Un homme sur deux estime désormais qu’il a trop de ventre. Un progrès vers la parité ?
J’ai déniché une étude révélant que les hommes sont, eux aussi, complexés par leur physique autant que les femmes. Enfin, pas moi exactement : Le Parisien. Le quotidien reprenait une étude de l’IFOP menée par l’excellent François Kraus. Mais je suis un peu perdue, car nous sommes bombardés d’informations contradictoires.
D’une part, à l’Église — c’est-à-dire dans le journal Le Monde — notre nouvel ennemi serait le masculinisme. Une menace qui justifie un rapport sénatorial et un coup de gueule de Philippe David sur Sud Radio. Une idéologie de plus en plus violente et populaire chez les jeunes, en réaction à la glorieuse révolution MeToo. Pour la directrice de la DGSI, ces jeunes gens qui braillent sur les réseaux sociaux que les femmes sont faites pour obéir constitueraient même une nouvelle menace terroriste.
D’autre part, on nous rebat les oreilles avec la body positivity. Tous les corps sont beaux, les rondeurs, c’est formidable. On a même vu quelques mannequins vêtues de taille 36 (les maigrichonnes habituelles font plutôt du 32)… Bref, loin des diktats de la mode, nous sommes priés de nous accepter tels que nous sommes : moches et méchants.
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C’est plutôt bien que les gens acceptent leur corps, me direz-vous. Sauf que c’est faux. En fait d’acceptation de soi, c’est toujours la même norme qui fascine. Sur les réseaux sociaux, des influenceuses retouchées vendent abondamment coupe-faim, capsules minceur et gommages anticellulite, explique Le Parisien. Et non seulement les femmes sont toujours aussi complexées, mais les hommes s’y mettent aussi, bombardés d’injonctions à ressembler à Schwarzenegger (jeune). Soixante et un pour cent des femmes se trouvent trop grosses. Et 50 % des hommes — contre 25 % il y a vingt ans1. Le sondeur François Kraus analyse : « La moitié des hommes n’adhèrent pas à l’idée simple du respect de tous les corps. C’est un sacré retour en arrière. »
La nouveauté, ou le phénomène marquant selon moi, ce n’est pas tant que les hommes soignent leur apparence, mais qu’ils épousent désormais les codes du féminin. D’ailleurs, hommes et femmes font la même fixette sur leur ventre, objet de toutes nos angoisses. Dialogue typique dans les séries américaines :
— Elle : Dis-moi quelque chose de gentil.
— Lui : You lost weight.
Désormais, l’homme et la femme peuvent échanger ces répliques.
Avant d’aller réveiller sa belle, le prince charmant se torture. Miroir, mon beau miroir, suis-je assez mince ? Suis-je le plus musclé ? Les hommes parlent régime et musculation avec leurs copains. Bref, ils sont en passe de devenir des filles comme les autres. Je laisse à chacun, et surtout à chacune, le soin de juger si c’est un progrès.
- Étude Ifop pour Darwin Nutrition réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 17 au 21 mai 2026 auprès d’un
échantillon de 3004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2026/06/122444-ifop-darwin_regime_estival_2026.06.19.pdf ↩︎
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