Depuis que les Iraniens ont entamé une stratégie de généralisation du conflit pour contraindre les Etats-Unis à cesser les combats sous la pression des pétromonarchies effrayées par le désordre économique, la nouvelle guerre du Golfe prend une perspective mondiale.
Certains commentateurs (notamment dans la diplomatie française) reprochent aux Etats-Unis d’avoir entrepris cette guerre comme ils le leur avaient reproché à juste titre en 2003 lors de l’invasion de l’Irak. Comparaison n’est pas raison. En 2003 l’Irak n’avait attaqué ni ne menaçait personne et les preuves apportées par les Américains étaient falsifiées. Dans le cas présent, les preuves de la nocivité de l’Iran et de son bellicisme sont innombrables. L’Iran attaque Israël depuis 20 ans directement ou indirectement via ses alliés du Hezbollah , du Hamas, de la Syrie ou des Houtis. Il attaque aujourd’hui les Emirats. Il est à cet égard très étrange de voir la diplomatie française traditionnellement pro-arabe adopter une attitude de conciliation avec l’Iran alors que ses alliés arabes sont attaqués !
Gare aux téméraires
Qu’on soit pour ou contre Trump n’y change rien. Que les Etats-Unis aient eu tort ou pas d’engager cette guerre n’y change rien non plus. Le fait est qu’elle est là et qu’elle révèle à son paroxysme que l’Iran est un danger immense pour la stabilité du Moyen Orient et même pour la paix du monde.
Car c’est bien d’elle qu’il s’agit désormais, qu’on le veuille ou non. Si le pire devait arriver, c’est à dire si les Etats-Unis devaient se retirer sur une victoire à la Pyrrhus, c’est à dire en prétendant avoir détruit le potentiel militaire iranien mais laissé le régime en place bloquer le détroit d’Ormuz, alors les ennemis de l’Occident y verraient un point de faiblesse tragique pour les Américains et encore plus pour l’Europe qui n’aurait même pas tenté d’intervenir pour sauvegarder ses intérêts. L’Iran détiendrait la clé de la circulation dans le détroit d’Ormuz (et sans doute aussi dans celui de Bab el Mandeb via la menace Houti) et s’installerait comme la puissance dominante de la région. Il deviendrait même le porte-drapeau du « Sud global » qui prend sa revanche sur l’Occident.
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Le renoncement à contraindre l’Iran à la reddition serait une catastrophe géostratégique. Il n’est même pas question ici de parler, dans une optique néo-conservatrice – qui n’est pas du tout la mienne – du renoncement à la libération du peuple iranien qui resterait sous les joug des mollahs, ni des droits de l’homme, mais plus égoïstement et plus gravement de la paix mondiale. Car cet aveu de faiblesse de la part de l’Occident serait très sérieusement interprété par la Chine et par la Russie comme un permis de faire ce qu’elles veulent. S’emparer de Taïwan et bloquer le détroit de Formose pour la première et envahir les pays baltes pour la seconde. La faiblesse appelle la témérité.
A l’inverse, si les Etats-Unis soumettent l’Iran à la reddition et dans l’idéal abattent son régime théocratique, alors nous prolongeons la paix mondiale de 20 ans. Car ni la Chine, ni la Russie n’oseront s’engager dans des guerres aventureuses qui pourraient déboucher sur une guerre mondiale. Si au contraire nous y renonçons, il faut nous préparer dans trois ans à nous battre en Europe et les Américains dans le Pacifique. Bis repetita placent…
Tenir notre rang
C’est pourquoi la France (et l’Angleterre) qui sont membres fondateurs du Conseil de sécurité doivent prendre leur part du fardeau pour rétablir la libre circulation des détroits. C’est le droit international qui est en jeu ici. Cela tombe bien car nous nous en gargarisons tous les jours. Cela tombe bien aussi parce que nous entretenons à (très) grands frais une escadre aéronavale dont c’est la vocation que de maintenir la libre circulation des mers et la préservation de nos intérêts. A quoi bon dépenser dix millards pour le futur porte-avions « la France libre » si nous claironnons au monde entier que jamais nous ne l’utiliserons ? Le monde qui s’ouvre à nous depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie est celui de la force. Nous pouvons encore y tenir notre rang si nous savons la montrer quand nos intérêts, le droit international et la justice sont en jeu.




