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L’électeur n’existe pas!

L’islamo-gauchiste David Guiraud à Roubaix ou le bobo Emmanuel Grégoire à Paris pensent avoir convaincu les électeurs avec leurs propositions politiques singulières. En réalité, observe notre contributeur sociologue, les territoires électoraux sont des blocs humains, des mondes distincts où l’on vote comme on vit. Analyse


À chaque élection, le même théâtre se rejoue. Les commentateurs dissèquent les alliances, scrutent les stratégies d’appareil, mesurent les rapports de force entre partis comme s’il s’agissait d’un jeu abstrait, presque autonome. Qui s’unit avec qui, qui trahit, qui résiste — toute l’attention se porte sur les combinaisons visibles de la scène politique.

L’angle mort territorial

Mais cette lecture, pour familière qu’elle soit, passe à côté de l’essentiel.

Car avant les alliances, avant les programmes, avant même les figures politiques, il y a une réalité plus profonde, plus déterminante, et pourtant largement ignorée: celle des territoires.

Ce ne sont pas les états-majors qui fabriquent les votes. Ce sont les milieux de vie. Les espaces habités. Les formes de coexistence concrètes. Les manières d’être ensemble — ou séparés.

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Un territoire n’est pas un simple décor. C’est un système de relations, de normes, de perceptions. C’est un climat social qui façonne, en profondeur, ce qui est pensable, dicible, votable. On croit analyser des choix politiques. On observe en réalité des comportements collectifs inscrits dans des mondes distincts. Tant que cette dimension territoriale reste dans l’angle mort de l’analyse, les résultats électoraux apparaissent comme des surprises, des anomalies, des accidents. Dès qu’on la prend au sérieux, ils deviennent lisibles.

Car ce ne sont pas seulement des électeurs qui votent. Ce sont des territoires qui s’expriment. 

Le mythe de l’individu électeur — et la France des appartenances

On persiste à enseigner que la démocratie est le règne de l’individu. Un homme seul, éclairé, libre, qui choisit dans le secret de l’isoloir. Mais cette figure n’existe pas.

Ce que révèlent les cartes électorales, ce ne sont pas des consciences : ce sont des territoires. Des blocs humains. Des mondes. Et chaque monde vote comme il vit.

Roubaix, Seine-Saint-Denis: le vote comme climat

À Roubaix, dans de larges parties de la Seine-Saint-Denis, on ne vote pas au sens où l’entendent les manuels. On vit d’abord dans un espace dense, saturé de relations, de voisinages, de liens familiaux, de réseaux informels. Les existences s’y croisent, s’y superposent, s’y observent. Rien n’y est totalement privé. Dans ces territoires, les appartenances sont visibles. Elles s’affichent dans les manières de se vêtir, de parler, de se regrouper, de se tenir dans l’espace public. Elles produisent un sentiment de continuité — et parfois de séparation. Il ne s’agit pas simplement de religion. Il s’agit d’un climat. Un climat où certaines normes s’imposent, où certaines attitudes deviennent attendues, où l’individu est constamment renvoyé à son inscription dans un groupe.

Dans ces conditions, le vote ne relève plus d’un choix abstrait.
Il devient un prolongement du milieu. La France insoumise s’y déploie non comme une doctrine, mais comme une évidence sociale. Elle capte un état déjà constitué: défiance envers les institutions, sentiment d’être à part, perception d’une opposition entre « eux » et « nous ». Son discours ne crée pas cette disposition. Il l’accompagne. Il la formalise.

Et il circule comme circulent toutes les choses importantes ici: par les réseaux, par les conversations, par les regards. C’est un vote d’atmosphère. Un vote qui s’impose sans s’énoncer.

Les centres des métropoles: le vote comme conformité

À l’opposé, dans les centres de Paris, de Lyon, de Bordeaux, un autre climat règne. Un climat feutré, homogène, sûr de lui. Cadres supérieurs, diplômés, professions intellectuelles : ici aussi, l’entre-soi est puissant — mais il est invisible à ceux qui en font partie. Il se présente comme la normalité. On y vit dans un monde où certaines idées sont spontanément disqualifiées, non parce qu’elles seraient réfutées, mais parce qu’elles n’appartiennent pas au langage du milieu.

Le Rassemblement national ne s’y heurte pas à une barrière juridique ou morale explicite. Il se heurte à quelque chose de plus solide : une impossibilité sociale. Voter pour lui, ce serait sortir du groupe, rompre avec les codes, perdre sa place symbolique. Et les milieux intégrés sont ceux qui transgressent le moins. Ainsi se maintient, sans violence apparente, un plafond de verre presque parfait.

Les périphéries: le vote comme rupture

Dans les villes moyennes, les zones périurbaines, les anciens territoires industriels, la logique s’inverse. Ici, le cadre s’est défait. Les repères ont disparu. Les protections se sont érodées. Le vote devient un geste brut.

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Hénin-Beaumont, certaines zones de l’Est, du Nord, du Sud rural : le vote pour le Rassemblement national y exprime moins une adhésion doctrinale qu’un refus. Refus d’un monde perçu comme éloigné, fermé, indifférent. Ce n’est pas un vote de confort. C’est un vote de rupture.

Marseille: la coexistence des fractures

Et puis il y a Marseille. Marseille n’est pas une métropole au sens classique. C’est une juxtaposition de mondes. Des territoires populaires très denses, des zones intermédiaires fragiles, des espaces plus aisés — sans qu’aucune norme unique ne parvienne à s’imposer. Les appartenances y sont visibles, parfois revendiquées, parfois opposées. Mais justement : aucune ne domine totalement.

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Cette fragmentation empêche la formation d’un plafond de verre comparable à celui des grandes métropoles homogènes. Et surtout, le réel y est plus brut. L’insécurité, les trafics, les tensions ne sont pas des objets de discours : ils font partie de la vie quotidienne. Le vote s’y ancre davantage dans l’expérience que dans les codes.

L’électeur n’existe pas

On continue pourtant de parler de choix individuels. Mais l’individu est une fiction utile. En réalité, chacun est pris dans un monde : un territoire, des relations, des normes, des attentes. Il vote seul dans l’isoloir. Mais il vote avec tout cela en lui.

Une démocratie des milieux

Ainsi se dessine la véritable carte du pays :

Roubaix vote comme un territoire dense et structuré par des appartenances visibles. La Seine-Saint-Denis vote comme un espace où les logiques communautaires et les rapports de distance avec le reste de la société pèsent fortement. Les centres métropolitains votent comme des milieux normés et protégés. Les périphéries votent comme des mondes blessés. Marseille vote comme une ville éclatée.

Et certaines forces politiques prospèrent là où leur langage correspond à un climat déjà là, tandis que d’autres se heurtent à des frontières invisibles. La démocratie moderne célèbre l’individu. Mais elle fonctionne, en silence, comme une géographie des appartenances. Et c’est peut-être là ce qu’elle refuse de voir: nous ne votons pas seulement avec nos idées. Nous votons depuis le monde auquel nous appartenons.

La société malade

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Le rayonnement par la main

La France rayonne encore à travers le monde dans un domaine: l’artisanat d’art. Des talents d’exception sont repérés chaque année mais peinent parfois à se faire connaître. La fondation Bettencourt-Schueller les accompagne donc de la création à la promotion.


Les caisses de l’État sont vides. Malgré cela, le budget alloué à la Culture continue d’alimenter à coups de milliards d’euros les DRAC et les FRAC pour que ces institutions hors sol poursuivent leur politique d’acquisition d’œuvres contemporaines (le plus souvent des installations militantes promouvant l’indigénisme, l’éco-déclinisme, le décolonialisme et autres joyeusetés d’un wokisme crasse). Peu de différences dans le discours des cheveux bleus de Berlin à Barcelone en passant par Paris.

Un patrimoine vivant

Il demeure cependant une exception française, un domaine où, depuis Colbert, la France occupe la première place: les métiers d’art. On en recense plus de 280 différents. Doreurs, ébénistes, marqueteurs, orfèvres, brodeurs, plumassiers, céramistes, souffleurs de verres… Ces artisanats de pointe, à la croisée de l’art, de la tradition, de la technique et de la création pure, ont vu progressivement leur prestige pâlir depuis le règne de Louis XIV: le travail de la main aurait quelque-chose de dégradant. Mais ces dernières années, le regard porté sur ces métiers a changé, jusqu’à ce qu’on les considère, à juste titre, comme un pan à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine bien vivant qu’il est nécessaire de défendre et de promouvoir.

Côté politique, c’est en 2018 que le regard a commencé à changer, lorsque l’Éducation nationale a amorcé la promotion de la voie professionnelle. Et en 2022, le ministère a mis en avant la « voie pro » comme étant « au cœur des métiers d’avenir ». Il est encore trop tôt pour en tirer quelque résultat.

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Dès 1999 pourtant, la fondation Bettencourt-Schueller a créé le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main afin de soutenir publiquement l’artisanat d’art. L’héritière de L’Oréal était consciente qu’il contribuait au rayonnement de la France et qu’il était impérieux de l’encourager. Prix, bourses et médiatisation de cet engagement ont contribué au changement de mentalités dans le monde culturel et du grand public. Aujourd’hui à la tête de la fondation, sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, poursuit cette action philanthropique en faveur de l’excellence française. Tout en poursuivant des partenariats avec différentes écoles, elle amplifie son mécénat là où l’État brille par ses réductions de budgets. Trois institutions sont ainsi mises à l’honneur: la Villa Kujoyama, à Kyoto ; la Villa Albertine, à New York ; la Villa Médicis, à Rome.

9.5 millions d’investissements dans les cinq ans

La première est soutenue par la fondation depuis 2014 et les deux autres depuis les années 2020. Mais pour chacune d’elles, des projets spécifiques ont été développés afin de faire de ces vitrines du savoir-faire français l’écosystème d’un « mécénat global ». Ainsi, au Japon, sont privilégiées l’interdisciplinarité et l’innovation. Aux États-Unis, outre leur immersion dans l’univers culturel, les créateurs sont accompagnés sur le marché de l’art et du design – pragmatisme du monde de l’entreprise : un artiste doit savoir (se) vendre ! Et en Italie, où siège la plus ancienne et prestigieuse résidence d’artistes français à l’étranger, sont valorisées la création et l’excellence de l’architecture d’intérieur à travers le réaménagement de six nouvelles chambres historiques de la villa et neuf pavillons Carlu – les pavillons des pensionnaires dans le jardin.

La fondation Bettencourt-Schueller prévoit d’investir ces cinq prochaines années 9,5 millions d’euros pour ces trois villas, de quoi soutenir quelque soixante-cinq résidences de métiers d’art et de design et d’accompagner environ cent-vingt projets post-résidence. Pour autant, la fondation n’intervient pas dans la sélection des artistes qui bénéficient de son mécénat. Quelques figures du monde artistique seraient bien inspirées d’adopter une telle discrétion et humilité.

Projet Studiolo par Léa Padovani et Sébastien Kieffer avec Atelier Veneer (Romain Boulais et Félix Levêque) © Danièle Molajoli

Des débats, mais vers le haut?

A Paris, Rachida Dati et Emmanuel Grégoire ont finalement accepté de débattre à la télévision dans l’entre deux tours. Si les journalistes de BFMTV nous ont présenté leur émission de mercredi comme un évènement extra et susceptible de rebattre les cartes, le citoyen passionné de politique est toujours déçu par ce genre de débats. Quant au citoyen que la politique n’intéresse que de loin, il verra bien dimanche ce qu’il décide de faire…


Pourquoi les citoyens passionnés de politique sont-ils, en général, déçus par les débats médiatiques ? En effet, je n’ai jamais entendu, dans mon environnement, qui que ce soit se féliciter d’une confrontation télévisuelle ou radiophonique après avoir écouté des responsables politiques de tous partis. La plupart du temps, on a droit à cette banalité: c’était nettement mieux avant ; les hommes et les femmes politiques avaient une autre allure, une autre culture et de la courtoisie. C’est sans doute vrai, même si, par contraste, on surestime la qualité d’hier. Pour ma part, je récuse ce pessimisme global qui voudrait, en permanence, nous faire tomber dans la dérision ou, pire, dans l’opprobre face à n’importe quelle joute médiatique, qu’elle soit bien ou mal maîtrisée par les journalistes qui la dirigent ou l’animent. Il me semble, au contraire, qu’on apprend toujours quelque chose d’un débat. Prenons l’exemple de celui, sur BFM TV, ayant opposé les trois candidats à la mairie de Paris pour l’élection du 22 mars. Je pourrais aisément généraliser, tant on retrouve souvent des frustrations et une aigreur identiques. Si le fond est rarement développé, d’autres leçons sont données aux citoyens. Certes, lorsque ceux-ci attendent de la précision, des détails sur les projets, ils sont fréquemment dans une vaine attente, parce qu’il est rare, dans une émission politique, de trouver satisfaction sur ce plan. D’abord parce que les journalistes ne posent pas forcément les bonnes questions ou que celles-ci sont trop longues – ils n’ont pas tous le même talent que Caroline Roux dans ce registre ! — , ensuite parce que les candidats préfèrent trop souvent se réfugier dans les banalités plutôt que d’affronter l’exposé précis de leur programme. À la suite de n’importe quelle confrontation – et, en ce sens, tous les débats nous élèvent -, on en apprend beaucoup sur le candidat ou la candidate, et sur les candidats entre eux, par une appréhension à la fois singulière et collective. La psychologie, le caractère, le tempérament, l’écoute, la politesse, la maîtrise de la parole, la capacité à laisser une place au contradicteur, une forme de respect pour ce qu’il y a de démocratique dans l’exercice constituent un formidable vivier où chaque citoyen peut puiser, au-delà de ses propres convictions, de quoi se faire une idée éclairée de celui ou celle qui le représentera s’il est élu. J’admets qu’on puisse se tromper dans cette vie prise de plein fouet, qui nous donne à voir, médiatiquement, ce qu’elle est : sa surface, ses ombres possibles, ses lumières indiscutables, son identité. Cette vision, d’une richesse inouïe, permet non pas de négliger le fond, mais de le mesurer – s’il a pu, ne serait-ce qu’un peu, être exprimé – à l’aune de l’être qui nous sollicite et cherche à nous convaincre qu’il est, de toute façon, le meilleur.

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Pour la mairie de Paris comme pour la future élection présidentielle, on en sait déjà long : en 2027, on ne sera pas à court de jugements ! Il faut avoir la passion d’écouter, de comprendre, avant de stigmatiser par principe.

Le citoyen, lui aussi, doit être à la hauteur…

Merah, quatorze ans après: l’impuissance érigée en politique

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On a un peu oublié la barbarie des attaques de l’islamiste Mohammed Merah à Toulouse. Ce midi, le député LFI François Piquemal, possible maire de la ville dimanche prochain, a été sifflé lors d’une commémoration. « Honte à vous Piquemal !« , « Dehors, LFI !« , « Antijuif !« , « Vous n’avez rien à faire ici, honte à vous le parti de l’islamisme ! » a-t-on notamment entendu, rapporte ICI. Lors du débat de hier soir, son rival Jean-Luc Moudenc lui avait demandé de se « distancier » des propos récents de M. Mélenchon « à la veille de cette journée funeste ». Face à l’islamisme, il faut tenir une ligne de fer dans la durée, affirme dans cette analyse Jean Messiha.


Quatorze ans ont passé, lourds comme un linceul, sur les tueries de Toulouse et Montauban. Nulle commémoration solennelle, nulle procession de ministres en deuil de façade. Seulement le silence embarrassé des puissants, des bougies éteintes depuis longtemps et des discours creux, quand ils existent, aussi vides que les serments d’un courtisan. Et pourtant, le diagnostic demeure, implacable comme la sentence de Camus : « Le fléau n’est pas une chose qui passe, c’est une chose qui reste. » Le terrorisme islamique réclame des réponses tranchantes, assumées, impitoyables. Pas de la tiédeur, de la mièvrerie, de la pusillanimité. « Le terrorisme est un crime qu’on ne peut excuser », tranchait Camus dans ses Actuelles. Nommer le monstre. Agir sans merci. Ou périr en souriant, tandis que le loup, repu, se lèche les babines. Voltaire l’avait déjà cloué : « Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. »

Illumination perverse

Mars 2012. Toulouse. Montauban. En quelques jours d’une barbarie froide et calculée, Mohammed Merah, vingt-trois ans à peine, enfant des Izards à Toulouse, délinquant endurci passé du vol sordide à la kalachnikov djihadiste, se radicalise en prison comme un poison qui infuse lentement dans les veines d’un corps affaibli. « L’enfer, c’est les autres », murmurait Sartre ; pour Merah, l’enfer fut d’abord lui-même, puis les barreaux pénitentiaires complices – et surtout cette violence qui se drape toujours des fards avenants de la contre-violence, c’est-à-dire pour une riposte à la violence de l’autre, comme le diagnostiquait le philosophe dans sa Critique de la raison dialectique. Une résistance à une violence fantasmée qui légitime sa propre cruauté.

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Janvier 2008 : jeté en cellule pour un vol crapleux, il rumine son ressentiment. Puis vient l’illumination perverse. Extrait de sa prison pour une audience, il échappe miraculeusement à la justice des hommes. « Les gendarmes étaient à côté de leurs pompes… Cela fut pour moi une preuve d’Allah », avouera-t-il plus tard. Un Allah qui couvre le vol et le mensonge ? Peu importe. Sa conversion est fulgurante. Il dévore le Coran seul dans l’ombre de sa geôle, prie avec une ferveur nouvelle sous le regard indifférent des gardiens. Son frère Abdelkader (celui que le futur ex garde des sceaux Éric Dupond-Moretti se dira « fier » de défendre), salafiste fanatique surnommé « Ben Laden » dans le quartier, devient son guide invisible: visites répétées, livres empoisonnés, CD de haine, images de La Mecque pour nourrir la flamme. La prison, cette université du mal, transforme le voyou en guerrier de l’ombre. La radicalisation en prison, à l’époque, n’intéresse pas un système politique qui y voit un fantasme d’extrême-droite. Pas de surveillance digne de ce nom de ce phénomène pourtant inquiétant. Pas de déradicalisation, en dehors de stages bidons au cours desquels les radicalisés caressent des hamsters. Rien. Une fois dehors, le disciple file vers l’Orient: Égypte, Syrie, Liban, puis les camps de la mort en Afghanistan et au Pakistan. Stage chez les talibans et Al-Qaïda. Retour en France, fiché S depuis 2006, surveillé mollement, presque recruté comme indic. Il opère alors en artiste du néant: scooter volé, GoPro pour filmer ses massacres, armes froides et précises. Baudelaire l’avait pressenti : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan ». Dans le cas de Merah, Satan y a élu demeure et en monopole.

Prologue sanglant au terrorisme islamiste hexagonal

Le 11 mars 2012 à Toulouse, il attire Imad Ibn Ziaten dans un piège, l’abat d’une balle dans la tête en crachant sa haine. Le 15 mars à Montauban, il exécute froidement deux militaires devant un distributeur de billets. Le 19 mars, devant l’école Ozar Hatorah, il abat le rabbin Jonathan Sandler et ses deux petits garçons, puis poursuit la petite Myriam, huit ans, dans une course aussi insensée qu’impitoyable. Il finit par l’attraper par les cheveux, la soulever de terre et lui mettre une balle de 11.43 à bout touchant dans la tête. Sept âmes fauchées au nom de l’islam radical – cette peste qui rêve d’ériger un califat sur les ruines fumantes de notre civilisation crépusculaire.

Quatorze ans. Quatorze ans que ce sang crie dans le désert de notre mémoire. Et nos élites, de Sarkozy à Macron, n’ont rien vu, rien appris, rien changé. Merah n’était que le prologue sanglant. Vinrent les Kouachi, radicalisés dans les mêmes geôles, massacrant Charlie Hebdo ; Coulibaly, frère d’armes, égorgeant et rafalant dans l’Hyper Casher ; puis, le 13 novembre 2015, le Bataclan, le Stade de France, les terrasses: cent trente morts en une nuit de cauchemar. Tous issus des immigrations arabo-afro-islamiques et du même terreau idéologique antinational qui gangrène nos institutions : prisons pouponnières, fichés S négligés, voyages en terre de guerre tolérés, expulsions avortées dans les méandres judiciaires. Comme le fléau dans La Peste de Camus, le mal ne passe pas, il s’installe. Avant lui, Victor Hugo l’avait pourtant prophétisé : « Toutes les violences ont un lendemain. »

Pire : nous avons renoncé à la seule victoire possible, celle théorisée par Malraux quand il écrit : « la civilisation, c’est la violence maîtrisée, la victoire toujours inachevée sur l’agressivité du primate ». Quant à nous, nous avons choisi la défaite. « Appartenir à l’histoire, c’est appartenir à la haine », ajoutait-il. Et nous y sommes. Plongés jusqu’au cou.

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Nommer, ce n’est pas amalgamer: c’est disséquer avec précision. C’est séparer l’idéologie de mort de la foi sincère. Mais nos grands esprits tremblent. « Mal nommer un objet, ajoutait Camus, c’est ajouter au malheur de ce monde. » On préfère l’euphémisme lâche: « extrémisme violent », « déséquilibre psychiatrique » quand ce n’est pas « conséquence des injustices sociales et des inégalités ». Des voiles pudiques jetés sur la peste. Montaigne nous avait pourtant prévenus : « Qui ne voit pas la vérité, la déguise ». Et qui la déguise ne la voit pas venir et exploser sous nos yeux. Nommer ne suffit pas. Il faut agir. Agir, c’est appliquer les lois sans faiblesse. Agir, c’est expulser sans remords ceux qui ont trahi. Agir, c’est reprendre le contrôle de nos frontières et de nos prisons. Agir, c’est investir dans le renseignement véritable et non dans les prières laïques du « vivre-ensemble ». Agir, c’est enfin parler vrai, sans cette langue de bois qui dissout les responsabilités comme un acide lent.

Quatorze ans après Merah, la France n’a même plus la force… de faire des commémorations de pacotille. Il n’empêche. Les Français réclament cohérence, constance et courage. Protéger n’est pas pleurer. Protéger est choisir. Protéger est trancher. Protéger est tenir, dans la durée, une ligne de fer. Saint-Exupéry le disait avec la clarté des étoiles: « Être homme, c’est précisément être responsable. »

La mémoire des sept innocents l’exige. Elle nous somme de sortir des postures et surtout, des impostures. Et d’inscrire enfin l’action dans une stratégie implacable: identifier le mal, appliquer les règles, écraser la menace, tenir la ligne. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que le silence coupable des puissants cessera d’être une mascarade et deviendra le premier pas vers une France qui refuse de plier devant ses pires ennemis.

Dimanche, c’est à droite, toute!

Les trois candidats en lice pour la mairie de Paris ont débattu ensemble hier soir. Si Rachida Dati s’est montrée moins convaincante qu’espéré, elle a en revanche martelé un message clair : M. Grégoire et la municipalité sortante, en raison de leur défaillance dans la gestion des ressources humaines de l’encadrement périscolaire — défaillance ayant conduit à des abus sexuels sur des jeunes enfants — auraient dû être disqualifiés d’emblée dans un pays normal.


Le débat ne fut pas toujours aisé à suivre. Certaines réponses ne furent pas assez précises. Mais tout le monde convint que la dame en rose l’avait emporté haut la main dans le débat triangulaire opposant, hier 18 mars, sur BFMTV, les trois candidats à la mairie de Paris. Morceau de choix ! La dame en rose n’avait rien à perdre et tout à gagner. Aussi donna-t-elle des coups à son camarade de gauche, très à la peine, et marqua une complicité sur certains points avec Dati. Le champion de la gauche encaissa les coups venus de sa droite et ne trouva, à sa gauche, que des parades maladroites, comme tenter de faire monter les enchères lepéniste, homophobe, ou encore lancer une attaque personnelle à Dati. Quant à Rachida Dati, si elle n’a pas renversé la table et paru moins combative que d’habitude, pour ne pas paraître le bulldozer qu’elle est souvent, afin de ne pas effrayer ses électeurs, elle se montra volontaire, professionnelle, convaincue et rassurante. Mais il est regrettable de s’être défendue de recevoir les voix de Sarah Knafo avec qui elle dit avoir des points communs comme dix pour cent des Parisiens. N’aurait-elle pas, personnellement, avantage à rejeter ce prêt-à-porter de la pensée qui voit du fascisme partout, pour revenir au style haute couture auquel elle nous avait, jadis, habitués ?

Grégoire veut faire de Paris un HLM géant

Le programme des candidats est suffisamment connu pour qu’on y insiste ici. Suffit de dire que la gauche, toute la gauche, reste la gauche, en tout et pour tout. Aucune régulation annoncée du flux de migrants, 60.000 logements sociaux en plus, toujours plus de vélos. Qui croit encore en eux – les politiques ? Même Grégoire était à la peine faute de feu sacré : il est vrai que dix années passées avec Madame Hidalgo fatiguent son homme. Dati, elle, fut simple, nette et sobre sur les dossiers chauds de la capitale: immigration, sécurité et propreté de la ville, rétablissement de la circulation, rue de Rivoli, paquet mis sur les commerces de proximité, qualité de l’enseignement, réduction des dépenses. Certes, le soleil de Knafo manquait mais ce n’est peut-être qu’une éclipse momentanée. Dati fut surtout très ferme sur deux points : le dossier des migrants, les réfugiés de Barbès et du pont Jean-Jaurès, dénonçant avec force le déni de la gauche sur le sujet. Elle le fut aussi sur les dossiers scandaleux des abus sexuels sur les enfants dans le périscolaire, qui remontent à 2015 et que la gauche a négligés ! Problème systémique mis à jour voire réseau criminel ? Nouvelle affaire Bétharram ? Où scolariser son enfant en toute sécurité ? Telle est désormais la grande préoccupation des parents, dans notre capitale. Quel pavé dans les bottes de la gauche que ces scandales !

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Gagner le débat n’est pas gagner les élections. L’enjeu est historique. Il ne s’agit pas d’avoir des états d’âme, des valses hésitation, des pas de deux et trois ratés, des entrechats compliqués, des arrière-pensées, des pudeurs de violette ni de gazelle, des hauts-le cœur d’indignation, des reflux de moralité, des aigreurs, des seins qu’on ne saurait voir, des plus jamais ça qui tournent en eau de boudin et en alliances honteuses. Pas de lézard ! Dimanche, c’est à droite, toute ! Pareille opportunité ne se représentera plus de si tôt !

Union des droites contre RATP du vélo, choisis ton Paris !

Le problème est simple. Veut-on que Paris reste à gauche ou passe à droite ? Si c’est le cas, à droite, toute ! La vie politique ce n’est pas un coup d’éclat ni un coup de cœur. C’est un choix intelligent. Grégoire, « un maire fier et fiable » comme il se définit lui-même ? Allons donc ! Va-t-on rempiler dans des rues sans commerces, avec des mulots dans les jardins publics, avec une immigration incontrôlée, une enfance en insécurité, une dette exponentielle ? Des rues coupe-gorges ? Du trafic de drogue en bas de chez soi ? Pourquoi pas dans la cour de votre immeuble ?

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Le plat ne repassera pas deux fois. Dimanche, il faut voter, et bien. L’union des droites s’impose sans discussion aucune. Finie la guerre des chefs ! Finies les vieilles lunes : c’est Chikirou qui l’a dit ! Grégoire a tenté, en vain, de ramener l’ombre maléfique des années sombres de la France. Lui aussi, il faut qu’il prenne un bain de jouvence ! Mais le pompon revient à Chikirou et « sa politique du vélo » — mon ordinateur avait écrit « voile », j’ai dû corriger. Avez-vous remarqué, a dit la dame en rose, « la forte demande en vélos » de la capitale ? Non, j’avoue ne pas avoir vu « cette forte demande » autour de moi. Je pensais justement qu’on allait voir la fin des forêts de guidons qui défigurent nos rues, avec ces cyclistes casqués, branchés qui pédalent, pédalent, brûlent les feux rouges, fauchent les piétons sur les trottoirs et font des bras d’honneur à tous/ t/e/s. Eh bien, je me trompais ! La dame LFI – et avec elle la gauche écolo branchée de notre capitale qui broute la sarriette qu’elle fait pousser sur son balcon – propose une régie nouvelle du vélo ! Un service public du vélo ! Une école d’apprentissage du vélo ! Des cours de vélo ! Une clinique du vélo ! En un mot comme en dix, une démocratisation du vélo ! Vélos de tous les pays, unissez-vous !

Alors, dimanche, c’est à droite, toute !

🎙️Podcast: Trump et la fracture du mouvement MAGA

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Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Le mouvement MAGA est en train de se fracturer : certains des influenceurs et des personnalités qui y jouent un rôle clé considèrent que, en déclenchant une guerre en Iran, Donald Trump a trahi sa promesse de ne pas intervenir militairement à grande échelle dans des conflits à l’étranger. Ils sont nombreux à inviter dans leur podcast ou talk show Joe Kent, qui a démissionné de son poste de directeur du Centre national de l’anti-terrorisme et qui prétend, à qui veut l’entendre, que l’Iran ne représentait pas une « menace imminente » pour les Etats-Unis.

Pourtant, Kent n’est pas un expert du renseignement international et son témoignage minimise la dimension nucléaire de la menace iranienne. D’ailleurs, les acteurs les plus influents du mouvement MAGA ignorent superbement la question, aussi actuelle qu’inquiétante, de la prolifération des armes nucléaires. Jusqu’à présent, l’Iran et la Corée du Nord travaillaient main dans la main pour développer une capacité nucléaire dont le reste du monde aurait tout à craindre.

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Donald Trump n’avait donc pas nécessairement tort de saisir cette opportunité pour neutraliser la menace iranienne. S’il lui sera difficile de mettre fin aux opérations militaires pour rentrer dans les bonnes grâces de ses électeurs à temps pour les élections législatives en novembre, ce ne sera pas nécessairement impossible.

Cinq pays européens – dont la France, le Royaume Uni, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas – ainsi que le Japon, viennent d’annoncer qu’ils sont prêts à contribuer à des efforts pour garder ouvert le détroit d’Ormuz. Ces alliés traditionnels des Etats-Unis s’étaient montrés jusqu’ici réticents à donner un coup de main à Donald Trump. Pourtant, l’Iran est leur ennemi aussi et, s’ils veulent faire baisser le prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL), ils ont intérêt à sécuriser les livraisons en provenance des pays du Golfe.

Oh non! Le capitalisme vous a volé votre sommeil

Un ethnographe rennais explique que dormir moins de sept heures est le fruit de l’aliénation voulue par le Grand Capital. Les chasseurs-cueilleurs tanzaniens, interrogés à ce sujet, ont déclaré ne pas bien comprendre.


Il dort six heures cinquante. C’est un Français moyen. Il ne le sait pas encore, mais il est victime du capitalisme. Heureusement, Romain Huët, maître de conférences à Rennes 2, est là pour le lui expliquer.

On politise tout, on nous dit rien

Dans un entretien accordé au site Reporterre — dont la ligne éditoriale pourrait se résumer à « il faut détruire le capitalisme pour sauver la planète » —, notre homme explique que la crise du sommeil n’est pas un problème d’hygiène de vie.

C’est un symptôme politique.

On croit naïvement se coucher tard parce qu’on regarde une série brésilienne.  On apprend en réalité que « le capitalisme produit l’épuisement, puis le recapte en lui vendant des solutions ». La tisane « Nuit tranquille » ? Un instrument d’oppression en sachet biodégradable ! La gélule de mélatonine ? Un ersatz de marxisme encapsulé ! Notre ethnographe diagnostique une vie « inexpressive » : le sentiment que toutes les puissances qu’on pourrait avoir sont empêchées de s’exprimer. Le scrolling illustre la thèse : c’est, nous dit-il en invoquant Deleuze, « le dernier verre de l’alcoolique ». On notera avec admiration que Deleuze, mort en 1995, a eu la prescience d’anticiper Tiktok. La conclusion s’impose : il faut « politiser l’épuisement ».

Car il est évident que le capitalisme est responsable de tous les maux de la planète: du réchauffement climatique, de la fonte des glaces, des violences conjugales et, désormais, des valises sous les yeux.

Les nobles âmes rêvaient : sauver le peuple de lui-même

Il serait pourtant injuste de railler sans mémoire.

Les grands patrons français n’ont pas fait preuve d’un enthousiasme excessif lors des « avancées sociales » conquises de haute lutte. Force est de reconnaître que le capitalisme n’est pas paré que de vertus. Les luttes sociales ne manquaient pas de noblesse dans les idées.

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Paul Lafargue réclamait en 1880 dans son Droit à la paresse le repos pour l’ouvrier pour lui permettre de « développer ses facultés intellectuelles ». Pour Jaurès, revendication sociale et exigence culturelle étaient liées. Les universités populaires du tournant du siècle incarnaient cet idéal avec une ferveur touchante. Leur lutte a payé. En 1830, les soyeux lyonnais travaillait entre soixante-quinze et quatre-vingts heures par semaine. Aujourd’hui, la durée légale française est de mille six cent sept heures annuelles. Robert Fogel, prix Nobel d’économie 1993, a calculé que le temps de loisir disponible sur une vie entière avait plus que triplé entre 1880 et 1995. Journée de huit heures en 1919, congés payés en 1936, trente-cinq heures en 2000 : déroute complète, historique et irréfutable du Grand Capital.

Mais quel est le bilan?

Surgit alors cette question vaguement inconfortable :

Qu’a-t-on fait du temps si chèrement conquis ?

L’ouvrier de Jaurès devait lire Montaigne, écouter Beethoven et faire partie d’un club de réflexion. Mais l’employé de 2025 passe cinq heures par jour devant la télévision (Médiamétrie, 2024), auxquelles s’ajoutent deux heures et demie sur les réseaux sociaux (We Are Social, 2024). Sept heures et demie de contemplation passive pour être aimable, de crétinisation digitale si l’on voit les choses en face.

Adorno avait tenté de résoudre ce paradoxe : les masses sont manipulées, leurs désirs fabriqués. Séduisant, mais condescendant : l’ouvrier qui préfère Koh-Lanta à La Nausée serait victime d’une mystification dont seul le sociologue de Rennes 2 perçoit la mécanique ?

Le divertissement passif est donc plus prisé que la culture active. Serait-ce nouveau? Pas vraiment : Aristophane se plaignait déjà du goût du peuple athénien pour les spectacles faciles. Si les gens préfèrent avaler du contenu plutôt qu’écouter des chants grégoriens, c’est leur choix le plus absolu : les deux leurs sont également accessibles. Le capitalisme n’a donc pas inventé la paresse intellectuelle. Il l’a seulement monétisée, avec l’opportunisme qui le caractérise.

Les Hadza dorment mal. Pourtant, ils n’ont pas la 5G

Une étude publiée dans Current Biology (Siegel et al., UCLA, 2015) a équipé d’actimètres trois populations de chasseurs-cueilleurs sans électricité : les Hadza de Tanzanie, les San du Botswana, les Chimané de Bolivie.

Résultat : ils dorment en moyenne six heures vingt-cinq minutes par nuit, soit moins que le Français épuisé par le capitalisme. Ils s’endorment trois heures après le coucher du soleil, se réveillent avant l’aube : ils ne dorment que six et demie.

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L’hypothèse popularisée par Matthew Walker (Pourquoi nous dormons, 2017), selon laquelle l’éclairage électrique serait le grand coupable de nos insomnies, se heurte à cette évidence : les Hadza ignorent les ampoules. Ils n’ont pas non plus sept heures de sommeil. Siegel propose une explication alternative : on s’endort quand la température ambiante baisse, on se réveille à son minimum. Si son analyse est juste, le remède n’est peut-être pas de renverser le capitalisme mais de baisser le chauffage. Solution économique, écologique et infiniment moins fatigante que la révolution.

Bilan : nous dormons autant que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs qui ignorent tout des vertus ou des affres du capitalisme. Le capitalisme ne nous vole pas notre temps. C’est nous qui lui en faisons cadeau. Mais rien n’empêchera Romain Huët, comme ses illustres prédécesseurs humanistes de se tromper de combat.

Le socialisme est pavé de bonnes intentions, c’est un recueil de bonnes idées qui ne marchent pas. Et si le capitalisme empêche de dormir, ce n’est pas toujours ceux que l’on croit. Jean de La Fontaine l’avait réglé en dix vers : le savetier chante, le financier ne dort plus.

Bonne nuit!

Le Droit à la paresse

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Pourquoi nous dormons

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LA DICTATURE DU CARBONE

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Sénégal-Maroc: le match de foot le plus long de l’histoire

Colère et stupéfaction au Sénégal. Deux mois après la finale, la Confédération africaine de football a retiré son titre aux lions sénégalais et attribué la victoire au Maroc. Le match avait basculé dans le chaos en fin de partie, un penalty ayant été accordé au Maroc après intervention de la VAR, peu après qu’un but sénégalais ait été annulé sans recours à cette même VAR, ce qui avait provoqué une forte contestation. En réaction, les joueurs sénégalais avaient quitté le terrain, tandis que des tensions éclataient dans le stade avec des supporteurs tentant d’entrer sur la pelouse, obligeant à une longue interruption avant la reprise du match.


Il y a, dans certaines décisions sportives, une portée qui dépasse largement le terrain. La Coupe d’Afrique des nations de football 2025 (CAN) en fait partie. Plus qu’une compétition, elle s’inscrit dans une logique d’affirmation continentale où le football devient un levier d’influence, un outil diplomatique et un marqueur de crédibilité pour les États comme pour les institutions qui l’organisent. La géopolitique du sport devient un enjeu central.

Le choix du Maroc comme pays hôte de la CAN 2025 n’était pas anodin. Il traduisait une ambition : celle d’inscrire le football africain dans une dynamique d’excellence organisationnelle et de visibilité internationale. Infrastructures modernisées, attractivité croissante, audiences en hausse, tout concourt désormais à repositionner la CAN comme un événement majeur du calendrier sportif mondial. Mais cette montée en puissance impose une contrepartie : celle d’un cadre clair, stable et respecté. Car à mesure que les enjeux grandissent, les marges d’approximation se réduisent. Le football africain ne peut plus se permettre les incertitudes qui ont longtemps nourri critiques et controverses…

L’obligation de se professionnaliser

C’est précisément dans cette perspective que la décision de la Confédération africaine de football (CAF) prend toute sa signification. En s’appuyant strictement sur le droit pour trancher une situation contestée, elle a opéré mardi un déplacement important: celui d’un système parfois perçu comme fluctuant vers une logique de prévisibilité et de cohérence.

Le cas du Sénégal illustre cette évolution. En ne respectant pas les règles, l’équipe s’expose à une sanction. Non pas parce qu’elle serait désignée comme fautive dans un rapport de force politique, mais parce qu’elle a enfreint un cadre connu. Ce point est essentiel : la légitimité d’une décision repose moins sur son acceptation immédiate que sur sa conformité aux règles établies.

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Cette approche peut déstabiliser à court terme. Elle bouscule des habitudes, des réflexes, parfois même des attentes. Mais elle s’inscrit dans une trajectoire plus large, comparable à d’autres évolutions du football mondial. L’introduction de la VAR, par exemple, a d’abord suscité scepticisme et critiques avant de s’imposer comme un outil structurant.

La décision de la CAF agit de la même manière. Elle ne se limite pas à régler un différend ponctuel: elle crée un précédent. Elle signifie que les comportements observés lors d’un match peuvent être réévalués à la lumière du droit, même après coup. Ce simple fait modifie en profondeur les incitations des acteurs.

Gagner en crédibilité internationale

Les pays africains ont pour ambition d’accueillir de plus en plus de compétitions internationales. Ce sera d’ailleurs le cas du Maroc pour la Coupe du monde de football de 2030. Pour ce faire, ils doivent affirmer leur crédibilité, que ce soit en matière d’organisation, de sécurité, d’accueil du public mais aussi de respect des règlements. La décision de la CAF s’inscrit dans ce contexte: démontrer que le football africain est mûr et répond aux standards internationaux, y compris dans le respect du règlement.

Reste une exigence à consolider: celle de la rapidité. Car si le droit gagne en importance, il doit aussi gagner en efficacité. Une décision juste mais tardive perd en lisibilité et alimente les contestations. L’enjeu pour les instances sera donc d’articuler rigueur juridique et réactivité. Donner une décision deux mois après la finale peut affaiblir la portée juridique. Mais dans d’autres sports, il n’est pas rare de voir des classements remis en cause quelques mois, voire quelques années plus tard. Que ce soit pour cause de dopage ou de tricherie avérée. C’est aussi une exigence pour la respectabilité du sport et son sérieux à long terme.

Ce qui se joue avec la CAN 2025 dépasse ainsi la seule compétition de football. C’est une transformation progressive de la gouvernance du football africain qui s’opère. Une transformation discrète, mais décisive, où le droit cesse d’être un simple cadre formel pour devenir un véritable instrument de crédibilité. Avec une volonté de se hisser, y compris au niveau juridique, au même niveau que les autres continents.

À mesure que le football africain s’affirme sur la scène internationale, cette évolution apparaît indispensable. Car sans règles claires et appliquées, il ne peut y avoir ni confiance durable, ni reconnaissance pleine et entière. En ce sens, la décision prise mardi trace déjà les contours du football africain de demain.

🎙️ Atlanti’Causeur: ni pour, ni contre, bien au contraire !

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Élisabeth Lévy (Causeur) et Jean-Sébastien Ferjou (Atlantico) débattent de l’actualité de la semaine. Une discussion toujours franche, jamais froide, parfois féroce. Sans langue de bois ni sujets tabou, ces deux-là ne sont pas toujours d’accord et ne se l’envoient pas dire !


Au menu de l’émission: une Élisabeth Lévy déprimée par la poussée insoumise, un Jean-Sébastien Ferjou qui tente de la rassurer — ou, à défaut, de « changer la nature de sa dépression ». Au fil des municipales, c’est toute la mécanique politique française qui est passée au crible par la directrice de Causeur et le directeur d’Atlantico dans ce nouvel épisode. Ecoutez ! 👇

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Qui méritera le tableau d’honneur?

Les petits arrangements honteux pendant l’entre-deux-tours des élections municipales sont observés avec gourmandise par les spécialistes de la politique, mais dégoutent les citoyens ordinaires.


On n’a jamais connu d’élections municipales aussi passionnantes, sur le plan tactique et en matière d’alliances, entre les deux tours. En effet, il est intéressant de voir combien certains des pronostics les plus pessimistes sur la morale des responsables politiques se sont révélés exacts. Je me souviens d’échanges bien antérieurs où l’on n’osait pas imaginer que la profonde fracture entre les socialistes et les écologistes, d’un côté, et les Insoumis, de l’autre — à cause de l’antisémitisme imputé à Jean-Luc Mélenchon, diaboliquement habile dans sa manière de laisser entendre sans jamais dire vraiment — serait comblée. Cette opposition, de nature éthique, paraissait tellement plus importante que les discordes partisanes et laissait espérer, dans la confrontation à venir, un dissentiment durable. D’autres voix, il est vrai, traitaient ces optimistes de naïfs et, avec une sorte de sagesse résignée, présumaient le pire ainsi que le retour, lors des élections municipales, de reniements quasiment obligatoires. Comme si l’éthique était impossible en politique et comme si les accords nationaux proclamant haut et fort le refus des alliances délétères n’étaient qu’une promesse creuse destinée à couvrir les multiples alliances et complicités du terrain.

Quelle indignité !

Sans l’ombre d’une hésitation, sans même chercher à donner le change, beaucoup de socialistes, stimulés seulement par l’enjeu municipal, ont non seulement voulu sauver leur mise en feignant de ne se livrer qu’à des processus techniques, alors même que ceux-ci constituaient un abandon moral et politique, mais ont parfois accepté, sans frémir, de laisser LFI en première ligne, comme à Toulouse par exemple, ou de la rejoindre sans vergogne comme à Nantes. Face à ce cataclysme qui a indigné beaucoup de citoyens, parce qu’il dépassait les facilités et les contradictions quasiment consubstantielles aux affrontements partisans, on a entendu Olivier Faure, volontiers donneur de leçons… pour les autres, approuver la multitude de ces trahisons et ajouter, à une réalité déjà scandaleuse, l’aval d’une autorité dont on attendait rigueur et constance. Quelle lamentable déconvenue républicaine !

Il faut porter, au crédit de Jean-Luc Mélenchon, une impitoyable et sarcastique lucidité sur les socialistes, « des combinards qu’on pourrait acheter pour pas cher pour le second tour », et dont la fermeté affichée sur un accord national n’était destinée qu’à permettre une multitude de reniements à la base et sur le terrain. Il avait vu juste, dans son discours du 4 mars à Bondy, et avait anticipé, dans le détail, ce que serait la déroute socialiste, à son seul bénéfice, aussi bien sur le plan des conquêtes que pour une restauration symbolique.

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Il est navrant — on a le droit d’observer ailleurs que dans son camp — de ne pas avoir entendu davantage la voix de l’ancien président François Hollande, qui affirme plus volontiers ses principes et ses lignes rouges sur le plan médiatique que concrètement dans le débat public. À ma connaissance, il n’a rien dit pour dénoncer avec force et clarté ces « accords de la honte », selon une expression émanant non seulement des adversaires du Parti socialiste, mais aussi de certains socialistes eux-mêmes, notamment — et avec quelle netteté — Jérôme Guedj. Ce qui démontre qu’il ne faut jamais totalement désespérer.

Au risque de me faire désavouer par tous ceux qui confondent la vie politique avec la guerre civile, il y a eu, chez les socialistes, des personnalités qui ont tenu et qui méritent le tableau d’honneur, aussi bien à Paris et à Marseille que dans d’autres municipalités moins connues. Quelques fidélités à des engagements ont projeté une éclatante lumière dans un monde qui, depuis quelques jours, n’a pas brillé par son intégrité.

Dati traite mal Knafo

Mon appréciation positive du respect de l’éthique par quelques-uns n’a rigoureusement rien à voir avec une quelconque adhésion politique ; mais, pour ma part, dans une démocratie malade, je ne me paierai jamais le luxe de demeurer indifférent à des comportements qui rassurent et battent en brèche un pessimisme qui trouve, par ailleurs, tellement de justifications. On me pardonnera de constater l’effet délétère des dérives socialistes sur les attitudes et les positions de la droite républicaine. Je n’évoquerai pas la manière, à mon sens méprisante, dont on a évoqué Sarah Knafo, son score et les citoyens qui l’ont soutenue. Pour être en opposition politique, on n’est pas obligé de la traiter, elle et ses partisans, comme s’ils étaient le diable.

Je crains cette propension du camp conservateur — depuis le 17 mars à 18 heures, tout est fixé, figé — à s’être tellement persuadé qu’il fallait être irréprochable, contrairement aux socialistes, qu’il a accepté trop facilement, trop paresseusement, le grief d’une prétendue similitude entre LFI et le Rassemblement national, alors qu’elle n’est pas pertinente: une majorité de citoyens, dans les enquêtes d’opinion, ont choisi leur danger, sinon exclusif, du moins largement prioritaire : LFI. Le comportement du RN, dans tous les lieux où la République se déploie, jusqu’à nouvel ordre, n’a rien qui puisse lui être reproché, sauf à confondre la contradiction politique avec l’opprobre moral, ce qui facilite les dénonciations mais ne convainc personne. La conséquence en est que, là où les socialistes ont eu immédiatement le front de s’allier avec LFI pour battre la droite et le centre, ces derniers ont eu des pudeurs de chaisière pour ne pas aller au bout de leur envie de faire perdre la gauche et l’extrême gauche. Cette droite n’est de loin pas la plus bête du monde, mais en tout cas la moins réaliste. Elle n’aurait pas perdu son âme, mais aurait permis à des municipalités de mieux se porter demain !

Le tableau d’honneur n’est pas très rempli. J’ose espérer que dimanche prochain, le 22 mars, ceux qui s’y trouvent seront au moins récompensés.

L’électeur n’existe pas!

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Le Lfiste David Guiraud, ici photographié le 13 mars 2026, a remporté 47% des suffrages au premier tour à Roubaix © Fievez/SIPA

L’islamo-gauchiste David Guiraud à Roubaix ou le bobo Emmanuel Grégoire à Paris pensent avoir convaincu les électeurs avec leurs propositions politiques singulières. En réalité, observe notre contributeur sociologue, les territoires électoraux sont des blocs humains, des mondes distincts où l’on vote comme on vit. Analyse


À chaque élection, le même théâtre se rejoue. Les commentateurs dissèquent les alliances, scrutent les stratégies d’appareil, mesurent les rapports de force entre partis comme s’il s’agissait d’un jeu abstrait, presque autonome. Qui s’unit avec qui, qui trahit, qui résiste — toute l’attention se porte sur les combinaisons visibles de la scène politique.

L’angle mort territorial

Mais cette lecture, pour familière qu’elle soit, passe à côté de l’essentiel.

Car avant les alliances, avant les programmes, avant même les figures politiques, il y a une réalité plus profonde, plus déterminante, et pourtant largement ignorée: celle des territoires.

Ce ne sont pas les états-majors qui fabriquent les votes. Ce sont les milieux de vie. Les espaces habités. Les formes de coexistence concrètes. Les manières d’être ensemble — ou séparés.

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Un territoire n’est pas un simple décor. C’est un système de relations, de normes, de perceptions. C’est un climat social qui façonne, en profondeur, ce qui est pensable, dicible, votable. On croit analyser des choix politiques. On observe en réalité des comportements collectifs inscrits dans des mondes distincts. Tant que cette dimension territoriale reste dans l’angle mort de l’analyse, les résultats électoraux apparaissent comme des surprises, des anomalies, des accidents. Dès qu’on la prend au sérieux, ils deviennent lisibles.

Car ce ne sont pas seulement des électeurs qui votent. Ce sont des territoires qui s’expriment. 

Le mythe de l’individu électeur — et la France des appartenances

On persiste à enseigner que la démocratie est le règne de l’individu. Un homme seul, éclairé, libre, qui choisit dans le secret de l’isoloir. Mais cette figure n’existe pas.

Ce que révèlent les cartes électorales, ce ne sont pas des consciences : ce sont des territoires. Des blocs humains. Des mondes. Et chaque monde vote comme il vit.

Roubaix, Seine-Saint-Denis: le vote comme climat

À Roubaix, dans de larges parties de la Seine-Saint-Denis, on ne vote pas au sens où l’entendent les manuels. On vit d’abord dans un espace dense, saturé de relations, de voisinages, de liens familiaux, de réseaux informels. Les existences s’y croisent, s’y superposent, s’y observent. Rien n’y est totalement privé. Dans ces territoires, les appartenances sont visibles. Elles s’affichent dans les manières de se vêtir, de parler, de se regrouper, de se tenir dans l’espace public. Elles produisent un sentiment de continuité — et parfois de séparation. Il ne s’agit pas simplement de religion. Il s’agit d’un climat. Un climat où certaines normes s’imposent, où certaines attitudes deviennent attendues, où l’individu est constamment renvoyé à son inscription dans un groupe.

Dans ces conditions, le vote ne relève plus d’un choix abstrait.
Il devient un prolongement du milieu. La France insoumise s’y déploie non comme une doctrine, mais comme une évidence sociale. Elle capte un état déjà constitué: défiance envers les institutions, sentiment d’être à part, perception d’une opposition entre « eux » et « nous ». Son discours ne crée pas cette disposition. Il l’accompagne. Il la formalise.

Et il circule comme circulent toutes les choses importantes ici: par les réseaux, par les conversations, par les regards. C’est un vote d’atmosphère. Un vote qui s’impose sans s’énoncer.

Les centres des métropoles: le vote comme conformité

À l’opposé, dans les centres de Paris, de Lyon, de Bordeaux, un autre climat règne. Un climat feutré, homogène, sûr de lui. Cadres supérieurs, diplômés, professions intellectuelles : ici aussi, l’entre-soi est puissant — mais il est invisible à ceux qui en font partie. Il se présente comme la normalité. On y vit dans un monde où certaines idées sont spontanément disqualifiées, non parce qu’elles seraient réfutées, mais parce qu’elles n’appartiennent pas au langage du milieu.

Le Rassemblement national ne s’y heurte pas à une barrière juridique ou morale explicite. Il se heurte à quelque chose de plus solide : une impossibilité sociale. Voter pour lui, ce serait sortir du groupe, rompre avec les codes, perdre sa place symbolique. Et les milieux intégrés sont ceux qui transgressent le moins. Ainsi se maintient, sans violence apparente, un plafond de verre presque parfait.

Les périphéries: le vote comme rupture

Dans les villes moyennes, les zones périurbaines, les anciens territoires industriels, la logique s’inverse. Ici, le cadre s’est défait. Les repères ont disparu. Les protections se sont érodées. Le vote devient un geste brut.

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Hénin-Beaumont, certaines zones de l’Est, du Nord, du Sud rural : le vote pour le Rassemblement national y exprime moins une adhésion doctrinale qu’un refus. Refus d’un monde perçu comme éloigné, fermé, indifférent. Ce n’est pas un vote de confort. C’est un vote de rupture.

Marseille: la coexistence des fractures

Et puis il y a Marseille. Marseille n’est pas une métropole au sens classique. C’est une juxtaposition de mondes. Des territoires populaires très denses, des zones intermédiaires fragiles, des espaces plus aisés — sans qu’aucune norme unique ne parvienne à s’imposer. Les appartenances y sont visibles, parfois revendiquées, parfois opposées. Mais justement : aucune ne domine totalement.

Franck Allisio, candidat à la mairie de Marseille, 15 mars 2026 © Alain ROBERT/SIPA

Cette fragmentation empêche la formation d’un plafond de verre comparable à celui des grandes métropoles homogènes. Et surtout, le réel y est plus brut. L’insécurité, les trafics, les tensions ne sont pas des objets de discours : ils font partie de la vie quotidienne. Le vote s’y ancre davantage dans l’expérience que dans les codes.

L’électeur n’existe pas

On continue pourtant de parler de choix individuels. Mais l’individu est une fiction utile. En réalité, chacun est pris dans un monde : un territoire, des relations, des normes, des attentes. Il vote seul dans l’isoloir. Mais il vote avec tout cela en lui.

Une démocratie des milieux

Ainsi se dessine la véritable carte du pays :

Roubaix vote comme un territoire dense et structuré par des appartenances visibles. La Seine-Saint-Denis vote comme un espace où les logiques communautaires et les rapports de distance avec le reste de la société pèsent fortement. Les centres métropolitains votent comme des milieux normés et protégés. Les périphéries votent comme des mondes blessés. Marseille vote comme une ville éclatée.

Et certaines forces politiques prospèrent là où leur langage correspond à un climat déjà là, tandis que d’autres se heurtent à des frontières invisibles. La démocratie moderne célèbre l’individu. Mais elle fonctionne, en silence, comme une géographie des appartenances. Et c’est peut-être là ce qu’elle refuse de voir: nous ne votons pas seulement avec nos idées. Nous votons depuis le monde auquel nous appartenons.

La société malade

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Le rayonnement par la main

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Projet Stratus Surprisus par Constance Guisset Studio avec Signature Murale (Pierre Gouazé) & Arcam Glass (Simon Muller). © Danièle Molajoli

La France rayonne encore à travers le monde dans un domaine: l’artisanat d’art. Des talents d’exception sont repérés chaque année mais peinent parfois à se faire connaître. La fondation Bettencourt-Schueller les accompagne donc de la création à la promotion.


Les caisses de l’État sont vides. Malgré cela, le budget alloué à la Culture continue d’alimenter à coups de milliards d’euros les DRAC et les FRAC pour que ces institutions hors sol poursuivent leur politique d’acquisition d’œuvres contemporaines (le plus souvent des installations militantes promouvant l’indigénisme, l’éco-déclinisme, le décolonialisme et autres joyeusetés d’un wokisme crasse). Peu de différences dans le discours des cheveux bleus de Berlin à Barcelone en passant par Paris.

Un patrimoine vivant

Il demeure cependant une exception française, un domaine où, depuis Colbert, la France occupe la première place: les métiers d’art. On en recense plus de 280 différents. Doreurs, ébénistes, marqueteurs, orfèvres, brodeurs, plumassiers, céramistes, souffleurs de verres… Ces artisanats de pointe, à la croisée de l’art, de la tradition, de la technique et de la création pure, ont vu progressivement leur prestige pâlir depuis le règne de Louis XIV: le travail de la main aurait quelque-chose de dégradant. Mais ces dernières années, le regard porté sur ces métiers a changé, jusqu’à ce qu’on les considère, à juste titre, comme un pan à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine bien vivant qu’il est nécessaire de défendre et de promouvoir.

Côté politique, c’est en 2018 que le regard a commencé à changer, lorsque l’Éducation nationale a amorcé la promotion de la voie professionnelle. Et en 2022, le ministère a mis en avant la « voie pro » comme étant « au cœur des métiers d’avenir ». Il est encore trop tôt pour en tirer quelque résultat.

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Dès 1999 pourtant, la fondation Bettencourt-Schueller a créé le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main afin de soutenir publiquement l’artisanat d’art. L’héritière de L’Oréal était consciente qu’il contribuait au rayonnement de la France et qu’il était impérieux de l’encourager. Prix, bourses et médiatisation de cet engagement ont contribué au changement de mentalités dans le monde culturel et du grand public. Aujourd’hui à la tête de la fondation, sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, poursuit cette action philanthropique en faveur de l’excellence française. Tout en poursuivant des partenariats avec différentes écoles, elle amplifie son mécénat là où l’État brille par ses réductions de budgets. Trois institutions sont ainsi mises à l’honneur: la Villa Kujoyama, à Kyoto ; la Villa Albertine, à New York ; la Villa Médicis, à Rome.

9.5 millions d’investissements dans les cinq ans

La première est soutenue par la fondation depuis 2014 et les deux autres depuis les années 2020. Mais pour chacune d’elles, des projets spécifiques ont été développés afin de faire de ces vitrines du savoir-faire français l’écosystème d’un « mécénat global ». Ainsi, au Japon, sont privilégiées l’interdisciplinarité et l’innovation. Aux États-Unis, outre leur immersion dans l’univers culturel, les créateurs sont accompagnés sur le marché de l’art et du design – pragmatisme du monde de l’entreprise : un artiste doit savoir (se) vendre ! Et en Italie, où siège la plus ancienne et prestigieuse résidence d’artistes français à l’étranger, sont valorisées la création et l’excellence de l’architecture d’intérieur à travers le réaménagement de six nouvelles chambres historiques de la villa et neuf pavillons Carlu – les pavillons des pensionnaires dans le jardin.

La fondation Bettencourt-Schueller prévoit d’investir ces cinq prochaines années 9,5 millions d’euros pour ces trois villas, de quoi soutenir quelque soixante-cinq résidences de métiers d’art et de design et d’accompagner environ cent-vingt projets post-résidence. Pour autant, la fondation n’intervient pas dans la sélection des artistes qui bénéficient de son mécénat. Quelques figures du monde artistique seraient bien inspirées d’adopter une telle discrétion et humilité.

Projet Studiolo par Léa Padovani et Sébastien Kieffer avec Atelier Veneer (Romain Boulais et Félix Levêque) © Danièle Molajoli

Des débats, mais vers le haut?

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Débat télévisé entre Sophia Chikirou, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, élection municipale à Paris, 18 mars 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

A Paris, Rachida Dati et Emmanuel Grégoire ont finalement accepté de débattre à la télévision dans l’entre deux tours. Si les journalistes de BFMTV nous ont présenté leur émission de mercredi comme un évènement extra et susceptible de rebattre les cartes, le citoyen passionné de politique est toujours déçu par ce genre de débats. Quant au citoyen que la politique n’intéresse que de loin, il verra bien dimanche ce qu’il décide de faire…


Pourquoi les citoyens passionnés de politique sont-ils, en général, déçus par les débats médiatiques ? En effet, je n’ai jamais entendu, dans mon environnement, qui que ce soit se féliciter d’une confrontation télévisuelle ou radiophonique après avoir écouté des responsables politiques de tous partis. La plupart du temps, on a droit à cette banalité: c’était nettement mieux avant ; les hommes et les femmes politiques avaient une autre allure, une autre culture et de la courtoisie. C’est sans doute vrai, même si, par contraste, on surestime la qualité d’hier. Pour ma part, je récuse ce pessimisme global qui voudrait, en permanence, nous faire tomber dans la dérision ou, pire, dans l’opprobre face à n’importe quelle joute médiatique, qu’elle soit bien ou mal maîtrisée par les journalistes qui la dirigent ou l’animent. Il me semble, au contraire, qu’on apprend toujours quelque chose d’un débat. Prenons l’exemple de celui, sur BFM TV, ayant opposé les trois candidats à la mairie de Paris pour l’élection du 22 mars. Je pourrais aisément généraliser, tant on retrouve souvent des frustrations et une aigreur identiques. Si le fond est rarement développé, d’autres leçons sont données aux citoyens. Certes, lorsque ceux-ci attendent de la précision, des détails sur les projets, ils sont fréquemment dans une vaine attente, parce qu’il est rare, dans une émission politique, de trouver satisfaction sur ce plan. D’abord parce que les journalistes ne posent pas forcément les bonnes questions ou que celles-ci sont trop longues – ils n’ont pas tous le même talent que Caroline Roux dans ce registre ! — , ensuite parce que les candidats préfèrent trop souvent se réfugier dans les banalités plutôt que d’affronter l’exposé précis de leur programme. À la suite de n’importe quelle confrontation – et, en ce sens, tous les débats nous élèvent -, on en apprend beaucoup sur le candidat ou la candidate, et sur les candidats entre eux, par une appréhension à la fois singulière et collective. La psychologie, le caractère, le tempérament, l’écoute, la politesse, la maîtrise de la parole, la capacité à laisser une place au contradicteur, une forme de respect pour ce qu’il y a de démocratique dans l’exercice constituent un formidable vivier où chaque citoyen peut puiser, au-delà de ses propres convictions, de quoi se faire une idée éclairée de celui ou celle qui le représentera s’il est élu. J’admets qu’on puisse se tromper dans cette vie prise de plein fouet, qui nous donne à voir, médiatiquement, ce qu’elle est : sa surface, ses ombres possibles, ses lumières indiscutables, son identité. Cette vision, d’une richesse inouïe, permet non pas de négliger le fond, mais de le mesurer – s’il a pu, ne serait-ce qu’un peu, être exprimé – à l’aune de l’être qui nous sollicite et cherche à nous convaincre qu’il est, de toute façon, le meilleur.

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Pour la mairie de Paris comme pour la future élection présidentielle, on en sait déjà long : en 2027, on ne sera pas à court de jugements ! Il faut avoir la passion d’écouter, de comprendre, avant de stigmatiser par principe.

Le citoyen, lui aussi, doit être à la hauteur…

Merah, quatorze ans après: l’impuissance érigée en politique

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On a un peu oublié la barbarie des attaques de l’islamiste Mohammed Merah à Toulouse. Ce midi, le député LFI François Piquemal, possible maire de la ville dimanche prochain, a été sifflé lors d’une commémoration. « Honte à vous Piquemal !« , « Dehors, LFI !« , « Antijuif !« , « Vous n’avez rien à faire ici, honte à vous le parti de l’islamisme ! » a-t-on notamment entendu, rapporte ICI. Lors du débat de hier soir, son rival Jean-Luc Moudenc lui avait demandé de se « distancier » des propos récents de M. Mélenchon « à la veille de cette journée funeste ». Face à l’islamisme, il faut tenir une ligne de fer dans la durée, affirme dans cette analyse Jean Messiha.


Quatorze ans ont passé, lourds comme un linceul, sur les tueries de Toulouse et Montauban. Nulle commémoration solennelle, nulle procession de ministres en deuil de façade. Seulement le silence embarrassé des puissants, des bougies éteintes depuis longtemps et des discours creux, quand ils existent, aussi vides que les serments d’un courtisan. Et pourtant, le diagnostic demeure, implacable comme la sentence de Camus : « Le fléau n’est pas une chose qui passe, c’est une chose qui reste. » Le terrorisme islamique réclame des réponses tranchantes, assumées, impitoyables. Pas de la tiédeur, de la mièvrerie, de la pusillanimité. « Le terrorisme est un crime qu’on ne peut excuser », tranchait Camus dans ses Actuelles. Nommer le monstre. Agir sans merci. Ou périr en souriant, tandis que le loup, repu, se lèche les babines. Voltaire l’avait déjà cloué : « Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. »

Illumination perverse

Mars 2012. Toulouse. Montauban. En quelques jours d’une barbarie froide et calculée, Mohammed Merah, vingt-trois ans à peine, enfant des Izards à Toulouse, délinquant endurci passé du vol sordide à la kalachnikov djihadiste, se radicalise en prison comme un poison qui infuse lentement dans les veines d’un corps affaibli. « L’enfer, c’est les autres », murmurait Sartre ; pour Merah, l’enfer fut d’abord lui-même, puis les barreaux pénitentiaires complices – et surtout cette violence qui se drape toujours des fards avenants de la contre-violence, c’est-à-dire pour une riposte à la violence de l’autre, comme le diagnostiquait le philosophe dans sa Critique de la raison dialectique. Une résistance à une violence fantasmée qui légitime sa propre cruauté.

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Janvier 2008 : jeté en cellule pour un vol crapleux, il rumine son ressentiment. Puis vient l’illumination perverse. Extrait de sa prison pour une audience, il échappe miraculeusement à la justice des hommes. « Les gendarmes étaient à côté de leurs pompes… Cela fut pour moi une preuve d’Allah », avouera-t-il plus tard. Un Allah qui couvre le vol et le mensonge ? Peu importe. Sa conversion est fulgurante. Il dévore le Coran seul dans l’ombre de sa geôle, prie avec une ferveur nouvelle sous le regard indifférent des gardiens. Son frère Abdelkader (celui que le futur ex garde des sceaux Éric Dupond-Moretti se dira « fier » de défendre), salafiste fanatique surnommé « Ben Laden » dans le quartier, devient son guide invisible: visites répétées, livres empoisonnés, CD de haine, images de La Mecque pour nourrir la flamme. La prison, cette université du mal, transforme le voyou en guerrier de l’ombre. La radicalisation en prison, à l’époque, n’intéresse pas un système politique qui y voit un fantasme d’extrême-droite. Pas de surveillance digne de ce nom de ce phénomène pourtant inquiétant. Pas de déradicalisation, en dehors de stages bidons au cours desquels les radicalisés caressent des hamsters. Rien. Une fois dehors, le disciple file vers l’Orient: Égypte, Syrie, Liban, puis les camps de la mort en Afghanistan et au Pakistan. Stage chez les talibans et Al-Qaïda. Retour en France, fiché S depuis 2006, surveillé mollement, presque recruté comme indic. Il opère alors en artiste du néant: scooter volé, GoPro pour filmer ses massacres, armes froides et précises. Baudelaire l’avait pressenti : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan ». Dans le cas de Merah, Satan y a élu demeure et en monopole.

Prologue sanglant au terrorisme islamiste hexagonal

Le 11 mars 2012 à Toulouse, il attire Imad Ibn Ziaten dans un piège, l’abat d’une balle dans la tête en crachant sa haine. Le 15 mars à Montauban, il exécute froidement deux militaires devant un distributeur de billets. Le 19 mars, devant l’école Ozar Hatorah, il abat le rabbin Jonathan Sandler et ses deux petits garçons, puis poursuit la petite Myriam, huit ans, dans une course aussi insensée qu’impitoyable. Il finit par l’attraper par les cheveux, la soulever de terre et lui mettre une balle de 11.43 à bout touchant dans la tête. Sept âmes fauchées au nom de l’islam radical – cette peste qui rêve d’ériger un califat sur les ruines fumantes de notre civilisation crépusculaire.

Quatorze ans. Quatorze ans que ce sang crie dans le désert de notre mémoire. Et nos élites, de Sarkozy à Macron, n’ont rien vu, rien appris, rien changé. Merah n’était que le prologue sanglant. Vinrent les Kouachi, radicalisés dans les mêmes geôles, massacrant Charlie Hebdo ; Coulibaly, frère d’armes, égorgeant et rafalant dans l’Hyper Casher ; puis, le 13 novembre 2015, le Bataclan, le Stade de France, les terrasses: cent trente morts en une nuit de cauchemar. Tous issus des immigrations arabo-afro-islamiques et du même terreau idéologique antinational qui gangrène nos institutions : prisons pouponnières, fichés S négligés, voyages en terre de guerre tolérés, expulsions avortées dans les méandres judiciaires. Comme le fléau dans La Peste de Camus, le mal ne passe pas, il s’installe. Avant lui, Victor Hugo l’avait pourtant prophétisé : « Toutes les violences ont un lendemain. »

Pire : nous avons renoncé à la seule victoire possible, celle théorisée par Malraux quand il écrit : « la civilisation, c’est la violence maîtrisée, la victoire toujours inachevée sur l’agressivité du primate ». Quant à nous, nous avons choisi la défaite. « Appartenir à l’histoire, c’est appartenir à la haine », ajoutait-il. Et nous y sommes. Plongés jusqu’au cou.

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Nommer, ce n’est pas amalgamer: c’est disséquer avec précision. C’est séparer l’idéologie de mort de la foi sincère. Mais nos grands esprits tremblent. « Mal nommer un objet, ajoutait Camus, c’est ajouter au malheur de ce monde. » On préfère l’euphémisme lâche: « extrémisme violent », « déséquilibre psychiatrique » quand ce n’est pas « conséquence des injustices sociales et des inégalités ». Des voiles pudiques jetés sur la peste. Montaigne nous avait pourtant prévenus : « Qui ne voit pas la vérité, la déguise ». Et qui la déguise ne la voit pas venir et exploser sous nos yeux. Nommer ne suffit pas. Il faut agir. Agir, c’est appliquer les lois sans faiblesse. Agir, c’est expulser sans remords ceux qui ont trahi. Agir, c’est reprendre le contrôle de nos frontières et de nos prisons. Agir, c’est investir dans le renseignement véritable et non dans les prières laïques du « vivre-ensemble ». Agir, c’est enfin parler vrai, sans cette langue de bois qui dissout les responsabilités comme un acide lent.

Quatorze ans après Merah, la France n’a même plus la force… de faire des commémorations de pacotille. Il n’empêche. Les Français réclament cohérence, constance et courage. Protéger n’est pas pleurer. Protéger est choisir. Protéger est trancher. Protéger est tenir, dans la durée, une ligne de fer. Saint-Exupéry le disait avec la clarté des étoiles: « Être homme, c’est précisément être responsable. »

La mémoire des sept innocents l’exige. Elle nous somme de sortir des postures et surtout, des impostures. Et d’inscrire enfin l’action dans une stratégie implacable: identifier le mal, appliquer les règles, écraser la menace, tenir la ligne. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que le silence coupable des puissants cessera d’être une mascarade et deviendra le premier pas vers une France qui refuse de plier devant ses pires ennemis.

Dimanche, c’est à droite, toute!

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Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, sur le plateau de BFMTV, 18 mars 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

Les trois candidats en lice pour la mairie de Paris ont débattu ensemble hier soir. Si Rachida Dati s’est montrée moins convaincante qu’espéré, elle a en revanche martelé un message clair : M. Grégoire et la municipalité sortante, en raison de leur défaillance dans la gestion des ressources humaines de l’encadrement périscolaire — défaillance ayant conduit à des abus sexuels sur des jeunes enfants — auraient dû être disqualifiés d’emblée dans un pays normal.


Le débat ne fut pas toujours aisé à suivre. Certaines réponses ne furent pas assez précises. Mais tout le monde convint que la dame en rose l’avait emporté haut la main dans le débat triangulaire opposant, hier 18 mars, sur BFMTV, les trois candidats à la mairie de Paris. Morceau de choix ! La dame en rose n’avait rien à perdre et tout à gagner. Aussi donna-t-elle des coups à son camarade de gauche, très à la peine, et marqua une complicité sur certains points avec Dati. Le champion de la gauche encaissa les coups venus de sa droite et ne trouva, à sa gauche, que des parades maladroites, comme tenter de faire monter les enchères lepéniste, homophobe, ou encore lancer une attaque personnelle à Dati. Quant à Rachida Dati, si elle n’a pas renversé la table et paru moins combative que d’habitude, pour ne pas paraître le bulldozer qu’elle est souvent, afin de ne pas effrayer ses électeurs, elle se montra volontaire, professionnelle, convaincue et rassurante. Mais il est regrettable de s’être défendue de recevoir les voix de Sarah Knafo avec qui elle dit avoir des points communs comme dix pour cent des Parisiens. N’aurait-elle pas, personnellement, avantage à rejeter ce prêt-à-porter de la pensée qui voit du fascisme partout, pour revenir au style haute couture auquel elle nous avait, jadis, habitués ?

Grégoire veut faire de Paris un HLM géant

Le programme des candidats est suffisamment connu pour qu’on y insiste ici. Suffit de dire que la gauche, toute la gauche, reste la gauche, en tout et pour tout. Aucune régulation annoncée du flux de migrants, 60.000 logements sociaux en plus, toujours plus de vélos. Qui croit encore en eux – les politiques ? Même Grégoire était à la peine faute de feu sacré : il est vrai que dix années passées avec Madame Hidalgo fatiguent son homme. Dati, elle, fut simple, nette et sobre sur les dossiers chauds de la capitale: immigration, sécurité et propreté de la ville, rétablissement de la circulation, rue de Rivoli, paquet mis sur les commerces de proximité, qualité de l’enseignement, réduction des dépenses. Certes, le soleil de Knafo manquait mais ce n’est peut-être qu’une éclipse momentanée. Dati fut surtout très ferme sur deux points : le dossier des migrants, les réfugiés de Barbès et du pont Jean-Jaurès, dénonçant avec force le déni de la gauche sur le sujet. Elle le fut aussi sur les dossiers scandaleux des abus sexuels sur les enfants dans le périscolaire, qui remontent à 2015 et que la gauche a négligés ! Problème systémique mis à jour voire réseau criminel ? Nouvelle affaire Bétharram ? Où scolariser son enfant en toute sécurité ? Telle est désormais la grande préoccupation des parents, dans notre capitale. Quel pavé dans les bottes de la gauche que ces scandales !

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Gagner le débat n’est pas gagner les élections. L’enjeu est historique. Il ne s’agit pas d’avoir des états d’âme, des valses hésitation, des pas de deux et trois ratés, des entrechats compliqués, des arrière-pensées, des pudeurs de violette ni de gazelle, des hauts-le cœur d’indignation, des reflux de moralité, des aigreurs, des seins qu’on ne saurait voir, des plus jamais ça qui tournent en eau de boudin et en alliances honteuses. Pas de lézard ! Dimanche, c’est à droite, toute ! Pareille opportunité ne se représentera plus de si tôt !

Union des droites contre RATP du vélo, choisis ton Paris !

Le problème est simple. Veut-on que Paris reste à gauche ou passe à droite ? Si c’est le cas, à droite, toute ! La vie politique ce n’est pas un coup d’éclat ni un coup de cœur. C’est un choix intelligent. Grégoire, « un maire fier et fiable » comme il se définit lui-même ? Allons donc ! Va-t-on rempiler dans des rues sans commerces, avec des mulots dans les jardins publics, avec une immigration incontrôlée, une enfance en insécurité, une dette exponentielle ? Des rues coupe-gorges ? Du trafic de drogue en bas de chez soi ? Pourquoi pas dans la cour de votre immeuble ?

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Le plat ne repassera pas deux fois. Dimanche, il faut voter, et bien. L’union des droites s’impose sans discussion aucune. Finie la guerre des chefs ! Finies les vieilles lunes : c’est Chikirou qui l’a dit ! Grégoire a tenté, en vain, de ramener l’ombre maléfique des années sombres de la France. Lui aussi, il faut qu’il prenne un bain de jouvence ! Mais le pompon revient à Chikirou et « sa politique du vélo » — mon ordinateur avait écrit « voile », j’ai dû corriger. Avez-vous remarqué, a dit la dame en rose, « la forte demande en vélos » de la capitale ? Non, j’avoue ne pas avoir vu « cette forte demande » autour de moi. Je pensais justement qu’on allait voir la fin des forêts de guidons qui défigurent nos rues, avec ces cyclistes casqués, branchés qui pédalent, pédalent, brûlent les feux rouges, fauchent les piétons sur les trottoirs et font des bras d’honneur à tous/ t/e/s. Eh bien, je me trompais ! La dame LFI – et avec elle la gauche écolo branchée de notre capitale qui broute la sarriette qu’elle fait pousser sur son balcon – propose une régie nouvelle du vélo ! Un service public du vélo ! Une école d’apprentissage du vélo ! Des cours de vélo ! Une clinique du vélo ! En un mot comme en dix, une démocratisation du vélo ! Vélos de tous les pays, unissez-vous !

Alors, dimanche, c’est à droite, toute !

🎙️Podcast: Trump et la fracture du mouvement MAGA

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Char pour la fête de Purim comprenant une statue de Donald Trump, le lion de Juda et une limousiné dorée. La parade a été annulée à cause de la guerre. Jérusalem, le 18 mars 2026. Debbie Hill/UPI/Shutterstock/SIPA

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Le mouvement MAGA est en train de se fracturer : certains des influenceurs et des personnalités qui y jouent un rôle clé considèrent que, en déclenchant une guerre en Iran, Donald Trump a trahi sa promesse de ne pas intervenir militairement à grande échelle dans des conflits à l’étranger. Ils sont nombreux à inviter dans leur podcast ou talk show Joe Kent, qui a démissionné de son poste de directeur du Centre national de l’anti-terrorisme et qui prétend, à qui veut l’entendre, que l’Iran ne représentait pas une « menace imminente » pour les Etats-Unis.

Pourtant, Kent n’est pas un expert du renseignement international et son témoignage minimise la dimension nucléaire de la menace iranienne. D’ailleurs, les acteurs les plus influents du mouvement MAGA ignorent superbement la question, aussi actuelle qu’inquiétante, de la prolifération des armes nucléaires. Jusqu’à présent, l’Iran et la Corée du Nord travaillaient main dans la main pour développer une capacité nucléaire dont le reste du monde aurait tout à craindre.

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Donald Trump n’avait donc pas nécessairement tort de saisir cette opportunité pour neutraliser la menace iranienne. S’il lui sera difficile de mettre fin aux opérations militaires pour rentrer dans les bonnes grâces de ses électeurs à temps pour les élections législatives en novembre, ce ne sera pas nécessairement impossible.

Cinq pays européens – dont la France, le Royaume Uni, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas – ainsi que le Japon, viennent d’annoncer qu’ils sont prêts à contribuer à des efforts pour garder ouvert le détroit d’Ormuz. Ces alliés traditionnels des Etats-Unis s’étaient montrés jusqu’ici réticents à donner un coup de main à Donald Trump. Pourtant, l’Iran est leur ennemi aussi et, s’ils veulent faire baisser le prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL), ils ont intérêt à sécuriser les livraisons en provenance des pays du Golfe.

Oh non! Le capitalisme vous a volé votre sommeil

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Image d'illustration Unsplash

Un ethnographe rennais explique que dormir moins de sept heures est le fruit de l’aliénation voulue par le Grand Capital. Les chasseurs-cueilleurs tanzaniens, interrogés à ce sujet, ont déclaré ne pas bien comprendre.


Il dort six heures cinquante. C’est un Français moyen. Il ne le sait pas encore, mais il est victime du capitalisme. Heureusement, Romain Huët, maître de conférences à Rennes 2, est là pour le lui expliquer.

On politise tout, on nous dit rien

Dans un entretien accordé au site Reporterre — dont la ligne éditoriale pourrait se résumer à « il faut détruire le capitalisme pour sauver la planète » —, notre homme explique que la crise du sommeil n’est pas un problème d’hygiène de vie.

C’est un symptôme politique.

On croit naïvement se coucher tard parce qu’on regarde une série brésilienne.  On apprend en réalité que « le capitalisme produit l’épuisement, puis le recapte en lui vendant des solutions ». La tisane « Nuit tranquille » ? Un instrument d’oppression en sachet biodégradable ! La gélule de mélatonine ? Un ersatz de marxisme encapsulé ! Notre ethnographe diagnostique une vie « inexpressive » : le sentiment que toutes les puissances qu’on pourrait avoir sont empêchées de s’exprimer. Le scrolling illustre la thèse : c’est, nous dit-il en invoquant Deleuze, « le dernier verre de l’alcoolique ». On notera avec admiration que Deleuze, mort en 1995, a eu la prescience d’anticiper Tiktok. La conclusion s’impose : il faut « politiser l’épuisement ».

Car il est évident que le capitalisme est responsable de tous les maux de la planète: du réchauffement climatique, de la fonte des glaces, des violences conjugales et, désormais, des valises sous les yeux.

Les nobles âmes rêvaient : sauver le peuple de lui-même

Il serait pourtant injuste de railler sans mémoire.

Les grands patrons français n’ont pas fait preuve d’un enthousiasme excessif lors des « avancées sociales » conquises de haute lutte. Force est de reconnaître que le capitalisme n’est pas paré que de vertus. Les luttes sociales ne manquaient pas de noblesse dans les idées.

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Paul Lafargue réclamait en 1880 dans son Droit à la paresse le repos pour l’ouvrier pour lui permettre de « développer ses facultés intellectuelles ». Pour Jaurès, revendication sociale et exigence culturelle étaient liées. Les universités populaires du tournant du siècle incarnaient cet idéal avec une ferveur touchante. Leur lutte a payé. En 1830, les soyeux lyonnais travaillait entre soixante-quinze et quatre-vingts heures par semaine. Aujourd’hui, la durée légale française est de mille six cent sept heures annuelles. Robert Fogel, prix Nobel d’économie 1993, a calculé que le temps de loisir disponible sur une vie entière avait plus que triplé entre 1880 et 1995. Journée de huit heures en 1919, congés payés en 1936, trente-cinq heures en 2000 : déroute complète, historique et irréfutable du Grand Capital.

Mais quel est le bilan?

Surgit alors cette question vaguement inconfortable :

Qu’a-t-on fait du temps si chèrement conquis ?

L’ouvrier de Jaurès devait lire Montaigne, écouter Beethoven et faire partie d’un club de réflexion. Mais l’employé de 2025 passe cinq heures par jour devant la télévision (Médiamétrie, 2024), auxquelles s’ajoutent deux heures et demie sur les réseaux sociaux (We Are Social, 2024). Sept heures et demie de contemplation passive pour être aimable, de crétinisation digitale si l’on voit les choses en face.

Adorno avait tenté de résoudre ce paradoxe : les masses sont manipulées, leurs désirs fabriqués. Séduisant, mais condescendant : l’ouvrier qui préfère Koh-Lanta à La Nausée serait victime d’une mystification dont seul le sociologue de Rennes 2 perçoit la mécanique ?

Le divertissement passif est donc plus prisé que la culture active. Serait-ce nouveau? Pas vraiment : Aristophane se plaignait déjà du goût du peuple athénien pour les spectacles faciles. Si les gens préfèrent avaler du contenu plutôt qu’écouter des chants grégoriens, c’est leur choix le plus absolu : les deux leurs sont également accessibles. Le capitalisme n’a donc pas inventé la paresse intellectuelle. Il l’a seulement monétisée, avec l’opportunisme qui le caractérise.

Les Hadza dorment mal. Pourtant, ils n’ont pas la 5G

Une étude publiée dans Current Biology (Siegel et al., UCLA, 2015) a équipé d’actimètres trois populations de chasseurs-cueilleurs sans électricité : les Hadza de Tanzanie, les San du Botswana, les Chimané de Bolivie.

Résultat : ils dorment en moyenne six heures vingt-cinq minutes par nuit, soit moins que le Français épuisé par le capitalisme. Ils s’endorment trois heures après le coucher du soleil, se réveillent avant l’aube : ils ne dorment que six et demie.

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L’hypothèse popularisée par Matthew Walker (Pourquoi nous dormons, 2017), selon laquelle l’éclairage électrique serait le grand coupable de nos insomnies, se heurte à cette évidence : les Hadza ignorent les ampoules. Ils n’ont pas non plus sept heures de sommeil. Siegel propose une explication alternative : on s’endort quand la température ambiante baisse, on se réveille à son minimum. Si son analyse est juste, le remède n’est peut-être pas de renverser le capitalisme mais de baisser le chauffage. Solution économique, écologique et infiniment moins fatigante que la révolution.

Bilan : nous dormons autant que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs qui ignorent tout des vertus ou des affres du capitalisme. Le capitalisme ne nous vole pas notre temps. C’est nous qui lui en faisons cadeau. Mais rien n’empêchera Romain Huët, comme ses illustres prédécesseurs humanistes de se tromper de combat.

Le socialisme est pavé de bonnes intentions, c’est un recueil de bonnes idées qui ne marchent pas. Et si le capitalisme empêche de dormir, ce n’est pas toujours ceux que l’on croit. Jean de La Fontaine l’avait réglé en dix vers : le savetier chante, le financier ne dort plus.

Bonne nuit!

Le Droit à la paresse

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Sénégal-Maroc: le match de foot le plus long de l’histoire

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A Dakar, au Sénégal, la presse est scandalisée par la décision de retirer le trophée de la CAN à l'équipe nationale, 18 mars 2026 © Misper Apawu/AP/SIPA

Colère et stupéfaction au Sénégal. Deux mois après la finale, la Confédération africaine de football a retiré son titre aux lions sénégalais et attribué la victoire au Maroc. Le match avait basculé dans le chaos en fin de partie, un penalty ayant été accordé au Maroc après intervention de la VAR, peu après qu’un but sénégalais ait été annulé sans recours à cette même VAR, ce qui avait provoqué une forte contestation. En réaction, les joueurs sénégalais avaient quitté le terrain, tandis que des tensions éclataient dans le stade avec des supporteurs tentant d’entrer sur la pelouse, obligeant à une longue interruption avant la reprise du match.


Il y a, dans certaines décisions sportives, une portée qui dépasse largement le terrain. La Coupe d’Afrique des nations de football 2025 (CAN) en fait partie. Plus qu’une compétition, elle s’inscrit dans une logique d’affirmation continentale où le football devient un levier d’influence, un outil diplomatique et un marqueur de crédibilité pour les États comme pour les institutions qui l’organisent. La géopolitique du sport devient un enjeu central.

Le choix du Maroc comme pays hôte de la CAN 2025 n’était pas anodin. Il traduisait une ambition : celle d’inscrire le football africain dans une dynamique d’excellence organisationnelle et de visibilité internationale. Infrastructures modernisées, attractivité croissante, audiences en hausse, tout concourt désormais à repositionner la CAN comme un événement majeur du calendrier sportif mondial. Mais cette montée en puissance impose une contrepartie : celle d’un cadre clair, stable et respecté. Car à mesure que les enjeux grandissent, les marges d’approximation se réduisent. Le football africain ne peut plus se permettre les incertitudes qui ont longtemps nourri critiques et controverses…

L’obligation de se professionnaliser

C’est précisément dans cette perspective que la décision de la Confédération africaine de football (CAF) prend toute sa signification. En s’appuyant strictement sur le droit pour trancher une situation contestée, elle a opéré mardi un déplacement important: celui d’un système parfois perçu comme fluctuant vers une logique de prévisibilité et de cohérence.

Le cas du Sénégal illustre cette évolution. En ne respectant pas les règles, l’équipe s’expose à une sanction. Non pas parce qu’elle serait désignée comme fautive dans un rapport de force politique, mais parce qu’elle a enfreint un cadre connu. Ce point est essentiel : la légitimité d’une décision repose moins sur son acceptation immédiate que sur sa conformité aux règles établies.

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Cette approche peut déstabiliser à court terme. Elle bouscule des habitudes, des réflexes, parfois même des attentes. Mais elle s’inscrit dans une trajectoire plus large, comparable à d’autres évolutions du football mondial. L’introduction de la VAR, par exemple, a d’abord suscité scepticisme et critiques avant de s’imposer comme un outil structurant.

La décision de la CAF agit de la même manière. Elle ne se limite pas à régler un différend ponctuel: elle crée un précédent. Elle signifie que les comportements observés lors d’un match peuvent être réévalués à la lumière du droit, même après coup. Ce simple fait modifie en profondeur les incitations des acteurs.

Gagner en crédibilité internationale

Les pays africains ont pour ambition d’accueillir de plus en plus de compétitions internationales. Ce sera d’ailleurs le cas du Maroc pour la Coupe du monde de football de 2030. Pour ce faire, ils doivent affirmer leur crédibilité, que ce soit en matière d’organisation, de sécurité, d’accueil du public mais aussi de respect des règlements. La décision de la CAF s’inscrit dans ce contexte: démontrer que le football africain est mûr et répond aux standards internationaux, y compris dans le respect du règlement.

Reste une exigence à consolider: celle de la rapidité. Car si le droit gagne en importance, il doit aussi gagner en efficacité. Une décision juste mais tardive perd en lisibilité et alimente les contestations. L’enjeu pour les instances sera donc d’articuler rigueur juridique et réactivité. Donner une décision deux mois après la finale peut affaiblir la portée juridique. Mais dans d’autres sports, il n’est pas rare de voir des classements remis en cause quelques mois, voire quelques années plus tard. Que ce soit pour cause de dopage ou de tricherie avérée. C’est aussi une exigence pour la respectabilité du sport et son sérieux à long terme.

Ce qui se joue avec la CAN 2025 dépasse ainsi la seule compétition de football. C’est une transformation progressive de la gouvernance du football africain qui s’opère. Une transformation discrète, mais décisive, où le droit cesse d’être un simple cadre formel pour devenir un véritable instrument de crédibilité. Avec une volonté de se hisser, y compris au niveau juridique, au même niveau que les autres continents.

À mesure que le football africain s’affirme sur la scène internationale, cette évolution apparaît indispensable. Car sans règles claires et appliquées, il ne peut y avoir ni confiance durable, ni reconnaissance pleine et entière. En ce sens, la décision prise mardi trace déjà les contours du football africain de demain.

🎙️ Atlanti’Causeur: ni pour, ni contre, bien au contraire !

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Les journalistes Jean-Sébastien Ferjou et Elisabeth Lévy. DR.

Élisabeth Lévy (Causeur) et Jean-Sébastien Ferjou (Atlantico) débattent de l’actualité de la semaine. Une discussion toujours franche, jamais froide, parfois féroce. Sans langue de bois ni sujets tabou, ces deux-là ne sont pas toujours d’accord et ne se l’envoient pas dire !


Au menu de l’émission: une Élisabeth Lévy déprimée par la poussée insoumise, un Jean-Sébastien Ferjou qui tente de la rassurer — ou, à défaut, de « changer la nature de sa dépression ». Au fil des municipales, c’est toute la mécanique politique française qui est passée au crible par la directrice de Causeur et le directeur d’Atlantico dans ce nouvel épisode. Ecoutez ! 👇

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Qui méritera le tableau d’honneur?

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A Toulouse, le candidat socialiste rejoint la liste du candidat islamo-gauchiste François Piquemal, LFI, ici à droite, pour le second tour des élections municipales, 17 mars 2026 © Fred Scheiber/SIPA

Les petits arrangements honteux pendant l’entre-deux-tours des élections municipales sont observés avec gourmandise par les spécialistes de la politique, mais dégoutent les citoyens ordinaires.


On n’a jamais connu d’élections municipales aussi passionnantes, sur le plan tactique et en matière d’alliances, entre les deux tours. En effet, il est intéressant de voir combien certains des pronostics les plus pessimistes sur la morale des responsables politiques se sont révélés exacts. Je me souviens d’échanges bien antérieurs où l’on n’osait pas imaginer que la profonde fracture entre les socialistes et les écologistes, d’un côté, et les Insoumis, de l’autre — à cause de l’antisémitisme imputé à Jean-Luc Mélenchon, diaboliquement habile dans sa manière de laisser entendre sans jamais dire vraiment — serait comblée. Cette opposition, de nature éthique, paraissait tellement plus importante que les discordes partisanes et laissait espérer, dans la confrontation à venir, un dissentiment durable. D’autres voix, il est vrai, traitaient ces optimistes de naïfs et, avec une sorte de sagesse résignée, présumaient le pire ainsi que le retour, lors des élections municipales, de reniements quasiment obligatoires. Comme si l’éthique était impossible en politique et comme si les accords nationaux proclamant haut et fort le refus des alliances délétères n’étaient qu’une promesse creuse destinée à couvrir les multiples alliances et complicités du terrain.

Quelle indignité !

Sans l’ombre d’une hésitation, sans même chercher à donner le change, beaucoup de socialistes, stimulés seulement par l’enjeu municipal, ont non seulement voulu sauver leur mise en feignant de ne se livrer qu’à des processus techniques, alors même que ceux-ci constituaient un abandon moral et politique, mais ont parfois accepté, sans frémir, de laisser LFI en première ligne, comme à Toulouse par exemple, ou de la rejoindre sans vergogne comme à Nantes. Face à ce cataclysme qui a indigné beaucoup de citoyens, parce qu’il dépassait les facilités et les contradictions quasiment consubstantielles aux affrontements partisans, on a entendu Olivier Faure, volontiers donneur de leçons… pour les autres, approuver la multitude de ces trahisons et ajouter, à une réalité déjà scandaleuse, l’aval d’une autorité dont on attendait rigueur et constance. Quelle lamentable déconvenue républicaine !

Il faut porter, au crédit de Jean-Luc Mélenchon, une impitoyable et sarcastique lucidité sur les socialistes, « des combinards qu’on pourrait acheter pour pas cher pour le second tour », et dont la fermeté affichée sur un accord national n’était destinée qu’à permettre une multitude de reniements à la base et sur le terrain. Il avait vu juste, dans son discours du 4 mars à Bondy, et avait anticipé, dans le détail, ce que serait la déroute socialiste, à son seul bénéfice, aussi bien sur le plan des conquêtes que pour une restauration symbolique.

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Il est navrant — on a le droit d’observer ailleurs que dans son camp — de ne pas avoir entendu davantage la voix de l’ancien président François Hollande, qui affirme plus volontiers ses principes et ses lignes rouges sur le plan médiatique que concrètement dans le débat public. À ma connaissance, il n’a rien dit pour dénoncer avec force et clarté ces « accords de la honte », selon une expression émanant non seulement des adversaires du Parti socialiste, mais aussi de certains socialistes eux-mêmes, notamment — et avec quelle netteté — Jérôme Guedj. Ce qui démontre qu’il ne faut jamais totalement désespérer.

Au risque de me faire désavouer par tous ceux qui confondent la vie politique avec la guerre civile, il y a eu, chez les socialistes, des personnalités qui ont tenu et qui méritent le tableau d’honneur, aussi bien à Paris et à Marseille que dans d’autres municipalités moins connues. Quelques fidélités à des engagements ont projeté une éclatante lumière dans un monde qui, depuis quelques jours, n’a pas brillé par son intégrité.

Dati traite mal Knafo

Mon appréciation positive du respect de l’éthique par quelques-uns n’a rigoureusement rien à voir avec une quelconque adhésion politique ; mais, pour ma part, dans une démocratie malade, je ne me paierai jamais le luxe de demeurer indifférent à des comportements qui rassurent et battent en brèche un pessimisme qui trouve, par ailleurs, tellement de justifications. On me pardonnera de constater l’effet délétère des dérives socialistes sur les attitudes et les positions de la droite républicaine. Je n’évoquerai pas la manière, à mon sens méprisante, dont on a évoqué Sarah Knafo, son score et les citoyens qui l’ont soutenue. Pour être en opposition politique, on n’est pas obligé de la traiter, elle et ses partisans, comme s’ils étaient le diable.

Je crains cette propension du camp conservateur — depuis le 17 mars à 18 heures, tout est fixé, figé — à s’être tellement persuadé qu’il fallait être irréprochable, contrairement aux socialistes, qu’il a accepté trop facilement, trop paresseusement, le grief d’une prétendue similitude entre LFI et le Rassemblement national, alors qu’elle n’est pas pertinente: une majorité de citoyens, dans les enquêtes d’opinion, ont choisi leur danger, sinon exclusif, du moins largement prioritaire : LFI. Le comportement du RN, dans tous les lieux où la République se déploie, jusqu’à nouvel ordre, n’a rien qui puisse lui être reproché, sauf à confondre la contradiction politique avec l’opprobre moral, ce qui facilite les dénonciations mais ne convainc personne. La conséquence en est que, là où les socialistes ont eu immédiatement le front de s’allier avec LFI pour battre la droite et le centre, ces derniers ont eu des pudeurs de chaisière pour ne pas aller au bout de leur envie de faire perdre la gauche et l’extrême gauche. Cette droite n’est de loin pas la plus bête du monde, mais en tout cas la moins réaliste. Elle n’aurait pas perdu son âme, mais aurait permis à des municipalités de mieux se porter demain !

Le tableau d’honneur n’est pas très rempli. J’ose espérer que dimanche prochain, le 22 mars, ceux qui s’y trouvent seront au moins récompensés.