Accueil Site Page 772

Espagne : Pedro Sánchez, un président candidat à la postérité

0

L’actuel gouvernement socialiste, à la différence de tous ses prédécesseurs, cherche à se donner une forme de légitimité durable en rouvrant les blessures de la Guerre civile et de l’ère franquiste. Ce faisant, il risque la désintégration de l’Espagne.


Venu rendre hommage à la romancière espagnole Almudena Grandes disparue en novembre 2021, et dont le dernier roman vient d’être publié à titre posthume, le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez (PSOE, Parti Socialiste) en a surtout profité, ce 28 novembre, pour parler de lui et de ce que l’Histoire retiendra de son passage en politique. « L’une des choses pour lesquelles je passerai à la postérité sera d’avoir exhumé un dictateur », a-t-il déclaré devant le parterre du Centre Culturel de l’Athénée (Madrid) qui ne semble pas s’être ému de cette forme particulière d’immodestie consistant à se projeter dans les livres d’histoire à venir, debout devant le portrait d’une romancière décédée avant d’avoir pu achever l’écriture de son dernier ouvrage. Il faut dire que l’assistance, du réalisateur Pedro Almodóvar à l’actrice Ana Belén, était acquise à Pedro Sánchez. Il faut dire aussi que les romans d’Almudena Grandes, très appréciés du grand public, sont autant d’explorations littéraires de la guerre civile espagnole et de la dictature franquiste, la romancière – fervente militante de la récupération de la mémoire historique – ayant toujours dit regretter que l’Espagne soit le seul pays d’Europe où, selon elle, « dans une guerre entre fascistes et démocrates, on ne désigne toujours pas clairement les bons et les mauvais ». Affaire de littérature et non d’histoire, assurément.

La phrase de Pedro Sánchez n’est pas passée inaperçue dans un contexte électrique où, à six mois des prochaines élections municipales (28 mai 2023) et à un an des élections générales, ses adversaires politiques – à commencer par ceux du Partido Popular (PP, droite libéral-conservatrice) et de Vox (classé à l’extrême droite) – n’ont pas hésité à questionner ces curieuses prétentions à un destin historique. Et ils rappellent au candidat à la postérité que la coalition entre le parti socialiste (PSOE) et l’extrême gauche (Unidas Podemos,UP: « Unies nous pouvons »), au pouvoir depuis janvier 2020,  avait accouché de plusieurs lois incendiaires parmi lesquelles : la  Loi trans, la Loi de garantie intégrale de liberté sexuelle (loi dite du consentement explicite, sans lequel tout acte sexuel est potentiellement un viol, plus connue en Espagne sous le nom de « Seul un oui est un oui ») et la Loi de réforme du délit de sédition.

A lire aussi :  Mythe et mythes de la Guerre d’Espagne: les raisons d’une polémique

La Loi trans, portée par la Ministre de l’Égalité, Irene Montero, issue du parti d’extrême gauche, UP, prévoit, entre autres dispositions, que toute personne de plus de 16 ans pourra choisir librement son identité de genre (sans consentement parental ni avis médical ou psychologique préalable), que les mineurs entre 14 et 16 ans auront également ce droit (quoique devant être assistés dans leurs démarches par leurs parents ou tuteurs légaux), comme ceux de moins de 12 ans (qui, eux, devront tout de même obtenir une autorisation judiciaire).

Si la Loi trans n’a pas encore été votée, c’est qu’elle a été retardée par le chaos engendré par la récente Loi du Seul un oui est un oui – de la même ministre de l’Egalité – entrée en vigueur le 7 octobre. Car cette loi, d’avantage conçue comme protectrice des victimes (n’ayant heureusement plus, désormais, à se justifier d’avoir été abusées ou violées), plutôt que punitive (les peines minimales ont été abaissées suite à la décision de gommer la distinction entre « abus » et « viol »), produit l’effet inverse de l’objectif poursuivi initialement. Censée protéger du viol et de toutes les violences sexuelles, la loi se révèle être plus avantageuse pour de nombreux délinquants qui, à la faveur de la disposition de rétroactivité de toute nouvelle législation plus favorable à l’accusé, voient leurs peines sensiblement réduites. Situation ubuesque – si elle n’était pas aussi tragique pour les victimes elles-mêmes – quand on sait que le point de départ de cette loi a été l’exaspération de l’opinion publique en 2018 devant les peines jugées trop clémentes des cinq individus condamnés pour le viol collectif dit de La Manada (La Meute), dont l’un des membres n’a d’ailleurs pas hésité, le 21 novembre, à réclamer une réduction de presque deux années de prison (sur 15) à la faveur de la nouvelle législation…

A lire : Panique et hystérie devant “Les mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939”

Quant à la Proposition de loi de réforme du « délit de sédition » (article 544 du Code Pénal) en « désordres publics aggravés », elle se traduit par un allègement significatif des peines d’emprisonnement (potentiellement divisées par trois pour les leaders de la tentative de sécession de la Catalogne en septembre 2017). Les anti-Sánchez y voient une insupportable compromission avec les indépendantistes de tout poil, de la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya ou ERC), les indépendantistes catalans, à EH Bildu (Euskal Herria Bildu, « Réunir le Pays basque »), les indépendantistes de la gauche radicale abertzale basque, et un lamentable clientélisme politique de nature à remettre en cause une Constitution qui repose, depuis 1978, sur « l’indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols », reconnaissant et garantissant «  le droit à l’autonomie des nationalités et régions qui l’intègrent et la solidarité entre elles toutes » (Article 2). Il n’est pas jusqu’à Felipe González, figure mythique du Parti Socialiste espagnol dont la première victoire aux élections générales remonte à 1982, qui n’ait vivement critiqué la politique du gouvernement de Pedro Sánchez, dans une interview du 2 décembre, considérant la loi du consentement explicite « mal faite », « à rectifier immédiatement ». Il taxe Podemos et ses leaders politiques de « populistes qui donnent des réponses simplistes à des problèmes complexes », et souligne la distinction sémantique entre « sédition » et « désordre public » : le désordre public, c’est occuper une gare, la sédition, c’est se déclarer République indépendante… Reste à savoir si on peut entrer dans l’Histoire pour avoir exhumé un dictateur mort en 1975 quand on n’a pas soi-même vécu sous la censure et la dictature. S’enorgueillir à 50 ans d’un anti-franquisme militant alors que la génération politique issue du franquisme, celle de la Transition démocratique, enfants de vainqueurs et de vaincus, avait réalisé le tour de force de sortir d’un antagonisme historique en réconciliant les Espagnols et en les projetant dans un avenir commun, est la parfaite illustration de ce que l’historien espagnol Santos Juliá nomme le phénomène des « enfants discrets versus petits-enfants vindicatifs ». Peut-on réclamer un destin historique quand on affirme à la fois la nécessité de savoir d’où l’on vient (Cérémonie anniversaire des 40 ans de la première victoire du Parti Socialiste aux élections générales de 1982) tout en réformant l’Education pour ne faire commencer le programme d’histoire du Baccalauréat qu’au 19ème siècle ? Ou quand on dit revendiquer un « passé radieux » et un « héritage de lumière obscurci par la dictature franquiste » quand l’histoire de l’Espagne est tout sauf le combat manichéen de l’ombre contre la lumière ?  En somme, peut-on entrer dans l’Histoire quand on capitalise autant sur la Mémoire ?

New York, ville-monde, sur le chemin de la tiers-mondisation

0

Drogue, délinquance, délires wokistes : la ville de New York, dont le maire est démocrate, se trouve actuellement sur une très mauvaise pente. Pourtant, les Américains restent, malgré tout, plus fiers d’être américains que les Français d’être français !


En novembre 2021, après le passage de la pandémie, alors que les États-Unis rouvraient leurs frontières à l’Europe, j’ai revu New York, convalescente, morne et meurtrie. Les rues de la géante étaient vides. Les stores baissés sur les devantures des magasins et des restaurants exhibaient des faillites. On imaginait des vies brisées. Un froid glacial limitait mes déambulations solitaires. Où était donc passée la foule habituelle qui autrefois encombrait les trottoirs de marcheurs aussi rapides que déterminés ? Où étaient-ils, ceux qui, mus par des impératifs mystérieux pour le profane, ne lui en dispensaient pas moins, généreusement, une énergie contagieuse ? Seuls quelques homeless (sans abris), hagards, poussaient des caddies contenant leurs hardes et des couvertures crasseuses.

Novembre 2022, le «Big Apple» a recouvré son insolente vitalité et l’été indien joue les prolongations. Sous les derniers feux d’un soleil qui s’éternise, les buildings du Financial District s’élancent à la verticale, comme autant de lames acérées, dardées dans le bleu profond du ciel. Les façades en briques ocres des quartiers anciens de Soho, Tribeca, Nolita, quant à elles, rosissent sous la tiède caresse d’un astre qui leur dispense ses ultimes faveurs. Central Park convie à une flânerie sans but sous des frondaisons rousses et dorées qui s’effeuillent lentement. « New York avait toute l’irisation du monde », aurait écrit F. Scott Fitzgerald, témoin d’un semblable moment de grâce.

Pourtant, depuis quelques années la ville a changé. Imperceptiblement, parfois plus franchement. Elle affiche, je l’ai constaté lors de mon récent séjour, son vif désir de s’inscrire en son siècle.

A lire aussi: Sourions un peu en attendant la fin

Je garderai en mémoire ce lumineux dimanche 6 novembre 2022. S’est couru le Marathon de New York. Or, il comptait, pour cette édition, 59 personnes déclarées non-binaires contre 16 l’année précédente. Cette catégorie nouvelle a été créée pour répondre à une demande de représentation et d’inclusion des communautés LGTBTQIA+. C’est un dénommé Jake Caswell, âgé de 25 ans et biologiquement homme, qui s’est imposé dans ladite catégorie, obtenant un prix de 5000 $. Notons que la discrimination n’en demeure pas moins puisque c’est 500 000 dollars qu’on attribue aux vainqueurs hommes et femmes.

Dans le registre « inclusif », encore, j’ai été frappée par le nombre de créatures androgynes croisées lors de mes pérégrinations, souvent d’une beauté étrange et de surcroît très élégantes. J’aurais été bien en peine de savoir si elles étaient en voie de transition et auquel cas, vers quel sexe. On m’a expliqué que les « genderqueer » peuvent passer leur vie entière à « transitionner » en redéfinissant et ré-interprétant leur genre au fur et à mesure du temps. On s’achemine donc résolument vers un flou identitaire.

Heureusement, l’Église épiscopale située au début de la Cinquième Avenue (Church of the Ascension) est là pour guider sur cette voie du « all inclusive » qui conjugue wokisme et progressisme. Gaiment pavoisée aux couleurs LGBT, l’édifice religieux affiche fièrement, au fronton de sa porte : « BLACK LIVES MATTER », affirmant ainsi l’avènement d’une époque mutante, en marche vers le progrès. Tout comme le fit, en son temps, la pharmacie de M. Homais dans Madame Bovary. « Mais ce qui attire le plus les yeux, c’est, en face de l’auberge du Lion d’or, la pharmacie de M.Homais ! […] L’enseigne, qui tient toute la largeur de la boutique, porte en lettres d’or : Homais, pharmacien ».

Enfin, comme je m’étonnais de baigner en permanence dans des effluves de cannabis, on m’affranchit obligeamment : depuis le 30 mars 2021, New York est devenu le 15e état des États-Unis à autoriser l’achat, la possession, la culture du cannabis pour l’ensemble des citoyens de plus de 21 ans. L’attribution des licences autorisant officiellement le commerce récréatif de la plante n’a commencé que le… 22 novembre 2022. Ce qui n’a pas empêché certains entrepreneurs audacieux de démarrer leur business, créant ainsi un immense marché gris.

A lire aussi: De Laure Adler à Claude Askolovitch, en passant par Paul B. Preciado : entre-soi wokisto-journalistique et philosophie trans

New York change, lentement, insidieusement, mais sûrement, et l’inflation qui sévit n’arrange rien à l’affaire : les sans-abris sont de plus en plus nombreux. Rudy Giuliani, maire de 1994 à 2001, qui fit de New York une ville sûre (qu’elle risque de ne pas rester longtemps), en appliquant la politique dite de « la tolérance zéro », serait certainement affligé par une promenade dans Washington Square Park, fréquenté par les étudiants de la prestigieuse Université de New York. Haut lieu de la revente de drogue, dans les années 80, on est en droit de penser qu’il ne va pas tarder à le redevenir.

Si de nombreuses personnes apathiques, inoffensives et affalées y fument leur joint, l’œil vague, d’autres qu’on imagine sous l’emprise de substances plus dures vocifèrent, accostent les passants, se roulent par terre voire s’écroulent. La police intervient régulièrement pour rétablir l’ordre. J’ai pu voir aussi, pour la première fois depuis près de trente ans, la carcasse d’une voiture brûlée sur la Cinquième Avenue et évité de justesse une dame juchée sur un vélo. Roulant sur le trottoir, elle s’employait (sans beaucoup de succès, il faut bien en convenir, en raison d’un… équilibre précaire) à dégommer les piétons.

Le 22 novembre 2022, disais-je, 36 candidats ont obtenu, moyennant 2000 dollars déboursés, leur licence pour vendre légalement du « cannabis à usage adulte ». 28 d’entre eux sont, comme on dit chez nous : « défavorablement connus des services de police » pour détention passée ou présente de marijuana. Il s’agit, principe inédit, d’aider à s’intégrer des consommateurs issus des minorités. On souhaite aussi privilégier les femmes et les anciens combattants handicapés. Sans oublier les agriculteurs en détresse.

Si wokisme et progressisme nous viennent d’outre-Atlantique, ils n’ont pourtant, peut-être pas, là-bas, le même pouvoir de nuisance qu’en France. La fierté partagée par tous d’être américain semble fédérer le peuple. Peut-être empêche-t-elle ces idéologies d’agir sur la société comme des solvants trop puissants ? Chez nous, malheureusement, la honte d’être français, décuple sur notre sol le pouvoir délétère de ces doctrines importées qu’une frange de la population accueille avec enthousiasme.

Gilles Verdez l’assimilé

0

Arrivé en 2013 sur le plateau de « Touche pas à mon poste » et désormais un incontournable de l’équipe de TPMP, Gilles Verdez et ses déclarations ont souvent fait parler. Le chroniqueur a aujourd’hui un autre prénom : Souleymane.


Gilles Verdez est un visage familier des téléspectateurs. Journaliste de presse pendant plus de vingt ans, il a notamment écrit dans les colonnes du Parisien et de l’Équipe mais c’est en tant que chroniqueur de l’émission « Touche pas à mon poste » qu’il a été révélé au grand public. Officiant dans ce talk-show depuis 2013, il a multiplié les coups de gueule en neuf années d’antenne. La sincérité du chroniqueur est régulièrement sujette à caution, étant donnée la propension de ce dernier à théâtraliser ses prises de parole et à surjouer l’indignation. Sur le plateau de C8, le 26 février 2018, il avait notamment qualifié l’animateur Bernard de la Villardière « d’islamophobe », ce qui lui a valu, en février 2021, une condamnation en diffamation et une amende de 5000 euros. En septembre 2018, sur le plateau de Cyril Hanouna, il réclamait le bannissement d’Eric Zemmour de tous les plateaux télés. « Bien sûr qu’il faut l’interdire, il professe la haine » avait-il déclaré dans une passe d’armes l’opposant à André Bercoff, venu défendre la liberté d’expression du polémiste. Depuis des années, dans l’émission, un élément de la vie privée de Gilles Verdez est utilisé comme un comique de répétition: la relation qu’il entretient avec une femme d’origine sénégalaise prénommée Fatou. En août, ils se sont dit oui au Sénégal, une union qui n’est pas reconnue en France puisqu’il s’agit d’un mariage religieux. Gilles Verdez nous a également appris, le 29 août sur C8, qu’il avait dorénavant deux prénoms car au Sénégal « on m’appelle Souleymane ». Visiblement, dans certains pays, les prénoms ont leur importance, comme le martèle celui que Verdez souhaite bannir de tous les plateaux. Désireux de parachever son assimilation, le 18 novembre, alors qu’il était interrogé par Cyril Hanouna sur son rapport à la religion, le chroniqueur a déclaré qu’il s’apprêtait à « faire le ramadan prochainement ». L’assimilation de Gilles Verdez est à l’image de son cerveau… à l’envers.

A lire aussi : Cyril Hanouna: comprendre, contredire sans mépriser!

L’été indien

0

La cause écologique, souci des pays développés, est-elle imposable et réalisable dans des pays en développement ?


Les paysans indiens sont-ils des salauds ? Début novembre, ouvriers, écoliers et une partie des fonctionnaires de New Dehli ont été invités à rester chez eux. Raisons de ce confinement ? Une énorme concentration de particules fines, 25 fois plus forte que les recommandations de l’OMS. Capitale de l’Inde, New Dehli est régulièrement en tête du classement des villes les plus polluées au monde mais cette fois, les coupables ne sont pas que les conducteurs de poids lourds ou les industriels peu soucieux de dame Nature. Outre la part des pollueurs habituels, les vents ont drainé des nuages de fumée issus du Penjab, cette région du nord. Les agriculteurs y ont brûlé les restes de leurs cultures d’été pour préparer leurs champs pour l’hiver, un choix motivé par des raisons économiques. Bhupender Yadav, ministre de l’Environnement, n’a pas eu de mots assez durs à l’encontre de l’opposition qui administre le Penjab. « Il n’y a aucun doute sur qui a transformé le Penjab en chambre à gaz », a-t-il tweeté. Le plus haut responsable politique du Penjab, Bhagwant Mann, a retorqué que son administration n’était entrée en fonction qu’il y a six mois. En 2018, une étude de l’Institut de politique énergétique de l’université de Chicago estimait qu’en moyenne, un Delhiite perdait dix ans d’espérance de vie à cause de la pollution. Persuadés d’être les phares du monde, nos écolos rivalisent de créativité pour montrer la bonne voie. Sur son site internet, la mairie de Grenoble affirme sans rire que « la révolution verte est en marche ». Un message qui n’est visiblement pas parvenu jusqu’en Orient. Depuis des années, l’Inde est l’un des plus grands pollueurs au dioxyde de carbone. Après Grenoble, Éric Piolle devra aussi convertir les paysans du Penjab aux vertus de la trottinette électrique et du tri sélectif. Chiche ?

A lire aussi: Dette climatique, le nouveau fardeau de l’homme blanc?

Nathan Devers : «Penser un événement suppose de faire table rase de tout ce qu’on a pu penser auparavant»

0

L’écrivain, philosophe et chroniqueur parle avec Philippe Bilger des rapports entre la pensée philosophique et l’analyse de l’actualité.


Entretien dans « Bilger les soumet à la question » avec un jeune philosophe et écrivain d’une précocité exceptionnelle et qui avec une modestie non feinte n’y attache aucune importance. Nathan Devers a et est une personnalité qui constitue un miracle dans un monde et à une période où, malgré les hommages obligatoires à la jeunesse dégradés souvent en culte du jeunisme, l’intelligence, la perfection de la forme, l’infinie richesse du  langage, la profondeur authentique du fond, l’aptitude au dialogue sont infiniment rares. L’entretien avec lui m’a permis de savourer sans modération ces dispositions d’esprit et de caractère. Son dernier livre, Les liens artificiels, a été loué sans la moindre réserve.
Je me suis plu à démontrer que dans mes choix l’âge ne faisait rien à l’affaire et que ce qui m’animait était avant tout  l’espérance d’une rencontre singulière. Elle le fut.

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

A lire aussi: Luc Ferry : « La loi décline, les droits augmentent ! »

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Un avocat général s'est échappé

Price: ---

0 used & new available from

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

Immigration, une chance pour personne

2

Découvrez le sommaire de notre numéro de décembre.


Notre grand entretien avec Jérôme Sainte-Marie est le clou de notre dossier sur l’immigration, sur cette immigration qui n’est une chance ni pour la France ni pour un grand nombre d’immigrés. Selon le sondeur et analyste politique, qui s’est confié à Elisabeth Lévy, le Rassemblement National, dont il forme les cadres sans être lui-même adhérent, «n’est ni extrême ni de droite». Le parti de Marine Le Pen est l’objet d’une stigmatisation injuste alors qu’il représente une bonne partie des classes populaires et comprend les préoccupations de ces dernières au sujet de l’immigration, devenue l’un des enjeux principaux du conflit entre peuple et élites. Présentant le dossier, Elisabeth Lévy voit dans l’affaire de l’Ocean Viking la démonstration de l’incurie (ou de l’inexistence) de notre politique migratoire. Ni les postures ni l’émotion ne permettent de faire face à l’afflux toujours plus important de candidats à l’Europe. Une majorité de Français, inquiets, ne veulent pas que leur pays soit ouvert à tous. Mais nos dirigeants semblent plus soucieux de câliner les médias que de rassurer les électeurs. Car, selon Philippe d’Iribarne, l’immigré est devenu un objet sacré. Quand les prophètes du camp du Bien prêchent la belle «ouverture à l’Autre» face au vilain «repli sur soi», d’autres dévots nourrissent une haine de la France, éternellement coupable de son passé, et dont la rédemption passe par les nouveaux venus.

>> Lire votre magazine <<

Interviewé par Céline Pina, Patrick Stefanini affirme que la France peut mener une politique migratoire plus restrictive et plus intelligente en modifiant le droit du sol, les délais d’exécution des OQTF ou en dénonçant des accords passés avec certains pays, en particulier l’Algérie. Le juriste Carl Hubert confirme qu’il est possible et urgent de modifier le droit d’asile qui est aujourd’hui totalement dévoyé. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie étudie la diaspora marocaine en France qui est surreprésentée à Pôle emploi, dans les HLM et dans nos prisons. Michel Aubouin et Céline Pina pointent le manque de volonté politique et le rôle néfaste des ONG. Causeur a invité un fonctionnaire qui travaille sur l’accueil des migrants à défendre l’immigration : pour lui, certains politiques attisent des craintes irraisonnées dans la société.

Dans son éditorial de décembre, Elisabeth Lévy compare le port de la kippa en public avec celui du voile : ils sont tous les deux contraires à l’esprit de la laïcité en France. « Dénoncer le voile et accepter la kippa témoigne au minimum d’une incohérence et, aux yeux de pas mal de gens, d’un déplorable deux poids, deux mesures ». Et les Juifs n’ont pas besoin d’une indulgence spéciale : « Interdire toute critique ou blague à leur encontre serait, finalement, une forme paradoxale (et inconsciente) d’antisémitisme ». Robert Ménard, le maire de Béziers, explique pourquoi a quitté les réseaux sociaux et suspendu ses interventions radio-télévisées. Loin de l’infernale mécanique du buzz et des likes, il renoue avec le bon sens, la nuance et retrouve sa liberté. Stéphane Rozès se confie à Céline Pina au sujet de son nouveau livre, Chaos, où il analyse les causes de la défiance des peuples envers leurs élites et celles de la montée des extrêmes. Loin de défendre des intérêts nationaux, les technocrates qui nous gouvernent légitiment des décisions prises ailleurs et par d’autres, et bafouent l’idéal démocratique dont ils se réclament. Mériadec Raffray considère que l’Allemagne d’Olaf Scholz est au bord d’une crise politico-économique majeure susceptible de déstabiliser encore plus les relations franco-allemandes. La crise de l’Ocean Viking, pour Annabella Mocenigo, a montré que la nouvelle présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, pouvait défendre ses idées sans renoncer au cadre européen. Frédéric Ferney se demande si la droite « gaulliste » incarnée par Les Républicains est menacée d’effacement, pendant que Jean-Michel Delacomptée continue à défendre la cause des hommes et Emmanuelle Ménard à nous raconter sa vie à l’Assemblée, avec une mention spéciale pour le député antispéciste, Aymeric Caron.

>> Lire votre magazine <<

Dans le monde de l’édition, L’Artilleur s’est imposé comme le champion des esprits résistants et des pensées à contre-courant. Bérénice Levet voit en son directeur, Damien Serieyx, un homme rigoureux et courageux qui met un point d’honneur à témoigner du monde réel quand tant d’autres l’occultent. Pierre Berville se demande si le prix Nobel de littérature récompense vraiment le talent d’un auteur : le récent couronnement d’Annie Ernaux permet d’en douter. Et les soupçons qui entourent l’Académie suédoise se multiplient lorsqu’on épluche la liste des précédents lauréats. Dans la lutte contre cette maladie intellectuelle qu’on appelle le «wokisme», la publication du nouveau livre de Bérénice Levet, Le Courage de la dissidence, frappe un grand coup, à mon sens. S’appuyant sur l’allégorie de la caverne, dans La République de Platon, la philosophe trace une nouvelle voie : celle, lumineuse, qui nous permettra de sortir de la grotte obscure dans laquelle nous enferment les nouveaux idéologues. En s’entretenant avec Jean Clair, Jonathan Siksou nous permet de découvrir l’œuvre d’un de nos plus grands artistes contemporains, Sam Szafran, marginalisé par l’avant-garde officielle mais à qui une exposition à l’Orangerie rend hommage.

>> Lire votre magazine <<

Jérôme Leroy salue entrée dans « La Pléiade » de Shirley, roman méconnu de l’Anglaise, Charlotte Brontë, ainsi que la parution d’un essai bref et lumineux de Frédéric Ferney, L’Amour de la lecture, qui célèbre les livres comme les derniers refuges de l’homme libre. Après les grottes et les cavernes, Jean Chauvet nous prépare à l’exploration des salles obscures. En cette fin d’année, les films français affichent le pire comme le meilleur. Dans cette seconde catégorie, Le Parfum vert de Nicolas Pariser fait la course en tête avec grâce et fantaisie. Malgré ses 12 étoiles au Guide Michelin, la curiosité, l’audace et l’inventivité du chef Pierre Gagnaire restent intactes. En conversation avec Yannis Ezziadi, il raconte comment il continue d’explorer les possibilités que lui offrent les produits du monde entier sans jamais oublier ce qu’il considère comme la base de son métier : le plaisir de ses convives. Pour arroser tout ça, Emmanuel Tresmontant nous fait visiter le domaine, non loin d’Épernay, où Alain Bernard perpétue le travail de la vigne à l’ancienne. Avec ses chevaux de trait et ses caves de fûts de chêne, il est encore l’un des rares à élaborer ses propres champagnes. Un digestif très fort est servi par Ivan Rioufol qui, dans ses carnets, dénonce la presse d’État qui est l’héritière de La Pravda des communistes. Sous couvert de pureté morale, ses journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance. Enfin, Marsault pose une question fondamentale : est-il possible d’entamer un dialogue constructif avec un immigrationniste ? Et il apporte une réponse !

Chaos - Essai sur les imaginaires des peuples

Price: ---

0 used & new available from

L'Amour de la lecture

Price: ---

0 used & new available from

Shirley - Villette: (1849-1853)

Price: ---

0 used & new available from

Twitter files: Elon Musk révèle en direct comment Twitter a censuré les éléments de l’affaire de l’ordinateur de Hunter Biden

0

Accusé de favoriser la désinformation, Elon Musk, avec l’aide du journaliste Matt Taibbi, dévoile preuves à l’appui l’affaire de Hunter Biden. Il souligne que sur Twitter, c’était la censure qui desservait la vérité.


L’excitation était à son comble sur le réseau social, le 2 décembre, à 17h précises, heure de New-York. C’est l’heure qu’a choisie Elon Musk, le nouveau président de Twitter, pour révéler en direct, sur son compte, le traitement qui fut réservé à l’affaire Hunter Biden par la précédente direction du réseau social. Des centaines de milliers d’usagers se sont donné rendez-vous pour dévorer chaque nouveau tweet du fil de discussion comme un chapitre de roman policier. Un scoop révélé en temps réel.

Le journaliste d’investigation Matt Taibbi, qui publie le rapport sur le compte d’Elon Musk, évoque « un conte à la Frankenstein sur un mécanisme conçu par les humains mais qui a totalement échappé au contrôle de son créateur ».

Il nous raconte que si Twitter se voulait au départ un réseau libre d’échange d’informations et d’opinions, le programme dut très rapidement imposer des limites à ce qui pouvait être publié, en particulier pour endiguer les spams et la fraude. Hélas, ils ne s’arrêtèrent pas là : des voix de plus en plus nombreuses s’élevèrent, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise, pour appeler à limiter considérablement la liberté des publications. Des célébrités comme des anonymes commencèrent à voir leur compte désactivé, à la simple demande d’un parti politique (les documents sont à chaque fois joints aux révélations pour appuyer les propos du journaliste).

A lire aussi: Un oiseau classé X

En effet, selon Matt Taibbi, les deux grands partis politiques américains avaient accès à ces outils de « désactivation ». En 2020, des demandes de censure émanant aussi bien de la Maison Blanche sous la présidence de Donald Trump que du cabinet de campagne de Joe Biden furent « reçues et honorées ». La direction de Twitter répondait aux requêtes par un simple mot : handled ; en Français : traité. Et comme le personnel était à grande majorité démocrate (98%, tout de même), les désactivations s’orientèrent rapidement vers la droite et les personnalités républicaines.

En octobre 2020, le New York Post publia un article sur les affaires en Ukraine du tumultueux fils du vice-président de l’époque, Joe Biden. Le magazine avait mis la main sur les emails échangés entre Hunter Biden et un important homme d’affaires ukrainien, siégeant au conseil d’administration d’une grande compagnie de gaz, Burisma, qui était ravi d’avoir pu rencontrer son influent père. Ces emails avaient été trouvés sur un ancien ordinateur portable de Hunter Biden, déposé chez un réparateur informatique de l’Etat du Delaware… Les propos échangés entre les deux hommes contredisaient les affirmations de Joe Biden selon lesquelles il n’était jamais intervenu dans les « affaires de son fils à l’étranger ». Il n’en fallut guère plus pour que les rumeurs de corruption se répandent, en pleine campagne présidentielle…

La direction de Twitter fit des pieds et des mains pour que cette information ne circule pas sur son réseau, alertant ses usagers qu’elle pouvait être « unsafe » (peu sure). Ils bloquèrent même la circulation de l’information par voie de messagerie, ce qu’ils ne s’autorisaient à faire jusqu’ici que pour lutter contre la pornographie infantile.

A lire aussi: Les gardiens de la vérité contre la «désinformation»

Même la porte-parole de la Maison Blanche de l’époque, Kaleigh McEnany, vit son compte désactivé après avoir évoqué l’information. Des employés de Twitter remarquèrent des tensions entre les équipes chargées de la politique d’entreprise et les équipes de «sécurité en ligne». La décision d’enterrer complètement l’affaire fut prise au plus haut niveau, mais sans que le PDG de l’époque, Jack Dorsey, fut mis au courant. La responsable juridique, politique et financière de Twitter, Vijaya Gadde, joua un rôle-clé dans la censure de cette information. Cette même responsable fut plus tard licenciée avec fracas par Elon Musk, dès son arrivée à la tête du réseau social.

La publication de ces révélations n’a rien d’anodin : Musk répond avec force aux critiques qui l’accusent de promouvoir la désinformation en libérant la parole sur Twitter.

L’entrepreneur libertarien les nargue en leur rétorquant que la désinformation existait déjà sur le réseau social… mais par la voie de la censure. Grâce aux efforts zélés de l’ancienne équipe, de nombreux Américains ont longtemps cru que ces fameux emails étaient faux… En jetant le discrédit sur une information importante, la censure a une fois de plus servi le mensonge et non la vérité.

Sur son propre compte, le journaliste Matt Taibbi nous annonce que les révélations sur les méthodes de tri de l’ancien Twitter ne font que commencer…

France world et pain perdu

0

De la baguette à la coupe du monde, grandeur et décadence de notre nation qui sera bientôt privée de sa langue, de sa littérature et de son histoire.


L’Unesco vient d’inscrire la baguette de pain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Dans le pétrin des affaires, le Boulanger en chef de la Start-up nation salue le miracle, la France qui gagne, le levain des Sadducéens et des Parisiens : « 250 grammes de magie et de perfection dans nos quotidiens […] Dans ces quelques centimètres de savoir-faire passés de main en main, il y a exactement l’esprit du savoir-faire français ». Baguette classique, de campagne, rustique, tradition ? Gare au virilisme réac ! Il y a quarante ans, Pierre Nora avait identifié des Lieux de mémoire ayant marqué l’inconscient collectif et le roman national. Ce séquençage génétique, jeu de l’oie de l’identité nationale est-il toujours recevable ? « Si on continue comme ça, la France sera un nouveau Disney World, ce sera France World, les gens porteront des bérets et des baguettes sous le bras » (Gérard Depardieu).

Pain perdu et jalousie

En 2013, Le Monde titrait sur «Les crispations alarmantes de la société française». « Mes idées ne sont pas bien représentées, 72%. Les politiques agissent principalement dans leur intérêt personnel, 82%. L’autorité est une valeur trop souvent critiquée, 86% ». Plus on s’angoisse, moins ça va mieux. Les quinquennats de François Macron et Emmanuel Hollande n’ont rien arrangé. Ça interroge… Les populistes veulent le gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple : ils sont un danger pour la démocratie. Télérama et les enfermés de France Info contextualisent les chamailleries des sauvageons qui règlent leurs comptes à coup de marteaux et machettes, les séparatismes, la communauté réduite aux aguets. La faute à Thatcher, à Blanquer, au latin, la crise du logement, la fermeture d’une ludothèque à Tremblay-en-France… tous victimes de l’enfer néo-libéral, des méchants Native French, « souchiens », phallocrates, xénophobes.

A lire aussi: Sourions un peu en attendant la fin

Les réseaux et raisons de la colère ne manquent pas : insécurité physique, économique, culturelle, politique du chat crevé au fil de l’eau. Le populo manque de brioche. Les carabistouilles, pénuries, l’inflation, exacerbent la fièvre jaune. Démagogie, lâchetés et corporatismes obèrent tout aggiornamento. Les politiques Lotophages se voilent la face sur les fléaux qui nous gangrènent : crétinisation numérique, analphabétisation, trafics de drogue au zénith, délires libéral-libertaire, métavers, post-trans-humanistes, discours hyèneux des réseaux sociaux. L’abeille de la Culture a été liquidée par les sociologues déconstructeurs de néant, décapitée par le frelon (vespa velutina) «culturel». Un crime contre les Humanités.

Dans une cacophonie ubuesque, un monde en voie de reféodalisation avancée (magistralement analysé par Pierre Legendre depuis 50 ans), chacun déclame ses indignations. Les rebelles antifas s’ébattent dans l’outrage et les bassines, badigeonnent la Joconde de Pom’Potes, boycottent le foot pour sauver la planète, les queers qataris, l’hijab des collégiennes balbyniennes. À l’ombre des Chief Happiness Officers de Wall street, des retraites de l’éducation nationale, à Yvetot, sur France Inter, les matamoresses, crieuses de vieux chapeaux, damnées de la chaire, Rokhaya Diallo, Assa Traoré, Laure Adler, prospèrent dans le business de l’invisible, du teeshirt woke, vantent la diversitéocratie, et donnent des conférences en tous genres pour venger leur race et les dominés. Touche pas à mon buzz, mes sponsors, ma rage, mon Nobel. Gloria victis ! Ce sont les bateaux vides qui font le plus de bruit. « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple » (Anouilh).

Triangulées, la Droite et la Gauche sociale-démocrate peinent à sauver les bijoux de leurs petites couronnes électorales. Abraracourcix contre Moralélastix contre Faurix contre Ciottix, n’ont plus de potion magique. Au Rassemblement National, Bonemine attend son heure. Comme Godot ? Le comte de Chambord en 1871 ? Ou Charles de Gaulle en 1958 ? Dans son château, entouré d’une cour de nains agioteurs sans envergure, Emmanuel Macron, plus tactile que tactique, inquiet comme la Reine de Blanche-Neige, s’interroge, navigue à vue, à voile, à vapeur, dans l’hélium, la battologie, la naïveté, l’indécision, des cavillations dérisoires. Les miroirs aux alouettes, la langue avariée des gribouilles de cabinets ou d’amphis, miment la pensée, minent la confiance, et détruisent l’affectio societatis.

 La République nous appelle, sachons vaincre ou sachons périr

Le Chant du départ est entrainant. Mourir pour la patrie ? Pour des idées ? De mort lente ? Pour les droits de l’Homme, les RTT ? Ernst Kantorowicz a travaillé l’énigme. La patrie, – étymologiquement, le pays des pères -, n’existe plus, c’est un gros mot. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. Comment transformer la b.te (?) génération en Spartiates ? Pour le républicain, il faut du fer, du pain, renouer avec la pompe, l’école de Mars, honorer l’Être suprême, les mémoires de Joseph Bara et Joseph Viala, planter des arbres de la Liberté.

A lire aussi: Correspondances, L’Elysée est un temple

Alas, triste façade désossée d’un immeuble haussmannien en rénovation, notre République est parcourue de momies, squatteurs, révoltés en carton-pâte, une cordelle de bâtardises idéologiques, crises de nerfs. En 1966, «Et moi et moi et moi», c’était une chansonnette ironique de Jacques Dutronc. En 2022, c’est la doxa des fossoyeurs de la nation. Des jacuzzis, l’agrégation, l’orgasme, les jumeaux pour tous.s.e.s ! Le droit à la paresse, le droit au tordu. Marianne partage un secret avec Maître Cornille. Finies les farandoles, elle a vendu sa croix d’or et travaille pour l’exportation. Les sacs de farine sont remplis de plâtre. Le Monde d’après, Teilhard de Chardin 2.0, le point Oméga, co(s)mique, c’est la nousosphère, l’encommun, le fairesociétalisme. La France sans sa langue, sa littérature, son histoire, ce n’est plus la France, ce n’est plus grand-chose.

Le salut le 18 décembre ?

Stade de Lusail, 18 décembre 2022, 20 heure, France 4 – Brésil 0 ! Les poteaux et la VAR avec nous ! Nous sommes les meilleurs parce que nous vaincrons ! Je dirais même plus… Plus que trois victoires à aligner. Pas impossible. Dans le calendrier républicain, le 18 décembre, c’est en Frimaire et officiellement le « jour de la truffe ». C’est aussi la Saint-Sébastien, la naissance de Staline, de Laurent Voulzy et Raimu.

Le Français, jovial, a des chouchous. Cette année, Jean-Jacques Goldman, Thomas Pesquet, Teddy Riner. Chez les féminines, l’or pour Sophie Marceau, talonnée par Mylène Farmer, Marion Cotillard, Alexandra Lamy. « Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleu avec les bleus; c’est à dire tricolore. En d’autres termes, je suis pour le peuple, pour l’ordre et pour la liberté » (Victor Hugo, Choses vues).

Hypocrisie dans le monde du football : le jeu de la FFF

0

Pour la Fédération Française de Football, c’est un deux poids, deux mesures quant aux valeurs imposées aux joueurs.


Y-a-t-il institution plus hypocrite que la Fédération Française de Football présidée par Noël Le Graët ? Il y a quelques mois de cela, précisément en mai de cette année, Idrissa Gueye était vilipendé et tancé publiquement pour avoir refusé de porter un maillot aux couleurs du mouvement LGBT lors de l’avant-dernière journée du championnat de France de football. Le joueur du Paris Saint-Germain devait pourtant, avec son club, soutenir lui aussi la « Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie ». 

La Fédération Française de Football avait vivement réagi à ce refus, de fait une blessure diplomatique puisque le susnommé Gueye avait pudiquement déclaré forfait pour éviter la polémique. « En refusant de participer à cette opération collective, vous validez les comportements discriminatoires, le refus de l’autre, et pas uniquement contre les LGBTQI+ », affirmait ainsi le Conseil national de l’éthique de la Fédération. Se faisait alors jour une profonde divergence de vues entre l’Europe et les responsables africains sur cette question, le président sénégalais Macky Sall affichant son soutien à son compatriote en déclarant que ses « convictions religieuses » devaient être respectées.

A lire aussi: Phryge et la femme olympique

Plus surprenant encore, le Paris Saint-Germain qui est la propriété de l’émir qatari Ben Hamad Al Thani faisait l’éloge de l’opération, rhabillant ses joueurs d’un maillot arc-en-ciel Accor Live Limitless décrit comme un « signe de paix, de diversité, et symbole par excellence du mouvement LGBT ». Sous nos latitudes, le soft power qatari répond en effet à tous les critères de l’inclusivité contemporaine, voire du mouvement dit « woke », sorte de maladie d’Alzheimer du progrès occidental. La chaîne Aj+ est ainsi le porte-drapeau de toutes les causes du genre, attaquant les réactionnaires et les conservateurs de tous bords, pourvu qu’ils soient de droite et qu’ils défendent les traditions françaises et européennes.

Un contraste si saisissant avec les politiques intérieures qataries, mises en lumière durant cette Coupe du Monde, qu’il ne manquera pas d’interroger les plus suspicieux d’entre nous. Pourquoi, en effet, le Qatar protectionniste et conservateur à l’intérieur de ses frontières, a minima selon nos critères, est-il ici chez nous le champion de causes qu’il combat chez lui ? Certains observateurs soulignent d’ailleurs à juste titre que l’obtention de l’organisation de cette Coupe du Monde 2022, très contestée, est arrivée trop tôt pour un pays dont le projet de modernisation devrait apporter ses premiers résultats à l’horizon 2030 avec le plan « Qatar National Vision 2030 » dont l’objectif déclaré est d’en faire « une société avancée capable de maintenir son développement et de fournir un niveau de vie élevé à son peuple ».

A lire aussi: Mondial: les supporters marocains marquent des buts contre la police bruxelloise

Le Qatar semble donc engagé sur une voie de progrès que cette Coupe du Monde est censée illustrer, à l’image des stades et des installations ultra-modernes qui équipent le pays. Au fond, que les autorités qataries censurent les messages LGBT dans leurs stades et y interdisent l’alcool ne devrait pas nous surprendre. Ils n’ont, dans le cadre de leur politique intérieure, jamais caché qu’ils n’étaient pas des sociaux-démocrates suédois ou l’aile gauche du parti démocrate américain. Ce qui est en revanche plus surprenant, ce sont ces institutions occidentales et internationales qui n’ont de cesse de faire la promotion de certaines idées ici mais se couchent dès que l’argent est en jeu.

La FFF, si prompte à jouer du violon, a demandé aux joueurs des Bleus de ne pas porter les fameux brassards LGBT qui sont presque obligatoires en Ligue 1. Idem pour la FIFA et les autres. Il n’est qu’à voir l’équipe d’Angleterre pour comprendre que le signalement de vertus est une farce, ses joueurs ayant posé le genou à terre comme tous les week-ends en Premier League, alors même que leurs adversaires afro-américains restaient debout… Peut-on être plus ridicule ? On peut aussi rappeler l’affaire Riot Games, éditeur de League of Legends qui a éliminé son personnage noir et gay dans les pays africains. Le producteur exécutif du jeu, Jeremy Lee, ne s’en est même pas caché : « Chaque région peut localiser et publier cette histoire en fonction de ce qu’ils estiment le mieux pour les joueurs. Chaque région peut publier différemment certains aspects du jeu pour mieux s’adapter à la culture locale ». Oui, chaque pays est souverain. Le Qatar pas moins qu’un autre, bien qu’on puisse considérer son traitement de l’homosexualité anachronique et autoritaire, surtout eu égard à son attitude à l’étranger. Ne soyons pas non plus arrogants en jouant les ligues de vertu du monde libre, toutes nos valeurs ne sont pas plus universelles qu’exportables. On peut d’ailleurs s’amuser du fait que les combats de certaines stars du sport semblent s’arrêter là où leurs intérêts commerciaux commencent. Les Iraniens prenaient des risques bien plus grands en refusant de chanteur leur hymne, ils l’ont pourtant fait. Quand les convictions sont sincères, on ne se couche pas.

FOG, le mémorialiste

La Belle Epoque, le deuxième volume de son Histoire Intime de la Ve République, est dans les librairies.


Franz-Olivier Giesbert poursuit sa trilogie consacrée à l’« Histoire intime de la Ve République ». Après nous avoir ravis avec le premier tome où nous découvrions un de Gaulle « pris » de l’intérieur, voici le deuxième intitulé : « La Belle Époque ». Car, en effet, les années 70, rythmées par les films de Sautet, Tavernier, les chansons de Christophe, Delpech, Sardou, les grimaces de De Funes, la vitalité de Depardieu, ça avait de l’allure. Franz-Olivier Giesbert a replongé dans ses archives personnelles. Journaliste impétueux, plus ambitieux que Rastignac, et moins fragile que Rubempré, il a côtoyé les Présidents qui ont eu la lourde tâche de succéder à l’Homme du 18 juin. Mais au-delà des portraits de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand – le plus réussi, même si le biographe ne dit pas tout – et Jacques Chirac, c’est, en réalité, à la lente dégringolade de la France à laquelle il nous convie. Électrisés par une croissance économique extraordinaire, les français vivent dans l’insouciance et l’exubérance. Ils pensent que c’est parti pour durer mille ans. Les deux chocs pétroliers vont vite les faire déchanter. Mais au lieu de retrousser les manches et de faire face, ils vont plier, comme leurs ainés ont plié en 1940. Paresseux et velléitaires, ils ne vont pas suivre quand VGE ouvre la voie de la modernisation. Franz-Olivier Giesbert, citant l’écrivain Jean Cau : VGE pensait qu’il « entraînerait derrière lui en laissant dans son élégant sillage, un parfum de savonnette. C’était oublier que les peuples, comme les chiens, aiment les odeurs de soudard (de Gaulle) ; de paysan (Pompidou) ; et même, trouble et d’aventurier, celle que dégagea Mitterrand ».

A lire aussi: Patrick Besson: l’après nous

Mitterrand, justement. Franz-Olivier Giesbert est son toutou, il le renifle, le suit partout. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le mémorialiste lui-même. Avec l’âge, il pratique l’autocritique, voire l’autodénigrement. Il juge durement ses nombreux articles du Nouvel Obs consacrés à Tonton. « Au lieu de m’épuiser à « immortaliser » ces fadaises et ces rognures idéologiques, que n’ai-je couru dans les forêts, joué avec mes enfants, écrit d’autres romans, nagé dans les calanques, bu l’eau des cascades ! » Mais c’est à ce prix que son livre est truffé d’anecdotes croustillantes. Il revient notamment sur le fameux dîner entre Mitterrand et Chirac, en novembre 1980, chez Édith Cresson. C’est d’ailleurs lui qui avait, le premier, révélé cette trahison digne d’un joueur d’échecs en culotte courte. À la veille de sa mort, Mitterrand, plus cynique que jamais, demanda à VGE de lui rendre visite à l’Élysée. Franz-Olivier Giesbert rapporte les propos du mourant à Giscard, mortifié : « Je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apporté Chirac au deuxième tour. Vous n’avez qu’à regarder les chiffres. Sans ces […] voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu ».

À propos de VGE et du regroupement familial, qu’on ne cesse de lui reprocher, Franz-Olivier Giesbert rétablit la vérité en indiquant que cette décision « infernale » date de 1920, suivi de plusieurs circulaires, notamment celle du 20 janvier 1947, toutes entendant réglementer et encourager l’immigration des familles des travailleurs étrangers. Franz-Olivier Giesbert précise : « […] on ne peut lui imputer l’explosion migratoire qui a commencé sous son mandat avant d’atteindre son plafond dans les années 1980 et 1990 pour le crever ensuite ».

A lire aussi: Correspondances, L’Elysée est un temple

Franz-Olivier Giesbert a connu sa nuit pascalienne. Il la raconte chapitre 30. Il avoue ne plus être socialiste depuis 1977. Ce qui lui permet aujourd’hui de jeter un regard inquiet voire désabusé sur la France. Il accuse le camp du Bien d’être responsable de ce suicide collectif. Les portraits au vitriol qu’il brosse des grandes figures intellectuelles de gauche sont jubilatoires. À commencer par le plus grand sectaire de tous, Jean-Paul Sartre. Franz-Olivier Giesbert ne retient pas ses coups : « Je le hais. Fouquier-Tinville du tribunal pénal international du café de Flore, il sent la mort et, avec sa cour d’idolâtres effusants, dégage de mauvaises ondes ». Il s’en prend également à Philippe Sollers mais, subtilement, il écrit : « C’est un jeune vieux qui, toute sa vie, semblera en exil de quelque chose ». Il y a du Chateaubriand des Mémoires d’outre-tombe dans ces pages-là.

À la fin de ce tome 2, Franz-Olivier Giesbert souligne non seulement le déclin de la France mais aussi sa probable dilution. Tout s’effondre autour de nous, et les Français regardent ailleurs. Ils sont frappés du phénomène de scotomisation. Encore un instant de bonheur, s’écrient-ils, cernés d’enfants aux yeux rougis par les écrans de smartphone, devant une série dégoulinant de wokisme sur Netflix et un repas vegan servi par un cycliste sans lumière. Et ça n’est pas prêt de changer. Être dans le camp du Bien, c’est tellement gratifiant.

Franz-Olivier Giesbert, Histoire intime de la Ve République: La Belle Époque, Gallimard, 2022, 400 p., 22€.

Espagne : Pedro Sánchez, un président candidat à la postérité

0
Le président espagnol, Pedro Sánchez, à l'occasion du G20. Novembre 2022. /Dita Alangkara/AP/SIPA/AP22740628_000196

L’actuel gouvernement socialiste, à la différence de tous ses prédécesseurs, cherche à se donner une forme de légitimité durable en rouvrant les blessures de la Guerre civile et de l’ère franquiste. Ce faisant, il risque la désintégration de l’Espagne.


Venu rendre hommage à la romancière espagnole Almudena Grandes disparue en novembre 2021, et dont le dernier roman vient d’être publié à titre posthume, le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez (PSOE, Parti Socialiste) en a surtout profité, ce 28 novembre, pour parler de lui et de ce que l’Histoire retiendra de son passage en politique. « L’une des choses pour lesquelles je passerai à la postérité sera d’avoir exhumé un dictateur », a-t-il déclaré devant le parterre du Centre Culturel de l’Athénée (Madrid) qui ne semble pas s’être ému de cette forme particulière d’immodestie consistant à se projeter dans les livres d’histoire à venir, debout devant le portrait d’une romancière décédée avant d’avoir pu achever l’écriture de son dernier ouvrage. Il faut dire que l’assistance, du réalisateur Pedro Almodóvar à l’actrice Ana Belén, était acquise à Pedro Sánchez. Il faut dire aussi que les romans d’Almudena Grandes, très appréciés du grand public, sont autant d’explorations littéraires de la guerre civile espagnole et de la dictature franquiste, la romancière – fervente militante de la récupération de la mémoire historique – ayant toujours dit regretter que l’Espagne soit le seul pays d’Europe où, selon elle, « dans une guerre entre fascistes et démocrates, on ne désigne toujours pas clairement les bons et les mauvais ». Affaire de littérature et non d’histoire, assurément.

La phrase de Pedro Sánchez n’est pas passée inaperçue dans un contexte électrique où, à six mois des prochaines élections municipales (28 mai 2023) et à un an des élections générales, ses adversaires politiques – à commencer par ceux du Partido Popular (PP, droite libéral-conservatrice) et de Vox (classé à l’extrême droite) – n’ont pas hésité à questionner ces curieuses prétentions à un destin historique. Et ils rappellent au candidat à la postérité que la coalition entre le parti socialiste (PSOE) et l’extrême gauche (Unidas Podemos,UP: « Unies nous pouvons »), au pouvoir depuis janvier 2020,  avait accouché de plusieurs lois incendiaires parmi lesquelles : la  Loi trans, la Loi de garantie intégrale de liberté sexuelle (loi dite du consentement explicite, sans lequel tout acte sexuel est potentiellement un viol, plus connue en Espagne sous le nom de « Seul un oui est un oui ») et la Loi de réforme du délit de sédition.

A lire aussi :  Mythe et mythes de la Guerre d’Espagne: les raisons d’une polémique

La Loi trans, portée par la Ministre de l’Égalité, Irene Montero, issue du parti d’extrême gauche, UP, prévoit, entre autres dispositions, que toute personne de plus de 16 ans pourra choisir librement son identité de genre (sans consentement parental ni avis médical ou psychologique préalable), que les mineurs entre 14 et 16 ans auront également ce droit (quoique devant être assistés dans leurs démarches par leurs parents ou tuteurs légaux), comme ceux de moins de 12 ans (qui, eux, devront tout de même obtenir une autorisation judiciaire).

Si la Loi trans n’a pas encore été votée, c’est qu’elle a été retardée par le chaos engendré par la récente Loi du Seul un oui est un oui – de la même ministre de l’Egalité – entrée en vigueur le 7 octobre. Car cette loi, d’avantage conçue comme protectrice des victimes (n’ayant heureusement plus, désormais, à se justifier d’avoir été abusées ou violées), plutôt que punitive (les peines minimales ont été abaissées suite à la décision de gommer la distinction entre « abus » et « viol »), produit l’effet inverse de l’objectif poursuivi initialement. Censée protéger du viol et de toutes les violences sexuelles, la loi se révèle être plus avantageuse pour de nombreux délinquants qui, à la faveur de la disposition de rétroactivité de toute nouvelle législation plus favorable à l’accusé, voient leurs peines sensiblement réduites. Situation ubuesque – si elle n’était pas aussi tragique pour les victimes elles-mêmes – quand on sait que le point de départ de cette loi a été l’exaspération de l’opinion publique en 2018 devant les peines jugées trop clémentes des cinq individus condamnés pour le viol collectif dit de La Manada (La Meute), dont l’un des membres n’a d’ailleurs pas hésité, le 21 novembre, à réclamer une réduction de presque deux années de prison (sur 15) à la faveur de la nouvelle législation…

A lire : Panique et hystérie devant “Les mythes de la guerre d’Espagne, 1936-1939”

Quant à la Proposition de loi de réforme du « délit de sédition » (article 544 du Code Pénal) en « désordres publics aggravés », elle se traduit par un allègement significatif des peines d’emprisonnement (potentiellement divisées par trois pour les leaders de la tentative de sécession de la Catalogne en septembre 2017). Les anti-Sánchez y voient une insupportable compromission avec les indépendantistes de tout poil, de la Gauche républicaine de Catalogne (Esquerra Republicana de Catalunya ou ERC), les indépendantistes catalans, à EH Bildu (Euskal Herria Bildu, « Réunir le Pays basque »), les indépendantistes de la gauche radicale abertzale basque, et un lamentable clientélisme politique de nature à remettre en cause une Constitution qui repose, depuis 1978, sur « l’indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols », reconnaissant et garantissant «  le droit à l’autonomie des nationalités et régions qui l’intègrent et la solidarité entre elles toutes » (Article 2). Il n’est pas jusqu’à Felipe González, figure mythique du Parti Socialiste espagnol dont la première victoire aux élections générales remonte à 1982, qui n’ait vivement critiqué la politique du gouvernement de Pedro Sánchez, dans une interview du 2 décembre, considérant la loi du consentement explicite « mal faite », « à rectifier immédiatement ». Il taxe Podemos et ses leaders politiques de « populistes qui donnent des réponses simplistes à des problèmes complexes », et souligne la distinction sémantique entre « sédition » et « désordre public » : le désordre public, c’est occuper une gare, la sédition, c’est se déclarer République indépendante… Reste à savoir si on peut entrer dans l’Histoire pour avoir exhumé un dictateur mort en 1975 quand on n’a pas soi-même vécu sous la censure et la dictature. S’enorgueillir à 50 ans d’un anti-franquisme militant alors que la génération politique issue du franquisme, celle de la Transition démocratique, enfants de vainqueurs et de vaincus, avait réalisé le tour de force de sortir d’un antagonisme historique en réconciliant les Espagnols et en les projetant dans un avenir commun, est la parfaite illustration de ce que l’historien espagnol Santos Juliá nomme le phénomène des « enfants discrets versus petits-enfants vindicatifs ». Peut-on réclamer un destin historique quand on affirme à la fois la nécessité de savoir d’où l’on vient (Cérémonie anniversaire des 40 ans de la première victoire du Parti Socialiste aux élections générales de 1982) tout en réformant l’Education pour ne faire commencer le programme d’histoire du Baccalauréat qu’au 19ème siècle ? Ou quand on dit revendiquer un « passé radieux » et un « héritage de lumière obscurci par la dictature franquiste » quand l’histoire de l’Espagne est tout sauf le combat manichéen de l’ombre contre la lumière ?  En somme, peut-on entrer dans l’Histoire quand on capitalise autant sur la Mémoire ?

New York, ville-monde, sur le chemin de la tiers-mondisation

0
Pexels

Drogue, délinquance, délires wokistes : la ville de New York, dont le maire est démocrate, se trouve actuellement sur une très mauvaise pente. Pourtant, les Américains restent, malgré tout, plus fiers d’être américains que les Français d’être français !


En novembre 2021, après le passage de la pandémie, alors que les États-Unis rouvraient leurs frontières à l’Europe, j’ai revu New York, convalescente, morne et meurtrie. Les rues de la géante étaient vides. Les stores baissés sur les devantures des magasins et des restaurants exhibaient des faillites. On imaginait des vies brisées. Un froid glacial limitait mes déambulations solitaires. Où était donc passée la foule habituelle qui autrefois encombrait les trottoirs de marcheurs aussi rapides que déterminés ? Où étaient-ils, ceux qui, mus par des impératifs mystérieux pour le profane, ne lui en dispensaient pas moins, généreusement, une énergie contagieuse ? Seuls quelques homeless (sans abris), hagards, poussaient des caddies contenant leurs hardes et des couvertures crasseuses.

Novembre 2022, le «Big Apple» a recouvré son insolente vitalité et l’été indien joue les prolongations. Sous les derniers feux d’un soleil qui s’éternise, les buildings du Financial District s’élancent à la verticale, comme autant de lames acérées, dardées dans le bleu profond du ciel. Les façades en briques ocres des quartiers anciens de Soho, Tribeca, Nolita, quant à elles, rosissent sous la tiède caresse d’un astre qui leur dispense ses ultimes faveurs. Central Park convie à une flânerie sans but sous des frondaisons rousses et dorées qui s’effeuillent lentement. « New York avait toute l’irisation du monde », aurait écrit F. Scott Fitzgerald, témoin d’un semblable moment de grâce.

Pourtant, depuis quelques années la ville a changé. Imperceptiblement, parfois plus franchement. Elle affiche, je l’ai constaté lors de mon récent séjour, son vif désir de s’inscrire en son siècle.

A lire aussi: Sourions un peu en attendant la fin

Je garderai en mémoire ce lumineux dimanche 6 novembre 2022. S’est couru le Marathon de New York. Or, il comptait, pour cette édition, 59 personnes déclarées non-binaires contre 16 l’année précédente. Cette catégorie nouvelle a été créée pour répondre à une demande de représentation et d’inclusion des communautés LGTBTQIA+. C’est un dénommé Jake Caswell, âgé de 25 ans et biologiquement homme, qui s’est imposé dans ladite catégorie, obtenant un prix de 5000 $. Notons que la discrimination n’en demeure pas moins puisque c’est 500 000 dollars qu’on attribue aux vainqueurs hommes et femmes.

Dans le registre « inclusif », encore, j’ai été frappée par le nombre de créatures androgynes croisées lors de mes pérégrinations, souvent d’une beauté étrange et de surcroît très élégantes. J’aurais été bien en peine de savoir si elles étaient en voie de transition et auquel cas, vers quel sexe. On m’a expliqué que les « genderqueer » peuvent passer leur vie entière à « transitionner » en redéfinissant et ré-interprétant leur genre au fur et à mesure du temps. On s’achemine donc résolument vers un flou identitaire.

Heureusement, l’Église épiscopale située au début de la Cinquième Avenue (Church of the Ascension) est là pour guider sur cette voie du « all inclusive » qui conjugue wokisme et progressisme. Gaiment pavoisée aux couleurs LGBT, l’édifice religieux affiche fièrement, au fronton de sa porte : « BLACK LIVES MATTER », affirmant ainsi l’avènement d’une époque mutante, en marche vers le progrès. Tout comme le fit, en son temps, la pharmacie de M. Homais dans Madame Bovary. « Mais ce qui attire le plus les yeux, c’est, en face de l’auberge du Lion d’or, la pharmacie de M.Homais ! […] L’enseigne, qui tient toute la largeur de la boutique, porte en lettres d’or : Homais, pharmacien ».

Enfin, comme je m’étonnais de baigner en permanence dans des effluves de cannabis, on m’affranchit obligeamment : depuis le 30 mars 2021, New York est devenu le 15e état des États-Unis à autoriser l’achat, la possession, la culture du cannabis pour l’ensemble des citoyens de plus de 21 ans. L’attribution des licences autorisant officiellement le commerce récréatif de la plante n’a commencé que le… 22 novembre 2022. Ce qui n’a pas empêché certains entrepreneurs audacieux de démarrer leur business, créant ainsi un immense marché gris.

A lire aussi: De Laure Adler à Claude Askolovitch, en passant par Paul B. Preciado : entre-soi wokisto-journalistique et philosophie trans

New York change, lentement, insidieusement, mais sûrement, et l’inflation qui sévit n’arrange rien à l’affaire : les sans-abris sont de plus en plus nombreux. Rudy Giuliani, maire de 1994 à 2001, qui fit de New York une ville sûre (qu’elle risque de ne pas rester longtemps), en appliquant la politique dite de « la tolérance zéro », serait certainement affligé par une promenade dans Washington Square Park, fréquenté par les étudiants de la prestigieuse Université de New York. Haut lieu de la revente de drogue, dans les années 80, on est en droit de penser qu’il ne va pas tarder à le redevenir.

Si de nombreuses personnes apathiques, inoffensives et affalées y fument leur joint, l’œil vague, d’autres qu’on imagine sous l’emprise de substances plus dures vocifèrent, accostent les passants, se roulent par terre voire s’écroulent. La police intervient régulièrement pour rétablir l’ordre. J’ai pu voir aussi, pour la première fois depuis près de trente ans, la carcasse d’une voiture brûlée sur la Cinquième Avenue et évité de justesse une dame juchée sur un vélo. Roulant sur le trottoir, elle s’employait (sans beaucoup de succès, il faut bien en convenir, en raison d’un… équilibre précaire) à dégommer les piétons.

Le 22 novembre 2022, disais-je, 36 candidats ont obtenu, moyennant 2000 dollars déboursés, leur licence pour vendre légalement du « cannabis à usage adulte ». 28 d’entre eux sont, comme on dit chez nous : « défavorablement connus des services de police » pour détention passée ou présente de marijuana. Il s’agit, principe inédit, d’aider à s’intégrer des consommateurs issus des minorités. On souhaite aussi privilégier les femmes et les anciens combattants handicapés. Sans oublier les agriculteurs en détresse.

Si wokisme et progressisme nous viennent d’outre-Atlantique, ils n’ont pourtant, peut-être pas, là-bas, le même pouvoir de nuisance qu’en France. La fierté partagée par tous d’être américain semble fédérer le peuple. Peut-être empêche-t-elle ces idéologies d’agir sur la société comme des solvants trop puissants ? Chez nous, malheureusement, la honte d’être français, décuple sur notre sol le pouvoir délétère de ces doctrines importées qu’une frange de la population accueille avec enthousiasme.

Gilles Verdez l’assimilé

0
Gilles Verdez, le 05 novembre 2021. /JP PARIENTE/SIPA/ 01047372_000014

Arrivé en 2013 sur le plateau de « Touche pas à mon poste » et désormais un incontournable de l’équipe de TPMP, Gilles Verdez et ses déclarations ont souvent fait parler. Le chroniqueur a aujourd’hui un autre prénom : Souleymane.


Gilles Verdez est un visage familier des téléspectateurs. Journaliste de presse pendant plus de vingt ans, il a notamment écrit dans les colonnes du Parisien et de l’Équipe mais c’est en tant que chroniqueur de l’émission « Touche pas à mon poste » qu’il a été révélé au grand public. Officiant dans ce talk-show depuis 2013, il a multiplié les coups de gueule en neuf années d’antenne. La sincérité du chroniqueur est régulièrement sujette à caution, étant donnée la propension de ce dernier à théâtraliser ses prises de parole et à surjouer l’indignation. Sur le plateau de C8, le 26 février 2018, il avait notamment qualifié l’animateur Bernard de la Villardière « d’islamophobe », ce qui lui a valu, en février 2021, une condamnation en diffamation et une amende de 5000 euros. En septembre 2018, sur le plateau de Cyril Hanouna, il réclamait le bannissement d’Eric Zemmour de tous les plateaux télés. « Bien sûr qu’il faut l’interdire, il professe la haine » avait-il déclaré dans une passe d’armes l’opposant à André Bercoff, venu défendre la liberté d’expression du polémiste. Depuis des années, dans l’émission, un élément de la vie privée de Gilles Verdez est utilisé comme un comique de répétition: la relation qu’il entretient avec une femme d’origine sénégalaise prénommée Fatou. En août, ils se sont dit oui au Sénégal, une union qui n’est pas reconnue en France puisqu’il s’agit d’un mariage religieux. Gilles Verdez nous a également appris, le 29 août sur C8, qu’il avait dorénavant deux prénoms car au Sénégal « on m’appelle Souleymane ». Visiblement, dans certains pays, les prénoms ont leur importance, comme le martèle celui que Verdez souhaite bannir de tous les plateaux. Désireux de parachever son assimilation, le 18 novembre, alors qu’il était interrogé par Cyril Hanouna sur son rapport à la religion, le chroniqueur a déclaré qu’il s’apprêtait à « faire le ramadan prochainement ». L’assimilation de Gilles Verdez est à l’image de son cerveau… à l’envers.

A lire aussi : Cyril Hanouna: comprendre, contredire sans mépriser!

L’été indien

0
Bhupender Yadav, ministre de l'environnement indien, le 15/11/22 / PHOTO: Peter Dejong/AP/SIPA / AP22740711_000078

La cause écologique, souci des pays développés, est-elle imposable et réalisable dans des pays en développement ?


Les paysans indiens sont-ils des salauds ? Début novembre, ouvriers, écoliers et une partie des fonctionnaires de New Dehli ont été invités à rester chez eux. Raisons de ce confinement ? Une énorme concentration de particules fines, 25 fois plus forte que les recommandations de l’OMS. Capitale de l’Inde, New Dehli est régulièrement en tête du classement des villes les plus polluées au monde mais cette fois, les coupables ne sont pas que les conducteurs de poids lourds ou les industriels peu soucieux de dame Nature. Outre la part des pollueurs habituels, les vents ont drainé des nuages de fumée issus du Penjab, cette région du nord. Les agriculteurs y ont brûlé les restes de leurs cultures d’été pour préparer leurs champs pour l’hiver, un choix motivé par des raisons économiques. Bhupender Yadav, ministre de l’Environnement, n’a pas eu de mots assez durs à l’encontre de l’opposition qui administre le Penjab. « Il n’y a aucun doute sur qui a transformé le Penjab en chambre à gaz », a-t-il tweeté. Le plus haut responsable politique du Penjab, Bhagwant Mann, a retorqué que son administration n’était entrée en fonction qu’il y a six mois. En 2018, une étude de l’Institut de politique énergétique de l’université de Chicago estimait qu’en moyenne, un Delhiite perdait dix ans d’espérance de vie à cause de la pollution. Persuadés d’être les phares du monde, nos écolos rivalisent de créativité pour montrer la bonne voie. Sur son site internet, la mairie de Grenoble affirme sans rire que « la révolution verte est en marche ». Un message qui n’est visiblement pas parvenu jusqu’en Orient. Depuis des années, l’Inde est l’un des plus grands pollueurs au dioxyde de carbone. Après Grenoble, Éric Piolle devra aussi convertir les paysans du Penjab aux vertus de la trottinette électrique et du tri sélectif. Chiche ?

A lire aussi: Dette climatique, le nouveau fardeau de l’homme blanc?

Nathan Devers : «Penser un événement suppose de faire table rase de tout ce qu’on a pu penser auparavant»

0
Nathan Devers et Philippe Bilger, le 05/12/22 / Capture d'écran YouTube d'une vidéo de Philippe Bilger du 05/12/22

L’écrivain, philosophe et chroniqueur parle avec Philippe Bilger des rapports entre la pensée philosophique et l’analyse de l’actualité.


Entretien dans « Bilger les soumet à la question » avec un jeune philosophe et écrivain d’une précocité exceptionnelle et qui avec une modestie non feinte n’y attache aucune importance. Nathan Devers a et est une personnalité qui constitue un miracle dans un monde et à une période où, malgré les hommages obligatoires à la jeunesse dégradés souvent en culte du jeunisme, l’intelligence, la perfection de la forme, l’infinie richesse du  langage, la profondeur authentique du fond, l’aptitude au dialogue sont infiniment rares. L’entretien avec lui m’a permis de savourer sans modération ces dispositions d’esprit et de caractère. Son dernier livre, Les liens artificiels, a été loué sans la moindre réserve.
Je me suis plu à démontrer que dans mes choix l’âge ne faisait rien à l’affaire et que ce qui m’animait était avant tout  l’espérance d’une rencontre singulière. Elle le fut.

Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).

A lire aussi: Luc Ferry : « La loi décline, les droits augmentent ! »

Le Mur des cons

Price: ---

0 used & new available from

Un avocat général s'est échappé

Price: ---

0 used & new available from

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

Immigration, une chance pour personne

2

Découvrez le sommaire de notre numéro de décembre.


Notre grand entretien avec Jérôme Sainte-Marie est le clou de notre dossier sur l’immigration, sur cette immigration qui n’est une chance ni pour la France ni pour un grand nombre d’immigrés. Selon le sondeur et analyste politique, qui s’est confié à Elisabeth Lévy, le Rassemblement National, dont il forme les cadres sans être lui-même adhérent, «n’est ni extrême ni de droite». Le parti de Marine Le Pen est l’objet d’une stigmatisation injuste alors qu’il représente une bonne partie des classes populaires et comprend les préoccupations de ces dernières au sujet de l’immigration, devenue l’un des enjeux principaux du conflit entre peuple et élites. Présentant le dossier, Elisabeth Lévy voit dans l’affaire de l’Ocean Viking la démonstration de l’incurie (ou de l’inexistence) de notre politique migratoire. Ni les postures ni l’émotion ne permettent de faire face à l’afflux toujours plus important de candidats à l’Europe. Une majorité de Français, inquiets, ne veulent pas que leur pays soit ouvert à tous. Mais nos dirigeants semblent plus soucieux de câliner les médias que de rassurer les électeurs. Car, selon Philippe d’Iribarne, l’immigré est devenu un objet sacré. Quand les prophètes du camp du Bien prêchent la belle «ouverture à l’Autre» face au vilain «repli sur soi», d’autres dévots nourrissent une haine de la France, éternellement coupable de son passé, et dont la rédemption passe par les nouveaux venus.

>> Lire votre magazine <<

Interviewé par Céline Pina, Patrick Stefanini affirme que la France peut mener une politique migratoire plus restrictive et plus intelligente en modifiant le droit du sol, les délais d’exécution des OQTF ou en dénonçant des accords passés avec certains pays, en particulier l’Algérie. Le juriste Carl Hubert confirme qu’il est possible et urgent de modifier le droit d’asile qui est aujourd’hui totalement dévoyé. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie étudie la diaspora marocaine en France qui est surreprésentée à Pôle emploi, dans les HLM et dans nos prisons. Michel Aubouin et Céline Pina pointent le manque de volonté politique et le rôle néfaste des ONG. Causeur a invité un fonctionnaire qui travaille sur l’accueil des migrants à défendre l’immigration : pour lui, certains politiques attisent des craintes irraisonnées dans la société.

Dans son éditorial de décembre, Elisabeth Lévy compare le port de la kippa en public avec celui du voile : ils sont tous les deux contraires à l’esprit de la laïcité en France. « Dénoncer le voile et accepter la kippa témoigne au minimum d’une incohérence et, aux yeux de pas mal de gens, d’un déplorable deux poids, deux mesures ». Et les Juifs n’ont pas besoin d’une indulgence spéciale : « Interdire toute critique ou blague à leur encontre serait, finalement, une forme paradoxale (et inconsciente) d’antisémitisme ». Robert Ménard, le maire de Béziers, explique pourquoi a quitté les réseaux sociaux et suspendu ses interventions radio-télévisées. Loin de l’infernale mécanique du buzz et des likes, il renoue avec le bon sens, la nuance et retrouve sa liberté. Stéphane Rozès se confie à Céline Pina au sujet de son nouveau livre, Chaos, où il analyse les causes de la défiance des peuples envers leurs élites et celles de la montée des extrêmes. Loin de défendre des intérêts nationaux, les technocrates qui nous gouvernent légitiment des décisions prises ailleurs et par d’autres, et bafouent l’idéal démocratique dont ils se réclament. Mériadec Raffray considère que l’Allemagne d’Olaf Scholz est au bord d’une crise politico-économique majeure susceptible de déstabiliser encore plus les relations franco-allemandes. La crise de l’Ocean Viking, pour Annabella Mocenigo, a montré que la nouvelle présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, pouvait défendre ses idées sans renoncer au cadre européen. Frédéric Ferney se demande si la droite « gaulliste » incarnée par Les Républicains est menacée d’effacement, pendant que Jean-Michel Delacomptée continue à défendre la cause des hommes et Emmanuelle Ménard à nous raconter sa vie à l’Assemblée, avec une mention spéciale pour le député antispéciste, Aymeric Caron.

>> Lire votre magazine <<

Dans le monde de l’édition, L’Artilleur s’est imposé comme le champion des esprits résistants et des pensées à contre-courant. Bérénice Levet voit en son directeur, Damien Serieyx, un homme rigoureux et courageux qui met un point d’honneur à témoigner du monde réel quand tant d’autres l’occultent. Pierre Berville se demande si le prix Nobel de littérature récompense vraiment le talent d’un auteur : le récent couronnement d’Annie Ernaux permet d’en douter. Et les soupçons qui entourent l’Académie suédoise se multiplient lorsqu’on épluche la liste des précédents lauréats. Dans la lutte contre cette maladie intellectuelle qu’on appelle le «wokisme», la publication du nouveau livre de Bérénice Levet, Le Courage de la dissidence, frappe un grand coup, à mon sens. S’appuyant sur l’allégorie de la caverne, dans La République de Platon, la philosophe trace une nouvelle voie : celle, lumineuse, qui nous permettra de sortir de la grotte obscure dans laquelle nous enferment les nouveaux idéologues. En s’entretenant avec Jean Clair, Jonathan Siksou nous permet de découvrir l’œuvre d’un de nos plus grands artistes contemporains, Sam Szafran, marginalisé par l’avant-garde officielle mais à qui une exposition à l’Orangerie rend hommage.

>> Lire votre magazine <<

Jérôme Leroy salue entrée dans « La Pléiade » de Shirley, roman méconnu de l’Anglaise, Charlotte Brontë, ainsi que la parution d’un essai bref et lumineux de Frédéric Ferney, L’Amour de la lecture, qui célèbre les livres comme les derniers refuges de l’homme libre. Après les grottes et les cavernes, Jean Chauvet nous prépare à l’exploration des salles obscures. En cette fin d’année, les films français affichent le pire comme le meilleur. Dans cette seconde catégorie, Le Parfum vert de Nicolas Pariser fait la course en tête avec grâce et fantaisie. Malgré ses 12 étoiles au Guide Michelin, la curiosité, l’audace et l’inventivité du chef Pierre Gagnaire restent intactes. En conversation avec Yannis Ezziadi, il raconte comment il continue d’explorer les possibilités que lui offrent les produits du monde entier sans jamais oublier ce qu’il considère comme la base de son métier : le plaisir de ses convives. Pour arroser tout ça, Emmanuel Tresmontant nous fait visiter le domaine, non loin d’Épernay, où Alain Bernard perpétue le travail de la vigne à l’ancienne. Avec ses chevaux de trait et ses caves de fûts de chêne, il est encore l’un des rares à élaborer ses propres champagnes. Un digestif très fort est servi par Ivan Rioufol qui, dans ses carnets, dénonce la presse d’État qui est l’héritière de La Pravda des communistes. Sous couvert de pureté morale, ses journalistes immaculés s’inscrivent dans cet assujettissement. Ils sont, dans leur docilité, des désinformateurs en puissance. Enfin, Marsault pose une question fondamentale : est-il possible d’entamer un dialogue constructif avec un immigrationniste ? Et il apporte une réponse !

Chaos - Essai sur les imaginaires des peuples

Price: ---

0 used & new available from

L'Amour de la lecture

Price: ---

0 used & new available from

Shirley - Villette: (1849-1853)

Price: ---

0 used & new available from

Twitter files: Elon Musk révèle en direct comment Twitter a censuré les éléments de l’affaire de l’ordinateur de Hunter Biden

0
Profile d'Elon Musk / 21/09/22 Photo: Jaap Arriens/Sipa USA/SIPA / SIPAUSA30323654_000008

Accusé de favoriser la désinformation, Elon Musk, avec l’aide du journaliste Matt Taibbi, dévoile preuves à l’appui l’affaire de Hunter Biden. Il souligne que sur Twitter, c’était la censure qui desservait la vérité.


L’excitation était à son comble sur le réseau social, le 2 décembre, à 17h précises, heure de New-York. C’est l’heure qu’a choisie Elon Musk, le nouveau président de Twitter, pour révéler en direct, sur son compte, le traitement qui fut réservé à l’affaire Hunter Biden par la précédente direction du réseau social. Des centaines de milliers d’usagers se sont donné rendez-vous pour dévorer chaque nouveau tweet du fil de discussion comme un chapitre de roman policier. Un scoop révélé en temps réel.

Le journaliste d’investigation Matt Taibbi, qui publie le rapport sur le compte d’Elon Musk, évoque « un conte à la Frankenstein sur un mécanisme conçu par les humains mais qui a totalement échappé au contrôle de son créateur ».

Il nous raconte que si Twitter se voulait au départ un réseau libre d’échange d’informations et d’opinions, le programme dut très rapidement imposer des limites à ce qui pouvait être publié, en particulier pour endiguer les spams et la fraude. Hélas, ils ne s’arrêtèrent pas là : des voix de plus en plus nombreuses s’élevèrent, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise, pour appeler à limiter considérablement la liberté des publications. Des célébrités comme des anonymes commencèrent à voir leur compte désactivé, à la simple demande d’un parti politique (les documents sont à chaque fois joints aux révélations pour appuyer les propos du journaliste).

A lire aussi: Un oiseau classé X

En effet, selon Matt Taibbi, les deux grands partis politiques américains avaient accès à ces outils de « désactivation ». En 2020, des demandes de censure émanant aussi bien de la Maison Blanche sous la présidence de Donald Trump que du cabinet de campagne de Joe Biden furent « reçues et honorées ». La direction de Twitter répondait aux requêtes par un simple mot : handled ; en Français : traité. Et comme le personnel était à grande majorité démocrate (98%, tout de même), les désactivations s’orientèrent rapidement vers la droite et les personnalités républicaines.

En octobre 2020, le New York Post publia un article sur les affaires en Ukraine du tumultueux fils du vice-président de l’époque, Joe Biden. Le magazine avait mis la main sur les emails échangés entre Hunter Biden et un important homme d’affaires ukrainien, siégeant au conseil d’administration d’une grande compagnie de gaz, Burisma, qui était ravi d’avoir pu rencontrer son influent père. Ces emails avaient été trouvés sur un ancien ordinateur portable de Hunter Biden, déposé chez un réparateur informatique de l’Etat du Delaware… Les propos échangés entre les deux hommes contredisaient les affirmations de Joe Biden selon lesquelles il n’était jamais intervenu dans les « affaires de son fils à l’étranger ». Il n’en fallut guère plus pour que les rumeurs de corruption se répandent, en pleine campagne présidentielle…

La direction de Twitter fit des pieds et des mains pour que cette information ne circule pas sur son réseau, alertant ses usagers qu’elle pouvait être « unsafe » (peu sure). Ils bloquèrent même la circulation de l’information par voie de messagerie, ce qu’ils ne s’autorisaient à faire jusqu’ici que pour lutter contre la pornographie infantile.

A lire aussi: Les gardiens de la vérité contre la «désinformation»

Même la porte-parole de la Maison Blanche de l’époque, Kaleigh McEnany, vit son compte désactivé après avoir évoqué l’information. Des employés de Twitter remarquèrent des tensions entre les équipes chargées de la politique d’entreprise et les équipes de «sécurité en ligne». La décision d’enterrer complètement l’affaire fut prise au plus haut niveau, mais sans que le PDG de l’époque, Jack Dorsey, fut mis au courant. La responsable juridique, politique et financière de Twitter, Vijaya Gadde, joua un rôle-clé dans la censure de cette information. Cette même responsable fut plus tard licenciée avec fracas par Elon Musk, dès son arrivée à la tête du réseau social.

La publication de ces révélations n’a rien d’anodin : Musk répond avec force aux critiques qui l’accusent de promouvoir la désinformation en libérant la parole sur Twitter.

L’entrepreneur libertarien les nargue en leur rétorquant que la désinformation existait déjà sur le réseau social… mais par la voie de la censure. Grâce aux efforts zélés de l’ancienne équipe, de nombreux Américains ont longtemps cru que ces fameux emails étaient faux… En jetant le discrédit sur une information importante, la censure a une fois de plus servi le mensonge et non la vérité.

Sur son propre compte, le journaliste Matt Taibbi nous annonce que les révélations sur les méthodes de tri de l’ancien Twitter ne font que commencer…

France world et pain perdu

0
Pexels

De la baguette à la coupe du monde, grandeur et décadence de notre nation qui sera bientôt privée de sa langue, de sa littérature et de son histoire.


L’Unesco vient d’inscrire la baguette de pain sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Dans le pétrin des affaires, le Boulanger en chef de la Start-up nation salue le miracle, la France qui gagne, le levain des Sadducéens et des Parisiens : « 250 grammes de magie et de perfection dans nos quotidiens […] Dans ces quelques centimètres de savoir-faire passés de main en main, il y a exactement l’esprit du savoir-faire français ». Baguette classique, de campagne, rustique, tradition ? Gare au virilisme réac ! Il y a quarante ans, Pierre Nora avait identifié des Lieux de mémoire ayant marqué l’inconscient collectif et le roman national. Ce séquençage génétique, jeu de l’oie de l’identité nationale est-il toujours recevable ? « Si on continue comme ça, la France sera un nouveau Disney World, ce sera France World, les gens porteront des bérets et des baguettes sous le bras » (Gérard Depardieu).

Pain perdu et jalousie

En 2013, Le Monde titrait sur «Les crispations alarmantes de la société française». « Mes idées ne sont pas bien représentées, 72%. Les politiques agissent principalement dans leur intérêt personnel, 82%. L’autorité est une valeur trop souvent critiquée, 86% ». Plus on s’angoisse, moins ça va mieux. Les quinquennats de François Macron et Emmanuel Hollande n’ont rien arrangé. Ça interroge… Les populistes veulent le gouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple : ils sont un danger pour la démocratie. Télérama et les enfermés de France Info contextualisent les chamailleries des sauvageons qui règlent leurs comptes à coup de marteaux et machettes, les séparatismes, la communauté réduite aux aguets. La faute à Thatcher, à Blanquer, au latin, la crise du logement, la fermeture d’une ludothèque à Tremblay-en-France… tous victimes de l’enfer néo-libéral, des méchants Native French, « souchiens », phallocrates, xénophobes.

A lire aussi: Sourions un peu en attendant la fin

Les réseaux et raisons de la colère ne manquent pas : insécurité physique, économique, culturelle, politique du chat crevé au fil de l’eau. Le populo manque de brioche. Les carabistouilles, pénuries, l’inflation, exacerbent la fièvre jaune. Démagogie, lâchetés et corporatismes obèrent tout aggiornamento. Les politiques Lotophages se voilent la face sur les fléaux qui nous gangrènent : crétinisation numérique, analphabétisation, trafics de drogue au zénith, délires libéral-libertaire, métavers, post-trans-humanistes, discours hyèneux des réseaux sociaux. L’abeille de la Culture a été liquidée par les sociologues déconstructeurs de néant, décapitée par le frelon (vespa velutina) «culturel». Un crime contre les Humanités.

Dans une cacophonie ubuesque, un monde en voie de reféodalisation avancée (magistralement analysé par Pierre Legendre depuis 50 ans), chacun déclame ses indignations. Les rebelles antifas s’ébattent dans l’outrage et les bassines, badigeonnent la Joconde de Pom’Potes, boycottent le foot pour sauver la planète, les queers qataris, l’hijab des collégiennes balbyniennes. À l’ombre des Chief Happiness Officers de Wall street, des retraites de l’éducation nationale, à Yvetot, sur France Inter, les matamoresses, crieuses de vieux chapeaux, damnées de la chaire, Rokhaya Diallo, Assa Traoré, Laure Adler, prospèrent dans le business de l’invisible, du teeshirt woke, vantent la diversitéocratie, et donnent des conférences en tous genres pour venger leur race et les dominés. Touche pas à mon buzz, mes sponsors, ma rage, mon Nobel. Gloria victis ! Ce sont les bateaux vides qui font le plus de bruit. « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où on s’est mis à s’occuper du peuple » (Anouilh).

Triangulées, la Droite et la Gauche sociale-démocrate peinent à sauver les bijoux de leurs petites couronnes électorales. Abraracourcix contre Moralélastix contre Faurix contre Ciottix, n’ont plus de potion magique. Au Rassemblement National, Bonemine attend son heure. Comme Godot ? Le comte de Chambord en 1871 ? Ou Charles de Gaulle en 1958 ? Dans son château, entouré d’une cour de nains agioteurs sans envergure, Emmanuel Macron, plus tactile que tactique, inquiet comme la Reine de Blanche-Neige, s’interroge, navigue à vue, à voile, à vapeur, dans l’hélium, la battologie, la naïveté, l’indécision, des cavillations dérisoires. Les miroirs aux alouettes, la langue avariée des gribouilles de cabinets ou d’amphis, miment la pensée, minent la confiance, et détruisent l’affectio societatis.

 La République nous appelle, sachons vaincre ou sachons périr

Le Chant du départ est entrainant. Mourir pour la patrie ? Pour des idées ? De mort lente ? Pour les droits de l’Homme, les RTT ? Ernst Kantorowicz a travaillé l’énigme. La patrie, – étymologiquement, le pays des pères -, n’existe plus, c’est un gros mot. Les bataillons, l’étendard, le jour de gloire, incommodent les jeunes consciences. Comment transformer la b.te (?) génération en Spartiates ? Pour le républicain, il faut du fer, du pain, renouer avec la pompe, l’école de Mars, honorer l’Être suprême, les mémoires de Joseph Bara et Joseph Viala, planter des arbres de la Liberté.

A lire aussi: Correspondances, L’Elysée est un temple

Alas, triste façade désossée d’un immeuble haussmannien en rénovation, notre République est parcourue de momies, squatteurs, révoltés en carton-pâte, une cordelle de bâtardises idéologiques, crises de nerfs. En 1966, «Et moi et moi et moi», c’était une chansonnette ironique de Jacques Dutronc. En 2022, c’est la doxa des fossoyeurs de la nation. Des jacuzzis, l’agrégation, l’orgasme, les jumeaux pour tous.s.e.s ! Le droit à la paresse, le droit au tordu. Marianne partage un secret avec Maître Cornille. Finies les farandoles, elle a vendu sa croix d’or et travaille pour l’exportation. Les sacs de farine sont remplis de plâtre. Le Monde d’après, Teilhard de Chardin 2.0, le point Oméga, co(s)mique, c’est la nousosphère, l’encommun, le fairesociétalisme. La France sans sa langue, sa littérature, son histoire, ce n’est plus la France, ce n’est plus grand-chose.

Le salut le 18 décembre ?

Stade de Lusail, 18 décembre 2022, 20 heure, France 4 – Brésil 0 ! Les poteaux et la VAR avec nous ! Nous sommes les meilleurs parce que nous vaincrons ! Je dirais même plus… Plus que trois victoires à aligner. Pas impossible. Dans le calendrier républicain, le 18 décembre, c’est en Frimaire et officiellement le « jour de la truffe ». C’est aussi la Saint-Sébastien, la naissance de Staline, de Laurent Voulzy et Raimu.

Le Français, jovial, a des chouchous. Cette année, Jean-Jacques Goldman, Thomas Pesquet, Teddy Riner. Chez les féminines, l’or pour Sophie Marceau, talonnée par Mylène Farmer, Marion Cotillard, Alexandra Lamy. « Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleu avec les bleus; c’est à dire tricolore. En d’autres termes, je suis pour le peuple, pour l’ordre et pour la liberté » (Victor Hugo, Choses vues).

Hypocrisie dans le monde du football : le jeu de la FFF

0
Noël Le Graët, le 19/11/22 / PHOTO: Christophe Ena/AP/SIPA / AP22742439_000001

Pour la Fédération Française de Football, c’est un deux poids, deux mesures quant aux valeurs imposées aux joueurs.


Y-a-t-il institution plus hypocrite que la Fédération Française de Football présidée par Noël Le Graët ? Il y a quelques mois de cela, précisément en mai de cette année, Idrissa Gueye était vilipendé et tancé publiquement pour avoir refusé de porter un maillot aux couleurs du mouvement LGBT lors de l’avant-dernière journée du championnat de France de football. Le joueur du Paris Saint-Germain devait pourtant, avec son club, soutenir lui aussi la « Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie ». 

La Fédération Française de Football avait vivement réagi à ce refus, de fait une blessure diplomatique puisque le susnommé Gueye avait pudiquement déclaré forfait pour éviter la polémique. « En refusant de participer à cette opération collective, vous validez les comportements discriminatoires, le refus de l’autre, et pas uniquement contre les LGBTQI+ », affirmait ainsi le Conseil national de l’éthique de la Fédération. Se faisait alors jour une profonde divergence de vues entre l’Europe et les responsables africains sur cette question, le président sénégalais Macky Sall affichant son soutien à son compatriote en déclarant que ses « convictions religieuses » devaient être respectées.

A lire aussi: Phryge et la femme olympique

Plus surprenant encore, le Paris Saint-Germain qui est la propriété de l’émir qatari Ben Hamad Al Thani faisait l’éloge de l’opération, rhabillant ses joueurs d’un maillot arc-en-ciel Accor Live Limitless décrit comme un « signe de paix, de diversité, et symbole par excellence du mouvement LGBT ». Sous nos latitudes, le soft power qatari répond en effet à tous les critères de l’inclusivité contemporaine, voire du mouvement dit « woke », sorte de maladie d’Alzheimer du progrès occidental. La chaîne Aj+ est ainsi le porte-drapeau de toutes les causes du genre, attaquant les réactionnaires et les conservateurs de tous bords, pourvu qu’ils soient de droite et qu’ils défendent les traditions françaises et européennes.

Un contraste si saisissant avec les politiques intérieures qataries, mises en lumière durant cette Coupe du Monde, qu’il ne manquera pas d’interroger les plus suspicieux d’entre nous. Pourquoi, en effet, le Qatar protectionniste et conservateur à l’intérieur de ses frontières, a minima selon nos critères, est-il ici chez nous le champion de causes qu’il combat chez lui ? Certains observateurs soulignent d’ailleurs à juste titre que l’obtention de l’organisation de cette Coupe du Monde 2022, très contestée, est arrivée trop tôt pour un pays dont le projet de modernisation devrait apporter ses premiers résultats à l’horizon 2030 avec le plan « Qatar National Vision 2030 » dont l’objectif déclaré est d’en faire « une société avancée capable de maintenir son développement et de fournir un niveau de vie élevé à son peuple ».

A lire aussi: Mondial: les supporters marocains marquent des buts contre la police bruxelloise

Le Qatar semble donc engagé sur une voie de progrès que cette Coupe du Monde est censée illustrer, à l’image des stades et des installations ultra-modernes qui équipent le pays. Au fond, que les autorités qataries censurent les messages LGBT dans leurs stades et y interdisent l’alcool ne devrait pas nous surprendre. Ils n’ont, dans le cadre de leur politique intérieure, jamais caché qu’ils n’étaient pas des sociaux-démocrates suédois ou l’aile gauche du parti démocrate américain. Ce qui est en revanche plus surprenant, ce sont ces institutions occidentales et internationales qui n’ont de cesse de faire la promotion de certaines idées ici mais se couchent dès que l’argent est en jeu.

La FFF, si prompte à jouer du violon, a demandé aux joueurs des Bleus de ne pas porter les fameux brassards LGBT qui sont presque obligatoires en Ligue 1. Idem pour la FIFA et les autres. Il n’est qu’à voir l’équipe d’Angleterre pour comprendre que le signalement de vertus est une farce, ses joueurs ayant posé le genou à terre comme tous les week-ends en Premier League, alors même que leurs adversaires afro-américains restaient debout… Peut-on être plus ridicule ? On peut aussi rappeler l’affaire Riot Games, éditeur de League of Legends qui a éliminé son personnage noir et gay dans les pays africains. Le producteur exécutif du jeu, Jeremy Lee, ne s’en est même pas caché : « Chaque région peut localiser et publier cette histoire en fonction de ce qu’ils estiment le mieux pour les joueurs. Chaque région peut publier différemment certains aspects du jeu pour mieux s’adapter à la culture locale ». Oui, chaque pays est souverain. Le Qatar pas moins qu’un autre, bien qu’on puisse considérer son traitement de l’homosexualité anachronique et autoritaire, surtout eu égard à son attitude à l’étranger. Ne soyons pas non plus arrogants en jouant les ligues de vertu du monde libre, toutes nos valeurs ne sont pas plus universelles qu’exportables. On peut d’ailleurs s’amuser du fait que les combats de certaines stars du sport semblent s’arrêter là où leurs intérêts commerciaux commencent. Les Iraniens prenaient des risques bien plus grands en refusant de chanteur leur hymne, ils l’ont pourtant fait. Quand les convictions sont sincères, on ne se couche pas.

FOG, le mémorialiste

0
Franz-Olivier Giesbert, le 29/01/20 / PHOTO: SIPA / 00942658_000034

La Belle Epoque, le deuxième volume de son Histoire Intime de la Ve République, est dans les librairies.


Franz-Olivier Giesbert poursuit sa trilogie consacrée à l’« Histoire intime de la Ve République ». Après nous avoir ravis avec le premier tome où nous découvrions un de Gaulle « pris » de l’intérieur, voici le deuxième intitulé : « La Belle Époque ». Car, en effet, les années 70, rythmées par les films de Sautet, Tavernier, les chansons de Christophe, Delpech, Sardou, les grimaces de De Funes, la vitalité de Depardieu, ça avait de l’allure. Franz-Olivier Giesbert a replongé dans ses archives personnelles. Journaliste impétueux, plus ambitieux que Rastignac, et moins fragile que Rubempré, il a côtoyé les Présidents qui ont eu la lourde tâche de succéder à l’Homme du 18 juin. Mais au-delà des portraits de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand – le plus réussi, même si le biographe ne dit pas tout – et Jacques Chirac, c’est, en réalité, à la lente dégringolade de la France à laquelle il nous convie. Électrisés par une croissance économique extraordinaire, les français vivent dans l’insouciance et l’exubérance. Ils pensent que c’est parti pour durer mille ans. Les deux chocs pétroliers vont vite les faire déchanter. Mais au lieu de retrousser les manches et de faire face, ils vont plier, comme leurs ainés ont plié en 1940. Paresseux et velléitaires, ils ne vont pas suivre quand VGE ouvre la voie de la modernisation. Franz-Olivier Giesbert, citant l’écrivain Jean Cau : VGE pensait qu’il « entraînerait derrière lui en laissant dans son élégant sillage, un parfum de savonnette. C’était oublier que les peuples, comme les chiens, aiment les odeurs de soudard (de Gaulle) ; de paysan (Pompidou) ; et même, trouble et d’aventurier, celle que dégagea Mitterrand ».

A lire aussi: Patrick Besson: l’après nous

Mitterrand, justement. Franz-Olivier Giesbert est son toutou, il le renifle, le suit partout. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le mémorialiste lui-même. Avec l’âge, il pratique l’autocritique, voire l’autodénigrement. Il juge durement ses nombreux articles du Nouvel Obs consacrés à Tonton. « Au lieu de m’épuiser à « immortaliser » ces fadaises et ces rognures idéologiques, que n’ai-je couru dans les forêts, joué avec mes enfants, écrit d’autres romans, nagé dans les calanques, bu l’eau des cascades ! » Mais c’est à ce prix que son livre est truffé d’anecdotes croustillantes. Il revient notamment sur le fameux dîner entre Mitterrand et Chirac, en novembre 1980, chez Édith Cresson. C’est d’ailleurs lui qui avait, le premier, révélé cette trahison digne d’un joueur d’échecs en culotte courte. À la veille de sa mort, Mitterrand, plus cynique que jamais, demanda à VGE de lui rendre visite à l’Élysée. Franz-Olivier Giesbert rapporte les propos du mourant à Giscard, mortifié : « Je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apporté Chirac au deuxième tour. Vous n’avez qu’à regarder les chiffres. Sans ces […] voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu ».

À propos de VGE et du regroupement familial, qu’on ne cesse de lui reprocher, Franz-Olivier Giesbert rétablit la vérité en indiquant que cette décision « infernale » date de 1920, suivi de plusieurs circulaires, notamment celle du 20 janvier 1947, toutes entendant réglementer et encourager l’immigration des familles des travailleurs étrangers. Franz-Olivier Giesbert précise : « […] on ne peut lui imputer l’explosion migratoire qui a commencé sous son mandat avant d’atteindre son plafond dans les années 1980 et 1990 pour le crever ensuite ».

A lire aussi: Correspondances, L’Elysée est un temple

Franz-Olivier Giesbert a connu sa nuit pascalienne. Il la raconte chapitre 30. Il avoue ne plus être socialiste depuis 1977. Ce qui lui permet aujourd’hui de jeter un regard inquiet voire désabusé sur la France. Il accuse le camp du Bien d’être responsable de ce suicide collectif. Les portraits au vitriol qu’il brosse des grandes figures intellectuelles de gauche sont jubilatoires. À commencer par le plus grand sectaire de tous, Jean-Paul Sartre. Franz-Olivier Giesbert ne retient pas ses coups : « Je le hais. Fouquier-Tinville du tribunal pénal international du café de Flore, il sent la mort et, avec sa cour d’idolâtres effusants, dégage de mauvaises ondes ». Il s’en prend également à Philippe Sollers mais, subtilement, il écrit : « C’est un jeune vieux qui, toute sa vie, semblera en exil de quelque chose ». Il y a du Chateaubriand des Mémoires d’outre-tombe dans ces pages-là.

À la fin de ce tome 2, Franz-Olivier Giesbert souligne non seulement le déclin de la France mais aussi sa probable dilution. Tout s’effondre autour de nous, et les Français regardent ailleurs. Ils sont frappés du phénomène de scotomisation. Encore un instant de bonheur, s’écrient-ils, cernés d’enfants aux yeux rougis par les écrans de smartphone, devant une série dégoulinant de wokisme sur Netflix et un repas vegan servi par un cycliste sans lumière. Et ça n’est pas prêt de changer. Être dans le camp du Bien, c’est tellement gratifiant.

Franz-Olivier Giesbert, Histoire intime de la Ve République: La Belle Époque, Gallimard, 2022, 400 p., 22€.