Stéphane Tiki, secrétaire national des Républicains, défend le port de l’uniforme à l’école, facteur d’intégration à la communauté nationale. 


Présenté comme une solution aux inégalités, aux clivages sociaux et surtout comme un outil au service de l’identification de l’élève à son établissement scolaire, et par-delà même à l’institution républicaine, l’uniforme scolaire fera son apparition à Provins, commune de Seine-et-Marne et jadis bastion d’Alain Peyrefitte et de Christian Jacob. A travers cette annonce, le maire provinois marque sa volonté de mettre en pratique une idée trop souvent théorisée par la droite sans pour autant que celle-ci soit mise en place, de peur de paraître surannée voire liberticide aux yeux d’une gauche dogmatique.

Pourtant, cela fait presque quinze ans que la droite a fait de l’uniforme scolaire un de ses chevaux de bataille en matière d’éducation.

Dès 2003, dans un rapport intitulé « Pour une nouvelle laïcité », François Baroin préconisait parmi ses 16 propositions, « l’expérimentation du port de l’uniforme à l’école » afin, entre autre, de lutter contre la violence et le racket, omniprésents dans certains établissements. Conscient du procès de négation des différences entre les individus et de dérive totalitaire qui allait lui être fait, le maire de Troyes objectait alors que l’uniforme existe déjà dans le milieu scolaire, « matérialisé aujourd’hui par trois bandes, un puma ou une virgule. »

Quinze ans plus tard et après plusieurs tentatives de réhabilitation de l’uniforme, que ce soit sous le terme de « tee-shirt ou tenue comparable » comme le souhaitait Xavier Darcos en 2009, ou de « vêtement commun », comme mentionné dans le pacte républicain de l’UMP de novembre 2011, voilà que c’est au tour de Jean-Michel Blanquer d’abonder dans le sens de l’édile aubois.

Interrogé récemment par Apolline de Malherbe sur l’initiative du maire de Provins, le ministre de l’Education nationale a en effet rappelé qu’il s’agissait d’une réponse concrète et cohérente de la part des pouvoirs publics pour lutter contre les dérives matérialistes et mercantiles des jeunes esprits. Mentionnant également l’enjeu d’égalité auquel une telle mesure pourrait répondre, il a cependant d’emblée tempérer son propos, en ajoutant qu’en même temps, il ne faisait pas de ce procédé « l’alpha et l’oméga d’une politique éducative ». Dont acte.

Jean-Michel Blanquer aurait également pu (dû ?) rappeler qu’en dehors de toute considération égalitaire ou conservatrice (au sens scrutonien du terme), il s’agissait de porter un coup de boutoir à l’héritage de Mai 68 et à ses méthodes pédagogiques.

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Car alors que le président de la République s’est finalement refusé à commémorer les 50 ans de la révolte estudiantine et ouvrière, il apparaît que même ce dernier ne verrait pas d’un mauvais œil le retour d’une dose de tradition dans les établissements scolaires.

Passionné d’histoire et de philosophie, nul doute que l’hôte de l’Elysée devrait se souvenir des « hussards noirs » de l’École normale primaire de garçons d’Orléans décrits par Charles Péguy dans L’Argent au moment d’évoquer le sujet. Plus qu’un simple bout de tissu, cette tenue homogène était un « uniforme civique » qui plaçait sur un pied d’égalité « fils d’ouvriers, mais surtout de paysans et de petits propriétaires ». Il s’agissait alors de louer les vertus de l’instruction publique de la « Républiques des Jules » et de l’autorité professorale incarnée dans la sobriété d’une tenue quasi-sacerdotale.

Si aujourd’hui l’uniforme répond à la fois à une sociologie et un public totalement différents, tant les professeurs et autres camarades de classe de Charles Péguy ressemblent très peu à leurs héritiers de 2018, force est de constater que la finalité pédagogique demeure similaire : celle de l’identification de l’élève à son établissement et de l’enfant à la communauté nationale.

Car dans une société de plus en plus marquée par l’émergence d’un multiculturalisme à rebours de la tradition française et par le retrait du sentiment d’appartenance à la République, une telle mesure permettrait de gommer le risque de fracture sociale et sociétale dans les cours de récréation et de replacer le professeur au cœur de sa mission première, qui est celle de la transmission du savoir dans le cadre de la nation.

En portant un uniforme dont les codes vestimentaires font sens, eu égard à l’histoire de leur commune, de leur territoire, les élèves prendraient conscience qu’ils appartiennent à une institution dont la valeur cardinale est celle de la transmission, tandis que dans le même temps les différences sociales seraient gommées sur l’autel d’une discipline vestimentaire et comportementale. Si le principe d’égalité ne cesse d’être invoqué aujourd’hui pour légitimer les réformes entreprises dans l’Education nationale, pourquoi vouloir se priver de ce qui pourrait le matérialiser dans la réalité ?

De fait, proposer le port de l’uniforme à l’école, c’est envisager l’Education nationale comme un lieu où les enfants se rassemblent autour de valeurs communes, au-delà même de leurs milieux d’origine. C’est redonner sens à la devise républicaine qui orne le fronton de nos mairies. C’est enfin (re)bâtir, dès le plus jeune âge, le socle sur lequel repose l’aspiration partagée du vivre-ensemble. Loin, très loin de la caricature liberticide et de la posture dogmatique incarnée par les derniers tenants d’un Mai 68 magnifié.

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