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Prise de tête pour la tête du PS

Faure versus Mayer-Rossignol ou comment oublier Terra-Nova

Prise de tête pour la tête du PS
Le socialiste Olivier Faure à Nantes, 18 janvier 2023 © Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

Quand une divergence tactique masque une divergence idéologique, c’est le chaos dans un PS résiduel. La crise est ouverte dans le parti, entre le premier secrétaire sortant et son adversaire, qui revendiquent chacun la victoire. Un communiqué faisait état d’une avance de seulement 393 voix pour Olivier Faure, vendredi, et des accusations de triche fusent de toutes parts depuis. Le billet politique de l’écrivain Jérôme Leroy.


Il y a les étonnants voyageurs, dans un excellent festival littéraire à Saint-Malo, et puis il y a les étonnants socialistes ! Le deuxième tour du vote pour désigner le premier secrétaire a tourné à la tragi-comédie et offert un de ces spectacles désolants dont les partis politiques en crise (souvenons-nous de l’affrontement entre Copé et Fillon pour le contrôle de l’UMP) ont le secret. 

La transparence, fétiche moderne fâcheux

Sans doute parce que c’est une erreur pour un parti de fonctionner à ciel ouvert. La transparence, ce fétiche moderne, expose maintenant, via les réseaux sociaux et les débats organisés par les chaines infos, des déchirements qui ne concernaient que les militants. Les socialistes ont inventé les courants, tous les partis leur ont plus ou moins emboité le pas. Allez vérifier du côté de LR ou de Renaissance (où des députés refusent déjà de voter le projet de réforme des retraites en l’état) si la situation est meilleure. Dans les grandes années de la Vème, les gaullistes et les communistes avaient compris ça : un parti, ça fonctionne en désignant un chef qui, une fois qu’il a été désigné, ne veut plus voir qu’une seule tête. Maintenant, on continue, même après la désignation, à s’engueuler au sein de la même boutique. À l’image de la société, sans doute, de plus en plus fragmentée. Ce refus d’être minoritaire, ou d’imposer sa loi même en étant minoritaire, comme l’a fait le maire de Rouen qui se retrouve à moins de 400 voix derrière Olivier Faure, est un symptôme de ce que nous sommes tous devenus.

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Nicolas Mayer-Rossignol avait expliqué que sa différence avec Olivier Faure était uniquement tactique : faire l’union à gauche en prenant ses distances avec la Nupes. Il aurait été sans doute bien avisé d’expliquer comment, avec, 1, 75% aux présidentielles, il comptait s’y prendre. Être soutenu par de grands barons locaux comme le maire de Montpellier ou… Anne Hidalgo ne suffit pas. Ce qu’on appelait le peuple de gauche est… à gauche. Et le PS qui était son principal représentant, l’a complètement oublié sous Hollande.

Une virulence des échanges entre socialistes qui révèle la différence idéologique

Il faut croire, vu la virulence des échanges entre les candidats et leurs partisans, que la divergence tactique est en fait une différence idéologique. Finalement, en écoutant mieux, on comprend assez vite que Nicolas Mayer-Rossignol, c’est la gauche Terra-Nova, celle qui veut faire sans le peuple, en s’appuyant de manière intersectionnelle sur les minorités. Il suffit de voir comment il a allumé le feu dans la ville de Jeanne d’Arc en voulant, sans succès, il y a quelques mois, se débarrasser définitivement de la statue équestre de Napoléon devant l’Hôtel de Ville sous prétexte d’une restauration du monument.

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Faure, lui, reste très « première gauche ». Il voudrait, comme Ruffin ou Roussel, renouer avec les classes populaires et apparaître, in fine, comme le plus réaliste pour pouvoir accéder au pouvoir, ce qu’a déjà compris Ruffin qui s’est déclaré, à la rentrée, « social-démocrate » (!), loin de l’indigénisme fumeux de certains Insoumis. 

Et surtout, Faure ne voit pas tellement comment, et nous non plus, mener cette politique à l’extérieur de la Nupes.

Parce que contrairement au novice Nicolas Mayer-Rossignol, Olivier Faure est conscient d’une évidence. Quand, il y a quinze ans, Aubry a battu Royal, de manière tout aussi ric-rac, il y avait 200 000 votants. Il y en a eu, cette fois-ci, dix fois moins…

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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