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Les Rolling Stones, c’est lui!

... et un peu Mick Jagger aussi !

Les Rolling Stones, c’est lui!
Brian Jones des Rolling Stones en concert à l'Olympia, avril 1967 © Lecoeuvre Phototheque / Collection Christophe via AFP

Le mythique groupe de rock souffle cette année ses soixante bougies, longtemps après la disparition de celui sans qui rien ne serait arrivé : Brian Jones. Mort mystérieusement en 1969, ce dandy hippie et flamboyant est à l’origine de la légende. Depuis, son ombre plane sur le rock anglais.


Stéphane Koechlin, journaliste et écrivain, auteur de Brian Jones, l’âme sacrifiée des Rolling Stones, qui vient de paraître au Castor astral, est le fils de Philippe Koechlin, fondateur du mythique magazine Rock & Folk. Cette information n’est pas anodine. Lorsque Stéphane a demandé à son père, sur son lit de mort, quelle serait la figure mythique sur laquelle il pourrait écrire, celui-ci lui a répondu : Brian Jones.

Stéphane s’est donc exécuté et, en 1998, a publié la première mouture du présent ouvrage. Mais à l’occasion des soixante ans du plus grand groupe de rock’n’roll du monde, il a décidé d’offrir une nouvelle version de cette biographie, « plus touffue, mieux écrite, avec ma maturité », dit-il.

Génie musical et séducteur insatiable

Cette histoire commence de manière bien mystique. Cela tombe bien, car Brian Jones, mi-ange mi-démon, est tout entouré de mystères et de sortilèges. Les circonstances de sa mort, notamment, qui ont fait couler beaucoup d’encre et donné lieu à de nombreuses élucubrations. Le 3 juillet 1969, il est retrouvé noyé dans la piscine de sa maison du Sussex, Cotchford Farm. Assassinat ? Abus d’alcool et de drogues ? On ne le sait toujours pas. Peu importe, le voilà, telle Ophélie dans Hamlet, inscrit à tout jamais dans la légende.

Brian Jones, avec ses airs de dandy hippie, synthétise toute la littérature anglaise. Il est à la fois Lord Byron, un personnage élisabéthain, Alice et un petit cockney à la Dickens. Cela, Stéphane Koechlin l’a bien compris. Dans son livre, il met en scène Brian et un double maléfique qui est le narrateur de cette histoire de bruit et de fureur rock. Il convoque ainsi Edgar Poe en s’inspirant de sa nouvelle William Wilson, dans laquelle un homme se bat avec son double jusqu’à finir assassiné par celui-ci. « Tu as vaincu et je succombe. Mais dorénavant, tu es mort aussi. Mort au Monde, au ciel et à l’espérance. En moi tu existais, et vois dans ma mort, vois dans cette image qui est la tienne, comment tu t’es radicalement assassiné toi-même. » Cette biographie, construite comme un roman, décrit une traque, celle de Brian Jones par son mauvais génie. L’auteur cite en exergue le poète anglais du XVIIe siècle William Chamberlayne : « Qu’en dira-t-elle ? Que dira cette conscience affreuse, ce spectre qui marche dans mon chemin ? » Cette citation, fil rouge de l’histoire, s’incarne en Bou Jeloud, le Gainsbarre de Brian Jones.

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Brian voit le jour le 28 février 1942 à Cheltenham, ville corsetée et puritaine du Gloucestershire. Ses parents, assez rigoristes, le considèrent comme un enfant étrange et rebelle. Très vite, ses deux obsessions deviennent la musique et les filles. C’est un séducteur compulsif qui sème des enfants naturels partout où il passe. Plus tard, il consommera de la groupie de manière quasi industrielle. Son seul amour a été le mannequin allemand Anita Pallenberg, rencontrée en 1965. Ils partagent le même charisme, à la fois lumineux et malsain ; Anita réussit même à le pousser dans ses retranchements, en le faisant poser en uniforme SS sur une photo devenue célèbre et qui, bien entendu, a fait scandale. Mais en 1968, elle l’abandonne pour Keith Richards, l’autre guitariste du groupe. Cette séparation va précipiter sa chute, d’autant que les rivalités dans le groupe sont anciennes. Lorsque les Stones couraient encore le cachet en jouant dans les écoles, Mick Jagger, son éternel rival, lui avait piqué sa petite amie du moment, Pat Andrews. « On ne profanait pas les femmes de Brian, mannequins, écolières, épouses, allumeuses… Mick lui avait volé une petite parcelle de pouvoir, dépouillé le guitariste blond de son aura magique », écrit Stéphane Koechlin.

Le fondateur du groupe mythique

Lorsqu’il n’est pas au lit avec une femme, Brian écoute de la musique, joue de la musique, rêve de la musique. Jeune adolescent, en 1955, il s’achète un saxophone pour devenir Charlie Parker, puis il découvre le blues, écoute en boucle It Hurts Me Too, d’Elmore James, et apprend à jouer de la guitare en « open tuning », selon la technique des bluesmen. Brian est désormais prêt à écumer les clubs de jazz londoniens pour rassembler des camarades afin de former un groupe. Comme le dira leur bassiste Bill Wyman, « Brian c’était les Stones, le groupe n’aurait pas existé sans lui, Mick et Keith auraient peut-être fondé un autre groupe, mais pas les Stones. » Là encore, bon et mauvais génies cohabitent : il se démène pour trouver des dates et des lieux de concert, mais garde la recette pour lui.

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Brian a un autre problème de taille, une faille qui le met progressivement en marge du groupe qu’il a lui-même fondé : il n’a jamais su écrire une chanson. C’est un instrumentiste hors pair capable d’éclipser Mick sur scène par sa grâce sauvage et sophistiquée, c’est un enchanteur, un enlumineur de sons, un coloriste musical, mais pas un compositeur. L’album Aftermath, sorti en 1966, est à mon sens le chef-d’œuvre des Stones, grâce au sitar de Brian que l’on entend sur Paint It Black, et au marimba qui donne son rythme lancinant, presque envoûtant, à Under My Thumb. Brian est un sorcier mais Keith et Mick sont des musiciens complets et besogneux. Alors qu’ils travaillent, le mauvais génie de Brian l’éloigne d’eux.

Je fais partie de ceux qui pensent que Brian Jones a emporté l’âme des Rolling Stones, ce 3 juillet 1969. Sa mort sonne également la fin de la récréation des années soixante, définitivement enterrées dans un bain de sang un mois plus tard à Los Angeles, par Charles Manson et ses sbires. La même année, à Altamont, en Californie, quelque temps après la mort de Brian, en plein concert des Stones, un spectateur est assassiné par un Hell’s Angel. Mick a-t-il trop frayé avec le diable pour écrire et composer Sympathy for the Devil ? Brian, d’outre-tombe, le lui a peut-être fait savoir en lui envoyant, une dernière fois, sa « conscience affreuse ».

Stéphane Koechlin, Brian Jones, l’âme sacrifiée des Rolling Stones, Le Castor astral, 2022

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Juin 2022 - Causeur #102

Article extrait du Magazine Causeur


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est enseignante.

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