Accueil Site Page 911

Le malaise des croyants face au projet bioéthique d’Emmanuel Macron

1

Profondément meurtris par l’incendie de Notre-Dame de Paris, véritable tragédie nationale survenue lors du quinquennat d’Emmanuel Macron, les catholiques demeurent divisés sur la réélection du président sortant.


Le positionnement du président-candidat et de de son entourage sur les questions de l’euthanasie, du suicide assisté, de la procréation médicalement assistée (PMA), de la gestation pour autrui (GPA), de l’extension du délai légal de l’avortement de 12 à 14 semaines, ou de la prescription de bloqueurs de puberté et de traitements hormonaux chez les adolescents transgenres, ont créé un malaise manifeste, non seulement au sein de l’Eglise catholique, mais également chez les autres communautés religieuses. Par contraste, Marine Le Pen a toujours défendu des positions conservatrices en opposition à l’agenda « progressiste » d’Emmanuel Macron.

Totalement absentes du débat télévisé Macron/Le Pen, à trois jours du deuxième tour du scrutin présidentiel, les questions de bioéthique sont pourtant révélatrices du gouffre qui sépare les projets de société des deux candidats. La Grande Mosquée de Paris par la voix du recteur Chems-Eddine Hafiz [1], de même que les principales institutions juives de France [2], ont apporté leur soutien à la réélection d’Emmanuel Macron, notamment en raison des restrictions sur l’abattage rituel préconisées par Marine Le Pen. Chez les catholiques, plusieurs organisations chrétiennes ont exprimé leur soutien au président-candidat par le biais d’une tribune dans le journal Ouest-France. Cependant, cet affichage, qui procède certainement d’un calcul tactique, occulte les doutes profonds qui agitent les croyants face au bilan et au projet présidentiels en matière de bioéthique. C’est certainement pour cette raison que la Conférence des évêques de France (CEF) n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour, tout en incitant les électeurs à voter « en conscience » et « à la lumière de l’Évangile et de la doctrine sociale de l’Église » [3].

Euthanasie: non pour Le Pen, oui pour Macron

Marine Le Pen est vivement opposée à l’euthanasie (à savoir, « l’acte médicalconsistant à provoquer intentionnellement la mort d’un patient afin de soulager ses souffrances soit en agissant à cette fin, soit en s’abstenant d’agir ») et au suicide assisté, qui consiste pour le corps médical, « à donner au patient les moyens de mettre lui-même fin à sa vie » [4].

Emmanuel Macron laisse au contraire entendre qu’il instaurera l’euthanasie et s’inspirera, pour ce faire, du modèle belge [5]. Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et soutien du président, a déclaré, le 11 avril, que « le droit de mourir dans la dignité », expression utilisée par les partisans de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, serait la grande réforme sociétale d’un second quinquennat d’Emmanuel Macron [6].

A lire aussi, Jean-Frédéric Poisson: Au menu du Français anxieux, «tout vaccin» et «bien mourir»

Pour rappel, l’euthanasie est illégale en France, mais elle a été légalisée aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. En Belgique, depuis 2002, le suicide assisté est encadré par la loi. En 2014, le parlement belge a adopté une loi autorisant l’euthanasie des mineurs en phase terminale et qui en font la demande, avec l’accord des deux parents !La loi belge n’exige pas que la personne soit en phase terminale d’une maladie grave et incurable, seul étant pris en compte le critère subjectif de la souffrance. La Belgique était même le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie des mineurs, sans limite d’âge. Les premières euthanasies de mineurs ont été réalisées en 2017, sur des enfants de 9, 11 et 17 ans. Un tel positionnement est véritablement effroyable pour les croyants. Le Pape François a réitéré la condamnation de toutes les formes d’euthanasie et de suicide assisté [7]. L’islam n’autorise ni d’accélérer la mort ni de la retarder. Son heure n’appartient qu’à Dieu [8]. Quant au judaïsme, l’euthanasie est tout à fait proscrite, de même que le suicide, qu’il soit assisté ou délégué. Le suicide est considéré comme un acte meurtrier, même si la personne le demande [9].

GPA : un non catégorique pour le Pen, un refus en demi-teinte pour Macron

Après l’adoption de la « PMA pour toutes », à savoir la procréation médicalement assistée (la possibilité d’accoucher d’un enfant, à l’aide de l’insémination artificielle et de la fécondation in vitro) remboursée par la sécurité sociale et élargie aux femmes célibataires, lesbiennes en couple ou seules, l’épineuse question de la gestation pour autrui et des mères porteuses persiste. Cette dernière consiste, selon Marine Le Pen, à « faire porter par une femme un enfant, puis à se faire attribuer cet enfant ». Elle juge cette pratique, déjà en vigueur dans trois pays de l’Union européenne (Roumanie, Grèce et Portugal), comme « une dérive mortelle pour notre société. Les êtres humains ne sont pas des objets de consommation » [10]. La réponse est donc un « non » catégorique de sa part.

Le député et rapporteur de la loi bioéthique Jean Louis Touraine, le mercredi 25 septembre 2019, à l’Assemblée © Louise MERESSE/SIPA

Emmanuel Macron a certes déclaré qu’« il n’est pas question d’autoriser la gestation pour autrui en France, car elle met en question la dignité du corps de la femme et sa marchandisation » [11]. Cependant, l’actuel porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, alors qu’il était Secrétaire d’Etat auprès du l’Education nationale et de la Jeunesse, avait déclaré dans un entretien en 2019 à Libération (lors duquel il évoquait librement son homosexualité), qu’il ne serait pas contre une GPA «éthique», pour avoir un enfant, si c’était légal en France [12]. Par ailleurs, Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône, député et co-rapporteur du projet de loi bioéthique – selon lequel « il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père » – estimait, pour sa part, en 2019, qu’il n’y avait « pas eu assez de maturation de l’opinion » sur la GPA. « Ça va cliver la société, il faut attendre que les Français s’approprient l’idée. Depuis la première loi bioéthique de 1994, chaque révision a levé des interdits. Mais si on avance trop vite, ça peut être dangereux. Dans sept ans peut-être, on pourra mettre la GPA éthique sur la table » [13]. Eric Zemmour, quant à lui, ne se fait aucune illusion sur le cours des choses dans ce domaine : « Le combat d’après, c’est la GPA, vous verrez ça se fera en cas de maintien de la majorité actuelle malgré toutes les dénégations des politiques qui disent “jamais” » [14].

Du côté des croyants, selon La Croix, l’Eglise catholique s’oppose catégoriquement à toute technique artificielle d’assistance médicale à la procréation, par le document Donum Vitae (1987) rédigé par Joseph Ratzinger, le futur Pape Benoit XVI. Dans l’islam, aucune « tierce personne » ne peut interférer dans la vie sexuelle du couple ou faire le don d’un ovule, de spermatozoïdes, ou d’embryon [15] : le recours aux mères porteuses est donc proscrit. En revanche, dans le judaïsme, encadrée par la loi civile et la loi religieuse, la Halakha, cette pratique est légale. Elle n’est cependant ouverte ni aux couples homosexuels, ni aux étrangers [16].

Mineurs transgenres 

Depuis plusieurs années déjà, en France, le corps médical peut prescrire aux « enfants transgenres », dès l’âge de 11 ans, des traitements réversibles pour bloquer leur puberté. Lorsque leur « dysphorie de genre » persiste, un traitement hormonal substitutif masculinisant ou féminisant – avec des effets irréversibles tels que la stérilité – peut être prescrit à partir de 16 ans. Ces prescriptions se font avec l’accord des familles. S’il est interdit pour les mineurs de réaliser une opération de changement de sexe, l’ablation des seins (mammectomie) dans le cadre d’une transition est autorisée pour les mineurs entre 16 et 18 ans [17].

A lire aussi: Debbie Hayton: trans d’un autre genre

Marine Le Pen n’a pas encore explicité sa vision de la question des mineurs transgenres. Sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, la cause transgenre a été vigoureusement soutenue comme en atteste, par exemple, le financement par les agences régionales de santé (ARS) de la Plateforme « Trajectoire Trans’ » destinée aux mineurs transgenres [18]. Au vu du rythme auquel se déroulent ces évolutions sociétales marquantes, l’exigence du consentement parental paraît de plus en plus en sursis.

Si Emmanuel Macron est réélu, ces évolutions sociétales majeures seront accélérées, à l’instar de son programme économique et social. Force est de constater que cela sera mis en œuvre dans une optique située aux antipodes de celle des croyants qui s’apprêtent à le réélire. A noter à cet égard, que selon La Croix [19], lors du 1er tour du scrutin, 29% des catholiques pratiquants ont porté leur suffrage sur Emmanuel Macron, 25% sur Marine Le Pen (soit une hausse de plus de 10 points en cinq ans !), 13% sur Jean-Luc Mélenchon et 11% sur Éric Zemmour. Selon l’IFOP, 69% des musulmans de France ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Loin derrière, Emmanuel Macron a recueilli 14%, et Marine Le Pen 7% des suffrages de cette communauté de croyants. Au sein de la communauté juive, un « survote » en faveur d’Eric Zemmour a été observé.


[1] https://www.algerie-expat.com/politique/le-soutien-de-la-grande-mosquee-de-paris-pour-emmanuel-macron/15752/

[2] https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/130422/presidentielle-francaise-les-institutions-juives-appellent-voter-macron

[3] https://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-parmi-les-catholiques-des-voix-reclament-une-consigne-claire-des-eveques-de-france-contre-marine-le-pen-19-04-2022-KMDLNSJUYNDI3PYAGVRIGABFRA.php

[4] https://sante.lefigaro.fr/social/sante-publique/euthanasie/quest-ce-que-cest

[5] https://www.la-croix.com/France/Euthanasie-Emmanuel-Macron-favorable-modele-belge-certains-cas-2022-04-01-1201208236

[6] https://twitter.com/franceinfo/status/1513411721225986049

[7] https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-09/fin-vie-euthanasie-lettre-doctrine-foi.html

[8] https://www.lemonde.fr/archives/article/2004/11/10/l-islam-n-autorise-ni-d-accelerer-la-mort-ni-de-la-retarder_386496_1819218.html

[9] https://www.lejsl.com/actualite/2015/02/20/dans-le-judaisme-l-euthanasie-est-tout-a-fait-proscrite

[10] https://www.la-croix.com/France/GPA-quen-disent-candidats-presidentielle-2022-2022-02-08-1201199160

[11] https://www.la-croix.com/France/GPA-quen-disent-candidats-presidentielle-2022-2022-02-08-1201199160

[12] https://www.liberation.fr/france/2019/04/23/gabriel-attal-de-ses-propres-zeles_1722937/

[13] https://www.bfmtv.com/politique/parlement/projet-de-loi-bioethique-la-gpa-non-dit-qui-irrite-une-frange-de-la-macronie_AV-201909230096.html

[14] https://www.valeursactuelles.com/politique/video-loi-bioethique-le-combat-dapres-cest-la-gpa-craint-zemmour

[15] https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Fecondation-vitro-PMA-GPA-dit-lislam-2017-06-27-1200858434

[16] http://www.slate.fr/story/93287/gpa-israel

[17] https://wikitrans.co/ths/mineur/

[18] https://www.bvoltaire.fr/lideologie-transgenre-en-marche-sous-lere-macron/

[19] https://www.la-croix.com/Debats/Cessons-den-appeler-eveques-designer-futur-president-Republique-2022-04-21-1201211397

Deux débatteurs, une seule perdante: la France

Bien que le président sortant soit, selon les sondages, quasi assuré de sa réélection, dire de Marine Le Pen qu’elle était loin des caricatures que l’on fait habituellement d’elle lors du débat télévisé de mercredi fait déjà de vous quelqu’un de suspect…


Cette élection  présidentielle, à défaut d’être dotée d’un quelconque souffle, a démontré une seule chose : la liberté d’expression a durablement reculé en France. Ainsi il devient de plus en plus risqué de s’exprimer sur le second tour de l’élection en cours comme sur le débat d’entre-deux-tours, si ce n’est pour dire haut et fort que l’on mettra un bulletin Emmanuel Macron dans l’urne. Toute autre position vous expose à des jugements aussi lapidaires que définitifs. Et même ceux qui se risquent simplement à expliquer que le RN n’est pas le parti nazi dans les années 30 se voient suspecter de penchants autoritaires.

Les tribunes s’accumulent expliquant qu’une potentielle élection de Marine Le Pen équivaudrait à un retour du fascisme. Les références à l’extrême-droite renvoient à une forme de collaboration et mettre un bulletin Emmanuel Macron équivaut à obtenir un diplôme de Jean Moulin, quand toute nuance sur les attaques portées contre Marine Le Pen fait de vous un traître à la République.

Logiques de purge

Quand on voit le sort fait à un intellectuel comme Marcel Gauchet pour avoir dit que le RN actuel est plus proche du RPR des années 80 en France que de l’extrême-droite collaborationniste, on n’a guère envie de prendre position pour se faire attaquer par tous ses pairs et être assimilé à un soutier de l’extrémisme. Il est donc de bon ton en France de soutenir Emmanuel Macron avec toute une gamme de nuances allant jusqu’à « je vote pour lui mais avec une pince à linge sur le nez ». Les législatives deviennent alors un troisième tour où après avoir éliminé le danger de l’extrême droite, il s’agirait d’éliminer, dans les urnes des législatives, l’homme utilisé pour combattre le retour des « heures sombres » en le remplaçant par un dirigeant de l’extrême-gauche. Les élections deviennent le jeu de chaises musicales de l’excommunication mutuelle. L’avenir du pays au terme de ces logiques de purge apparaît de plus en plus incertain.

A lire aussi: Marcel Gauchet: “Macron nous garantit la perpétuation du bordel ambiant”

S’exprimer sur le débat Emmanuel Macron – Marine Le Pen, sans affirmer haut et fort que le président actuel l’a dominé et a fait preuve de sa compétence et de sa combativité n’est donc pas une bonne idée, cela ne parle pas de votre ressenti personnel, mais du fait que vous faites probablement la campagne d’une extrémiste sans oser l’avouer. Pourtant le débat avait de quoi décevoir ceux qui, alors que les tensions politiques, économiques, sociales s’accumulent, s’attendaient à une certaine hauteur de vue. Pourtant, à part Le Parisien qui fait un compte-rendu fourni, objectif et détaillé de l’échange, les journalistes attribuent la palme du vainqueur à un Emmanuel Macron qui s’est pourtant montré d’une suffisance rare, alors que l’exercice le favorisait. Il est cependant vrai qu’il a montré une bonne maîtrise des dossiers et une aisance à l’oral que son adversaire n’a jamais eu. En termes de crédibilité, la rencontre n’était guère équilibrée.

Marine Le Pen loin des caricatures que l’on fait d’elle

Il n’en reste pas moins que, lors de ce débat, le risque principal pour Le Pen était de rater ce rendez-vous et d’apparaître comme une caricature de leader d’extrême-droite: agressive, violente, simpliste, raciste. Cet impératif supplantait la question de sa crédibilité technique, même si elle se posait également. Elle a donc été concentrée au point souvent de ne pas trouver les arguments de contradiction, y compris lorsqu’Emmanuel Macron attribuait au Covid les 600 milliards de dette de la France. Or une partie de cette dette est liée à la dérive de nos comptes publics (au moins 240 milliards). Une partie du train de vie normal de l’Etat est financé par une dette structurelle qui n’a rien à voir avec le Covid et dépasse largement 100% de notre PIB. Mais sur cette question, aucun des candidats ne paraissait avoir grand-chose à dire. 

Attaquée sur les prêts contractés par son parti auprès d’une banque russe, Marine Le Pen a eu du mal à être percutante alors que le refus des banques de financer certains partis (cet état de fait ne concerne pas que Marine Le Pen) pose des problèmes démocratiques.

Mais surtout, alors que la guerre en Ukraine, la crise de l’énergie et des matières premières comme le retour de l’inflation rendent très peu crédibles les programmes des deux candidats, nombre de leurs batailles pouvaient paraître d’arrière-garde voire assez artificielles.

Alors qu’Emmanuel Macron était souvent positionné comme un consultant arrogant de chez Mc Kinsley et ne s’est jamais adressé aux Français, Marine Le Pen n’a pas su exploiter cette faille et le renvoyer à son autosatisfaction de privilégié. Il a même pu lui reprocher certains de ses votes au parlement comme si elle avait exercé le pouvoir et comme si lui était un homme neuf. Ce qui à défaut d’honnêteté ne manquait pas d’habileté.

Ceci dit en choisissant une attitude modeste et calme, elle n’a pas raté son débat. Emmanuel Macron ne proposant rien d’autre que le vote barrage et la continuation d’une politique basée sur l’adaptation à une mondialisation qui montre toutes ses limites, son seul argument de campagne reste la diabolisation de son adversaire. Les équipes autour d’Emmanuel Macron, beaucoup de médias et d’acteurs du débat public essaient donc de réinstaller une image en mode « gardienne de camp » de la leader du RN. Or, pour qui regardait ce débat, cette caricature apparaissait outrancière et ridicule. Marine Le Pen s’est d’ailleurs montrée bien  meilleure que lui lorsqu’elle a défendu la souveraineté du peuple et la lettre comme l’esprit de la constitution de la Veme République en la matière. Mais le rapport au peuple est un des points faibles du président.

Emmanuel Macron certain de sa supériorité intellectuelle

Si souvent l’actuel président de la République apparaissait plus précis dans l’usage des chiffres, la proximité avec la réalité quotidienne était plutôt du côté de Marine Le Pen. L’échange sur le fait que les primes n’étaient pas prises en compte par les banques pour obtenir un prêt et le plaidoyer sur la nécessité de miser sur l’augmentation salariale ne pouvait que toucher la plupart des Français. Il n’en reste pas moins que les deux candidats sont restés flous sur le financement de leur politique comme sur leurs méthodes pour traduire leurs propositions dans la réalité.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Macron, trop m’as-tu-vu pour les étrangers

Dans l’ensemble, le débat était assez ennuyeux et médiocre. L’une ayant pour objectif principal d’apparaître comme inoffensive, l’autre misant tout sur une supériorité intellectuelle qu’il juge incontestable. Emmanuel Macron s’est ainsi souvent montré condescendant et méprisant. Un défaut qui a beaucoup abîmé sa relation au peuple durant cinq ans. Le problème est que ce débat a montré que ce mépris était constitutif de sa personnalité. Or, malgré les tentatives pour faire croire que Marine Le Pen pourrait accéder au pouvoir cette fois-ci, le match est en fait déjà plié, les écarts sont tels qu’Emmanuel Macron est quasi assuré de sa réélection. Voilà pourquoi ce qu’il a montré de lui est déterminant quant à ce que l’on peut attendre d’un nouveau quinquennat.

Or sa prestation ne donne guère d’espoir pour l’avenir. Sans aucun doute quant à sa supériorité, on ne peut que craindre qu’il continue à exercer le pouvoir comme il l’a fait précédemment, en ne se sentant engagé envers personne et ne rendant de comptes qu’à lui-même. Dans un pays déjà abîmé, le résultat risque d’être très négatif. Il s’est montré très content de lui et n’a guère eu l’air d’avoir appris de cinq ans d’exercice du pouvoir. Pourtant, la crise des gilets jaunes ou celle des retraites ont montré à quel point la France était en train de se diviser. Or, l’absence d’engagement et de perspectives que dégage la prestation d’Emmanuel Macron n’est pas une bonne nouvelle à l’issue de ce débat. Sa posture, qui ne témoigne ni d’une prise de conscience ni d’une prise de hauteur, encore moins de la découverte d’un lien charnel avec le pays et ses habitants, alors même qu’il sait la réélection assurée, n’est pas rassurante. Il est encore et toujours manager de la start-up nation et pas président de la République française.

A l’issue de cet exercice de style, je ne trouve pas qu’il y ait un vainqueur à ce débat. En revanche, il y a bien une perdante, la France, qui va continuer à être dirigée comme une entreprise alors qu’elle est en pleine crise démocratique. Quant au RN, comme à n’importe quelle autre formation qui ne serait pas pressée d’aller à la gamelle et de rejoindre le parti unique autour de la majorité présidentielle, tous les espoirs lui sont permis dans cinq ans, tant cette présidentielle ne porte ni promesse ni élan. C’est à la continuation du mépris de classe érigé en supériorité morale que nous sommes invités à adhérer. Pas étonnant que cela se termine par des votes par défaut et une rupture du consentement social. Loin d’être une catharsis, l’élection d’Emmanuel Macron apparaît lourde d’orages à venir.

Emmanuel Macron: «Je suis les autres»

Il a lu Rimbaud et il n’a rien compris.


Emmanuel Macron, on est bien payé pour le savoir, est connu pour goûter le théâtre. On sait aussi qu’il n’est pas insensible à la musique : nous gardons tous en mémoire le souvenir impérissable de la partie endiablée organisée au Palais de l’Élysée lors de l’édition de l’une des dernières Fêtes de la musique. On connaissait moins, toutefois, son penchant pour la peinture, le jardinage et la poésie. Il nous les a, pour notre plus grande joie, révélés lors du meeting qu’il donna, sous le soleil de Marseille ainsi qu’à l’occasion de ses derniers déplacements de campagne.

Dans la Cité phocéenne, notre candidat n’a pas hésité, en effet, à sortir le rouleau pour barbouiller son programme. Force est de constater qu’il sut trouver d’instinct la juste saturation et la luminosité d’un improbable mélange de rouge et de vert, ce, afin de séduire « en même temps » les électeurs de Yannick Jadot et ceux de Jean-Luc Mélenchon.

Pour ce faire, reprenant à son compte, avec la modestie qu’on lui connaît, le modèle de la formule attribuée à Malraux, notre nouveau chantre de la Nature s’est écrié, face à un parterre clairsemé : « La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera écologique ou ne sera pas. » Il précisa ensuite qu’il comptait nommer un futur premier ministre « directement chargé de la planification écologique. » Tout de suite, on respira, rassuré quant à l’avenir de la planète, d’autant plus que notre amateur des jardins se proposait de planter 140 millions d’arbres…

C’est pour Malraux, encore, que nous avons eu, lors de ce meeting, à nouveau, une pensée. Impossible de ne point songer au livre dans lequel cet illustre ministre de la culture relata ses dernières conversations avec le Général de Gaulle, livre qu’il intitula : Les chênes qu’on abat. Ce titre fait du reste allusion aux deux vers illustres écrits par Victor Hugo dans son hommage à Théophile Gautier défunt : « Oh ! quel farouche bruit font dans le crépuscule les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule. » Ce qui nous entraîne, mine de rien, vers la poésie. Mais, patience, poursuivons notre réflexion…

Sans pouvoir retenir l’esquisse d’un sourire moqueur, nous avons immédiatement songé : notre président est décidément un homme de Lettres doublé, nous l’allons voir, d’un subtil poète.

Bon évidemment, me direz-vous, il s’agit ici non pas d’abattre, mais de planter, nous nous en réjouissons. Du reste notre orateur aurait pu sans peine, nous y avons heureusement échappé, nous gratifier d’un autre des vers habilement remaniés dont il a le secret : « Un seul arbre vous manque et tout est dépeuplé. »

Nous suggérons quand même à notre paysagiste en herbe d’opter pour 140 millions de roseaux, plus à même de célébrer dignement la souplesse légendaire qu’on lui reconnaît tous. Et puis, comme chacun sait, « le roseau plie, mais ne rompt pas. » Nous aurions alors, là, un projet horticole sûr et en parfaite adéquation avec la royale image de son instigateur.

Mais notre thaumaturge ne s’en est pas tenu au simple projet de plantation évoqué : avec le sens du spectacle qu’on lui connaît, hérité peut-être, du Roi-Soleil, notre monarque a en effet proposé la mise en place d’une « fête de la nature », projet qui n’a pas manqué d’enthousiasmer Jack Lang.

Mélenchon, Jadot, Jack Lang, décidément chez Emmanuel Macron : « Je est un autre. », ce qui nous fait heureusement retomber, avec Rimbaud, sur la poésie !

Profitons-en pour rappeler, au passage, que le jeune prétendant à sa propre succession ne fut pas non plus sans massacrer quelques vers du poème « Green » de Paul Verlaine, lors de son déplacement à Mulhouse. Dénonçant, selon le quotidien La Provence, « les carabistouilles de madame Le Pen », il n’hésita pas, en effet, à ajouter sentencieusement, alors qu’il évoquait les mesures de celle-ci en faveur du pouvoir d’achat et des retraites : « Et c’est sûr que si on arrive à l’élection présidentielle en disant : « Je n’ai que du sucré et du miel et voici des feuilles et des branches. Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous » pour reprendre les beaux vers (…) c’est un poème, pas la réalité. ».

Cuistrerie, quand tu nous tiens… Il aurait été préférable, tant qu’à faire, qu’Emmanuel Macron restituât justement les vers de Verlaine qui, certainement, n’avait pas prévu de mentionner les ingrédients « sucré » et « miel » indispensables à la réalisation de la pâtisserie orientale…

Pour mémoire voici la strophe dont il est question :

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.

Après Verlaine, c’est tout naturellement que nous retournons à Rimbaud. Le poète dans sa formule paradoxale « Je est un autre », issue de la Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, met en question la frontière entre identité et altérité.

 « Je est un autre » : cette phrase étrange qui résume ce vers quoi doit tendre le poète, pour Rimbaud, convient tout particulièrement au chef de l’État, champion toutes catégories de la palinodie, de l’agrégation et de la récupération d’idées. La formule permet de s’interroger sur le rôle de l’autre dans la formation de l’identité et aussi de se demander comment on peut être autre à soi-même.

 Il s’avère, là, encore une fois pour notre plus grand plaisir, qu’Emmanuel Macron réalise aussi, à sa façon, le projet poétique d’Arthur Rimbaud. Notre Président est, en effet, le pilleur d’idées par excellence tout comme Rimbaud est « le voleur de feu ».

Notre génial Jupiter, s’appropriant les idées des autres et, de fait, devenant par-là même les autres, pourrait sans peine affirmer, comme le fit Rimbaud, toujours dans sa lettre à Demeny : « Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs et vient d’un bond sur la scène. »

Quand on poursuit plus avant la lecture de cette lettre dite « du voyant », à Paul Demeny, on est de plus en plus troublé par la ressemblance entre cette conception du poète qu’a Rimbaud et l’image que tente de nous donner de lui-même Emmanuel Macron à travers ses propos et ses agissements, voyez plutôt : « il (le poète) donnerait plus – que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Énormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès !  (…) »

C’est Emmanuel Macron tout craché, ça ! « Ça » parle en lui ! Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot pour l’écologie, l’abaissement de l’âge de la retraite et la proportionnelle à nouveau envisagée, pour absorber un peu de Marine Le Pen. Il manque juste un zeste de Zemmour pour les sujets régaliens et là, on est bon ! « Je suis les autres ! », pourrait, du reste, tout aussi bien affirmer notre Jupiter.

« Puisque je ne suis pas capable de choisir, je prends le choix d’autrui. » a dit Michel de Montaigne … Il y a certainement aussi du philosophe chez notre Prince des Lumières.

Je me remémore enfin cette pétition d’intellectuels soutenue par Roselyne Bachelot (Elle vécut à cette occasion un grand moment de son passage au ministère de la Culture.) qui demandait l’entrée conjointe d’Arthur Rimbaud et de Verlaine au Panthéon. Emmanuel Macron, respectant l’opposition de la famille du poète des « Illuminations » à ce projet, le rejeta. C’est pourquoi nous suggérons la future panthéonisation de notre grand chef d’état en lieu et place de celle de nos deux illustres poètes qu’il semble affectionner. Mais cela serait-il vraiment un hommage rendu à leur mémoire ?

[Nos années Causeur] La boussole

Pour ce centième numéro, le journaliste américain Christopher Caldwell rend hommage à Causeur


Outre-Atlantique, on cherche toujours dans la vie intellectuelle française ce qui manque dans la vie intellectuelle américaine. Et ce qui manque change d’année en année. Depuis maintenant quinze ans, Causeur nous donne un accès privilégié à la réflexion française sur les grands bouleversements qui ont marqué notre temps. Voici un florilège chronologique des apports du magazine :

— Au commencement, à la suite du krach financier de 2008, les essais dissidents de Jean-Luc Gréau sur l’économie mondiale.

— Ensuite, les nombreux articles sur la théorie du genre et le Mariage et la Manif pour tous, qui analysaient le nouveau mécontentement face à l’ordre amoureux, bien avant l’arrivée de #BalanceTonPorc.

— Plus tard, les reportages de Daoud Boughezala et les interviews de Christophe Guilluy qui, avant la révolte des Gilets jaunes, permettaient d’entrevoir le drame de la désertification de la France.

A lire aussi : Christophe Guilluy: “Les gilets jaunes demandent du respect, le pouvoir répond par l’insulte!”

Au-delà de ces diagnostics sur l’état changeant du monde, la revue a toujours présenté des éléments constants, invariables :

— le regard bienveillant d’Alain Finkielkraut sur les mondes littéraire et politique.

— les interviews d’Élisabeth Lévy, fondées sur le principe estimable (mais que Causeur est la seule publication à mettre en pratique) qu’aucune personnalité, aussi controversée soit-elle, ne mérite pas qu’on l’interroge.

— les traits d’esprit de Basile de Koch qui retentissent dans la mémoire du lecteur des années après – « Mbala Mbala, même combat » ou « [Marie–France] Garaud Gorille » !

A lire aussi : Wokisme: la belle Marianne se laissera-t-elle complètement pervertir par l’Oncle Sam?

En retour, les États-Unis exportent en France leurs idéologies progressistes (hélas !) dont la pire est celle des « wokistes » qui menaçants, nous somment de choisir notre camp. Je suis infiniment reconnaissant à Causeur d’avoir répondu en choisissant le meilleur camp, celui de la liberté.

Une envie de conflit

La guerre en Ukraine et son importante couverture médiatique exercent des effets psychologiques étonnants sur la population française…


Le 3 mars, Slate rassemble des témoignages de citoyens lambda qui parlent de leur état d’angoisse permanente, voire de leur peur d’une guerre nucléaire. Beaucoup se déclarent incapables de se détacher des chaînes d’information en continu, de sorte que Psycom, un organisme public d’information, recommande – sans surprise – de « limiter [son] exposition aux informations ».

Au lieu de rester transis d’inquiétude face à la crise, deux groupes passent à l’action. D’un côté, il y a les va-t-en-guerre, ceux qui veulent rejoindre la légion internationale et se battre contre les Russes aux côtés des Ukrainiens. Certains sont d’anciens militaires, comme ce Finistérien de 57 ans interviewé par France 3 Bretagne. Déterminé à « défendre ses valeurs » et à « arrêter Poutine », et ayant reçu l’aval de sa fille de 14 ans, il est parti le 11 mars en compagnie de deux hommes et d’une femme plus jeunes que lui, mais prêts pour le combat.

Capture France 2

Pour ceux qui n’ont pas d’expérience militaire, un stage de 48 heures a été organisé près de Bordeaux par un ancien des forces spéciales. Les apprentis Rambo, qui veulent soit partir là-bas soit se préparer pour une éventuelle extension du conflit à la France, ont reçu une formation de base à la guerre urbaine et périurbaine.

L’autre groupe est celui des dévots de l’Apocalypse qui cherchent à prévenir un Armageddon nucléaire. Depuis le début de la guerre, la vente d’abris nucléaires a explosé en France. Le PDG de la société Amesis Bat a confié à France TV Info avoir reçu 20 % de commandes supplémentaires. Un autre constructeur spécialisé dans ce domaine, Bünkl, a vu la fréquentation de son site augmenter de 4 000 % pendant la même période. Un bunker standard de 14 mètres carrés pour six personnes coûterait 96 000 euros ; le modèle de luxe, de 26 mètres carrés pour accueillir 12 personnes, 116 000 euros. Les plus luxueux peuvent comporter sauna, piscine ou piano à queue. Certains Français ont déjà la nostalgie du confinement.

Macron, champion de boxe

Un billet de Marie-Hélène Verdier


On se souvient de phrases célèbres lors de débats présidentiels : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » Ou « Alors, permettez-moi de vous appeler, Monsieur Mitterand ! » Qui ne se souvient des yeux papillotants, alors, du candidat de gauche ? Ce temps n’est plus. Quel débat frustrant que cette tauromachie présidentielle sans queue ni oreilles ! Non que Marine Le Pen eût démérité, loin de là, mais, dans un combat politique, il faut toréer ferme, donner des coups et porter l’estocade. Or, elle est restée sur son quant à soi : « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! » Sans porter le coup fatal, sans décocher la phrase assassine qui déstabilise l’adversaire et passe à la postérité.

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Débat: la presse est déçue, ce n’étaient pas les jeux du cirque espérés!

Mathieu Bock-Coté a dit parfaitement, hier, à Cnews, comme le quatrième pouvoir, représenté par les médias, impose quasiment les votes par des sondages et régente le débat : mise en scène, questions, timing. Le temps de parole, mesuré par les prompteurs, est l’obsession des journalistes. Avant-hier, outre que le générique, au début, a couvert la voix de Marine Le Pen, il n’y eut rien de la solennité d’un débat présidentiel, mais de l’ennui. Et il a fallu attendre 11 heures et demie pour que l’on traite des problèmes majeurs qui travaillent la France, au seul profit du « pouvoir d’achat ». Gilles Bouleau et Léa Salamé regardaient le prompteur. Le président, les bras croisés, enfoncé dans son fauteuil ou menton dans la main, pressé d’en finir, regardait avec condescendance ou désinvolture Marine Le Pen. Ce faisant, il décrédibilisait son adversaire. Elle, droite comme un menhir, gardant sa tenue, faisait attention, néanmoins, à ne pas se radicaliser en direct.

Mais si Marine Le Pen n’a pas démérité, elle n’a néanmoins pas su pousser son avantage sur certaines questions et prendre la main. On se souvient de l’anaphore « Moi, président » qui avait asphyxié l’adversaire. Parlons de votre bilan, Monsieur Macron ! Un nouveau quinquennat ? Pourquoi faire ? Vous dites que c’est la guerre civile si on interdit le voile ? Mais elle est déjà là dans beaucoup de quartiers, la guerre civile ! Et vous le savez fort bien, Monsieur Macron ! Las, c’est à neuf heures et demie qu’on a levé le voile sur la statue du Commandeur.

A lire aussi, Aurélien Marq: Voile: l’effrayant aveu d’Emmanuel Macron

Surtout: s’il avait été décidé qu’on ne parlerait que très tard des questions fondamentales, on avait décidé aussi qu’on n’évoquerait, en aucun cas, les questions de vie et de mort dites « questions sociétales ». C’est donc dans le message final aux Français (pour racoler les lobbys) que le président sortant déclara que la grande cause de son quinquennat serait… l’enfant ! Comprenons bien: après la PMA, il faut craindre la GPA pour tous, et l’euthanasie à la carte. Alors que sur ces questions, les deux candidats s’opposent nettement, personne n’a jamais parlé, de ces « valeurs » qui fondent notre vie commune et garantissent notre unité. La grande perdante de ce duel, c’est la France.

Le lendemain du tournoi, le candidat président est allé boxer, sous l’œil des caméras, avec des habitants de Saint-Denis. Il en a profité pour inciter à lutter contre « l’extrême droite ». Ce qu’il s’était gardé de dire au débat. Quant à lui, il a raison de se préparer aux matchs qui l’attendent, au cas où il serait élu. Car les vents sont mauvais qui soufflent de partout.

KO boomers!

Les étudiants de la Sorbonne et les lycéens parisiens bloquent et saccagent pour protester contre le choix du second tour. Eux, ils voulaient Mélenchon. La solution envisagée ? Interdire de vote les plus de 65 ans, qui plébiscitent les partis établis, et bloquent tout renouvellement, disent-ils. Mais pourquoi en rester là ? se demande notre chroniqueur.


Déprédations, exactions, vols, saccages — particulièrement dans la chapelle de la Sorbonne, étant entendu que le culte de saint Mélenchon doit supplanter celui du Christ. Le rectorat, pour l’instant, évalue les dégâts« un montant énorme », « plus de 500 000 euros », me dit-on là-bas. Les devis sont en cours pendant que les étudiants n’y sont pas.

Militants gauchistes à la Sorbonne, 14 avril, 2022 © HOUPLINE RENARD/SIPA

Les p’tits jeunes ont courageusement levé le siège dès qu’il fut question de faire intervenir la police — appelée immédiatement par les instances universitaires, mais dont l’intervention a été longuement mise en suspens par l’Élysée. Les étudiants ont alors passé le relais aux organisations lycéennes, qui, intellectuellement confortées par deux ans de cours en pointillés, bloquent une poignée de lycées à Paris — les plus bourgeois, les nantis s’insurgent à moindres frais. « Ni Macron ni Le Pen », les tenants de l’intersectionnalité des luttes refusent le jeu électoral. Désormais, ça se passera dans la rue.

À moins que, comme le suggère le lider maximo, les législatives ne lui donnent une majorité de gouvernement.

Le plus drôle, c’est qu’au même moment, des débats sont lancés pour fixer une âge limite pour le vote des personnes âgées. Après tout, les seniors votent majoritairement Macron, et globalement pour les partis institutionnels. Normal : les vieux partis séduisent les vieux — appelons un chat un chat. En laissant voter les jeunes prioritairement, et les personnes en activité, on élirait Mélenchon dès le premier tour…

L’époque est décidément à la révision constitutionnelle. Au vote censitaire des années 1830 substituons donc un vote déterminé par l’âge.

L’embêtant, c’est que les vieux s’abstiennent fort peu (12%), et que les jeunes pratiquent assidument le refus des urnes (près de 45% sur la tranche 18-24 ans). Peut-être faudrait-il donner aux gamins un double droit de vote, pour compenser leurs pannes d’oreiller les jours de vote ?

Le droit de vote à 18 ans a lourdement contribué à la défaite de Giscard en 1981. Sur ces bases, un droit de vote à 16 ans devrait permettre à Alice Coffin de se retrouver Ministre des apocalypses futures, et à Sandrine Rousseau de diriger celui des Universités.

L’idée d’une interdiction de voter pour les plus de 65 ans s’appuie sur une idée simple : les retraités ne participent plus à la richesse nationale, ils doivent donc être exclus des processus de décision. Mais à ce compte, la tranche 18-24 ans n’y participe guère. Il ne serait peut-être pas mauvais de renouer avec la pratique romaine, qui reculait l’adolescence jusque vers 30 ans.

Evidemment, cela va contre l’égalité des citoyens. Mais avec le pouvoir, on peut faire passer ce que l’on veut. Eviter en tout cas le référendum, le nombre de vieux augmentant sans cesse, au fur et à mesure que la génération du babyboom entre dans le troisième âge.

Mais tout cela, ce sont des arguments piteux. Le plus simple serait de faire comme dans « Soleil vert » : éliminer les gens dès qu’ils ont atteint 65 ans. Faire de l’euthanasie une clef du processus électoral. Ok boomer ! disent ceux qui constituent la « génération connards ». C’est « KO boomer ! » qu’ils s’exclameront bientôt, chaque fois qu’un néo-retraité sera légalement poussé vers la fosse — en musique si vous voulez, comme dans le film de Fleischer : ne parle-t-on pas de « fosse d’orchestre » ?

J’essaie d’en rire, de peur d’avoir à en pleurer, comme Figaro. Savez-vous à quoi l’on distingue un homme intelligent d’un sombre connard ? Il arrive à une belle intelligence d’avoir des éclipses — elle ne s’en relève que plus brillamment. Mais le connard a à cœur de battre sans cesse son propre record, c’est même à ça qu’on le reconnaît. En l’espèce, les « jeunes mélenchoniens » (ont-ils bien réalisé que leur héros septuagénaire devrait être privé lui-même de vote, ou faut-il faire des exceptions ?) ont monté haut la barre.

Aucun « racisme » anti-jeunes dans mon propos. J’en connais qui pensent par eux-mêmes. J’admets qu’ils sont peu nombreux, et qu’ils vocifèrent moins que les crétins. Mais ils existent. L’Education nationale a eu à cœur, depuis quarante ans, d’en réduire le nombre, avec un vrai succès. À nous, les vieux, de ranimer la flamme — et d’envoyer en Camargue les jeunes mélenchoniens, jadotistes et assimilés, pour y récolter le riz et réfléchir à leur destinée. C’est d’une anti-révolution culturelle que nous avons besoin, avec un dirigeant fort qui s’appuiera non sur de jeunes Gardes rouges incultes et fanatisés, mais sur de vieux briscards qui n’ont plus l’âge de penser à eux et peuvent se dévouer pour les autres.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

Price: ---

0 used & new available from

Débat: la presse est déçue, ce n’étaient pas les jeux du cirque espérés!

N’écoutez pas tous les commentateurs. Non, le débat n’était pas d’un terrible ennui. Et oui, Marine Le Pen est parvenue à jouer les seules cartes à sa disposition dans cette partie. Analyse.


Les enfants gâtés de la société du spectacle sont déçus : ils attendaient de ce débat d’entre-deux-tours du sang, de la chique et du mollard, ils espéraient comme à l’accoutumée qu’on les distraie de leur ennui existentiel, ils rêvaient d’un octogone tonitruant, d’un match de boxe façon Rocky IV… La plupart des journalistes et chroniqueurs, pareillement, en voulaient pour leur argent, attendaient des punchlines dont ils font leur beurre au fond de la caverne de Platon dans laquelle ils se meuvent avec confort, lesquelles punchlines dissimulent soit le réel soit le vide. Tout ce petit monde, habitué depuis quelques jours à la blitzkrieg menée tambour battant contre Marine Le Pen par la quasi-totalité du système en place – de la CGT jusqu’au Medef en passant par les écologistes et la Grande mosquée de Paris – ayant scandaleusement acté depuis deux semaines qu’il ne saurait y avoir de confrontation démocratique « normale» mais seulement des cris d’orfraie et des outrances hystériques, s’en repartit donc boudant dans sa chambre au milieu de l’émission parce que, tout de même, passer plus de deux heures à écouter des candidats à la magistrature suprême, quel ennui… !

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Pluralisme à géométrie variable

« Libé » pas au niveau

Vite du Hanouna, vite du Quotidien, vite de la foire d’empoigne. Certains, du reste, comme Libération, ne s’embarrassèrent même pas de faire semblant de travailler sérieusement lors d’une étape démocratique fondamentale et sortirent leur Une fustigeant la prestation de Marine Le Pen dans ce débat (« Toujours pas au niveau ») alors même que celui-ci n’était même pas fini. Si la presse macroniste se mettait à travailler réellement et à se confronter au réel, on ne s’en sortirait pas !

Et pourtant, et pourtant, dans ce très long débat d’entre-deux–tours, technique et sérieux, dont la préparation fut théâtralisée à outrance aussi sûrement que des jeux du cirque ou quelque corrida dont on espérait la mise à mort de quelque bête immonde fantasmagorique, de très nombreux sujets furent enfin abordés qui avaient été savamment escamotés par la plupart des médias pendant la quinzaine antifasciste de circonstance, mais également, cette longue confrontation républicaine permit de voir, en raison précisément de sa durée, à quel type de personnages l’on avait réellement affaire.

Les limites de la diabolisation

Au dictionnaire des idées reçues dans le strict cadre médiatico-mondain parisien, il ne fallait pas oublier de louer l’étalage supposé des compétences macroniennes que l’on ne manquait pas d’opposer à la rigueur un peu trop méticuleuse de son adversaire féminine. Pourtant, et curieusement, quiconque se sera promené en ville, dans les commerces, dans les transports en commun, partout, aura entendu un tout autre son de cloche dont on finit par se demander pour quelle raison mystérieuse il n’est pas parvenu aux oreilles de ceux qui font l’opinion et l’information : absolument toutes les conversations bruissaient, au lendemain du débat, de l’insupportable arrogance du candidat à sa réélection et du calme de la candidate. La diabolisation a fait chou blanc, tout comme le procès en incompétence. On attendait, on espérait, qu’elle trébuche, qu’elle tombe, qu’elle se plante, il n’en a rien été. A l’inverse, certains auraient espéré qu’elle se montre plus agressive sur le bilan calamiteux du sortant, l’on espérait du McKinsey, du Rothschild, de l’Alstom : au contraire a-t-elle gardé le sens de la mesure et de la pondération, avec seulement quelques petites allusions en filigrane, juste de quoi introduire la connotation mais suffisamment ténues pour empêcher l’hystérie de s’installer au cœur du débat et déjouant ainsi de toute évidence le plan de contre-attaque envisagé par la communication macronienne qui aurait alors surjoué l’indignation et les colères de sainte nitouche. Emmanuel Macron a bien essayé de monter dans les tours en agressant son interlocutrice mais celle-ci, en mère de famille avertie, n’a pas renvoyé les balles ou juste ce qu’il fallait, de sorte que celles-ci allaient la plupart du temps se perdre dans le décor à la manière des éoliennes du Touquet bel et bien disparues conformément à ce qu’a affirmé la candidate. Ce faisant, Marine Le Pen put non seulement enfin parler (un peu) de son programme mais aussi en petite partie du bilan macronien (ce qui était rigoureusement impossible pour cause de propagande médiatique ininterrompue au cours des jours précédents), mais surtout elle a, par son attitude, contraint Emmanuel Macron à se révéler sous son vrai jour, en dehors du théâtre et de l’apparat. Ce-dernier, se tenant mal et de manière irrespectueuse, avachi sur son bureau en désordre, dans une posture que le premier gauchiste venu pourrait sans trop se forcer qualifier de pénible manspreading, anormalement agité et la pupille convenablement dilatée, passa son temps à interrompre la candidate, lui coupant la parole de manière intempestive, parasitant autant que possible le débat au point d’ailleurs que les deux journalistes qui conduisaient les opérations durent à plusieurs reprises lui demander de bien vouloir se taire (ce qui n’était pas arrivé souvent au cours des dernières années) afin que Marine Le Pen puisse démocratiquement jouir de son temps de parole. Il est vrai que lorsqu’on est habitué à saturer l’espace de débat public sans contradiction, le fait d’être confronté à un discours opposant libre de s’exprimer sans pouvoir ni l’incriminer, ni le menacer (et sans tirs de LBD dans les yeux !) peut être déstabilisant.

A lire ensuite, Aurélien Marq: Voile: l’effrayant aveu d’Emmanuel Macron

Faudra pas venir pleurer !

Il convenait d’aborder ce débat de manière tacticienne et non pas en fonçant tout de go tel le taureau sur un chiffon rouge dont on aurait alors scellé la mise à mort bien commodément. Il est des parties qui se gagnent parfois en défense, même si ce ne sont pas les plus beaux matchs, et en particulier lorsqu’on est donné perdant avec une toute petite cote. Or, au sortir de ce spectacle de gosse insupportablement mal élevé et de dame bien patiente qui attend que le gamin ait fini sa crise, ce qui était manifestement visé était d’une part de souligner dans quel camp se trouvait l’agressivité, et d’autre part de rappeler aux personnes qui ont passé cinq ans à haïr Emmanuel Macron pour quel personnage ils s’apprêtaient, en conscience, à aller revoter. Il s’agissait en quelque sorte de leur rafraîchir la mémoire et il faut bien avouer, quoi que l’on pense des programmes de l’un et de l’autre, que cette tactique « molle » contraignant l’adversaire à se dévoiler sous son vrai jour était assez finement jouée : sans doute était-ce même en réalité le seul coup jouable dans cette partie. Beaucoup de castors du barrage dit républicain n’étaient, au lendemain du débat, à en juger par les nombreuses conversations entendues et lues, plus très sûrs de vouloir glisser un bulletin de vote portant le nom du pénible individu dans l’urne, fût-ce au prix de la chimère ridicule d’une revanche législative qui ressemblait de plus en plus à un vaudeville de cocu-content. Qu’importait que le camp macronien eût comme de bien entendu trouvé son champion formidable, qu’importait également que le camp de Marine Le Pen eût apprécié l’assurance calme de sa championne, ce qui comptait dans le fond c’était bien de rappeler aux indécis et aux barragistes potentiels qui eurent à subir le mépris, la morgue, la violence et l’arrogance du macronisme pendant cinq ans, qu’ils seraient alors directement responsables en cas de récidive de leur sort à venir et qu’il ne faudrait pas alors venir pleurer. Gageons que sur ce point au moins, à l’issue de ce débat, chacun savait très précisément à quoi s’en tenir quant aux deux candidats, ce qui en faisait donc, contrairement à l’idée médiatiquement reçue, un révélateur parfaitement réussi, de quelque côté que le cœur de chacun balance.

Une candidature «illibérale» peut en cacher une autre…

Et si Emmanuel Macron était le vrai visage de l’extrémisme ?


La « diabolisation », vieille compagne de route du Rassemblement national un temps détournée contre Éric Zemmour, s’est à nouveau mise en marche contre Marine Le Pen afin d’assurer la réélection d’Emmanuel Macron. Ce dernier connaît la force de ce processus capable de conditionner le vote de nombreux citoyens effrayés. Il en a donc profité récemment pour apporter sa petite pierre à l’édifice afin de détruire l’image « politiquement convenable » que Marine Le Pen avait réussi à se constituer pendant cinq ans. Interrogé par Caroline Roux, il a ainsi décrit son adversaire pour le second tour : « Le vrai visage de l’extrême droite revient : c’est un visage qui ne respecte pas les libertés, le cadre constitutionnel, l’indépendance de la presse, et les libertés fondamentales, des droits durement et chèrement acquis qui sont au cœur de nos valeurs [1] ». Cette sortie d’Emmanuel Macron a une saveur particulière au regard du bilan de son quinquennat.

Qui menace nos libertés?

En effet, en termes de libertés, jamais celles-ci n’avaient été autant mises à mal que depuis son arrivée aux affaires : liberté d’aller et venir, liberté de manifestation, liberté de réunion, liberté d’éduquer nos enfants comme nous le souhaitons, liberté de travailler, liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de culte, liberté de prescrire, ou encore liberté d’association… Les libertés fondamentales ont été inlassablement piétinées par un président qui prenait conseil auprès de cabinets privés pour gérer les crises difficiles. Certains affirment que l’opposition n’aurait pas fait mieux si elle avait été aux affaires ? Ce qui est probable, c’est qu’elle n’aurait pas pris ses ordres chez McKinsey, qu’elle ne se serait pas servie de sa position à la tête de l’État pour bafouer les libertés fondamentales pendant que s’accumulent les scandales et la corruption. Elle se serait contentée, comme beaucoup l’ont proposé au début de la pandémie par exemple, de miser sur les corps intermédiaires et le tissu associatif, de faire confiance aux Français pour gérer cette pandémie. Peut-être aurait-elle profité de cette situation de crise, à l’inverse d’Emmanuel Macron, pour recréer le ciment national français fragilisé par des années de perte de nos repères culturels et moraux.

A lire aussi, Jonathan Sturel: Le Conseil constitutionnel face à un choix historique

Ensuite, Emmanuel Macron a le mauvais goût d’accuser l’opposition de ne pas respecter le Conseil constitutionnel. Rappelons d’abord que ce Conseil a donné son aval, pendant cinq ans, à toutes les mesures liberticides prises par notre président, du « délit de violation du confinement » jusqu’au « passe sanitaire » devenu, toujours avec la bénédiction des Sages, un « passe vaccinal ». Le Conseil s’est également fait le défenseur de l’immigration massive par la création du « principe de fraternité » qui extrapole le préambule de la Constitution, principe qui permet aux associations aidant les clandestins de continuer d’opérer sans être inquiétées, ou encore par la censure de l’article 26 de la « loi séparatisme » qui aurait dû permettre de refuser le titre de séjour aux migrants qui rejettent les principes de la République [2]. Il apparaît, finalement, qu’une véritable collusion d’intérêts a rapproché Emmanuel Macron du Conseil Constitutionnel quitte à ce que ce dernier outrepasse ses fonctions en avalisant des décisions qui auraient dû être déclarées inconstitutionnelles. Comment peut-on reprocher à Marine Le Pen de vouloir passer, tout comme Éric Zemmour, par l’onction populaire pour modifier la Constitution, alors qu’Emmanuel Macron, lui, n’a même pas pris la peine de la modifier pour faire passer des mesures inacceptables dans notre droit ? La Constitution appartient au peuple de France. Elle doit être à son service et non l’inverse. Les Français ont le droit de la modifier comme bon leur semble.

Au suivant!

Parlons enfin de l’indépendance de la presse dont Emmanuel Macron se fait tout à coup l’ardent défenseur ! Pendant cinq années, il a accumulé les « rencontres » et les « consultations citoyennes » avec des citoyens triés sur le volet sous la caméra complaisante de journalistes acquis au pouvoir, excluant immédiatement ceux qui risquaient de rendre un son de cloche contraire à la doxa dominante comme ce fut le cas pour Russia Today ou Sputnik bien avant que la guerre russo-ukrainienne n’ait été déclarée. Pendant cinq années, les médias aux ordres se sont fait les relais de sa politique brutale, crachant sur la « lèpre populiste [3] », occultant les violences contre les gilets jaunes éborgnés, se focalisant sur les excès en marge des manifestations, pointant du doigt les Français opposés aux vaccins contre le Covid et les assimilant à des « complotistes », à des irresponsables, voire à des criminels. Non-respect des libertés, du cadre constitutionnel et de l’indépendance de la presse… Il n’y a aucun doute, Emmanuel Macron aura été le véritable visage de l’extrémisme pendant les cinq ans passés au pouvoir. Il est désormais temps de se passer de ses services pour les cinq années qui viennent.


[1] « Les 4 vérités – Emmanuel Macron », France.tv, le 13/04/2022.

[2] « Décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021 », Conseil constitutionnel, 13/08/2021.

[3] « Migrants : Macron défend ses choix et fustige la «lèpre» populiste en Europe », Le Figaro, le 21/06/2018.

Voile: l’effrayant aveu d’Emmanuel Macron

Le mercredi 20 avril 2022 à 23h23, le président de la République a publiquement déclaré qu’il y a en France une communauté susceptible de s’opposer à l’autorité de l’État par la violence au point de déclencher une guerre civile. Tout le reste est insignifiant.


On peut, comme Marine Le Pen, s’étonner que le candidat Macron parte du principe qu’une certaine catégorie d’habitants de la France n’accepte de se plier à la loi que si la loi se plie à leur volonté. Et c’est en effet, en soi, riche d’enseignements politiques. Mais en réalité, il y a beaucoup plus que ça.

De quoi parle-t-on exactement ? Lors du débat de l’entre-deux-tours, interrogé sur l’interdiction du voile islamique, Emmanuel Macron commence par un contre-sens total visant à faire de ce qu’il insiste pour appeler « foulard » une question de laïcité, alors qu’il s’agit du symbole ostentatoire d’une idéologie sexiste, déshumanisante et violente, et que le fait que cette idéologie soit religieuse est sans aucune importance. Il se permet même une comparaison particulièrement injurieuse avec la kippa et tous les autres signes religieux, ce qui est aussi ridicule que s’il affirmait que l’on ne peut pas interdire le port de la croix gammée sans interdire le port de toutes les croix ! Et il poursuit en disant à Marine Le Pen que si elle interdisait le voile « dans la cité », comme il est interdit à l’école et dans les services publics, « vous allez créer la guerre civile si vous faites ça, je vous le dis en toute sincérité. »

Face à face

A moins d’être un dangereux irresponsable à relever en urgence de ses fonctions, aucun chef d’Etat au monde ne parle à la légère de guerre civile.

A lire aussi: Voile: petit cours de marxisme appliqué à l’usage d’un khâgneux sous-doué

On se souvient de la crise des banlieues en 2005. On pense aux violences urbaines et aux agressions contre les forces de l’ordre, pratiquement quotidiennes dans notre pays. On peut aisément se renseigner (même si la plupart des médias prennent soin d’en dire le moins possible) sur ce qui se passe en ce moment en Suède, y compris l’ingérence de l’Irak, de l’Arabie Saoudite, de la Turquie.

On sait que depuis cinq ans, Emmanuel Macron dispose du fait de ses fonctions de toutes les informations des services de renseignements civils et militaires, des remontées de terrain des forces de l’ordre, des préfets, de toutes les administrations, des élus de sa majorité, des rapports qu’il commande, des enquêtes parlementaires. L’un de ses ministres de l’Intérieur a déclaré il y a déjà quatre ans : « aujourd’hui on vit côte à côte, et je crains que demain on vive face à face. » Lui-même a été proche collaborateur puis ministre d’un autre chef de l’État, qui avouait en 2016 : « qu’il y ait un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute », évoquait « l’accumulation de bombes potentielles liées à une immigration qui continue. Parce que ça continue » et allait jusqu’à affirmer à propos de ce que l’on n’appelait pas encore « séparatisme » : « c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. »

Hier soir, Emmanuel Macron a donc complété ce constat en reconnaissant sans ambiguïté qu’il existe sur notre sol une « communauté musulmane » prête à faire la guerre à la France pour son voile, ce qui signifie qu’un nombre suffisant de musulmans en France se perçoivent eux-mêmes comme une communauté distincte, qu’ils ont la détermination, la présence sur le territoire, les effectifs et les armes nécessaires pour que leur action ne soit pas simplement de la contestation violente ou des émeutes, mais bel et bien une guerre civile – ou du moins est-ce ainsi que le président de la République, avec toutes les informations dont il dispose, évalue la situation.

Les islamistes voudront toujours plus

Et quelles conséquences pratiques Emmanuel Macron tire-t-il de ce constat ? Va-t-il faire ce que le bon sens exigerait, c’est-à-dire mobiliser tous les moyens de l’État, y compris militaires, pour procéder au désarmement méthodique de tous ceux qui refusent radicalement les bases les plus élémentaires de ce qui fonde la civilité dans notre civilisation ? Va-t-il mettre fin à l’arrivée massive sur notre sol de populations qui sont, de facto, des renforts pour cet « Etat dans l’Etat » prêt à nous faire basculer collectivement dans l’horreur ? Que nenni !

A lire ensuite, Boualem Sansal: Une brève histoire du voile

Emmanuel Macron veut céder aux exigences de l’islam : le voile aujourd’hui, et qui sait ce que ce sera demain, et après-demain ? Logique munichoise dont on sait qu’elle ne sert qu’à encourager les brutes et les tyrans à vouloir toujours plus. Mais Emmanuel Macron est fort avec les faibles et faible avec les forts. Il envoie un hélicoptère de gendarmerie verbaliser trois promeneurs inoffensifs sur une plage pendant le confinement, mais ne se donne pas les moyens d’imposer ce confinement dans les « quartiers sensibles ». Les Corses l’ont constaté récemment : quelques nuits d’émeutes leur ont rapporté d’avantage que des années de négociations pacifiques.

Emmanuel Macron vante à Strasbourg la « beauté » qu’il y a à être « féministe et voilée », et reçoit le soutien très officiel d’un « iftar républicain » de la Grande Mosquée de Paris.

La présidence Macron a consisté en cinq années d’immigration à un rythme plus important encore que sous les quinquennats Sarkozy et Hollande, marquant la poursuite de la transformation démographique de la France. Emmanuel Macron, président d’une immigration hors de contrôle, ne montre pas la moindre volonté d’infléchir sa politique en la matière. A trois jours du second tour, les choses sont simples : le président la République en personne a déclaré que seule l’épaisseur d’un voile nous sépare encore de la guerre civile. Allons-nous reconduire au pouvoir le « front républicain » de ceux qui, en quarante ans, ont amené la France à cette situation catastrophique, et qui ont la ferme intention de continuer dans la même voie sans jamais se remettre en cause ? Dans le secret de l’isoloir, ce sera à chaque citoyen, en son âme et conscience, d’en décider.

Le malaise des croyants face au projet bioéthique d’Emmanuel Macron

1
Manifestation de la Manif pour tous contre GPA, la PMA sans père et le projet de loi bioethique, 7 mars 2021, Paris © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Profondément meurtris par l’incendie de Notre-Dame de Paris, véritable tragédie nationale survenue lors du quinquennat d’Emmanuel Macron, les catholiques demeurent divisés sur la réélection du président sortant.


Le positionnement du président-candidat et de de son entourage sur les questions de l’euthanasie, du suicide assisté, de la procréation médicalement assistée (PMA), de la gestation pour autrui (GPA), de l’extension du délai légal de l’avortement de 12 à 14 semaines, ou de la prescription de bloqueurs de puberté et de traitements hormonaux chez les adolescents transgenres, ont créé un malaise manifeste, non seulement au sein de l’Eglise catholique, mais également chez les autres communautés religieuses. Par contraste, Marine Le Pen a toujours défendu des positions conservatrices en opposition à l’agenda « progressiste » d’Emmanuel Macron.

Totalement absentes du débat télévisé Macron/Le Pen, à trois jours du deuxième tour du scrutin présidentiel, les questions de bioéthique sont pourtant révélatrices du gouffre qui sépare les projets de société des deux candidats. La Grande Mosquée de Paris par la voix du recteur Chems-Eddine Hafiz [1], de même que les principales institutions juives de France [2], ont apporté leur soutien à la réélection d’Emmanuel Macron, notamment en raison des restrictions sur l’abattage rituel préconisées par Marine Le Pen. Chez les catholiques, plusieurs organisations chrétiennes ont exprimé leur soutien au président-candidat par le biais d’une tribune dans le journal Ouest-France. Cependant, cet affichage, qui procède certainement d’un calcul tactique, occulte les doutes profonds qui agitent les croyants face au bilan et au projet présidentiels en matière de bioéthique. C’est certainement pour cette raison que la Conférence des évêques de France (CEF) n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour, tout en incitant les électeurs à voter « en conscience » et « à la lumière de l’Évangile et de la doctrine sociale de l’Église » [3].

Euthanasie: non pour Le Pen, oui pour Macron

Marine Le Pen est vivement opposée à l’euthanasie (à savoir, « l’acte médicalconsistant à provoquer intentionnellement la mort d’un patient afin de soulager ses souffrances soit en agissant à cette fin, soit en s’abstenant d’agir ») et au suicide assisté, qui consiste pour le corps médical, « à donner au patient les moyens de mettre lui-même fin à sa vie » [4].

Emmanuel Macron laisse au contraire entendre qu’il instaurera l’euthanasie et s’inspirera, pour ce faire, du modèle belge [5]. Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et soutien du président, a déclaré, le 11 avril, que « le droit de mourir dans la dignité », expression utilisée par les partisans de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, serait la grande réforme sociétale d’un second quinquennat d’Emmanuel Macron [6].

A lire aussi, Jean-Frédéric Poisson: Au menu du Français anxieux, «tout vaccin» et «bien mourir»

Pour rappel, l’euthanasie est illégale en France, mais elle a été légalisée aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. En Belgique, depuis 2002, le suicide assisté est encadré par la loi. En 2014, le parlement belge a adopté une loi autorisant l’euthanasie des mineurs en phase terminale et qui en font la demande, avec l’accord des deux parents !La loi belge n’exige pas que la personne soit en phase terminale d’une maladie grave et incurable, seul étant pris en compte le critère subjectif de la souffrance. La Belgique était même le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie des mineurs, sans limite d’âge. Les premières euthanasies de mineurs ont été réalisées en 2017, sur des enfants de 9, 11 et 17 ans. Un tel positionnement est véritablement effroyable pour les croyants. Le Pape François a réitéré la condamnation de toutes les formes d’euthanasie et de suicide assisté [7]. L’islam n’autorise ni d’accélérer la mort ni de la retarder. Son heure n’appartient qu’à Dieu [8]. Quant au judaïsme, l’euthanasie est tout à fait proscrite, de même que le suicide, qu’il soit assisté ou délégué. Le suicide est considéré comme un acte meurtrier, même si la personne le demande [9].

GPA : un non catégorique pour le Pen, un refus en demi-teinte pour Macron

Après l’adoption de la « PMA pour toutes », à savoir la procréation médicalement assistée (la possibilité d’accoucher d’un enfant, à l’aide de l’insémination artificielle et de la fécondation in vitro) remboursée par la sécurité sociale et élargie aux femmes célibataires, lesbiennes en couple ou seules, l’épineuse question de la gestation pour autrui et des mères porteuses persiste. Cette dernière consiste, selon Marine Le Pen, à « faire porter par une femme un enfant, puis à se faire attribuer cet enfant ». Elle juge cette pratique, déjà en vigueur dans trois pays de l’Union européenne (Roumanie, Grèce et Portugal), comme « une dérive mortelle pour notre société. Les êtres humains ne sont pas des objets de consommation » [10]. La réponse est donc un « non » catégorique de sa part.

Le député et rapporteur de la loi bioéthique Jean Louis Touraine, le mercredi 25 septembre 2019, à l’Assemblée © Louise MERESSE/SIPA

Emmanuel Macron a certes déclaré qu’« il n’est pas question d’autoriser la gestation pour autrui en France, car elle met en question la dignité du corps de la femme et sa marchandisation » [11]. Cependant, l’actuel porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, alors qu’il était Secrétaire d’Etat auprès du l’Education nationale et de la Jeunesse, avait déclaré dans un entretien en 2019 à Libération (lors duquel il évoquait librement son homosexualité), qu’il ne serait pas contre une GPA «éthique», pour avoir un enfant, si c’était légal en France [12]. Par ailleurs, Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône, député et co-rapporteur du projet de loi bioéthique – selon lequel « il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père » – estimait, pour sa part, en 2019, qu’il n’y avait « pas eu assez de maturation de l’opinion » sur la GPA. « Ça va cliver la société, il faut attendre que les Français s’approprient l’idée. Depuis la première loi bioéthique de 1994, chaque révision a levé des interdits. Mais si on avance trop vite, ça peut être dangereux. Dans sept ans peut-être, on pourra mettre la GPA éthique sur la table » [13]. Eric Zemmour, quant à lui, ne se fait aucune illusion sur le cours des choses dans ce domaine : « Le combat d’après, c’est la GPA, vous verrez ça se fera en cas de maintien de la majorité actuelle malgré toutes les dénégations des politiques qui disent “jamais” » [14].

Du côté des croyants, selon La Croix, l’Eglise catholique s’oppose catégoriquement à toute technique artificielle d’assistance médicale à la procréation, par le document Donum Vitae (1987) rédigé par Joseph Ratzinger, le futur Pape Benoit XVI. Dans l’islam, aucune « tierce personne » ne peut interférer dans la vie sexuelle du couple ou faire le don d’un ovule, de spermatozoïdes, ou d’embryon [15] : le recours aux mères porteuses est donc proscrit. En revanche, dans le judaïsme, encadrée par la loi civile et la loi religieuse, la Halakha, cette pratique est légale. Elle n’est cependant ouverte ni aux couples homosexuels, ni aux étrangers [16].

Mineurs transgenres 

Depuis plusieurs années déjà, en France, le corps médical peut prescrire aux « enfants transgenres », dès l’âge de 11 ans, des traitements réversibles pour bloquer leur puberté. Lorsque leur « dysphorie de genre » persiste, un traitement hormonal substitutif masculinisant ou féminisant – avec des effets irréversibles tels que la stérilité – peut être prescrit à partir de 16 ans. Ces prescriptions se font avec l’accord des familles. S’il est interdit pour les mineurs de réaliser une opération de changement de sexe, l’ablation des seins (mammectomie) dans le cadre d’une transition est autorisée pour les mineurs entre 16 et 18 ans [17].

A lire aussi: Debbie Hayton: trans d’un autre genre

Marine Le Pen n’a pas encore explicité sa vision de la question des mineurs transgenres. Sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, la cause transgenre a été vigoureusement soutenue comme en atteste, par exemple, le financement par les agences régionales de santé (ARS) de la Plateforme « Trajectoire Trans’ » destinée aux mineurs transgenres [18]. Au vu du rythme auquel se déroulent ces évolutions sociétales marquantes, l’exigence du consentement parental paraît de plus en plus en sursis.

Si Emmanuel Macron est réélu, ces évolutions sociétales majeures seront accélérées, à l’instar de son programme économique et social. Force est de constater que cela sera mis en œuvre dans une optique située aux antipodes de celle des croyants qui s’apprêtent à le réélire. A noter à cet égard, que selon La Croix [19], lors du 1er tour du scrutin, 29% des catholiques pratiquants ont porté leur suffrage sur Emmanuel Macron, 25% sur Marine Le Pen (soit une hausse de plus de 10 points en cinq ans !), 13% sur Jean-Luc Mélenchon et 11% sur Éric Zemmour. Selon l’IFOP, 69% des musulmans de France ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Loin derrière, Emmanuel Macron a recueilli 14%, et Marine Le Pen 7% des suffrages de cette communauté de croyants. Au sein de la communauté juive, un « survote » en faveur d’Eric Zemmour a été observé.


[1] https://www.algerie-expat.com/politique/le-soutien-de-la-grande-mosquee-de-paris-pour-emmanuel-macron/15752/

[2] https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/130422/presidentielle-francaise-les-institutions-juives-appellent-voter-macron

[3] https://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-parmi-les-catholiques-des-voix-reclament-une-consigne-claire-des-eveques-de-france-contre-marine-le-pen-19-04-2022-KMDLNSJUYNDI3PYAGVRIGABFRA.php

[4] https://sante.lefigaro.fr/social/sante-publique/euthanasie/quest-ce-que-cest

[5] https://www.la-croix.com/France/Euthanasie-Emmanuel-Macron-favorable-modele-belge-certains-cas-2022-04-01-1201208236

[6] https://twitter.com/franceinfo/status/1513411721225986049

[7] https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-09/fin-vie-euthanasie-lettre-doctrine-foi.html

[8] https://www.lemonde.fr/archives/article/2004/11/10/l-islam-n-autorise-ni-d-accelerer-la-mort-ni-de-la-retarder_386496_1819218.html

[9] https://www.lejsl.com/actualite/2015/02/20/dans-le-judaisme-l-euthanasie-est-tout-a-fait-proscrite

[10] https://www.la-croix.com/France/GPA-quen-disent-candidats-presidentielle-2022-2022-02-08-1201199160

[11] https://www.la-croix.com/France/GPA-quen-disent-candidats-presidentielle-2022-2022-02-08-1201199160

[12] https://www.liberation.fr/france/2019/04/23/gabriel-attal-de-ses-propres-zeles_1722937/

[13] https://www.bfmtv.com/politique/parlement/projet-de-loi-bioethique-la-gpa-non-dit-qui-irrite-une-frange-de-la-macronie_AV-201909230096.html

[14] https://www.valeursactuelles.com/politique/video-loi-bioethique-le-combat-dapres-cest-la-gpa-craint-zemmour

[15] https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Fecondation-vitro-PMA-GPA-dit-lislam-2017-06-27-1200858434

[16] http://www.slate.fr/story/93287/gpa-israel

[17] https://wikitrans.co/ths/mineur/

[18] https://www.bvoltaire.fr/lideologie-transgenre-en-marche-sous-lere-macron/

[19] https://www.la-croix.com/Debats/Cessons-den-appeler-eveques-designer-futur-president-Republique-2022-04-21-1201211397

Deux débatteurs, une seule perdante: la France

0
La journaliste Céline Pina © Bernard Martinez

Bien que le président sortant soit, selon les sondages, quasi assuré de sa réélection, dire de Marine Le Pen qu’elle était loin des caricatures que l’on fait habituellement d’elle lors du débat télévisé de mercredi fait déjà de vous quelqu’un de suspect…


Cette élection  présidentielle, à défaut d’être dotée d’un quelconque souffle, a démontré une seule chose : la liberté d’expression a durablement reculé en France. Ainsi il devient de plus en plus risqué de s’exprimer sur le second tour de l’élection en cours comme sur le débat d’entre-deux-tours, si ce n’est pour dire haut et fort que l’on mettra un bulletin Emmanuel Macron dans l’urne. Toute autre position vous expose à des jugements aussi lapidaires que définitifs. Et même ceux qui se risquent simplement à expliquer que le RN n’est pas le parti nazi dans les années 30 se voient suspecter de penchants autoritaires.

Les tribunes s’accumulent expliquant qu’une potentielle élection de Marine Le Pen équivaudrait à un retour du fascisme. Les références à l’extrême-droite renvoient à une forme de collaboration et mettre un bulletin Emmanuel Macron équivaut à obtenir un diplôme de Jean Moulin, quand toute nuance sur les attaques portées contre Marine Le Pen fait de vous un traître à la République.

Logiques de purge

Quand on voit le sort fait à un intellectuel comme Marcel Gauchet pour avoir dit que le RN actuel est plus proche du RPR des années 80 en France que de l’extrême-droite collaborationniste, on n’a guère envie de prendre position pour se faire attaquer par tous ses pairs et être assimilé à un soutier de l’extrémisme. Il est donc de bon ton en France de soutenir Emmanuel Macron avec toute une gamme de nuances allant jusqu’à « je vote pour lui mais avec une pince à linge sur le nez ». Les législatives deviennent alors un troisième tour où après avoir éliminé le danger de l’extrême droite, il s’agirait d’éliminer, dans les urnes des législatives, l’homme utilisé pour combattre le retour des « heures sombres » en le remplaçant par un dirigeant de l’extrême-gauche. Les élections deviennent le jeu de chaises musicales de l’excommunication mutuelle. L’avenir du pays au terme de ces logiques de purge apparaît de plus en plus incertain.

A lire aussi: Marcel Gauchet: “Macron nous garantit la perpétuation du bordel ambiant”

S’exprimer sur le débat Emmanuel Macron – Marine Le Pen, sans affirmer haut et fort que le président actuel l’a dominé et a fait preuve de sa compétence et de sa combativité n’est donc pas une bonne idée, cela ne parle pas de votre ressenti personnel, mais du fait que vous faites probablement la campagne d’une extrémiste sans oser l’avouer. Pourtant le débat avait de quoi décevoir ceux qui, alors que les tensions politiques, économiques, sociales s’accumulent, s’attendaient à une certaine hauteur de vue. Pourtant, à part Le Parisien qui fait un compte-rendu fourni, objectif et détaillé de l’échange, les journalistes attribuent la palme du vainqueur à un Emmanuel Macron qui s’est pourtant montré d’une suffisance rare, alors que l’exercice le favorisait. Il est cependant vrai qu’il a montré une bonne maîtrise des dossiers et une aisance à l’oral que son adversaire n’a jamais eu. En termes de crédibilité, la rencontre n’était guère équilibrée.

Marine Le Pen loin des caricatures que l’on fait d’elle

Il n’en reste pas moins que, lors de ce débat, le risque principal pour Le Pen était de rater ce rendez-vous et d’apparaître comme une caricature de leader d’extrême-droite: agressive, violente, simpliste, raciste. Cet impératif supplantait la question de sa crédibilité technique, même si elle se posait également. Elle a donc été concentrée au point souvent de ne pas trouver les arguments de contradiction, y compris lorsqu’Emmanuel Macron attribuait au Covid les 600 milliards de dette de la France. Or une partie de cette dette est liée à la dérive de nos comptes publics (au moins 240 milliards). Une partie du train de vie normal de l’Etat est financé par une dette structurelle qui n’a rien à voir avec le Covid et dépasse largement 100% de notre PIB. Mais sur cette question, aucun des candidats ne paraissait avoir grand-chose à dire. 

Attaquée sur les prêts contractés par son parti auprès d’une banque russe, Marine Le Pen a eu du mal à être percutante alors que le refus des banques de financer certains partis (cet état de fait ne concerne pas que Marine Le Pen) pose des problèmes démocratiques.

Mais surtout, alors que la guerre en Ukraine, la crise de l’énergie et des matières premières comme le retour de l’inflation rendent très peu crédibles les programmes des deux candidats, nombre de leurs batailles pouvaient paraître d’arrière-garde voire assez artificielles.

Alors qu’Emmanuel Macron était souvent positionné comme un consultant arrogant de chez Mc Kinsley et ne s’est jamais adressé aux Français, Marine Le Pen n’a pas su exploiter cette faille et le renvoyer à son autosatisfaction de privilégié. Il a même pu lui reprocher certains de ses votes au parlement comme si elle avait exercé le pouvoir et comme si lui était un homme neuf. Ce qui à défaut d’honnêteté ne manquait pas d’habileté.

Ceci dit en choisissant une attitude modeste et calme, elle n’a pas raté son débat. Emmanuel Macron ne proposant rien d’autre que le vote barrage et la continuation d’une politique basée sur l’adaptation à une mondialisation qui montre toutes ses limites, son seul argument de campagne reste la diabolisation de son adversaire. Les équipes autour d’Emmanuel Macron, beaucoup de médias et d’acteurs du débat public essaient donc de réinstaller une image en mode « gardienne de camp » de la leader du RN. Or, pour qui regardait ce débat, cette caricature apparaissait outrancière et ridicule. Marine Le Pen s’est d’ailleurs montrée bien  meilleure que lui lorsqu’elle a défendu la souveraineté du peuple et la lettre comme l’esprit de la constitution de la Veme République en la matière. Mais le rapport au peuple est un des points faibles du président.

Emmanuel Macron certain de sa supériorité intellectuelle

Si souvent l’actuel président de la République apparaissait plus précis dans l’usage des chiffres, la proximité avec la réalité quotidienne était plutôt du côté de Marine Le Pen. L’échange sur le fait que les primes n’étaient pas prises en compte par les banques pour obtenir un prêt et le plaidoyer sur la nécessité de miser sur l’augmentation salariale ne pouvait que toucher la plupart des Français. Il n’en reste pas moins que les deux candidats sont restés flous sur le financement de leur politique comme sur leurs méthodes pour traduire leurs propositions dans la réalité.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Macron, trop m’as-tu-vu pour les étrangers

Dans l’ensemble, le débat était assez ennuyeux et médiocre. L’une ayant pour objectif principal d’apparaître comme inoffensive, l’autre misant tout sur une supériorité intellectuelle qu’il juge incontestable. Emmanuel Macron s’est ainsi souvent montré condescendant et méprisant. Un défaut qui a beaucoup abîmé sa relation au peuple durant cinq ans. Le problème est que ce débat a montré que ce mépris était constitutif de sa personnalité. Or, malgré les tentatives pour faire croire que Marine Le Pen pourrait accéder au pouvoir cette fois-ci, le match est en fait déjà plié, les écarts sont tels qu’Emmanuel Macron est quasi assuré de sa réélection. Voilà pourquoi ce qu’il a montré de lui est déterminant quant à ce que l’on peut attendre d’un nouveau quinquennat.

Or sa prestation ne donne guère d’espoir pour l’avenir. Sans aucun doute quant à sa supériorité, on ne peut que craindre qu’il continue à exercer le pouvoir comme il l’a fait précédemment, en ne se sentant engagé envers personne et ne rendant de comptes qu’à lui-même. Dans un pays déjà abîmé, le résultat risque d’être très négatif. Il s’est montré très content de lui et n’a guère eu l’air d’avoir appris de cinq ans d’exercice du pouvoir. Pourtant, la crise des gilets jaunes ou celle des retraites ont montré à quel point la France était en train de se diviser. Or, l’absence d’engagement et de perspectives que dégage la prestation d’Emmanuel Macron n’est pas une bonne nouvelle à l’issue de ce débat. Sa posture, qui ne témoigne ni d’une prise de conscience ni d’une prise de hauteur, encore moins de la découverte d’un lien charnel avec le pays et ses habitants, alors même qu’il sait la réélection assurée, n’est pas rassurante. Il est encore et toujours manager de la start-up nation et pas président de la République française.

A l’issue de cet exercice de style, je ne trouve pas qu’il y ait un vainqueur à ce débat. En revanche, il y a bien une perdante, la France, qui va continuer à être dirigée comme une entreprise alors qu’elle est en pleine crise démocratique. Quant au RN, comme à n’importe quelle autre formation qui ne serait pas pressée d’aller à la gamelle et de rejoindre le parti unique autour de la majorité présidentielle, tous les espoirs lui sont permis dans cinq ans, tant cette présidentielle ne porte ni promesse ni élan. C’est à la continuation du mépris de classe érigé en supériorité morale que nous sommes invités à adhérer. Pas étonnant que cela se termine par des votes par défaut et une rupture du consentement social. Loin d’être une catharsis, l’élection d’Emmanuel Macron apparaît lourde d’orages à venir.

Emmanuel Macron: «Je suis les autres»

0
Emmanuel Macron à Denain, 11 avril 2022 © Eliot Blondet/POOL/SIPA

Il a lu Rimbaud et il n’a rien compris.


Emmanuel Macron, on est bien payé pour le savoir, est connu pour goûter le théâtre. On sait aussi qu’il n’est pas insensible à la musique : nous gardons tous en mémoire le souvenir impérissable de la partie endiablée organisée au Palais de l’Élysée lors de l’édition de l’une des dernières Fêtes de la musique. On connaissait moins, toutefois, son penchant pour la peinture, le jardinage et la poésie. Il nous les a, pour notre plus grande joie, révélés lors du meeting qu’il donna, sous le soleil de Marseille ainsi qu’à l’occasion de ses derniers déplacements de campagne.

Dans la Cité phocéenne, notre candidat n’a pas hésité, en effet, à sortir le rouleau pour barbouiller son programme. Force est de constater qu’il sut trouver d’instinct la juste saturation et la luminosité d’un improbable mélange de rouge et de vert, ce, afin de séduire « en même temps » les électeurs de Yannick Jadot et ceux de Jean-Luc Mélenchon.

Pour ce faire, reprenant à son compte, avec la modestie qu’on lui connaît, le modèle de la formule attribuée à Malraux, notre nouveau chantre de la Nature s’est écrié, face à un parterre clairsemé : « La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera écologique ou ne sera pas. » Il précisa ensuite qu’il comptait nommer un futur premier ministre « directement chargé de la planification écologique. » Tout de suite, on respira, rassuré quant à l’avenir de la planète, d’autant plus que notre amateur des jardins se proposait de planter 140 millions d’arbres…

C’est pour Malraux, encore, que nous avons eu, lors de ce meeting, à nouveau, une pensée. Impossible de ne point songer au livre dans lequel cet illustre ministre de la culture relata ses dernières conversations avec le Général de Gaulle, livre qu’il intitula : Les chênes qu’on abat. Ce titre fait du reste allusion aux deux vers illustres écrits par Victor Hugo dans son hommage à Théophile Gautier défunt : « Oh ! quel farouche bruit font dans le crépuscule les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule. » Ce qui nous entraîne, mine de rien, vers la poésie. Mais, patience, poursuivons notre réflexion…

Sans pouvoir retenir l’esquisse d’un sourire moqueur, nous avons immédiatement songé : notre président est décidément un homme de Lettres doublé, nous l’allons voir, d’un subtil poète.

Bon évidemment, me direz-vous, il s’agit ici non pas d’abattre, mais de planter, nous nous en réjouissons. Du reste notre orateur aurait pu sans peine, nous y avons heureusement échappé, nous gratifier d’un autre des vers habilement remaniés dont il a le secret : « Un seul arbre vous manque et tout est dépeuplé. »

Nous suggérons quand même à notre paysagiste en herbe d’opter pour 140 millions de roseaux, plus à même de célébrer dignement la souplesse légendaire qu’on lui reconnaît tous. Et puis, comme chacun sait, « le roseau plie, mais ne rompt pas. » Nous aurions alors, là, un projet horticole sûr et en parfaite adéquation avec la royale image de son instigateur.

Mais notre thaumaturge ne s’en est pas tenu au simple projet de plantation évoqué : avec le sens du spectacle qu’on lui connaît, hérité peut-être, du Roi-Soleil, notre monarque a en effet proposé la mise en place d’une « fête de la nature », projet qui n’a pas manqué d’enthousiasmer Jack Lang.

Mélenchon, Jadot, Jack Lang, décidément chez Emmanuel Macron : « Je est un autre. », ce qui nous fait heureusement retomber, avec Rimbaud, sur la poésie !

Profitons-en pour rappeler, au passage, que le jeune prétendant à sa propre succession ne fut pas non plus sans massacrer quelques vers du poème « Green » de Paul Verlaine, lors de son déplacement à Mulhouse. Dénonçant, selon le quotidien La Provence, « les carabistouilles de madame Le Pen », il n’hésita pas, en effet, à ajouter sentencieusement, alors qu’il évoquait les mesures de celle-ci en faveur du pouvoir d’achat et des retraites : « Et c’est sûr que si on arrive à l’élection présidentielle en disant : « Je n’ai que du sucré et du miel et voici des feuilles et des branches. Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous » pour reprendre les beaux vers (…) c’est un poème, pas la réalité. ».

Cuistrerie, quand tu nous tiens… Il aurait été préférable, tant qu’à faire, qu’Emmanuel Macron restituât justement les vers de Verlaine qui, certainement, n’avait pas prévu de mentionner les ingrédients « sucré » et « miel » indispensables à la réalisation de la pâtisserie orientale…

Pour mémoire voici la strophe dont il est question :

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux.

Après Verlaine, c’est tout naturellement que nous retournons à Rimbaud. Le poète dans sa formule paradoxale « Je est un autre », issue de la Lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, met en question la frontière entre identité et altérité.

 « Je est un autre » : cette phrase étrange qui résume ce vers quoi doit tendre le poète, pour Rimbaud, convient tout particulièrement au chef de l’État, champion toutes catégories de la palinodie, de l’agrégation et de la récupération d’idées. La formule permet de s’interroger sur le rôle de l’autre dans la formation de l’identité et aussi de se demander comment on peut être autre à soi-même.

 Il s’avère, là, encore une fois pour notre plus grand plaisir, qu’Emmanuel Macron réalise aussi, à sa façon, le projet poétique d’Arthur Rimbaud. Notre Président est, en effet, le pilleur d’idées par excellence tout comme Rimbaud est « le voleur de feu ».

Notre génial Jupiter, s’appropriant les idées des autres et, de fait, devenant par-là même les autres, pourrait sans peine affirmer, comme le fit Rimbaud, toujours dans sa lettre à Demeny : « Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs et vient d’un bond sur la scène. »

Quand on poursuit plus avant la lecture de cette lettre dite « du voyant », à Paul Demeny, on est de plus en plus troublé par la ressemblance entre cette conception du poète qu’a Rimbaud et l’image que tente de nous donner de lui-même Emmanuel Macron à travers ses propos et ses agissements, voyez plutôt : « il (le poète) donnerait plus – que la formule de sa pensée, que la notation de sa marche au Progrès ! Énormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès !  (…) »

C’est Emmanuel Macron tout craché, ça ! « Ça » parle en lui ! Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot pour l’écologie, l’abaissement de l’âge de la retraite et la proportionnelle à nouveau envisagée, pour absorber un peu de Marine Le Pen. Il manque juste un zeste de Zemmour pour les sujets régaliens et là, on est bon ! « Je suis les autres ! », pourrait, du reste, tout aussi bien affirmer notre Jupiter.

« Puisque je ne suis pas capable de choisir, je prends le choix d’autrui. » a dit Michel de Montaigne … Il y a certainement aussi du philosophe chez notre Prince des Lumières.

Je me remémore enfin cette pétition d’intellectuels soutenue par Roselyne Bachelot (Elle vécut à cette occasion un grand moment de son passage au ministère de la Culture.) qui demandait l’entrée conjointe d’Arthur Rimbaud et de Verlaine au Panthéon. Emmanuel Macron, respectant l’opposition de la famille du poète des « Illuminations » à ce projet, le rejeta. C’est pourquoi nous suggérons la future panthéonisation de notre grand chef d’état en lieu et place de celle de nos deux illustres poètes qu’il semble affectionner. Mais cela serait-il vraiment un hommage rendu à leur mémoire ?

[Nos années Causeur] La boussole

0
Christopher Caldwell © Hannah Assouline

Pour ce centième numéro, le journaliste américain Christopher Caldwell rend hommage à Causeur


Outre-Atlantique, on cherche toujours dans la vie intellectuelle française ce qui manque dans la vie intellectuelle américaine. Et ce qui manque change d’année en année. Depuis maintenant quinze ans, Causeur nous donne un accès privilégié à la réflexion française sur les grands bouleversements qui ont marqué notre temps. Voici un florilège chronologique des apports du magazine :

— Au commencement, à la suite du krach financier de 2008, les essais dissidents de Jean-Luc Gréau sur l’économie mondiale.

— Ensuite, les nombreux articles sur la théorie du genre et le Mariage et la Manif pour tous, qui analysaient le nouveau mécontentement face à l’ordre amoureux, bien avant l’arrivée de #BalanceTonPorc.

— Plus tard, les reportages de Daoud Boughezala et les interviews de Christophe Guilluy qui, avant la révolte des Gilets jaunes, permettaient d’entrevoir le drame de la désertification de la France.

A lire aussi : Christophe Guilluy: “Les gilets jaunes demandent du respect, le pouvoir répond par l’insulte!”

Au-delà de ces diagnostics sur l’état changeant du monde, la revue a toujours présenté des éléments constants, invariables :

— le regard bienveillant d’Alain Finkielkraut sur les mondes littéraire et politique.

— les interviews d’Élisabeth Lévy, fondées sur le principe estimable (mais que Causeur est la seule publication à mettre en pratique) qu’aucune personnalité, aussi controversée soit-elle, ne mérite pas qu’on l’interroge.

— les traits d’esprit de Basile de Koch qui retentissent dans la mémoire du lecteur des années après – « Mbala Mbala, même combat » ou « [Marie–France] Garaud Gorille » !

A lire aussi : Wokisme: la belle Marianne se laissera-t-elle complètement pervertir par l’Oncle Sam?

En retour, les États-Unis exportent en France leurs idéologies progressistes (hélas !) dont la pire est celle des « wokistes » qui menaçants, nous somment de choisir notre camp. Je suis infiniment reconnaissant à Causeur d’avoir répondu en choisissant le meilleur camp, celui de la liberté.

Une envie de conflit

0
Un Français interrogé par France 2 volontaire pour rejoindre le front ukrainien D.R.

La guerre en Ukraine et son importante couverture médiatique exercent des effets psychologiques étonnants sur la population française…


Le 3 mars, Slate rassemble des témoignages de citoyens lambda qui parlent de leur état d’angoisse permanente, voire de leur peur d’une guerre nucléaire. Beaucoup se déclarent incapables de se détacher des chaînes d’information en continu, de sorte que Psycom, un organisme public d’information, recommande – sans surprise – de « limiter [son] exposition aux informations ».

Au lieu de rester transis d’inquiétude face à la crise, deux groupes passent à l’action. D’un côté, il y a les va-t-en-guerre, ceux qui veulent rejoindre la légion internationale et se battre contre les Russes aux côtés des Ukrainiens. Certains sont d’anciens militaires, comme ce Finistérien de 57 ans interviewé par France 3 Bretagne. Déterminé à « défendre ses valeurs » et à « arrêter Poutine », et ayant reçu l’aval de sa fille de 14 ans, il est parti le 11 mars en compagnie de deux hommes et d’une femme plus jeunes que lui, mais prêts pour le combat.

Capture France 2

Pour ceux qui n’ont pas d’expérience militaire, un stage de 48 heures a été organisé près de Bordeaux par un ancien des forces spéciales. Les apprentis Rambo, qui veulent soit partir là-bas soit se préparer pour une éventuelle extension du conflit à la France, ont reçu une formation de base à la guerre urbaine et périurbaine.

L’autre groupe est celui des dévots de l’Apocalypse qui cherchent à prévenir un Armageddon nucléaire. Depuis le début de la guerre, la vente d’abris nucléaires a explosé en France. Le PDG de la société Amesis Bat a confié à France TV Info avoir reçu 20 % de commandes supplémentaires. Un autre constructeur spécialisé dans ce domaine, Bünkl, a vu la fréquentation de son site augmenter de 4 000 % pendant la même période. Un bunker standard de 14 mètres carrés pour six personnes coûterait 96 000 euros ; le modèle de luxe, de 26 mètres carrés pour accueillir 12 personnes, 116 000 euros. Les plus luxueux peuvent comporter sauna, piscine ou piano à queue. Certains Français ont déjà la nostalgie du confinement.

Macron, champion de boxe

0
Saint-Denis, 21 avril 2022 © Francois Mori/AP/SIPA

Un billet de Marie-Hélène Verdier


On se souvient de phrases célèbres lors de débats présidentiels : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » Ou « Alors, permettez-moi de vous appeler, Monsieur Mitterand ! » Qui ne se souvient des yeux papillotants, alors, du candidat de gauche ? Ce temps n’est plus. Quel débat frustrant que cette tauromachie présidentielle sans queue ni oreilles ! Non que Marine Le Pen eût démérité, loin de là, mais, dans un combat politique, il faut toréer ferme, donner des coups et porter l’estocade. Or, elle est restée sur son quant à soi : « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! » Sans porter le coup fatal, sans décocher la phrase assassine qui déstabilise l’adversaire et passe à la postérité.

A lire aussi, Anne-Sophie Chazaud: Débat: la presse est déçue, ce n’étaient pas les jeux du cirque espérés!

Mathieu Bock-Coté a dit parfaitement, hier, à Cnews, comme le quatrième pouvoir, représenté par les médias, impose quasiment les votes par des sondages et régente le débat : mise en scène, questions, timing. Le temps de parole, mesuré par les prompteurs, est l’obsession des journalistes. Avant-hier, outre que le générique, au début, a couvert la voix de Marine Le Pen, il n’y eut rien de la solennité d’un débat présidentiel, mais de l’ennui. Et il a fallu attendre 11 heures et demie pour que l’on traite des problèmes majeurs qui travaillent la France, au seul profit du « pouvoir d’achat ». Gilles Bouleau et Léa Salamé regardaient le prompteur. Le président, les bras croisés, enfoncé dans son fauteuil ou menton dans la main, pressé d’en finir, regardait avec condescendance ou désinvolture Marine Le Pen. Ce faisant, il décrédibilisait son adversaire. Elle, droite comme un menhir, gardant sa tenue, faisait attention, néanmoins, à ne pas se radicaliser en direct.

Mais si Marine Le Pen n’a pas démérité, elle n’a néanmoins pas su pousser son avantage sur certaines questions et prendre la main. On se souvient de l’anaphore « Moi, président » qui avait asphyxié l’adversaire. Parlons de votre bilan, Monsieur Macron ! Un nouveau quinquennat ? Pourquoi faire ? Vous dites que c’est la guerre civile si on interdit le voile ? Mais elle est déjà là dans beaucoup de quartiers, la guerre civile ! Et vous le savez fort bien, Monsieur Macron ! Las, c’est à neuf heures et demie qu’on a levé le voile sur la statue du Commandeur.

A lire aussi, Aurélien Marq: Voile: l’effrayant aveu d’Emmanuel Macron

Surtout: s’il avait été décidé qu’on ne parlerait que très tard des questions fondamentales, on avait décidé aussi qu’on n’évoquerait, en aucun cas, les questions de vie et de mort dites « questions sociétales ». C’est donc dans le message final aux Français (pour racoler les lobbys) que le président sortant déclara que la grande cause de son quinquennat serait… l’enfant ! Comprenons bien: après la PMA, il faut craindre la GPA pour tous, et l’euthanasie à la carte. Alors que sur ces questions, les deux candidats s’opposent nettement, personne n’a jamais parlé, de ces « valeurs » qui fondent notre vie commune et garantissent notre unité. La grande perdante de ce duel, c’est la France.

Le lendemain du tournoi, le candidat président est allé boxer, sous l’œil des caméras, avec des habitants de Saint-Denis. Il en a profité pour inciter à lutter contre « l’extrême droite ». Ce qu’il s’était gardé de dire au débat. Quant à lui, il a raison de se préparer aux matchs qui l’attendent, au cas où il serait élu. Car les vents sont mauvais qui soufflent de partout.

KO boomers!

0
La Sorbonne à Paris, 14 avril 2022 © HOUPLINE RENARD/SIPA

Les étudiants de la Sorbonne et les lycéens parisiens bloquent et saccagent pour protester contre le choix du second tour. Eux, ils voulaient Mélenchon. La solution envisagée ? Interdire de vote les plus de 65 ans, qui plébiscitent les partis établis, et bloquent tout renouvellement, disent-ils. Mais pourquoi en rester là ? se demande notre chroniqueur.


Déprédations, exactions, vols, saccages — particulièrement dans la chapelle de la Sorbonne, étant entendu que le culte de saint Mélenchon doit supplanter celui du Christ. Le rectorat, pour l’instant, évalue les dégâts« un montant énorme », « plus de 500 000 euros », me dit-on là-bas. Les devis sont en cours pendant que les étudiants n’y sont pas.

Militants gauchistes à la Sorbonne, 14 avril, 2022 © HOUPLINE RENARD/SIPA

Les p’tits jeunes ont courageusement levé le siège dès qu’il fut question de faire intervenir la police — appelée immédiatement par les instances universitaires, mais dont l’intervention a été longuement mise en suspens par l’Élysée. Les étudiants ont alors passé le relais aux organisations lycéennes, qui, intellectuellement confortées par deux ans de cours en pointillés, bloquent une poignée de lycées à Paris — les plus bourgeois, les nantis s’insurgent à moindres frais. « Ni Macron ni Le Pen », les tenants de l’intersectionnalité des luttes refusent le jeu électoral. Désormais, ça se passera dans la rue.

À moins que, comme le suggère le lider maximo, les législatives ne lui donnent une majorité de gouvernement.

Le plus drôle, c’est qu’au même moment, des débats sont lancés pour fixer une âge limite pour le vote des personnes âgées. Après tout, les seniors votent majoritairement Macron, et globalement pour les partis institutionnels. Normal : les vieux partis séduisent les vieux — appelons un chat un chat. En laissant voter les jeunes prioritairement, et les personnes en activité, on élirait Mélenchon dès le premier tour…

L’époque est décidément à la révision constitutionnelle. Au vote censitaire des années 1830 substituons donc un vote déterminé par l’âge.

L’embêtant, c’est que les vieux s’abstiennent fort peu (12%), et que les jeunes pratiquent assidument le refus des urnes (près de 45% sur la tranche 18-24 ans). Peut-être faudrait-il donner aux gamins un double droit de vote, pour compenser leurs pannes d’oreiller les jours de vote ?

Le droit de vote à 18 ans a lourdement contribué à la défaite de Giscard en 1981. Sur ces bases, un droit de vote à 16 ans devrait permettre à Alice Coffin de se retrouver Ministre des apocalypses futures, et à Sandrine Rousseau de diriger celui des Universités.

L’idée d’une interdiction de voter pour les plus de 65 ans s’appuie sur une idée simple : les retraités ne participent plus à la richesse nationale, ils doivent donc être exclus des processus de décision. Mais à ce compte, la tranche 18-24 ans n’y participe guère. Il ne serait peut-être pas mauvais de renouer avec la pratique romaine, qui reculait l’adolescence jusque vers 30 ans.

Evidemment, cela va contre l’égalité des citoyens. Mais avec le pouvoir, on peut faire passer ce que l’on veut. Eviter en tout cas le référendum, le nombre de vieux augmentant sans cesse, au fur et à mesure que la génération du babyboom entre dans le troisième âge.

Mais tout cela, ce sont des arguments piteux. Le plus simple serait de faire comme dans « Soleil vert » : éliminer les gens dès qu’ils ont atteint 65 ans. Faire de l’euthanasie une clef du processus électoral. Ok boomer ! disent ceux qui constituent la « génération connards ». C’est « KO boomer ! » qu’ils s’exclameront bientôt, chaque fois qu’un néo-retraité sera légalement poussé vers la fosse — en musique si vous voulez, comme dans le film de Fleischer : ne parle-t-on pas de « fosse d’orchestre » ?

J’essaie d’en rire, de peur d’avoir à en pleurer, comme Figaro. Savez-vous à quoi l’on distingue un homme intelligent d’un sombre connard ? Il arrive à une belle intelligence d’avoir des éclipses — elle ne s’en relève que plus brillamment. Mais le connard a à cœur de battre sans cesse son propre record, c’est même à ça qu’on le reconnaît. En l’espèce, les « jeunes mélenchoniens » (ont-ils bien réalisé que leur héros septuagénaire devrait être privé lui-même de vote, ou faut-il faire des exceptions ?) ont monté haut la barre.

Aucun « racisme » anti-jeunes dans mon propos. J’en connais qui pensent par eux-mêmes. J’admets qu’ils sont peu nombreux, et qu’ils vocifèrent moins que les crétins. Mais ils existent. L’Education nationale a eu à cœur, depuis quarante ans, d’en réduire le nombre, avec un vrai succès. À nous, les vieux, de ranimer la flamme — et d’envoyer en Camargue les jeunes mélenchoniens, jadotistes et assimilés, pour y récolter le riz et réfléchir à leur destinée. C’est d’une anti-révolution culturelle que nous avons besoin, avec un dirigeant fort qui s’appuiera non sur de jeunes Gardes rouges incultes et fanatisés, mais sur de vieux briscards qui n’ont plus l’âge de penser à eux et peuvent se dévouer pour les autres.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

Price: ---

0 used & new available from

Débat: la presse est déçue, ce n’étaient pas les jeux du cirque espérés!

0
Débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, Saint-Denis, 20 avril 2022 © LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA

N’écoutez pas tous les commentateurs. Non, le débat n’était pas d’un terrible ennui. Et oui, Marine Le Pen est parvenue à jouer les seules cartes à sa disposition dans cette partie. Analyse.


Les enfants gâtés de la société du spectacle sont déçus : ils attendaient de ce débat d’entre-deux-tours du sang, de la chique et du mollard, ils espéraient comme à l’accoutumée qu’on les distraie de leur ennui existentiel, ils rêvaient d’un octogone tonitruant, d’un match de boxe façon Rocky IV… La plupart des journalistes et chroniqueurs, pareillement, en voulaient pour leur argent, attendaient des punchlines dont ils font leur beurre au fond de la caverne de Platon dans laquelle ils se meuvent avec confort, lesquelles punchlines dissimulent soit le réel soit le vide. Tout ce petit monde, habitué depuis quelques jours à la blitzkrieg menée tambour battant contre Marine Le Pen par la quasi-totalité du système en place – de la CGT jusqu’au Medef en passant par les écologistes et la Grande mosquée de Paris – ayant scandaleusement acté depuis deux semaines qu’il ne saurait y avoir de confrontation démocratique « normale» mais seulement des cris d’orfraie et des outrances hystériques, s’en repartit donc boudant dans sa chambre au milieu de l’émission parce que, tout de même, passer plus de deux heures à écouter des candidats à la magistrature suprême, quel ennui… !

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Pluralisme à géométrie variable

« Libé » pas au niveau

Vite du Hanouna, vite du Quotidien, vite de la foire d’empoigne. Certains, du reste, comme Libération, ne s’embarrassèrent même pas de faire semblant de travailler sérieusement lors d’une étape démocratique fondamentale et sortirent leur Une fustigeant la prestation de Marine Le Pen dans ce débat (« Toujours pas au niveau ») alors même que celui-ci n’était même pas fini. Si la presse macroniste se mettait à travailler réellement et à se confronter au réel, on ne s’en sortirait pas !

Et pourtant, et pourtant, dans ce très long débat d’entre-deux–tours, technique et sérieux, dont la préparation fut théâtralisée à outrance aussi sûrement que des jeux du cirque ou quelque corrida dont on espérait la mise à mort de quelque bête immonde fantasmagorique, de très nombreux sujets furent enfin abordés qui avaient été savamment escamotés par la plupart des médias pendant la quinzaine antifasciste de circonstance, mais également, cette longue confrontation républicaine permit de voir, en raison précisément de sa durée, à quel type de personnages l’on avait réellement affaire.

Les limites de la diabolisation

Au dictionnaire des idées reçues dans le strict cadre médiatico-mondain parisien, il ne fallait pas oublier de louer l’étalage supposé des compétences macroniennes que l’on ne manquait pas d’opposer à la rigueur un peu trop méticuleuse de son adversaire féminine. Pourtant, et curieusement, quiconque se sera promené en ville, dans les commerces, dans les transports en commun, partout, aura entendu un tout autre son de cloche dont on finit par se demander pour quelle raison mystérieuse il n’est pas parvenu aux oreilles de ceux qui font l’opinion et l’information : absolument toutes les conversations bruissaient, au lendemain du débat, de l’insupportable arrogance du candidat à sa réélection et du calme de la candidate. La diabolisation a fait chou blanc, tout comme le procès en incompétence. On attendait, on espérait, qu’elle trébuche, qu’elle tombe, qu’elle se plante, il n’en a rien été. A l’inverse, certains auraient espéré qu’elle se montre plus agressive sur le bilan calamiteux du sortant, l’on espérait du McKinsey, du Rothschild, de l’Alstom : au contraire a-t-elle gardé le sens de la mesure et de la pondération, avec seulement quelques petites allusions en filigrane, juste de quoi introduire la connotation mais suffisamment ténues pour empêcher l’hystérie de s’installer au cœur du débat et déjouant ainsi de toute évidence le plan de contre-attaque envisagé par la communication macronienne qui aurait alors surjoué l’indignation et les colères de sainte nitouche. Emmanuel Macron a bien essayé de monter dans les tours en agressant son interlocutrice mais celle-ci, en mère de famille avertie, n’a pas renvoyé les balles ou juste ce qu’il fallait, de sorte que celles-ci allaient la plupart du temps se perdre dans le décor à la manière des éoliennes du Touquet bel et bien disparues conformément à ce qu’a affirmé la candidate. Ce faisant, Marine Le Pen put non seulement enfin parler (un peu) de son programme mais aussi en petite partie du bilan macronien (ce qui était rigoureusement impossible pour cause de propagande médiatique ininterrompue au cours des jours précédents), mais surtout elle a, par son attitude, contraint Emmanuel Macron à se révéler sous son vrai jour, en dehors du théâtre et de l’apparat. Ce-dernier, se tenant mal et de manière irrespectueuse, avachi sur son bureau en désordre, dans une posture que le premier gauchiste venu pourrait sans trop se forcer qualifier de pénible manspreading, anormalement agité et la pupille convenablement dilatée, passa son temps à interrompre la candidate, lui coupant la parole de manière intempestive, parasitant autant que possible le débat au point d’ailleurs que les deux journalistes qui conduisaient les opérations durent à plusieurs reprises lui demander de bien vouloir se taire (ce qui n’était pas arrivé souvent au cours des dernières années) afin que Marine Le Pen puisse démocratiquement jouir de son temps de parole. Il est vrai que lorsqu’on est habitué à saturer l’espace de débat public sans contradiction, le fait d’être confronté à un discours opposant libre de s’exprimer sans pouvoir ni l’incriminer, ni le menacer (et sans tirs de LBD dans les yeux !) peut être déstabilisant.

A lire ensuite, Aurélien Marq: Voile: l’effrayant aveu d’Emmanuel Macron

Faudra pas venir pleurer !

Il convenait d’aborder ce débat de manière tacticienne et non pas en fonçant tout de go tel le taureau sur un chiffon rouge dont on aurait alors scellé la mise à mort bien commodément. Il est des parties qui se gagnent parfois en défense, même si ce ne sont pas les plus beaux matchs, et en particulier lorsqu’on est donné perdant avec une toute petite cote. Or, au sortir de ce spectacle de gosse insupportablement mal élevé et de dame bien patiente qui attend que le gamin ait fini sa crise, ce qui était manifestement visé était d’une part de souligner dans quel camp se trouvait l’agressivité, et d’autre part de rappeler aux personnes qui ont passé cinq ans à haïr Emmanuel Macron pour quel personnage ils s’apprêtaient, en conscience, à aller revoter. Il s’agissait en quelque sorte de leur rafraîchir la mémoire et il faut bien avouer, quoi que l’on pense des programmes de l’un et de l’autre, que cette tactique « molle » contraignant l’adversaire à se dévoiler sous son vrai jour était assez finement jouée : sans doute était-ce même en réalité le seul coup jouable dans cette partie. Beaucoup de castors du barrage dit républicain n’étaient, au lendemain du débat, à en juger par les nombreuses conversations entendues et lues, plus très sûrs de vouloir glisser un bulletin de vote portant le nom du pénible individu dans l’urne, fût-ce au prix de la chimère ridicule d’une revanche législative qui ressemblait de plus en plus à un vaudeville de cocu-content. Qu’importait que le camp macronien eût comme de bien entendu trouvé son champion formidable, qu’importait également que le camp de Marine Le Pen eût apprécié l’assurance calme de sa championne, ce qui comptait dans le fond c’était bien de rappeler aux indécis et aux barragistes potentiels qui eurent à subir le mépris, la morgue, la violence et l’arrogance du macronisme pendant cinq ans, qu’ils seraient alors directement responsables en cas de récidive de leur sort à venir et qu’il ne faudrait pas alors venir pleurer. Gageons que sur ce point au moins, à l’issue de ce débat, chacun savait très précisément à quoi s’en tenir quant aux deux candidats, ce qui en faisait donc, contrairement à l’idée médiatiquement reçue, un révélateur parfaitement réussi, de quelque côté que le cœur de chacun balance.

Une candidature «illibérale» peut en cacher une autre…

0
Denain (59), 11 avril 2022 © Jacques Witt/SIPA

Et si Emmanuel Macron était le vrai visage de l’extrémisme ?


La « diabolisation », vieille compagne de route du Rassemblement national un temps détournée contre Éric Zemmour, s’est à nouveau mise en marche contre Marine Le Pen afin d’assurer la réélection d’Emmanuel Macron. Ce dernier connaît la force de ce processus capable de conditionner le vote de nombreux citoyens effrayés. Il en a donc profité récemment pour apporter sa petite pierre à l’édifice afin de détruire l’image « politiquement convenable » que Marine Le Pen avait réussi à se constituer pendant cinq ans. Interrogé par Caroline Roux, il a ainsi décrit son adversaire pour le second tour : « Le vrai visage de l’extrême droite revient : c’est un visage qui ne respecte pas les libertés, le cadre constitutionnel, l’indépendance de la presse, et les libertés fondamentales, des droits durement et chèrement acquis qui sont au cœur de nos valeurs [1] ». Cette sortie d’Emmanuel Macron a une saveur particulière au regard du bilan de son quinquennat.

Qui menace nos libertés?

En effet, en termes de libertés, jamais celles-ci n’avaient été autant mises à mal que depuis son arrivée aux affaires : liberté d’aller et venir, liberté de manifestation, liberté de réunion, liberté d’éduquer nos enfants comme nous le souhaitons, liberté de travailler, liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de culte, liberté de prescrire, ou encore liberté d’association… Les libertés fondamentales ont été inlassablement piétinées par un président qui prenait conseil auprès de cabinets privés pour gérer les crises difficiles. Certains affirment que l’opposition n’aurait pas fait mieux si elle avait été aux affaires ? Ce qui est probable, c’est qu’elle n’aurait pas pris ses ordres chez McKinsey, qu’elle ne se serait pas servie de sa position à la tête de l’État pour bafouer les libertés fondamentales pendant que s’accumulent les scandales et la corruption. Elle se serait contentée, comme beaucoup l’ont proposé au début de la pandémie par exemple, de miser sur les corps intermédiaires et le tissu associatif, de faire confiance aux Français pour gérer cette pandémie. Peut-être aurait-elle profité de cette situation de crise, à l’inverse d’Emmanuel Macron, pour recréer le ciment national français fragilisé par des années de perte de nos repères culturels et moraux.

A lire aussi, Jonathan Sturel: Le Conseil constitutionnel face à un choix historique

Ensuite, Emmanuel Macron a le mauvais goût d’accuser l’opposition de ne pas respecter le Conseil constitutionnel. Rappelons d’abord que ce Conseil a donné son aval, pendant cinq ans, à toutes les mesures liberticides prises par notre président, du « délit de violation du confinement » jusqu’au « passe sanitaire » devenu, toujours avec la bénédiction des Sages, un « passe vaccinal ». Le Conseil s’est également fait le défenseur de l’immigration massive par la création du « principe de fraternité » qui extrapole le préambule de la Constitution, principe qui permet aux associations aidant les clandestins de continuer d’opérer sans être inquiétées, ou encore par la censure de l’article 26 de la « loi séparatisme » qui aurait dû permettre de refuser le titre de séjour aux migrants qui rejettent les principes de la République [2]. Il apparaît, finalement, qu’une véritable collusion d’intérêts a rapproché Emmanuel Macron du Conseil Constitutionnel quitte à ce que ce dernier outrepasse ses fonctions en avalisant des décisions qui auraient dû être déclarées inconstitutionnelles. Comment peut-on reprocher à Marine Le Pen de vouloir passer, tout comme Éric Zemmour, par l’onction populaire pour modifier la Constitution, alors qu’Emmanuel Macron, lui, n’a même pas pris la peine de la modifier pour faire passer des mesures inacceptables dans notre droit ? La Constitution appartient au peuple de France. Elle doit être à son service et non l’inverse. Les Français ont le droit de la modifier comme bon leur semble.

Au suivant!

Parlons enfin de l’indépendance de la presse dont Emmanuel Macron se fait tout à coup l’ardent défenseur ! Pendant cinq années, il a accumulé les « rencontres » et les « consultations citoyennes » avec des citoyens triés sur le volet sous la caméra complaisante de journalistes acquis au pouvoir, excluant immédiatement ceux qui risquaient de rendre un son de cloche contraire à la doxa dominante comme ce fut le cas pour Russia Today ou Sputnik bien avant que la guerre russo-ukrainienne n’ait été déclarée. Pendant cinq années, les médias aux ordres se sont fait les relais de sa politique brutale, crachant sur la « lèpre populiste [3] », occultant les violences contre les gilets jaunes éborgnés, se focalisant sur les excès en marge des manifestations, pointant du doigt les Français opposés aux vaccins contre le Covid et les assimilant à des « complotistes », à des irresponsables, voire à des criminels. Non-respect des libertés, du cadre constitutionnel et de l’indépendance de la presse… Il n’y a aucun doute, Emmanuel Macron aura été le véritable visage de l’extrémisme pendant les cinq ans passés au pouvoir. Il est désormais temps de se passer de ses services pour les cinq années qui viennent.


[1] « Les 4 vérités – Emmanuel Macron », France.tv, le 13/04/2022.

[2] « Décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021 », Conseil constitutionnel, 13/08/2021.

[3] « Migrants : Macron défend ses choix et fustige la «lèpre» populiste en Europe », Le Figaro, le 21/06/2018.

Voile: l’effrayant aveu d’Emmanuel Macron

2
Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Le mercredi 20 avril 2022 à 23h23, le président de la République a publiquement déclaré qu’il y a en France une communauté susceptible de s’opposer à l’autorité de l’État par la violence au point de déclencher une guerre civile. Tout le reste est insignifiant.


On peut, comme Marine Le Pen, s’étonner que le candidat Macron parte du principe qu’une certaine catégorie d’habitants de la France n’accepte de se plier à la loi que si la loi se plie à leur volonté. Et c’est en effet, en soi, riche d’enseignements politiques. Mais en réalité, il y a beaucoup plus que ça.

De quoi parle-t-on exactement ? Lors du débat de l’entre-deux-tours, interrogé sur l’interdiction du voile islamique, Emmanuel Macron commence par un contre-sens total visant à faire de ce qu’il insiste pour appeler « foulard » une question de laïcité, alors qu’il s’agit du symbole ostentatoire d’une idéologie sexiste, déshumanisante et violente, et que le fait que cette idéologie soit religieuse est sans aucune importance. Il se permet même une comparaison particulièrement injurieuse avec la kippa et tous les autres signes religieux, ce qui est aussi ridicule que s’il affirmait que l’on ne peut pas interdire le port de la croix gammée sans interdire le port de toutes les croix ! Et il poursuit en disant à Marine Le Pen que si elle interdisait le voile « dans la cité », comme il est interdit à l’école et dans les services publics, « vous allez créer la guerre civile si vous faites ça, je vous le dis en toute sincérité. »

Face à face

A moins d’être un dangereux irresponsable à relever en urgence de ses fonctions, aucun chef d’Etat au monde ne parle à la légère de guerre civile.

A lire aussi: Voile: petit cours de marxisme appliqué à l’usage d’un khâgneux sous-doué

On se souvient de la crise des banlieues en 2005. On pense aux violences urbaines et aux agressions contre les forces de l’ordre, pratiquement quotidiennes dans notre pays. On peut aisément se renseigner (même si la plupart des médias prennent soin d’en dire le moins possible) sur ce qui se passe en ce moment en Suède, y compris l’ingérence de l’Irak, de l’Arabie Saoudite, de la Turquie.

On sait que depuis cinq ans, Emmanuel Macron dispose du fait de ses fonctions de toutes les informations des services de renseignements civils et militaires, des remontées de terrain des forces de l’ordre, des préfets, de toutes les administrations, des élus de sa majorité, des rapports qu’il commande, des enquêtes parlementaires. L’un de ses ministres de l’Intérieur a déclaré il y a déjà quatre ans : « aujourd’hui on vit côte à côte, et je crains que demain on vive face à face. » Lui-même a été proche collaborateur puis ministre d’un autre chef de l’État, qui avouait en 2016 : « qu’il y ait un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute », évoquait « l’accumulation de bombes potentielles liées à une immigration qui continue. Parce que ça continue » et allait jusqu’à affirmer à propos de ce que l’on n’appelait pas encore « séparatisme » : « c’est quand même ça qui est en train de se produire : la partition. »

Hier soir, Emmanuel Macron a donc complété ce constat en reconnaissant sans ambiguïté qu’il existe sur notre sol une « communauté musulmane » prête à faire la guerre à la France pour son voile, ce qui signifie qu’un nombre suffisant de musulmans en France se perçoivent eux-mêmes comme une communauté distincte, qu’ils ont la détermination, la présence sur le territoire, les effectifs et les armes nécessaires pour que leur action ne soit pas simplement de la contestation violente ou des émeutes, mais bel et bien une guerre civile – ou du moins est-ce ainsi que le président de la République, avec toutes les informations dont il dispose, évalue la situation.

Les islamistes voudront toujours plus

Et quelles conséquences pratiques Emmanuel Macron tire-t-il de ce constat ? Va-t-il faire ce que le bon sens exigerait, c’est-à-dire mobiliser tous les moyens de l’État, y compris militaires, pour procéder au désarmement méthodique de tous ceux qui refusent radicalement les bases les plus élémentaires de ce qui fonde la civilité dans notre civilisation ? Va-t-il mettre fin à l’arrivée massive sur notre sol de populations qui sont, de facto, des renforts pour cet « Etat dans l’Etat » prêt à nous faire basculer collectivement dans l’horreur ? Que nenni !

A lire ensuite, Boualem Sansal: Une brève histoire du voile

Emmanuel Macron veut céder aux exigences de l’islam : le voile aujourd’hui, et qui sait ce que ce sera demain, et après-demain ? Logique munichoise dont on sait qu’elle ne sert qu’à encourager les brutes et les tyrans à vouloir toujours plus. Mais Emmanuel Macron est fort avec les faibles et faible avec les forts. Il envoie un hélicoptère de gendarmerie verbaliser trois promeneurs inoffensifs sur une plage pendant le confinement, mais ne se donne pas les moyens d’imposer ce confinement dans les « quartiers sensibles ». Les Corses l’ont constaté récemment : quelques nuits d’émeutes leur ont rapporté d’avantage que des années de négociations pacifiques.

Emmanuel Macron vante à Strasbourg la « beauté » qu’il y a à être « féministe et voilée », et reçoit le soutien très officiel d’un « iftar républicain » de la Grande Mosquée de Paris.

La présidence Macron a consisté en cinq années d’immigration à un rythme plus important encore que sous les quinquennats Sarkozy et Hollande, marquant la poursuite de la transformation démographique de la France. Emmanuel Macron, président d’une immigration hors de contrôle, ne montre pas la moindre volonté d’infléchir sa politique en la matière. A trois jours du second tour, les choses sont simples : le président la République en personne a déclaré que seule l’épaisseur d’un voile nous sépare encore de la guerre civile. Allons-nous reconduire au pouvoir le « front républicain » de ceux qui, en quarante ans, ont amené la France à cette situation catastrophique, et qui ont la ferme intention de continuer dans la même voie sans jamais se remettre en cause ? Dans le secret de l’isoloir, ce sera à chaque citoyen, en son âme et conscience, d’en décider.