Ils veulent la peau d’Alain Delon. Une pétition en ligne s’oppose à la Palme d’or que le festival de Cannes a prévu de lui décerner pour l’ensemble de sa carrière. On l’accuse d’être raciste, homophobe et misogyne. Rien que ça.  


Et voilà, c’est au tour d’Alain Delon de passer devant le tribunal de la vertu. C’était d’ailleurs prévisible. La cible idéale, parfaite. Alain Delon, c’est le vieux monde, le monde qu’il faut condamner et effacer.

Mais pour moi, Alain Delon, ce n’est pas le vieux monde. C’est le grand monde. Le grand monde intouchable, inaccessible et éternel du grand art. Le monde du rêve, du sublime. Il incarne une époque qui nous paraît bien lointaine et qui fait encore fantasmer beaucoup de gens, de tous âges et de toutes classes sociales. Il réunit. Il rassemble. Alain Delon incarne à lui seul le fantasme. Et puis Alain Delon, ce n’est pas juste Alain Delon, c’est aussi Gabin, Ventura. C’est aussi Visconti, Losey, Melville, René Clément. C’est Tancrède Falconerie, Rocco Parondi, Robert Klein et Le Samouraï. Cet acteur n’est pas seulement un acteur, c’est L’ACTEUR. L’acteur incarnant toute la complexité de l’homme, avec ses chatoyantes lumières et tous ses noirs recoins. L’acteur fou, seul et libre.

Il les leur faut tous

Cet acteur c’est l’histoire du cinéma, notre histoire. Et l’on voudrait nous en priver ? Nous interdire de le célébrer, de le vénérer ? Au nom de quoi ? Au nom d’une vertu chichiteuse, d’une morale à deux balles, dégoulinante de bons sentiments qui n’a rien à voir avec l’art !

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Mais cette meute de chiens qui vont à courre, bave à la gueule, est sourde et aveugle. Elle est incapable d’émerveillement et d’éblouissement. La beauté et la grâce ne l’atteignent pas. Il n’y a qu’à voir et écouter cette meute, elle porte la mort dans ses yeux mornes. La-voilà lancée aux trousses de Polanski, de Woody Allen et maintenant d’Alain Delon. Elle veut déchiqueter nos idoles. Elle veut déchirer à belles dents nos plus grands artistes, ces artistes qui nous fascinent, qui nous aident à vivre, qui nous font regarder plus haut, plus beau. Elle veut anéantir tout ce qui la dépasse. Le génie, la grandeur et l’extraordinaire lui est insupportable.

Le festival des bons sentiments

Que reproche-t-on à Alain Delon ? D’être homophobe ? Homophobe l’acteur et admirateur du grand Luchino Visconti ? Homophobe l’ami fidèle de Michou ?

Ils iront encore fouiller, fouiner, pister un quelconque « dérapage » qu’ils qualifieront de sexiste, raciste ou homophobe pour tenter de le faire tomber.

Si ces censeurs, ces nouvelles ligues de vertu prennent le pouvoir, que deviendra notre grande littérature ? Que deviendront Molière, Montherlant, Jean Genet, Sade et tant d’autres dont la lecture d’à peine quelques lignes suffirait à enrager et déchaîner le camp du bien. Ils ne veulent que des bons sentiments ! Gide disait : « On ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. » Mais Gide est probablement aussi condamnable à leur yeux.

Laissez-nous Delon !

Laissez-nous tranquille ! Foutez-nous la paix ! Nous n’avons pas besoin de vos leçons. Nous n’avons pas besoin d’indicateur du bien et du mal. Laissez-nous admirer nos idoles, celles qui embellissent nos vies. Nous vous laissons Plus belle la vie, Edouard Louis, Andréa Bescond, Philippe Torreton et nous gardons Polanski, Montherlant, Pasolini, Visconti, Gérard Depardieu, Alain Delon et leurs sulfureux semblables. A priori, nous devrions nous entendre sur le partage !

Le cinéma est un grand art et il a ses dieux. Alain Delon en est un. Célébrons le, aimons le, fêtons le !

Ne cédons pas aux intimidations. Ne nous laissons pas prendre en otage. Et maintenant, place au festival, place au cinéma et place au grand Alain Delon !

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