À l'ami Jérôme Leroy, au sujet de la Nupes...

Insoumis ou petits fayots de collège?
Julien Bayou, Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

À l’ami Jérôme Leroy, au sujet de la Nupes


Le talentueux Leroy, notre ami et camarade Jérôme, la plus fine lame de ce site, sa plus belle plume aussi, capable de vous éblouir et de vous embrocher dans un même mouvement bien digne des Hussards dont il est l’héritier, grand connaisseur de toutes les littératures et, en particulier de celle du Grand siècle, Jérôme, donc, est un homme fidèle à sa jeunesse : communiste il fut, communiste il demeure. J’aime et j’admire cette fidélité.

Envers et contre tout

J’ai personnellement fouillé, grâce à l’aide précieuse d’un ancien membre du KGB, vénal mais fiable, dans les lettres et écrits divers adressés au parti unique de la défunte Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Il y avait certes des missives d’un certain Jérôme Leroy, mais presque toutes déclarations d’amour à Olga, Natalia et autre Anastasia. En voici des extraits : « Hier, sur la Place rouge, je n’ai pas osé te dire combien je désirais te prouver la raideur de ma foi communiste. » ; « Mon Kremlin n’est que Bicètre, mais il ne déparera pas ta Place rose. » ; « Cette nuit, nous avons partagé une même ferveur internationaliste : tu m’as révélé les trésors de Saint-Pétersbourg, je t’ai démontré l’utile beauté de la Tour Eiffel ». Mais un poème de Jérôme disant l’émotion qui le saisissait quand on lui présentait le portrait de Joseph S., bienfaiteur (quoique irritable par moment) de l’humanité ? Nulle trace ! 

Cependant, une ancienne maîtresse (le seul fait de l’évoquer fait surgir en moi des souvenirs que la décence m’interdit de partager), fille d’un notable albanais un temps très proche d’Enver Hodja, puis liquidé sur son ordre dans les égouts de la ville et abandonné à la voracité des rats, m’a affirmé qu’elle avait eu connaissance d’un article paru vers 1973-1974 dans le seul journal autorisé, « Enver remet tout à l’endroit », paraissant à Tirana, traduit du français, dont l’auteur était un très jeune homme séduisant malgré la brosse sévère qui coiffait ses cheveux. Cela parlait du « phare de la planète », du « grand administrateur des bienfaits », de l’ « admirable concepteur des plans dans les domaines fondamentaux de la vie sociale », et encore du « voyant extralucide qui a prévu, analysé, conceptualisé les principaux événements survenus depuis tant d’années dans cette autre patrie du socialisme réel et injustement critiquée par les suppôts de la réaction, dont les dépouilles ne seront même pas dignes d’une fosse commune ». En revanche, elle hésitait sur l’identité de l’auteur : si elle était sûre du prénom, Jérôme, elle balançait entre Lemprereur, Lesouverain, Leroi ou Leroy « mais ni Leduc, ni Lecomte, précisa-t-elle : il était assis sur un trône, j’en suis certaine ! »

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Je n’ai pas osé solliciter notre Jérôme sur cette affaire, car je ne voulais pas le froisser en lui rappelant cet épisode qui pourrait être embarrassant…

Militantes et femmes du monde

Je me suis quelque peu égaré, alors que je souhaitais faire part à Jérôme Leroy de ma perplexité après la lecture du plus récent article qu’il a consacré à M. Mélenchon. Tout d’abord, il me semble que le sympathique Fabien Roussel (par ailleurs assez bel homme de l’avis de la gente féminine du Nord et des trois autres directions cardinales) et ses troupes s’éloignent lentement mais certainement de la Nupes, à la manière d’un minuscule radeau chargé des survivants d’un naufrage (le PC n’a plus l’influence de ses années de gloire et d’espérance) fuyant une île mal famée, La Mélenchole, qu’ils espéraient accueillante alors qu’elle n’étaient peuplée que de cannibales furieux, hypnotisés par une manière de Vieux de la montagne acariâtre. 

Mirliton forain

Jérôme fait fi de ce détail. Si j’ai bien compris son développement, toujours subtil, harmonieux, servi avec ce brin de muguet dont le parfum, autrefois, faisait pâmer les militantes et les femmes du monde réunies dans la célébration du Quatorze Juillet de la chair et du canon, la Nupes n’est qu’un mot, rien de plus qu’une écorce phonique, et qu’on pourrait mettre en musique : 

« On m’appelle Nupes
C’est un petit, petit nom charmant,
J’ai de bien jolies fesses
Et je sais faire de bien belles promesses
Sur toutes les tribunes,
Notre gourou chenu s’époumone,
Il n’a point de lacune
Ses mots libèrent des phéromones. »

Pardonnez, cher Jérôme Leroy, ces vers navrants de mirliton forain, si loin des poèmes gracieux d’un Paul-Jean Toulet, que vous admirez à raison, mais peut-être plus adaptés à l’évocation d’un parti et d’un personnage que, pour ma part, je trouve dangereux, dissimulé, sournois.

France 2 multiplie les pains

À propos de la Nupes : pourrait-on m’expliquer pourquoi France 2, depuis trente ans placée sous le vigilant contrôle des Conformistes certifiés d’État, a pu offrir la parole à quatre représentants des partis qui la composent, dans son émission du jeudi 9 juin ? En effet, le Conseil d’État, par ordonnance, apportait une contradiction cinglante au ministre de l’Intérieur (et de l’Extérieur du stade de France). Gérald Darmanin, avait présenté 18 nuances politiques « […] attribuées aux candidats aux élections législatives des 12 et 19 juin 2022 [dans le but] d’agréger les résultats des élections pour informer les citoyens et les pouvoirs publics, et faire apparaître les tendances […] locales et nationales. ». 

La Nupes s’y trouvait « éclatée » en quatre représentations : communiste, socialiste etc. Mécontente de cette manière de procéder, La Nouvelle Union populaire écologique et sociale saisit le juge des référés du Conseil d’État : on est insoumis mais on vient pleurer auprès des autorités, tel un petit fayot de collège.

Après examen, le juge estima « l’absence de comptabilisation, sous une nuance unique, des suffrages portés sur les candidats de la Nupes, susceptible de porter atteinte à la sincérité de la présentation des résultats électoraux ». Par conséquent, le ministre de l’Intérieur devait « inscrire avant le 10 juin 2022 la Nupes dans la grille des nuances pour les candidats aux élections législatives, afin d’assurer une présentation sincère des résultats des scrutins des 12 et 19 juin prochains ». Autrement dit, le Conseil d’État ne voit qu’une seule tête, alors que France 2 en discerne quatre, et un temps de parole très augmenté. 

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Léa Salamé, toujours aussi prompte à sanctionner les égarements des hommes de droite, a su faire respecter les temps de parole généreusement accordés par la chaîne aux gentils animateurs de la « nuance » Nupes (qualifier de nuance un parti au service de Jean-Luc Mélenchon relève de l’ironie involontaire). Laurent Guimier, qui semble vouloir absolument jouer un rôle dans cette émission, a justifié la présence des quatre de l’Apocalypse par une décision de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Au reste, le Parisien publiait une déclaration de Muriel Pleynet sur le sujet: « Chacun aura un temps de parole imparti en fonction de la représentativité de son parti et nous l’expliquerons en début d’émission. Nous sommes le service public et on ne s’amuse pas à faire n’importe quoi ».

Si l’on augmente cet épisode de favoritisme légal des générosités d’antenne accordées par les stations de radio de service public à la campagne de Jean-Luc Mélenchon, on peut au moins conclure que l’information officielle d’État n’aura pas nui à son éventuelle victoire…

Un cabotin de tréteaux subventionnés

Une fois de plus, je me suis perdu dans des digressions sans intérêt. Qu’on veuille bien me pardonner. Je conclurai en me tournant encore vers Jérôme, pour lui dire ceci : vous ne voyez pas le piège de la Nupes. Vous voulez abattre le capitalisme, abolir l’injustice, la guerre, les talons aiguilles (menteur !) et les bas nylons (bis !), mais vous allez servir l’ultime rêve d’un politicien démodé, d’un cabotin de tréteaux subventionnés, d’un homme, enfin : « Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. ».

Or, bien loin de mesurer le temps et la société avec les instruments de Sartre, et, plus loin encore de l’admirable pessimisme chrétien de Charles de Gaulle, notre nouvelle « Lumière des carpates » use d’une logorrhée qui trahit ou dissimule fort mal une mauvaise colère.

Ne sommes-nous pas suffisamment accablés ? Menacés par les Russes, agressés par la racaille, assaillis par le Covid et, récemment, par un prurit de singe, admonestés par Caroline De Haas, flagellés par Ernestine Choufleur et son cousin Choufarci, dénoncés par quelques-uns et humiliés par tous, inconsolables du chagrin d’être nés, avons-nous vraiment envie de compliquer notre malheur en confiant notre sort à Jean-Luc Mélenchon ? 

Très amicalement,

Patrick 

PS : Pour vous ce dernier quatrain, mon cher Jérôme, aussi lamentable dans son inspiration que dans son expression, mais qui traduit une forme d’effroi :

Vous m’avez fait Maître
Et je vais vous soumettre.
Vous ne vouliez pas vous soumettre ?
Fallait pas me faire Maître !
Vous ne voulez pas vous démettre ?
Allez donc vous faire mettre !


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Né à Paris, il n’est pas pressé d’y mourir, mais se livre tout de même à des repérages dans les cimetières (sa préférence va à Charonne). Feint souvent de comprendre, mais n’en tire aucune conclusion. Par ailleurs éditeur-paquageur, traducteur, auteur, amateur, élémenteur.

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