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Simenon, Depardieu, l’été

"Les Volets verts" de Georges Simenon

Simenon, Depardieu, l’été
Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde, "Les volets verts" (sortie le 24 août) de Jean Becker © ARP

Les cartes postales de Pascal Louvrier (1/6)


C’est l’été, la seule saison qui vaut d’être vécue. Un bon bouquin, un arbre au milieu d’un champ, le soleil pas trop cruel dans le bleu céruléen. Un bon bouquin ? C’est une intrigue bien ficelée, des personnages pas forcément sympathiques, un style efficace et quelques remarques qui donnent à réfléchir.

Les volets verts

Georges Simenon (1903-1989) réunit toutes ces qualités. C’est pour cela qu’il est l’un des romanciers les plus lus dans le monde. Ses livres sont régulièrement adaptés à l’écran. Les volets verts, paru en 1950, est devenu un film de Jean Becker, avec Gérard Depardieu et Fanny Ardant. Il sortira fin août. Encore loin au moment où j’écris ces lignes. Les glaçons fondent dans l’alcool lui donnant une couleur jaune paille. Simenon, c’est plutôt à lire dans un port de la Manche, avec des mouettes criardes, une pluie fine derrière les vitres d’une chambre un peu poussiéreuse, pour respecter l’ambiance que privilégie le romancier. Ajoutons des bars louches, de sordides histoires de famille, des enfants dans le placard, des déviances sexuelles, des adultères, des femmes blessées, des bourgeois intraitables, quelques maladies de cœur, des trottoirs luisants où déambulent les marginaux au dos voûté et des prostituées habituées à côtoyer le chagrin des cabossés. De la solitude et des meurtres également. La comédie humaine sans leçon de morale.

Romancier de l’instinct  

Simenon, c’est le romancier de l’instinct. Sa mère ne l’aima pas, lui préférant son jeune frère. Son père mourut alors qu’il avait treize ans à peine. De quoi nourrir l’imaginaire du futur écrivain. Dès ses débuts, il fut remarqué par André Gide et Robert Brasillach. Ce n’est pas rien.

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Les Volets verts, donc, met en scène Emile Maugin, un célèbre acteur, d’une soixantaine d’années, au caractère difficile, autoritaire avec son entourage, cabotin, angoissé, gras et alcoolique. Simenon met en garde le lecteur avec la formule « Toute ressemblance, etc », car il craint qu’on pense que Maugin, c’est Raimu, Michel Simon, Charlie Chaplin, voire W.C. Fields. L’écrivain se moque du procès, mais redoute qu’on perce le mystère de sa création. Car Mangin, c’est un peu, beaucoup, de Simenon lui-même. Le roman, par exemple, s’ouvre sur une visite médicale semblable à celle que l’écrivain avait subie en 1940 avec le verdict suivant : plus que deux ans à vivre. Un traumatisme.

Maugin grogne, renifle, traite les gens de cons. Il est monolithique, connaît toutes les ficelles du métier, refuse de perdre son temps avec les fâcheux. C’est étrange, car ce rôle semble avoir été écrit pour Depardieu, né deux jours après Noël, en 1948. Quand Maugin s’exprime, on croit entendre la voix de Gérard. La maison aux volets verts se situe à Bougival, petite ville où l’acteur et sa famille habitèrent. Cela rend le livre encore plus captivant. Il se lit d’une traite, sans qu’on s’aperçoive que les glaçons ont fondu, ce qui est plutôt bon signe.

Extrait : « Il avait conscience d’avoir réussi, ce matin-là, une des plus belles créations de sa carrière. Des milliers de spectateurs seraient empoignés, des gamins qui allaient à l’école aujourd’hui, la verraient dans dix ans, dans vingt ans, une fois grands, et on leur dirait :

— C’est un des rôles les plus étonnants de Maugin.

Du ‘’grand’’ Maugin. »

Georges Simenon, Les Volets verts, Le Livre de Poche.

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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