La diffusion sur France Culture d’un montage fallacieux attribuant des propos antisémites à Jean-Luc Mélenchon a déclenché un tollé politico-médiatique. Mais quand il se demande si le 7-Octobre était un attentat terroriste, c’est silence radio.
Le 24 Juin, Guillaume Erner diffuse sur France Culture le son d’une petite partie d’une vidéo publiée par le pure player Leon : il s’agit d’un montage juxtaposant des déclarations de Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Le Pen à propos des juifs. Le but est évidemment de montrer qu’il existe une forte ressemblance entre les deux.
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L’un des deux extraits de Mélenchon est effectivement hors sujet. Il y vitupère « la caste, c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques, politiques… ». Prononcée dans l’émission « Polonium » sur Paris Première en 2016, la phrase ne visait ni les juifs, ni le judaïsme – mais les élites économiques et médiatiques. Or, elle est accolée à une sortie sur les juifs par le montage trompeur de Leon, lequel est repris sans vérification par le matinalier. Dont acte. Cette erreur évidemment involontaire déclenche la mécanique des excuses et des sanctions. Montage fallacieux ! Indignation de LFI, saisine de l’Arcom. En quelques heures : excuses publiques de la radio qui retire le son compromettant du podcast, puis du matinalier qui jure qu’on ne l’y reprendra pas, désolidarisation de la Société des journalistes et de la Société des producteurs de France Culture, morceau de bravoure de la CGT, demande de sanctions.
Une polémique qui en masque une autre
Pourtant, l’autre extrait mis en regard de déclarations de Le Pen est tout à fait pertinent. Mélenchon parle de Zemmour : « […] On ne change rien à la tradition, on ne bouge pas, on dit la créolisation mon Dieu quelle horreur, et tout ça ce sont des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme… ». Puis Jean-Marie Le Pen enchaîne : « C’est d’ailleurs ce qui lui a permis de maintenir son identité, ses traditions et sa particularité depuis quatre millénaires. »
Les paroles changent, la musique est la même, révélant une convergence de structure de pensée, essentialisant les juifs. Il en va de même pour les autres extraits juxtaposés par Leon, qui n’ont pas été diffusés sur France Culture.
Par exemple, à propos du CRIF : « Tous les ministres défilent, ils sont aux ordres », dit Mélenchon. Le Pen dénonce une campagne contre lui orchestrée par « le Congrès juif mondial et le Fonds mondial juif unifié ». Le célèbre pouvoir occulte des juifs qui dirigent le monde…
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Les deux se plaignent à tour de rôle. Jean-Luc en a assez d’être repeint en antisémite lorsqu’il dit quelque chose qui déplaît, Jean-Marie dénonce : « Quand on veut vouer quelqu’un aux gémonies, on l’accuse d’antisémitisme. » Jean-Marie refuse « qu’il y ait des citoyens qui auraient des droits supérieurs » aux siens (en l’occurrence, il parle des juifs). Je dirais même plus, renchérit Jean-Luc : « Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. » Lui vise Israël.
Les deux convoquent cette fois le trope qui repose sur une déformation de la notion juive du « peuple élu » (détournement théologique : Israël est choisi par Dieu pour une alliance et une mission particulière, pas pour une supériorité raciale). Mais ce qui inquiète et enrage, c’est qu’une phrase que Mélenchon n’a jamais prononcée déclenche un scandale quasi national alors qu’une phrase immonde qu’il a vraiment prononcée ne déclenche rien du tout.
L’indignation sélective
Le 25 juin 2026, venu soutenir Anasse Kazib, poursuivi pour apologie du terrorisme après avoir salué les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, Jean-Luc Mélenchon met en doute la qualification de « terrorisme » pour le massacre du 7-Octobre : « Il est assez stupide de croire qu’il y aurait parmi nous des gens qui se réjouiraient du terrorisme, à supposer que les actes dont on parle soient bien du terrorisme. Car la question de la forme de la résistance que l’on oppose à une oppression est une affaire qui se discute. »
Réactions : quelques tribunes, quelques tweets indignés, et puis plus rien. Un massacre ayant tué près de 1 200 personnes (femmes, enfants, vieillards…) et conduit à l’enlèvement de 251 otages pourrait donc être de la résistance.
Et ça passe crème.
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L’erreur faite de bonne foi par Guillaume Erner à propos de « la caste » est criminelle, manipulatoire, attentatoire à l’honneur du patron Insoumis. Mais une déclaration qui relativise ouvertement le caractère terroriste du 7-Octobre vaut à peine un haussement d’épaules. On s’émeut davantage d’une citation déformée que d’une position assumée, exprimée volontairement, sans qu’aucun montage y ait contribué.
Curieuse économie de l’indignation où être passionnément antisémite est beaucoup plus tolérable qu’être accusé de l’être par une phrase hors contexte.




