Accueil Site Page 845

Quand elle n’instrumentalise pas la rafle du Vel d’Hiv, la Nupes entretient la détestation d’Israël

1

Alors que Mathilde Panot vient de susciter un tollé, suite à sa récupération partisane, très malvenue, de la rafle du Vel d’hiv’, plusieurs députés de la Nupes signent une proposition de résolution visant à faire condamner l’État hébreu par la France pour « apartheid ». Le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj s’en indigne, mais est bien le seul.


Cultiver la haine à l’égard d’Israël au nom de l’amour de la Palestine est une posture très fréquente à l’extrême-gauche. C’est d’ailleurs un de de ses facteurs de convergence idéologique avec les islamistes. Aujourd’hui, cette extrême-gauche est dominante au sein de la Nupes, elle y impose ses thèmes. D’où le dépôt, à l’Assemblée nationale, d’une résolution commune associant des députés PCF, LFI, EELV et PS « condamnant l’institutionnalisation par Israël d’un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien ». Celle-ci n’a aucune chance de passer, mais ses promoteurs s’en moquent : il s’agit ici d’entretenir leur clientèle en flattant ses pires obsessions. En reprenant l’argumentaire islamiste et la mystique entretenue autour de Palestine comme symbole de la persécution des musulmans par les Juifs avec la complicité de l’occident, elle espère capter et fidéliser le vote communautariste. Et peu importe si cela met en danger les Français de confession juive, victimes de l’instrumentalisation de ce conflit et de son importation à des fins de déstabilisation politique.

Cela a fait réagir le socialiste Jerôme Guedj sur Twitter. Il dénonce « ces 24 pages (qui) transpirent la détestation d’Israël », réfute l’accusation d’apartheid et affirme que le PS n’est pas du tout sur ces positions. On ne peut mettre en doute son indignation, mais on ne peut que constater le silence d’Olivier Faure, lequel, en bon supplétif, semble être devenu incapable de défendre un quelconque principe s’il contrarie le vent dominant…

À lire aussi, Béatrice Brugère: Djihad d’atmosphère: pour la justice, des crimes sans nom

Pourtant, cette résolution, qu’ont notamment signée le communiste Fabien Roussel, les Insoumis Adrien Quatennens et David Guiraud, la socialiste Christine Pires-Beaune ou les écologistes Sabrina Sebaihi et Aurélien Taché ne peut être qualifiée que d’indigne.

Une accusation d’apartheid destinée à semer la haine

Sur le fond, l’argumentation de cette résolution ose toutes les outrances. Or l’apartheid a une définition précise, c’est un régime de ségrégation basé sur la race. En Afrique du Sud, les relations sexuelles étaient par exemple interdites entre Blancs et Noirs, ils ne pouvaient vivre dans les mêmes quartiers, ne pouvaient utiliser les mêmes moyens de transport ou fréquenter les mêmes hôpitaux… En Israël vivent deux millions de Palestiniens, ils ont la nationalité israélienne. L’arabe est une langue officielle au même titre que l’hébreu. Les Arabes israéliens ont le droit de vote, ils ont des députés qui siègent à la Knesset, l’Assemblée nationale du pays. Des Arabes israéliens occupent des postes élevés dans la fonction publique, les travailleurs arabes bénéficient des mêmes salaires et avantages sociaux que les travailleurs israéliens. Arabes et Juifs fréquentent les mêmes universités, vont dans les mêmes hôpitaux, ils ont les mêmes droits que les citoyens israéliens. Quant à l’accusation de génocide qui est sous-jacente à la résolution et présente dans le discours de trop de pro-palestiniens, quelques chiffres : les réfugiés palestiniens étaient 500 à 700 000 en 1949, ils sont 6 millions aujourd’hui ; le conflit Israélo-palestiniens a fait 10 000 morts en 20 ans, la guerre en Syrie a fait plus de 350 000 morts en sept ans. La communauté arabo-musulmane représente 20% des citoyens d’Israël, en revanche, dans les pays arabes il n’y a quasiment plus de communauté juive. Pour répondre à l’accusation d’illégitimité de la présence juive, il suffit enfin de rappeler qu’historiquement, cette terre fut juive avant même d’être romaine et que le texte commun aux trois religions monothéistes raconte l’histoire des Juifs, de leur installation en Palestine et des conquêtes qu’ils subirent.

À lire aussi, Céline Pina: Le lynchage des policiers lyonnais restera-t-il impuni?

Quand on en revient au factuel, les représentations délirantes de ceux qui instrumentalisent la cause palestinienne pour prôner en réalité la haine des Juifs s’effondrent. D’ailleurs leur indignation et leur humanisme sont parfaitement simulés. En effet, aucun de ces élus ou des forces politiques auxquels ils appartiennent n’a songé par exemple à déposer un projet de résolution quand on a découvert qu’il existait des marchés d’esclaves en Libye. Il se trouve aussi que nombre de pays arabes de la région ne sont pas des démocraties et refusent l’égalité. Ils la refusent au nom de l’appartenance ethnique ou religieuse, ils la refusent aux femmes au nom de leur sexe. Ils persécutent les homosexuels, les athées… Mais cela ne dérange aucune des bonnes consciences, si promptes à dénoncer des apartheids imaginaires et à ne pas voir les ségrégations réelles.

Pourquoi une telle haine envers Israël?

Alors pourquoi une telle haine contre Israël ? Pourquoi une telle obsession de la Palestine dans la propagande d’une certaine gauche et surtout dans celle des Frères musulmans ? Cela s’explique notamment parce que le Proche et Moyen Orient sont considérés comme terre d’Islam, donc territoire sacré et que la présence de l’État juif est insupportable avec cette volonté d’hégémonie. Alors que le discours européen sur la situation commence et se termine toujours par l’invocation de la création de deux États, il le fait en niant la situation réelle : la plupart des pays arabes ne veulent pas d’une solution avec deux États et ceux qui connaissent la région le savent parfaitement. Mais ce discours permet de se donner bonne conscience et d’éviter les sujets qui fâchent. Pour les États arabes, la présence d’un État juif est un blasphème. Il ne peut y avoir deux États car le refus de l’État d’Israël n’est pas politique, il est religieux et on ne compose pas avec le sacré. Tant que le rapport de force est assumé par Israël et que l’État hébreu est vu comme capable de se défendre, il pourra continuer à exister, sinon il n’est entouré que de prédateurs potentiels. Les accords d’Abraham ne changent rien à cela. Aucun pays arabe, aucun islamiste ne veut de la solution des deux États. Israël doit être éradiqué, c’est même un devoir pour un croyant, un fiqh, une obligation sacrée.

Pourquoi une certaine gauche s’associe-t-elle à ces marchands de haine ? Parce que ceux-ci utilisent l’État juif pour faire le procès d’un Occident responsable de son existence et de sa perpétuation. La haine d’Israël devient assez rapidement procès de l’Occident et de ses valeurs. Elle peut donc être instrumentalisée en faveur de la révolution dont rêvent ces gauchistes. Une révolution qui n’est que destruction car ces révolutionnaires de salon n’ont aucun projet de société à proposer. Ils ne font que rechercher des coupables pour canaliser à leur profit la rancœur et la colère qu’ils génèrent.

Céline Pina © Bernard Martinez

Des députés qui participent à la montée de l’antisémitisme en se prenant pour des justiciers

Jérôme Guedj pose ainsi la bonne question en indiquant qu’il ne comprend pas « en quoi une telle mise au ban d’un Etat fait avancer d’un millimètre la paix ? ». La réponse est dans la question. Mais, surtout, les promoteurs de ce texte se moquent éperdument de l’influence de leur résolution sur la situation au Moyen-Orient. Ils savent parfaitement qu’elle est nulle. Ils sont là pour se donner une stature morale à peu de frais. Dans les faits, ils ne font qu’alimenter et justifier la montée de l’antisémitisme dans sa composante arabo-musulmane, alors qu’ils prétendent le combattre quand il émane de l’extrême-droite.

À ne pas manquer, notre numéro de l’été, en vente: Causeur: Silence, on égorge

Mais il y a bien pire, les mensonges et l’idéologie qui imprègnent tout le texte ont pour vocation de semer la haine et y arrivent très bien. Il se trouve qu’il n’y a pas si longtemps, en 2014, les cris de « Mort aux Juifs » ont résonné dans les rues de Paris et ont entraîné de grandes violences à Sarcelles. Or ce sont des manifestations pro-palestiniennes, soutenues par la gauche qui ont été à l’origine de cette désinhibition de la haine des Juifs. Aujourd’hui ce type de discours est toujours aussi virulent chez nombre de militants pro-palestiniens, mais tout le monde fait semblant de ne rien entendre et de ne rien comprendre. Pourtant les violences que subissent les Français de confession juive sont liées à cette propagande victimaire et haineuse. On le constate via le fait qu’ils ne représentent que 1% de la population et entre 40 et 50% des agressions liées à la religion. Cela est corroboré par le fait que les enfants juifs dans certains territoires ne puissent être accueillis à l’école de la République. Enfin qu’il existe une alya interne : les communautés juives chassées par les tensions liées à la forte influence des islamistes et au regain de l’antisémitisme, quittent les banlieues de l’est de la région parisienne pour se réfugier à l’ouest.

Cette résolution illustre parfaitement ce phénomène. Ce texte reprend tout l’argumentaire déployé par les islamistes tendance Frères musulmans pour alimenter la haine des Juifs. Persuadés que ces derniers jouissent d’une forme de privilège que leur confère la Shoah, il tente de transformer les victimes en bourreau, donc les juifs en avatars de nazis. Voilà pourquoi ils tiennent à mettre en avant le terme d’apartheid et la notion de crime contre l’humanité : les Juifs ont été victimes du racisme des Nazis et d’un crime contre l’humanité ? Il faut alors ancrer l’idée qu’aujourd’hui ce sont eux les racistes, donc eux qui commettent un crime contre l’humanité. La démarche est abjecte, mais elle est pourtant parfaitement assumée. Elle sème la haine et la violence, mais ses promoteurs se prennent pour des justiciers. Tous ceux qui ont signé ce projet participent à la mise en danger des Français de confession juive. Ils exposent une partie de nos concitoyens pour assurer la rente de pouvoir et d’avantages que leur confère le clientélisme communautariste. Ils sont la honte de la politique.

Ces biens essentiels

Price: ---

0 used & new available from

Nous avons plus que jamais besoin du Rock’n’Roll

Notre chroniqueur revient enthousiaste du grand concert parisien des Stones.


Samedi soir, les Rolling Stones ont enflammé l’Hippodrome de Longchamp, à Paris, dans le cadre de leur tournée européenne célébrant une carrière explosive de soixante ans. Cinquante mille spectateurs étaient venus les acclamer.

Dans un français impeccable, Mick Jagger se fendit d’une petite plaisanterie en prétendant avoir rejoint l’hippodrome à vélo, en compagnie d’Anne Hidalgo. Les milliers d’éclats de rires et de sifflets ne se firent pas attendre. Déjà à Amsterdam, la légende du rock de 78 ans avait mis un coup de Boots dans la fourmilière en affirmant le soutien du groupe aux agriculteurs néerlandais manifestant massivement dans tout le pays. Intenable, inconvenant et libre, comme tout rockeur qui se respecte se doit de l’être…

Le rock grand-remplacé

On est parfois tenté de dresser un parallèle entre l’époque où le Rock’n’roll est né et la nôtre. L’Amérique d’Eisenhower était engoncée dans un conformisme moderne et aseptisé qui fut beaucoup raillé au cinéma et dans la littérature. Lisse et profondément moralisant, le mode de vie d’après-guerre érigeait le progrès technologique en avenir indépassable et considérait la moindre critique de l’ordre établi comme une déviance anti-patriotique et dangereuse, bien que probablement marginale. C’était l’époque où l’on traitait de beatnik tout jeune homme refusant de porter une cravate.

A lire aussi, Sophie Bachat: Les Rolling Stones, c’est lui!

Les premiers déhanchements d’Elvis Presley et les cheveux longs des Beatles vinrent bousculer cette société nécrosée et les groupes de rock devinrent en un rien de temps les héros et les sauveurs de plusieurs générations.

Le rock fut ainsi, durant cinq décennies, la voix d’une jeunesse qui rejetait les repères qu’on souhaitait lui inculquer, dans l’espoir de faire de nos charmantes têtes blondes de bons petits soldats.

On remarquera que le monde occidental redevenait tranquillement plus conformiste et bien-pensant au fur et à mesure que les premiers rockeurs décanillaient les uns après les autres. Probablement le prix à payer pour leur joyeuse vie de débauche…

Le rock a d’abord laissé la place à la pop, plus commerciale et beaucoup moins rebelle, avant que le rap ne permette aux jeunes bourgeois de s’encanailler en jouant les caïds des banlieues. Force est de reconnaître qu’en 2010, le rock ne faisait plus autant recette que la nouvelle soupe électronique en boîte, mixée en MP3 et épicée à l’auto-tune. Le rock serait donc devenu une musique gentiment ringarde pour les nostalgiques des décennies libres et insouciantes de la fin du XXème siècle.

A lire aussi, Sarah Mimon: Et Dieu créa l’arche de B.B.

Saine colère

Et pourtant… Comme notre époque de moraline mièvre, d’incitation à la bienveillance, d’altruisme chiqué et de balades en trottinettes aurait besoin des Sex Pistols ! Si le batteur Sid Vicious est – évidemment – mort d’overdose, leur chanteur, Johnny Rotten (John Lydon), demeure un artiste très écouté et respecté outre-Manche. Peu soucieux des petits pouvoirs dans le monde du divertissement, il fut l’un des premiers à dénoncer les actes du présentateur britannique pédophile Jimmy Savile. Comme il le répétait dans son titre de 1986, Rise : “Anger is an energy”. La colère est une forme d’énergie.

Aussi commerciaux soient-ils, les Rolling Stones ont eux aussi toujours tiré la langue et levé le doigt le plus long devant les donneurs de leçons en tout genre. À un journaliste qui demandait à leur guitariste Ronnie Wood si ses excès lui avaient attiré de nombreux problèmes, ce dernier répondit : “Non, ça m’a surtout attiré d’innombrables plaisirs !”.

Il faut lire l’autobiographie de Keith Richards, Life, pour se convaincre que l’expression Sex, Drugs and Rock’n’ Roll n’est pas qu’un simple slogan. Devant un tribunal américain l’accusant de transporter de la drogue, le guitariste indolent aux yeux charbonneux et au ricanement de pirate avait calmement expliqué au jury très collet monté de l’époque : “Il faut que vous compreniez : j’ai juste une vie très différente de la vôtre.”

A lire aussi, Jacques-Emile Miriel: Françoise Sagan au cœur des années soixante

Nous avons plus que jamais besoin de cet anticonformisme ludique qui se rit des convenances. De ce cri d’adolescent indigné qui voit dans la société qui l’entoure un troupeau de moutons épris de leur berger. De ces bandes de filles et de garçons assumant la brutalité de leurs pulsions, peu effrayés à l’idée de rouler des pelles à des étrangers comme de renvoyer dans les ronces ceux qui les toisent d’un peu trop haut. Nous avons besoin de jeunes gens sensuels et irrévérencieux, ivres de musique et de poésie, plus attachés à leur liberté qu’à leur confort. C’est ça, l’esprit du Rock’n’Roll. Qu’il soit Rockabilly, Punk, Glam ou Hard.

Les nombreux groupes qui naissent actuellement aux États-Unis comme dans d’autres pays plus étonnants (la Finlande, la Belgique ou même l’Inde !) sont en train de donner tort à ceux qui voyaient dans cette musique une mode aujourd’hui passée. Le vieux tube “We’re not gonna take it !” des Twisted Sisters devint même en 2021 le chant de révolte des Australiens épuisés par les confinements à répétition.

Les Rolling Stones, ces grands-pères aussi vifs et insolents que des mômes de vingt ans, semblaient samedi soir jouer les éclaireurs et tenter d’inspirer la relève, en semant la joie et la volonté de vivre dans notre époque à bout de souffle. Le public parisien, timide au début du concert, reprit progressivement du poil de la bête. Notre société actuelle a désespérément besoin de cette force motrice que l’on retrouve dans certains types de musique. C’est pourquoi le Rock’n’ Roll n’a pas dit son dernier mot.

Ariel Pink, rock star trumpiste

0

De la gloire à l’effacement, il n’y a qu’un pas rapide à franchir à notre époque. Ariel Pink en est la parfaite illustration. Roi couronné de la scène rock indépendante américaine, officiant dans un registre psychédélique et lo-fi de grande qualité, il est aujourd’hui condamné au purgatoire des rockeurs maudits, bien après ses 27 ans, et sans être mort d’overdose. Son crime ? Ses opinions politiques.


Né le 24 juin 1978 à Los Angeles, comme tant d’autres petits génies avant lui, Ariel Marcus Rosenberg est un curieux trait d’union stylistique entre David Bowie et R. Stevie Moore. Glamour et fantasque, plus intelligent que la moyenne, celui qui s’est fait appeler Ariel Pink n’est pas un militant LGBT, mais bien un artiste authentiquement transgressif, indépendant et sans concession. Le genre à faire fantasmer les grandes maisons de couture, les publicitaires, et le cinéma américain qui s’expose tous les ans au festival de Sundance avec son look qu’on croirait sorti d’un film de Larry Clark, d’Harmony Korine ou encore de Jim Jarmusch.

Chancelante Amérique

Au faîte de sa gloire, il avait même été choisi pour être l’un des visages de la collection automne-hiver 2013 Yves Saint-Laurent conçue par Hedi Slimane, au côté, excusez du peu, de Marilyn Manson, Courtney Love et de l’immense Kim Gordon (Sonic Youth). Vêtu d’un perfecto noir griffé Saint-Laurent, les cheveux peroxydés dans l’esprit du Kurt Cobain de la dernière période, Ariel Pink s’imposait alors comme une icône indé ayant le potentiel de charisme suffisant pour pénétrer dans les sphères les plus grands publics.

Quand on lui demande s’il est encore possible d’être un artiste, un vrai, avec de la sensibilité voire du sublime, il nous répond d’un lapidaire « Non, question suivante ».  Puis il précise : « Il est évident que les hommes ne peuvent plus exister quand tout ce qui est humain a été effacé. Nous sommes les produits de nos erreurs. Un jour, tu finis par être lassé par une vie de péchés ». Sa musique, si américaine, si marquée par cette scène, qui, du Brian Jonestown Massacre à Sonic Youth en passant par son ami John Maus n’a jamais cessé de défier la culture des winners dominante dans le pays de l’Oncle Sam, est au fil du temps devenue  un portrait impressionniste et référencé d’une grande errance collective :

A lire aussi : La souris Mickey est devenue complètement folle

« Aujourd’hui, et peut-être déjà avant, les USA sont un sommet d’hypocrisie. Mais il n’y a rien de particulièrement nouveau ou de spécifique. Néanmoins, notre folie contemporaine est particulièrement troublante, je n’avais jamais expérimenté quelque chose de comparable au cours de mon existence. Ce pays était chancelant, mais il fonctionnait encore à peu près durant les quarante premières années de ma vie. J’ai 43 ans et ça n’est plus le cas. Je crois que les gens du reste du monde, en Europe particulièrement, commencent à se réveiller et à comprendre ce qui s’est passé lors des quatre dernières années. »

Présent au Capitole

Littéralement haï depuis son soutien à Donald Trump qui a culminé avec la publication de tweets en marge des protestations du Capitole, où il se trouvait avec John Maus, Ariel Pink ne regrette rien et se plairait presque dans ce nouveau rôle de vilain petit canard de la communauté des hispters, à l’image de ses amis humoristes de Million Dollar Baby expulsés du câble américain pour des soupçons d’accointance avec l’« alt-right » : « Vous pouvez haïr Trump autant que vous voulez, mais je suis fier qu’il n’ait pas déclenché de guerre quand il était en fonction. Peut-être de manière domestique, enfin vous voyez ce que je veux dire. Il a été le premier président depuis Reagan ».

A lire aussi : Douglas Murray: l’Occident, le coupable idéal

Curieux de connaître l’avis de son interlocuteur sur Donald Trump, il est surpris que je ne le voue pas aux gémonies, lui déclarant que son authentique inauthenticité était en fin de compte plus saine et plus humaine que l’inauthentique authenticité de ses adversaires : « Oui, c’est exactement ça. Mon sentiment est que nous basculons dans une forme de néo-totalitarisme. Si se poser des questions n’est plus un droit, si un président est expulsé de Twitter, si vous ne pouvez plus dire que 2 et 2 font 4 : où vivons-nous ? Alors, nos dirigeants ne sont pas des génocidaires en puissance. Biden n’est pas Hitler. Je ne crois d’ailleurs pas que notre constitution ou notre système politique soient des problèmes. Ça ne me pose pas de problème d’avoir un président démocrate. En revanche, nos dirigeants sont décevants, dangereux. Ils trouvent des distractions pour cacher leurs guerres, leurs mauvaises politiques. Ils veulent récupérer leur cash et fermer le casino ! »

« Aux Etats-Unis, votre Houellebecq aurait été cancelé »

Amer, il confie que son art est une « condamnation à mort » plutôt qu’un guide de survie dans l’Amérique woke. « Vous savez, je ne suis plus autorisé à participer à l’industrie musicale. Je peux toujours vendre ma musique sur Bandcamp ou Spotify. Mais je ne peux plus en faire la promotion. La presse ne chronique plus mes disques. Je ne peux plus séduire de nouveaux auditeurs et les artistes mainstream ne citeront plus jamais mon nom, puisqu’ils ont enregistré qu’ils perdraient leur carrière s’ils me défendaient. J’aime bien votre romancier Houellebecq, aux Etats-Unis je crois qu’il aurait déjà été effacé. J’espère que la France le laissera en paix », ajoute-t-il.

A relire, Jeremy Stubbs: La morte du Capitole: ni terroriste, ni martyre

Alors qu’il avait tout pour plaire au mouvement LGBT, avec son look très glamrock, qu’il a aussi enregistré avec des artistes de funk afro-américains dont il est un grand admirateur, Ariel Pink est désormais un homme à abattre. Peut-être le réac le plus décalé du monde actuel, il n’a plus peur de rien : « Les mouvements antipoliciers, MeToo, les LGBTQ,  les mouvements écologistes ou BLM sont des demandes de rançon du parti démocrate, une façon de nous demander de vendre nos âmes. La façon dont Sam Hyde a été effacée est ironiquement amusante. Le public comprend avec plusieurs années de retard à quel point leurs sketchs étaient réalistes, notamment celui où il s’était incrusté dans un Ted-X avec une foule de tech-entrepreneurs qui buvaient ses paroles alors qu’il se moquait ouvertement d’eux ».

Un peu conspi, voire beaucoup, Ariel Pink est surtout un véritable artiste. N’ont-ils pas tous, du moins les plus grands, un grain de folie ? Une folie qui recèle toujours une part de vérité.

Le non du peuple

Price: ---

0 used & new available from

François-Xavier Bellamy (LR): «Je n’ai jamais cru au « en même temps ». La politique, c’est l’exercice du choix!»

0

Entretien vidéo avec François-Xavier Bellamy, député européen (LR)


Dans ma série d’entretiens « Bilger les soumet à la question », je ne pouvais pas éviter cette belle intelligence de LR, fidèle à son parti, François-Xavier Bellamy.

Les règles qui président aux échanges que j’ai créés en 2015 – volonté d’effacement du questionneur, l’invité n’est jamais interrompu dans ses réponses, une durée de 55 minutes sans montage – étaient particulièrement adaptées à cette personnalité dont la formation philosophique et la finesse d’esprit n’étaient pas contradictoires avec des analyses politiques sans fard sur la droite, son avenir, les causes de ses échecs et la responsabilité de Nicolas Sarkozy.

À lire aussi, Céline Pina: Quand elle n’instrumentalise pas la rafle du Vel d’Hiv, la Nupes entretient la détestation d’Israël

Cet alliage rare entre la passion du concept pour éclairer la pratique et un pragmatisme lucide nourri d’une profonde réflexion est trop rare dans notre univers partisan de droite comme de gauche, les extrêmes comprises, pour que je ne lui fasse pas un sort. Le futur devra compter avec lui.

A lire aussi: Bruno Retailleau: tout est faux dans le macronisme

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


« Nous sommes tous responsables de l’état de la Cité ! » (…) « La société du spectacle a transformé la politique, c’est une question majeure »

« Promettre la fin des clivages était le plus grand des mensonges »

« La gauche veut transformer. Plus modestement, la droite veut transmettre… »

Djihad d’atmosphère: pour la justice, des crimes sans nom

La zone grise entre terrorisme et maladie mentale entretient un flou juridique. De plus, la qualification d’entreprise terroriste individuelle sans préméditation n’est pas prévue par la loi. La justice ne sait comment traiter ce « loup solitaire » qui frappe sur un coup de tête.


Alors que toutes les attentions se sont portées sur le procès du Bataclan, le meurtre récent par égorgement à Marseille d’un médecin militaire doit nous interroger sur la menace terroriste endogène et son traitement par la Justice. Peu de médias s’y sont intéressés, mais les faits sont malgré tout connus : le 10 mai dernier, un médecin militaire de 41 ans, le docteur Alban Gervaise, a été agressé et frappé au couteau alors qu’il allait chercher ses enfants à l’école. Il est mort des suites de ses blessures le 27 mai. Son meurtrier, d’origine maghrébine, déjà connu des services de police, mais non fiché S, aurait proféré des imprécations islamistes en le frappant. Interpellé grâce au courage de quelques passants, l’homme a été mis en examen et écroué pour meurtre.

A lire aussi, Elisabeth Lévy : Mort sans la France

Fin de l’histoire ? Assurément non ; et si cette tragédie en dit déjà beaucoup par le silence que lui ont opposé la grande majorité des médias, la quasi-totalité des politiques et l’unanimité des faiseurs d’opinion, elle révèle surtout une importante zone grise au confluent inquiétant du terrorisme et de la maladie mentale.

Il est bien sûr trop tôt pour tirer des enseignements définitifs de ce drame. Deux choses apparaissent toutefois : le mobile terroriste n’a pas été retenu et l’irresponsabilité pénale pour trouble mental sera tôt ou tard questionnée. Or c’est bien à la croisée de ces deux dimensions que se situe un défi redoutable pour les forces de sécurité et la justice.

Le caractère terroriste d’un crime, difficile à établir

En ce qui concerne la dimension terroriste, tout acte de cette nature donne nécessairement lieu à une évaluation de la part du PNAT (parquet national anti-terroriste) qui va déterminer s’il se saisit ou non, avec d’importantes conséquences en termes d’augmentation des moyens d’enquête et d’aggravation des peines encourues mais aussi de renseignement criminel. Le PNAT a ainsi décidé de ne pas se saisir du meurtre du docteur Gervaise, ce qui signifie que la dimension terroriste de l’acte n’est « à ce stade » pas constituée. Qu’est-ce à dire ? Juridiquement, que les faits n’apparaissent pas « en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Cela signifie également que rien, dans le comportement antérieur du meurtrier ne permettait d’établir par des indices précis (achat d’arme, entraînement, séjour suspect à l’étranger, consultation de sites djihadistes) qu’il avait formé à lui seul un projet terroriste.

A lire aussi, Hala Oukili: Attaques au couteau: le terrorisme à l’âge d’Uber

Mais sur le plan criminologique, cela signifie également que la perception pénale du djihadisme d’atmosphère théorisé par Gilles Kepel reste très incertaine et donne lieu à des saisines aléatoires du PNAT, en considération d’éléments de contexte dont la découverte peut ne pas être immédiate, la dissimulation étant une des stratégies des djihadistes. De plus, sur le plan du droit, la qualification juridique de l’entreprise terroriste individuelle, créée en 2014 comme nouvelle arme pour appréhender un acte terroriste sans rattachement nécessaire à une organisation, est un instrument qui pourrait convenir au phénomène dit du « loup solitaire » agissant seul, sauf que la loi ne la prévoit pas pour les crimes, mais seulement pour les délits incriminant les actes préparatoires. De plus, en termes d’efficacité pénale, la question est alors posée de savoir s’il n’est pas préférable de disqualifier des faits initialement poursuivis sous la qualification terroriste, plutôt que de surqualifier ultérieurement, si toutefois les preuves n’ont pas disparu entretemps, des faits auxquels on avait à l’origine dénié le caractère terroriste.

Il n’est à cet égard pas inutile de revenir aux raisons qui ont conduit à la création du PNAT, en particulier le renforcement de l’efficacité de la lutte antiterroriste et la détection en amont du phénomène.

L’abolition du discernement, un échappatoire pénal

La conjonction du terrorisme et de la psychiatrie constitue un autre défi majeur. Les règles générales de la responsabilité pénale s’appliquent à la matière terroriste de sorte que, si le discernement d’un terroriste est considéré par les psychiatres comme altéré ou aboli, il ne pourra être condamné que dans certaines limites dans le premier cas… et pas jugé du tout dans le second. Les craintes que l’on peut nourrir à cet égard portent moins sur les conditions dans lesquelles la responsabilité pénale est évaluée par les psychiatres que sur le fait que des organisations terroristes puissent inspirer ou utiliser sciemment des personnes atteintes de troubles mentaux, soigneusement endoctrinées et conditionnées pour passer à l’acte. L’affaire Sarah Halimi a déjà tristement illustré la difficulté du politique et du législateur à se départir de schémas idéologiques, allant jusqu’à rendre un même individu pénalement responsable pour s’être drogué… et irresponsable pour les faits qu’il commettrait sous l’emprise de la drogue.

S’il existe donc des cas où l’irresponsabilité pénale est incontournable, le problème se déplace alors vers la prise en charge psychiatrique de la dangerosité. Or, de ce point de vue, le plus grand flou règne, fondé sur une évaluation uniquement médicale. On ne saurait bien sûr reprocher aux médecins de tenter de soigner leurs malades, voire de considérer qu’ils sont guéris par le seul effet de traitements. Néanmoins, l’analyse pluridisciplinaire de la dangerosité psychiatrique et criminologique est largement absente dans un domaine qui, lui aussi, échappe le plus souvent à toute couverture médiatique.

A lire aussi, Benoît Rayski : Perpignan: voulez-vous savoir pourquoi Younes «n’a pas pu serrer la gorge d’un policier»?

L’ensemble de ces questions peut aussi être appréhendé par ses conséquences du point de vue des victimes. Victimes de criminels de droit commun, de terroristes, d’irresponsables, la douleur est la même. Mais l’enjeu politique de l’évaluation à la hausse ou à la baisse de la menace terroriste, sous ses formes les plus variées, et les conséquences juridiques qui en découlent nous obligent à une grande rigueur sur l’appréciation des qualifications terroristes retenues ou pas. Il est évident qu’une part de ce travail peut être soumise à des variations qui dépendent d’enjeux aussi complexes que la politique, la subjectivité et la compréhension fine des phénomènes nouveaux auxquels nous devons faire face. La plus terrible leçon de la mort du docteur Gervaise est de nous renvoyer à cette forme d’inégalité juridique et sociale face au crime.

Royaume-Uni: Truss et Sunak, des anciens collègues qui se déchirent

Après un dernier vote des députés conservateurs, mercredi, l’ancien chancelier Rishi Sunak et la secrétaire aux Affaires étrangères, Liz Truss, se préparent pour une campagne estivale de choc.


Ce sont deux profils peu connus du grand public français. Et pourtant, l’un ou l’autre devra convaincre les adhérents du Parti conservateur qu’il est le plus compétent pour prendre la tête du parti Tory et surtout, le poste de Premier ministre…

D’ores et déjà, une difficulté se pose : comment prendre le relais de Boris Johnson, une personnalité aussi extravagante et populaire au sein du Parti conservateur ? Ni Liz Truss, ni Rishi Sunak n’ont un charisme comparable à celui de BoJo, les débats télévisés l’ont d’ailleurs bien montré. L’ancien Premier ministre, adepte des coups d’éclat, en aura d’ailleurs profité jusqu’au bout, en terminant son discours aux Communes par un « hasta la vista, Baby », accompagné des rires et des applaudissements de ses députés. Les deux compétiteurs se sont donc lancés dans une course sans merci pour le remplacer depuis maintenant deux semaines, et n’hésitent pas à se lancer des piques parfois sévères.

Liz Truss: la Thatcher du XXIe siècle

La Foreign Secretary s’est évertuée à reprendre les idées et les codes de l’ancienne Première ministre britannique, Margaret Thatcher (1979 – 1990), qui a tant marqué l’histoire de la Grande-Bretagne et du parti conservateur. A sa suite, Liz Truss souhaite incarner une ligne libérale assumée, en promettant avant tout des baisses d’impôts immédiates, dès son élection au poste de Premier ministre : « Nous ne pouvons continuer une gestion de l’économie fondée sur le business-as-usual. Nous sommes allés dans la mauvaise direction en augmentant les taxes qui sont à leur plus haut depuis 70 ans » déplore-t-elle dans une tribune au Daily Mail, faisant le pari, grâce à ses mesures, de vaincre le Labour en 2024. Truss a promis de « mener une politique conservatrice de baisses d’impôts, d’accroissement du dynamisme des entreprises et de mener une politique pro-business (business-friendly) ». On retrouve ici les arguments du principal soutien de Truss et ami de Boris Johnson, Jacob Rees-Moog, ministre d’Etat chargé des opportunités du Brexit et de l’efficacité du gouvernement, qui plaide en permanence en faveur d’une politique économique plus libérale.

A lire aussi : Le Royaume-Uni s’entend avec le Rwanda pour renvoyer ses clandestins

Liz Truss promet aussi de mettre fin à l’ensemble des lois de l’UE encore en vigueur dans le pays, ainsi que la réactivation du plan de remigration au Rwanda, interdit in extremis par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le mois dernier.

Depuis le début de la campagne, Truss a accusé son principal adversaire d’avoir mené des politiques « socialistes » en augmentant massivement les impôts pour financer son « quoi qu’il en coûte » durant la pandémie de Covid-19. Une mesure que l’ancien chancelier chargé des finances et du trésor justifie par la situation inédite provoquée par le Covid et la guerre en Ukraine.

Sunak: candidat de la compétence 

S’il ne peut se targuer d’avoir sensiblement amélioré l’économie ou les finances de la couronne ces trois dernières années, Rishi Sunak met en avant son expérience acquise comme chancelier. Sa connaissance des marchés, acquise à la banque d’affaires Goldman Sachs, entre 2001 et 2004, et ensuite auprès d’une série de fonds spéculatifs londoniens constitue, selon lui, un atout. En revanche sa hausse massive de la fiscalité, la plus élevée depuis les années 1960, pourrait bien le désavantager dans cette course.

A lire aussi : Contre mauvaise fortune, bon cœur, BoJo tire enfin sa révérence

En 2021, il avait annoncé une augmentation de  l’impôt sur les sociétés qui doit passer de 19% à 25% à partir d’avril 2023 pour les sociétés faisant plus de 294 000€ de bénéfices. Le travailliste, Jeremy Corbyn, avait proposé un taux à 26% et la moyenne européenne est aujourd’hui à 22%. Autant dire que les députés conservateurs n’ont pas tous apprécié ces mesures. Mais durant la campagne, Rishi Sunak, tout en restant prudent quant aux mesures qu’il prendrait en tant que Premier ministre, a admis que « le meilleur moyen d’acquérir de la croissance économique est de baisser les taxes et la bureaucratie et d’encourager l’investissement dans le secteur privé et l’innovation. » Dans une tribune au Daily Telegraph, il a promis de se montrer lui aussi l’héritier de Margaret Thatcher. Puisque finalement les deux candidats se réclament de l’héritage de Maggie, la campagne va dorénavant se jouer sur les personnalités plus que les idées !

Rishi Sunak était donné favori jusqu’à maintenant, mais ses chances semblent néanmoins diminuer. D’après un des derniers sondages auprès des militants conservateurs, 62% seraient prêts à voter pour Truss contre 38% pour l’ancien chancelier. Pourtant, ce dernier aurait plus la cote auprès de l’électorat britannique dans sa globalité. Les adhérents donneront leur verdict le 2 septembre et le résultat de leur vote sera connu le 5 septembre. En attendant, place à la campagne.

Au Pakistan, on convertit de force les chrétiennes

L’histoire est effroyable. Elle s’est déroulée fin juin à Faisalabad, une ville du Pakistan. Droguée par une amie musulmane, Meerab Palous a été enlevée et emmenée de force alors que ses parents dormaient tranquillement. Le lendemain, cette chrétienne de confession a été contrainte de se convertir à la religion musulmane et de se marier.


Lorsqu’ils ont découvert la disparition et la situation de leur fille, ses parents ont rapidement porté plainte. Contre toute attente, la police a refusé de l’enregistrer. Pour l’association Human Rights Focus Pakistan, « plus d’un millier d’incidents de ce type se produisent chaque année », sans que cela ne soit évoqué dans les médias internationaux.

Nos chers voisins

C’est le site Asia news qui a révélé cette affaire sordide. Meerab Palous est une jeune chrétienne pakistanaise de 15 ans. Au cours de la soirée du 22 juin, elle a été droguée avec des somnifères par Gulnaz, une amie et voisine musulmane qu’elle fréquente. Profitant que les parents de Meerab Palous dormaient, Gulnaz a appelé son demi-frère, Muhammad Asif. Tous deux ont enlevé la jeune fille, l’ont contrainte à se convertir et épouser son ravisseur. Lorsque ses parents se sont aperçus de la disparition, ils ont immédiatement porté leurs soupçons sur la fratrie et ont porté plainte à la police. Convoqués, la nouvelle famille de Meerab Palous a fourni un certificat de conversion volontaire et de mariage. La police a donc refusé d’enregistrer la plainte des parents. Ils se sont tournés vers le tribunal, apportant les preuves que le document était faux, comportant diverses erreurs comme l’âge de leur fille, vieillie de trois ans de plus. Pour autant, l’affaire a été classée par la justice. 

A lire aussi : « En Iran, la peur a changé de camp: le régime des mollahs a peur de tomber »

Bien qu’il n’existe officiellement pas de « Chuhra », au Pakistan, des castes, ce terme est devenu progressivement péjoratif et désigne désormais les chrétiens. Une minorité religieuse qui représente à peine 2% de la population et qui réside principalement au Pendjab. Elle fait l’objet d’une forte discrimination, généralement reléguée à des postes de domestiques, éboueurs ou égoutiers (la Constitution leur interdit de prétendre aux fonctions de président ou de Premier ministre), le plus souvent dans des conditions professionnelles inhumaines. Des métiers que les musulmans trouvent indignes d’occuper. Très régulièrement, les chrétiens pakistanais sont les victimes d’attentats terroristes au sein même des églises qu’ils fréquentent. Ceux qui tentent de les protéger en font également les frais (en 2011, le gouverneur du Penjab qui avait osé prendre la défense de la jeune Asia Bibi, accusée de blasphème et dont l’affaire avait été médiatisée, est assassiné par son garde du corps). Entre 2015 et 2016, plus de 600 lieux de culte chrétiens ont été attaqués par des extrémistes musulmans, certains orchestrés par Daesh.

Des drames dans l’indifférence

Naveed Walter, président de Human Rights Focus Pakistan (HRFP), approché par les parents de Meerab Palous, a déclaré que cet énième cas était une nouvelle preuve de l’augmentation des enlèvements, des conversions et des mariages forcés dans le pays. Pour lui, la situation est devenue plus qu’alarmante, d’autant que c’est le troisième kidnapping de ce type en quelques semaines.  « Le gouvernement devrait prendre des mesures sérieuses pour protéger les filles chrétiennes et hindoues, considérées comme une cible facile. Selon les dernières estimations, plus d’un millier de cas d’enlèvement se produisent chaque année, et la plupart d’entre eux ne sont pas signalés » déplore ce défenseur des droits de l’homme, lassé d’être ignoré par la communauté internationale.

Source: Asia News.

Un été avec… Daniel Ceccaldi

0

« Je viens de faire 600 bornes alors si vous me lâchiez un peu »


Député UDR madré à la sous-classe préfectorale, flic de bureau en cravate bruni sous le maroquin, joli cœur fatigué et cocu magnifique, noblesse de robe ou cadre commercial dans la publicité naissante ; peu importe le rôle, le métier ou les époques ; à la télé, au théâtre ou au cinéma ; Daniel Ceccaldi a imposé son standing dans les comédies populaires des années 1970. Celui d’un aplomb sournois et puissamment comique qui élève le second degré au rang de beaux-arts. Vous le mettiez sur le perchoir, il faisait illusion dans la seconde. Mon vote lui était acquis ! Il aurait emporté toutes les majorités relatives avec sa façon d’emberlificoter la phrase et de brouiller les pistes. Il s’épanouissait dans les zones grises et les palabres sans fin.

A relire: Un été avec… Guy Marchand

Contre le ridicule des élites autoconsacrées

C’était un phraseur hors-concours, un embrouilleur hors-classe, un poseur splendide de certitudes, une parodie de technocrate gluant de suffisance avec ce qu’il y a de dérision, dans l’œil, pour sauver ses personnages de l’échafaud. Tant qu’il a été en vie, j’ai cru aux vertus de la technostructure et de l’expansion économique, d’une Europe bienveillante et du bipartisme équitable, des gentilhommières et des garçonnières, des vacances au Club et des points retraite. Depuis, je doute. Ceccaldi avait le sang-froid pour incarner le ridicule des élites auto-consacrées. Et puis, sous une intonation un peu plus appuyée et débonnaire, le public comprenait que nous étions au royaume de la blague. Du non-sens. De la farce boulevardière avec des accents « british », un genre inventé par Paul Meurisse, puis popularisé par Jacques François et Jean-Pierre Darras. Un genre très casse-gueule, à la lisière du pathétique et de la posture trop accentuée, laissant toujours filtrer cependant une nostalgie embuée. Comme si, en sous-texte, derrière le fracas des mots balancés avec assurance, il y avait une fêlure qui ne geint pas. Tout ça, était amené, sans gravité, sans larmes, avec une forme d’élégance et de dignité qui émeut. Même dans la poilade, une certaine tristesse transparaît chez les héros Ceccaldiens. Un monde disparu où des secrets jaunis et une attitude faussement hautaine permettaient d’avancer masqués. Le monde Ceccaldien était celui de l’anti-transparence, de la pudeur sous une couche de gloriole. La définition en somme d’un honnête homme, d’un acteur qui accepte de faire rire et ne déballe pas sa quincaille sentimentale au premier venu.

À l’aise dans tous les registres

L’humour est une chose trop sérieuse pour la confier aux saltimbanques pouêt-pouêt. Je comprends pourquoi les réalisateurs Pascal Thomas et Philippe de Broca, chantres d’un provincialisme de porcelaine l’ont si souvent engagé. Avec lui, le bon père de famille sautilleur, le notable hâbleur, un tantinet dragueur et prétentieux, ce fonctionnaire si scrupuleux et obséquieux tanguait, vacillait, puis virait dans la franche rigolade. On ne retrouvera plus cette race d’acteurs, à l’aise dans tous les registres, capables de danser le tango des zozos, de présenter une émission-jeu sur Antenne 2, de participer aux « Grosses Têtes » de Bouvard, d’enchaîner une dramatique après le tournage d’un film d’auteur, d’être un barbon du répertoire, un avocat véreux ou un ministre inquiet, de passer du tandem Barillet-Gredy à une superproduction d’Alain Delon.

A relire: Un été avec… Philippe Noiret

Quand j’entends son nom, ma vielle aux souvenirs se met en branle. Je revois Marie-José Nat, Sophie Desmarets, Pierre Mondy, Jean Poiret ou Robert Manuel, les représentations d’ « Au théâtre ce soir » dans mon douillet Berry et le coupé Peugeot 504 de mon grand-oncle garé devant le chai. À la direction d’une banque ou d’une administration, Daniel Ceccaldi se coulait dans la peau des autorités quand celles-ci avaient encore un peu de prestance. Mais, c’est en estivant indisposé, trop entreprenant et rouleur de mécanique que je pense à lui en cette fin juillet.

Dans « L’Hôtel de la plage » de Michel Lang en 1978, sur une partition déchirante de Mort Shuman, il déployait son charme ébréché. Cette année-là, les vacances commençaient mal. En arrivant dans son habituelle pension bretonne, il avait accroché le bateau qu’il tirait avec son Alfa-Romeo Duetto Coda Tronca blanche. Et son petit neveu le narguait…


Karel Čapek, le Covid et l’Ukraine

Certaines œuvres littéraires sont parfois prophétiques, à l’instar de la pièce La Maladie Blanche, écrite peu avant la Seconde guerre mondiale, par Karel Čapek. Celle-ci résonne étrangement avec les épreuves tragiques que le monde traverse aujourd’hui: Covid et guerre en Ukraine.


« De la “guerre” contre le virus à l’amnésie, de la psychose collective à l’oubli total : mais comment se fait-il que nous soyons passés aussi vite à autre chose au sortir d’une crise sanitaire qui a pourtant provoqué, outre le nombre de morts, de si gros dommages psychologiques, sociaux et politiques ? » se demande le philosophe Abdennour Bidar, dans Le Monde du 14 juin, qui s’inquiète que cela n’ait pas été réellement pensé.

Peut-être, comme souvent, faut-il s’en remettre à la littérature pour répondre. Une pièce de Karel Čapek, La Maladie blanche, jouée en 1937, offre de troublantes analogies avec la pandémie que nous avons traversée depuis plus de deux ans et, cerise sur le gâteau, avec la guerre en Ukraine. Čapek, à qui on doit l’invention du mot « robot », imagine d’abord une épidémie venue de Chine, la maladie de Tcheng « qui gagne le monde entier comme un raz-de-marée. Oui, en Chine, presque chaque année, on voit surgir une maladie nouvelle et intéressante – c’est la pauvreté qui fait ça –, mais jusqu’à présent aucune n’a eu le succès de la maladie de Tcheng. C’est vraiment la maladie du moment. »

Au-delà de l’analogie géographique, ce que Čapek montre dans sa pièce, c’est qu’une pandémie est aussi liée à une époque dont elle révèle les contradictions et les craintes. Le Covid-19 a été « la maladie du moment », en montrant par exemple l’effet facilitateur de la mondialisation dans la manière dont il s’est répandu, mais aussi la mise en doute de la parole scientifique. On trouve ainsi dans La Maladie blanche des personnages prêts à tuer les médecins tenus pour responsables de la situation sanitaire.

Il est vrai, chez Čapek, que le scientifique qui a trouvé le remède ne veut le donner que si le Maréchal, un dictateur ubuesque, ne s’engage pas dans la guerre qui semble être son désir le plus cher : « N’ayez plus peur, il existe un remède à présent. Obligez vos dirigeants à signer un pacte de paix éternelle, à conclure un traité avec tous les pays du monde. Et c’en sera fini de la maladie blanche. »

A lire aussi: La surprise du chef du Kremlin

Le Maréchal déclenche, malgré tout, les hostilités contre ses voisins mais la guerre, qui devait être éclair, s’enlise. Et nous voilà renvoyés au conflit ukrainien, au mot près : « Ils ont commencé à se défendre, comme des enragés. Nous avons remporté des succès, mais l’attaque de la capitale a échoué. Nous avons perdu quatre-vingts avions… À la frontière, les chars ont rencontré une forte résistance. »

Čapek, qui meurt en 1938, imagine une fin presque heureuse à sa pièce. C’est bien là, hélas, la seule erreur de l’écrivain qui nous force aujourd’hui à repenser, en quelque sorte de manière rétroactive, l’étrange coïncidence des grandes catastrophes qui s’annulent seulement dans l’amnésie médiatique mais qui, dans la réalité, ont une fâcheuse tendance à se superposer.

La Maladie blanche

Price: ---

0 used & new available from

Françoise Sagan au cœur des années soixante


Françoise Sagan publie La Chamade en 1965 chez Julliard. Ce roman, sur lequel elle a beaucoup travaillé, narre l’histoire de Lucile, jeune femme oisive d’une trentaine d’années, qui vit avec Charles, homme d’affaires plus âgé qu’elle et très riche. Ils évoluent dans un petit milieu parisien parfaitement mondain, fait de dîners en ville, de sorties en tout genre, de vacances à Saint-Tropez. Lucile aime cette vie insouciante, qui correspond à son tempérament hédoniste. « Elle se sentait parfaitement irresponsable », écrit Sagan.

Anatomie d’une passion

Lors d’un dîner où elle se trouve avec Charles, Lucile rencontre Antoine, jeune homme très séduisant mais désargenté. Il est l’amant de Diane, mondaine sur le retour, pour qui Antoine fait presque figure de démon de midi. Lucile et Antoine, liés par leur jeunesse, tombent amoureux l’un de l’autre, au grand dam de leurs conjoints respectifs. Ils vont vivre cette relation d’abord en cachette, puis au grand jour. Sagan, dans ce roman, nous fait une extraordinaire description de la fascination charnelle qui entraîne Lucile et Antoine jusqu’au bout de la volupté. La romancière souligne à maintes reprises cette intensité érotique, certes en des termes tout à fait classiques, mais expressifs : « ils murmuraient en les redécouvrant, écrit Sagan de leur première étreinte, les mots crus, maladroits et puérils de l’amour physique et l’orgueil, la reconnaissance du plaisir donné, reçu, les rejetaient sans cesse l’un vers l’autre ».

A relire: «Morella»: Edgar Poe ou la femme comme psychose

Sagan insiste sur la personnalité de Lucile, « épicurienne, insouciante et plutôt lâche ». Elle évoque même : « La paresse de Lucile, sa capacité énorme à ne rien faire… » Avant de rencontrer Charles, elle avait été embauchée dans un journal: « Elle n’y travaillait presque plus et, en fait, on ne savait absolument pas ce qu’elle faisait dans la journée. » Sagan, par petites touches, décrit admirablement cette apathie chez le personnage de Lucile, son désœuvrement. C’est probablement le thème central de son roman. Quand Antoine, lorsqu’ils vivront ensemble un bref laps de temps, lui trouve un emploi d’archiviste, Lucile se débrouille pour vendre à un joaillier un collier que lui avait offert Charles, et ne plus se rendre au bureau. En fait, Lucile est par excellence « une femme entretenue », ce que lui reproche d’ailleurs Antoine, qui a très bien saisi cet aspect de sa personnalité.

La douceur de vivre

Lucile est typique de son époque, les années 60, où la douceur de vivre prédominait, et où le travail n’était pas encore l’objet d’une compétition féroce. Dans La Chamade, Sagan défend très nettement le parti pris de Lucile. En ce sens, ce n’est certainement pas un roman féministe, au sens moderne du terme, même s’il montre la femme au centre des relations sociales, et profitant d’une certaine liberté, grâce au rôle que les hommes lui reconnaissent.

La question de la prostitution se pose, Sagan ne la dissimule pas, sans en faire un repoussoir. Lucile ne saurait sans doute être comparée à Danaé, emprisonnée dans sa tour d’airain, et accueillant Zeus sous la forme d’une pluie d’or. Elle demeure énigmatique, dans une sorte de marginalité que le roman met bien en relief, au détour de phrases nombreuses, telle celle-ci : « Elle n’était ni une courtisane, ni une intellectuelle, ni une mère de famille, elle n’était rien. »

A relire: «Banc» de Catherine Lacey: le roman de l’extrême fragilité

Un monde disparu

On sait comment l’histoire finit (le roman de Sagan a été adapté au cinéma par Alain Cavalier en 1968, avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli). Lucile tombe enceinte d’Antoine. Désemparée, dépourvue d’argent, elle se tourne vers Charles, qui accepte de l’aider à se faire avorter. Et finalement, un peu plus tard, elle reviendra à lui complètement, résolument, et sa belle histoire d’amour avec Antoine ne sera plus qu’un beau souvenir.

« Elle se sentait snob, nous dit Françoise Sagan, d’un snobisme définitif et exaspéré. » Ainsi se clôt ce très joli portrait d’une femme dont, aujourd’hui, n’existe plus guère d’exemples sous nos latitudes. Le bon temps est passé, penseront les nostalgiques. La Chamade est une indiscutable réussite romanesque. Françoise Sagan, avec sa sensibilité féminine à l’écoute, a su y représenter un monde qui était sur le point de disparaître, et le faire revivre à notre adresse comme une bénédiction !  

Françoise Sagan, La Chamade. Éd. Julliard, 1965. Disponible en poche chez « Pocket ».

Quand elle n’instrumentalise pas la rafle du Vel d’Hiv, la Nupes entretient la détestation d’Israël

1
Jérôme Guedj, député socialiste, condamne l'initiative de députés d'extrême gauche accusant Israël d'apartheid © Adrien Fillon / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Alors que Mathilde Panot vient de susciter un tollé, suite à sa récupération partisane, très malvenue, de la rafle du Vel d’hiv’, plusieurs députés de la Nupes signent une proposition de résolution visant à faire condamner l’État hébreu par la France pour « apartheid ». Le député socialiste de l’Essonne Jérôme Guedj s’en indigne, mais est bien le seul.


Cultiver la haine à l’égard d’Israël au nom de l’amour de la Palestine est une posture très fréquente à l’extrême-gauche. C’est d’ailleurs un de de ses facteurs de convergence idéologique avec les islamistes. Aujourd’hui, cette extrême-gauche est dominante au sein de la Nupes, elle y impose ses thèmes. D’où le dépôt, à l’Assemblée nationale, d’une résolution commune associant des députés PCF, LFI, EELV et PS « condamnant l’institutionnalisation par Israël d’un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien ». Celle-ci n’a aucune chance de passer, mais ses promoteurs s’en moquent : il s’agit ici d’entretenir leur clientèle en flattant ses pires obsessions. En reprenant l’argumentaire islamiste et la mystique entretenue autour de Palestine comme symbole de la persécution des musulmans par les Juifs avec la complicité de l’occident, elle espère capter et fidéliser le vote communautariste. Et peu importe si cela met en danger les Français de confession juive, victimes de l’instrumentalisation de ce conflit et de son importation à des fins de déstabilisation politique.

Cela a fait réagir le socialiste Jerôme Guedj sur Twitter. Il dénonce « ces 24 pages (qui) transpirent la détestation d’Israël », réfute l’accusation d’apartheid et affirme que le PS n’est pas du tout sur ces positions. On ne peut mettre en doute son indignation, mais on ne peut que constater le silence d’Olivier Faure, lequel, en bon supplétif, semble être devenu incapable de défendre un quelconque principe s’il contrarie le vent dominant…

À lire aussi, Béatrice Brugère: Djihad d’atmosphère: pour la justice, des crimes sans nom

Pourtant, cette résolution, qu’ont notamment signée le communiste Fabien Roussel, les Insoumis Adrien Quatennens et David Guiraud, la socialiste Christine Pires-Beaune ou les écologistes Sabrina Sebaihi et Aurélien Taché ne peut être qualifiée que d’indigne.

Une accusation d’apartheid destinée à semer la haine

Sur le fond, l’argumentation de cette résolution ose toutes les outrances. Or l’apartheid a une définition précise, c’est un régime de ségrégation basé sur la race. En Afrique du Sud, les relations sexuelles étaient par exemple interdites entre Blancs et Noirs, ils ne pouvaient vivre dans les mêmes quartiers, ne pouvaient utiliser les mêmes moyens de transport ou fréquenter les mêmes hôpitaux… En Israël vivent deux millions de Palestiniens, ils ont la nationalité israélienne. L’arabe est une langue officielle au même titre que l’hébreu. Les Arabes israéliens ont le droit de vote, ils ont des députés qui siègent à la Knesset, l’Assemblée nationale du pays. Des Arabes israéliens occupent des postes élevés dans la fonction publique, les travailleurs arabes bénéficient des mêmes salaires et avantages sociaux que les travailleurs israéliens. Arabes et Juifs fréquentent les mêmes universités, vont dans les mêmes hôpitaux, ils ont les mêmes droits que les citoyens israéliens. Quant à l’accusation de génocide qui est sous-jacente à la résolution et présente dans le discours de trop de pro-palestiniens, quelques chiffres : les réfugiés palestiniens étaient 500 à 700 000 en 1949, ils sont 6 millions aujourd’hui ; le conflit Israélo-palestiniens a fait 10 000 morts en 20 ans, la guerre en Syrie a fait plus de 350 000 morts en sept ans. La communauté arabo-musulmane représente 20% des citoyens d’Israël, en revanche, dans les pays arabes il n’y a quasiment plus de communauté juive. Pour répondre à l’accusation d’illégitimité de la présence juive, il suffit enfin de rappeler qu’historiquement, cette terre fut juive avant même d’être romaine et que le texte commun aux trois religions monothéistes raconte l’histoire des Juifs, de leur installation en Palestine et des conquêtes qu’ils subirent.

À lire aussi, Céline Pina: Le lynchage des policiers lyonnais restera-t-il impuni?

Quand on en revient au factuel, les représentations délirantes de ceux qui instrumentalisent la cause palestinienne pour prôner en réalité la haine des Juifs s’effondrent. D’ailleurs leur indignation et leur humanisme sont parfaitement simulés. En effet, aucun de ces élus ou des forces politiques auxquels ils appartiennent n’a songé par exemple à déposer un projet de résolution quand on a découvert qu’il existait des marchés d’esclaves en Libye. Il se trouve aussi que nombre de pays arabes de la région ne sont pas des démocraties et refusent l’égalité. Ils la refusent au nom de l’appartenance ethnique ou religieuse, ils la refusent aux femmes au nom de leur sexe. Ils persécutent les homosexuels, les athées… Mais cela ne dérange aucune des bonnes consciences, si promptes à dénoncer des apartheids imaginaires et à ne pas voir les ségrégations réelles.

Pourquoi une telle haine envers Israël?

Alors pourquoi une telle haine contre Israël ? Pourquoi une telle obsession de la Palestine dans la propagande d’une certaine gauche et surtout dans celle des Frères musulmans ? Cela s’explique notamment parce que le Proche et Moyen Orient sont considérés comme terre d’Islam, donc territoire sacré et que la présence de l’État juif est insupportable avec cette volonté d’hégémonie. Alors que le discours européen sur la situation commence et se termine toujours par l’invocation de la création de deux États, il le fait en niant la situation réelle : la plupart des pays arabes ne veulent pas d’une solution avec deux États et ceux qui connaissent la région le savent parfaitement. Mais ce discours permet de se donner bonne conscience et d’éviter les sujets qui fâchent. Pour les États arabes, la présence d’un État juif est un blasphème. Il ne peut y avoir deux États car le refus de l’État d’Israël n’est pas politique, il est religieux et on ne compose pas avec le sacré. Tant que le rapport de force est assumé par Israël et que l’État hébreu est vu comme capable de se défendre, il pourra continuer à exister, sinon il n’est entouré que de prédateurs potentiels. Les accords d’Abraham ne changent rien à cela. Aucun pays arabe, aucun islamiste ne veut de la solution des deux États. Israël doit être éradiqué, c’est même un devoir pour un croyant, un fiqh, une obligation sacrée.

Pourquoi une certaine gauche s’associe-t-elle à ces marchands de haine ? Parce que ceux-ci utilisent l’État juif pour faire le procès d’un Occident responsable de son existence et de sa perpétuation. La haine d’Israël devient assez rapidement procès de l’Occident et de ses valeurs. Elle peut donc être instrumentalisée en faveur de la révolution dont rêvent ces gauchistes. Une révolution qui n’est que destruction car ces révolutionnaires de salon n’ont aucun projet de société à proposer. Ils ne font que rechercher des coupables pour canaliser à leur profit la rancœur et la colère qu’ils génèrent.

Céline Pina © Bernard Martinez

Des députés qui participent à la montée de l’antisémitisme en se prenant pour des justiciers

Jérôme Guedj pose ainsi la bonne question en indiquant qu’il ne comprend pas « en quoi une telle mise au ban d’un Etat fait avancer d’un millimètre la paix ? ». La réponse est dans la question. Mais, surtout, les promoteurs de ce texte se moquent éperdument de l’influence de leur résolution sur la situation au Moyen-Orient. Ils savent parfaitement qu’elle est nulle. Ils sont là pour se donner une stature morale à peu de frais. Dans les faits, ils ne font qu’alimenter et justifier la montée de l’antisémitisme dans sa composante arabo-musulmane, alors qu’ils prétendent le combattre quand il émane de l’extrême-droite.

À ne pas manquer, notre numéro de l’été, en vente: Causeur: Silence, on égorge

Mais il y a bien pire, les mensonges et l’idéologie qui imprègnent tout le texte ont pour vocation de semer la haine et y arrivent très bien. Il se trouve qu’il n’y a pas si longtemps, en 2014, les cris de « Mort aux Juifs » ont résonné dans les rues de Paris et ont entraîné de grandes violences à Sarcelles. Or ce sont des manifestations pro-palestiniennes, soutenues par la gauche qui ont été à l’origine de cette désinhibition de la haine des Juifs. Aujourd’hui ce type de discours est toujours aussi virulent chez nombre de militants pro-palestiniens, mais tout le monde fait semblant de ne rien entendre et de ne rien comprendre. Pourtant les violences que subissent les Français de confession juive sont liées à cette propagande victimaire et haineuse. On le constate via le fait qu’ils ne représentent que 1% de la population et entre 40 et 50% des agressions liées à la religion. Cela est corroboré par le fait que les enfants juifs dans certains territoires ne puissent être accueillis à l’école de la République. Enfin qu’il existe une alya interne : les communautés juives chassées par les tensions liées à la forte influence des islamistes et au regain de l’antisémitisme, quittent les banlieues de l’est de la région parisienne pour se réfugier à l’ouest.

Cette résolution illustre parfaitement ce phénomène. Ce texte reprend tout l’argumentaire déployé par les islamistes tendance Frères musulmans pour alimenter la haine des Juifs. Persuadés que ces derniers jouissent d’une forme de privilège que leur confère la Shoah, il tente de transformer les victimes en bourreau, donc les juifs en avatars de nazis. Voilà pourquoi ils tiennent à mettre en avant le terme d’apartheid et la notion de crime contre l’humanité : les Juifs ont été victimes du racisme des Nazis et d’un crime contre l’humanité ? Il faut alors ancrer l’idée qu’aujourd’hui ce sont eux les racistes, donc eux qui commettent un crime contre l’humanité. La démarche est abjecte, mais elle est pourtant parfaitement assumée. Elle sème la haine et la violence, mais ses promoteurs se prennent pour des justiciers. Tous ceux qui ont signé ce projet participent à la mise en danger des Français de confession juive. Ils exposent une partie de nos concitoyens pour assurer la rente de pouvoir et d’avantages que leur confère le clientélisme communautariste. Ils sont la honte de la politique.

Ces biens essentiels

Price: ---

0 used & new available from

Nous avons plus que jamais besoin du Rock’n’Roll

0
Les Rolling Stones, Paris Longchamp, 24 juillet 2022 © Jacques Witt/SIPA

Notre chroniqueur revient enthousiaste du grand concert parisien des Stones.


Samedi soir, les Rolling Stones ont enflammé l’Hippodrome de Longchamp, à Paris, dans le cadre de leur tournée européenne célébrant une carrière explosive de soixante ans. Cinquante mille spectateurs étaient venus les acclamer.

Dans un français impeccable, Mick Jagger se fendit d’une petite plaisanterie en prétendant avoir rejoint l’hippodrome à vélo, en compagnie d’Anne Hidalgo. Les milliers d’éclats de rires et de sifflets ne se firent pas attendre. Déjà à Amsterdam, la légende du rock de 78 ans avait mis un coup de Boots dans la fourmilière en affirmant le soutien du groupe aux agriculteurs néerlandais manifestant massivement dans tout le pays. Intenable, inconvenant et libre, comme tout rockeur qui se respecte se doit de l’être…

Le rock grand-remplacé

On est parfois tenté de dresser un parallèle entre l’époque où le Rock’n’roll est né et la nôtre. L’Amérique d’Eisenhower était engoncée dans un conformisme moderne et aseptisé qui fut beaucoup raillé au cinéma et dans la littérature. Lisse et profondément moralisant, le mode de vie d’après-guerre érigeait le progrès technologique en avenir indépassable et considérait la moindre critique de l’ordre établi comme une déviance anti-patriotique et dangereuse, bien que probablement marginale. C’était l’époque où l’on traitait de beatnik tout jeune homme refusant de porter une cravate.

A lire aussi, Sophie Bachat: Les Rolling Stones, c’est lui!

Les premiers déhanchements d’Elvis Presley et les cheveux longs des Beatles vinrent bousculer cette société nécrosée et les groupes de rock devinrent en un rien de temps les héros et les sauveurs de plusieurs générations.

Le rock fut ainsi, durant cinq décennies, la voix d’une jeunesse qui rejetait les repères qu’on souhaitait lui inculquer, dans l’espoir de faire de nos charmantes têtes blondes de bons petits soldats.

On remarquera que le monde occidental redevenait tranquillement plus conformiste et bien-pensant au fur et à mesure que les premiers rockeurs décanillaient les uns après les autres. Probablement le prix à payer pour leur joyeuse vie de débauche…

Le rock a d’abord laissé la place à la pop, plus commerciale et beaucoup moins rebelle, avant que le rap ne permette aux jeunes bourgeois de s’encanailler en jouant les caïds des banlieues. Force est de reconnaître qu’en 2010, le rock ne faisait plus autant recette que la nouvelle soupe électronique en boîte, mixée en MP3 et épicée à l’auto-tune. Le rock serait donc devenu une musique gentiment ringarde pour les nostalgiques des décennies libres et insouciantes de la fin du XXème siècle.

A lire aussi, Sarah Mimon: Et Dieu créa l’arche de B.B.

Saine colère

Et pourtant… Comme notre époque de moraline mièvre, d’incitation à la bienveillance, d’altruisme chiqué et de balades en trottinettes aurait besoin des Sex Pistols ! Si le batteur Sid Vicious est – évidemment – mort d’overdose, leur chanteur, Johnny Rotten (John Lydon), demeure un artiste très écouté et respecté outre-Manche. Peu soucieux des petits pouvoirs dans le monde du divertissement, il fut l’un des premiers à dénoncer les actes du présentateur britannique pédophile Jimmy Savile. Comme il le répétait dans son titre de 1986, Rise : “Anger is an energy”. La colère est une forme d’énergie.

Aussi commerciaux soient-ils, les Rolling Stones ont eux aussi toujours tiré la langue et levé le doigt le plus long devant les donneurs de leçons en tout genre. À un journaliste qui demandait à leur guitariste Ronnie Wood si ses excès lui avaient attiré de nombreux problèmes, ce dernier répondit : “Non, ça m’a surtout attiré d’innombrables plaisirs !”.

Il faut lire l’autobiographie de Keith Richards, Life, pour se convaincre que l’expression Sex, Drugs and Rock’n’ Roll n’est pas qu’un simple slogan. Devant un tribunal américain l’accusant de transporter de la drogue, le guitariste indolent aux yeux charbonneux et au ricanement de pirate avait calmement expliqué au jury très collet monté de l’époque : “Il faut que vous compreniez : j’ai juste une vie très différente de la vôtre.”

A lire aussi, Jacques-Emile Miriel: Françoise Sagan au cœur des années soixante

Nous avons plus que jamais besoin de cet anticonformisme ludique qui se rit des convenances. De ce cri d’adolescent indigné qui voit dans la société qui l’entoure un troupeau de moutons épris de leur berger. De ces bandes de filles et de garçons assumant la brutalité de leurs pulsions, peu effrayés à l’idée de rouler des pelles à des étrangers comme de renvoyer dans les ronces ceux qui les toisent d’un peu trop haut. Nous avons besoin de jeunes gens sensuels et irrévérencieux, ivres de musique et de poésie, plus attachés à leur liberté qu’à leur confort. C’est ça, l’esprit du Rock’n’Roll. Qu’il soit Rockabilly, Punk, Glam ou Hard.

Les nombreux groupes qui naissent actuellement aux États-Unis comme dans d’autres pays plus étonnants (la Finlande, la Belgique ou même l’Inde !) sont en train de donner tort à ceux qui voyaient dans cette musique une mode aujourd’hui passée. Le vieux tube “We’re not gonna take it !” des Twisted Sisters devint même en 2021 le chant de révolte des Australiens épuisés par les confinements à répétition.

Les Rolling Stones, ces grands-pères aussi vifs et insolents que des mômes de vingt ans, semblaient samedi soir jouer les éclaireurs et tenter d’inspirer la relève, en semant la joie et la volonté de vivre dans notre époque à bout de souffle. Le public parisien, timide au début du concert, reprit progressivement du poil de la bête. Notre société actuelle a désespérément besoin de cette force motrice que l’on retrouve dans certains types de musique. C’est pourquoi le Rock’n’ Roll n’a pas dit son dernier mot.

Ariel Pink, rock star trumpiste

0
Ariel Pink, au Primavera Sound, un festival de musique se tenant à Barcelone, le 2 juin 2018 © Adela Loconte/Shutterst/SIPA

De la gloire à l’effacement, il n’y a qu’un pas rapide à franchir à notre époque. Ariel Pink en est la parfaite illustration. Roi couronné de la scène rock indépendante américaine, officiant dans un registre psychédélique et lo-fi de grande qualité, il est aujourd’hui condamné au purgatoire des rockeurs maudits, bien après ses 27 ans, et sans être mort d’overdose. Son crime ? Ses opinions politiques.


Né le 24 juin 1978 à Los Angeles, comme tant d’autres petits génies avant lui, Ariel Marcus Rosenberg est un curieux trait d’union stylistique entre David Bowie et R. Stevie Moore. Glamour et fantasque, plus intelligent que la moyenne, celui qui s’est fait appeler Ariel Pink n’est pas un militant LGBT, mais bien un artiste authentiquement transgressif, indépendant et sans concession. Le genre à faire fantasmer les grandes maisons de couture, les publicitaires, et le cinéma américain qui s’expose tous les ans au festival de Sundance avec son look qu’on croirait sorti d’un film de Larry Clark, d’Harmony Korine ou encore de Jim Jarmusch.

Chancelante Amérique

Au faîte de sa gloire, il avait même été choisi pour être l’un des visages de la collection automne-hiver 2013 Yves Saint-Laurent conçue par Hedi Slimane, au côté, excusez du peu, de Marilyn Manson, Courtney Love et de l’immense Kim Gordon (Sonic Youth). Vêtu d’un perfecto noir griffé Saint-Laurent, les cheveux peroxydés dans l’esprit du Kurt Cobain de la dernière période, Ariel Pink s’imposait alors comme une icône indé ayant le potentiel de charisme suffisant pour pénétrer dans les sphères les plus grands publics.

Quand on lui demande s’il est encore possible d’être un artiste, un vrai, avec de la sensibilité voire du sublime, il nous répond d’un lapidaire « Non, question suivante ».  Puis il précise : « Il est évident que les hommes ne peuvent plus exister quand tout ce qui est humain a été effacé. Nous sommes les produits de nos erreurs. Un jour, tu finis par être lassé par une vie de péchés ». Sa musique, si américaine, si marquée par cette scène, qui, du Brian Jonestown Massacre à Sonic Youth en passant par son ami John Maus n’a jamais cessé de défier la culture des winners dominante dans le pays de l’Oncle Sam, est au fil du temps devenue  un portrait impressionniste et référencé d’une grande errance collective :

A lire aussi : La souris Mickey est devenue complètement folle

« Aujourd’hui, et peut-être déjà avant, les USA sont un sommet d’hypocrisie. Mais il n’y a rien de particulièrement nouveau ou de spécifique. Néanmoins, notre folie contemporaine est particulièrement troublante, je n’avais jamais expérimenté quelque chose de comparable au cours de mon existence. Ce pays était chancelant, mais il fonctionnait encore à peu près durant les quarante premières années de ma vie. J’ai 43 ans et ça n’est plus le cas. Je crois que les gens du reste du monde, en Europe particulièrement, commencent à se réveiller et à comprendre ce qui s’est passé lors des quatre dernières années. »

Présent au Capitole

Littéralement haï depuis son soutien à Donald Trump qui a culminé avec la publication de tweets en marge des protestations du Capitole, où il se trouvait avec John Maus, Ariel Pink ne regrette rien et se plairait presque dans ce nouveau rôle de vilain petit canard de la communauté des hispters, à l’image de ses amis humoristes de Million Dollar Baby expulsés du câble américain pour des soupçons d’accointance avec l’« alt-right » : « Vous pouvez haïr Trump autant que vous voulez, mais je suis fier qu’il n’ait pas déclenché de guerre quand il était en fonction. Peut-être de manière domestique, enfin vous voyez ce que je veux dire. Il a été le premier président depuis Reagan ».

A lire aussi : Douglas Murray: l’Occident, le coupable idéal

Curieux de connaître l’avis de son interlocuteur sur Donald Trump, il est surpris que je ne le voue pas aux gémonies, lui déclarant que son authentique inauthenticité était en fin de compte plus saine et plus humaine que l’inauthentique authenticité de ses adversaires : « Oui, c’est exactement ça. Mon sentiment est que nous basculons dans une forme de néo-totalitarisme. Si se poser des questions n’est plus un droit, si un président est expulsé de Twitter, si vous ne pouvez plus dire que 2 et 2 font 4 : où vivons-nous ? Alors, nos dirigeants ne sont pas des génocidaires en puissance. Biden n’est pas Hitler. Je ne crois d’ailleurs pas que notre constitution ou notre système politique soient des problèmes. Ça ne me pose pas de problème d’avoir un président démocrate. En revanche, nos dirigeants sont décevants, dangereux. Ils trouvent des distractions pour cacher leurs guerres, leurs mauvaises politiques. Ils veulent récupérer leur cash et fermer le casino ! »

« Aux Etats-Unis, votre Houellebecq aurait été cancelé »

Amer, il confie que son art est une « condamnation à mort » plutôt qu’un guide de survie dans l’Amérique woke. « Vous savez, je ne suis plus autorisé à participer à l’industrie musicale. Je peux toujours vendre ma musique sur Bandcamp ou Spotify. Mais je ne peux plus en faire la promotion. La presse ne chronique plus mes disques. Je ne peux plus séduire de nouveaux auditeurs et les artistes mainstream ne citeront plus jamais mon nom, puisqu’ils ont enregistré qu’ils perdraient leur carrière s’ils me défendaient. J’aime bien votre romancier Houellebecq, aux Etats-Unis je crois qu’il aurait déjà été effacé. J’espère que la France le laissera en paix », ajoute-t-il.

A relire, Jeremy Stubbs: La morte du Capitole: ni terroriste, ni martyre

Alors qu’il avait tout pour plaire au mouvement LGBT, avec son look très glamrock, qu’il a aussi enregistré avec des artistes de funk afro-américains dont il est un grand admirateur, Ariel Pink est désormais un homme à abattre. Peut-être le réac le plus décalé du monde actuel, il n’a plus peur de rien : « Les mouvements antipoliciers, MeToo, les LGBTQ,  les mouvements écologistes ou BLM sont des demandes de rançon du parti démocrate, une façon de nous demander de vendre nos âmes. La façon dont Sam Hyde a été effacée est ironiquement amusante. Le public comprend avec plusieurs années de retard à quel point leurs sketchs étaient réalistes, notamment celui où il s’était incrusté dans un Ted-X avec une foule de tech-entrepreneurs qui buvaient ses paroles alors qu’il se moquait ouvertement d’eux ».

Un peu conspi, voire beaucoup, Ariel Pink est surtout un véritable artiste. N’ont-ils pas tous, du moins les plus grands, un grain de folie ? Une folie qui recèle toujours une part de vérité.

Le non du peuple

Price: ---

0 used & new available from

François-Xavier Bellamy (LR): «Je n’ai jamais cru au « en même temps ». La politique, c’est l’exercice du choix!»

0
Laurent Wauquiez et François-Xavier Bellamy à Lyon, mai 2019 © Nicolas Liponne / NurPhoto

Entretien vidéo avec François-Xavier Bellamy, député européen (LR)


Dans ma série d’entretiens « Bilger les soumet à la question », je ne pouvais pas éviter cette belle intelligence de LR, fidèle à son parti, François-Xavier Bellamy.

Les règles qui président aux échanges que j’ai créés en 2015 – volonté d’effacement du questionneur, l’invité n’est jamais interrompu dans ses réponses, une durée de 55 minutes sans montage – étaient particulièrement adaptées à cette personnalité dont la formation philosophique et la finesse d’esprit n’étaient pas contradictoires avec des analyses politiques sans fard sur la droite, son avenir, les causes de ses échecs et la responsabilité de Nicolas Sarkozy.

À lire aussi, Céline Pina: Quand elle n’instrumentalise pas la rafle du Vel d’Hiv, la Nupes entretient la détestation d’Israël

Cet alliage rare entre la passion du concept pour éclairer la pratique et un pragmatisme lucide nourri d’une profonde réflexion est trop rare dans notre univers partisan de droite comme de gauche, les extrêmes comprises, pour que je ne lui fasse pas un sort. Le futur devra compter avec lui.

A lire aussi: Bruno Retailleau: tout est faux dans le macronisme

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).


« Nous sommes tous responsables de l’état de la Cité ! » (…) « La société du spectacle a transformé la politique, c’est une question majeure »

« Promettre la fin des clivages était le plus grand des mensonges »

« La gauche veut transformer. Plus modestement, la droite veut transmettre… »

Djihad d’atmosphère: pour la justice, des crimes sans nom

0
Conférence de presse de Jean-François Ricard, directeur du Parquet national antiterroriste (PNAT), après l’assassinat de Samuel Paty, Paris, 21 octobre 2020 © AP Photo/Lewis Joly/SIPA

La zone grise entre terrorisme et maladie mentale entretient un flou juridique. De plus, la qualification d’entreprise terroriste individuelle sans préméditation n’est pas prévue par la loi. La justice ne sait comment traiter ce « loup solitaire » qui frappe sur un coup de tête.


Alors que toutes les attentions se sont portées sur le procès du Bataclan, le meurtre récent par égorgement à Marseille d’un médecin militaire doit nous interroger sur la menace terroriste endogène et son traitement par la Justice. Peu de médias s’y sont intéressés, mais les faits sont malgré tout connus : le 10 mai dernier, un médecin militaire de 41 ans, le docteur Alban Gervaise, a été agressé et frappé au couteau alors qu’il allait chercher ses enfants à l’école. Il est mort des suites de ses blessures le 27 mai. Son meurtrier, d’origine maghrébine, déjà connu des services de police, mais non fiché S, aurait proféré des imprécations islamistes en le frappant. Interpellé grâce au courage de quelques passants, l’homme a été mis en examen et écroué pour meurtre.

A lire aussi, Elisabeth Lévy : Mort sans la France

Fin de l’histoire ? Assurément non ; et si cette tragédie en dit déjà beaucoup par le silence que lui ont opposé la grande majorité des médias, la quasi-totalité des politiques et l’unanimité des faiseurs d’opinion, elle révèle surtout une importante zone grise au confluent inquiétant du terrorisme et de la maladie mentale.

Il est bien sûr trop tôt pour tirer des enseignements définitifs de ce drame. Deux choses apparaissent toutefois : le mobile terroriste n’a pas été retenu et l’irresponsabilité pénale pour trouble mental sera tôt ou tard questionnée. Or c’est bien à la croisée de ces deux dimensions que se situe un défi redoutable pour les forces de sécurité et la justice.

Le caractère terroriste d’un crime, difficile à établir

En ce qui concerne la dimension terroriste, tout acte de cette nature donne nécessairement lieu à une évaluation de la part du PNAT (parquet national anti-terroriste) qui va déterminer s’il se saisit ou non, avec d’importantes conséquences en termes d’augmentation des moyens d’enquête et d’aggravation des peines encourues mais aussi de renseignement criminel. Le PNAT a ainsi décidé de ne pas se saisir du meurtre du docteur Gervaise, ce qui signifie que la dimension terroriste de l’acte n’est « à ce stade » pas constituée. Qu’est-ce à dire ? Juridiquement, que les faits n’apparaissent pas « en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Cela signifie également que rien, dans le comportement antérieur du meurtrier ne permettait d’établir par des indices précis (achat d’arme, entraînement, séjour suspect à l’étranger, consultation de sites djihadistes) qu’il avait formé à lui seul un projet terroriste.

A lire aussi, Hala Oukili: Attaques au couteau: le terrorisme à l’âge d’Uber

Mais sur le plan criminologique, cela signifie également que la perception pénale du djihadisme d’atmosphère théorisé par Gilles Kepel reste très incertaine et donne lieu à des saisines aléatoires du PNAT, en considération d’éléments de contexte dont la découverte peut ne pas être immédiate, la dissimulation étant une des stratégies des djihadistes. De plus, sur le plan du droit, la qualification juridique de l’entreprise terroriste individuelle, créée en 2014 comme nouvelle arme pour appréhender un acte terroriste sans rattachement nécessaire à une organisation, est un instrument qui pourrait convenir au phénomène dit du « loup solitaire » agissant seul, sauf que la loi ne la prévoit pas pour les crimes, mais seulement pour les délits incriminant les actes préparatoires. De plus, en termes d’efficacité pénale, la question est alors posée de savoir s’il n’est pas préférable de disqualifier des faits initialement poursuivis sous la qualification terroriste, plutôt que de surqualifier ultérieurement, si toutefois les preuves n’ont pas disparu entretemps, des faits auxquels on avait à l’origine dénié le caractère terroriste.

Il n’est à cet égard pas inutile de revenir aux raisons qui ont conduit à la création du PNAT, en particulier le renforcement de l’efficacité de la lutte antiterroriste et la détection en amont du phénomène.

L’abolition du discernement, un échappatoire pénal

La conjonction du terrorisme et de la psychiatrie constitue un autre défi majeur. Les règles générales de la responsabilité pénale s’appliquent à la matière terroriste de sorte que, si le discernement d’un terroriste est considéré par les psychiatres comme altéré ou aboli, il ne pourra être condamné que dans certaines limites dans le premier cas… et pas jugé du tout dans le second. Les craintes que l’on peut nourrir à cet égard portent moins sur les conditions dans lesquelles la responsabilité pénale est évaluée par les psychiatres que sur le fait que des organisations terroristes puissent inspirer ou utiliser sciemment des personnes atteintes de troubles mentaux, soigneusement endoctrinées et conditionnées pour passer à l’acte. L’affaire Sarah Halimi a déjà tristement illustré la difficulté du politique et du législateur à se départir de schémas idéologiques, allant jusqu’à rendre un même individu pénalement responsable pour s’être drogué… et irresponsable pour les faits qu’il commettrait sous l’emprise de la drogue.

S’il existe donc des cas où l’irresponsabilité pénale est incontournable, le problème se déplace alors vers la prise en charge psychiatrique de la dangerosité. Or, de ce point de vue, le plus grand flou règne, fondé sur une évaluation uniquement médicale. On ne saurait bien sûr reprocher aux médecins de tenter de soigner leurs malades, voire de considérer qu’ils sont guéris par le seul effet de traitements. Néanmoins, l’analyse pluridisciplinaire de la dangerosité psychiatrique et criminologique est largement absente dans un domaine qui, lui aussi, échappe le plus souvent à toute couverture médiatique.

A lire aussi, Benoît Rayski : Perpignan: voulez-vous savoir pourquoi Younes «n’a pas pu serrer la gorge d’un policier»?

L’ensemble de ces questions peut aussi être appréhendé par ses conséquences du point de vue des victimes. Victimes de criminels de droit commun, de terroristes, d’irresponsables, la douleur est la même. Mais l’enjeu politique de l’évaluation à la hausse ou à la baisse de la menace terroriste, sous ses formes les plus variées, et les conséquences juridiques qui en découlent nous obligent à une grande rigueur sur l’appréciation des qualifications terroristes retenues ou pas. Il est évident qu’une part de ce travail peut être soumise à des variations qui dépendent d’enjeux aussi complexes que la politique, la subjectivité et la compréhension fine des phénomènes nouveaux auxquels nous devons faire face. La plus terrible leçon de la mort du docteur Gervaise est de nous renvoyer à cette forme d’inégalité juridique et sociale face au crime.

Royaume-Uni: Truss et Sunak, des anciens collègues qui se déchirent

0
Rishi Sunak et Liz Truss lors d'un débat télévisé sur la chaîne ITV, le 17 juillet 2022 © Jonathan Hordle/ITV/Shutterstock/SIPA

Après un dernier vote des députés conservateurs, mercredi, l’ancien chancelier Rishi Sunak et la secrétaire aux Affaires étrangères, Liz Truss, se préparent pour une campagne estivale de choc.


Ce sont deux profils peu connus du grand public français. Et pourtant, l’un ou l’autre devra convaincre les adhérents du Parti conservateur qu’il est le plus compétent pour prendre la tête du parti Tory et surtout, le poste de Premier ministre…

D’ores et déjà, une difficulté se pose : comment prendre le relais de Boris Johnson, une personnalité aussi extravagante et populaire au sein du Parti conservateur ? Ni Liz Truss, ni Rishi Sunak n’ont un charisme comparable à celui de BoJo, les débats télévisés l’ont d’ailleurs bien montré. L’ancien Premier ministre, adepte des coups d’éclat, en aura d’ailleurs profité jusqu’au bout, en terminant son discours aux Communes par un « hasta la vista, Baby », accompagné des rires et des applaudissements de ses députés. Les deux compétiteurs se sont donc lancés dans une course sans merci pour le remplacer depuis maintenant deux semaines, et n’hésitent pas à se lancer des piques parfois sévères.

Liz Truss: la Thatcher du XXIe siècle

La Foreign Secretary s’est évertuée à reprendre les idées et les codes de l’ancienne Première ministre britannique, Margaret Thatcher (1979 – 1990), qui a tant marqué l’histoire de la Grande-Bretagne et du parti conservateur. A sa suite, Liz Truss souhaite incarner une ligne libérale assumée, en promettant avant tout des baisses d’impôts immédiates, dès son élection au poste de Premier ministre : « Nous ne pouvons continuer une gestion de l’économie fondée sur le business-as-usual. Nous sommes allés dans la mauvaise direction en augmentant les taxes qui sont à leur plus haut depuis 70 ans » déplore-t-elle dans une tribune au Daily Mail, faisant le pari, grâce à ses mesures, de vaincre le Labour en 2024. Truss a promis de « mener une politique conservatrice de baisses d’impôts, d’accroissement du dynamisme des entreprises et de mener une politique pro-business (business-friendly) ». On retrouve ici les arguments du principal soutien de Truss et ami de Boris Johnson, Jacob Rees-Moog, ministre d’Etat chargé des opportunités du Brexit et de l’efficacité du gouvernement, qui plaide en permanence en faveur d’une politique économique plus libérale.

A lire aussi : Le Royaume-Uni s’entend avec le Rwanda pour renvoyer ses clandestins

Liz Truss promet aussi de mettre fin à l’ensemble des lois de l’UE encore en vigueur dans le pays, ainsi que la réactivation du plan de remigration au Rwanda, interdit in extremis par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le mois dernier.

Depuis le début de la campagne, Truss a accusé son principal adversaire d’avoir mené des politiques « socialistes » en augmentant massivement les impôts pour financer son « quoi qu’il en coûte » durant la pandémie de Covid-19. Une mesure que l’ancien chancelier chargé des finances et du trésor justifie par la situation inédite provoquée par le Covid et la guerre en Ukraine.

Sunak: candidat de la compétence 

S’il ne peut se targuer d’avoir sensiblement amélioré l’économie ou les finances de la couronne ces trois dernières années, Rishi Sunak met en avant son expérience acquise comme chancelier. Sa connaissance des marchés, acquise à la banque d’affaires Goldman Sachs, entre 2001 et 2004, et ensuite auprès d’une série de fonds spéculatifs londoniens constitue, selon lui, un atout. En revanche sa hausse massive de la fiscalité, la plus élevée depuis les années 1960, pourrait bien le désavantager dans cette course.

A lire aussi : Contre mauvaise fortune, bon cœur, BoJo tire enfin sa révérence

En 2021, il avait annoncé une augmentation de  l’impôt sur les sociétés qui doit passer de 19% à 25% à partir d’avril 2023 pour les sociétés faisant plus de 294 000€ de bénéfices. Le travailliste, Jeremy Corbyn, avait proposé un taux à 26% et la moyenne européenne est aujourd’hui à 22%. Autant dire que les députés conservateurs n’ont pas tous apprécié ces mesures. Mais durant la campagne, Rishi Sunak, tout en restant prudent quant aux mesures qu’il prendrait en tant que Premier ministre, a admis que « le meilleur moyen d’acquérir de la croissance économique est de baisser les taxes et la bureaucratie et d’encourager l’investissement dans le secteur privé et l’innovation. » Dans une tribune au Daily Telegraph, il a promis de se montrer lui aussi l’héritier de Margaret Thatcher. Puisque finalement les deux candidats se réclament de l’héritage de Maggie, la campagne va dorénavant se jouer sur les personnalités plus que les idées !

Rishi Sunak était donné favori jusqu’à maintenant, mais ses chances semblent néanmoins diminuer. D’après un des derniers sondages auprès des militants conservateurs, 62% seraient prêts à voter pour Truss contre 38% pour l’ancien chancelier. Pourtant, ce dernier aurait plus la cote auprès de l’électorat britannique dans sa globalité. Les adhérents donneront leur verdict le 2 septembre et le résultat de leur vote sera connu le 5 septembre. En attendant, place à la campagne.

Au Pakistan, on convertit de force les chrétiennes

0
Meerab Palous D.R.

L’histoire est effroyable. Elle s’est déroulée fin juin à Faisalabad, une ville du Pakistan. Droguée par une amie musulmane, Meerab Palous a été enlevée et emmenée de force alors que ses parents dormaient tranquillement. Le lendemain, cette chrétienne de confession a été contrainte de se convertir à la religion musulmane et de se marier.


Lorsqu’ils ont découvert la disparition et la situation de leur fille, ses parents ont rapidement porté plainte. Contre toute attente, la police a refusé de l’enregistrer. Pour l’association Human Rights Focus Pakistan, « plus d’un millier d’incidents de ce type se produisent chaque année », sans que cela ne soit évoqué dans les médias internationaux.

Nos chers voisins

C’est le site Asia news qui a révélé cette affaire sordide. Meerab Palous est une jeune chrétienne pakistanaise de 15 ans. Au cours de la soirée du 22 juin, elle a été droguée avec des somnifères par Gulnaz, une amie et voisine musulmane qu’elle fréquente. Profitant que les parents de Meerab Palous dormaient, Gulnaz a appelé son demi-frère, Muhammad Asif. Tous deux ont enlevé la jeune fille, l’ont contrainte à se convertir et épouser son ravisseur. Lorsque ses parents se sont aperçus de la disparition, ils ont immédiatement porté leurs soupçons sur la fratrie et ont porté plainte à la police. Convoqués, la nouvelle famille de Meerab Palous a fourni un certificat de conversion volontaire et de mariage. La police a donc refusé d’enregistrer la plainte des parents. Ils se sont tournés vers le tribunal, apportant les preuves que le document était faux, comportant diverses erreurs comme l’âge de leur fille, vieillie de trois ans de plus. Pour autant, l’affaire a été classée par la justice. 

A lire aussi : « En Iran, la peur a changé de camp: le régime des mollahs a peur de tomber »

Bien qu’il n’existe officiellement pas de « Chuhra », au Pakistan, des castes, ce terme est devenu progressivement péjoratif et désigne désormais les chrétiens. Une minorité religieuse qui représente à peine 2% de la population et qui réside principalement au Pendjab. Elle fait l’objet d’une forte discrimination, généralement reléguée à des postes de domestiques, éboueurs ou égoutiers (la Constitution leur interdit de prétendre aux fonctions de président ou de Premier ministre), le plus souvent dans des conditions professionnelles inhumaines. Des métiers que les musulmans trouvent indignes d’occuper. Très régulièrement, les chrétiens pakistanais sont les victimes d’attentats terroristes au sein même des églises qu’ils fréquentent. Ceux qui tentent de les protéger en font également les frais (en 2011, le gouverneur du Penjab qui avait osé prendre la défense de la jeune Asia Bibi, accusée de blasphème et dont l’affaire avait été médiatisée, est assassiné par son garde du corps). Entre 2015 et 2016, plus de 600 lieux de culte chrétiens ont été attaqués par des extrémistes musulmans, certains orchestrés par Daesh.

Des drames dans l’indifférence

Naveed Walter, président de Human Rights Focus Pakistan (HRFP), approché par les parents de Meerab Palous, a déclaré que cet énième cas était une nouvelle preuve de l’augmentation des enlèvements, des conversions et des mariages forcés dans le pays. Pour lui, la situation est devenue plus qu’alarmante, d’autant que c’est le troisième kidnapping de ce type en quelques semaines.  « Le gouvernement devrait prendre des mesures sérieuses pour protéger les filles chrétiennes et hindoues, considérées comme une cible facile. Selon les dernières estimations, plus d’un millier de cas d’enlèvement se produisent chaque année, et la plupart d’entre eux ne sont pas signalés » déplore ce défenseur des droits de l’homme, lassé d’être ignoré par la communauté internationale.

Source: Asia News.

Un été avec… Daniel Ceccaldi

0
Daniel Ceccaldi dans "L'hotel de la plage" de Michel Lang (1977) D.R.

« Je viens de faire 600 bornes alors si vous me lâchiez un peu »


Député UDR madré à la sous-classe préfectorale, flic de bureau en cravate bruni sous le maroquin, joli cœur fatigué et cocu magnifique, noblesse de robe ou cadre commercial dans la publicité naissante ; peu importe le rôle, le métier ou les époques ; à la télé, au théâtre ou au cinéma ; Daniel Ceccaldi a imposé son standing dans les comédies populaires des années 1970. Celui d’un aplomb sournois et puissamment comique qui élève le second degré au rang de beaux-arts. Vous le mettiez sur le perchoir, il faisait illusion dans la seconde. Mon vote lui était acquis ! Il aurait emporté toutes les majorités relatives avec sa façon d’emberlificoter la phrase et de brouiller les pistes. Il s’épanouissait dans les zones grises et les palabres sans fin.

A relire: Un été avec… Guy Marchand

Contre le ridicule des élites autoconsacrées

C’était un phraseur hors-concours, un embrouilleur hors-classe, un poseur splendide de certitudes, une parodie de technocrate gluant de suffisance avec ce qu’il y a de dérision, dans l’œil, pour sauver ses personnages de l’échafaud. Tant qu’il a été en vie, j’ai cru aux vertus de la technostructure et de l’expansion économique, d’une Europe bienveillante et du bipartisme équitable, des gentilhommières et des garçonnières, des vacances au Club et des points retraite. Depuis, je doute. Ceccaldi avait le sang-froid pour incarner le ridicule des élites auto-consacrées. Et puis, sous une intonation un peu plus appuyée et débonnaire, le public comprenait que nous étions au royaume de la blague. Du non-sens. De la farce boulevardière avec des accents « british », un genre inventé par Paul Meurisse, puis popularisé par Jacques François et Jean-Pierre Darras. Un genre très casse-gueule, à la lisière du pathétique et de la posture trop accentuée, laissant toujours filtrer cependant une nostalgie embuée. Comme si, en sous-texte, derrière le fracas des mots balancés avec assurance, il y avait une fêlure qui ne geint pas. Tout ça, était amené, sans gravité, sans larmes, avec une forme d’élégance et de dignité qui émeut. Même dans la poilade, une certaine tristesse transparaît chez les héros Ceccaldiens. Un monde disparu où des secrets jaunis et une attitude faussement hautaine permettaient d’avancer masqués. Le monde Ceccaldien était celui de l’anti-transparence, de la pudeur sous une couche de gloriole. La définition en somme d’un honnête homme, d’un acteur qui accepte de faire rire et ne déballe pas sa quincaille sentimentale au premier venu.

À l’aise dans tous les registres

L’humour est une chose trop sérieuse pour la confier aux saltimbanques pouêt-pouêt. Je comprends pourquoi les réalisateurs Pascal Thomas et Philippe de Broca, chantres d’un provincialisme de porcelaine l’ont si souvent engagé. Avec lui, le bon père de famille sautilleur, le notable hâbleur, un tantinet dragueur et prétentieux, ce fonctionnaire si scrupuleux et obséquieux tanguait, vacillait, puis virait dans la franche rigolade. On ne retrouvera plus cette race d’acteurs, à l’aise dans tous les registres, capables de danser le tango des zozos, de présenter une émission-jeu sur Antenne 2, de participer aux « Grosses Têtes » de Bouvard, d’enchaîner une dramatique après le tournage d’un film d’auteur, d’être un barbon du répertoire, un avocat véreux ou un ministre inquiet, de passer du tandem Barillet-Gredy à une superproduction d’Alain Delon.

A relire: Un été avec… Philippe Noiret

Quand j’entends son nom, ma vielle aux souvenirs se met en branle. Je revois Marie-José Nat, Sophie Desmarets, Pierre Mondy, Jean Poiret ou Robert Manuel, les représentations d’ « Au théâtre ce soir » dans mon douillet Berry et le coupé Peugeot 504 de mon grand-oncle garé devant le chai. À la direction d’une banque ou d’une administration, Daniel Ceccaldi se coulait dans la peau des autorités quand celles-ci avaient encore un peu de prestance. Mais, c’est en estivant indisposé, trop entreprenant et rouleur de mécanique que je pense à lui en cette fin juillet.

Dans « L’Hôtel de la plage » de Michel Lang en 1978, sur une partition déchirante de Mort Shuman, il déployait son charme ébréché. Cette année-là, les vacances commençaient mal. En arrivant dans son habituelle pension bretonne, il avait accroché le bateau qu’il tirait avec son Alfa-Romeo Duetto Coda Tronca blanche. Et son petit neveu le narguait…


Karel Čapek, le Covid et l’Ukraine

0
Karel Čapek (1890-1938) D.R.

Certaines œuvres littéraires sont parfois prophétiques, à l’instar de la pièce La Maladie Blanche, écrite peu avant la Seconde guerre mondiale, par Karel Čapek. Celle-ci résonne étrangement avec les épreuves tragiques que le monde traverse aujourd’hui: Covid et guerre en Ukraine.


« De la “guerre” contre le virus à l’amnésie, de la psychose collective à l’oubli total : mais comment se fait-il que nous soyons passés aussi vite à autre chose au sortir d’une crise sanitaire qui a pourtant provoqué, outre le nombre de morts, de si gros dommages psychologiques, sociaux et politiques ? » se demande le philosophe Abdennour Bidar, dans Le Monde du 14 juin, qui s’inquiète que cela n’ait pas été réellement pensé.

Peut-être, comme souvent, faut-il s’en remettre à la littérature pour répondre. Une pièce de Karel Čapek, La Maladie blanche, jouée en 1937, offre de troublantes analogies avec la pandémie que nous avons traversée depuis plus de deux ans et, cerise sur le gâteau, avec la guerre en Ukraine. Čapek, à qui on doit l’invention du mot « robot », imagine d’abord une épidémie venue de Chine, la maladie de Tcheng « qui gagne le monde entier comme un raz-de-marée. Oui, en Chine, presque chaque année, on voit surgir une maladie nouvelle et intéressante – c’est la pauvreté qui fait ça –, mais jusqu’à présent aucune n’a eu le succès de la maladie de Tcheng. C’est vraiment la maladie du moment. »

Au-delà de l’analogie géographique, ce que Čapek montre dans sa pièce, c’est qu’une pandémie est aussi liée à une époque dont elle révèle les contradictions et les craintes. Le Covid-19 a été « la maladie du moment », en montrant par exemple l’effet facilitateur de la mondialisation dans la manière dont il s’est répandu, mais aussi la mise en doute de la parole scientifique. On trouve ainsi dans La Maladie blanche des personnages prêts à tuer les médecins tenus pour responsables de la situation sanitaire.

Il est vrai, chez Čapek, que le scientifique qui a trouvé le remède ne veut le donner que si le Maréchal, un dictateur ubuesque, ne s’engage pas dans la guerre qui semble être son désir le plus cher : « N’ayez plus peur, il existe un remède à présent. Obligez vos dirigeants à signer un pacte de paix éternelle, à conclure un traité avec tous les pays du monde. Et c’en sera fini de la maladie blanche. »

A lire aussi: La surprise du chef du Kremlin

Le Maréchal déclenche, malgré tout, les hostilités contre ses voisins mais la guerre, qui devait être éclair, s’enlise. Et nous voilà renvoyés au conflit ukrainien, au mot près : « Ils ont commencé à se défendre, comme des enragés. Nous avons remporté des succès, mais l’attaque de la capitale a échoué. Nous avons perdu quatre-vingts avions… À la frontière, les chars ont rencontré une forte résistance. »

Čapek, qui meurt en 1938, imagine une fin presque heureuse à sa pièce. C’est bien là, hélas, la seule erreur de l’écrivain qui nous force aujourd’hui à repenser, en quelque sorte de manière rétroactive, l’étrange coïncidence des grandes catastrophes qui s’annulent seulement dans l’amnésie médiatique mais qui, dans la réalité, ont une fâcheuse tendance à se superposer.

La Maladie blanche

Price: ---

0 used & new available from

Françoise Sagan au cœur des années soixante

0
Françoise Sagan photographiée en 1978 © RUDLING/SIPA

Françoise Sagan publie La Chamade en 1965 chez Julliard. Ce roman, sur lequel elle a beaucoup travaillé, narre l’histoire de Lucile, jeune femme oisive d’une trentaine d’années, qui vit avec Charles, homme d’affaires plus âgé qu’elle et très riche. Ils évoluent dans un petit milieu parisien parfaitement mondain, fait de dîners en ville, de sorties en tout genre, de vacances à Saint-Tropez. Lucile aime cette vie insouciante, qui correspond à son tempérament hédoniste. « Elle se sentait parfaitement irresponsable », écrit Sagan.

Anatomie d’une passion

Lors d’un dîner où elle se trouve avec Charles, Lucile rencontre Antoine, jeune homme très séduisant mais désargenté. Il est l’amant de Diane, mondaine sur le retour, pour qui Antoine fait presque figure de démon de midi. Lucile et Antoine, liés par leur jeunesse, tombent amoureux l’un de l’autre, au grand dam de leurs conjoints respectifs. Ils vont vivre cette relation d’abord en cachette, puis au grand jour. Sagan, dans ce roman, nous fait une extraordinaire description de la fascination charnelle qui entraîne Lucile et Antoine jusqu’au bout de la volupté. La romancière souligne à maintes reprises cette intensité érotique, certes en des termes tout à fait classiques, mais expressifs : « ils murmuraient en les redécouvrant, écrit Sagan de leur première étreinte, les mots crus, maladroits et puérils de l’amour physique et l’orgueil, la reconnaissance du plaisir donné, reçu, les rejetaient sans cesse l’un vers l’autre ».

A relire: «Morella»: Edgar Poe ou la femme comme psychose

Sagan insiste sur la personnalité de Lucile, « épicurienne, insouciante et plutôt lâche ». Elle évoque même : « La paresse de Lucile, sa capacité énorme à ne rien faire… » Avant de rencontrer Charles, elle avait été embauchée dans un journal: « Elle n’y travaillait presque plus et, en fait, on ne savait absolument pas ce qu’elle faisait dans la journée. » Sagan, par petites touches, décrit admirablement cette apathie chez le personnage de Lucile, son désœuvrement. C’est probablement le thème central de son roman. Quand Antoine, lorsqu’ils vivront ensemble un bref laps de temps, lui trouve un emploi d’archiviste, Lucile se débrouille pour vendre à un joaillier un collier que lui avait offert Charles, et ne plus se rendre au bureau. En fait, Lucile est par excellence « une femme entretenue », ce que lui reproche d’ailleurs Antoine, qui a très bien saisi cet aspect de sa personnalité.

La douceur de vivre

Lucile est typique de son époque, les années 60, où la douceur de vivre prédominait, et où le travail n’était pas encore l’objet d’une compétition féroce. Dans La Chamade, Sagan défend très nettement le parti pris de Lucile. En ce sens, ce n’est certainement pas un roman féministe, au sens moderne du terme, même s’il montre la femme au centre des relations sociales, et profitant d’une certaine liberté, grâce au rôle que les hommes lui reconnaissent.

La question de la prostitution se pose, Sagan ne la dissimule pas, sans en faire un repoussoir. Lucile ne saurait sans doute être comparée à Danaé, emprisonnée dans sa tour d’airain, et accueillant Zeus sous la forme d’une pluie d’or. Elle demeure énigmatique, dans une sorte de marginalité que le roman met bien en relief, au détour de phrases nombreuses, telle celle-ci : « Elle n’était ni une courtisane, ni une intellectuelle, ni une mère de famille, elle n’était rien. »

A relire: «Banc» de Catherine Lacey: le roman de l’extrême fragilité

Un monde disparu

On sait comment l’histoire finit (le roman de Sagan a été adapté au cinéma par Alain Cavalier en 1968, avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli). Lucile tombe enceinte d’Antoine. Désemparée, dépourvue d’argent, elle se tourne vers Charles, qui accepte de l’aider à se faire avorter. Et finalement, un peu plus tard, elle reviendra à lui complètement, résolument, et sa belle histoire d’amour avec Antoine ne sera plus qu’un beau souvenir.

« Elle se sentait snob, nous dit Françoise Sagan, d’un snobisme définitif et exaspéré. » Ainsi se clôt ce très joli portrait d’une femme dont, aujourd’hui, n’existe plus guère d’exemples sous nos latitudes. Le bon temps est passé, penseront les nostalgiques. La Chamade est une indiscutable réussite romanesque. Françoise Sagan, avec sa sensibilité féminine à l’écoute, a su y représenter un monde qui était sur le point de disparaître, et le faire revivre à notre adresse comme une bénédiction !  

Françoise Sagan, La Chamade. Éd. Julliard, 1965. Disponible en poche chez « Pocket ».