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Sheila sauvera-t-elle le soldat Astra Zeneca?

Astra Zeneca: un problème de riches

Sheila sauvera-t-elle le soldat Astra Zeneca?
Montage Causeur © Thomas Coex/AP/SIPA SADAKA EDMOND/SIPA Numéros de reportage : AP22550164_000031 00822770_000086

Le refus de l’Astra Zeneca en dit beaucoup plus sur notre société que sur les risques du vaccin anglo-suédois

Je ne suis pas sûr que l’idée de Jean Castex de  faire vacciner Sheila à l’Astra Zeneca soit l’initiative du siècle. Ou alors, un peu comme moi, en matière de variété, Jean Castex qui a mon âge, est resté bloqué dans les années soixante. Je dispose en effet d’une collection de 45 tours et du Tepaz qui va avec. Tout cela m’a été donné à l’adolescence par une cousine qui avait 16 ans en 1963. Je les écoute encore aujourd’hui et le grésillement du haut-parleur me renvoie à une nostalgie de l’époque yéyé. Les nostalgies des époques que l’on n’a pas connues sont doublement inguérissables. Je renvoie à Baudelaire qui a écrit de bien jolies choses sur la question.

Le client est roi

Néanmoins, cela m’a rendu Castex sympathique pour la première fois. Je l’imagine, entre deux conseils de défenses, écouter sur son téléphone « Petite fille de Français moyen » ou « Mais oui, mais oui, l’école est finie », chanson qui ne doit pas beaucoup plaire à Blanquer, mais c’est une autre histoire. Un homme qui pense à Sheila en pleine crise sanitaire majeure ne peut pas être tout à fait mauvais.

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D’ailleurs, vouloir sauver le soldat Astra Zeneca est tout à son honneur. Pas seulement parce que la fameuse stratégie vaccinale du gouvernement risque de connaître quelques difficultés supplémentaires si les centres de vaccination qui proposent le vaccin anglo-suédois et celui de Johnson et Johnson ferment parce que les gens n’en veulent pas, mais aussi parce que cette attitude de refus à quelque chose dit beaucoup de notre époque. A savoir que le citoyen ne se considère plus comme un usager quand il prend un transport en commun, comme un parent d’élève quand il met ses enfants à l’école ni comme un patient quand on veut le vacciner. Mais dans tous les cas de figure, comme un consommateur, un client et on sait, selon l’adage, que le client est roi.

On voit là les résultats d’une économie de marché qui est devenue une société de marché. On a dépassé les cent mille morts, la tension hospitalière est toujours à 116% et on tourne à 35 000 contaminations par jour en moyenne (source Covid-Tracker). Mais bon, vous comprenez, moi, je préfère le Pfizer à l’Astra Zeneca, comme on préfère une BMW à une Mercedes. Si en plus on pouvait choisir la couleur, ce serait parfait. Il semble que la peur des vaccins à ARN messager soit bien loin : apparemment, on ne craint plus de se retrouver avec de la 5G dans le sang qui nous transformera en zombies du Grand Reset voulu par Bill Gates.

Quelques circonstances atténuantes

Ce retournement assez honteux a quelques circonstances atténuantes : l’Astra Zeneca bashing est le fils délirant du principe de précaution qui n’est pas quoiqu’on en dise, une spécialité française mais plutôt scandinave. Il suffit de voir comment se sont comportés le Danemark et la Norvège. On pourrait aussi imaginer un bon sujet de roman noir avec des rivalités souterraines, des manipulations médiatiques où les labos qui ont misé sur l’ARN messager veulent faire la peau à ceux qui ont misé sur l’adénovirus.

Mon généraliste m’a appelé il y a un petit mois pour me proposer la vaccination. J’étais encore hors cadre. Plus de 55 ans, mais pas de comorbidités. J’ai dit oui, parce que je n’ai pas de préférence entre BMW et Mercedes, et que je veux d’abord pouvoir emprunter la bretelle d’accès à une vie normale. Après tout, les Brits qui s’en sortent beaucoup mieux que nous en matière de vaccination ont utilisé pour l’essentiel l’Astra Zeneca et il n’y a pas eu de décès en masse pour cause de thrombose.

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Je ne crois pas que nos amis d’outre-Manche bénéficient d’une physiologie très différente de la nôtre. Ou alors (je fais une hypothèse à la Raoult), ils sont protégés des effets secondaires grâce au fish and chips et au Laphroaig. Ca tombe bien, j’adore ça et juste après avoir reçu le vaccin, si je n’ai pas connu d’effets secondaires, même pas un léger frisson fébrile, ce n’est pas grâce au paracétamol mais plutôt au cabillot frit et au single malt de l’ile d’Islay.

En attendant, faire la fine bouche ou la fine épaule devant un vaccin contre cette saloperie, quel qu’il soit, c’est vraiment un problème de riches, d’égoïstes et pour le coup, de gens drogués aux approximations des chaines infos. Là où l’on devrait remercier la science, s’émerveiller du génie humain, on tergiverse, on fait des manières, on s’auto-intoxique, on se montre incapable d’évaluer un risque.

Allez, un bon geste, et comme dirait à peu près Sheila :

« Donne moi ta main et prends la mienne,

mais oui mais oui,

l’Astra Zeneca c’est pas fini. »


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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