Imaginons des alternatives au futur pessimiste et au déclin français que nous promet Jérôme Fourquet dans l’Archipel français


L’archipel français est une minutieuse et fine description de la sociologie culturelle, politique, économique et familiale de ce que devient notre pays. Mais on a le devoir de ne pas accepter ni sa systématisation pessimiste ni sa conclusion crépusculaire !

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Le constat de Jérôme Fourquet est que la France, depuis la fin des années 60, a beaucoup changé sous l’effet tant de la politique de Bruxelles, d’une mondialisation économique et culturelle, que d’une immigration de masse. Chacun d’ailleurs a pu le constater : la ligne 13 du métro, le marché de Saint-Ouen, la porte d’Aix sont bien différents du festival interceltique, du 14 juillet, de la Fête du Reblochon ou de la messe à Bastia !

Une France une et indivisible demeure

Peut-on pour autant affirmer que « la France, à l’heure des gilets jaunes, n’a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun » ? Une et indivisible ? Ce serait ignorer l’histoire de France qui a fait agglomérer par la force militaire des peuples qui n’avaient en commun ni la langue ni l’histoire, mais seulement la fatalité de la mitoyenneté géographique ; la Grande Occitanie linguistique (au sud, 35 % de la France), la Bretagne, La Corse et l’Alsace-Lorraine ont été associées de force au prix parfois de guerres terribles au territoire des Rois de France. Les Savoies ont certes consenti au rattachement… mais seulement par déception et sous pression, en 1860. En 1870, à peine la moitié des soldats de l’Empire parlaient français au quotidien : les parlers alsacien, basque, breton, canaques, catalan, corses, créoles, flamand, galibi, gallo, maori, occitans, savoyard et tous les patois du français étaient majoritaires. Et les mémoires historiques se souvenaient bien des passés indépendants souvent prestigieux de leur  »province ». Ce qui surprend c’est que la France, telle que nous la connaissons, ait pu se constituer et, au fond, s’entendre sur l’essentiel : un consensus pour vivre et décider ensemble.

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Quant à la « trahison » ou « sécession » des élites, elle a toujours existé : le parti des émigrés de Coblence, l’anglomanie ou la jet-set sans valeurs autres que mobilières – avec cette idée méprisable qu’on est plus à l’aise à New York qu’en Picardie – par exemple… Il y a toujours eu, en France, un parti de l’étranger. Personne ne le retient : que ceux qui veulent aller ailleurs y aillent et laissent ceux qui veulent rester décider de leur destin!

Voici qu’en Russie, en Europe centrale, au Royaume-Uni, en Italie, en Autriche, en Hongrie, ou aux USA, des peuples réclament ces droits de l’homme que sont le droit à leur identité individuelle et nationale, et le droit de décider par eux-mêmes, y compris en matière économique. Ce n’est que la troisième vague : les précédentes avaient été, au XIXe siècle, la question des nationalités, l’indépendance de l’Italie et de la Pologne, puis de l’Irlande. Puis ce furent les nations apparues en 1918, et réapparues en 1945, la création d’Israël, les indépendances nées de la décolonisation, et celles nées de la fin de l’URSS.

Réaffirmer les alternatives

Peut-on dès lors accepter la conclusion dépressive et déprimante de M. Fourquet ? « À la lumière de ce bouleversement sans précédent, on comprend mieux la crise que traverse notre système politique [les Gilets jaunes]: dans ce contexte de fragmentation, l’agrégation des intérêts particuliers au sein de coalitions larges est tout simplement devenue impossible. En témoignent, bien sûr, l’élection présidentielle de 2017 et les suites que l’on sait… »

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Non ! Car il existe des alternatives démocratiques pourvu que l’on accorde à un socle consensuel de sûrement 70 à 80 % des Français (y compris ceux issus l’immigration récente qui ne demandent qu’à s’intégrer) la possibilité de faire de vrais choix démocratiques (on pense au referendum que le pouvoir fuit) :

Stopper l’immigration de masse sans fin, la remplacer par une vraie politique de co-développement au Sud.

Sortir du système de Bruxelles et créer une véritable Europe.

Sortir du Traité de Marrakech (OMC, 1994) et reconstruire les économies nationales, le droit de vivre, travailler, consommer, dignement dans son pays, ce qui serait une développement bien moins polluant.

Que la France se transforme, c’est évident. Mais lui a-t-on demandé son avis ? Jamais. Désire-t-elle continuer dans cette voie ? Veut-elle devenir le Bronx, la Bosnie ? Les résultats électoraux partout dans le monde, en Europe et en France démontrent que des alternatives sont possibles. Ce serait le tome 2 à écrire par la nation française : un archipel peut s’unir par la volonté. Le nôtre l’a toujours fait depuis des siècles. Mais le temps presse. Souvenons-nous que la dislocation de l’empire romain, le plus vaste archipel de l’histoire, a laissé l’Europe dans les ténèbres et les drames pendant 6 ou 7 siècles.

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