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Olivier Barrot nous fait redécouvrir les charmes de la rive gauche dans son dernier livre


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© Causeur / Open AI / Francesca Mantovani / Editions Gallimard.

Dans Saint-Germain-des-Prés, variations aux éditions Gallimard, Olivier Barrot, par une série de tableautins merveilleux, diapositives nostalgiques, nous fait (re)aimer ce quartier aujourd’hui discrédité. Il est l’enlumineur des abords du Luco…


Il a mauvaise presse. Dans les médias, on le maudit. La réaction s’est abattue sur lui comme une pluie d’été, violente et souvent injuste. Il est devenu une zone indéfendable. Il suffit de prononcer le mot « germanopratin » avec un léger dégoût dans la bouche pour le discréditer. Le débat est clos.

Mal-aimé, je suis le mal-aimé

Même son âge d’or, jazz et existentialisme, les lointaines années 50 et la bande du Drugstore, sa mythologie « nouvelle vague » et son folklore des caves dansantes, son cosmopolitisme et son sens de la fête, rien ne peut le racheter. Il doit payer. Il a trop brillé. Il est la risée des éditorialistes masochistes, de droite comme de gauche, car croyez-moi, ces gens-là y vivent et veulent faire plus peuple que « le populo » à la télé.

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Il fallait que cet ostracisme cesse. Un peu de mesure ne nuit pas au débat d’idées. Un écrivain précieux, globe-trotteur et esthète, résident de Saint-Germain-des-Prés de longue date, grand connaisseur du monde des Arts, amateur de théâtre, de cinéma, de littérature, conférencier aussi prisé à New-York qu’à Rio de la Plata nous envoie quelques cartes postales du VIème arrondissement dans un carnet de voyage publié aux éditons Gallimard. Des vignettes pleines de charme, d’intelligence et d’une nostalgie lumineuse défilent sous nos yeux. C’est chouette ! Friable et émouvant. Jadis, à la nuit tombée, comme quand j’étais môme, Eddy chantait dans mon Walkman et je sortais la vieille visionneuse à dispositives de ma grand-mère. Je la tenais comme des jumelles au-dessus de ma couette. Les vues de Paris, en relief façon dernière séance, me firent aimer la rive gauche avant d’éprouver physiquement ses trottoirs. Avec Barrot, le monde d’avant n’est pas ennuyeux, il est terriblement vivant. Des noms surgissent au fil des pages, Paulette Dubost, Tchernia, Modiano, on aime ce bazar d’une ville endormie, l’écrivain en veste de tweed, moitié gentleman-farmer, moitié gaucho de la Pampa, excelle dans l’exaltation des saveurs d’antan ; gestes d’une autre époque, érudition soyeuse, puis il nous parle d’un coup de Maurice Baquet le virtuose skieur, l’ami de Doisneau. Nous savons alors que nous sommes de la même famille. La mémoire est, à nouveau, irriguée. Elle frétille. Elle furète. Sans frontières.

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Aux anges

Avec Barrot, il y a toujours un coin de Saint-Germain qui lui rappelle une pièce, une interview, une rencontre marquante ; les faisceaux de la connaissance sont au vert. Nous sommes une petite souris qui a accès à la Grande Culture, grâce à son entremise, on aperçoit Sacha Pitoëff, la silhouette de Jean-François Deniau, le marin berrichon, et Judith Magre fait escale dans nos songes. On est aux anges. On se laisse guider dans les rues et les squares, on monte dans le bus 63, on regrette les plateformes mais on se souvient des Dinky Toys Traction. Sous la plume de l’écrivain, le quartier n’a pas dit son dernier mot, il n’est plus cette vitrine clinquante d’un immobilier fou, sa face sombre, il est le creuset d’une culture rayonnante, d’un esprit français qui se cristallise avec des accents venus d’ailleurs, du Morvan ou du Ghetto, de l’Andalousie ou des confessions d’un enfant de la Chapelle. Saint-Germain terre d’asile des talents, juifs, arméniens, noirs américains, tous ont mis les pieds dans ce quadrilatère, tous ont traversé la Place Saint-Sulpice ou la Place Furstenberg avec dans leur musette, des pages manuscrites, une partition griffonnée, un dialogue improvisé. On en croise du beau monde, René de Obaldia, un chien prénommé Ulysse, on s’engouffre rue Férou ou rue des Canettes, Françoise Dorléac va débouler, c’est certain, et nous pourrons peut-être échanger quelques mots avec Jorge Semprun.

Un livre qui évoque L’Habit vert de Flers et Caillavet au détour d’un chapitre est, par essence, par nature, un grand livre.

Le journaliste et écrivain Olivier Barrot © Francesca Mantovani / Editions Gallimard.

A partir de la semaine prochaine, Thomas Morales vous proposera le dimanche à 14h une série d’été sur les bandes desssinées.


Saint-Germain-des-Prés, variations de Olivier Barrot – Gallimard. 120 pages

Saint-Germain-des-Prés, variations

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Journaliste et écrivain. Dernières publications : "Tendre est la province", (Équateurs), "Les Bouquinistes" (Héliopoles), et "Monsieur Nostalgie" (Héliopoles).

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