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Serge Koster, point final

La langue française vient de perdre un de ses fidèles défenseurs

Serge Koster, point final
Serge Koster © Bridgemanimage

Écrivain prolifique, Serge Koster est décédé le 12 janvier 2022. Cet agrégé de grammaire, chroniqueur sur France Culture et au Monde, poussait les limites de la langue en s’inspirant de Montaigne, Racine, Léautaud, Ponge et Tournier. Un univers disparaît.


Il se méfiait de la fiction. Rigoureux, intransigeant même – d’où ses fréquentes ruptures racontées dans Mes brouilles –, Serge Koster s’appuyait sur la thèse de Gide et Valéry selon laquelle le roman doit être contingent, arbitraire et faux. Cela ne l’a pas empêché de frôler l’autofiction dans ses récits, où il prenait ses maîtres à bras-le-corps, comme dans Racine, une passion française (grand prix de l’essai de la Société des gens de lettres, 1998), Adieu grammaire ! (prix de la critique de l’Académie française, 2002), Michel Tournier (grand prix de la critique du Pen Club, 2005), Léautaud tel qu’en moi-même et Montaigne sans rendez-vous.

Sa véritable passion ? Le verbe. « La langue française tout entière convoquée dans un volume constitue mon asile, mon trésor, ma patrie, mon salut. » Il connaissait son anatomie sur le bout des doigts. Anagramme, aphérèse, concaténation, hyperbole, palindrome : pour lui, il s’agissait de figures charnelles, de rapports avec une maîtresse.

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À côté de cette maîtresse, ce professeur de français-latin-grec avait sa Muse, « l’Aimée », épousée il y a six décennies, modèle d’Une femme de si près tenue, roman remarqué pour sa difficulté par Pivot sur le plateau d’« Apostrophes ». Koster ne lâchera pas la bride, ce n’est qu’à travers l’exigence qu’on atteint le sublime.

Né à Paris en 1940, cet enfant caché – il découvrira sa judéité à l’âge de 7 ans, lors de sa circoncision — a mis du temps à se lâcher, attendant la trentaine, la mort du père et la découverte de Francis Ponge, pour écrire Le Soleil ni la mort, parrainé par Maurice Nadeau. Se définissant comme « pongiste », il trouva son style, bâti autour d’un trou : « Voici comment j’ai appris qu’au mot mort – espèce de trou dans la plage, substantif rongeur et béant de la page, trou du trou, est-ce dicible ? – correspondait de façon inouïe et paradoxale un événement définitivement hors de portée pour mes sens et ma conscience, l’établissement, l’instauration de l’absence. »

Compenser l’absence par la plénitude du style, quel projet ! Dans Trou de mémoire (prix Wizo 1991), il avoue que le latin et le grec furent des substituts du yiddish, perdu avant sa naissance. À la réédition de ce récit, il expliqua qu’écrire sur soi, c’est découvrir la honte, incarnée en littérature par Joseph K. Il y faisait face dans ses textes, avec une introspection sévère. Tout en parlant de soi, il continuait à lorgner sa Muse et ses avatars, comme dans L’Aura de leur nom – clin d’œil à Otto Preminger – et dans Les Blondes flashantes d’Alfred Hitchcock.

Désormais dans un trou, Koster nous laisse son corpus.

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Mars 2022 - Causeur #99

Article extrait du Magazine Causeur


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