Lors d’un débat télévisé, Jean-Luc Mélenchon avait dit : « je veux rendre la France aux Français ». Cette énormité, ce blasphème, cette saillie nauséabonde ne passa pas inaperçue. Sur une radio du service public Jean-Michel Aphatie, outragé et indigné, lui reprocha de parler comme Marine Le Pen. Elle-même – c’était suggéré – parlant comme les idéologues d’extrême-droite des années 30…

Nous refusons de nous engager sur ce chemin boueux et infâme. Par prudence d’abord. Et aussi parce que notre patronyme nous interdit d’adhérer avec enthousiasme au programme intitulé « La France aux Français ».

Le vocable est noble, trop noble

C’est frustrant. Et parfaitement dommageable pour notre équilibre personnel. Mais nous avons trouvé une compensation innocente et inattaquable. Elle se nomme : « Rendons le français au français ». C’est un peu réac, il est vrai. Mais ça contourne l’obstacle des « heures les plus sombres de notre histoire ».

S’agissant de l’utilisation du français – de la langue française, donc – une tribune publiée dans Libération a nourri notre perplexité. Signée par des dizaines de personnes résidant dans les quartiers dont on parle tant et toutes « issues de la diversité » (c’est bien comme ça qu’il faut dire ?) elle appelle à voter Macron. Et une phrase revient, lancinante, dans le texte : « Les quartiers populaires vont marcher avec Macron ».

Le mot « Macron » ne pose pas de problème. Il est dans la banalité quotidienne du débat électoral. Mais tel n’est pas le cas « des quartiers populaires ». Le vocable est noble, trop noble : il contient le mot « peuple ». C’est le peuple qui a pris la Bastille, érigé les barricades de la Commune et s’est soulevé en 1944 pour libérer Paris.

Appelons un chat un chat!

C’est le peuple qui, abandonné par les élites de gauche et de droite, a fini, écœuré, par se tourner vers le Front national (la sociologie de son électorat ne laisse aucun doute sur cette réalité). C’est le peuple qui se lève tôt le matin pour aller au travail. C’est le peuple qui se réveille également tôt le matin, puis se recouche désespéré car, au chômage, il réalise qu’aucun travail ne l’attend.

Qu’est-ce que les quartiers baptisés « populaires » avec l’eau bénite déversée par les curés de la rive gauche ont à voir avec le peuple ? Pourquoi ne pas appeler ces quartiers par leurs noms ? Les Franc Moisins à Saint-Denis, le Mirail à Toulouse, la Cité des 4000 à La Courneuve… Ce serait leur rendre justice que de leur redonner leurs vrais noms. Et ce serait rendre justice à la vérité que d’écarter l’adjectif « populaires » de lieux où il n’a pas sa place.

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Benoît Rayski
est journaliste et essayisteest journaliste et essayiste