À Rousson (30), dans les Cévennes, des femmes dénoncent les biais sexistes subsistant dans la botanique à travers les noms des plantes et remettent en avant certains savoirs effacés par l’horrible patriarcat, tels que l’étude de ces plantes sans système reproducteur apparent. «En Europe, la domination des femmes s’est aussi perpétuée via les plantes», affirment-elles savamment.
Reporterre, le summum de la pensée écologiste, mais aussi anticapitaliste, déconstructrice et wokiste, s’illustre une nouvelle fois avec une véritable pépite. Un article[1] de toute splendeur explique comment la botanique est atrocement sexiste: «Misogynie et botanique : comment le patriarcat s’est infiltré dans nos jardins».
Botanique sexiste
On y découvre qu’une association, « Les Mutines indigènes », organise des promenades naturalistes dans le Gard sous la férule d’Angeline Julien. Dès le début de la visite, le ton est donné aux visiteurs. On leur explique que les plantes qui vont être présentées sont associées à des catégories jusque-là, hélas, ignorées des taxonomistes : « figure de la sorcière », « stéréotypes de genre », « culture du viol »… La visite peut alors commencer, et chaque fleur va comparaître devant un tribunal chargé de déterminer son degré de culpabilité pour collaboration avec le patriarcat.
L’aubépine y symbolise la chasteté. Crime capital puisque, selon le procureur, « on disait qu’elle assurait le bonheur conjugal en assurant la chasteté des femmes attendant le mariage ». La marguerite est coaccusée du même crime puisque, « portée en couronne, [elle] était symbole de virginité pour les jeunes filles ». Virginité pour les jeunes filles ? Quelle horreur aux yeux de la pensée gauchiste, qui a par le passé manifesté une indulgence particulière pour la pédophilie – le malheureux Cohn-Bendit en fait encore les frais.
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Vient ensuite la longue liste des plantes accusées de rendre hommage à la beauté, puisqu’elles osent porter le nom de Vénus. Nos botanistes engagé·e·s[2], sur un kilomètre à peine, vont découvrir le sourcil de Vénus (surnom de l’achillée millefeuille, Achillea millefolium L.), le peigne de Vénus (Scandix pecten-veneris L.), le nombril de Vénus (Umbilicus rupestris), le miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris), la capillaire cheveux de Vénus (Adiantum capillus-veneris) et l’églantier (Rosa canina), surnommé le bouquet de Vénus. Le procureur Angeline a aussi mis dans la charrette les cardères sauvages (Dipsacus fullonum), étrangement baptisées pour l’occasion « Baignoire de Vénus ». Ces cardères ont des feuilles enveloppantes incurvées et retiennent ainsi l’eau de pluie contre la tige. Ce qui leur vaut dans toute bonne flore d’être appelées « Cabaret des oiseaux », jamais « Baignoire de Vénus ». Certes, on ne peut être à la fois militante féministe et connaître la botanique autrement que sous l’angle idéologique.
L’essentiel est de comprendre que ces noms de fleurs perpétuent l’idée que « l’on attend des femmes qu’elles soient belles comme les fleurs ». Et, en extrapolant un peu, Angeline Julien ajoute que « les femmes sont une ressource, au même titre que la nature ».
Imaginez-vous l’atrocité de la situation ? Faire l’éloge de la beauté ! Une accusée principale manque cependant au tribunal du procureur Angeline : le sabot de Vénus. Pourtant, son cas est des plus graves puisque la légende nous enseigne qu’Aphrodite, fuyant un satyre trop entreprenant, a perdu sa sandale d’or dans sa course, et que le sabot de Vénus est né à cet endroit même. Un cas flagrant de culture du viol qui a échappé à notre procureur !
Mesures radicales
Comme l’éloge de la beauté est désormais proscrit puisque perçu comme un marqueur de stéréotypes de genre, peut-être conviendrait-il de développer le culte de la laideur ? Faut-il envisager également un autodafé des poésies abjectes des siècles passés ? Pierre de Ronsard, osant écrire dans son plus célèbre poème, Mignonne, allons voir si la rose :
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse : Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.
N’est-ce pas la meilleure preuve que la femme est une ressource consommable ? Au bûcher, Ronsard ! Tout comme Victor Hugo qui a osé l’ode à Rose dans sa Vieille chanson du jeune temps ? Au feu, Les Contemplations ! N’est-il pas nécessaire d’en venir à ces mesures extrêmes pour déconstruire enfin l’archétype patriarcal ?
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Bref, revenons à nos moutons ! Pardon : à nos brebis. Leur promenade terminée, les participants peuvent désormais placer les fiches de chaque plante sur un tableau pour bien mémoriser si elles stigmatisent le genre, évoquent les sorcières ou participent à la culture du viol. Et après cette belle promenade, Angeline Julien théorise doctement sur la profonde misogynie de la botanique, gouvernée depuis des siècles par des masculinistes invétérés comme Carl von Linné (1707-1778). Il est évident que ces vieux mâles lubriques ne pensaient qu’aux femmes et à la manière d’approcher leur étamine et leur pistil… D’où cette obsession pour les femmes, omniprésentes dans la classification.
Peut-être Reporterre ignore-t-il, dans sa diatribe sur Linné, qu’il y a eu également d’éminentes botanistes bien avant lui. On peut citer notamment la très célèbre Hildegarde de Bingen (1098-1179), naturaliste et médecin, sans doute la plus célèbre de son époque, presque six siècles avant le bon Carl.
Et peut-être Angeline n’a-t-elle pas parcouru les traités de botanique jusqu’au bout ? Elle n’aurait alors pas manqué quelques spécimens contredisant sa belle démonstration. Les savants mâles ne pensaient pas qu’aux femmes. On trouve notamment le gouet tacheté, Arum maculatum, dont le spadice dressé et blanchâtre lui a vu valoir, dans le français populaire ancien, le surnom de « vit de prêtre ». Ceci illustrait l’effet supposé de l’abstinence ecclésiastique sur l’anatomie des hommes d’Église. Ou, mieux encore, si l’on sort des phanérogames, le magnifique Phallus impudicus, dont il serait difficile de se refuser le plaisir d’offrir l’image à Angeline. Peut-être en ignore-t-elle l’usage ? Ceci expliquerait bien des choses.
[1] Misogynie et botanique : comment le patriarcat s’est infiltré dans nos jardins, Marie Astier, 5 juillet 2026 https://reporterre.net/Misogynie-et-botanique-comment-le-patriarcat-s-est-infiltre-dans-nos-jardins
[2] L’écriture inclusive ne s’impose-t-elle pas dans le contexte ?




