Tour de France 2020: des débuts prometteurs et le panache de Julian Alaphilippe.


Lorsque la course cycliste Paris-Nice s’est achevée le samedi 14 mars au sommet du col de la Colmiane en raison de la pandémie de Covid-19, nous n’imaginions pas que nous allions devoir vivre de longues semaines dans le confinement sans voir nos amis, sans pouvoir assister à la messe, sans possibilité d’aller au cinéma ou de regarder des compétitions sportives à la télévision.

29 août, le Tour démarre…

Depuis la vie quotidienne redémarre avec prudence et étrangeté. Les messes se déroulent avec une ferveur certaine, le travail reprend doucement, les cinémas sont ré-ouverts. La saison cycliste resserrée d’août à octobre, elle, a repris nous offrant deux classiques italiennes splendides, les Strade Bianche et Milan San Remo remportées par le flamboyant Wout van Aert. 

Ce samedi 29 août 2020, le Tour de France  a commencé dans une atmosphère mêlant peur de la contamination des coureurs et suiveurs par la Covid-19, enthousiasme d’assister à la plus grande et belle course cycliste du monde et espérance de vivre un Tour de France aussi beau que celui de 2019, une course qui ne serait pas cadenassée par les Inéos et les Jumbo Visma pour leur leader respectif Egan Bernal et Primoz Roglic. 

La première étape conduisait les coureurs de Nice à Nice. Malheureusement, la pluie a fait son apparition sur les routes sèches et grasses les rendant glissantes, un  verglas d’été très dangereux. Pavel Sivakov chutait, puis suivait Julian Alaphilippe et de très nombreux coureurs. Tony Martin (Jumbo-Visma) demandait alors aux coursiers de neutraliser la course jusqu’à 20 kms de l’arrivée afin d’éviter une hécatombe. Un sprint massif voyait la victoire surprise d’Alexander Kristoff (UEA Emirates). Une chute collective – dont celle de Thibaut Pinot – coupait le peloton en deux à 3 kms de l’arrivée.

Alaphilippe à la manœuvre

Le tracé de la deuxième journée promettait une belle bagarre. À la fin de l’étape, la Deceuninck-Quick Step a mené un train rapide dans le col d’Eze et dès les premières rampes du col des Quatre chemins, Bob Jungels a encore durci la course permettant à Julian Alaphilippe de porter une attaque tranchante suivi par Marc Hirschi (Sunweb). Adam Yates (Michelton Scott) revient sur eux avant le sommet. Les trois hommes se lancent dans une descente à tombeau ouvert avec 18 secondes d’avance. 

Le champion français manœuvre habilement dans le sprint, laissant Adam Yates mener, surveillant Marc Hirschi du coin de l’œil. À 250 mètres de la ligne, alors que le peloton se rapprochait dangereusement, Alaphilippe lance le sprint et triomphe levant un doigt vers le ciel, dédiant cette  victoire à son père décédé fin juin. Empochant les dix secondes de bonifications qui lui permettent d’endosser le maillot jaune, Alaphilippe nous a encore fait vibrer. C’est un immense coureur et un homme de bien pour qui la famille, l’amour, l’honneur, le respect du Tour de France et du maillot jaune comptent énormément.

La troisième étape de Nice à Sisteron, un beau parcours à travers des gorges dont celles du Verdon, des belles vallées, des villes et bourgs où des églises et chapelles de grande beauté magnifiquement filmées par le caméraman de France 2 et bien présentées par l’historien Franck Ferrand nous rappelèrent la force de notre civilisation chrétienne. Une étape calme où les Français Benoit Cosnefroy (AG2R), Anthony Perez (Cofidis) et Jérôme Cousin (Total Direct Énergie) échappés firent honneur au Tour. Le final parcouru à  très grande vitesse se conclut par un sprint houleux et nerveux où l’excellent sprinteur australien Caleb Ewan (Lotto-Soudal) se faufila tel un petit diable entre les balustrades et Peter Sagan (Bora-Hansgrohe) pour venir coiffer sur la ligne Sam Bennett (Deceuninck-Quick Step). 

Alpahilippe toujours en jaune

4 ème étape, dès le kilomètre zéro, six hommes sortaient sur un parcours vallonné. Alexis Vuillermoz (AG2r La Mondiale), Quentin Pacher (B&B Hôtels), Mathieu Burgaudeau (Total Direct Energie), Tiesj Benoot (Sunweb) et les deux solides gaillards d’Israël Start-up Nation Nils Politt et Krists Neilands, n’ont jamais vraiment cru à la victoire. 

La faute à l’équipe de costauds de Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step). Impressionnantes bêtes à rouler Rémi Cavagna et Tim Declerq ont imprimé un tempo régulier en tête de peloton empêchant l’écart entre les échappées et le peloton de s’envoler. La course s’est donc jouée entre les leaders dans la montée finale vers Orcières-Merlette, une ascension de 7,1 km à 6,7%), sur une route parfaitement goudronnée et roulante. Dans les derniers kilomètres de l’ascension les Jumbo Visma: Tony Martin, Wout Van Aert et Sepp Kuss ont mené un train d’enfer afin d’empêcher toute attaque. Vaillant et courageux, l’intrépide et impeccable Guillaume Martin (Cofidis) a porté un démarrage tranchant au 500 mètres. Mais rien à faire contre la force des deux Slovènes, Primoz Roglic (Juumbo Visma) réglant au sprint son compatriote Tadej Pogacar (U.E.A. Emirates). Julian Alaphilippe garde le maillot jaune.

Le col de la Lusette, petit nouveau

Après quatre jours courus sous haute tension, le peloton du Tour de France éprouva le besoin de souffler entre Gap et Privas. Les 183 kilomètres ne présentaient pas de difficultés ne laissant aucune chance aux baroudeurs. Promise aux purs sprinteurs, cette 5ème étape au final tortueux se terminant par un léger faux plat a permis au jeune rouleur-puncheur Wout van Aert (Jumbo-Visma) de gagner.  Pénalisé de vingt secondes pour ravitaillement non autorisé à 17 kms de l’arrivée, Julian Alaphilippe a cédé son maillot jaune au Britannique Adam Yates (Mitchelton-Scott).

La petite ville du Teil, située au bord du Rhône dans le Sud de l’Ardèche, durement frappée le lundi 11 novembre 2019 par un séisme d’une rare violence en France, accueillait le départ de la 6 ème étape du Tour de France. 191 kms se terminant au sommet du Mont Aigoual après 35 kilomètres de montée, dès la sortie de la commune de Le Vigan, dont les rudes pourcentages du col de la Lusette. 

Bredouilles depuis le début du Tour, les échappés ont vu leurs efforts récompensés. Les huit hommes – Rémi Cavagna (Deceuninck-Quick Step), Greg Van Avermaet (CCC), Alexey Lutsenko (Astana), Jesus Herrada (Cofidis), Daniel Oss (Bora-Hansgrohe), Neilson Powless (EF Pro Cycling), Nicolas Roche (Sunweb) et Edvald Boasson Hagen (NTT) – partis dès le baisser de drapeau,  ne comptaient pas leurs efforts pour arriver à leur fin. L’avance atteignait les six minutes à 70 kms de l’arrivée. Les Jumbo-Visma de Primoz Roglic accéléreraient l’allure dans le petit col de Coste (km 146) suivi par un tempo très soutenu des Ineos-Grenadiers de Egan Bernal au pied du splendide et inédit col de la Lusette, sans aucun doute pour bien placer leur leader et empêcher toute velléité d’attaque de la part de prétendants à la victoire finale à Paris.

L’avance des fuyards fondaient jusqu’à 2’30 ». Puis le rythme endiablé du peloton qui avait considérablement maigri baissait. Devant, Lutsenko attaquait son dernier compagnon Powless à quatre kilomètres du sommet et s’envolait vers la victoire au Mont Aigoual.

Secouer les cadors

Dans le groupe des leaders aucun des favoris n’a osé bougé une oreille, ce qui permet au Britannique Adam Yates (Mitchelton-Scott) de conserver son maillot jaune. 

Dépossédé hier de son maillot jaune, Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step), a réagi avec le panache qui le caractérise, secouant le groupe des cadors en plaçant une violente banderille à deux cents mètres de la ligne. Pour l’Auvergnat, le gain est minime (1 »). Mais son désir d’attaquer et de faire honneur au Tour de France reste très vivace.

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