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FOG, le mémorialiste

Les portraits au vitriol des grandes figures intellectuelles de gauche sont jubilatoires.

FOG, le mémorialiste
Franz-Olivier Giesbert, le 29/01/20 / PHOTO: SIPA / 00942658_000034

La Belle Epoque, le deuxième volume de son Histoire Intime de la Ve République, est dans les librairies.


Franz-Olivier Giesbert poursuit sa trilogie consacrée à l’« Histoire intime de la Ve République ». Après nous avoir ravis avec le premier tome où nous découvrions un de Gaulle « pris » de l’intérieur, voici le deuxième intitulé : « La Belle Époque ». Car, en effet, les années 70, rythmées par les films de Sautet, Tavernier, les chansons de Christophe, Delpech, Sardou, les grimaces de De Funes, la vitalité de Depardieu, ça avait de l’allure. Franz-Olivier Giesbert a replongé dans ses archives personnelles. Journaliste impétueux, plus ambitieux que Rastignac, et moins fragile que Rubempré, il a côtoyé les Présidents qui ont eu la lourde tâche de succéder à l’Homme du 18 juin. Mais au-delà des portraits de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand – le plus réussi, même si le biographe ne dit pas tout – et Jacques Chirac, c’est, en réalité, à la lente dégringolade de la France à laquelle il nous convie. Électrisés par une croissance économique extraordinaire, les français vivent dans l’insouciance et l’exubérance. Ils pensent que c’est parti pour durer mille ans. Les deux chocs pétroliers vont vite les faire déchanter. Mais au lieu de retrousser les manches et de faire face, ils vont plier, comme leurs ainés ont plié en 1940. Paresseux et velléitaires, ils ne vont pas suivre quand VGE ouvre la voie de la modernisation. Franz-Olivier Giesbert, citant l’écrivain Jean Cau : VGE pensait qu’il « entraînerait derrière lui en laissant dans son élégant sillage, un parfum de savonnette. C’était oublier que les peuples, comme les chiens, aiment les odeurs de soudard (de Gaulle) ; de paysan (Pompidou) ; et même, trouble et d’aventurier, celle que dégagea Mitterrand ».

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Mitterrand, justement. Franz-Olivier Giesbert est son toutou, il le renifle, le suit partout. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le mémorialiste lui-même. Avec l’âge, il pratique l’autocritique, voire l’autodénigrement. Il juge durement ses nombreux articles du Nouvel Obs consacrés à Tonton. « Au lieu de m’épuiser à “immortaliser” ces fadaises et ces rognures idéologiques, que n’ai-je couru dans les forêts, joué avec mes enfants, écrit d’autres romans, nagé dans les calanques, bu l’eau des cascades ! » Mais c’est à ce prix que son livre est truffé d’anecdotes croustillantes. Il revient notamment sur le fameux dîner entre Mitterrand et Chirac, en novembre 1980, chez Édith Cresson. C’est d’ailleurs lui qui avait, le premier, révélé cette trahison digne d’un joueur d’échecs en culotte courte. À la veille de sa mort, Mitterrand, plus cynique que jamais, demanda à VGE de lui rendre visite à l’Élysée. Franz-Olivier Giesbert rapporte les propos du mourant à Giscard, mortifié : « Je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apporté Chirac au deuxième tour. Vous n’avez qu’à regarder les chiffres. Sans ces […] voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu ».

À propos de VGE et du regroupement familial, qu’on ne cesse de lui reprocher, Franz-Olivier Giesbert rétablit la vérité en indiquant que cette décision « infernale » date de 1920, suivi de plusieurs circulaires, notamment celle du 20 janvier 1947, toutes entendant réglementer et encourager l’immigration des familles des travailleurs étrangers. Franz-Olivier Giesbert précise : « […] on ne peut lui imputer l’explosion migratoire qui a commencé sous son mandat avant d’atteindre son plafond dans les années 1980 et 1990 pour le crever ensuite ».

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Franz-Olivier Giesbert a connu sa nuit pascalienne. Il la raconte chapitre 30. Il avoue ne plus être socialiste depuis 1977. Ce qui lui permet aujourd’hui de jeter un regard inquiet voire désabusé sur la France. Il accuse le camp du Bien d’être responsable de ce suicide collectif. Les portraits au vitriol qu’il brosse des grandes figures intellectuelles de gauche sont jubilatoires. À commencer par le plus grand sectaire de tous, Jean-Paul Sartre. Franz-Olivier Giesbert ne retient pas ses coups : « Je le hais. Fouquier-Tinville du tribunal pénal international du café de Flore, il sent la mort et, avec sa cour d’idolâtres effusants, dégage de mauvaises ondes ». Il s’en prend également à Philippe Sollers mais, subtilement, il écrit : « C’est un jeune vieux qui, toute sa vie, semblera en exil de quelque chose ». Il y a du Chateaubriand des Mémoires d’outre-tombe dans ces pages-là.

À la fin de ce tome 2, Franz-Olivier Giesbert souligne non seulement le déclin de la France mais aussi sa probable dilution. Tout s’effondre autour de nous, et les Français regardent ailleurs. Ils sont frappés du phénomène de scotomisation. Encore un instant de bonheur, s’écrient-ils, cernés d’enfants aux yeux rougis par les écrans de smartphone, devant une série dégoulinant de wokisme sur Netflix et un repas vegan servi par un cycliste sans lumière. Et ça n’est pas prêt de changer. Être dans le camp du Bien, c’est tellement gratifiant.

Franz-Olivier Giesbert, Histoire intime de la Ve République: La Belle Époque, Gallimard, 2022, 400 p., 22€.

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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