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Il y a une vie après l’Assemblée

La chronique mensuelle d’Emmanuelle Ménard, dans le magazine « Causeur »


Il y a une vie après l’Assemblée

En juin, les Français ont subi des « émeutes festives », ils ont vu leurs députés adopter la loi sur la fin de vie (comprendre l’euthanasie), le PS continuer de se chercher une boussole et LFI bloquer une loi cruciale : l’interdiction du mariage pour les OQTF. Ils ont désormais mérité de bonnes vacances !


Il fait chaud. Très chaud même. Mais c’est promis, je ne vous parlerai ni du congé climatique, ni de la proposition de la CGT d’instaurer un chômage technique pour tous – en étant payé bien sûr –, en cas de températures supérieures à 28° pour les travaux physiques et 30° pour les travaux sédentaires, ni encore de ces écoliers que l’on renvoie chez eux sans se soucier des parents qui travaillent. Rassurez-vous, il reste bien d’autres sujets à aborder : pour rire, pleurer ou se mettre en colère.

Émeutes festives

Après les graves débordements de la nuit du 30 au 31 mai, lors de la victoire du PSG en Ligue des champions, j’ai découvert un nouveau concept dans mon journal local. Pour nos journalistes de Midi Libre, il ne s’agissait que « d’émeutes festives ». Rappelons les faits au lendemain de cette « fête » : un mort, une personne en urgence absolue, 219 blessés et 780 interpellations. Sans oublier les hordes d’individus hurlants, les nombreux tirs de mortiers, la destruction de mobilier urbain et de magasins, ou encore les violences à l’encontre des policiers. Mais qu’à cela ne tienne puisque, « en ces temps où le pain manque, il nous reste les jeux, se réjouit l’éditorialiste de notre quotidien régional. Alors ne boudons pas notre plaisir. […]Les sociologues ont documenté le phénomène depuis longtemps : ces “émeutes festives” ont toujours existé, de Rotterdam à Naples en passant par Barcelone. » Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’est certainement pour ça que notre ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est félicité de son côté d’une situation « globalement contrôlée », d’un « maintien de l’ordre remarquable » prouvant que la France était, en la matière, un « grand pays ». Vous avez dit « aveuglement » ?

Euthanasie

Faut-il y voir un aveu d’impuissance ? Certains politiques, incapables d’améliorer concrètement le quotidien des Français, se précipitent pour légiférer sur leur mort. Les députés ont donc examiné une nouvelle fois la proposition de loi sur l’euthanasie en cette fin de mois de juin. Ils ont même été retenus une partie de leur week-end dans l’Hémicycle pour boucler une fois pour toutes ce texte. Le 30 juin, ils l’ont adopté, avec seulement 63 voix d’écart, avant un vote définitif le 15 juillet. Je ne vais pas vous redire ici toutes mes « réserves » sur une telle loi. Ceux qui paieront le prix fort seront les vieillards, les malades, les handicapés. Et demain, les dépressifs ou les plus démunis. Non, je veux juste vous faire lire ou relire les extraits du message que Louis-Benoît Barth, atteint de la maladie de Charcot, a adressé à Emmanuel Macron et à Sébastien Lecornu. « Les médecins savent comment cette histoire se terminera. Moi aussi. […] Aujourd’hui, je sais surtout combien un être humain peut être fragile et combien il a besoin d’encouragement lorsque la fatigue, la peur ou le découragement deviennent envahissants. […] Je n’ai pas besoin d’une aide à abandonner. J’ai besoin que mon pays m’aide à tenir. J’ai besoin que la société me rappelle que ma vie conserve pleinement sa valeur, même diminuée, même dépendante, même fragile. Donnez-nous le courage de vivre. » Quelle leçon de vie ! Monsieur Barth, puissiez-vous donner un peu de votre courage au président de la République et à son Premier ministre.

A lire aussi, dans le même numéro: E. Bastié / N. Polony: désaccords souverains

Noûs

Connaissez-vous Noûs ? C’est le nouveau think tank du Parti socialiste. Une « fabrique de lucioles » pour reprendre leurs propres mots. Et même, « un lieu lucioles ». Pour éclairer. Le monde, je suppose ? Ça fait du bien cette fraîcheur. Ça nous change de la politique vile et brutale qui nous agresse au quotidien. Bon, pas sûr que ça les aide beaucoup à « réarmer intellectuellement la gauche face à l’extrême droite » mais chut, laissons-les rêver encore un peu. Et puis, ça me rappelle quelque chose. Vous vous souvenez peut-être du fameux « Pensez printemps » d’Emmanuel Macron en 2017. Quand le futur chef de l’État n’était que promesses et optimisme. Dix ans plus tard, on voit le résultat. Toute ressemblance serait purement fortuite.

Marc Bloch

Ainsi, la petite-fille de Marc Bloch a refusé la présence du Rassemblement national – « ces héritiers de la Waffen-SS qui l’ont assassiné » – lors de la cérémonie de panthéonisation de son grand-père. Mais cette même petite-fille, Suzette de son prénom, était-elle obligée de poser avec toute la grande famille de La France insoumise ? Marc Bloch, historien, écrivain, soldat, résistant, était juif aussi. Même si sa famille le dépeint plutôt comme « athée d’origine juive », c’est aussi pour sa judéité qu’il a subi l’humiliation d’être déchu de sa nationalité avant de perdre tout le reste. Et c’est lui rendre un drôle d’hommage que d’aller s’afficher avec un parti qui, depuis le 7-Octobre, n’a guère retenu ses diatribes antisémites. Pire qu’un contresens.

OQTF

Et de deux ! C’est la deuxième fois que la proposition de loi du sénateur Demilly qui prévoit d’interdire à un étranger en situation irrégulière de se marier en France ne peut pas être adoptée à l’Assemblée nationale à cause de l’obstruction de La France insoumise. Les débats ont cette fois commencé dès le matin afin d’avoir suffisamment de temps pour examiner la longue liste des amendements déposés par l’extrême gauche. Qui dit obstruction dit en général degré zéro de l’argumentation. Nous n’avons pas été déçus : « texte raciste et xénophobe », « facho », « contre l’amour » et j’en passe. Sans préciser une seule fois que le texte ne visait évidemment que les étrangers clandestins. On pensait sincèrement – et il s’y était engagé – que Gérald Darmanin allait demander un « vote bloqué », une procédure qui permet au gouvernement d’accélérer la discussion pour contrer l’opposition parlementaire. C’était compter sans les groupes Renaissance, MoDem et Horizons qui n’ont pas voulu en entendre parler et ont ainsi concédé une nouvelle victoire à LFI qui pavoisait… La France mourra de ces petits calculs politiciens.

Voire même

Thomas Sotto, sur RTL, interroge le candidat à l’élection présidentielle et maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane. Il lui demande si, à son avis, la France est prête à élire un président musulman, juif, gay, voire même (sic)… une femme. Petit rappel pour notre ami journaliste, les femmes aujourd’hui représentent 51,7 % de la population en France : elles sont 2,3 millions de plus que les hommes. Donc bien plus que les musulmans, juifs et gays réunis. Pan sur le micro.

Été 2026 - #147

Article extrait du Magazine Causeur




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Ancienne députée

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