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Dans l’ombre de Luchaire, Cédric Meletta raconte

Avec Les Rayons et les Ombres, réalisé par Xavier Giannoli et porté par Jean Dujardin, le cinéma français s’intéresse au destin paradoxal de Jean Luchaire, journaliste devenu l’un des piliers de la Collaboration française.


Pour comprendre ce parcours complexe, nous avons interrogé Cédric Meletta, historien et journaliste, auteur de Jean Luchaire, L’enfant perdu des années sombres (Perrin, 2013, réédition Pocket, 2026), une enquête minutieuse qui décortique les choix, les ambitions et les ambiguïtés morales de cette figure trouble de l’Occupation. Meletta, qui a également collaboré au scénario du film, éclaire les zones d’ombre de Luchaire, entre utopie pacifiste et trahison, et montre comment son histoire résonne encore dans notre époque obsédée par responsabilité et engagement.


Causeur. Dans votre livre, vous décrivez Jean Luchaire comme une figure à la fois charismatique et dangereusement ambitieuse. Qu’est‑ce qui vous a fasciné dans cette personnalité improbable, au point de consacrer une enquête entière à sa trajectoire ?

Cédric Meletta. Ce jeu d’émotions qui passent pour opposées mais qui, pour beaucoup d’entre nous, se nourrissent l’une de l’autre : la fascination, et sa lumière noire : la répulsion. Luchaire est à lui-seul un oxymore, une antiphrase, une affinité élective. Quand j’en ai fini avec mes humanités, aux alentours de l’an 2000, et que je débute dans la recherche, avec ce rapport sensible à l’archive et à tous types de sources, je tombe sur ce personnage (c’est le mot !). Conçu à Venise, éduqué dans une ville aussi civilisationnelle que Florence, puis Parisien de Paris, organisateur, novateur, malin, élégant, enrobant, ça claque, ça me claque. Et puis, je jette le coup d’œil et le voile sur sa courte et violente postérité. Fusillé à moins de 45 ans. Forcément, ça convoque une autre imagerie, un autre champ lexical : Abetz, Reich, Collaborationnisme, Ultra-Collabo de Sigmaringen, renoncements, partouzes, pantalonnades, et whisky à gogo. C’est divinement dangereux et décadent. C’est déjà un film. Une histoire cinématique, une silhouette ciné-génique. Il a sa place dans une thèse de mille pages, certes, mais sa trajectoire vaut plus que ça. Dormir dans un rayonnage de B.U ou l’une de ces armoires en alu qui trônent dans les services administratifs des universités. Il fallait d’autres sillons, d’autres regards, une approche large et neuve. Il fallait drainer. Un livre problématisé, bien bâti, juste, mais un peu inspiré, c’était la clé. Dix ans de boulot. D’autant que personne, jusqu’à alors, n’avait osé prendre ce risque d’enquêter sur ce destin ambivalent, et, il faut bien l’avouer, complètement casse-gueule. Parce que beaucoup d’omerta et de secrets bien gardés. 

Vous revenez longuement sur son enfance et ses influences littéraires – en quoi les lectures et les liens familiaux de Luchaire expliquent‑ils ses premières inclinations pacifistes puis son glissement progressif vers l’aveuglement politique ?

Pas besoin de grands développements et d’un name-dropping bavard. Juste deux ou trois vignettes. Quand, pré-adolescent, vous mangez régulièrement, mais à la bonne franquette, à la table d’un prix Nobel de Littérature (Romain Rolland, apôtre de la paix), et que vous êtes présentés tel un « sujet d’avenir » dans une correspondance entre deux autres Nobel de littérature (André Gide et Roger Martin du Gard), avant d’être adoubé, comme le jeune chantre du droit des peuples, par un prix Nobel de la Paix, cette fois, en la personne d’Aristide Briand, ça fait beaucoup de prix, de bruits, mais Nobel, n’est-ce pas l’explosion garantie ? Pas plus inflammable.

Le film de Xavier Giannoli met en scène ce glissement « des rayons vers les ombres » en explorant les zones grises de sa psychologie. Selon vous, comment cette notion de zones grises rend‑elle justice ou, au contraire, simplifie‑t‑elle le portrait complexe qu’on découvre dans votre livre ?

Dans le cas de Jean Luchaire, justice est faite, quant à la simplification, elle est, tout bonnement, interdite de séjour dans ma réflexion sur la complaisance sous l’Occupation française. D’autant que la zone grise est le propre de l’homme, non ? C’est certainement ce qu’il y a de plus excitant dans le travail biographique, ce zonage entre grège et anthracite. Le gris pastel de la marche à la guerre, avant la fuite vertigineuse et fuligineuse vers Sigmaringen. Ça complexifie les situations à l’aune du caractère et des penchants de celui ou celle qui la délimite. L’entre-deux, c’est ça qui stimule une pensée et la fortifie. Un peu maître, un peu esclave, un peu victime, un peu bourreau, on s’attire, on se sépare avant de se rabibocher avec un être ou un sentiment, c’est ça notre ADN. Pas besoin d’avoir lu Kafka, Koestler ou Primo Lévi. Même si, c’est mieux… Je fais un peu long, désolé. Mais juste un petit exemple. Hitler prend le pouvoir le 30 janvier 1933. Moins d’un mois après, le 27 février, il fait mettre le feu au Reichstag dans le but d’incriminer, donc de se débarrasser, des communistes allemands, alors qu’à cette même date, à Paris, du côté de la Mairie du XVIIIème, Jean Luchaire, interlocuteur d’Hitler, est l’invité d’honneur du mariage de sa sœur « Ghita » (confidente de Robert Desnos) avec Théo Fraenkel. Juif, apatride, médecin des pauvres et cofondateur de Dada. Pas plus surréaliste comme scénario. C’est même carrément la zone ! Pourtant, on dit que se marier un lundi, ça porte bonheur, et aux mariés, et à leurs entourages.

Luchaire pensait d’abord œuvrer pour la paix entre la France et l’Allemagne. Comment analysez‑vous cette ambition – légitime en apparence – et son retournement en complicité voire adhésion à la Collaboration ? Et quelles leçons contemporaines peut‑on en tirer ?

Pas de leçon, à tirer ou à donner. Juste, informer, et ce sera déjà une petite victoire. Au départ, Jean Luchaire, c’est un peu plus que du pacifisme, c’est le droit et le rapprochement entre les peuples. Dans sa revue, il publie des intellectuels hindous, propose un éveil aux lettres mexicaines ou japonaises et peut, à loisir, visiter le protectorat marocain en 1926 au bras d’une jeune maîtresse mandchoue. Après, il évolue. Pour garantir la paix internationale, on a besoin d’un bloc européen fort et solidaire, et ce bloc, passe par un pivot franco-allemand des plus béton. Et pour couler ce béton, il faut siéger, écrire, être patronné par des stars de la politique, de la presse et de la diplomatie. A partir de 1925, Jean Luchaire n’est plus un philanthrope droit-de-l’hommiste, il n’est plus un pacifiste de peau, ou de ces pacifistes objecteurs ou activistes qui foutent le feu aux casernes, non, c’est un pacifiste de cabinet et de commissions. Le militant est devenu un pion d’échiquier qui doit, coûte que coûte, garder le cap avec une large audience. Un chroniqueur judiciaire en vue disait de lui : c’est la Troisième République et son système institutionnel éculé qui l’ont grillé. J’ai bien dit « système ». Ses fonds, secrets ou non, son rendant, service ou mondain, son clientélisme et son succédané, la corruption, ou encore, un manque évident de garde-fous exécutifs… tout ça, combiné, jure avec la faiblesse et la légèreté de son caractère.

Dans votre enquête, vous montrez que Luchaire n’a pas seulement côtoyé les milieux littéraires mais aussi constitué un « carnet d’adresses » stratégique. Ce réseau a‑t‑il servi ses illusions de pacifisme ou plutôt contribué à son aveuglement ?

Le point de bascule, c’est juin 1927. Luchaire fonde son mensuel. Notre Temps. C’est son bébé. Il n’est plus porte-voix ou journaliste engagé, il n’est plus une signature qui rassure l’opinion, c’est un patron. Dans ce sommaire inaugural, cosignent le neveu de Bergson et le petit-fils du Capitaine Dreyfus sous le nom d’une romancière oubliée, riche héritière d’une célèbre marque de vermouth. Mais, ce qui lui importe, c’est que ça sorte. Il faut que ça marche. Pour ça, le capitalisme a créé la publicité. Autrefois, on disait la « réclame ». Quand on considère ce mot daté, et sa polysémie, tout est dedans. Réclamer de l’argent, trouver un financement « quoi qu’il en coûte ». On entre en dépendance, on est concupiscent, on pourrait dire : psychologiquement incontinent, comme fragilisé par la faiblesse de sa volonté. C’est la septième Epître aux Romains de Saint-Paul, dans le texte et dans l’idée : « Ce que je veux, je ne le fais pas ; ce que je ne veux pas, je le fais ». 

Le film met fortement l’accent sur la relation entre Jean et sa fille Corinne, qui devient un symbole poignant de loyauté et d’aveuglement filial. Dans votre livre, quelle place occupe cette dynamique familiale dans la compréhension de ses choix politiques ?

Plus que d’une dynamique familiale, je parlerai d’un couple. On les prenait pour un couple à la ville, de par leur jeunesse trépidante et bien portée. Jean a eu Corinne à 19 ans. Cela tombe en résonnance directe avec le livre que je suis en train d’achever. Un essai romancé, à paraître cet automne, sur Rosita Luchaire, dite « Corinne », la star montante du ciné fauchée par l’histoire et sacrifiée sur l’autel d’une relation père-fille très forte mais terriblement toxique. Jean, c’est le Florentin solaire qui fait rire les séniors, et fait s’écarquiller les yeux de n’importe quel enfant par un sourire esquissé ou un simple claquement de doigts. Il ne veut surtout pas déplaire, règle d’or du séducteur. Il dégage beaucoup d’assurance tout en massacrant l’éducation de sa fille aînée. Pas de codes. Pas de règles. Pas de bagages transmis. C’est là où le bât blesse. La vie, ma chérie, c’est que du bonheur, le chic de l’instant présent, la vie est contingente… ce laxisme familial et filial est à la base de leur trop grande tolérance avant le temps des égarements.

A lire aussi, Philippe Bilger: L’Histoire ne fait pas peur à Xavier Giannoli…

Vous avez exploré la question des responsabilités morales dans Les Nouveaux Temps ou Toute la vie, où Luchaire devient propagandiste nazi. Comment répondez‑vous à ceux qui considèrent encore aujourd’hui que la Collaboration est un cas d’école d’erreur tactique plutôt qu’une trahison morale ?

C’est les deux. Ce sont deux éléments-gigogne, et intimement imbriqués. « Miser sur la mauvaise carte », comme dit Patrick Modiano, et ne pas vouloir voir que la martingale juteuse et prometteuse n’a pas fonctionné. Pire, que c’est du toc, un truc de charlatan et de bonimenteur. On met les saletés sous le tapis, le plus important étant de se tenir sur ce beau tapis Boukhara qui en jette. Se tenir bien campé, le port haut, la mise soignée… on ne veut surtout pas entendre les shampouineurs sonner à la porte…

Dans les critiques du film, certains commentateurs saluent l’absence de manichéisme et le refus d’un portrait trop simplifié. Pensez‑vous que cette réflexion nuance vs. caricature est essentielle pour comprendre non seulement Luchaire mais aussi les périodes de crise politique aujourd’hui ?

Xavier Giannoli réfléchit à ce projet depuis 2016 environ, même avant, peut-être. Le contexte est donc loin d’être celui qui nous interroge à l’heure actuelle, avec sa démagogie, son hypocrisie, et sa décérébration ambiante de gens, ou jeunes gens qui ne savent plus parler en écoutant, ni écrire avec l’audace et un sens critique mesuré. Quand il me contacte en 2020 pour parler d’un projet sur les Luchaire, père et fille, c’est ça qui me plaît dans son « précipité » de deux pages, sorte de pitch avec une tagline éloquente. Doser savamment. Pas de raccourcis, pas d’idées fixes. Rendre intelligible et lisible des tranches de vies qui ne le sont pas. Trouver la bonne alchimie entre le souffle du grand cinéma et l’ouverture d’un vrai débat (national) à l’aune d’une masse documentaire colossale. Xavier a beaucoup lu, beaucoup analysé chaque glissement, ses causes et ses conséquences directes comme indirectes. Il a calculé son coup en ébauchant une matrice où chaque détail s’ajoute au service d’une proposition (et non d’une démonstration), où chaque personnage est rigoureusement à sa place. Je me souviens de nos échanges sur le tournage, sur le montage, en off également, et plus particulièrement de cette phrase : « tout ça, c’est plus que de la précision ! » C’est une vaste machinerie scrupuleusement huilée, montée, remontée et programmée pour sonner à n’importe quelle heure. Il a créé un genre nouveau, du moins chez nous en France. Le blockbuster d’auteur ! Une belle enveloppe, des moyens conséquents pour interroger intimement, et même civiquement, un spectateur qui, à plusieurs reprises dans ce film, a envie de s’enfoncer davantage dans son fauteuil. Gêné, emprunté… alors qu’il est, lui aussi, in-no-cent.

Votre livre montre que Luchaire ne condamna jamais les rafles ni la persécution des Juifs, malgré ses regrets personnels. Comment situeriez‑vous cette forme de « regret banalisé » par rapport à notre époque, où la mémoire et la responsabilité sont au cœur du débat public ?

Les Luchaire ne savaient pas pour l’extermination, mais comme le reproche Moguy à Corinne dans le film, ils n’ont pas cherché à savoir, ou à enquêter sur la fin du voyage et du Grand-Dérangement. Lâcheté et veulerie pour l’un. Suivisme pour l’autre. On est à contre-courant de notre temps, régi par les lois du réseau social, où il faut être d’accord, pas d’accord, avoir un avis tranché sur tout. Non, être informé honnêtement, ce serait déjà pas si mal. Ce qu’il y a de plus terrifiant dans ce long-métrage, c’est ce glissement glaçant, avec des convictions qui volent en éclat au gré des stades et des césures. C’est le degré de nocivité de cet éclat qui titille le lecteur (et le spectateur) en son for intérieur. Luchaire l’espoir, Luchaire le promoteur, Luchaire l’élu et le lauréat, Luchaire le pseudo-gouvernant à la faveur d’accommodements de plus en plus puants et dérangeants. Avoir l’ambition de déranger, oui, mais à condition de vouloir se laisser faire. C’est ce reflet que propose mon texte et le film de Xavier Giannoli. Le premier plan, la première prise de ses deux-cents minutes de film, n’est-ce pas le tain d’un miroir fatigué ?… Réfléchissons-y.

Enfin, si vous deviez conseiller quelqu’un qui découvre aujourd’hui cette histoire à l’aune des enjeux politiques contemporains (polarisation, populisme, désinformation), quel message ou quelle mise en garde tireriez‑vous du destin de Jean Luchaire ?

Aucun message. Juste l’humilité d’une vie à hauteur d’homme, en accord avec son tempérament et celui des êtres proches. C’est mon petit côté idéaliste, bien que je sois un grand pessimiste, mais joyeux le pessimiste. Je laisserais donc le mot de la fin à l’un de mes nombreux maîtres, Charles Bukowski, et à son épitaphe au cimetière de Palos Verdes : DON’T TRY !…

640 pages

Jean Luchaire

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L’Histoire ne fait pas peur à Xavier Giannoli…

Notre chroniqueur a déjà vu deux fois Les Rayons et les Ombres. Soit deux fois 3h19, donc. Mais il ne le regrette visiblement pas.


Tant d’autres titres étaient possibles, entre lesquels j’ai hésité. Lumières et Turpitudes ; ou Jean et Corinne Luchaire : gloire et trahisons ; ou encore Xavier Giannoli : un cinéma devenu adulte… J’en ai finalement choisi un qui renvoie à l’audace de Xavier Giannoli d’avoir traité cette séquence de notre Histoire : celle de Jean Luchaire, fusillé à la Libération ; de sa fille Corinne, actrice célèbre puis déchue ; et d’Otto Abetz, ami du couple, devenu au fil du temps un nazi de plus en plus convaincu et soumis. J’ai eu la chance de découvrir, avant sa sortie officielle prévue le 18 mars, ce chef-d’œuvre de 3 h 20, Les Rayons et les Ombres, grâce à l’excellente revue Positif. Depuis, je suis à la fois frappé et inquiet devant l’extraordinaire promotion du film et la multitude d’entretiens accordés par Xavier Giannoli et Jean Dujardin, ensemble ou séparément. Je ne la trouve pas du tout imméritée, mais je redoute que, comme pour Germinal, il y a des années, elle ne devienne à la longue contre-productive, en donnant au public le sentiment qu’ayant entendu parler du film en détail, il l’a en quelque sorte déjà vu et qu’il se dispense dès lors d’aller le recevoir de plein fouet dans une salle de cinéma. Ce serait dommage lorsque, chose rare dans le cinéma français – Lacombe Lucien de Louis Malle s’étant surtout attaché aux ressorts profonds ou au hasard qui peuvent conduire un jeune homme à choisir la Milice plutôt que la Résistance – un grand cinéaste décide de consacrer une œuvre à la réalité tragique et traumatisante de cette période, à travers trois personnages demeurés dans la mémoire de ceux qui, passionnés par l’Histoire, ses rayons et ses ombres, ses héros et ses salauds, ont longtemps regretté que le cinéma français ait laissé de tels sujets d’exception dans la discrétion.

Bonne foi et cynisme

Sur ce point, même de la part de l’intelligent et courageux Xavier Giannoli, j’ai été surpris de percevoir comme une légère réserve dans l’explication du choix de ces destinées, comme s’il fallait presque s’excuser d’avoir enfin su donner au cinéma cette liberté, cette gravité, cette profondeur, cette vérité qui lui manquent souvent. Je ne mets pas en cause la focalisation sur le réquisitoire du procureur général Lindon, qui demanda et obtint la peine de mort de Jean Luchaire, avec une argumentation percutante et très honorable dans une période où l’on fusillait trop volontiers ceux qui avaient emprunté le plus mauvais chemin de l’Histoire. Le film de Giannoli, dont le scénario a été élaboré avec deux partenaires au terme de mille recherches ayant permis une exactitude absolue ou, à tout le moins, une parfaite plausibilité – je songe à Céline éructant publiquement sa haine des Juifs -, est admirable à plus d’un titre. D’abord grâce aux acteurs : je tiens à mettre en pleine lumière Jean Dujardin, qui incarne formidablement Jean Luchaire. Très légitimement, on a porté aux nues la révélation de Nastya Golubeva, mais on en a un peu oublié le premier, ainsi qu’August Diehl, remarquable en Otto Abetz. Sur le fond de ces destins qui se déploient sous le feu tour à tour festif, troublant, atroce, dramatique et presque apocalyptique de l’Histoire – celle d’une France occupée par l’Allemagne nazie, avec la collaboration de Français de bonne foi ou cyniques, et la multitude de profiteurs jouissant de ce que ce temps offrait aux privilégiés tandis que la pénurie accablait la masse – le scénario se révèle exemplaire. Il montre avec précision, pour Jean Luchaire, le passage d’un pacifisme généreux à une naïveté coupable, jusqu’à une trahison faite de faiblesse et d’abandon ; pour sa fille Corinne, l’évolution d’une actrice atypique et brillante, couronnée de gloire et de facilités somptuaires sous le regard adorateur et complaisant d’un père, avant la dérive, la chute et l’oubli ; pour Otto Abetz enfin, la dégradation d’un Allemand d’abord peu convaincu par le nazisme en un militant hitlérien justifiant tout, et devenu férocement antisémite.

Promotion excessive ?

Il y a dans ce film exceptionnel – le grand art sublime la misère et le malheur des êtres – la création d’un climat qui, au fil des scènes, glisse de la normalité ambitieuse vers les excès et les délires d’un monde déjà pressenti proche de sa fin. On y reconnaît une France où se mêlent aux nazis les collaborateurs, les corrompus, les affairistes, les êtres de plaisir… Le sens de la fête devait s’aiguiser parce que le temps était compté, que le désastre approchait et que la mort, parfois obscurément désirée, semblait suspendue au-dessus des têtes. On pouvait tout se permettre puisqu’on avait déjà tout perdu… Je ne voudrais pas encourir moi-même le reproche de participer à une promotion excessive et je me contenterai d’inviter ceux qui me font l’honneur me lire à aller, à partir du 18 mars, s’abreuver aux sources de ce très grand film, où se mêlent aveuglement, tragique et pitié. Au début de ce billet, évoquant le caractère unique de cette œuvre, je l’avais jugée sans équivalent. À la fin de ce post, dans une comparaison très élargie, je ne vois guère que la série Un village français qui puisse se situer au même niveau.

Puisque Xavier Giannoli n’a pas peur de l’Histoire et qu’il a su, avec tant de talent et de probité, explorer cette obscure séquence du dévoiement, des compromissions et parfois de la mort affrontée courageusement, je rêverais qu’il consacrât un jour son immense talent à Robert Brasillach. Il y aurait là, pour un cinéaste de sa trempe, la possibilité de sonder une autre destinée tragique, où se mêlent l’aveuglement politique d’un écrivain égaré et le prix terrible que l’Histoire exige parfois de ceux qui ont choisi le mauvais camp. J’irai revoir ce film unique.

Chuck Norris: qui pourra (maintenant) sauver le monde?

Avec la disparition de l’acteur et karatéka à l’âge de 86 ans, figure viriliste, parangon de la baston affirmée, le manichéisme ceinture noire d’une Amérique triomphante vient de subir sa plus grande défaite idéologique. À défaut de rétablir la paix dans le monde, il aura au moins sauvé le petit écran et fait sourire…


La France a peur. Le monde occidental tremble sur ses bases. Qui pour nous protéger dorénavant ? Qui pour monter la garde face aux menaces en tout genre ? Qui pour mater cet adversaire invisible, le croquemitaine qui vient perturber la quiétude des honnêtes gens le soir quand la ville dort ? Qui pour combler les après-midis soporifiques de la télévision et y injecter un peu de baston au lieu du tripatouillage électoral dominical ? On l’attendait dans notre canapé.

Un p’tit gars de la campagne

Comme un messie blond à moustache, chapeauté, les yeux fixes, la mâchoire immobile, banal donc dangereux, il ne correspondait à aucun héros d’alors. Il n’était pas moderne, plutôt rustique d’apparence, s’habillant comme un Américain moyen ; il ne roulait pas en Ferrari comme Magnum ou dans un Van made in USA comme l’Agence tous risques, ce gars-là était d’ailleurs.

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D’une ruralité exogène. D’une société antique où le coup de tête est toujours la solution comme le professait Joss Beaumont dans Le Professionnel. On était partagés entre la farce du personnage, sa sobriété bestiale au second degré et le plaisir de voir les bons, les petits, les « sans-grade », les « sans-dent » triompher à la fin. Son minimalisme brutal et décomplexé était l’existentialisme d’un Occident à bout de souffle. Le dernier sursaut des invisibles. À cette époque-là, on n’analysait pas politiquement la démarche de Chuck. On se foutait de savoir pour qui il roulait. S’il était la vitrine paysanne de l’impérialisme yankee ou le puncheur de l’audimat. S’il était encarté ou déshumanisé. On observait sa technique de frappe comme naguère David Carradine nous apprenait à canaliser notre force intérieure. Chuck, c’était à la fois Popeye, Rambo et Dolly Parton. Du karaté, de la Country et un long pick-up de 6,9 litres de cylindrée consommant comme un supertanker dans le port de Rotterdam.

The mentalist

Certains week-ends, entraînés par la puissance de conviction de Chuck, son mentalisme ferrailleur, on tentait quelques sauts périlleux entre la table de la salle à manger et le buffet de grand-mère. Des acrobaties qui finissaient mal en général. Une année, un vase de Gien, de collection, on me le précisa longtemps, ne résista pas à cet assaut tout comme la cheville du jeune intrépide que j’étais. Chuck nous autorisait à être jeune et con. Avec lui, la bagarre était la seule et unique résolution. Chuck maître en coups de pied fouettés, de face ou latéraux, n’était pas un diplomate, un conciliateur, un intercesseur entre le mal et le bien, il était le bras armé d’une justice immanente, caricaturale, sommaire, comique et sacrément reposante. Il garantissait la paix sociale sans demander l’avis à une convention citoyenne ou à une commission mixte paritaire. Ah si la vie avait pu se résumer à l’efficacité physique de ce Walker Texas Ranger, les municipalités auraient été plus sûres. Certains rêvaient de remplacer Marianne par un buste de Chuck. Avec ce gars né dans l’Oklahoma, l’équivalent de la Beauce, la vidéosurveillance était facultative, les forces de l’ordre accessoires et les Centaure pouvaient rester au garage. Avec un Chuck populiste assumé, les problèmes liés au narcotrafic et à l’insécurité étaient réglés en 50 minutes chrono.

A lire aussi, du même auteur: Joue-la comme Vilas!

La légende voulait que même le diable en personne changeait de trottoir quand il croisait Chuck. Que soutenir son regard vous damnait pour plusieurs générations. Et que le soleil lui demandait la permission de se lever chaque matin, par peur de son courroux.

Ce soir, au grand désespoir de nos parents qui nous ont payé de longues et coûteuses études, par sa simplicité biblique et son humour de garnison, Chuck aura un peu façonné notre vision de la loi du Talion et il nous amusa beaucoup. Chuck, c’était aussi la mythologie d’Hollywood, l’un des porteurs du cercueil de Bruce Lee avec, entre autres, James Coburn et Steve McQueen. Ce gars-là était terrible !

Les tendresses de Zanzibar

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Nantes: la gauche panique

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A Nantes, l’accord de la honte entre la maire PS et LFI se retourne contre Johanna Rolland, maire de la ville et N°2 du PS.


Au premier tour du 15 mars, Johanna Rolland est arrivée en tête avec 35% des voix, talonnée de près par Foulques Chombart de Lauwe avec près de 34 %. Un coup de tonnerre pour Nantes, bastion PS depuis 1989, transformé en QG antifa depuis Notre-Dame-des-Landes, qui en dit long sur le ras-le-bol de ses habitants. William Aucant, candidat LFI, obtenait 11% des suffrages, se positionnant en faiseur de roi. La semaine de campagne du 2eme tour qui s’achève a été marquée par la panique d’une majorité municipale à bout de souffle.

Dès le mardi 17 mars, Johanna Rolland déposait sa nouvelle liste pour le second tour, accordant dix places aux candidats de LFI. Une « fusion démocratique », dit-elle. Un pacte avec le diable, répondirent ses alliés démocrates. Car Johanna Rolland avait pourtant déclaré maintes fois qu’elle ne s’allierait jamais avec LFI. Foulques Chombart de Lauwe le martèle sans détour : « Madame Rolland avait promis pour le premier tour qu’elle ne s’allierait pas avec LFI, encore une fois elle rompt ses promesses, c’est un scandale démocratique. » Pour le candidat de la droite et du centre, Johanna Rolland « a décidé de s’allier avec un parti qui incarne le pire extrémisme français aujourd’hui, c’est-à-dire l’antisémitisme éhonté, la haine antipolice, la violence en politique. » Des mots forts, clairs, qui résonnent bien au-delà des rives de la Loire, jusqu’à Toulouse et celles de la Garonne.

Explosion de la gauche

L’onde de choc fut immédiate dans le camp socialiste lui-même. Bassem Asseh, le premier adjoint de Johanna Rolland, a claqué la porte après l’annonce de cet accord avec LFI. Il a quitté la liste, tout comme les membres du PRG ou de Place Publique. Le silence pesant de l’ancien maire, Jean-Marc Ayrault, figure tutélaire de la gauche nantaise, en dit long sur son embarras. Le silence d’un homme qui sait ce que cette alliance de la honte représente pour l’héritage qu’il a bâti durant des décennies.

A relire, Ivan Rioufol: Que vaut la parole d’un socialiste?

Le coup du « front antifasciste » contre le candidat de la droite et le centre

Le candidat LFI William Aucant avait appelé dès le soir du premier tour à « faire barrage » à l’extrême droite et à constituer un « front antifasciste ». La formule est grotesque. Face aux Insoumis se trouve non pas une liste d’extrémistes, mais un rassemblement de la droite républicaine et du centre (LR, Renaissance, Nouvelle Energie, Horizons, MoDem) conduit par un homme modéré, dont le parcours est une leçon de sérieux et d’engagement au service de l’intérêt général.

Foulques Chombart a en effet réuni autour de lui une grande partie des forces du centre, sa numéro deux n’étant autre que Sarah El Haïry, figure du parti de François Bayrou, ancienne ministre et actuelle haut-commissaire à l’Enfance. Tenter de la faire passer pour une « extrémiste » auprès des Nantais en dit long sur le niveau de panique de Johanna Rolland et ses alliés antisémites… Quant à Foulques Chombart lui-même, il a longtemps œuvré à l’Agence française de développement, consacrant sa carrière à des missions d’intérêt général, bien loin des caricatures que ses adversaires tentent de lui coller. Un homme de terrain, méthodique, qui a surpris tout le monde en remportant la primaire LR locale avant de rassembler un arc allant bien au-delà de son camp naturel.

Nantes est tenu par la gauche depuis 1989. Trente-sept années de pouvoir socialiste ininterrompu. Pour quel bilan ? La ville qui trônait jadis sur le podium des « communes où il fait bon vivre » a dégringolé au fond du classement. Malgré l’insécurité qui règne à Nantes, Johanna Rolland refuse d’armer la police municipale et d’investir dans les caméras de surveillance. La dette est en forte hausse (+56% par habitant à l’échelle métropolitaine), la pression fiscale est élevée, et la ville compte un record de défaillances d’entreprises. La ville de Nantes est sale, dégradée, la politique anti-bagnole et les travaux sans fins pénalisent le commerce, et l’actualité récente a montré le coût de l’inaction face aux inondations récurrentes du périphérique. Sur le plan politique, Johanna Rolland coche toutes les cases du bingo pseudo-progressiste: drapeau palestinien au fronton de la mairie, soutien à des associations antiflic, communautarisme à gogo, et wokisme culturel à temps plein. Le prix de l’immobilier est à la baisse, et les commerçants du centre-ville aux abois. Dans les milieux économiques, l’inquiétude est palpable. Les chefs d’entreprise nantais, d’ordinaire discrets, confient publiquement et par centaines leurs craintes face à la perspective de voir LFI peser sur les décisions municipales. Globalement, le fiasco est tel que de nombreux Nantais fuient la ville pour s’installer à Angers, ville nettement plus sûre. Le maire d’Angers, Guillaume Béchu, surfe d’ailleurs sur le déclin de Nantes pour sa propre campagne électorale : « Il y a un choix simple entre ceux qui veulent qu’Angers reste Angers avec moi, et ceux à gauche qui veulent qu’Angers devienne Nantes ».

A quelques heures du scrutin qui pourrait libérer Nantes de la gauche radicale, l’ambiance est tendue. Le « front antifasciste », terrifié par la perspective de la défaite, fait ce qu’il sait faire de mieux: pratiquer l’intimidation physique et verbale. Le QG de campagne du candidat de la droite et du centre a été vandalisé. Ses militants, victimes de menaces par un groupe d’antifas, ont dû se résoudre à appeler la police… Les Nantais, habitués au saccage régulier de la ville par la gauche radicale, pousseront-ils le masochisme jusqu’à donner les clés de la mairie à l’union du chaos formée par Johanna Rolland et ses alliés LFI ? Réponse dimanche.

Chalon-sur-Saône: la République se vit à tête découverte

La France Insoumise: la route de la servitude? La tentative avortée des élus de LFI d’imposer le port du voile au conseil municipal de Chalon-sur-Saône (71) est la poursuite folle de son projet total et mortifère de création d’une «nouvelle France».


En 1721, Montesquieu publie Les Lettres persanes, roman épistolaire dans lequel deux Persans, Usbek et Rica, décident d’entreprendre un long voyage à Paris.

Objet de toutes les curiosités dans la capitale, Usbek écrit: « Je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d’une grande ville où je n’étais point connu. Cela me fait résoudre à quitter l’habit persan, et à en endosser un à l’européenne, pour voir s’il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d’admirable (…). Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste ». Trois siècles plus tard, Lamia Sabrina Sari et Damien Saley, deux élus LFI, ont tenté d’imposer le port du voile au sein du conseil municipal de Chalon-sur-Saône ; trois siècles plus tard, ce n’est plus aux étrangers de s’assimiler aux Français, mais aux Français de s’assimiler aux étrangers.

Déjà en 1900, le maire du Kremlin-Bicêtre (94), Eugène Thomas, interdisait le port de la soutane sur tout le territoire de la commune « considérant que le costume spécial dont s’affublent les religieux peut favoriser leur autorité sur une certaine partie de la société ». Cinq ans plus tard, lors des débats de la loi sur la laïcité, un député radical-socialiste, Charles Chabert, posa un amendement afin que le port de la soutane soit interdit pour éviter les troubles à l’ordre public. Mais Aristide Briand, le rapporteur de la loi, rétorqua qu’il serait « ridicule » et « intolérant » que de vouloir interdire le port de la soutane dans un pays désirant instaurer « un régime de liberté au point de vue confessionnel (…) La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme un autre, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non, c’est la seule solution qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation. »

Le paradoxe individuel

En agissant ainsi, Aristide Briand fut-il le cheval de Troie des futurs assaillants de la France Insoumise ? Il instaura en fait un régime libéral confessionnel : « Le principe de la liberté de conscience et du libre exercice du culte domine toute la loi ». Le ver est dans la pomme. Aujourd’hui, la France Insoumise n’hésite pas à considérer comme une « police du vêtement » toute interdiction du port du voile au nom de la laïcité ! Cependant, c’est jouer sur les mots et c’est mélanger abusivement les contextes historiques.

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L’interdiction du port du voile relève d’un tout autre contexte que celui de la soutane. Il ne s’agit plus de la même religion, plus de la même réalité socio-culturelle. Il s’agit aujourd’hui de communautés étrangères entières qui importent avec elles en France une autre culture, d’autres mœurs, d’autres façons de vivre et d’autres manières d’être. Car « toutes les générations mortes pèsent comme un fantôme sur le cerveau des vivants », déclarait déjà Karl Marx dans son ouvrage Le 18 brumaire de Louis Bonaparte. Au nom de l’individu libéral, chacun semble libre de porter le « vêtement » qu’il désire. Bref, « Venez comme vous êtes », déclare LFI, reprenant à son compte le slogan de la chaîne de restauration rapide McDonald’s. « En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de famille aujourd’hui, il n’y a plus que des individus », avertissait Balzac dans son roman Mémoires de deux jeunes mariées. Atomisant la société, séparant les êtres, multipliant les liens contractuels et marchands, l’héritage révolutionnaire français pousse aussi à l’individualisation et à la dissolution du tissu social.

Le poison de la gauche

LFI s’assoit alors à la table d’une autre civilisation, l’islam, en utilisant les paradoxes de l’individu occidental pour recréer une nouvelle histoire mémorielle, une nouvelle France. Elle invente une France qui n’a jamais existé, de la même manière que les bolcheviks inventèrent le prolétariat en Russie pour faire advenir leur idéologie communiste. LFI tente la synthèse improbable de deux histoires : l’histoire occidentale, marquée par l’invention de l’individu, mêlée à celle de l’assujettissement et de la soumission orientale. Elle se sert alors du bélier individualiste pour enfoncer les remparts de la citadelle française et la soumettre aux volontés de l’islam. Au nom de l’individu, le port du voile est légitime ; au nom de la liberté, l’islam a tous les droits en France. Il est ainsi urgent pour ne pas dire vital que la société française s’interroge sur ses propres présupposés, sur les dangers individualistes des droits de l’Homme qui ne sont rien d’autre que « l’homme séparé de l’homme et de sa communauté » (Marx). En couronnant les « robinsonades libérales » (Marx) d’un homme hors-sol, d’un homme en soi, d’un Français séparé des autres Français par le droit et le marché, la France Insoumise a élargi les sillons du libéralisme français. Cette maladie de l’individu singulier singularisé, sans lien ni histoire, n’est rien d’autre que la volonté de réécrire tout son passé, de refonder ses origines par une ablation de pans entiers de la mémoire collective au seul profit d’un homme liquide et infiniment recomposable. Or si « notre héritage n’est précédé d’aucun testament » selon les mots du poète René Char, nous aboutissons à « la pointe avancée de l’être individuel » pour reprendre les mots du romancier Michel Houellebecq dans sa chanson L’ultime archipel.

Nihilisme

La France Insoumise sacrifie alors la France au règne d’une abstraction religieuse: celle de son humanisme intégral et hors-sol. Elle se sert de l’idée d’universalisme créée par la France et pour la puissance de la France pour la retourner contre les Français. Nietzsche, dans son ouvrage L’Antéchrist, était sans ambages : « Un peuple périt quand il confond son devoir avec l’idée du devoir en général ». Aujourd’hui, les instincts de tous les élus de la France Insoumise désirent une France abstraite ; une France qui poursuit une destinée malade ; une France qui s’auto-détruit dans la détestation morale et la fragilisation de ses instincts par honte d’être soi, par culpabilité d’être simplement français. La France Insoumise, c’est la France qui voit dans l’étranger le salut de l’idée de la France au lieu de voir dans son propre peuple la grandeur de son pays. La France Insoumise n’aime pas les Français ; elle n’aime pas la réalité française ; elle est animée d’un ressentiment contre tout ce qui est concrètement français. Pour la France Insoumise, la France n’est qu’une Idée. La question effrayante demeure de savoir jusqu’à quel point ce bacille nihiliste a pénétré les corps et les chairs chez ceux mêmes qui prétendent le combattre.

Combien de «tout blancs tout moches» pour parrainer Mélenchon en 2027?

A la tribune mercredi soir, le leader de LFI s’est amusé devant ses soutiens des polémiques qu’il suscite dans le pays avec ses allusions répétées à la « Nouvelle France », aux « racisés » ou à la créolisation. « Vous avez vu les histoires que je me suis faites avec des réacs en leur disant Ah ben oui, la basilique Saint-Denis, pas moyen de la faire si vous n’aviez pas demandé aux musulmans comment on fait. Ils se sont tous mis à hurler » a-t-il notamment avancé. « Ils ont le front de venir me dire que c’est les Goths qui ont inventé les arcs brisés. Ça ne va pas, les Goths ils étaient juste capables de briser les arcs et c’est tout. (…) Il a bien fallu un jour qu’un, ou une, se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes. »


Pour que sa candidature à l’élection présidentielle soit dûment validée, M. Mélenchon, comme tous les autres candidats, devra être en mesure de se prévaloir du parrainage de cinq-cents élus. Telle est la loi adoptée en 1962, visant à éviter – ou tout au moins limiter – les candidatures trop manifestement fantaisistes.

Selon cette loi, sont habilités à parrainer un candidat un certain nombre d’élus dont les députés, les sénateurs, les maires, les présidents des communautés urbaines, d’agglomération, de communautés de communes, etc…

Nous ne nous abaisserons pas ici à faire le décompte de la proportion parmi eux des « tout blancs, tout moches » et de ceux qui, selon la doctrine mélenchonienne pourraient être classés dans la catégorie toute nouvelle des « tout beaux parce que pas tout blancs ».

S’en trouvera-t-il cinq cents, de ces « tout moches », le moment venu pour oublier et glisser sous le tapis l’avalanche de monstruosités, de mensonges, d’injures, de menaces proférés par le potentiel candidat Mélenchon ces derniers mois, ces dernières années, et, toute honte bue, toute dignité balancée à la poubelle, lui apporter leur soutien ?

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Soutiens qui, convient-il de rappeler, obéissent à certaines règles. Ils doivent émaner d’élus d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans que leur nombre dépasse 10% (soit 50 parrainages) pour un même département ou une même collectivité. De plus, chaque élu ne peut parrainer qu’un seul candidat, et son choix est irrévocable. Non seulement irrévocable mais rendu public. Autrement dit, l’élu soutenant, par exemple M. Mélenchon, aura à assumer ce choix devant ses électeurs, auprès des citoyens. Cela non seulement au moment des élections, mais fort longtemps après. Les soutiens sont rendus publics au fur et à mesure de la réception des parrainages et la liste définitive de ces parrainages – avec nom, prénom et qualité des élus –  est publiée dans son intégralité huit jours au moins avant le premier tour du scrutin sur le site du Conseil constitutionnel et au Journal officiel.

Sauf à imaginer que M. Mélenchon puisse obtenir le parrainage de cinq-cents élus créolisés – son rêve éveillé, il est vrai – il lui faudra bien se résigner à aller séduire une bonne palanquée de « tout Blancs, tout moches ».

Et c’est alors que le pays, les citoyens, les électeurs, auront la joie sans pareille de débusquer qui, parmi leurs élus, est soumis à l’Insoumis en chef au point d’accepter de s’abaisser à faire fi des crachats, des insultes reçus, des ignominies et mensonges proférés, comme on l’a constaté encore récemment lors du lynchage du jeune Quentin Deranque.

Non seulement en faire fi, mais, à la vérité, en redemander.

Aussi, se prend-on à espérer quelque chose comme une conjuration des cinq-cents, une fronde, un front du refus. Refus du parrainage anti-blanc, anti-civilisation française, anti-France pour tout dire. Voilà qui constituerait, selon moi, ce qu’on pourrait qualifier à juste titre d’acte de résistance. Pour de bon.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Guerre en Iran: prendre notre part

Depuis que les Iraniens ont entamé une stratégie de généralisation du conflit pour contraindre les Etats-Unis à cesser les combats sous la pression des pétromonarchies effrayées par le désordre économique, la nouvelle guerre du Golfe prend une perspective mondiale.


Certains commentateurs (notamment dans la diplomatie française) reprochent aux Etats-Unis d’avoir entrepris cette guerre comme ils le leur avaient reproché à juste titre en 2003 lors de l’invasion de l’Irak. Comparaison n’est pas raison. En 2003 l’Irak n’avait attaqué ni ne menaçait personne et les preuves apportées par les Américains étaient falsifiées. Dans le cas présent, les preuves de la nocivité de l’Iran et de son bellicisme sont innombrables. L’Iran attaque Israël depuis 20 ans directement ou indirectement via ses alliés du Hezbollah , du Hamas, de la Syrie ou des Houtis. Il attaque aujourd’hui les Emirats. Il est à cet égard très étrange de voir la diplomatie française traditionnellement pro-arabe adopter une attitude de conciliation avec l’Iran alors que ses alliés arabes sont attaqués !

Gare aux téméraires

Qu’on soit pour ou contre Trump n’y change rien. Que les Etats-Unis aient eu tort ou pas d’engager cette guerre n’y change rien non plus. Le fait est qu’elle est là et qu’elle révèle à son paroxysme que l’Iran est un danger immense pour la stabilité du Moyen Orient et même pour la paix du monde.

Car c’est bien d’elle qu’il s’agit désormais, qu’on le veuille ou non. Si le pire devait arriver, c’est à dire si les Etats-Unis devaient se retirer sur une victoire à la Pyrrhus, c’est à dire en prétendant avoir détruit le potentiel militaire iranien mais laissé le régime en place bloquer le détroit d’Ormuz, alors les ennemis de l’Occident y verraient un point de faiblesse tragique pour les Américains et encore plus pour l’Europe qui n’aurait même pas tenté d’intervenir pour sauvegarder ses intérêts. L’Iran détiendrait la clé de la circulation dans le détroit d’Ormuz (et sans doute aussi dans celui de Bab el Mandeb via la menace Houti) et s’installerait comme la puissance dominante de la région. Il deviendrait même le porte-drapeau du « Sud global » qui prend sa revanche sur l’Occident.

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Le renoncement à contraindre l’Iran à la reddition serait une catastrophe géostratégique. Il n’est même pas question ici de parler, dans une optique néo-conservatrice – qui n’est pas du tout la mienne – du renoncement à la libération du peuple iranien qui resterait sous les joug des mollahs, ni des droits de l’homme, mais plus égoïstement et plus gravement de la paix mondiale. Car cet aveu de faiblesse de la part de l’Occident serait très sérieusement interprété par la Chine et par la Russie comme un permis de faire ce qu’elles veulent. S’emparer de Taïwan et bloquer le détroit de Formose pour la première et envahir les pays baltes pour la seconde. La faiblesse appelle la témérité.

A l’inverse, si les Etats-Unis soumettent l’Iran à la reddition et dans l’idéal abattent son régime théocratique, alors nous prolongeons la paix mondiale de 20 ans. Car ni la Chine, ni la Russie n’oseront s’engager dans des guerres aventureuses qui pourraient déboucher sur une guerre mondiale. Si au contraire nous y renonçons, il faut nous préparer dans trois ans à nous battre en Europe et les Américains dans le Pacifique. Bis repetita placent…

Tenir notre rang

C’est pourquoi la France (et l’Angleterre) qui sont membres fondateurs du Conseil de sécurité doivent prendre leur part du fardeau pour rétablir la libre circulation des détroits. C’est le droit international qui est en jeu ici. Cela tombe bien car nous nous en gargarisons tous les jours. Cela tombe bien aussi parce que nous entretenons à (très) grands frais une escadre aéronavale dont c’est la vocation que de maintenir la libre circulation des mers et la préservation de nos intérêts. A quoi bon dépenser dix millards pour le futur porte-avions « la France libre » si nous claironnons au monde entier que jamais nous ne l’utiliserons ? Le monde qui s’ouvre à nous depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie est celui de la force. Nous pouvons encore y tenir notre rang si nous savons la montrer quand nos intérêts, le droit international et la justice sont en jeu.

France, terroir de la Terreur

La Terreur de 1793 a légitimé la violence, jusqu’au crime de masse, pour écraser toute forme d’opposition. Un modèle suivi par toutes les dictatures modernes. Mais cette violence révolutionnaire n’a jamais quitté la vie politique française: elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.


La France, dans son rapport à la violence politique révolutionnaire, se caractérise par deux traits constitutifs instaurés en 1793 par la Terreur : la légitimation par un pouvoir d’une violence politique et criminelle de masse, et partant de ses modalités de mise en œuvre ; et par suite la structuration à titre définitif dans la société française d’un groupe révolutionnaire héritier de la Terreur, dont la permanence, depuis deux siècles, est sans équivalent au monde.

L’Ancien Régime a été abattu par une double révolution. La révolution libérale et bourgeoise de 1789 – qui n’aurait pas eu lieu sans l’apport décisif de la noblesse bleue et du bas clergé –, qui a fait éclater les cadres malthusiens inégalitaires de la société politique et économique d’Ancien Régime ; elle fut principalement tournée contre l’absolutisme royal et les privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé. Cette première révolution s’inscrit dans la continuité de la révolution américaine de 1776, posant les bases du libéralisme économique et politique des Lumières appelé à façonner l’Occident moderne.

Sartre: jamais assez

Puis en 1793-1794, la révolution radicale et autoritaire destinée à combattre les ennemis de la Révolution, à éradiquer les contre-révolutionnaires, et jusqu’aux marques et traces idéologiques et nominales de l’Ancien Régime. Après l’exécution du roi et la mort provoquée de son fils, celle-ci se retourne contre l’Église à laquelle elle entend se substituer en tant qu’instance idéologique suprême. Elle invente pour ce faire la violence d’extrême gauche du parti des coupeurs de têtes. Cent quatre-vingts ans plus tard, le philosophe Jean-Paul Sartre s’est posé en héritier et laudateur de cette Terreur : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué » (entretien à Actuel en février 1973). La Terreur a fait au minimum de 35 000 à 40 000 morts (J.-C. Martin) sur les échafauds, devant les pelotons d’exécution et dans les prisons du régime, et 170 000 Vendéens de tous âges ont été massacrés sans autre forme de procès (nonobstant Lyonnais et Toulonnais). Ce n’était pas assez pour Sartre.

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De nos jours, les héritiers des coupeurs de têtes ont toujours pignon sur rue dans la scène politique française. Leurs traits saillants n’ont pas changé : la haine politique qui sert de carburant ; la violence verbale, politique et physique qu’elle induit ; et le mensonge, qui sert à occulter les crimes qui en sont le produit. De même qu’il a fallu deux siècles pour que le génocide vendéen soit reconnu du bout des lèvres, il n’est pas recommandé d’enseigner dans les lycées français que Lénine a été « l’inventeur du totalitarisme » – une vérité historique pourtant établie par les historiens –, et il est peu probable que les protecteurs des assassins de Quentin Deranque, le jeune Franco-Péruvien de 23 ans massacré à Lyon le jour de la Saint-Valentin 2026, reconnaissent la nature politique de ce crime avant des décennies.

Avec le recul historique et la longue durée, la culture politique mondiale et française a été puissamment marquée par les héritages révolutionnaires de la Terreur. Il serait faux et mensonger d’imputer toute forme de violence politique à cette tradition révolutionnaire. La pratique de la violence politique n’est hélas l’apanage d’aucune civilisation ni d’aucune époque, seuls ses formes et la fréquence, ou le contexte, de ses usages varient. La nature humaine est portée à une violence atavique et gratuite, que seuls les processus d’éducation et de civilisation des mœurs sont à même de canaliser, de marginaliser, de symboliser, et pour un temps plus ou moins long, d’endiguer. Pour autant, l’irruption de la modernité politique à travers la Révolution française et l’épisode de la Terreur en particulier ont été le support historique de formes inédites de violence politique que le monde n’a cessé d’adopter, de reproduire et de sophistiquer depuis deux siècles.

Marque indélébile

Le plus étonnant est que cette violence meurtrière de masse, quoiqu’elle ait fait vivre la bourgeoisie française dans la peur tout au long du xixe siècle, au point de la pousser à intervalles réguliers à des contre-violences politiques de masse, a gardé jusqu’à nos jours des adeptes et des partisans : tel est le destin du « parti révolutionnaire français », qui se renouvelle de génération en génération, legs de deux siècles et marque indélébile de la culture politique française. Aucun autre pays au monde – surtout en Occident – ne peut se targuer, trente-cinq ans après la chute de l’URSS, de posséder simultanément trois formations trotskystes marxistes-léninistes, un parti communiste et le parti dit « insoumis », d’obédience trotskyste, installé au cœur des institutions républicaines : son programme est non seulement de « bordéliser » la République, mais de créer un climat préinsurrectionnel, avec le soutien de pans entiers des élites bourgeoises, notamment économiques et intellectuelles.

Non seulement le président Macron n’est pas parvenu à résorber cette exception française mais, qu’il l’ait voulu ou non, ses deux quinquennats ont contribué à la conforter.

Revenons aux origines. 1793 et la Terreur ont inventé les formes modernes de la dictature politique, et les moyens d’écraser toutes formes d’opposition : la suspension de la légalité ; le terrorisme (qui a donné son nom au régime) ; la loi des suspects ; le Tribunal révolutionnaire ; la violation des droits politiques des accusés ; l’abolition des droits de la défense dans le procès politique ; la confusion entre droits communs et prisonniers politiques ; l’usage extensif de la guillotine et des exécutions sommaires ; l’élimination physique des ennemis idéologiques par tout moyen (noyades, massacres, extermination, etc.) ; le vote truqué des instances électorales ; le vandalisme et le pillage comme mode de régulation révolutionnaire ; le populicide mis en place en Vendée, que l’on finit par qualifier de génocide au xxe siècle ; le libre cours donné aux pratiques meurtrières les plus barbares et dont la « guerre de Vendée » a été le réceptacle, la déshumanisation de l’ennemi autorisant l’élimination de populations entières hors de toute menace réelle.

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Michel Onfray a utilement rappelé que Jean-Luc Mélenchon, entrant à l’OCI en 1972 – le mouvement trotskyste lambertiste – a choisi pour pseudonyme Antoine Joseph « Santerre », personnage historique de la Terreur et brasseur parisien devenu général révolutionnaire sans talent. Jules Verne le présente ainsi dans un roman historique : « La Convention, effrayée, ordonna de détruire le sol de la Vendée et d’en chasser les “populations”. Le général Santerre demanda des mines pour faire sauter le pays, et des fumées soporifiques pour l’étouffer ; il voulait procéder par l’asphyxie générale. Les Mayençais furent chargés de “créer le désert” décrété par le comité de salut public. » On ne saurait mieux annoncer les techniques d’extermination mises en place par les régimes totalitaires du xxe siècle, qui ne se sont pas privés de puiser dans l’arsenal des tactiques et moyens inventés ou conçus sous la Terreur pour éliminer leurs adversaires et imposer leurs idées par la force.

La Révolution dévorant ses enfants par vagues a fini par engloutir les Montagnards, porteurs de cette violence inouïe dans une société « civilisée », et par susciter la réaction thermidorienne qui a éradiqué le parti robespierriste et sa bande criminelle. L’épisode n’en eut pas moins de telles conséquences qu’il peut être regardé comme une porte d’entrée dans la modernité, que l’on a voulu occulter ou relativiser. La Terreur déconsidère en effet l’entreprise révolutionnaire, et contredit le discours sur le progrès universel et le « sens de l’histoire », mantra du progressisme français. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs…

En marquant profondément le subconscient des élites bourgeoises et politiques françaises du xixe siècle, la Terreur a suscité en retour peur et contre-violence. Rappelons la violence extrême de la répression des épisodes révolutionnaires français de 1830, 1848 et 18711.  En 1912, le roman d’Anatole France, Les dieux ont soif, met en scène le sinistre Évariste Gamelin, juré au Tribunal révolutionnaire, dont le fanatisme au front bas a épouvanté et créé le Parti de l’ordre qu’est devenue la République. Au xxe siècle, les deux guerres mondiales et les guerres coloniales ont certainement permis de mettre au pas, voire d’éliminer de manière plus invisible nombre de militants révolutionnaires.

La tradition

Le second héritage de la Terreur, loin d’avoir disparu, est que son attirail politique a créé une tradition politique féconde et pérenne. Le « parti révolutionnaire » n’a cessé de ressurgir au xixe siècle puis aux deux siècles suivants. Il s’est structuré et doté de pratiques politiques et d’un corpus transmis de génération en génération. C’est en France que le socialisme, puis le communisme – la Commune de Paris – ont été conçus et inventés, que la révolution est devenue une tradition politique, doublée d’un puissant imaginaire qu’aucun drame humain ou historique ne parvient à désacraliser. Au xxe siècle, le Parti communiste français, par sa puissance d’attraction et de répression, a longtemps permis d’encadrer et de neutraliser les éléments incontrôlables du « parti révolutionnaire ». La résurgence Mélenchon de ce début de xxie siècle est permise par la quasi-disparition du PCF, et sa mainmise sur une large partie de la gauche a été rendue possible par l’affaissement inédit des appareils syndicaux et du Parti socialiste.

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Enfin, du fait de la centralité politique internationale de la France et de sa culture politique au xixe siècle, mais aussi de la circulation des élites politiques occidentales et coloniales à Paris dans la première moitié du xxe siècle, les idées révolutionnaires, potentialisées par Lénine, se sont mondialisées. Lénine fut le concepteur du parti politique moderne qui, dans sa forme révolutionnaire (structure politique légale vs structure révolutionnaire clandestine), a permis la diffusion de la culture révolutionnaire et sa contagion au xxe siècle. Ainsi métamorphosé, cet héritage français est devenu un produit d’exportation qui a triomphé dans le monde entier, notamment dans les plus grands empires de la planète (Russie, Empires ottoman et perse, Chine, Vietnam, Corée, etc.).

Les graves événements que la France a traversés en février 2026, de même que la subversion d’une partie de la jeunesse étudiante, invitée à déployer un antisémitisme virulent que l’on pensait éradiqué, avec le soutien de structures partisanes quoiqu’elles s’en dédisent, s’inscrit dans la longue histoire qui nous ramène aux temps révolutionnaires. De même, la haine anticatholique, qui a renoué ses canaux d’expression (qu’illustre la récente litanie de destructions de biens religieux et de lieux de culte), et qui est palpable dans l’affaire Quentin Deranque, renvoie à la tradition révolutionnaire française, qui fut d’abord anticléricale. Cette dimension est à méditer dans un pays où l’Église et le catholicisme ont été si puissants qu’ils ont nourri une haine inextinguible, que véhicule le parti révolutionnaire. Cette singularité historique française n’a pas encore trouvé son historien. Elle est pourtant de toute première importance au regard de son ancienneté, de sa permanence et de sa puissance historique. Quels sont ses modes de transmission, de sociabilité, ses instituts de formation, au point que ses militants, ses apprentis et ses maîtres, de génération en génération, transmettent une histoire qui les dépasse ? Le parti révolutionnaire français a cessé d’être ouvrier et parisien. Il s’est provincialisé et embourgeoisé, il a migré vers les universités et les salles de rédaction, mais sa fonction tribunitienne et sa capacité subversive sont parmi nous. L’islam révolutionnaire est son nouvel horizon, même s’il faut convenir que la convergence des luttes demeure assez rhétorique de ce côté de la nouvelle société française, tant il est difficile de marier les contraires hors de toute tradition intellectuelle et historique.


On a cassé la république: 150 ans d'histoire de la nation

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  1. Pierre Vermeren, On a cassé la République. 150 ans d’histoire de la nation, Tallandier, Paris, 2020. ↩︎

«Ancien gilet jaune, ce que les ronds-points m’ont appris sur la mort de nos centres-villes»

On n’a pas assez parlé du déclin de l’attractivité des centres de nos villes et des difficultés du petit commerce, dans la campagne électorale qui s’achève. Une grande tribune propose d’agir: nos centres-bourgs représentent encore des millions d’emplois non délocalisables – il faut davantage s’en préoccuper.


Je suis aujourd’hui associé dans une entreprise du bâtiment. Mais il y a quelques années, comme beaucoup de Français, j’ai passé des week-ends entiers sur des ronds-points avec un gilet jaune sur le dos.

On a beaucoup caricaturé ces moments. Pourtant, quand on repense à ce qui s’y disait, il ne s’agissait pas seulement du prix du carburant ou d’une colère passagère. Sur ces ronds-points, des gens qui ne se connaissaient pas ont commencé à parler de leur vie quotidienne. Et très vite, une réalité est apparue : dans beaucoup de provinces, la vie devient de plus en plus difficile. Les commerces ferment. Les services disparaissent. Les centres-villes se vident.

Sentiment d’impuissance

Cette colère racontait déjà quelque chose de profond : le sentiment que le cœur de nos villes et de nos villages s’éteint peu à peu dans l’indifférence générale, à commencer par celle de nos dirigeants. Notre sentiment d’impuissance, aussi, face à l’effacement progressif de notre mode de vie, de notre joie, de notre monde. Une France oubliée. Une France qui devient déserte. Elle est celle où la jeunesse manque le plus d’opportunités professionnelles. Une France timide qui n’ose pas demander d’aides, qu’on ne voit pas se plaindre sur les plateaux de télévision. Et pour cause, elle n’est pas invitée.

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Hors des grandes métropoles, point de salut. Les municipales devraient pourtant être l’occasion de rappeler l’existence de ces centaines de petites villes qui faisaient autrefois la beauté et la spécificité de la France. De Carcassonne à Montceau-les-Mines en passant par Dax, Clermont, Quimper et Maubeuge, les vitrines ferment et les bistrots sont remplacés par des enseignes de fast-food. Où sont les grands plans Marshall et autres comités Théodule quand on a besoin d’eux ?

Je travaille dans le bâtiment. Mon métier me fait entrer partout : dans des boutiques, des immeubles, des cellules commerciales. Et depuis vingt ans, je vois la même scène se répéter. Une vitrine qui ferme, puis une autre. Un rideau métallique qui reste baissé pendant des mois. Parfois des années. On nous explique que si nos centres-villes se vident, si nos rideaux restent baissés, si nos commerces ferment les uns après les autres, ce serait la faute des plateformes chinoises et américaines, de Shein, d’Amazon ou de Temu. C’est pratique. C’est lointain. Bien sûr, elles ont changé les habitudes de consommation. Mais elles n’expliquent pas le phénomène. Ce n’est pas depuis Pékin ou San Francisco qu’on ferme nos boulangeries et qu’on coupe nos lignes de TER ! La vérité est plus simple et dérangeante : nous avons méthodiquement étouffé la vie dans nos centres-villes.

La France en vacance (commerciale)

D’abord parce que l’économie des petits commerces est devenue fragile. Dans certaines rues, les loyers commerciaux atteignent des niveaux que seuls les grands réseaux peuvent supporter. Les indépendants disparaissent peu à peu, et les locaux restent vides dans l’attente d’un locataire solvable. Ensuite parce que les règles se sont accumulées au fil des années. Normes d’accessibilité, contraintes énergétiques, procédures administratives : chacune peut se justifier. Mais leur empilement finit par décourager ceux qui voudraient se lancer. Beaucoup de commerçants passent aujourd’hui plus de temps à gérer des formalités qu’à développer leur activité.

Selon les données des fédérations du commerce et de cabinets spécialisés, le taux de vacance commerciale dans les centres-villes français dépasse 12% en moyenne, et atteint 15 à 20% dans de nombreuses villes moyennes, voire plus. Les loyers commerciaux en hypercentre peuvent représenter jusqu’à 10 à 15% du chiffre d’affaires d’un petit commerçant, un seuil considéré comme critique pour la rentabilité.

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Les commerçants dénoncent une accumulation de normes (accessibilité, sécurité incendie, affichage environnemental, gestion des déchets, terrasses, enseignes…) dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros lors d’une installation ou d’une mise aux normes. Dans certaines communes, la suppression de places de stationnement a atteint 20 à 30% en dix ans, sans alternative de transport crédible. Pourtant, la vie quotidienne d’une famille, c’est souvent la voiture plutôt que la marche ou le vélo. Lorsque venir en centre-ville devient compliqué, les clients se tournent vers les zones commerciales ou vers Internet. Et quand les clients disparaissent, les commerces suivent.

Les vacances commerciales sont patentes dans les villes dites moyennes. Des villes comme Saint-Étienne, Béziers, Perpignan, Calais, Nevers, Carcassonne ou encore Châteauroux, sont tout particulièrement touchées. Ce sont des villes de gilets jaunes. Des villes qui ne veulent pas s’éteindre en silence.

“Plan Clochers Vivants” : Sauvons nos centres-villes !

C’est pour alerter sur cette situation que j’ai lancé le Plan et la pétition « Clochers Vivants ». Le nom ne doit rien au hasard. Dans nos villes et nos villages, les clochers ont longtemps été les repères autour desquels s’organise la vie collective. Ils dominent encore les centres-villes. Mais trop souvent, ils dominent désormais des artères exsangues. Pourtant, rien n’est irréversible. La revitalisation des centres-villes ne demande pas des plans technocratiques complexes. Elle demande surtout du pragmatisme. De se retrousser les manches une bonne fois pour toutes.

Il faut aussi alléger la pression fiscale et administrative qui pèse sur les petits commerçants. Il est urgent de traiter sans tabou la question de l’accessibilité des centres-villes, afin qu’ils restent des lieux de vie pour les habitants et les familles. Car derrière chaque commerce qui ferme, il y a plus qu’une activité économique. Il y a un emploi qui disparaît, un apprenti qui ne sera pas formé, un lieu de rencontre qui s’éteint. La vitalité d’un pays ne se mesure pas seulement à ses grandes métropoles. Elle se voit aussi dans l’état des rues commerçantes de ses villes petites et moyennes. Les causes de ce déclin sont ici, chez nous. Les solutions aussi.  

L’électeur n’existe pas!

L’islamo-gauchiste David Guiraud à Roubaix ou le bobo Emmanuel Grégoire à Paris pensent avoir convaincu les électeurs avec leurs propositions politiques singulières. En réalité, observe notre contributeur sociologue, les territoires électoraux sont des blocs humains, des mondes distincts où l’on vote comme on vit. Analyse


À chaque élection, le même théâtre se rejoue. Les commentateurs dissèquent les alliances, scrutent les stratégies d’appareil, mesurent les rapports de force entre partis comme s’il s’agissait d’un jeu abstrait, presque autonome. Qui s’unit avec qui, qui trahit, qui résiste — toute l’attention se porte sur les combinaisons visibles de la scène politique.

L’angle mort territorial

Mais cette lecture, pour familière qu’elle soit, passe à côté de l’essentiel.

Car avant les alliances, avant les programmes, avant même les figures politiques, il y a une réalité plus profonde, plus déterminante, et pourtant largement ignorée: celle des territoires.

Ce ne sont pas les états-majors qui fabriquent les votes. Ce sont les milieux de vie. Les espaces habités. Les formes de coexistence concrètes. Les manières d’être ensemble — ou séparés.

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Un territoire n’est pas un simple décor. C’est un système de relations, de normes, de perceptions. C’est un climat social qui façonne, en profondeur, ce qui est pensable, dicible, votable. On croit analyser des choix politiques. On observe en réalité des comportements collectifs inscrits dans des mondes distincts. Tant que cette dimension territoriale reste dans l’angle mort de l’analyse, les résultats électoraux apparaissent comme des surprises, des anomalies, des accidents. Dès qu’on la prend au sérieux, ils deviennent lisibles.

Car ce ne sont pas seulement des électeurs qui votent. Ce sont des territoires qui s’expriment. 

Le mythe de l’individu électeur — et la France des appartenances

On persiste à enseigner que la démocratie est le règne de l’individu. Un homme seul, éclairé, libre, qui choisit dans le secret de l’isoloir. Mais cette figure n’existe pas.

Ce que révèlent les cartes électorales, ce ne sont pas des consciences : ce sont des territoires. Des blocs humains. Des mondes. Et chaque monde vote comme il vit.

Roubaix, Seine-Saint-Denis: le vote comme climat

À Roubaix, dans de larges parties de la Seine-Saint-Denis, on ne vote pas au sens où l’entendent les manuels. On vit d’abord dans un espace dense, saturé de relations, de voisinages, de liens familiaux, de réseaux informels. Les existences s’y croisent, s’y superposent, s’y observent. Rien n’y est totalement privé. Dans ces territoires, les appartenances sont visibles. Elles s’affichent dans les manières de se vêtir, de parler, de se regrouper, de se tenir dans l’espace public. Elles produisent un sentiment de continuité — et parfois de séparation. Il ne s’agit pas simplement de religion. Il s’agit d’un climat. Un climat où certaines normes s’imposent, où certaines attitudes deviennent attendues, où l’individu est constamment renvoyé à son inscription dans un groupe.

Dans ces conditions, le vote ne relève plus d’un choix abstrait.
Il devient un prolongement du milieu. La France insoumise s’y déploie non comme une doctrine, mais comme une évidence sociale. Elle capte un état déjà constitué: défiance envers les institutions, sentiment d’être à part, perception d’une opposition entre « eux » et « nous ». Son discours ne crée pas cette disposition. Il l’accompagne. Il la formalise.

Et il circule comme circulent toutes les choses importantes ici: par les réseaux, par les conversations, par les regards. C’est un vote d’atmosphère. Un vote qui s’impose sans s’énoncer.

Les centres des métropoles: le vote comme conformité

À l’opposé, dans les centres de Paris, de Lyon, de Bordeaux, un autre climat règne. Un climat feutré, homogène, sûr de lui. Cadres supérieurs, diplômés, professions intellectuelles : ici aussi, l’entre-soi est puissant — mais il est invisible à ceux qui en font partie. Il se présente comme la normalité. On y vit dans un monde où certaines idées sont spontanément disqualifiées, non parce qu’elles seraient réfutées, mais parce qu’elles n’appartiennent pas au langage du milieu.

Le Rassemblement national ne s’y heurte pas à une barrière juridique ou morale explicite. Il se heurte à quelque chose de plus solide : une impossibilité sociale. Voter pour lui, ce serait sortir du groupe, rompre avec les codes, perdre sa place symbolique. Et les milieux intégrés sont ceux qui transgressent le moins. Ainsi se maintient, sans violence apparente, un plafond de verre presque parfait.

Les périphéries: le vote comme rupture

Dans les villes moyennes, les zones périurbaines, les anciens territoires industriels, la logique s’inverse. Ici, le cadre s’est défait. Les repères ont disparu. Les protections se sont érodées. Le vote devient un geste brut.

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Hénin-Beaumont, certaines zones de l’Est, du Nord, du Sud rural : le vote pour le Rassemblement national y exprime moins une adhésion doctrinale qu’un refus. Refus d’un monde perçu comme éloigné, fermé, indifférent. Ce n’est pas un vote de confort. C’est un vote de rupture.

Marseille: la coexistence des fractures

Et puis il y a Marseille. Marseille n’est pas une métropole au sens classique. C’est une juxtaposition de mondes. Des territoires populaires très denses, des zones intermédiaires fragiles, des espaces plus aisés — sans qu’aucune norme unique ne parvienne à s’imposer. Les appartenances y sont visibles, parfois revendiquées, parfois opposées. Mais justement : aucune ne domine totalement.

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Cette fragmentation empêche la formation d’un plafond de verre comparable à celui des grandes métropoles homogènes. Et surtout, le réel y est plus brut. L’insécurité, les trafics, les tensions ne sont pas des objets de discours : ils font partie de la vie quotidienne. Le vote s’y ancre davantage dans l’expérience que dans les codes.

L’électeur n’existe pas

On continue pourtant de parler de choix individuels. Mais l’individu est une fiction utile. En réalité, chacun est pris dans un monde : un territoire, des relations, des normes, des attentes. Il vote seul dans l’isoloir. Mais il vote avec tout cela en lui.

Une démocratie des milieux

Ainsi se dessine la véritable carte du pays :

Roubaix vote comme un territoire dense et structuré par des appartenances visibles. La Seine-Saint-Denis vote comme un espace où les logiques communautaires et les rapports de distance avec le reste de la société pèsent fortement. Les centres métropolitains votent comme des milieux normés et protégés. Les périphéries votent comme des mondes blessés. Marseille vote comme une ville éclatée.

Et certaines forces politiques prospèrent là où leur langage correspond à un climat déjà là, tandis que d’autres se heurtent à des frontières invisibles. La démocratie moderne célèbre l’individu. Mais elle fonctionne, en silence, comme une géographie des appartenances. Et c’est peut-être là ce qu’elle refuse de voir: nous ne votons pas seulement avec nos idées. Nous votons depuis le monde auquel nous appartenons.

La société malade

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Dans l’ombre de Luchaire, Cédric Meletta raconte

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Jean Dujardin est Jean Luchaire dans "Les Rayons et les Ombres" (2026) de Xavier Giannoli © WAITING FOR CINEMA – CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINÉMA

Avec Les Rayons et les Ombres, réalisé par Xavier Giannoli et porté par Jean Dujardin, le cinéma français s’intéresse au destin paradoxal de Jean Luchaire, journaliste devenu l’un des piliers de la Collaboration française.


Pour comprendre ce parcours complexe, nous avons interrogé Cédric Meletta, historien et journaliste, auteur de Jean Luchaire, L’enfant perdu des années sombres (Perrin, 2013, réédition Pocket, 2026), une enquête minutieuse qui décortique les choix, les ambitions et les ambiguïtés morales de cette figure trouble de l’Occupation. Meletta, qui a également collaboré au scénario du film, éclaire les zones d’ombre de Luchaire, entre utopie pacifiste et trahison, et montre comment son histoire résonne encore dans notre époque obsédée par responsabilité et engagement.


Causeur. Dans votre livre, vous décrivez Jean Luchaire comme une figure à la fois charismatique et dangereusement ambitieuse. Qu’est‑ce qui vous a fasciné dans cette personnalité improbable, au point de consacrer une enquête entière à sa trajectoire ?

Cédric Meletta. Ce jeu d’émotions qui passent pour opposées mais qui, pour beaucoup d’entre nous, se nourrissent l’une de l’autre : la fascination, et sa lumière noire : la répulsion. Luchaire est à lui-seul un oxymore, une antiphrase, une affinité élective. Quand j’en ai fini avec mes humanités, aux alentours de l’an 2000, et que je débute dans la recherche, avec ce rapport sensible à l’archive et à tous types de sources, je tombe sur ce personnage (c’est le mot !). Conçu à Venise, éduqué dans une ville aussi civilisationnelle que Florence, puis Parisien de Paris, organisateur, novateur, malin, élégant, enrobant, ça claque, ça me claque. Et puis, je jette le coup d’œil et le voile sur sa courte et violente postérité. Fusillé à moins de 45 ans. Forcément, ça convoque une autre imagerie, un autre champ lexical : Abetz, Reich, Collaborationnisme, Ultra-Collabo de Sigmaringen, renoncements, partouzes, pantalonnades, et whisky à gogo. C’est divinement dangereux et décadent. C’est déjà un film. Une histoire cinématique, une silhouette ciné-génique. Il a sa place dans une thèse de mille pages, certes, mais sa trajectoire vaut plus que ça. Dormir dans un rayonnage de B.U ou l’une de ces armoires en alu qui trônent dans les services administratifs des universités. Il fallait d’autres sillons, d’autres regards, une approche large et neuve. Il fallait drainer. Un livre problématisé, bien bâti, juste, mais un peu inspiré, c’était la clé. Dix ans de boulot. D’autant que personne, jusqu’à alors, n’avait osé prendre ce risque d’enquêter sur ce destin ambivalent, et, il faut bien l’avouer, complètement casse-gueule. Parce que beaucoup d’omerta et de secrets bien gardés. 

Vous revenez longuement sur son enfance et ses influences littéraires – en quoi les lectures et les liens familiaux de Luchaire expliquent‑ils ses premières inclinations pacifistes puis son glissement progressif vers l’aveuglement politique ?

Pas besoin de grands développements et d’un name-dropping bavard. Juste deux ou trois vignettes. Quand, pré-adolescent, vous mangez régulièrement, mais à la bonne franquette, à la table d’un prix Nobel de Littérature (Romain Rolland, apôtre de la paix), et que vous êtes présentés tel un « sujet d’avenir » dans une correspondance entre deux autres Nobel de littérature (André Gide et Roger Martin du Gard), avant d’être adoubé, comme le jeune chantre du droit des peuples, par un prix Nobel de la Paix, cette fois, en la personne d’Aristide Briand, ça fait beaucoup de prix, de bruits, mais Nobel, n’est-ce pas l’explosion garantie ? Pas plus inflammable.

Le film de Xavier Giannoli met en scène ce glissement « des rayons vers les ombres » en explorant les zones grises de sa psychologie. Selon vous, comment cette notion de zones grises rend‑elle justice ou, au contraire, simplifie‑t‑elle le portrait complexe qu’on découvre dans votre livre ?

Dans le cas de Jean Luchaire, justice est faite, quant à la simplification, elle est, tout bonnement, interdite de séjour dans ma réflexion sur la complaisance sous l’Occupation française. D’autant que la zone grise est le propre de l’homme, non ? C’est certainement ce qu’il y a de plus excitant dans le travail biographique, ce zonage entre grège et anthracite. Le gris pastel de la marche à la guerre, avant la fuite vertigineuse et fuligineuse vers Sigmaringen. Ça complexifie les situations à l’aune du caractère et des penchants de celui ou celle qui la délimite. L’entre-deux, c’est ça qui stimule une pensée et la fortifie. Un peu maître, un peu esclave, un peu victime, un peu bourreau, on s’attire, on se sépare avant de se rabibocher avec un être ou un sentiment, c’est ça notre ADN. Pas besoin d’avoir lu Kafka, Koestler ou Primo Lévi. Même si, c’est mieux… Je fais un peu long, désolé. Mais juste un petit exemple. Hitler prend le pouvoir le 30 janvier 1933. Moins d’un mois après, le 27 février, il fait mettre le feu au Reichstag dans le but d’incriminer, donc de se débarrasser, des communistes allemands, alors qu’à cette même date, à Paris, du côté de la Mairie du XVIIIème, Jean Luchaire, interlocuteur d’Hitler, est l’invité d’honneur du mariage de sa sœur « Ghita » (confidente de Robert Desnos) avec Théo Fraenkel. Juif, apatride, médecin des pauvres et cofondateur de Dada. Pas plus surréaliste comme scénario. C’est même carrément la zone ! Pourtant, on dit que se marier un lundi, ça porte bonheur, et aux mariés, et à leurs entourages.

Luchaire pensait d’abord œuvrer pour la paix entre la France et l’Allemagne. Comment analysez‑vous cette ambition – légitime en apparence – et son retournement en complicité voire adhésion à la Collaboration ? Et quelles leçons contemporaines peut‑on en tirer ?

Pas de leçon, à tirer ou à donner. Juste, informer, et ce sera déjà une petite victoire. Au départ, Jean Luchaire, c’est un peu plus que du pacifisme, c’est le droit et le rapprochement entre les peuples. Dans sa revue, il publie des intellectuels hindous, propose un éveil aux lettres mexicaines ou japonaises et peut, à loisir, visiter le protectorat marocain en 1926 au bras d’une jeune maîtresse mandchoue. Après, il évolue. Pour garantir la paix internationale, on a besoin d’un bloc européen fort et solidaire, et ce bloc, passe par un pivot franco-allemand des plus béton. Et pour couler ce béton, il faut siéger, écrire, être patronné par des stars de la politique, de la presse et de la diplomatie. A partir de 1925, Jean Luchaire n’est plus un philanthrope droit-de-l’hommiste, il n’est plus un pacifiste de peau, ou de ces pacifistes objecteurs ou activistes qui foutent le feu aux casernes, non, c’est un pacifiste de cabinet et de commissions. Le militant est devenu un pion d’échiquier qui doit, coûte que coûte, garder le cap avec une large audience. Un chroniqueur judiciaire en vue disait de lui : c’est la Troisième République et son système institutionnel éculé qui l’ont grillé. J’ai bien dit « système ». Ses fonds, secrets ou non, son rendant, service ou mondain, son clientélisme et son succédané, la corruption, ou encore, un manque évident de garde-fous exécutifs… tout ça, combiné, jure avec la faiblesse et la légèreté de son caractère.

Dans votre enquête, vous montrez que Luchaire n’a pas seulement côtoyé les milieux littéraires mais aussi constitué un « carnet d’adresses » stratégique. Ce réseau a‑t‑il servi ses illusions de pacifisme ou plutôt contribué à son aveuglement ?

Le point de bascule, c’est juin 1927. Luchaire fonde son mensuel. Notre Temps. C’est son bébé. Il n’est plus porte-voix ou journaliste engagé, il n’est plus une signature qui rassure l’opinion, c’est un patron. Dans ce sommaire inaugural, cosignent le neveu de Bergson et le petit-fils du Capitaine Dreyfus sous le nom d’une romancière oubliée, riche héritière d’une célèbre marque de vermouth. Mais, ce qui lui importe, c’est que ça sorte. Il faut que ça marche. Pour ça, le capitalisme a créé la publicité. Autrefois, on disait la « réclame ». Quand on considère ce mot daté, et sa polysémie, tout est dedans. Réclamer de l’argent, trouver un financement « quoi qu’il en coûte ». On entre en dépendance, on est concupiscent, on pourrait dire : psychologiquement incontinent, comme fragilisé par la faiblesse de sa volonté. C’est la septième Epître aux Romains de Saint-Paul, dans le texte et dans l’idée : « Ce que je veux, je ne le fais pas ; ce que je ne veux pas, je le fais ». 

Le film met fortement l’accent sur la relation entre Jean et sa fille Corinne, qui devient un symbole poignant de loyauté et d’aveuglement filial. Dans votre livre, quelle place occupe cette dynamique familiale dans la compréhension de ses choix politiques ?

Plus que d’une dynamique familiale, je parlerai d’un couple. On les prenait pour un couple à la ville, de par leur jeunesse trépidante et bien portée. Jean a eu Corinne à 19 ans. Cela tombe en résonnance directe avec le livre que je suis en train d’achever. Un essai romancé, à paraître cet automne, sur Rosita Luchaire, dite « Corinne », la star montante du ciné fauchée par l’histoire et sacrifiée sur l’autel d’une relation père-fille très forte mais terriblement toxique. Jean, c’est le Florentin solaire qui fait rire les séniors, et fait s’écarquiller les yeux de n’importe quel enfant par un sourire esquissé ou un simple claquement de doigts. Il ne veut surtout pas déplaire, règle d’or du séducteur. Il dégage beaucoup d’assurance tout en massacrant l’éducation de sa fille aînée. Pas de codes. Pas de règles. Pas de bagages transmis. C’est là où le bât blesse. La vie, ma chérie, c’est que du bonheur, le chic de l’instant présent, la vie est contingente… ce laxisme familial et filial est à la base de leur trop grande tolérance avant le temps des égarements.

A lire aussi, Philippe Bilger: L’Histoire ne fait pas peur à Xavier Giannoli…

Vous avez exploré la question des responsabilités morales dans Les Nouveaux Temps ou Toute la vie, où Luchaire devient propagandiste nazi. Comment répondez‑vous à ceux qui considèrent encore aujourd’hui que la Collaboration est un cas d’école d’erreur tactique plutôt qu’une trahison morale ?

C’est les deux. Ce sont deux éléments-gigogne, et intimement imbriqués. « Miser sur la mauvaise carte », comme dit Patrick Modiano, et ne pas vouloir voir que la martingale juteuse et prometteuse n’a pas fonctionné. Pire, que c’est du toc, un truc de charlatan et de bonimenteur. On met les saletés sous le tapis, le plus important étant de se tenir sur ce beau tapis Boukhara qui en jette. Se tenir bien campé, le port haut, la mise soignée… on ne veut surtout pas entendre les shampouineurs sonner à la porte…

Dans les critiques du film, certains commentateurs saluent l’absence de manichéisme et le refus d’un portrait trop simplifié. Pensez‑vous que cette réflexion nuance vs. caricature est essentielle pour comprendre non seulement Luchaire mais aussi les périodes de crise politique aujourd’hui ?

Xavier Giannoli réfléchit à ce projet depuis 2016 environ, même avant, peut-être. Le contexte est donc loin d’être celui qui nous interroge à l’heure actuelle, avec sa démagogie, son hypocrisie, et sa décérébration ambiante de gens, ou jeunes gens qui ne savent plus parler en écoutant, ni écrire avec l’audace et un sens critique mesuré. Quand il me contacte en 2020 pour parler d’un projet sur les Luchaire, père et fille, c’est ça qui me plaît dans son « précipité » de deux pages, sorte de pitch avec une tagline éloquente. Doser savamment. Pas de raccourcis, pas d’idées fixes. Rendre intelligible et lisible des tranches de vies qui ne le sont pas. Trouver la bonne alchimie entre le souffle du grand cinéma et l’ouverture d’un vrai débat (national) à l’aune d’une masse documentaire colossale. Xavier a beaucoup lu, beaucoup analysé chaque glissement, ses causes et ses conséquences directes comme indirectes. Il a calculé son coup en ébauchant une matrice où chaque détail s’ajoute au service d’une proposition (et non d’une démonstration), où chaque personnage est rigoureusement à sa place. Je me souviens de nos échanges sur le tournage, sur le montage, en off également, et plus particulièrement de cette phrase : « tout ça, c’est plus que de la précision ! » C’est une vaste machinerie scrupuleusement huilée, montée, remontée et programmée pour sonner à n’importe quelle heure. Il a créé un genre nouveau, du moins chez nous en France. Le blockbuster d’auteur ! Une belle enveloppe, des moyens conséquents pour interroger intimement, et même civiquement, un spectateur qui, à plusieurs reprises dans ce film, a envie de s’enfoncer davantage dans son fauteuil. Gêné, emprunté… alors qu’il est, lui aussi, in-no-cent.

Votre livre montre que Luchaire ne condamna jamais les rafles ni la persécution des Juifs, malgré ses regrets personnels. Comment situeriez‑vous cette forme de « regret banalisé » par rapport à notre époque, où la mémoire et la responsabilité sont au cœur du débat public ?

Les Luchaire ne savaient pas pour l’extermination, mais comme le reproche Moguy à Corinne dans le film, ils n’ont pas cherché à savoir, ou à enquêter sur la fin du voyage et du Grand-Dérangement. Lâcheté et veulerie pour l’un. Suivisme pour l’autre. On est à contre-courant de notre temps, régi par les lois du réseau social, où il faut être d’accord, pas d’accord, avoir un avis tranché sur tout. Non, être informé honnêtement, ce serait déjà pas si mal. Ce qu’il y a de plus terrifiant dans ce long-métrage, c’est ce glissement glaçant, avec des convictions qui volent en éclat au gré des stades et des césures. C’est le degré de nocivité de cet éclat qui titille le lecteur (et le spectateur) en son for intérieur. Luchaire l’espoir, Luchaire le promoteur, Luchaire l’élu et le lauréat, Luchaire le pseudo-gouvernant à la faveur d’accommodements de plus en plus puants et dérangeants. Avoir l’ambition de déranger, oui, mais à condition de vouloir se laisser faire. C’est ce reflet que propose mon texte et le film de Xavier Giannoli. Le premier plan, la première prise de ses deux-cents minutes de film, n’est-ce pas le tain d’un miroir fatigué ?… Réfléchissons-y.

Enfin, si vous deviez conseiller quelqu’un qui découvre aujourd’hui cette histoire à l’aune des enjeux politiques contemporains (polarisation, populisme, désinformation), quel message ou quelle mise en garde tireriez‑vous du destin de Jean Luchaire ?

Aucun message. Juste l’humilité d’une vie à hauteur d’homme, en accord avec son tempérament et celui des êtres proches. C’est mon petit côté idéaliste, bien que je sois un grand pessimiste, mais joyeux le pessimiste. Je laisserais donc le mot de la fin à l’un de mes nombreux maîtres, Charles Bukowski, et à son épitaphe au cimetière de Palos Verdes : DON’T TRY !…

640 pages

Jean Luchaire

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L’Histoire ne fait pas peur à Xavier Giannoli…

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Jean Dujardin et Xavier Giannoli © Christine Tamalet / Gaumont

Notre chroniqueur a déjà vu deux fois Les Rayons et les Ombres. Soit deux fois 3h19, donc. Mais il ne le regrette visiblement pas.


Tant d’autres titres étaient possibles, entre lesquels j’ai hésité. Lumières et Turpitudes ; ou Jean et Corinne Luchaire : gloire et trahisons ; ou encore Xavier Giannoli : un cinéma devenu adulte… J’en ai finalement choisi un qui renvoie à l’audace de Xavier Giannoli d’avoir traité cette séquence de notre Histoire : celle de Jean Luchaire, fusillé à la Libération ; de sa fille Corinne, actrice célèbre puis déchue ; et d’Otto Abetz, ami du couple, devenu au fil du temps un nazi de plus en plus convaincu et soumis. J’ai eu la chance de découvrir, avant sa sortie officielle prévue le 18 mars, ce chef-d’œuvre de 3 h 20, Les Rayons et les Ombres, grâce à l’excellente revue Positif. Depuis, je suis à la fois frappé et inquiet devant l’extraordinaire promotion du film et la multitude d’entretiens accordés par Xavier Giannoli et Jean Dujardin, ensemble ou séparément. Je ne la trouve pas du tout imméritée, mais je redoute que, comme pour Germinal, il y a des années, elle ne devienne à la longue contre-productive, en donnant au public le sentiment qu’ayant entendu parler du film en détail, il l’a en quelque sorte déjà vu et qu’il se dispense dès lors d’aller le recevoir de plein fouet dans une salle de cinéma. Ce serait dommage lorsque, chose rare dans le cinéma français – Lacombe Lucien de Louis Malle s’étant surtout attaché aux ressorts profonds ou au hasard qui peuvent conduire un jeune homme à choisir la Milice plutôt que la Résistance – un grand cinéaste décide de consacrer une œuvre à la réalité tragique et traumatisante de cette période, à travers trois personnages demeurés dans la mémoire de ceux qui, passionnés par l’Histoire, ses rayons et ses ombres, ses héros et ses salauds, ont longtemps regretté que le cinéma français ait laissé de tels sujets d’exception dans la discrétion.

Bonne foi et cynisme

Sur ce point, même de la part de l’intelligent et courageux Xavier Giannoli, j’ai été surpris de percevoir comme une légère réserve dans l’explication du choix de ces destinées, comme s’il fallait presque s’excuser d’avoir enfin su donner au cinéma cette liberté, cette gravité, cette profondeur, cette vérité qui lui manquent souvent. Je ne mets pas en cause la focalisation sur le réquisitoire du procureur général Lindon, qui demanda et obtint la peine de mort de Jean Luchaire, avec une argumentation percutante et très honorable dans une période où l’on fusillait trop volontiers ceux qui avaient emprunté le plus mauvais chemin de l’Histoire. Le film de Giannoli, dont le scénario a été élaboré avec deux partenaires au terme de mille recherches ayant permis une exactitude absolue ou, à tout le moins, une parfaite plausibilité – je songe à Céline éructant publiquement sa haine des Juifs -, est admirable à plus d’un titre. D’abord grâce aux acteurs : je tiens à mettre en pleine lumière Jean Dujardin, qui incarne formidablement Jean Luchaire. Très légitimement, on a porté aux nues la révélation de Nastya Golubeva, mais on en a un peu oublié le premier, ainsi qu’August Diehl, remarquable en Otto Abetz. Sur le fond de ces destins qui se déploient sous le feu tour à tour festif, troublant, atroce, dramatique et presque apocalyptique de l’Histoire – celle d’une France occupée par l’Allemagne nazie, avec la collaboration de Français de bonne foi ou cyniques, et la multitude de profiteurs jouissant de ce que ce temps offrait aux privilégiés tandis que la pénurie accablait la masse – le scénario se révèle exemplaire. Il montre avec précision, pour Jean Luchaire, le passage d’un pacifisme généreux à une naïveté coupable, jusqu’à une trahison faite de faiblesse et d’abandon ; pour sa fille Corinne, l’évolution d’une actrice atypique et brillante, couronnée de gloire et de facilités somptuaires sous le regard adorateur et complaisant d’un père, avant la dérive, la chute et l’oubli ; pour Otto Abetz enfin, la dégradation d’un Allemand d’abord peu convaincu par le nazisme en un militant hitlérien justifiant tout, et devenu férocement antisémite.

Promotion excessive ?

Il y a dans ce film exceptionnel – le grand art sublime la misère et le malheur des êtres – la création d’un climat qui, au fil des scènes, glisse de la normalité ambitieuse vers les excès et les délires d’un monde déjà pressenti proche de sa fin. On y reconnaît une France où se mêlent aux nazis les collaborateurs, les corrompus, les affairistes, les êtres de plaisir… Le sens de la fête devait s’aiguiser parce que le temps était compté, que le désastre approchait et que la mort, parfois obscurément désirée, semblait suspendue au-dessus des têtes. On pouvait tout se permettre puisqu’on avait déjà tout perdu… Je ne voudrais pas encourir moi-même le reproche de participer à une promotion excessive et je me contenterai d’inviter ceux qui me font l’honneur me lire à aller, à partir du 18 mars, s’abreuver aux sources de ce très grand film, où se mêlent aveuglement, tragique et pitié. Au début de ce billet, évoquant le caractère unique de cette œuvre, je l’avais jugée sans équivalent. À la fin de ce post, dans une comparaison très élargie, je ne vois guère que la série Un village français qui puisse se situer au même niveau.

Puisque Xavier Giannoli n’a pas peur de l’Histoire et qu’il a su, avec tant de talent et de probité, explorer cette obscure séquence du dévoiement, des compromissions et parfois de la mort affrontée courageusement, je rêverais qu’il consacrât un jour son immense talent à Robert Brasillach. Il y aurait là, pour un cinéaste de sa trempe, la possibilité de sonder une autre destinée tragique, où se mêlent l’aveuglement politique d’un écrivain égaré et le prix terrible que l’Histoire exige parfois de ceux qui ont choisi le mauvais camp. J’irai revoir ce film unique.

Chuck Norris: qui pourra (maintenant) sauver le monde?

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L'acteur Chuck Norris en 1985 © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Avec la disparition de l’acteur et karatéka à l’âge de 86 ans, figure viriliste, parangon de la baston affirmée, le manichéisme ceinture noire d’une Amérique triomphante vient de subir sa plus grande défaite idéologique. À défaut de rétablir la paix dans le monde, il aura au moins sauvé le petit écran et fait sourire…


La France a peur. Le monde occidental tremble sur ses bases. Qui pour nous protéger dorénavant ? Qui pour monter la garde face aux menaces en tout genre ? Qui pour mater cet adversaire invisible, le croquemitaine qui vient perturber la quiétude des honnêtes gens le soir quand la ville dort ? Qui pour combler les après-midis soporifiques de la télévision et y injecter un peu de baston au lieu du tripatouillage électoral dominical ? On l’attendait dans notre canapé.

Un p’tit gars de la campagne

Comme un messie blond à moustache, chapeauté, les yeux fixes, la mâchoire immobile, banal donc dangereux, il ne correspondait à aucun héros d’alors. Il n’était pas moderne, plutôt rustique d’apparence, s’habillant comme un Américain moyen ; il ne roulait pas en Ferrari comme Magnum ou dans un Van made in USA comme l’Agence tous risques, ce gars-là était d’ailleurs.

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D’une ruralité exogène. D’une société antique où le coup de tête est toujours la solution comme le professait Joss Beaumont dans Le Professionnel. On était partagés entre la farce du personnage, sa sobriété bestiale au second degré et le plaisir de voir les bons, les petits, les « sans-grade », les « sans-dent » triompher à la fin. Son minimalisme brutal et décomplexé était l’existentialisme d’un Occident à bout de souffle. Le dernier sursaut des invisibles. À cette époque-là, on n’analysait pas politiquement la démarche de Chuck. On se foutait de savoir pour qui il roulait. S’il était la vitrine paysanne de l’impérialisme yankee ou le puncheur de l’audimat. S’il était encarté ou déshumanisé. On observait sa technique de frappe comme naguère David Carradine nous apprenait à canaliser notre force intérieure. Chuck, c’était à la fois Popeye, Rambo et Dolly Parton. Du karaté, de la Country et un long pick-up de 6,9 litres de cylindrée consommant comme un supertanker dans le port de Rotterdam.

The mentalist

Certains week-ends, entraînés par la puissance de conviction de Chuck, son mentalisme ferrailleur, on tentait quelques sauts périlleux entre la table de la salle à manger et le buffet de grand-mère. Des acrobaties qui finissaient mal en général. Une année, un vase de Gien, de collection, on me le précisa longtemps, ne résista pas à cet assaut tout comme la cheville du jeune intrépide que j’étais. Chuck nous autorisait à être jeune et con. Avec lui, la bagarre était la seule et unique résolution. Chuck maître en coups de pied fouettés, de face ou latéraux, n’était pas un diplomate, un conciliateur, un intercesseur entre le mal et le bien, il était le bras armé d’une justice immanente, caricaturale, sommaire, comique et sacrément reposante. Il garantissait la paix sociale sans demander l’avis à une convention citoyenne ou à une commission mixte paritaire. Ah si la vie avait pu se résumer à l’efficacité physique de ce Walker Texas Ranger, les municipalités auraient été plus sûres. Certains rêvaient de remplacer Marianne par un buste de Chuck. Avec ce gars né dans l’Oklahoma, l’équivalent de la Beauce, la vidéosurveillance était facultative, les forces de l’ordre accessoires et les Centaure pouvaient rester au garage. Avec un Chuck populiste assumé, les problèmes liés au narcotrafic et à l’insécurité étaient réglés en 50 minutes chrono.

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La légende voulait que même le diable en personne changeait de trottoir quand il croisait Chuck. Que soutenir son regard vous damnait pour plusieurs générations. Et que le soleil lui demandait la permission de se lever chaque matin, par peur de son courroux.

Ce soir, au grand désespoir de nos parents qui nous ont payé de longues et coûteuses études, par sa simplicité biblique et son humour de garnison, Chuck aura un peu façonné notre vision de la loi du Talion et il nous amusa beaucoup. Chuck, c’était aussi la mythologie d’Hollywood, l’un des porteurs du cercueil de Bruce Lee avec, entre autres, James Coburn et Steve McQueen. Ce gars-là était terrible !

Les tendresses de Zanzibar

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Nantes: la gauche panique

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© Sebastien Salom-Gomis/SIPA

A Nantes, l’accord de la honte entre la maire PS et LFI se retourne contre Johanna Rolland, maire de la ville et N°2 du PS.


Au premier tour du 15 mars, Johanna Rolland est arrivée en tête avec 35% des voix, talonnée de près par Foulques Chombart de Lauwe avec près de 34 %. Un coup de tonnerre pour Nantes, bastion PS depuis 1989, transformé en QG antifa depuis Notre-Dame-des-Landes, qui en dit long sur le ras-le-bol de ses habitants. William Aucant, candidat LFI, obtenait 11% des suffrages, se positionnant en faiseur de roi. La semaine de campagne du 2eme tour qui s’achève a été marquée par la panique d’une majorité municipale à bout de souffle.

Dès le mardi 17 mars, Johanna Rolland déposait sa nouvelle liste pour le second tour, accordant dix places aux candidats de LFI. Une « fusion démocratique », dit-elle. Un pacte avec le diable, répondirent ses alliés démocrates. Car Johanna Rolland avait pourtant déclaré maintes fois qu’elle ne s’allierait jamais avec LFI. Foulques Chombart de Lauwe le martèle sans détour : « Madame Rolland avait promis pour le premier tour qu’elle ne s’allierait pas avec LFI, encore une fois elle rompt ses promesses, c’est un scandale démocratique. » Pour le candidat de la droite et du centre, Johanna Rolland « a décidé de s’allier avec un parti qui incarne le pire extrémisme français aujourd’hui, c’est-à-dire l’antisémitisme éhonté, la haine antipolice, la violence en politique. » Des mots forts, clairs, qui résonnent bien au-delà des rives de la Loire, jusqu’à Toulouse et celles de la Garonne.

Explosion de la gauche

L’onde de choc fut immédiate dans le camp socialiste lui-même. Bassem Asseh, le premier adjoint de Johanna Rolland, a claqué la porte après l’annonce de cet accord avec LFI. Il a quitté la liste, tout comme les membres du PRG ou de Place Publique. Le silence pesant de l’ancien maire, Jean-Marc Ayrault, figure tutélaire de la gauche nantaise, en dit long sur son embarras. Le silence d’un homme qui sait ce que cette alliance de la honte représente pour l’héritage qu’il a bâti durant des décennies.

A relire, Ivan Rioufol: Que vaut la parole d’un socialiste?

Le coup du « front antifasciste » contre le candidat de la droite et le centre

Le candidat LFI William Aucant avait appelé dès le soir du premier tour à « faire barrage » à l’extrême droite et à constituer un « front antifasciste ». La formule est grotesque. Face aux Insoumis se trouve non pas une liste d’extrémistes, mais un rassemblement de la droite républicaine et du centre (LR, Renaissance, Nouvelle Energie, Horizons, MoDem) conduit par un homme modéré, dont le parcours est une leçon de sérieux et d’engagement au service de l’intérêt général.

Foulques Chombart a en effet réuni autour de lui une grande partie des forces du centre, sa numéro deux n’étant autre que Sarah El Haïry, figure du parti de François Bayrou, ancienne ministre et actuelle haut-commissaire à l’Enfance. Tenter de la faire passer pour une « extrémiste » auprès des Nantais en dit long sur le niveau de panique de Johanna Rolland et ses alliés antisémites… Quant à Foulques Chombart lui-même, il a longtemps œuvré à l’Agence française de développement, consacrant sa carrière à des missions d’intérêt général, bien loin des caricatures que ses adversaires tentent de lui coller. Un homme de terrain, méthodique, qui a surpris tout le monde en remportant la primaire LR locale avant de rassembler un arc allant bien au-delà de son camp naturel.

Nantes est tenu par la gauche depuis 1989. Trente-sept années de pouvoir socialiste ininterrompu. Pour quel bilan ? La ville qui trônait jadis sur le podium des « communes où il fait bon vivre » a dégringolé au fond du classement. Malgré l’insécurité qui règne à Nantes, Johanna Rolland refuse d’armer la police municipale et d’investir dans les caméras de surveillance. La dette est en forte hausse (+56% par habitant à l’échelle métropolitaine), la pression fiscale est élevée, et la ville compte un record de défaillances d’entreprises. La ville de Nantes est sale, dégradée, la politique anti-bagnole et les travaux sans fins pénalisent le commerce, et l’actualité récente a montré le coût de l’inaction face aux inondations récurrentes du périphérique. Sur le plan politique, Johanna Rolland coche toutes les cases du bingo pseudo-progressiste: drapeau palestinien au fronton de la mairie, soutien à des associations antiflic, communautarisme à gogo, et wokisme culturel à temps plein. Le prix de l’immobilier est à la baisse, et les commerçants du centre-ville aux abois. Dans les milieux économiques, l’inquiétude est palpable. Les chefs d’entreprise nantais, d’ordinaire discrets, confient publiquement et par centaines leurs craintes face à la perspective de voir LFI peser sur les décisions municipales. Globalement, le fiasco est tel que de nombreux Nantais fuient la ville pour s’installer à Angers, ville nettement plus sûre. Le maire d’Angers, Guillaume Béchu, surfe d’ailleurs sur le déclin de Nantes pour sa propre campagne électorale : « Il y a un choix simple entre ceux qui veulent qu’Angers reste Angers avec moi, et ceux à gauche qui veulent qu’Angers devienne Nantes ».

A quelques heures du scrutin qui pourrait libérer Nantes de la gauche radicale, l’ambiance est tendue. Le « front antifasciste », terrifié par la perspective de la défaite, fait ce qu’il sait faire de mieux: pratiquer l’intimidation physique et verbale. Le QG de campagne du candidat de la droite et du centre a été vandalisé. Ses militants, victimes de menaces par un groupe d’antifas, ont dû se résoudre à appeler la police… Les Nantais, habitués au saccage régulier de la ville par la gauche radicale, pousseront-ils le masochisme jusqu’à donner les clés de la mairie à l’union du chaos formée par Johanna Rolland et ses alliés LFI ? Réponse dimanche.

Chalon-sur-Saône: la République se vit à tête découverte

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DR

La France Insoumise: la route de la servitude? La tentative avortée des élus de LFI d’imposer le port du voile au conseil municipal de Chalon-sur-Saône (71) est la poursuite folle de son projet total et mortifère de création d’une «nouvelle France».


En 1721, Montesquieu publie Les Lettres persanes, roman épistolaire dans lequel deux Persans, Usbek et Rica, décident d’entreprendre un long voyage à Paris.

Objet de toutes les curiosités dans la capitale, Usbek écrit: « Je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d’une grande ville où je n’étais point connu. Cela me fait résoudre à quitter l’habit persan, et à en endosser un à l’européenne, pour voir s’il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d’admirable (…). Libre de tous les ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste ». Trois siècles plus tard, Lamia Sabrina Sari et Damien Saley, deux élus LFI, ont tenté d’imposer le port du voile au sein du conseil municipal de Chalon-sur-Saône ; trois siècles plus tard, ce n’est plus aux étrangers de s’assimiler aux Français, mais aux Français de s’assimiler aux étrangers.

Déjà en 1900, le maire du Kremlin-Bicêtre (94), Eugène Thomas, interdisait le port de la soutane sur tout le territoire de la commune « considérant que le costume spécial dont s’affublent les religieux peut favoriser leur autorité sur une certaine partie de la société ». Cinq ans plus tard, lors des débats de la loi sur la laïcité, un député radical-socialiste, Charles Chabert, posa un amendement afin que le port de la soutane soit interdit pour éviter les troubles à l’ordre public. Mais Aristide Briand, le rapporteur de la loi, rétorqua qu’il serait « ridicule » et « intolérant » que de vouloir interdire le port de la soutane dans un pays désirant instaurer « un régime de liberté au point de vue confessionnel (…) La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme un autre, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non, c’est la seule solution qui nous ait paru conforme au principe même de la séparation. »

Le paradoxe individuel

En agissant ainsi, Aristide Briand fut-il le cheval de Troie des futurs assaillants de la France Insoumise ? Il instaura en fait un régime libéral confessionnel : « Le principe de la liberté de conscience et du libre exercice du culte domine toute la loi ». Le ver est dans la pomme. Aujourd’hui, la France Insoumise n’hésite pas à considérer comme une « police du vêtement » toute interdiction du port du voile au nom de la laïcité ! Cependant, c’est jouer sur les mots et c’est mélanger abusivement les contextes historiques.

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L’interdiction du port du voile relève d’un tout autre contexte que celui de la soutane. Il ne s’agit plus de la même religion, plus de la même réalité socio-culturelle. Il s’agit aujourd’hui de communautés étrangères entières qui importent avec elles en France une autre culture, d’autres mœurs, d’autres façons de vivre et d’autres manières d’être. Car « toutes les générations mortes pèsent comme un fantôme sur le cerveau des vivants », déclarait déjà Karl Marx dans son ouvrage Le 18 brumaire de Louis Bonaparte. Au nom de l’individu libéral, chacun semble libre de porter le « vêtement » qu’il désire. Bref, « Venez comme vous êtes », déclare LFI, reprenant à son compte le slogan de la chaîne de restauration rapide McDonald’s. « En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de famille aujourd’hui, il n’y a plus que des individus », avertissait Balzac dans son roman Mémoires de deux jeunes mariées. Atomisant la société, séparant les êtres, multipliant les liens contractuels et marchands, l’héritage révolutionnaire français pousse aussi à l’individualisation et à la dissolution du tissu social.

Le poison de la gauche

LFI s’assoit alors à la table d’une autre civilisation, l’islam, en utilisant les paradoxes de l’individu occidental pour recréer une nouvelle histoire mémorielle, une nouvelle France. Elle invente une France qui n’a jamais existé, de la même manière que les bolcheviks inventèrent le prolétariat en Russie pour faire advenir leur idéologie communiste. LFI tente la synthèse improbable de deux histoires : l’histoire occidentale, marquée par l’invention de l’individu, mêlée à celle de l’assujettissement et de la soumission orientale. Elle se sert alors du bélier individualiste pour enfoncer les remparts de la citadelle française et la soumettre aux volontés de l’islam. Au nom de l’individu, le port du voile est légitime ; au nom de la liberté, l’islam a tous les droits en France. Il est ainsi urgent pour ne pas dire vital que la société française s’interroge sur ses propres présupposés, sur les dangers individualistes des droits de l’Homme qui ne sont rien d’autre que « l’homme séparé de l’homme et de sa communauté » (Marx). En couronnant les « robinsonades libérales » (Marx) d’un homme hors-sol, d’un homme en soi, d’un Français séparé des autres Français par le droit et le marché, la France Insoumise a élargi les sillons du libéralisme français. Cette maladie de l’individu singulier singularisé, sans lien ni histoire, n’est rien d’autre que la volonté de réécrire tout son passé, de refonder ses origines par une ablation de pans entiers de la mémoire collective au seul profit d’un homme liquide et infiniment recomposable. Or si « notre héritage n’est précédé d’aucun testament » selon les mots du poète René Char, nous aboutissons à « la pointe avancée de l’être individuel » pour reprendre les mots du romancier Michel Houellebecq dans sa chanson L’ultime archipel.

Nihilisme

La France Insoumise sacrifie alors la France au règne d’une abstraction religieuse: celle de son humanisme intégral et hors-sol. Elle se sert de l’idée d’universalisme créée par la France et pour la puissance de la France pour la retourner contre les Français. Nietzsche, dans son ouvrage L’Antéchrist, était sans ambages : « Un peuple périt quand il confond son devoir avec l’idée du devoir en général ». Aujourd’hui, les instincts de tous les élus de la France Insoumise désirent une France abstraite ; une France qui poursuit une destinée malade ; une France qui s’auto-détruit dans la détestation morale et la fragilisation de ses instincts par honte d’être soi, par culpabilité d’être simplement français. La France Insoumise, c’est la France qui voit dans l’étranger le salut de l’idée de la France au lieu de voir dans son propre peuple la grandeur de son pays. La France Insoumise n’aime pas les Français ; elle n’aime pas la réalité française ; elle est animée d’un ressentiment contre tout ce qui est concrètement français. Pour la France Insoumise, la France n’est qu’une Idée. La question effrayante demeure de savoir jusqu’à quel point ce bacille nihiliste a pénétré les corps et les chairs chez ceux mêmes qui prétendent le combattre.

Combien de «tout blancs tout moches» pour parrainer Mélenchon en 2027?

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Capture YouTube.

A la tribune mercredi soir, le leader de LFI s’est amusé devant ses soutiens des polémiques qu’il suscite dans le pays avec ses allusions répétées à la « Nouvelle France », aux « racisés » ou à la créolisation. « Vous avez vu les histoires que je me suis faites avec des réacs en leur disant Ah ben oui, la basilique Saint-Denis, pas moyen de la faire si vous n’aviez pas demandé aux musulmans comment on fait. Ils se sont tous mis à hurler » a-t-il notamment avancé. « Ils ont le front de venir me dire que c’est les Goths qui ont inventé les arcs brisés. Ça ne va pas, les Goths ils étaient juste capables de briser les arcs et c’est tout. (…) Il a bien fallu un jour qu’un, ou une, se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes. »


Pour que sa candidature à l’élection présidentielle soit dûment validée, M. Mélenchon, comme tous les autres candidats, devra être en mesure de se prévaloir du parrainage de cinq-cents élus. Telle est la loi adoptée en 1962, visant à éviter – ou tout au moins limiter – les candidatures trop manifestement fantaisistes.

Selon cette loi, sont habilités à parrainer un candidat un certain nombre d’élus dont les députés, les sénateurs, les maires, les présidents des communautés urbaines, d’agglomération, de communautés de communes, etc…

Nous ne nous abaisserons pas ici à faire le décompte de la proportion parmi eux des « tout blancs, tout moches » et de ceux qui, selon la doctrine mélenchonienne pourraient être classés dans la catégorie toute nouvelle des « tout beaux parce que pas tout blancs ».

S’en trouvera-t-il cinq cents, de ces « tout moches », le moment venu pour oublier et glisser sous le tapis l’avalanche de monstruosités, de mensonges, d’injures, de menaces proférés par le potentiel candidat Mélenchon ces derniers mois, ces dernières années, et, toute honte bue, toute dignité balancée à la poubelle, lui apporter leur soutien ?

A lire aussi, du même auteur: Saint-Denis, nécropole électorale d’une certaine France?

Soutiens qui, convient-il de rappeler, obéissent à certaines règles. Ils doivent émaner d’élus d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans que leur nombre dépasse 10% (soit 50 parrainages) pour un même département ou une même collectivité. De plus, chaque élu ne peut parrainer qu’un seul candidat, et son choix est irrévocable. Non seulement irrévocable mais rendu public. Autrement dit, l’élu soutenant, par exemple M. Mélenchon, aura à assumer ce choix devant ses électeurs, auprès des citoyens. Cela non seulement au moment des élections, mais fort longtemps après. Les soutiens sont rendus publics au fur et à mesure de la réception des parrainages et la liste définitive de ces parrainages – avec nom, prénom et qualité des élus –  est publiée dans son intégralité huit jours au moins avant le premier tour du scrutin sur le site du Conseil constitutionnel et au Journal officiel.

Sauf à imaginer que M. Mélenchon puisse obtenir le parrainage de cinq-cents élus créolisés – son rêve éveillé, il est vrai – il lui faudra bien se résigner à aller séduire une bonne palanquée de « tout Blancs, tout moches ».

Et c’est alors que le pays, les citoyens, les électeurs, auront la joie sans pareille de débusquer qui, parmi leurs élus, est soumis à l’Insoumis en chef au point d’accepter de s’abaisser à faire fi des crachats, des insultes reçus, des ignominies et mensonges proférés, comme on l’a constaté encore récemment lors du lynchage du jeune Quentin Deranque.

Non seulement en faire fi, mais, à la vérité, en redemander.

Aussi, se prend-on à espérer quelque chose comme une conjuration des cinq-cents, une fronde, un front du refus. Refus du parrainage anti-blanc, anti-civilisation française, anti-France pour tout dire. Voilà qui constituerait, selon moi, ce qu’on pourrait qualifier à juste titre d’acte de résistance. Pour de bon.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Guerre en Iran: prendre notre part

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Photo diffusée par la marine royale thaïlandaise montrant le navire thaïlandais Mayuree Naree en feu après une attaque d’un drone de surface iranien (USV) dans le détroit d’Ormuz, le mercredi 11 mars © 2026 EPN/Newscom/SIPA

Depuis que les Iraniens ont entamé une stratégie de généralisation du conflit pour contraindre les Etats-Unis à cesser les combats sous la pression des pétromonarchies effrayées par le désordre économique, la nouvelle guerre du Golfe prend une perspective mondiale.


Certains commentateurs (notamment dans la diplomatie française) reprochent aux Etats-Unis d’avoir entrepris cette guerre comme ils le leur avaient reproché à juste titre en 2003 lors de l’invasion de l’Irak. Comparaison n’est pas raison. En 2003 l’Irak n’avait attaqué ni ne menaçait personne et les preuves apportées par les Américains étaient falsifiées. Dans le cas présent, les preuves de la nocivité de l’Iran et de son bellicisme sont innombrables. L’Iran attaque Israël depuis 20 ans directement ou indirectement via ses alliés du Hezbollah , du Hamas, de la Syrie ou des Houtis. Il attaque aujourd’hui les Emirats. Il est à cet égard très étrange de voir la diplomatie française traditionnellement pro-arabe adopter une attitude de conciliation avec l’Iran alors que ses alliés arabes sont attaqués !

Gare aux téméraires

Qu’on soit pour ou contre Trump n’y change rien. Que les Etats-Unis aient eu tort ou pas d’engager cette guerre n’y change rien non plus. Le fait est qu’elle est là et qu’elle révèle à son paroxysme que l’Iran est un danger immense pour la stabilité du Moyen Orient et même pour la paix du monde.

Car c’est bien d’elle qu’il s’agit désormais, qu’on le veuille ou non. Si le pire devait arriver, c’est à dire si les Etats-Unis devaient se retirer sur une victoire à la Pyrrhus, c’est à dire en prétendant avoir détruit le potentiel militaire iranien mais laissé le régime en place bloquer le détroit d’Ormuz, alors les ennemis de l’Occident y verraient un point de faiblesse tragique pour les Américains et encore plus pour l’Europe qui n’aurait même pas tenté d’intervenir pour sauvegarder ses intérêts. L’Iran détiendrait la clé de la circulation dans le détroit d’Ormuz (et sans doute aussi dans celui de Bab el Mandeb via la menace Houti) et s’installerait comme la puissance dominante de la région. Il deviendrait même le porte-drapeau du « Sud global » qui prend sa revanche sur l’Occident.

A lire aussi: Le test Israël

Le renoncement à contraindre l’Iran à la reddition serait une catastrophe géostratégique. Il n’est même pas question ici de parler, dans une optique néo-conservatrice – qui n’est pas du tout la mienne – du renoncement à la libération du peuple iranien qui resterait sous les joug des mollahs, ni des droits de l’homme, mais plus égoïstement et plus gravement de la paix mondiale. Car cet aveu de faiblesse de la part de l’Occident serait très sérieusement interprété par la Chine et par la Russie comme un permis de faire ce qu’elles veulent. S’emparer de Taïwan et bloquer le détroit de Formose pour la première et envahir les pays baltes pour la seconde. La faiblesse appelle la témérité.

A l’inverse, si les Etats-Unis soumettent l’Iran à la reddition et dans l’idéal abattent son régime théocratique, alors nous prolongeons la paix mondiale de 20 ans. Car ni la Chine, ni la Russie n’oseront s’engager dans des guerres aventureuses qui pourraient déboucher sur une guerre mondiale. Si au contraire nous y renonçons, il faut nous préparer dans trois ans à nous battre en Europe et les Américains dans le Pacifique. Bis repetita placent…

Tenir notre rang

C’est pourquoi la France (et l’Angleterre) qui sont membres fondateurs du Conseil de sécurité doivent prendre leur part du fardeau pour rétablir la libre circulation des détroits. C’est le droit international qui est en jeu ici. Cela tombe bien car nous nous en gargarisons tous les jours. Cela tombe bien aussi parce que nous entretenons à (très) grands frais une escadre aéronavale dont c’est la vocation que de maintenir la libre circulation des mers et la préservation de nos intérêts. A quoi bon dépenser dix millards pour le futur porte-avions « la France libre » si nous claironnons au monde entier que jamais nous ne l’utiliserons ? Le monde qui s’ouvre à nous depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie est celui de la force. Nous pouvons encore y tenir notre rang si nous savons la montrer quand nos intérêts, le droit international et la justice sont en jeu.

France, terroir de la Terreur

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Pierre Vermeren © Hannah Assouline

La Terreur de 1793 a légitimé la violence, jusqu’au crime de masse, pour écraser toute forme d’opposition. Un modèle suivi par toutes les dictatures modernes. Mais cette violence révolutionnaire n’a jamais quitté la vie politique française: elle est prônée par l’extrême gauche au fil des générations, et trouve aujourd’hui ses adeptes chez LFI.


La France, dans son rapport à la violence politique révolutionnaire, se caractérise par deux traits constitutifs instaurés en 1793 par la Terreur : la légitimation par un pouvoir d’une violence politique et criminelle de masse, et partant de ses modalités de mise en œuvre ; et par suite la structuration à titre définitif dans la société française d’un groupe révolutionnaire héritier de la Terreur, dont la permanence, depuis deux siècles, est sans équivalent au monde.

L’Ancien Régime a été abattu par une double révolution. La révolution libérale et bourgeoise de 1789 – qui n’aurait pas eu lieu sans l’apport décisif de la noblesse bleue et du bas clergé –, qui a fait éclater les cadres malthusiens inégalitaires de la société politique et économique d’Ancien Régime ; elle fut principalement tournée contre l’absolutisme royal et les privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé. Cette première révolution s’inscrit dans la continuité de la révolution américaine de 1776, posant les bases du libéralisme économique et politique des Lumières appelé à façonner l’Occident moderne.

Sartre: jamais assez

Puis en 1793-1794, la révolution radicale et autoritaire destinée à combattre les ennemis de la Révolution, à éradiquer les contre-révolutionnaires, et jusqu’aux marques et traces idéologiques et nominales de l’Ancien Régime. Après l’exécution du roi et la mort provoquée de son fils, celle-ci se retourne contre l’Église à laquelle elle entend se substituer en tant qu’instance idéologique suprême. Elle invente pour ce faire la violence d’extrême gauche du parti des coupeurs de têtes. Cent quatre-vingts ans plus tard, le philosophe Jean-Paul Sartre s’est posé en héritier et laudateur de cette Terreur : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas là d’autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué » (entretien à Actuel en février 1973). La Terreur a fait au minimum de 35 000 à 40 000 morts (J.-C. Martin) sur les échafauds, devant les pelotons d’exécution et dans les prisons du régime, et 170 000 Vendéens de tous âges ont été massacrés sans autre forme de procès (nonobstant Lyonnais et Toulonnais). Ce n’était pas assez pour Sartre.

A lire aussi, Gil Mihaely: Ennemi politique n° 1

De nos jours, les héritiers des coupeurs de têtes ont toujours pignon sur rue dans la scène politique française. Leurs traits saillants n’ont pas changé : la haine politique qui sert de carburant ; la violence verbale, politique et physique qu’elle induit ; et le mensonge, qui sert à occulter les crimes qui en sont le produit. De même qu’il a fallu deux siècles pour que le génocide vendéen soit reconnu du bout des lèvres, il n’est pas recommandé d’enseigner dans les lycées français que Lénine a été « l’inventeur du totalitarisme » – une vérité historique pourtant établie par les historiens –, et il est peu probable que les protecteurs des assassins de Quentin Deranque, le jeune Franco-Péruvien de 23 ans massacré à Lyon le jour de la Saint-Valentin 2026, reconnaissent la nature politique de ce crime avant des décennies.

Avec le recul historique et la longue durée, la culture politique mondiale et française a été puissamment marquée par les héritages révolutionnaires de la Terreur. Il serait faux et mensonger d’imputer toute forme de violence politique à cette tradition révolutionnaire. La pratique de la violence politique n’est hélas l’apanage d’aucune civilisation ni d’aucune époque, seuls ses formes et la fréquence, ou le contexte, de ses usages varient. La nature humaine est portée à une violence atavique et gratuite, que seuls les processus d’éducation et de civilisation des mœurs sont à même de canaliser, de marginaliser, de symboliser, et pour un temps plus ou moins long, d’endiguer. Pour autant, l’irruption de la modernité politique à travers la Révolution française et l’épisode de la Terreur en particulier ont été le support historique de formes inédites de violence politique que le monde n’a cessé d’adopter, de reproduire et de sophistiquer depuis deux siècles.

Marque indélébile

Le plus étonnant est que cette violence meurtrière de masse, quoiqu’elle ait fait vivre la bourgeoisie française dans la peur tout au long du xixe siècle, au point de la pousser à intervalles réguliers à des contre-violences politiques de masse, a gardé jusqu’à nos jours des adeptes et des partisans : tel est le destin du « parti révolutionnaire français », qui se renouvelle de génération en génération, legs de deux siècles et marque indélébile de la culture politique française. Aucun autre pays au monde – surtout en Occident – ne peut se targuer, trente-cinq ans après la chute de l’URSS, de posséder simultanément trois formations trotskystes marxistes-léninistes, un parti communiste et le parti dit « insoumis », d’obédience trotskyste, installé au cœur des institutions républicaines : son programme est non seulement de « bordéliser » la République, mais de créer un climat préinsurrectionnel, avec le soutien de pans entiers des élites bourgeoises, notamment économiques et intellectuelles.

Non seulement le président Macron n’est pas parvenu à résorber cette exception française mais, qu’il l’ait voulu ou non, ses deux quinquennats ont contribué à la conforter.

Revenons aux origines. 1793 et la Terreur ont inventé les formes modernes de la dictature politique, et les moyens d’écraser toutes formes d’opposition : la suspension de la légalité ; le terrorisme (qui a donné son nom au régime) ; la loi des suspects ; le Tribunal révolutionnaire ; la violation des droits politiques des accusés ; l’abolition des droits de la défense dans le procès politique ; la confusion entre droits communs et prisonniers politiques ; l’usage extensif de la guillotine et des exécutions sommaires ; l’élimination physique des ennemis idéologiques par tout moyen (noyades, massacres, extermination, etc.) ; le vote truqué des instances électorales ; le vandalisme et le pillage comme mode de régulation révolutionnaire ; le populicide mis en place en Vendée, que l’on finit par qualifier de génocide au xxe siècle ; le libre cours donné aux pratiques meurtrières les plus barbares et dont la « guerre de Vendée » a été le réceptacle, la déshumanisation de l’ennemi autorisant l’élimination de populations entières hors de toute menace réelle.

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Michel Onfray a utilement rappelé que Jean-Luc Mélenchon, entrant à l’OCI en 1972 – le mouvement trotskyste lambertiste – a choisi pour pseudonyme Antoine Joseph « Santerre », personnage historique de la Terreur et brasseur parisien devenu général révolutionnaire sans talent. Jules Verne le présente ainsi dans un roman historique : « La Convention, effrayée, ordonna de détruire le sol de la Vendée et d’en chasser les “populations”. Le général Santerre demanda des mines pour faire sauter le pays, et des fumées soporifiques pour l’étouffer ; il voulait procéder par l’asphyxie générale. Les Mayençais furent chargés de “créer le désert” décrété par le comité de salut public. » On ne saurait mieux annoncer les techniques d’extermination mises en place par les régimes totalitaires du xxe siècle, qui ne se sont pas privés de puiser dans l’arsenal des tactiques et moyens inventés ou conçus sous la Terreur pour éliminer leurs adversaires et imposer leurs idées par la force.

La Révolution dévorant ses enfants par vagues a fini par engloutir les Montagnards, porteurs de cette violence inouïe dans une société « civilisée », et par susciter la réaction thermidorienne qui a éradiqué le parti robespierriste et sa bande criminelle. L’épisode n’en eut pas moins de telles conséquences qu’il peut être regardé comme une porte d’entrée dans la modernité, que l’on a voulu occulter ou relativiser. La Terreur déconsidère en effet l’entreprise révolutionnaire, et contredit le discours sur le progrès universel et le « sens de l’histoire », mantra du progressisme français. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs…

En marquant profondément le subconscient des élites bourgeoises et politiques françaises du xixe siècle, la Terreur a suscité en retour peur et contre-violence. Rappelons la violence extrême de la répression des épisodes révolutionnaires français de 1830, 1848 et 18711.  En 1912, le roman d’Anatole France, Les dieux ont soif, met en scène le sinistre Évariste Gamelin, juré au Tribunal révolutionnaire, dont le fanatisme au front bas a épouvanté et créé le Parti de l’ordre qu’est devenue la République. Au xxe siècle, les deux guerres mondiales et les guerres coloniales ont certainement permis de mettre au pas, voire d’éliminer de manière plus invisible nombre de militants révolutionnaires.

La tradition

Le second héritage de la Terreur, loin d’avoir disparu, est que son attirail politique a créé une tradition politique féconde et pérenne. Le « parti révolutionnaire » n’a cessé de ressurgir au xixe siècle puis aux deux siècles suivants. Il s’est structuré et doté de pratiques politiques et d’un corpus transmis de génération en génération. C’est en France que le socialisme, puis le communisme – la Commune de Paris – ont été conçus et inventés, que la révolution est devenue une tradition politique, doublée d’un puissant imaginaire qu’aucun drame humain ou historique ne parvient à désacraliser. Au xxe siècle, le Parti communiste français, par sa puissance d’attraction et de répression, a longtemps permis d’encadrer et de neutraliser les éléments incontrôlables du « parti révolutionnaire ». La résurgence Mélenchon de ce début de xxie siècle est permise par la quasi-disparition du PCF, et sa mainmise sur une large partie de la gauche a été rendue possible par l’affaissement inédit des appareils syndicaux et du Parti socialiste.

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Enfin, du fait de la centralité politique internationale de la France et de sa culture politique au xixe siècle, mais aussi de la circulation des élites politiques occidentales et coloniales à Paris dans la première moitié du xxe siècle, les idées révolutionnaires, potentialisées par Lénine, se sont mondialisées. Lénine fut le concepteur du parti politique moderne qui, dans sa forme révolutionnaire (structure politique légale vs structure révolutionnaire clandestine), a permis la diffusion de la culture révolutionnaire et sa contagion au xxe siècle. Ainsi métamorphosé, cet héritage français est devenu un produit d’exportation qui a triomphé dans le monde entier, notamment dans les plus grands empires de la planète (Russie, Empires ottoman et perse, Chine, Vietnam, Corée, etc.).

Les graves événements que la France a traversés en février 2026, de même que la subversion d’une partie de la jeunesse étudiante, invitée à déployer un antisémitisme virulent que l’on pensait éradiqué, avec le soutien de structures partisanes quoiqu’elles s’en dédisent, s’inscrit dans la longue histoire qui nous ramène aux temps révolutionnaires. De même, la haine anticatholique, qui a renoué ses canaux d’expression (qu’illustre la récente litanie de destructions de biens religieux et de lieux de culte), et qui est palpable dans l’affaire Quentin Deranque, renvoie à la tradition révolutionnaire française, qui fut d’abord anticléricale. Cette dimension est à méditer dans un pays où l’Église et le catholicisme ont été si puissants qu’ils ont nourri une haine inextinguible, que véhicule le parti révolutionnaire. Cette singularité historique française n’a pas encore trouvé son historien. Elle est pourtant de toute première importance au regard de son ancienneté, de sa permanence et de sa puissance historique. Quels sont ses modes de transmission, de sociabilité, ses instituts de formation, au point que ses militants, ses apprentis et ses maîtres, de génération en génération, transmettent une histoire qui les dépasse ? Le parti révolutionnaire français a cessé d’être ouvrier et parisien. Il s’est provincialisé et embourgeoisé, il a migré vers les universités et les salles de rédaction, mais sa fonction tribunitienne et sa capacité subversive sont parmi nous. L’islam révolutionnaire est son nouvel horizon, même s’il faut convenir que la convergence des luttes demeure assez rhétorique de ce côté de la nouvelle société française, tant il est difficile de marier les contraires hors de toute tradition intellectuelle et historique.


On a cassé la république: 150 ans d'histoire de la nation

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  1. Pierre Vermeren, On a cassé la République. 150 ans d’histoire de la nation, Tallandier, Paris, 2020. ↩︎

«Ancien gilet jaune, ce que les ronds-points m’ont appris sur la mort de nos centres-villes»

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Quimper, dans le Finistère. Photo d'illustration DR.

On n’a pas assez parlé du déclin de l’attractivité des centres de nos villes et des difficultés du petit commerce, dans la campagne électorale qui s’achève. Une grande tribune propose d’agir: nos centres-bourgs représentent encore des millions d’emplois non délocalisables – il faut davantage s’en préoccuper.


Je suis aujourd’hui associé dans une entreprise du bâtiment. Mais il y a quelques années, comme beaucoup de Français, j’ai passé des week-ends entiers sur des ronds-points avec un gilet jaune sur le dos.

On a beaucoup caricaturé ces moments. Pourtant, quand on repense à ce qui s’y disait, il ne s’agissait pas seulement du prix du carburant ou d’une colère passagère. Sur ces ronds-points, des gens qui ne se connaissaient pas ont commencé à parler de leur vie quotidienne. Et très vite, une réalité est apparue : dans beaucoup de provinces, la vie devient de plus en plus difficile. Les commerces ferment. Les services disparaissent. Les centres-villes se vident.

Sentiment d’impuissance

Cette colère racontait déjà quelque chose de profond : le sentiment que le cœur de nos villes et de nos villages s’éteint peu à peu dans l’indifférence générale, à commencer par celle de nos dirigeants. Notre sentiment d’impuissance, aussi, face à l’effacement progressif de notre mode de vie, de notre joie, de notre monde. Une France oubliée. Une France qui devient déserte. Elle est celle où la jeunesse manque le plus d’opportunités professionnelles. Une France timide qui n’ose pas demander d’aides, qu’on ne voit pas se plaindre sur les plateaux de télévision. Et pour cause, elle n’est pas invitée.

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Hors des grandes métropoles, point de salut. Les municipales devraient pourtant être l’occasion de rappeler l’existence de ces centaines de petites villes qui faisaient autrefois la beauté et la spécificité de la France. De Carcassonne à Montceau-les-Mines en passant par Dax, Clermont, Quimper et Maubeuge, les vitrines ferment et les bistrots sont remplacés par des enseignes de fast-food. Où sont les grands plans Marshall et autres comités Théodule quand on a besoin d’eux ?

Je travaille dans le bâtiment. Mon métier me fait entrer partout : dans des boutiques, des immeubles, des cellules commerciales. Et depuis vingt ans, je vois la même scène se répéter. Une vitrine qui ferme, puis une autre. Un rideau métallique qui reste baissé pendant des mois. Parfois des années. On nous explique que si nos centres-villes se vident, si nos rideaux restent baissés, si nos commerces ferment les uns après les autres, ce serait la faute des plateformes chinoises et américaines, de Shein, d’Amazon ou de Temu. C’est pratique. C’est lointain. Bien sûr, elles ont changé les habitudes de consommation. Mais elles n’expliquent pas le phénomène. Ce n’est pas depuis Pékin ou San Francisco qu’on ferme nos boulangeries et qu’on coupe nos lignes de TER ! La vérité est plus simple et dérangeante : nous avons méthodiquement étouffé la vie dans nos centres-villes.

La France en vacance (commerciale)

D’abord parce que l’économie des petits commerces est devenue fragile. Dans certaines rues, les loyers commerciaux atteignent des niveaux que seuls les grands réseaux peuvent supporter. Les indépendants disparaissent peu à peu, et les locaux restent vides dans l’attente d’un locataire solvable. Ensuite parce que les règles se sont accumulées au fil des années. Normes d’accessibilité, contraintes énergétiques, procédures administratives : chacune peut se justifier. Mais leur empilement finit par décourager ceux qui voudraient se lancer. Beaucoup de commerçants passent aujourd’hui plus de temps à gérer des formalités qu’à développer leur activité.

Selon les données des fédérations du commerce et de cabinets spécialisés, le taux de vacance commerciale dans les centres-villes français dépasse 12% en moyenne, et atteint 15 à 20% dans de nombreuses villes moyennes, voire plus. Les loyers commerciaux en hypercentre peuvent représenter jusqu’à 10 à 15% du chiffre d’affaires d’un petit commerçant, un seuil considéré comme critique pour la rentabilité.

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Les commerçants dénoncent une accumulation de normes (accessibilité, sécurité incendie, affichage environnemental, gestion des déchets, terrasses, enseignes…) dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros lors d’une installation ou d’une mise aux normes. Dans certaines communes, la suppression de places de stationnement a atteint 20 à 30% en dix ans, sans alternative de transport crédible. Pourtant, la vie quotidienne d’une famille, c’est souvent la voiture plutôt que la marche ou le vélo. Lorsque venir en centre-ville devient compliqué, les clients se tournent vers les zones commerciales ou vers Internet. Et quand les clients disparaissent, les commerces suivent.

Les vacances commerciales sont patentes dans les villes dites moyennes. Des villes comme Saint-Étienne, Béziers, Perpignan, Calais, Nevers, Carcassonne ou encore Châteauroux, sont tout particulièrement touchées. Ce sont des villes de gilets jaunes. Des villes qui ne veulent pas s’éteindre en silence.

“Plan Clochers Vivants” : Sauvons nos centres-villes !

C’est pour alerter sur cette situation que j’ai lancé le Plan et la pétition « Clochers Vivants ». Le nom ne doit rien au hasard. Dans nos villes et nos villages, les clochers ont longtemps été les repères autour desquels s’organise la vie collective. Ils dominent encore les centres-villes. Mais trop souvent, ils dominent désormais des artères exsangues. Pourtant, rien n’est irréversible. La revitalisation des centres-villes ne demande pas des plans technocratiques complexes. Elle demande surtout du pragmatisme. De se retrousser les manches une bonne fois pour toutes.

Il faut aussi alléger la pression fiscale et administrative qui pèse sur les petits commerçants. Il est urgent de traiter sans tabou la question de l’accessibilité des centres-villes, afin qu’ils restent des lieux de vie pour les habitants et les familles. Car derrière chaque commerce qui ferme, il y a plus qu’une activité économique. Il y a un emploi qui disparaît, un apprenti qui ne sera pas formé, un lieu de rencontre qui s’éteint. La vitalité d’un pays ne se mesure pas seulement à ses grandes métropoles. Elle se voit aussi dans l’état des rues commerçantes de ses villes petites et moyennes. Les causes de ce déclin sont ici, chez nous. Les solutions aussi.  

L’électeur n’existe pas!

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Le Lfiste David Guiraud, ici photographié le 13 mars 2026, a remporté 47% des suffrages au premier tour à Roubaix © Fievez/SIPA

L’islamo-gauchiste David Guiraud à Roubaix ou le bobo Emmanuel Grégoire à Paris pensent avoir convaincu les électeurs avec leurs propositions politiques singulières. En réalité, observe notre contributeur sociologue, les territoires électoraux sont des blocs humains, des mondes distincts où l’on vote comme on vit. Analyse


À chaque élection, le même théâtre se rejoue. Les commentateurs dissèquent les alliances, scrutent les stratégies d’appareil, mesurent les rapports de force entre partis comme s’il s’agissait d’un jeu abstrait, presque autonome. Qui s’unit avec qui, qui trahit, qui résiste — toute l’attention se porte sur les combinaisons visibles de la scène politique.

L’angle mort territorial

Mais cette lecture, pour familière qu’elle soit, passe à côté de l’essentiel.

Car avant les alliances, avant les programmes, avant même les figures politiques, il y a une réalité plus profonde, plus déterminante, et pourtant largement ignorée: celle des territoires.

Ce ne sont pas les états-majors qui fabriquent les votes. Ce sont les milieux de vie. Les espaces habités. Les formes de coexistence concrètes. Les manières d’être ensemble — ou séparés.

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Un territoire n’est pas un simple décor. C’est un système de relations, de normes, de perceptions. C’est un climat social qui façonne, en profondeur, ce qui est pensable, dicible, votable. On croit analyser des choix politiques. On observe en réalité des comportements collectifs inscrits dans des mondes distincts. Tant que cette dimension territoriale reste dans l’angle mort de l’analyse, les résultats électoraux apparaissent comme des surprises, des anomalies, des accidents. Dès qu’on la prend au sérieux, ils deviennent lisibles.

Car ce ne sont pas seulement des électeurs qui votent. Ce sont des territoires qui s’expriment. 

Le mythe de l’individu électeur — et la France des appartenances

On persiste à enseigner que la démocratie est le règne de l’individu. Un homme seul, éclairé, libre, qui choisit dans le secret de l’isoloir. Mais cette figure n’existe pas.

Ce que révèlent les cartes électorales, ce ne sont pas des consciences : ce sont des territoires. Des blocs humains. Des mondes. Et chaque monde vote comme il vit.

Roubaix, Seine-Saint-Denis: le vote comme climat

À Roubaix, dans de larges parties de la Seine-Saint-Denis, on ne vote pas au sens où l’entendent les manuels. On vit d’abord dans un espace dense, saturé de relations, de voisinages, de liens familiaux, de réseaux informels. Les existences s’y croisent, s’y superposent, s’y observent. Rien n’y est totalement privé. Dans ces territoires, les appartenances sont visibles. Elles s’affichent dans les manières de se vêtir, de parler, de se regrouper, de se tenir dans l’espace public. Elles produisent un sentiment de continuité — et parfois de séparation. Il ne s’agit pas simplement de religion. Il s’agit d’un climat. Un climat où certaines normes s’imposent, où certaines attitudes deviennent attendues, où l’individu est constamment renvoyé à son inscription dans un groupe.

Dans ces conditions, le vote ne relève plus d’un choix abstrait.
Il devient un prolongement du milieu. La France insoumise s’y déploie non comme une doctrine, mais comme une évidence sociale. Elle capte un état déjà constitué: défiance envers les institutions, sentiment d’être à part, perception d’une opposition entre « eux » et « nous ». Son discours ne crée pas cette disposition. Il l’accompagne. Il la formalise.

Et il circule comme circulent toutes les choses importantes ici: par les réseaux, par les conversations, par les regards. C’est un vote d’atmosphère. Un vote qui s’impose sans s’énoncer.

Les centres des métropoles: le vote comme conformité

À l’opposé, dans les centres de Paris, de Lyon, de Bordeaux, un autre climat règne. Un climat feutré, homogène, sûr de lui. Cadres supérieurs, diplômés, professions intellectuelles : ici aussi, l’entre-soi est puissant — mais il est invisible à ceux qui en font partie. Il se présente comme la normalité. On y vit dans un monde où certaines idées sont spontanément disqualifiées, non parce qu’elles seraient réfutées, mais parce qu’elles n’appartiennent pas au langage du milieu.

Le Rassemblement national ne s’y heurte pas à une barrière juridique ou morale explicite. Il se heurte à quelque chose de plus solide : une impossibilité sociale. Voter pour lui, ce serait sortir du groupe, rompre avec les codes, perdre sa place symbolique. Et les milieux intégrés sont ceux qui transgressent le moins. Ainsi se maintient, sans violence apparente, un plafond de verre presque parfait.

Les périphéries: le vote comme rupture

Dans les villes moyennes, les zones périurbaines, les anciens territoires industriels, la logique s’inverse. Ici, le cadre s’est défait. Les repères ont disparu. Les protections se sont érodées. Le vote devient un geste brut.

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Hénin-Beaumont, certaines zones de l’Est, du Nord, du Sud rural : le vote pour le Rassemblement national y exprime moins une adhésion doctrinale qu’un refus. Refus d’un monde perçu comme éloigné, fermé, indifférent. Ce n’est pas un vote de confort. C’est un vote de rupture.

Marseille: la coexistence des fractures

Et puis il y a Marseille. Marseille n’est pas une métropole au sens classique. C’est une juxtaposition de mondes. Des territoires populaires très denses, des zones intermédiaires fragiles, des espaces plus aisés — sans qu’aucune norme unique ne parvienne à s’imposer. Les appartenances y sont visibles, parfois revendiquées, parfois opposées. Mais justement : aucune ne domine totalement.

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Cette fragmentation empêche la formation d’un plafond de verre comparable à celui des grandes métropoles homogènes. Et surtout, le réel y est plus brut. L’insécurité, les trafics, les tensions ne sont pas des objets de discours : ils font partie de la vie quotidienne. Le vote s’y ancre davantage dans l’expérience que dans les codes.

L’électeur n’existe pas

On continue pourtant de parler de choix individuels. Mais l’individu est une fiction utile. En réalité, chacun est pris dans un monde : un territoire, des relations, des normes, des attentes. Il vote seul dans l’isoloir. Mais il vote avec tout cela en lui.

Une démocratie des milieux

Ainsi se dessine la véritable carte du pays :

Roubaix vote comme un territoire dense et structuré par des appartenances visibles. La Seine-Saint-Denis vote comme un espace où les logiques communautaires et les rapports de distance avec le reste de la société pèsent fortement. Les centres métropolitains votent comme des milieux normés et protégés. Les périphéries votent comme des mondes blessés. Marseille vote comme une ville éclatée.

Et certaines forces politiques prospèrent là où leur langage correspond à un climat déjà là, tandis que d’autres se heurtent à des frontières invisibles. La démocratie moderne célèbre l’individu. Mais elle fonctionne, en silence, comme une géographie des appartenances. Et c’est peut-être là ce qu’elle refuse de voir: nous ne votons pas seulement avec nos idées. Nous votons depuis le monde auquel nous appartenons.

La société malade

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