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Marine Le Pen : liberté, liberté chérie…

Les urnes plutôt que les prétoires


Marine Le Pen : liberté, liberté chérie…
Marine Le Pen, candidate à l'élection présidentielle, et Jordan Bardella, président du Rassemblement national, arrivent pour visiter un marché à La Flèche, dans l'ouest de la France, le mercredi 8 juillet 2026. © Michel Euler/AP/SIPA

L’éligibilité de la candidate RN prononcée par les juges le 7 juillet lance la campagne présidentielle. L’été sera chaud !


Enfin ! Elle est libre jusqu’à nouvel ordre. Libre de se présenter. De faire campagne. De convaincre. De ne pas convaincre. D’avoir sa énième veste. Ou d’endosser le costume présidentiel. Quel Français ne devrait être content d’en avoir fini avec la peur des anathèmes, des oukases ? Des accusations en illégitimité. En diableries. Des holdups démocratiques et des campagnes électorales escamotées ? Du mantra du « retour aux pires heures de notre République » ? Enfin, on va pouvoir voir le danger en face.

Au feu !

Le Pen est un danger pour la France ? Que les candidats le prouvent. Argument contre argument, paroles contre paroles, coup pour coup. Elle est nulle en économie ? Qu’un Mozart de la finance le lui dise en face et le lui prouve. La retraite à 60 ans est impossible ? Qu’elle réponde à cette objection. Si, forcée de revoir sa copie, elle perd des électeurs, cela clarifiera le débat. Son nationalisme est illibéral ? Son parti, celui de Jean-Marie Le Pen ? Cela fait longtemps qu’Arno Klarsfeld l’a dédouanée de tout soupçon à ce sujet. N’a-t-elle pas tué le père ? Et comment ! Elle est pour la préférence nationale ? Elle est un agent de la Russie ? Son électorat est bas de plafond ? Que les questions soient posées dans des débats loyaux. En tout cas – du moins faut-il l’espérer- c’en sera fini des frustrations d’une partie du « peuple » mis au banc de la République. Et fini le mantra du horresco referens quand on parlera d’elle. Du moins, faut-il l’espérer.

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Cette décision, en attendant, a fait parler. Gabriel Attal s’est empressé de monter au créneau comme un bleu. Certains ont prêté des intentions tortueuses aux juges. D’autres ont crié au feu alors que le feu est partout : à droite, à gauche, en bas, en haut, à l’Est, à l’Ouest. On a crié à la délinquance de la candidate que Libération a traitée, en titre de son journal, de « forcenée ». Certes les meetings seront chauds : il faut s’attendre à tout avec l’IA et le cœur humain. Mais qui ne voit que la France étant au plus mal et que les Français, plus que jamais las de la politique, sont prêts à tout, id est, à un changement radical ? Pendant que les chefs de la droite jouent, comme d’habitude, à la guerre, à qui aura la couronne, force est de reconnaître que les deux animaux politiques existants sont Le Pen et Mélenchon. Déjà, les poings levés d’Edouard Philippe enrobés de bracelets, paraissent d’un autre âge. 

Que les égos se taisent

Une des leçons de l’Athènes démocratique fut de montrer que la parole devait se substituer en politique à la violence. Les Rois se parlaient, déjà, dans la guerre de Troie, pleine de bruit et de fureur. Alors arène politique, la politique ? Certes, mais pas combat de gladiateurs. Arène politique mais pas cirque. Arène politique ? Que chaque candidat « fasse logos » selon l’expression lancée par Macron au grand débat démocratique de son premier quinquennat. Et que les candidats, soutenus par les journalistes, informés et responsables, prennent en considération l’intérêt des Français. Sans nous saouler, à peine entrés sur les plateaux de télévision – et pour se faire valoir – de chiffres, pendant que l’horloge parlante décompte les temps de parole. Que les egos se taisent ! L’adage le dit : Arma cedant togae.

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Et d’abord que la parole se libère de contraintes idiotes. Qu’on cesse de dire sans arrêt « les Françaises et les Français, les électrices et les électeurs, les candidates et les candidats, toutes et tous ». Ce bêlement insupportable fatigue tout le monde, faisant perdre, au passage… du temps de parole ! Finie la mère Ubu et son matraquage idéologique ! Ce serait un grand pas démocratique de fait que ces retrouvailles heureuses avec notre langue française où le masculin pluriel est… inclusif !

Riche et légère

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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