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Ariel Pink, rock star trumpiste

Rencontre avec Ariel Pink, vilain petit canard hipster, célébrité déchue

Ariel Pink, rock star trumpiste
Ariel Pink, au Primavera Sound, un festival de musique se tenant à Barcelone, le 2 juin 2018 © Adela Loconte/Shutterst/SIPA

De la gloire à l’effacement, il n’y a qu’un pas rapide à franchir à notre époque. Ariel Pink en est la parfaite illustration. Roi couronné de la scène rock indépendante américaine, officiant dans un registre psychédélique et lo-fi de grande qualité, il est aujourd’hui condamné au purgatoire des rockeurs maudits, bien après ses 27 ans, et sans être mort d’overdose. Son crime ? Ses opinions politiques.


Né le 24 juin 1978 à Los Angeles, comme tant d’autres petits génies avant lui, Ariel Marcus Rosenberg est un curieux trait d’union stylistique entre David Bowie et R. Stevie Moore. Glamour et fantasque, plus intelligent que la moyenne, celui qui s’est fait appeler Ariel Pink n’est pas un militant LGBT, mais bien un artiste authentiquement transgressif, indépendant et sans concession. Le genre à faire fantasmer les grandes maisons de couture, les publicitaires, et le cinéma américain qui s’expose tous les ans au festival de Sundance avec son look qu’on croirait sorti d’un film de Larry Clark, d’Harmony Korine ou encore de Jim Jarmusch.

Chancelante Amérique

Au faîte de sa gloire, il avait même été choisi pour être l’un des visages de la collection automne-hiver 2013 Yves Saint-Laurent conçue par Hedi Slimane, au côté, excusez du peu, de Marilyn Manson, Courtney Love et de l’immense Kim Gordon (Sonic Youth). Vêtu d’un perfecto noir griffé Saint-Laurent, les cheveux peroxydés dans l’esprit du Kurt Cobain de la dernière période, Ariel Pink s’imposait alors comme une icône indé ayant le potentiel de charisme suffisant pour pénétrer dans les sphères les plus grands publics.

Quand on lui demande s’il est encore possible d’être un artiste, un vrai, avec de la sensibilité voire du sublime, il nous répond d’un lapidaire « Non, question suivante ».  Puis il précise : « Il est évident que les hommes ne peuvent plus exister quand tout ce qui est humain a été effacé. Nous sommes les produits de nos erreurs. Un jour, tu finis par être lassé par une vie de péchés ». Sa musique, si américaine, si marquée par cette scène, qui, du Brian Jonestown Massacre à Sonic Youth en passant par son ami John Maus n’a jamais cessé de défier la culture des winners dominante dans le pays de l’Oncle Sam, est au fil du temps devenue  un portrait impressionniste et référencé d’une grande errance collective :

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« Aujourd’hui, et peut-être déjà avant, les USA sont un sommet d’hypocrisie. Mais il n’y a rien de particulièrement nouveau ou de spécifique. Néanmoins, notre folie contemporaine est particulièrement troublante, je n’avais jamais expérimenté quelque chose de comparable au cours de mon existence. Ce pays était chancelant, mais il fonctionnait encore à peu près durant les quarante premières années de ma vie. J’ai 43 ans et ça n’est plus le cas. Je crois que les gens du reste du monde, en Europe particulièrement, commencent à se réveiller et à comprendre ce qui s’est passé lors des quatre dernières années. »

Présent au Capitole

Littéralement haï depuis son soutien à Donald Trump qui a culminé avec la publication de tweets en marge des protestations du Capitole, où il se trouvait avec John Maus, Ariel Pink ne regrette rien et se plairait presque dans ce nouveau rôle de vilain petit canard de la communauté des hispters, à l’image de ses amis humoristes de Million Dollar Baby expulsés du câble américain pour des soupçons d’accointance avec l’« alt-right » : « Vous pouvez haïr Trump autant que vous voulez, mais je suis fier qu’il n’ait pas déclenché de guerre quand il était en fonction. Peut-être de manière domestique, enfin vous voyez ce que je veux dire. Il a été le premier président depuis Reagan ».

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Curieux de connaître l’avis de son interlocuteur sur Donald Trump, il est surpris que je ne le voue pas aux gémonies, lui déclarant que son authentique inauthenticité était en fin de compte plus saine et plus humaine que l’inauthentique authenticité de ses adversaires : « Oui, c’est exactement ça. Mon sentiment est que nous basculons dans une forme de néo-totalitarisme. Si se poser des questions n’est plus un droit, si un président est expulsé de Twitter, si vous ne pouvez plus dire que 2 et 2 font 4 : où vivons-nous ? Alors, nos dirigeants ne sont pas des génocidaires en puissance. Biden n’est pas Hitler. Je ne crois d’ailleurs pas que notre constitution ou notre système politique soient des problèmes. Ça ne me pose pas de problème d’avoir un président démocrate. En revanche, nos dirigeants sont décevants, dangereux. Ils trouvent des distractions pour cacher leurs guerres, leurs mauvaises politiques. Ils veulent récupérer leur cash et fermer le casino ! »

« Aux Etats-Unis, votre Houellebecq aurait été cancelé »

Amer, il confie que son art est une « condamnation à mort » plutôt qu’un guide de survie dans l’Amérique woke. « Vous savez, je ne suis plus autorisé à participer à l’industrie musicale. Je peux toujours vendre ma musique sur Bandcamp ou Spotify. Mais je ne peux plus en faire la promotion. La presse ne chronique plus mes disques. Je ne peux plus séduire de nouveaux auditeurs et les artistes mainstream ne citeront plus jamais mon nom, puisqu’ils ont enregistré qu’ils perdraient leur carrière s’ils me défendaient. J’aime bien votre romancier Houellebecq, aux Etats-Unis je crois qu’il aurait déjà été effacé. J’espère que la France le laissera en paix », ajoute-t-il.

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Alors qu’il avait tout pour plaire au mouvement LGBT, avec son look très glamrock, qu’il a aussi enregistré avec des artistes de funk afro-américains dont il est un grand admirateur, Ariel Pink est désormais un homme à abattre. Peut-être le réac le plus décalé du monde actuel, il n’a plus peur de rien : « Les mouvements antipoliciers, MeToo, les LGBTQ,  les mouvements écologistes ou BLM sont des demandes de rançon du parti démocrate, une façon de nous demander de vendre nos âmes. La façon dont Sam Hyde a été effacée est ironiquement amusante. Le public comprend avec plusieurs années de retard à quel point leurs sketchs étaient réalistes, notamment celui où il s’était incrusté dans un Ted-X avec une foule de tech-entrepreneurs qui buvaient ses paroles alors qu’il se moquait ouvertement d’eux ».

Un peu conspi, voire beaucoup, Ariel Pink est surtout un véritable artiste. N’ont-ils pas tous, du moins les plus grands, un grain de folie ? Une folie qui recèle toujours une part de vérité.

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Gabriel Robin est journaliste rédacteur en chef des pages société de L'Incorrect et essayiste ("Le Non Du Peuple", éditions du Cerf 2019). Il a été collaborateur politique

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