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Nouvelle vogue

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yeyes sheila vartan

Que n’a-t-on pas dit et écrit sur les yéyés ? L’Internationale des intellectuels français s’est déchaînée sur eux, les taxant, tour à tour, de dégénérés et d’abrutis. Les plus cyniques les considéraient comme de vulgaires produits de consommation, des pantins de l’industrie du disque dont la date de péremption était inscrite au dos de leurs 45-tours. Les plus marxistes voyaient en ces jeunes désœuvrés le bras chantant de l’impérialisme américain qui, sous couvert de roucoulades et de déhanchements, détournaient les forces vives de la lutte des classes.

Les plus bigots fermaient les yeux devant ces corps enlacés, prémices à une sexualité forcément débridée et à la perversion des âmes. On a donc accusé, ni plus ni moins, tous ces garçons et ces filles de mettre en péril l’équilibre de notre nation. Ils avaient le dos large. Avec le recul, c’est d’autant plus ridicule et risible qu’au mieux, ces baby-boomers du transistor triomphant ont juste balayé la vieille garde de la variété. Les Maurice Chevalier et Tino Rossi ne se sont jamais complètement remis de cette « nouvelle » vague sonore. La chanson à texte, goualante à souhait, a fini de brailler dans nos oreilles. Juste pour ça, remercions-les.[access capability=”lire_inedits”]
Certains diront que cette musique venue d’Amérique était facile, donc suspecte idéologiquement. Elle fit cependant danser tous les adolescents qui accédèrent ainsi à une véritable reconnaissance sociale dans un pays dogmatique où, jusque-là, on était soit un enfant, soit un adulte. De Colombey à la Place du Colonel-Fabien, les gamins de France ont vite choisi le camp du rock & roll. Les puristes regretteront que notre yaourt tricolore, pâle copie, mal traduite et mal comprise, ait « sali » l’esprit originel du rock et de ses pères fondateurs : Elvis, Chuck Berry ou le fracassant Jerry Lee Lewis. Mais les yéyés sont toujours là. La nostalgie n’explique pas tout. Et si, simplement, ils avaient eu du talent ? Et si leurs tubes, trop populaires et trop naïfs, n’avaient été que l’expression légère et rêveuse de la jeunesse ?
Il suffit de revoir la photographie de Salut les copains prise en 1966 par Jean-Marie Périer pour se rappeler que le fourre-tout yéyé a amalgamé des artistes aux cultures musicales très éloignées, de la pureté lyrique d’une Michèle Torr à la monotonie londonienne de Françoise Hardy, du séminariste berrichon Hervé Vilard au centralien malgache Antoine, du Niçois à santiags Dick Rivers au gendre idéal Adamo.  Si ces idoles attirent toujours un public nombreux, c’est qu’elles incarnaient un certain espoir et une douceur de vivre que la mondialisation a enterrés.
En 2012, Sheila a fêté ses cinquante ans de carrière à l’Olympia. La « petite fille de Français moyen » n’est pas cette insupportable gamine à couettes et jupe écossaise qui a été injustement critiquée. Quelle carrière ! Profitons de cette année 2013 pour célébrer une autre gloire des yéyés qui fêtera ses cinquante-cinq ans de chanson : Richard Anthony, peut-être le plus grand, le plus charismatique chanteur des années 1960, la voix chaude, des manières de dandy égyptien, la symbiose parfaite entre la pop britannique et le charme méditerranéen, une vie aux multiples rebondissements, un personnage à la Fitzgerald, un monde englouti… Sa reprise de Sunny guérit tous les maux de la Terre.[/access]

*Photo : Affendaddy.

Février 2013 . N°56

Article extrait du Magazine Causeur


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Journaliste et écrivain. Dernier ouvrage paru : "Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo", Pierre-Guillaume de Roux Editions, 2021

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