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Sarkozy, pour la vie

Sarkozy, pour la vie

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Les Français n’imaginent pas leur chance, avec Sarkozy. A gauche, on nous serine, des sanglots dans la voix, l’exception française par-ci, l’exception française par-là. On nous rebat les oreilles comme quoi il est en train de la tuer. Grossière erreur : c’est rigoureusement impossible, puisque notre exception française, c’est lui ! Notre président, on nous l’envie partout en Europe, en ces temps si troublés. Si, si.

Il ne viendrait à personne l’idée d’envier la France parce qu’elle est, par exemple, un pays parmi les plus prisés des investisseurs étrangers et des touristes. Pensez-vous, comment pourrait-il y avoir réellement tant d’investisseurs dans un pays de feignasses surmutualisées défendues par des syndicats archaïques et un Code du travail soviétiforme ? Il doit y avoir une erreur. Les économistes doivent mentir sur les chiffres. Quant aux touristes, c’est pareil. A qui allez-vous faire croire que la France reste la destination la plus prisée au monde ? Vous les avez vus, au foot, en Afrique du Sud, les Français ? Pays de racailles, d’islamistes, de caïds. Encore deux ans et c’est une mosquée au Mont Saint-Michel et le parvis de Notre-Dame transformé en aire pour voleurs de poules, pardon pour roms, pardon pour gens du voyage…

Tourisme, investissement et vols de carambars

Au passage, rappelons que les investisseurs et les touristes font chez nous à peu près la même chose : amener du pognon. La seule différence est qu’un investisseur suédois ne prend pas de photos de la Tour Eiffel, ne se laisse pas inviter à boire un chocolat chez Angelina et a de moins jolies jambes que la touriste de même nationalité. Il y a néanmoins un cas particulier où l’investisseur permet de voir de jolies jambes. C’est quand Woody Allen[1. En profiter pour lire l’excellent Woody Allen de Laurent Dandrieu (CNRS éditions).] tourne Midnight in Paris avec un rôle pour la Première Dame, Carla Bruni.

Sarkozy, qui est en guerre cet été – on s’attend toujours à le voir avec un casque lourd quand il arrive quelque part – trouve tout de même deux heures dans son emploi du temps de généralissime en pleine bataille de la Marne pour regarder Carla Bruni refaire trente deux fois sa prise, celle où elle tient à la main une baguette de pain[2. D’après les journaux anglais… Mais ça sent le cliché, tout de même, Woody.].

Mais Sarkozy rattrapera le temps perdu en grimpant dans son Air Force One pour se rendre à Chatouilly-sur-Loire, où l’épicière vient de se faire voler pour la cinquième fois ses carambars. Là, il déclarera solennellement la guerre aux voleurs de carambars, en profitera pour élargir son propos à la nécessité de faire des sacrifices : « Il faut que les parents apprennent à leurs enfants qu’il y a des périodes où c’est un carambar, pas deux. » Et juste après, il remontera dans son avion tout neuf à deux cent millions d’euros et téléphonera pour virer le préfet de Chatouilly-sur-Loire, qui n’a pas été foutu de démanteler un trafic de carambars dans son département.

Quand on vous dit que c’est Sarkozy et rien d’autre qu’on nous envie ! On ne va pas nous envier pour notre système de santé, tout de même ? Vous rigolez ? Il est en ruine. Il faut vraiment être Anglais pour venir se faire soigner chez nous les yeux, les dents, le cœur. Les Anglais sont un des moteurs de la finance mondiale. Sans eux, on en serait encore au troc. Ils ont inventé la City pour faire de la finance moderne, c’est-à-dire de la finance qui finance la finance. Du coup leurs trains déraillent, leurs écoles aussi et on est mis sur liste d’attente quand on arrive avec un infarctus à l’hosto. Mais gouverner, c’est choisir.

La France ne sera plus le Cuba de l’Europe !

Vous avez vu, nous, ce qu’on avait choisi, avant Sarkozy ? La honte. S’occuper prioritairement de la santé, de l’éducation et de projets industriels à très long terme. Du coup, ce n’est pas compliqué, depuis la Libération et le programme du CNR, les Français ne vivaient que pour la retraite et les congés payés. Et vous avez sous les yeux les résultats de soixante ans d’économie administrée. Trois fois rien. Des trains à grande vitesse, des Airbus, des fusées Ariane et une indépendance énergétique accrue grâce au nucléaire.

On ne lui sera jamais assez reconnaissant, à Sarkozy, d’en avoir fini avec l’éducation et la santé. Il a écarté de nous cette honte : être le Cuba de l’Europe. Ne souriez pas. On n’en était pas loin. C’était quoi la France, avant lui, sinon un pays où l’on dansait sur la plage avec des emplois à vie ? Où l’on dépensait des fortunes pour soigner les vieux. Où l’on envoyait tout le monde à l’école, même les Arabes, lire La Princesse de Clèves. Tout ça, ça creusait les déficits et on n’était même pas foutu d’inventer des produits financiers sérieux, genre subprimes, pour faire comme les anglo-saxons, ces champions.

Une longévité exceptionnelle

Oui, mais là où Sarkozy est incontestablement le plus fort, c’est dans sa longévité au ministère de l’Intérieur et la cohérence profonde en matière de sécurité depuis. Il n’a pas varié d’un iota et il n’y a pas à dire, c’est une réussite complète. Sarkozy est ministre de l’Intérieur depuis 2002. Accessoirement, il s’est fait élire président de la République en 2007 pour garder le job.

Quand il a eu, d’ailleurs, cette formule célèbre, « J’ai tué le job », ce n’est pas de ministre de l’Intérieur qu’il parlait, contrairement à ce qu’on croit. C’était du job de président. Et s’il n’avait pas été là, pendant ces presque dix ans, place Beauvau, on se demande où on en serait. Vraiment.

Les scénarios de science-fiction ne me font pas peur. Aussi invraisemblable que cela puisse vous paraître, il n’est pas impossible que, sans cette politique de la tolérance zéro, on se soit retrouvé avec des quartiers qui seraient devenus des zones de non-droit et des bases arrière pour le grand banditisme. On peut même aller jusqu’à imaginer que s’il n’y avait eu la poigne de fer de Nicolas, des émeutes auraient éclaté pendant plusieurs semaines partout en France, faisant des centaines de blessés et des millions d’euros de dégâts, et que la gendarmerie soit obligée d’intervenir dans la vallée du Cher comme dans n’importe quel djebel où traînerait une katiba à éradiquer. On pourrait également prédire que tout le monde ayant perdu le sens de la mesure, on commence à s’en prendre à des parties de la population non en raison de ce qu’elles font mais de ce qu’elles sont, que des Chinois, des Noirs et des Algériens rejouent South Central et Watts à Belleville, le quartier symbole de la Commune de Paris.

On pourrait imaginer, pourquoi pas, une France qui aurait l’impression d’être à la limite d’une guerre civile ou ethnique, ça dépend de quel côté de saucisson on se place. Oui, je sais, je vais un peu loin. Mais cette dystopie insécuritaire aurait été hélas fort vraisemblable si Sarkozy n’avait pas été là pour impulser une politique rigoureuse en la matière.

C’est pourquoi, je propose une modification de la Constitution (on trouvera bien la voix de Jack Lang au Congrès pour faire une majorité des deux tiers), laquelle devrait être ainsi rédigée : « Article I, la République attribue à vie le poste de ministre de l’Intérieur. Article II, il est confié à Nicolas Sarkozy. » Comme ça, quand il ne pourra pas se représenter en 2017, il sera toujours là pour œuvrer à cette paix civile qu’il a si heureusement entretenue depuis 2002.

Et les Français seront bien rassurés. Comme maintenant.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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